1 1938, Esprit, articles (1932–1962). La passion contre le mariage (septembre 1938)
1alyse approfondie des cinq légendes primitives de Tristan et Iseut, l’auteur a été conduit à rechercher les origines religieuse
2révèle exactement assimilable à celle d’un mythe. Tristan est un roman « courtois ». La courtoisie est née dans le Midi au xiie
3s provençaux et des romans bretons, l’adultère de Tristan reste une faute parce qu’il est consommé dans la chair (et non point
4hsabé commet un crime et se rend méprisable. Mais Tristan, s’il enlève Iseut, vit un roman, et se rend admirable… Ce qui était
5nt dans le jeu de ces contraintes que le mythe de Tristan puisait ses moyens d’expression. Or voici que ces contraintes ou se r
6ui le « démeine » — pour parler comme l’auteur du Tristan — cette nostalgie dont il ignore l’origine autant que la fin. Son ill
7 la « vraie vie », ce sera l’épanouissement de ce Tristan qu’il porte en soi comme son génie caché ! Et plus rien ne compte en
8uoi l’on aime souffrir et faire souffrir. Lorsque Tristan emmène Iseut dans la forêt, où plus rien ne s’oppose à leur union, le
9zon mystique s’est refermé depuis longtemps. Pour Tristan, Iseut n’était rien que le symbole du Désir lumineux : son au-delà, c
10s rythmes du désir charnel ; mais tandis que pour Tristan l’infini, c’est l’éternité sans retour où s’évanouit la conscience do
11ue en infidélité. Qui ne sent la dégradation d’un Tristan qui a plusieurs Iseut ? Or ce n’est pas lui qu’il convient d’accuser,
12n de l’âme dressée contre le monde. Mais alors le Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amo
13. Aimer d’amour-passion signifiait « vivre » pour Tristan, car la « vraie vie » qu’il appelait, c’était la mort transfigurante.
14t de nos contemporains sont en proie au délire de Tristan. Bien peu ont assez soif pour boire le philtre, et j’en vois moins en
2 1938, Esprit, articles (1932–1962). L’amour action, ou de la fidélité (novembre 1938)
15t munie d’une dot adéquate — dont je veux être le Tristan ». Car ce serait là mentir et l’on ne peut rien fonder qui dure sur l
16 [p. 242] Cependant, tout n’est pas encore clair. Tristan lui aussi fut fidèle ! Et toute passion véritable est fidèle. (Pour n
17toi-même ! » Ainsi de la fidélité du mythe, et de Tristan. C’est un narcissisme mystique, mais qui s’ignore, naturellement, et
18analyse des légendes courtoises nous a révélé que Tristan n’aime pas Iseut mais l’amour même, et au-delà de cet amour, la mort,
19e comme la délivrance du moi coupable et asservi. Tristan n’est pas fidèle à une promesse, ni à cet être symbolique, ce beau pr
20me voue sa fidélité. Et tandis que la fidélité de Tristan était un perpétuel refus, une volonté d’exclure et de nier la créatio
21lus de la vie pour la mort (c’était la passion de Tristan). ⁂ L’amour fidèle de Tristan détruisait son bonheur et sa vie pour t
22était la passion de Tristan). ⁂ L’amour fidèle de Tristan détruisait son bonheur et sa vie pour témoigner en faveur de la Nuit,
23le ruine notre bonheur, est salutaire. L’amour de Tristan et d’Iseut c’était l’angoisse d’être deux ; et son aboutissement supr
24destins singuliers : « Non plus d’Isolde, plus de Tristan, plus aucun nom qui nous sépare ! » Il faut que l’autre cesse d’être
25 la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excuse et alibi qui ne peuvent tromper que celui qui veut être tromp
3 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Avertissement
26ose le contenu caché de la légende ou du mythe de Tristan. C’est une descente aux cercles successifs de la passion. Le dernier
27xtrême, exceptionnelle en apparence : le mythe de Tristan et Iseut. Il nous faut ce repère fabuleux, cet exemple éclatant et « 
4 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Préface à l’édition de 1956
28ie siècle, du catharisme, des troubadours, et de Tristan. C’est là le principal de cette nouvelle version. Pour ceux dont la c
5 1939, L’Amour et l’Occident (1972). I. Le mythe de Tristan
29 [p. 15] Livre premier Le mythe de Tristan 1. Triomphe du roman, et ce qu’il cache « Seigneurs, vous plaît-il d
30 grand mythe européen de l’adultère : le Roman de Tristan et Iseut. Au travers du désordre extrême de nos mœurs, dans la confus
31 d’abord, dira-t-on, est-il exact que le roman de Tristan soit un mythe ? Et dans ce cas, n’est-ce pas détruire son charme que
