1 1937, La Revue de Paris, articles (1937–1969). Paysans de l’Ouest (15 juin 1937)
1eurs détenteurs non point des écrivains, mais des Don Juan, des dictateurs, des milliardaires ou des saints. Croyez-moi, ce que
2 1937, Journal d’un intellectuel en chômage. N’habitez pas les villes !
2leurs détenteurs non point des écrivains mais des Don Juan, des dictateurs, des milliardaires ou des saints. Croyez-moi, ce que
3ux, par des énigmes ironiques. Au bout du compte, Don Juan ne comprend rien aux femmes, Napoléon meurt en se trompant sur le sen
3 1938, Esprit, articles (1932–1962). La passion contre le mariage (septembre 1938)
4 Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amours successives. Les catégories se détruisent. L’a
5t. L’aventure n’est plus même exemplaire. Seul le Don Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas
6Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas d’Iseut, ni de passion inaccessible, ni de passé ni d’
4 1938, Esprit, articles (1932–1962). L’amour action, ou de la fidélité (novembre 1938)
7 de tous ces Tristans qui ne sont au vrai que des Don Juan au ralenti.) Où est alors la différence ? Et le mari fidèle, ne serai
8oudre » est sans doute une légende accréditée par Don Juan, comme la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excu
9p de foudre, il est censé justifier les écarts de Don Juan. Toute la littérature nous engage à y voir la preuve d’une très puiss
10 la preuve d’une très puissante nature sensuelle. Don Juan, l’homme des coups de foudre et de la vie « orageuse », serait une so
11erie des impuissants. Et en effet, la conduite de Don Juan est bien typique d’une certaine déficience sexuelle. C’est dans l’éta
5 1939, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Don Juan (juillet 1939)
12 Don Juan (juillet 1939)ap Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé
13 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
14es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles précises dont elle rêve moins
15r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
16 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
17 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
18 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
19 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
20Mais le contraire n’est pas moins vraisemblable : Don Juan cherchant partout son idéal, son « type » de beauté féminine (souveni
21image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut trouver, soit impuissance à se fixer,
22sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
23ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit que de cela. (La banque de pharaon
24té ». Que va dire l’Autre ? C’est, dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur. Or Dieu se tait.
25t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image obscure, et à lui-même
26osséder que par l’amour éternellement lointain. ⁂ Don Juan, tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité de
27ou la mort, ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
28nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
29ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner dans le te
6 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Le mythe de Tristan
30e ne peut être qu’un instant de grâce — le duo de Don Juan et Zerline. Ou bien l’on tombe dans une idylle de carte postale. L’am
7 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Le mythe dans la littérature
31don-juanisme féminin. Car c’est la femme qui rêve Don Juan, et s’il se trouve pour incarner ce rêve des Richelieu et des Casanov
32 ne sera jamais, qu’un idéalisme à rebours. 13.Don Juan et Sade Comme on voit, en fermant les yeux, une statue noire à la
33ire apparaître l’antithèse absolue de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du moins ce sièc
34prit de certains hommes le personnage mythique de Don Juan peut s’expliquer par sa nature infiniment contradictoire. Don Juan, c
35xpliquer par sa nature infiniment contradictoire. Don Juan, c’est à la fois l’espèce pure, la spontanéité de l’instinct, et l’es
36ux réserver pour plus tard147. Considérons ici le Don Juan du théâtre148 comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’
37ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
38s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut jamais aimer en retour. D’où son angoisse et
39haste la « prouesse » divinisante. La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
40 de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Mais Don Juan aime le crime en soi, et par là se rend tributaire de la morale dont
41la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences du mon
42 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
43nt l’épée à la main. ⁂ De la Régence à Louis XVI, Don Juan a régné sur le rêve d’une aristocratie déchue de l’héroïsme féodal. U
44mme en soi… Je distingue dans la contradiction de Don Juan et de Tristan, dans la tension insupportable de l’esprit qui vit cett
45c l’ange mauvais la plus douloureuse blessure. Et Don Juan bondit sur la scène ; de Molière à Mozart, c’est la grande éclipse du
46out ne fut pas réellement aimé. » Tristan aimait, Don Juan était aimé ; mais celui qui n’a du premier que la nostalgie, et du se
47oint un hasard si le mythe de Tristan et celui de Don Juan n’ont pu recevoir leur expression achevée que dans la forme de l’opér
