1 1959, Preuves, articles (1951–1968). Nouvelles métamorphoses de Tristan (février 1959)
1 que les choses se passent dans le grand livre de Musil, comme on le verra tout à l’heure. Mais l’absence, ici très frappante
2oindre vertu spirituelle. J’aurais aimé parler de Musil, mais de lui seul… Et j’ai quelque scrupule à le faire figurer dans u
3de l’amour-passion. Par bonheur, il se trouve que Musil a décrit cette disposition para-mystique dans un langage plein de cor
4vient servir mon propos. Je découvre en effet que Musil, non seulement touche à deux reprises le thème de l’amour passionné p
5hercher pourquoi l’époque où se passe le roman de Musil — veille de la guerre de 1914 — connut peut-être les derniers prestig
6ut une bonne dose d’aversion pour la société… Et Musil, dans une note pour l’un des chapitres non terminés, ajoute : L’homm
7l’autre, ou seulement Désir en soi ? Les héros de Musil en parlent avec une sorte de lucidité toute goethéenne, voire un peu
8nier moment, nous sépare ? Mais ici, le roman de Musil s’engage dans deux Voies divergentes : il nous en reste des fragments
9passeports dans une île de l’Adriatique. Notes de Musil, pour un chapitre intitulé Le Voyage au Paradis : C’est notre destin
10s’agit de simples notes pour une suite à écrire — Musil transpose ici l’épisode des amants légendaires bannis dans la Forêt d
11lle départie ! » Mais il y a plus. La lucidité de Musil s’attaque ici à la formule même du Roman et la détruit. Si la passion
12ique la plus banale et déprimante. C’est pourquoi Musil semble bien avoir écarté cette fin-là, conforme à la logique du Mythe
13 roman au poème. Quelques instants avant sa mort, Musil travaillait à ce chapitre, qui eût été, selon certains, le couronneme
14e pour la littérature occidentale. Il se peut que Musil, à son insu, l’ait approchée plus que nul autre. Je signale au génie
15 qu’on attribue donc au Destin. (Mes citations de Musil ont illustré ce point.) C’est l’état de passion qu’on aime d’abord, e
16s de l’époque 1900, permettent à un Nabokov, à un Musil, d’aller dans leurs romans jusqu’au point périlleux où le scandale re
17is romans qu’on vient de considérer. L’ouvrage de Musil, au contraire, déploie tant de raffinements formels, intellectuels et
18 tabous sociaux. J’y ai fait allusion à propos de Musil. S’il est vrai que la passion cherche l’inaccessible, et s’il est vra
2 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — Soulèvement des puissances animiques
19ose que la pédérastie dans Proust, l’inceste dans Musil, la luxure dans Miller, ou le simple coït dans l’amour ? Il voit d’ab
3 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Première partie — Nouvelles métamorphoses de Tristan
20 que les choses se passent dans le grand livre de Musil, comme on le verra tout à l’heure. Mais l’absence, ici très frappante
21oindre vertu spirituelle. J’aurais aimé parler de Musil, mais de lui seul… Et j’ai quelque scrupule à le faire figurer dans u
22de l’amour-passion. Par bonheur, il se trouve que Musil a décrit cette disposition para-mystique dans un langage plein de cor
23vient servir mon propos. Je découvre en effet que Musil, non seulement touche à deux reprises le thème de l’amour passionné p
24hercher pourquoi l’époque où se passe le roman de Musil — veille de la guerre de 1914 — connut peut-être les derniers prestig
25t une bonne dose d’aversion pour la société… » Et Musil, dans une note pour l’un des chapitres non terminés, ajoute : L’homm
26l’autre, ou seulement Désir en soi ? Les héros de Musil en parlent avec une sorte de lucidité toute goethéenne, voire un peu
27nier moment, nous sépare ? Mais ici, le roman de Musil s’engage dans deux voies divergentes : il nous en reste des fragments
28passeports dans une île de l’Adriatique. Notes de Musil, pour un chapitre intitulé Le Voyage au Paradis : C’est notre destin
29s’agit de simples notes pour une suite à écrire — Musil transpose ici l’épisode des amants légendaires bannis dans la Forêt d
30le départie ! ». Mais il y a plus. La lucidité de Musil s’attaque ici à la formule même du Roman et la détruit. Si la passion
31ique la plus banale et déprimante. C’est pourquoi Musil semble bien avoir écarté cette fin-là, conforme à la logique du Mythe
32 roman au poème. Quelques instants avant sa mort, Musil travaillait à ce chapitre, qui eût été, selon certains, le couronneme
33e pour la littérature occidentale. Il se peut que Musil, à son insu, l’ait approchée plus que nul autre. Je signale au génie
34 qu’on attribue donc au Destin. (Mes citations de Musil ont illustré ce point.) C’est l’état de passion qu’on aime d’abord, e
35s de l’époque 1900, permettent à un Nabokov, à un Musil, d’aller dans leurs romans jusqu’au point périlleux où le scandale re
36is romans qu’on vient de considérer. L’ouvrage de Musil, au contraire, déploie tant de raffinements formels, intellectuels et
37 tabous sociaux. J’y ai fait allusion à propos de Musil. S’il est vrai que la passion cherche l’inaccessible, et s’il est vra
4 1973, Journal de Genève, articles (1926–1982). « Denis de Rougemont, l’amour et l’Europe » (3-4 mars 1973)
38 exemples tirés de romans contemporains (Nabokov, Musil, Pasternak), mais aussi de la vie et des œuvres de Kierkegaard et de