32 la rend inefficace. Or je me propose d’envisager Tristan non point comme œuvre littéraire, mais comme type des relations de l’
33sur nos rêves. ⁂ Bien des traits de la légende de Tristan sont de ceux qui signalent un mythe. Et d’abord le fait que l’auteur
34 trace. Un autre aspect mythique de la légende de Tristan, c’est l’élément sacré qu’elle utilise (Appendice 1). Le progrès de l
35ant le secret qu’il exprime, le roman mythique de Tristan posséderait-il au même degré les qualités contraignantes d’un vrai my
36ontenu » prend ici toute sa force : la passion de Tristan et d’Iseut est littéralement « contenue » par les règles de la cheval
37appelait une réaction vive. Le succès du Roman de Tristan fut donc d’ordonner la passion dans un cadre où elle pût s’exprimer e
38ions et des réactions qu’il provoque. Le mythe de Tristan et Iseut, ce ne sera plus seulement le Roman, mais le phénomène qu’il
39ce du lecteur à envisager mon projet. Le Roman de Tristan nous est « sacré » dans la mesure exacte où l’on estimera que je comm
40it à voir l’un des commentateurs de la légende de Tristan la définir « une épopée de l’adultère ». La formule est sans doute ex
41de ses contemporains. Si je m’attache au mythe de Tristan, c’est qu’il permet de dégager une raison simple de notre confusion p
42s indiquer. 4. Le contenu manifeste du Roman de Tristan 3 Amors par force vos demeine ! Béroul. Tristan naît dans le ma
43tan 3 Amors par force vos demeine ! Béroul. Tristan naît dans le malheur. Son père vient de mourir, et sa mère Blanchefle
44Première prouesse ou performance : la victoire de Tristan sur le Morholt. Ce géant irlandais vient, comme le Minotaure, exiger
45 jeunes filles ou de jeunes gens de Cornouailles. Tristan obtient la permission de le combattre, au moment où il pourrait être
46e empoisonnée. Sans espoir de survivre à son mal, Tristan s’embarque à l’aventure dans un bateau sans voile ni rames, emportant
47éant Morholt était le frère de cette reine, aussi Tristan se garde-t-il d’avouer son nom et l’origine de son mal. Iseut, prince
48 dont un oiseau lui apporta un cheveu d’or. C’est Tristan qu’il envoie à la « quête » de l’inconnue. Une tempête rejette le hér
49rée par un jeune paladin.) Blessé par le monstre, Tristan est soigné de nouveau par Iseut. Un jour, cette princesse découvre qu
50 le meurtrier de son oncle. Elle saisit l’épée de Tristan et menace de le tuer dans son bain. Alors, il lui révèle la mission d
51le admire la beauté du jeune homme, à ce moment.) Tristan et la princesse voguent vers les terres de Marc. En haute mer, le ven
52rtance du philtre, et présente [p. 29] l’amour de Tristan et d’Iseut comme une affection spontanée, apparue dès la scène du bai
53us le verrons.) La faute est donc consommée. Mais Tristan reste lié par la mission qu’il a reçue du roi. Il conduit donc Iseut
54des barons « félons » dénoncent au roi l’amour de Tristan et d’Iseut. Tristan est banni. Mais à la faveur d’une nouvelle ruse (
55» dénoncent au roi l’amour de Tristan et d’Iseut. Tristan est banni. Mais à la faveur d’une nouvelle ruse (scène du verger), il
56les amants et leur tend un piège. Entre le lit de Tristan et celui de la reine, il sème de la « fleur de blé ». Tristan, que Ma
57elui de la reine, il sème de la « fleur de blé ». Tristan, que Marc a chargé d’une nouvelle mission, veut rejoindre une dernièr
58ite. Iseut sera livrée à une troupe de lépreux et Tristan condamné à mort. Il s’évade (scène de la chapelle). Il délivre Iseut,
59Marc les surprend endormis. Mais il se trouve que Tristan a déposé entre leurs corps son épée nue. Ému par ce qu’il prend pour
60s épargne. Sans les réveiller, il prend l’épée de Tristan et dépose à sa place l’épée royale. Les trois ans écoulés, le philtr
61ncêtre commun des cinq versions). Alors seulement Tristan se repent, Iseut se met à regretter la cour… Ils vont trouver l’ermit
62er l’ermite Ogrin, par l’entremise [p. 30] duquel Tristan offre au roi de lui rendre sa femme. Marc promet son pardon. Les aman
63l’approche du cortège royal. Iseut supplie encore Tristan de demeurer dans le pays jusqu’à ce qu’il soit certain que Marc la tr
64’aider à descendre de sa barque. Le manant, c’est Tristan déguisé… Mais de nouvelles aventures entraînent au loin le chevalier.