8 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Amour et guerre
48. Il suffira de quelques touches pour l’indiquer. Don Juan succède à Tristan, la volupté perverse à la passion mortelle. Et la g
49sique186. La réponse du xviiie fut le cynisme de Don Juan et l’ironie rationaliste. Mais le romantisme ne fut pas une réponse,
9 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Le mythe contre le mariage
50 Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amours successives. Les catégories se détruisent, l’a
51, l’aventure n’est plus même exemplaire. Seul, le Don Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas
52Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas d’Iseut, ni de passion inaccessible, ni de passé ni d’
10 1939, L’Amour et l’Occident (1972). L’amour action, ou de la fidélité
53 de tous ces Tristans qui ne sont au vrai que des Don Juan au ralenti.) Où est alors la différence ? Et le mari fidèle, ne serai
54oudre » est sans doute une légende accréditée par Don Juan, comme la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excu
55p de foudre, il est censé justifier les écarts de Don Juan. Toute la littérature nous engage à y voir la preuve d’une très puiss
56 la preuve d’une très puissante nature sensuelle. Don Juan, l’homme des coups de foudre et de la vie « orageuse », serait une so
57 début d’impuissance. Et en effet, la conduite de Don Juan est bien typique d’une certaine déficience sexuelle. C’est dans l’éta
11 1944, Les Personnes du drame. Sagesse et folie de la personne — Kierkegaard
58mbigu. Songeons aux grands obsédés de l’Histoire, Don Juan, Alexandre et tous les conquérants, Loyola et tous les sectaires, Cal
12 1947, Doctrine fabuleuse. Orientation
59ntes en apparences. C’est ainsi que l’on découvre Don Juan dans le mouvement de la pensée de Nietzsche, le Supplice de Tantale d
13 1947, Doctrine fabuleuse. Deuxième dialogue sur la carte postale. La beauté physique
60riosité anxieuse qu’on appelle inconstance. C’est Don Juan. Chez la plupart, elle se résout en résignation. Le sujet cède, se mo
14 1947, Doctrine fabuleuse. Contribution à l’étude du coup de foudre
61foudre est sans doute une astucieuse invention de Don Juan pour impressionner ses victimes. Il en a tant parlé, et vous autres a
62sous l’égide des plus intangibles hiérarchies. Et Don Juan triche, une fois de plus, quand il feint que cela se produise à l’imp
15 1947, Doctrine fabuleuse. Don Juan
63 Don Juan Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé sur ses ergots de
64 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
65es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles précises dont elle rêve moins
66r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
67 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
68 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
69 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
70 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
71Mais le contraire n’est pas moins vraisemblable : Don Juan cherchant partout son idéal, son « type » de beauté féminine (souveni
72image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut pas trouver, soit impuissance à se fix
73sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
74ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit que de cela. (La banque de pharaon
75té ». Que va dire l’Autre ? C’est, dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur ! Or Dieu se tait.
76t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image obscure, et à lui-même
77 posséder que par l’amour éternellement lointain. Don Juan, tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité de
78ou la mort, ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
79nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
80ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner dans le te
16 1956, Preuves, articles (1951–1968). Sur le rêve des sciences (décembre 1956)
81ins sûr de leur fidélité, ou de la sienne. (Ainsi Don Juan multiplie ses conquêtes.) Les nouvelles fantastiques répandues par la
17 1961, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). La personne, l’ange et l’absolu, ou le dialogue Occident-Orient (avril 1961)
82ements. C’est la liberté négative revendiquée par Don Juan contre les conventions de la morale commune — qu’il est déjà trop « s
18 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (I) (avril 1961)
83vol d’un sombre papillon fasciné par la flamme de Don Juan. Nietzsche a vécu plus seul encore, et guère moins chaste, mais toute
84mais toute son œuvre mène le train d’enfer d’un « Don Juan de la connaissance », jusqu’au jour où il s’arrête, « cloué », sur le
85it ni d’où il vient ni où il va. Kierkegaard et Don Juan C’est au cœur des grands bois du nord de la Seelande, un soir d’ét
86que l’orchestre attaquait la musique du ballet de Don Juan, ils se sentirent transfigurés, et comme frappés de respect pour un e
87lit déjà : D’une certaine façon, je puis dire de Don Juan, comme Elvire : — Toi, meurtrier de mon bonheur ! Car en vérité, cett
88kegaard s’est qualifiée par son refus du mythe de Don Juan, tentation permanente et toujours refoulée. C’est pourquoi personne d
89 mieux jugé ce mythe. La thèse de Kierkegaard sur Don Juan rejoint Mozart dans sa génialité : elle réinvente la structure du dra