65eut, l’Iseut « aux blanches mains ». Et en effet, Tristan la laissera vierge, car il regrette « Iseut la bloie ». Enfin, blessé
66ort, et de nouveau empoisonné par cette blessure, Tristan fait appeler la reine de Cornouailles, la seule qui puisse encore le
67mentée par la jalousie, elle s’en vient au lit de Tristan et lui annonce que la voile est noire. Tristan meurt. Iseut la blonde
68de Tristan et lui annonce que la voile est noire. Tristan meurt. Iseut la blonde débarque à cet instant, monte au château, embr
69u voir qu’ils se réduisent à fort peu de choses : Tristan conduit Iseut au roi parce qu’il est lié par la fidélité du chevalier
70s la forêt, parce que le philtre cesse d’agir ; — Tristan épouse Iseut aux blanches mains « pour son nom et pour sa beauté ». M
71rs récents de la légende : tout au long du Roman, Tristan paraît physiquement supérieur à tous ses adversaires et, particulière
72e : c’est l’enjeu habituel des tournois. Pourquoi Tristan n’use-t-il pas de ce droit ? Mise en éveil par cette première questio
73ns, qui donne la raison de cet acte 5 . Pourquoi Tristan rend-il la reine à Marc, et cela même dans les versions où le philtre
74nt même où ils acceptent de se quitter ? Pourquoi Tristan s’éloigne-t-il ensuite pour courir de nouvelles aventures, alors qu’i
75ment étant acquis, la reine passe pour innocente. Tristan l’est donc aussi, et l’on ne voit plus du tout ce qui s’opposerait à
76ils nous présenter tel un modèle de chevalerie ce Tristan qui a trompé son roi par les ruses les plus cyniques ; ou telle une v
77ins ni menti ni trompé, et ce n’est pas le cas de Tristan… Enfin l’on en vient à douter de la valeur même des rares motifs allé
78si la morale de la fidélité au suzerain exige que Tristan livre à Marc la fiancée qu’il alla quérir — et qu’il avait conquise d
79upules sont bien tardifs et peu sincères, puisque Tristan n’a de cesse qu’il ne rentre à la cour, auprès d’Iseut… Et ce philtre
80n’est guère pour le bonheur d’un couple. Et quand Tristan épouse l’autre Iseut « pour son nom et pour sa beauté » mais cependan
81ontre Mariage Un moderne commentateur du Roman de Tristan et Iseut veut y voir un « conflit cornélien entre l’amour et le devoi
82remière solution. Si l’on admet que l’aventure de Tristan devait servir à illustrer le conflit de la chevalerie et de la sociét
83 : il est « félon » s’il ne le fait pas. Or, dans Tristan, les barons dénoncent Iseut au roi Marc : ils devraient donc passer p
84 chez la comtesse de Champagne. (Appendice 3.) Si Tristan, et l’auteur du Roman, partagent une telle manière de voir, la féloni
85aite dans le Morrois, ou même du mariage blanc de Tristan. En effet, le « droit de la passion », au sens où l’entendent les mod
86u sens où l’entendent les modernes, permettrait à Tristan d’enlever Iseut, après qu’ils ont bu le philtre. Cependant il la livr
87 aboutisse à l’« entière possession de sa dame ». Tristan choisira donc, dans ce cas, d’observer la fidélité féodale, masque et
88 obstacles extérieurs qui s’opposent à l’amour de Tristan sont dans un certain sens gratuits, c’est-à-dire qu’ils ne sont, à to
89cle, ils en inventent : l’épée nue, le mariage de Tristan. Ils en inventent comme à plaisir, — bien qu’ils en souffrent. Serait
90s. Il faut avoir l’audace de poser la question : Tristan aime-t-il Iseut ? Est-il aimé par elle ? (Seules les questions « stup
91s rapports de politesse conventionnelle. Et quand Tristan revient en quête d’Iseut, on se souvient que cette politesse fait pla
92vent dans la forêt de Morrois, après l’évasion de Tristan. Aspre vie meinent et dure : Tant s’entr’aiment de bonne amor L’un p
93 me pus de lié partir, N’ele de moi… Ainsi parle Tristan. Et Iseut après lui : Sire, por Dieu omnipotent, Il ne m’aime pas, n
94ain de la saint Jehan Aconpli furent li troi an. Tristan chassait dans la forêt. Soudain, il se souvient du monde. Il revoit l
95e »… La décision de se séparer est bientôt prise. Tristan propose de « gerpir » en Bretagne. Auparavant, ils iront voir Ogrin l
96avez mené ceste vie. Ainsi les admoneste Ogrin. Tristan li dist : or escoutez Si longuement l’avons menée Itel fu nostre dest
97 « patois du cœur ? ») Un dernier trait : lorsque Tristan reçoit la réponse favorable du roi acceptant de reprendre Iseut : De
98du roi acceptant de reprendre Iseut : Dex ! dist Tristan, quel départie ! Mot est dolenz qui pert s’amie… [p. 43] C’est sur
99he… Une seule réponse demeure ici digne du mythe. Tristan et Iseut ne s’aiment pas, ils l’ont dit et tout le confirme. Ce qu’il
100 l’instant de l’obstacle absolu, qui est la mort. Tristan aime se sentir aimer, bien plus qu’il n’aime Iseut la Blonde. Et Iseu
101eut la Blonde. Et Iseut ne fait rien pour retenir Tristan près d’elle : il lui suffit d’un rêve passionné. Ils ont besoin l’un
102rée ! « Mot est dolenz qui pert s’amie », soupire Tristan. Pourtant il sent déjà, au fond de la nuit qui vient, poindre la flam
103nces extérieures adverses, entraves inventées par Tristan. Tristan ne se comportera pas de la même manière dans les deux cas. E
104rieures adverses, entraves inventées par Tristan. Tristan ne se comportera pas de la même manière dans les deux cas. Et il n’es
105rc, méfiance des barons, jugement de Dieu, etc.), Tristan bondit par-dessus l’obstacle (le saut d’un lit à l’autre en est le sy
106 menace tout extérieure, la prouesse par laquelle Tristan le surmonte est une affirmation de la vie. En tout cela, Tristan n’ob
107onte est une affirmation de la vie. En tout cela, Tristan n’obéit qu’à la coutume féodale des chevaliers : il s’agit de faire p
108rse qui se produit alors : l’épée nue déposée par Tristan entre leurs corps demeurés vêtus, c’est encore occasion de prouesse,
109e son pouvoir social, l’obstacle légal, objectif. Tristan relève ce défi : d’où le rebondissement de l’action. Et ici le mot pr
110 le roi, et celui d’Iseut aux blanches mains avec Tristan. Le premier de ces mariages est l’obstacle de fait. Il est symbolisé
111sme en trouvera de plus fins.) Il faut voir comme Tristan le bouscule, et comme il s’en joue à plaisir ! Sans le mari, je ne do
112i, je ne donne pas plus de trois ans à l’amour de Tristan et Iseut. Et en effet, la grande sagesse du vieux Béroul, c’est d’avo
113x amants qu’à se marier. Or on ne conçoit pas que Tristan puisse jamais épouser Iseut. Elle est le type de femme qu’on n’épouse
114ait d’être ce qu’elle est. Imaginez cela : Madame Tristan ! C’est la négation de la passion, au moins de celle dont nous nous o
115des, l’on dirait même : plus intérieures. Lorsque Tristan soupire à voix basse après l’Iseut perdue, le frère d’Iseut aux blanc
116ux femmes — est la seule « raison » du mariage de Tristan. L’on voit qu’il lui serait aisé de s’expliquer. Mais une fois de plu
117ndra, et au seul titre de prétexte, pour empêcher Tristan de se dédire. C’est que l’amant pressent, dans cette nouvelle épreuve
118t volontaire au terme d’une série d’épreuves dont Tristan sortira purifié ; vers une mort qui soit une transfiguration, et non
119rait pas de mythe, il n’y aurait pas de roman, si Tristan et Iseut pouvaient dire quelle est la fin qu’ils se préparent de tout
120amme d’amour » éclose aux « déserts » de la Nuit. Tristan, lui, ne peut rien avouer. Il veut comme s’il ne voulait pas. Il s’en
121nicables au [p. 52] Jour 10 . Elles le méprisent. Tristan s’est fait prisonnier d’un délire auprès duquel pâlissent toute sages
122procède. Levez-vous, orages sonores de la mort de Tristan et d’Isolde ! Vieille et grave mélodie, dit le héros, tes sons lamen
123s d’aujourd’hui. Le succès prodigieux du Roman de Tristan révèle en [p. 54] nous, que nous le voulions ou non, une préférence i
124à travers la douleur, c’est le secret du mythe de Tristan, l’amour-passion à la fois partagé et combattu, anxieux d’un bonheur
125ormule du mythe. Amour réciproque, en ce sens que Tristan et Iseut « s’entr’aiment », ou du moins, qu’ils en sont persuadés. Et
6 1939, L’Amour et l’Occident (1972). II. Les origines religieuses du mythe
126s lois du corps n’explique nullement l’amour d’un Tristan, par exemple. Elle rend d’autant plus évidente l’intervention d’un fa
127ntiquité n’a rien connu de semblable à l’amour de Tristan et d’Iseut. On sait assez que pour les Grecs et les Romains, l’amour
128écis avec ce que l’on a dit plus haut du mythe de Tristan, qui voile et exprime à la fois le désir de mort. D’autre part, les d
129récitatif du psaume. » Et l’on songe au secret de Tristan, qu’il ne peut « dire » mais seulement chanter… ⁂ Toute conception du
130lancer le trille dont Wagner, au deuxième acte de Tristan, fera le cri sublime de Brengaine : « Habet acht ! Habet acht ! Schon
131 garde ! Voici que la nuit cède au jour ! ») Mais Tristan répond, lui aussi : « Qu’éternellement la nuit nous enveloppe ! » Tou
132ous savons par ailleurs que l’anneau (échangé par Tristan et Iseut) est le signe d’une fidélité qui justement n’est pas celle d
133ons le « narcissisme de la passion » (à propos de Tristan, chap. VIII du Livre Ier ). c) Le Familier des Amants est construit