90a parole ; seule la musique peut l’exprimer ». Si Don Juan représente le désir pur, dans sa génialité irrésistible et démoniaque
91e étant ce que l’esprit exclut », l’expression de Don Juan ne peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conform
92peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conforme au mythe95, c’est le Don Giovanni de Mozart. Voici son signa
93 Mozart. Voici son signalement selon Kierkegaard. Don Juan est une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conç
94t une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conçu musicalement, j’entends en lui tout l’infini, mais aussi la
95et l’obstacle n’est qu’un stimulant. Je trouve en Don Juan une vie ainsi animée d’un démoniaque puissant et irrésistible, à la f
96e personne ou individu, mais comme puissance.96 Don Juan est un mouvement, une tension pure, ou n’est plus rien. Lancé comme u
97ochet. Irresponsable comme toute force naturelle, Don Juan incarne donc, si l’on ose dire, l’absolu nihilisme moral. Il séduit p
98malheureuse pour avoir été une fois heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression v
99 heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression véritable de la femme consiste en sa
100ins s’il l’a vraiment séduite ».97 L’érotisme de Don Juan s’oppose à l’Éros antique, qui était psychique et non sensuel, « et c
101vient que la musique est son parfait medium. Pour Don Juan, « la féminité tout à fait abstraite est l’essentiel », l’individuali
102de moments distincts…, une addition d’instants », Don Juan ne saurait avoir de biographie : le doter d’une enfance et d’une jeun
103de l’instant. Il est donc seul capable de dompter Don Juan, nulle puissance du monde n’en ayant eu raison. Cette description du
104nique)101 retenons cette observation centrale : « Don Juan donne leur intérêt à tous les autres personnages… Sa passion met la p
105 des autres en mouvement. Elle résonne partout. » Don Juan n’étant pas caractère, mais puissance et vie, donc « absolument music
106onnages, qui ne sont que passions déterminées par Don Juan, sont dans cette mesure même musicaux. « On peut arriver pendant la r
107ntre, parce que ce centre, qui est la vitalité de Don Juan, se trouve partout. » Le seul personnage qui semble faire exception e
108tan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapports avec son œuvre, son action publique, et sa vocatio
109ntaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Juan de la légende et de Mozart. Le contraste entre cette discrétion, voir
110onnées essentielles d’une personne. Qu’est-ce que Don Juan pour ce célibataire parfaitement libre de mener sa vie comme il lui p
111 son génie d’écrivain et sa vocation religieuse ? Don Juan est de toute évidence la figure de lui-même qui le tente le plus : c’
112’être anachorète, le séducteur devient son mythe. Don Juan devient son ombre, plus brillante que lui-même, et qu’il doit exalter
113e du temps » — ce temps qui toujours « manque » à Don Juan. Cependant, le Mari n’entend pas éluder la difficulté fondamentale du
114rkegaard est derrière les pseudonymes exaltant un Don Juan qu’il refuse, mais qui demeure sa possibilité ; il n’est pas derrière
115 de l’Éros animique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique
116e exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble compagnon d’armes » mais «
117ments le plus égoïste, — l’amour « naturel » à la Don Juan. Il y a plus. Le donjuanisme érotique n’est guère pour Nietzsche qu’u
118nt qu’amant de la « Sagesse » qui se croit devenu Don Juan, et qui se définit comme tel ! Les philosophes de l’avenir réclameron
119i sans doute le texte capital : Une fable. — Le Don Juan de la connaissance : aucun philosophe, aucun poète ne l’a encore déco
120121 Le rythme allègre ou endiablé, le presto de Don Juan, son humeur insolente et gaie, la désinvolture de grand seigneur avec
121a morale. Mais déjà dans Aurore, il arrive que le Don Juan de la connaissance s’interroge, et cela n’est pas dans le droit fil d
122e sont-elles pas sœurs ? »122 Au comble du défi, Don Juan vient de surprendre la vérité secrète de son pire Adversaire. Qui sai
123’est le Chant de Minuit saluant l’Éternité, quand Don Juan meurt avec le temps et la succession des moments. C’est la vision du
124ion du Retour éternel qui subitement « cloue » le Don Juan de la connaissance. C’est Nietzsche lui-même, qui tend la main au Com
125n peut résumer dans cette alternative : — ou bien Don Juan, ou bien le Tristan de la Foi. Était-ce vraiment la destinée de Nietz
19 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (II) (mai 1961)
126ci rappelée en quelques phrases : Considérons le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abo
127ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
128s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut pas aimer en retour. D’où son angoisse et sa
129haste la « prouesse » divinisante. La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
130 ; et de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Don Juan se rend donc tributaire de la morale dont il abuse. Il a grand besoin
131la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences du mon
132 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
133mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité d’enfer. Un contraste aussi pur, terme à te
134n complémentaire au sens de la physique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour.