134occidentale mais aussi du lyrisme provençal et de Tristan. C’est l’oraison jaculatoire de sainte Thérèse : Je meurs de ne pas m
135remonter vers le Nord celtique, à la rencontre de Tristan… ⁂ Peut-on prouver que la poétique arabe a réellement influencé la c
136t la légende et le mythe de la passion mortelle : Tristan. À cette montée puissante et comme universelle de l’Amour et du culte
137 du Nord, ceux du cycle d’Arthur, du Graal, et de Tristan, pour décrire des actions et des drames, et non plus seulement pour c
138 nous découvrons dans le roman breton — Lancelot, Tristan et tout le cycle arthurien — une transposition romanesque des règles
139ge fut condamné. Chrétien avait écrit un Roman de Tristan dont les manuscrits sont perdus. Béroul était Normand, Thomas était A
140Thomas était Anglais. Et en retour, la légende de Tristan se répandit très largement dans le Midi. Cette interaction si rapide
141stique. Le point de départ de Lancelot — comme de Tristan — c’est le péché contre l’amour courtois, la possession physique d’un
142 du récit, et non plus de la simple chanson. Dans Tristan, la faute initiale est douloureusement rachetée par une longue pénite
143ècle. 12. Des mythes celtiques au roman breton Tristan nous apparaît comme le plus purement courtois des romans bretons, en
144puissante et simple du récit. Mais en même temps, Tristan est le plus « breton » des romans courtois, en ce sens qu’on y trouve
145vidente de la première navigation à l’aventure de Tristan malade, en quête du baume magique. D’autre part, plusieurs récits de
146rototypes assez exacts des situations du Roman de Tristan. Par exemple, dans l’idylle tragique de Diarmaid et Grainne, les deux
147es rapprochements plus précis. On se rappelle que Tristan, après la mort de ses parents, fut élevé à la cour du roi Marc son on
148e maternelle, soit… des druides. » 88 [p. 144] Tristan élevé par Marc, son oncle maternel, devient ainsi, en vertu du foster
149ueront pas de voir dans la liaison malheureuse de Tristan et d’Iseut le résultat d’un complexe œdipien : à quoi s’oppose toutef
150accompagné de surenchère, subsiste également dans Tristan et les Romans de la Table ronde. On y voit un grand nombre d’aventure
151 de se marier : le combat contre le Morholt, dans Tristan, illustre exactement cette coutume, sans faire d’ailleurs la moindre
152 Paris remarquait avec profondeur que le roman de Tristan et d’Yseut rend un son particulier, qui ne se trouve guère dans la li
153rigine celtique de ces poèmes. [p. 145] C’est par Tristan et par Arthur que le plus clair et le plus précieux du génie celtique
154avoriser la confusion moderne entre la passion de Tristan et la pure sensualité. Quelques citations de Thomas, le plus conscien
155ne ascèse, le « mal aimé » des troubadours. Voici Tristan livré au plus cruel conflit, lorsqu’au soir de ses noces avec Iseut a
156s, il ne peut se résoudre à posséder sa femme : « Tristan désire Iseut aux blanches mains pour son nom et pour sa beauté, car q
157uel qu’eût été ce nom sans sa beauté, le désir de Tristan ne s’y fût pas porté. Ainsi Tristan veut se venger de sa douleur et d
158, le désir de Tristan ne s’y fût pas porté. Ainsi Tristan veut se venger de sa douleur et de ses peines, et contre son mal, il
159péra ses transmutations. Ainsi naquit le mythe de Tristan. Loin de moi la tentation d’analyser le processus de cette métamorpho
160rtance proprement religieuse du mythe dualiste de Tristan. Mais aussi, pour la même raison, il avoue mieux que tous les autres
161mple de l’amour ; c) il décide que le mariage de Tristan avec Iseut aux blanches mains ne fut pas « blanc », mais consommé. So
162nt de l’aider à franchir une rivière : or c’était Tristan déguisé. Elle sort intacte de l’épreuve. Gottfried commente : « Ce fu
163 non moins que dans son enseignement, le mythe de Tristan se révèle comme foncièrement hérétique et dualiste. Il n’y a pas plac
164parfois, semblent confondre avec la « science ». Tristan est un roman bien plus profondément et plus indiscutablement manichée
165ottfried jusqu’au pastiche 94 . Le célèbre duo de Tristan et d’Isolde mêlant leurs noms, niant leurs noms, chantant le dépassem
166ans le mythe. Nous avons donc rejoint le Roman de Tristan et situé sa nécessité à telle date, à l’intersection de telles tradit
7 1939, L’Amour et l’Occident (1972). III. Passion et mystique
167 compte : à la sexualité. Or l’examen du Roman de Tristan et de ses sources historiques nous a conduit à renverser le rapport.