135on d’autant plus radicale de l’autre. (Pire qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur
136e qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute appar
137l’affectivité d’un même individu sont dissociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des
138légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Renaissance, et ne s’est vraiment constituée
139evait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du moins ce sièc
140andeur et la courtoisie.124 Observons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tri
141e ou l’Exil spirituel. Mais l’humeur voyageuse de Don Juan ne relève que du nomadisme ; elle traduit l’infidélité systématique d
142tion au niveau politique125. Mais le nomadisme de Don Juan n’est pas seulement cosmopolite et donc moderne. Les succès du héros,
143r un peu ce qu’il en est. En ce sens, uniquement, Don Juan procède d’un état de civilisation bien antérieur au christianisme, et
144surcompensé cet échec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le socia
145utre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouv
146ire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouveauté et l
147nable que de la cueillir aussi. » Il est vrai que Don Juan « raisonne » ainsi, en chacun de nous à ses heures. C’est qu’il oubli
148ant contenté de la « goûter ». Dona Anna poursuit Don Juan de sa haine, parce que selon la légende primitive — que nous rappelle
149e, le sens est clair : le refus de la durée, chez Don Juan, équivaut au refus de la vraie possession, qui implique échange et do
150! Il n’est que juste d’observer d’ailleurs que le Don Juan mangeur de pommes qu’on vient de citer reste un peu court. Il n’accéd
151 biologique, le mariage est un devoir civique, et Don Juan serait alors la liberté, un reflet inversé de l’esprit que l’on nie.
152blème dans sa vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raison de le faire…   Le
153Masques vengeurs s’avancent en pleine lumière, et Don Juan les invite, provoquant le destin. (Nul doute qu’il les ait reconnus.)
154mme on croise l’épée, toutes forces en alerte, et Don Juan s’écrie d’une voix forte : « Que ce lieu s’ouvre à tous ! Vive la lib
155rois Masques, Zerline et son fiancé se joignent à Don Juan et à Leporello. Viva la libertà éclate à douze reprises, clamé par de
156neur ; pour Zerline, c’est de succomber ; et pour Don Juan de conquérir. Ici donc la morale des principes, la morale des esclave
157crient toutes : Vive la Loi ! Seule la liberté de Don Juan, qui d’ailleurs mène le chœur, fait exception : elle veut braver le d
158 concrète, et qui lui échappe. Point d’amour pour Don Juan, le désir seul ; ni de prochain, mais seulement des objets. Mais pour
159té de leur expression mythique, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacune à sa manière, la r
160nt, chacune à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’ai
20 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Note liminaire
161 vécu semble avoir épousé la formule dynamique de Don Juan et de Tristan ; enfin, l’on reviendra au problème capital, celui de l
21 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — L’amour et la personne dans le monde christianisé
162assion mystique de Tristan et la licence impie de Don Juan (l’une au-delà et l’autre en deçà du mariage), ne devait développer t
22 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — Naissance de l’érotisme occidental
163s aux mythes extrêmes de l’érotique occidentale : Don Juan, Tristan. 9. Le mot apparaît chez Kierkegaard dès 1843. On le trouv
23 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — Présence des mythes et leurs pouvoir dans divers ordres
164tagieux et révélateurs. Tristan, Faust, Hamlet et Don Juan sont bel et bien les créations imaginaires d’un Béroul, d’un Marlowe,
165m de fable, Œdipe ou Prométhée, Tristan, Faust ou Don Juan, mais aussi dans les innombrables descendants que ces héros ont engen
166t ou Don Quichotte, mais n’hésite pas à se croire Don Juan s’il a le goût de la facilité et du changement ; ou Tristan s’il se s
167iale ou de l’aventure individuelle. Je vois ainsi Don Juan dans l’allure et le rythme de la polémique nietzschéenne ; mais aussi
168igurante. Nul Européen n’a jamais été Tristan, ni Don Juan, — et pas plus dans le passé qu’aujourd’hui ; mais sans ces mythes le
24 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — Invasion de l’érotisme au xxe siècle
169 différée. Mozart est le plus grand interprète de Don Juan, mais ce n’est pas lui qui a « déchaîné » Casanova : il lui a seuleme
25 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Première partie — Don Juan
170 Don Juan Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé sur ses ergots de
171 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
172es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles précises dont elle rêve moins
173r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
174 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
175 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
176 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
177 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
178Mais le contraire n’est pas moins vraisemblable : Don Juan cherchant partout son idéal, son « type » de beauté féminine (souveni
179image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut pas trouver, soit impuissance à se fix
180sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
181ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit que de cela (La banque de pharaon
182uté ». Que va dire l’Autre ? C’est dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur ! Or Dieu se tait.
183t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image obscure, et à lui-même
184 posséder que par l’amour éternellement lointain. Don Juan tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité des
185 ou la mort ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
186nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
187ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner dans le te
26 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Première partie — Dialectique des mythes I. Méditation au carrefour fabuleux
188vol d’un sombre papillon fasciné par la flamme de Don Juan. Nietzsche a vécu plus seul encore, et guère moins chaste, mais toute
189mais toute son œuvre mène le train d’enfer d’un « Don Juan de la connaissance », jusqu’au jour où il s’arrête, « cloué », sur le
190 ni d’où il vient ni où il va. I.Kierkegaard et Don Juan C’est au cœur des grands bois du nord de la Seelande, un soir d’ét
191que l’orchestre attaquait la musique du ballet de Don Juan, ils se sentirent transfigurés, et comme frappés de respect pour un e
192lit déjà : D’une certaine façon, je puis dire de Don Juan, comme Elvire : — Toi, meurtrier de mon bonheur ! Car en vérité, cett
193kegaard s’est qualifiée par son refus du mythe de Don Juan, tentation permanente et toujours refoulée. C’est pourquoi personne d
194 mieux jugé ce mythe. La thèse de Kierkegaard sur Don Juan rejoint Mozart dans sa génialité : elle réinvente la structure du dra
195a parole ; seule la musique peut l’exprimer ». Si Don Juan représente le désir pur, dans sa génialité irrésistible et démoniaque
196e étant ce que l’esprit exclut », l’expression de Don Juan ne peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conform
197peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conforme au mythe24, c’est le Don Giovanni de Mozart. Voici son signa
198 Mozart. Voici son signalement selon Kierkegaard. Don Juan est une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conç
199t une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conçu musicalement, j’entends en lui tout l’infini, mais aussi la
200et l’obstacle n’est qu’un stimulant. Je trouve en Don Juan une vie ainsi animée d’un démoniaque puissant et irrésistible, à la f
201e personne ou individu, mais comme puissance.25 Don Juan est un mouvement, une tension pure, ou n’est plus rien. Lancé comme u
202ochet. Irresponsable comme toute force naturelle, Don Juan incarne donc, si l’on ose dire, l’absolu nihilisme moral. Il séduit p
203malheureuse pour avoir été une fois heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression vé
204s heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression véritable de la femme consiste en sa
205ins s’il l’a vraiment séduite.26 » L’érotisme de Don Juan s’oppose à l’Éros antique, qui était psychique et non sensuel, « et c
206vient que la musique est son parfait medium. Pour Don Juan, « la féminité tout à fait abstraite est l’essentiel », l’individuali
207 de moments distincts… une addition d’instants », Don Juan ne saurait avoir de biographie : le doter d’une enfance et d’une jeun
208de l’instant. Il est donc seul capable de dompter Don Juan, nulle puissance du monde n’en ayant eu raison. Cette description du
209echnique) retenons cette observation centrale : « Don Juan donne leur intérêt à tous les autres personnages… Sa passion met la p
210 des autres en mouvement. Elle résonne partout ». Don Juan n’étant pas caractère, mais puissance et vie, donc « absolument music
211onnages, qui ne sont que passions déterminées par Don Juan, sont dans cette mesure même musicaux. « On peut arriver pendant la r
212tre, par ce que ce centre, qui est la vitalité de Don Juan, se trouve partout. » Le seul personnage qui semble faire exception e
213tan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapports avec son œuvre, son action publique, et sa vocatio
214ntaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Juan de la légende et de Mozart. Le contraste entre cette discrétion, voir
215onnées essentielles d’une personne. Qu’est-ce que Don Juan pour ce célibataire parfaitement libre de mener sa vie comme il lui p
216 son génie d’écrivain et sa vocation religieuse ? Don Juan est de toute évidence la figure de lui-même qui le tente le plus : c’
217’être anachorète, le séducteur devient son mythe. Don Juan devient son ombre, plus brillante que lui-même, et qu’il doit exalter