168ogiques, on ne comprendrait plus rien au mythe de Tristan. La sexualité est une faim. Or il est de la nature d’une faim de cher
169sant la dialectique des « choses bizarres »… 2. Tristan : une aventure mystique Nous avons constaté que le Roman de Tristan e
170ture mystique Nous avons constaté que le Roman de Tristan est, à bien des égards, une première « profanation » de la mystique c
171onsidère surtout le principe interne de l’action, Tristan évoque par la plupart de ses situations romanesques la progression d’
172où nous pourrions induire un lecteur non prévenu. Tristan blessé s’embarque sur une nacelle sans gouvernail ni voile, muni seul
173ns pittoresques. Presque tous publient le secret… Tristan, lui, a trouvé l’amour. Mais tout d’abord, il n’a pas su le reconnaît
174cesse lointaine qu’il réserve à son seul plaisir, Tristan ignore que l’aventure pourrait aussi le concerner. Survient l’erreur
175t, ce premier et décisif appel devrait introduire Tristan dans la voie des macérations et le conduire à l’endura. Mais emporté
176 nous », gémit Iseut (dans le Roman en prose). Et Tristan de répondre : « Si le monde entier était orendroit avec nous, je ne v
177 plus dures de l’état de purification ». (Ibid.) Tristan n’est qu’une impure et parfois équivoque traduction de la mystique co
178 la désire ? [p. 162] Jamais l’amour n’enflamme Tristan si follement que lorsqu’il est séparé de sa « dame ». La psychologie
179utre chose, le symbole de l’Amour lumineux. Quand Tristan erre au loin, il l’aime davantage, et plus il aime, plus il endure de
180a situation mystique (par l’autre extrême) : plus Tristan aime, et plus il se veut séparé, c’est-à-dire rejeté par l’amour. Au
181ment. C’est quand, le philtre ayant cessé d’agir, Tristan et Iseut vont trouver l’ermite Ogrin dans sa cellule. Rencontre de ce
182our obéir sans tourments. Je ne trouve rien, dans Tristan, qui rappelle le « rejet des dons » dont parlent Eckhart et saint Jea
183 la prouesse qui est le moteur des hauts faits de Tristan. Comme tous les passionnés, il aime avec témérité la sensation de pui
184bjet vivant et extérieur. Ainsi nous avons vu que Tristan aime Iseut non point dans sa réalité, mais en tant qu’elle éveille en
8 1939, L’Amour et l’Occident (1972). IV. Le mythe dans la littérature
185e, que Béroul et Thomas ont composé la légende de Tristan. La Croisade des Albigeois a saccagé la civilisation courtoise du Lan
186rarque triomphe, c’est quand il prend la harpe de Tristan 130 , c’est dans le cri de la « torture délicieuse », du mal aimé, du
187sa « bien-aimée [p. 201] ennemie », et gémit, tel Tristan se séparant d’Iseut lorsqu’il la rend à son époux : Ô dure départie
188rétien de Troyes. On traduit le [p. 207] Roman de Tristan dans toutes les langues d’Occident. L’Anglais Thomas Malory, à la fin
189te prose narrative, et Brunetto Latini extrait de Tristan (dans sa Rhétorique) le portrait de la femme idéale. De là, jusqu’au
190 volonté de mort, si secrète et métaphysique dans Tristan : c’est simplement le point d’honneur, manie sociale. C’est l’héroïne
191 mort libératrice. Mais la dialectique sauvage de Tristan n’est plus ici que coquetterie, et le combat du Jour et de la Nuit se
192dèle amant et de la plus fidèle amante. (Thème de Tristan : c’est le rachat de la fatalité du philtre.) Céladon s’avance, mais
193ants au terme des trois ans passés dans la forêt. Tristan avait le recours de rendre Iseut à son mari. Alidor est contraint d’i
194 montre si sensible — l’opinion est toujours avec Tristan contre le roi Marc, avec le séducteur contre le mari trompé ; elle n’
195t de l’amante, renversant toute la dialectique de Tristan et de Roméo : Et la mort à mes yeux dérobant la clarté rend au jour
196he devait faire apparaître l’antithèse absolue de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du
197n Juan du théâtre 148 comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abord dans l’allure extérieure des personnages, d
198rd il vient de suspendre sa course. Au contraire, Tristan vient en scène avec l’espèce de lenteur somnambulique de celui qu’hyp
199 possédé à l’infini se concentre le monde entier. Tristan n’a plus besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, to
200oin qu’elle existe pour trouver goût à la violer. Tristan, lui, se voit libéré du jeu des règles, des péchés et des vertus, par
201n de plus en plus décevante et méprisable — quand Tristan est le prisonnier d’un au-delà du jour et de la nuit, le martyr d’un