218e du temps » — ce temps qui toujours « manque » à Don Juan. Cependant, le Mari n’entend pas éluder la difficulté fondamentale du
219kegaard est derrière les pseudonymes, exaltant un Don Juan qu’il refuse, mais qui demeure sa possibilité ; il n’est pas derrière
220 de l’Éros animique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique
221e exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble compagnon d’armes » mais «
222ments le plus égoïste, — l’amour « naturel » à la Don Juan. Il y a plus. Le don-juanisme érotique n’est guère pour Nietzsche qu’
223t qu’amant de la « Sagesse », qui se croit devenu Don Juan, et qui se définit comme tel ! Les philosophes de l’avenir réclameron
224i sans doute le texte capital : Une fable. — Le Don Juan de la connaissance : aucun philosophe, aucun poète ne l’a encore déco
225.47 Le rythme allègre ou endiablé, le presto de Don Juan, son humeur insolente et gaie, la désinvolture de grand seigneur avec
226a Morale. Mais déjà dans Aurore, il arrive que le Don Juan de la connaissance s’interroge, et cela n’est pas dans le droit fil d
227 ne sont-elles pas sœurs ?48 » Au comble du défi, Don Juan vient de surprendre la vérité secrète de son pire Adversaire. Qui sai
228’est le Chant de Minuit saluant l’Éternité, quand Don Juan meurt avec le temps et la succession des moments. C’est la vision du
229ion du Retour éternel qui subitement « cloue » le Don Juan de la connaissance. C’est Nietzsche lui-même qui tend la main au Comm
230n peut résumer dans cette alternative : — ou bien Don Juan, ou bien le Tristan de la Foi. Était-ce vraiment la destinée de Nietz
231 IV.Alternative ou alternance ? L’antinomie Don Juan — Tristan, telle que je l’ai formulée ailleurs, doit être ici rappelé
232ci rappelée en quelques phrases : Considérons le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abo
233ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
234s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut aimer en retour. D’où son angoisse et sa cour
235ste la « prouesse » divinisante. ‘ La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
236 ; et de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Don Juan se rend donc tributaire de la morale dont il abuse. Il a grand besoin
237la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences du mon
238 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
239mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité d’enfer. Un contraste aussi pur, terme à te
240n complémentaire au sens de la physique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour.
241on d’autant plus radicale de l’autre. (Pire qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur
242e qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute appar
243l’affectivité d’un même individu sont dissociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des
244légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Renaissance, et ne s’est vraiment constituée
245evait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du Dix-Huitième, du moins ce
246candeur et la courtoisie.50 » Observons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tri
247e ou l’Exil spirituel. Mais l’humeur voyageuse de Don Juan ne relève que du nomadisme ; elle traduit l’infidélité systématique d
248ition au niveau politique51. Mais le nomadisme de Don Juan n’est pas seulement cosmopolite et donc moderne. Les succès du héros,
249r un peu ce qu’il en est. En ce sens, uniquement, Don Juan procède d’un état de civilisation bien antérieur au christianisme, et
250surcompensé cet échec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le socia
251utre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouv
252ire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouveauté et l
253nable que de la cueillir aussi. » Il est vrai que Don Juan « raisonne » ainsi, en chacun de nous à ses heures. C’est qu’il oubli
254ant contenté de la « goûter ». Dona Anna poursuit Don Juan de sa haine, parce que, selon la légende primitive — que nous rappell
255e, le sens est clair : le refus de la durée, chez Don Juan, équivaut au refus de la vraie possession, qui implique échange et do
256! Il n’est que juste d’observer d’ailleurs que le Don Juan mangeur de pommes, qu’on vient de citer, reste un peu court. Il n’acc
257 biologique, le mariage est un devoir civique, et Don Juan serait alors la liberté, un reflet inversé de l’esprit que l’on nie.
258blème dans sa vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raisons de le faire… Le B
259Masques vengeurs s’avancent en pleine lumière, et Don Juan les invite, provoquant le destin. (Nul doute qu’il les ait reconnus.)
260mme on croise l’épée, toutes forces en alerte, et Don Juan d’une voix forte s’écrie : « Que ce lieu s’ouvre à tous ! Vive la lib
261rois Masques, Zerline et son fiancé se joignent à Don Juan et à Leporello. Viva la libertà éclate à douze reprises, clamé par de
262neur ; pour Zerline, c’est de succomber ; et pour Don Juan de conquérir. Ici donc la morale des principes, la morale des esclave
263crient toutes : Vive la Loi ! Seule la liberté de Don Juan, qui d’ailleurs mène le chœur, fait exception : elle veut braver le d
264 concrète, et qui lui échappe. Point d’amour pour Don Juan, le désir seul ; ni de prochain, mais seulement des objets. Mais pour
265té de leur expression mythique, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacun à sa manière, la ré
266ent, chacun à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’ai
27 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Première partie — Dialectique des mythes II. Les deux âmes d’André Gide
267lement exclusifs l’un de l’autre de Tristan et de Don Juan62. André Walter, ou l’angélisme Dès le premier livre de Gide, t
268ux de sa victime consentante… Le nomadisme, ou Don Juan « Bondir à l’autre extrémité de soi-même » étant l’un des mouvemen
269es de Gide66, considérons en lui sans transition, Don Juan. C’est pendant son voyage de noces, pendant qu’il vit l’échec atroce
270s Terrestres, bréviaire du nomadisme dionysiaque. Don Juan surgit comme pour venger la douleur inhumaine de Tristan. Il se dégui
271t du refus d’assumer l’autre, caractéristiques de Don Juan. « Gide ne tient pas en place — note Jean Paulhan. Il préfère la chas
272et sans lendemain, presto et fuite perpétuelle de Don Juan ! Ici l’artiste et l’homme se confondent, dans la même impatience des
273 devenant la proie de « Tristan » et l’autre de « Don Juan » ? A-t-il été victime des dieux, j’entends des mythes ? Ou d’une ori
274is Tristan, voyez mon âme, c’est un ange. Je suis Don Juan, voyez mon corps, bête innocente… Ce qui se traduit en termes de mora
275 scarabée78 » les figures alternées de Tristan et Don Juan. Ces deux « extrêmes » dont il s’était loué d’avoir su protéger la « 
28 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Deuxième partie — La personne, l’ange et l’absolu ou Le dialogue Occident-Orient
276ements. C’est la liberté négative revendiquée par Don Juan contre les conventions de la morale commune — qu’il est déjà trop « s
29 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Deuxième partie — L’amour même
277contre l’amour en tant que force d’individuation. Don Juan ne choisit pas, il désire toutes les femmes, et ce désir fait, de cha
278ymbolise avec une grande simplicité dans l’opéra, Don Juan n’est plus qu’un corps, qu’on nous montre mangeant, buvant et célébra
279’objets, non de concepts.) Déviations typiques : Don Juan. Aberrations de l’instinct. Naturisme mystique. (C’est l’utopie magiq
30 1961, Vingt-huit siècles d’Europe. L’Ère des fédérations. De l’Unité de culture à l’union politique
280orps nouveaux : Achille, Œdipe, Sémiramis, Faust, Don Juan. La dernière œuvre d’André Gide, et la plus mûre, fut un Thésée 319.
31 1967, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Vingt langues, une littérature (mai 1967)
281 romans au vrai sens du terme, puis la légende de Don Juan, qui en est le négatif50. Les thèmes sociaux, politiques, économiques
32 1970, Lettre ouverte aux Européens. I. L’unité de culture
282 romans au vrai sens du terme, puis la légende de Don Juan, qui en est le négatif. Le mythe de Faust, version renaissante de Pro
33 1972, L’Amour et l’Occident (1972). Post-scriptum
283 le moine au comte-duc, c’est-à-dire Raspoutine à Don Juan, on ne voit, me dites-vous, ni cathares ni jongleurs. Robert est cath
34 1974, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Nouveau départ (printemps 1974)
284 Rougemont : Les Mythes européens, de Prométhée à Don Juan. André Reszler : Les Mythes nationaux. Jacques Vigne : Régionalisme e