202tés qui eussent déshonoré un véritable chevalier. Tristan, mélancolique et courageux, n’abdique au contraire son orgueil qu’à l
203distingue dans la contradiction de Don Juan et de Tristan, dans la tension insupportable de l’esprit qui vit cette contradictio
204er n’est pas une renaissance du mythe primitif de Tristan. Il n’a pas la violence sauvage de la légende, et encore moins son ar
205mitié tempèrent les emportements de l’amour… » Le Tristan qui se réveille en lui après la « faute » de la possession se passera
206os de la Nouvelle Héloïse, toute notre exégèse de Tristan, notre dialectique de l’obstacle. Il y a pourtant cette différence ca
207e l’indicible, elle a forcé le dernier mystère de Tristan. Mon propos n’est point de recenser les innombrables manifestations d
208 ni se posséder ni être possédé. Nous savions que Tristan n’aimait pas Iseut pour elle-même, mais seulement pour l’amour de l’A
209ent, et qui surtout ne fut pas réellement aimé. » Tristan aimait, Don Juan était aimé ; mais celui qui n’a du premier que la no
210lupté d’amour ! » L’homme qui a écrit cela (dans Tristan et Isolde) savait que la passion est quelque chose de plus que l’erre
211ux passions qui tendent à sa perte.) En composant Tristan, Wagner a violé le tabou : il a tout dit, tout avoué par les paroles
212venger l’affront subi. Le philtre qu’elle offre à Tristan est destiné à le faire mourir : mais d’une mort que l’Amour condamne,
213breuvage d’initiation. Ainsi l’étreinte unique de Tristan et d’Isolde aussitôt qu’ils ont bu, c’est le baiser unique du sacreme
214semble et pourtant ils sont deux. Il y a ce et de Tristan « et » Isolde qui signifie leur dualité créée. À ce moment la musique
215is revient le jour : le traître Mélot 162 blesse Tristan. Mais la passion a désormais vaincu, elle vole au jour son apparente
216 que chantera Isolde agonisante sur le cadavre de Tristan, dans l’extase de la « joie la plus haute ». Initiation, passion, acc
217a. Ainsi, ce n’est point un hasard si le mythe de Tristan et celui de Don Juan n’ont pu recevoir leur expression achevée que da
218st la mère et la fille. Toutefois, dans le cas de Tristan, l’élément plastique inhérent à toute mise en scène théâtrale se trou
219solument contradictoire avec celui qui faisait de Tristan la glorification du désir sensuel — c’est le rappel de l’influence de
220i dégradée et dégradante, par rapport au mythe de Tristan, que le serait par exemple l’alcoolisme par rapport à l’ivresse divin
221Époque, c’est simplement l’adaptation du mythe de Tristan à la mesure d’une société moderne. Le roi Marc est devenu le Cocu ; T
222société moderne. Le roi Marc est devenu le Cocu ; Tristan, le jeune premier, ou gigolo ; Iseut, l’épouse insatisfaite, oisive e
223ce qu’avaient voulu contenir le mythe originel de Tristan, puis ses substituts littéraires. Le xixe siècle bourgeois vit se ré
9 1939, L’Amour et l’Occident (1972). V. Amour et guerre
224 un équivalent sportif de la fonction mythique du Tristan telle que nous la définissions : exprimer la passion dans toute sa fo
225opre à restituer l’atmosphère de rêve du Roman de Tristan que les descriptions de tournois qu’on peut lire dans les œuvres de C
226alier au cygne ou porte les armes de Lancelot, de Tristan ou de Palamedes… Le plus souvent, un voile de mélancolie est répandu
227lques touches pour l’indiquer. Don Juan succède à Tristan, la volupté perverse à la passion mortelle. Et la guerre en même temp
228ien plus que relation avec l’aimée. Ce que désire Tristan, c’est la brûlure d’amour plus que la possession d’Iseut. Car la brûl
10 1939, L’Amour et l’Occident (1972). VI. Le mythe contre le mariage
229s provençaux et des romans bretons, l’adultère de Tristan reste [p. 299] une faute 189 , mais il se trouve revêtir en même temp
230sabée commet un crime et se rend méprisable. Mais Tristan, s’il enlève Iseut, vit un roman, et se rend admirable… Ce qui était
231 la « vraie vie », ce sera l’épanouissement de ce Tristan qu’il porte en soi comme son génie caché ! Et plus rien ne compte en
232oi l’on aime souffrir, et faire souffrir. Lorsque Tristan emmène Iseut dans la forêt, où plus rien ne s’oppose à leur union, le
233zon mystique s’est refermé depuis longtemps. Pour Tristan, Iseut figurait le symbole du Désir lumineux : son au-delà, c’était l
234s rythmes du désir charnel ; mais tandis que pour Tristan l’infini, c’est l’éternité sans retour où s’évanouit la conscience do
235ue en infidélité. Qui ne sent la dégradation d’un Tristan qui a plusieurs Iseut ? Pourtant ce n’est pas lui qu’il convient d’ac
236n de l’âme dressée contre le monde. Mais alors le Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amo
237. Aimer d’amour-passion signifiait « vivre » pour Tristan, car la vraie vie qu’il appelait, c’était la mort transfigurante. Mai
238t de nos contemporains sont en proie au délire de Tristan. Bien peu ont assez soif pour boire le philtre, et j’en vois moins en
11 1939, L’Amour et l’Occident (1972). VII. L’amour action, ou de la fidélité
239t munie d’une dot adéquate — dont je veux être le Tristan. » Car ce serait là mentir et l’on ne peut rien fonder qui dure sur l
240cation. ⁂ Cependant, tout n’est pas encore clair. Tristan lui aussi fut fidèle ! Et toute passion véritable est fidèle. (Pour n
241toi-même ! » Ainsi de la fidélité du mythe, et de Tristan. C’est un narcissisme mystique, mais qui s’ignore, naturellement, et
242analyse des légendes courtoises nous a révélé que Tristan n’aime pas Iseut mais l’amour même, et au-delà de cet amour, la mort,
243e la seule délivrance du moi coupable et asservi. Tristan n’est pas fidèle à une promesse, ni à cet être symbolique, ce beau [p
244me voue sa fidélité. Et tandis que la fidélité de Tristan était un perpétuel refus, une volonté d’exclure et de nier la créatio
245lus de la vie pour la mort (c’était la passion de Tristan). L’amour de Tristan et d’Iseut c’était l’angoisse d’être deux\ et so
246 mort (c’était la passion de Tristan). L’amour de Tristan et d’Iseut c’était l’angoisse d’être deux\ et son aboutissement suprê
247destins singuliers : « Non plus d’Isolde, plus de Tristan, plus aucun nom qui nous sépare ! » Il faut que l’autre cesse d’être
248 la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excuse et alibi qui ne peuvent tromper que celui qui veut être tromp
249 réfute les croyances courantes, nées du mythe de Tristan et de son négatif donjuanesque. Mais cette « raison » est tout à fait
12 1939, L’Amour et l’Occident (1972). Appendices
250i que mon analyse se borne à la légende écrite de Tristan. C’est d’elle seule que je parle quand je parle du mythe « primitif »
251nier ont cru pouvoir attribuer aux personnages de Tristan et d’Iseut (ou Essylt) dans la mythologie celtique. Dès le viie sièc
252dans la mythologie celtique. Dès le viie siècle, Tristan aurait été un demi-dieu, le héraut symbolique des mystères, le « gard
253e.) On a voulu voir également dans la rivalité de Tristan et de Marc le symbole de la lutte entre les Bretons armoricains et le
254, l’auteur du Roman en prose et celui de la Folie Tristan n’étaient pas initiés à cette tradition. Ils ignoraient le sens [p. 3
255e. Les faits que nous décrit l’auteur de la Folie Tristan étaient sans doute à l’origine tout autre chose qu’une suite d’extrav
256és. La maison de verre par exemple, dans laquelle Tristan fou veut emmener Iseut, était dans la mythologie druidique le vaissea
257jusqu’au cercle céleste du Gwynfyd. Dans la Folie Tristan, la maison de verre n’est plus qu’une image émouvante née de la fanta
258de l’amoureux. De même, chez Thomas, le départ de Tristan pour la Bretagne n’a plus aucun sens « historique » défini ; etc… C’e
259rt analogue — dans sa forme — à celle du Roman de Tristan. Or il est évident que cette situation ne peut être qu’une invention
260ui est cléricale et féodale). Cette analogie avec Tristan nous donne un repère pour apprécier la transformation que les Béroul
261ataille par les plaines herbues… L’analogie avec Tristan est très frappante. Il s’agit dans les deux cas : D’un vassal puissan
262ifférences ne sont pas moins significatives. Dans Tristan, c’est la jalousie d’Iseut aux blanches mains qui provoque la catastr
263diction VII. 2. À rapprocher du mariage blanc de Tristan : Jugement de la reine Eléonore : Demande. Un amant heureux avait d
264rs et à la foi promise. Or on n’a pas oublié que Tristan épouse la seconde Iseut alors qu’il croit que la première le néglige.
265sement notre conception des amours d’Yseult et de Tristan, nous ne pouvons avoir de doutes sur la nature des sentiments dont Th
266sement notre conception des amours d’Yseult et de Tristan »… 6. Freud et les surréalistes Sur les relations entre Freud et le
267Rivalen pour Blanchefleur (ce sont les parents de Tristan) accumule les expressions religieuses les plus insistantes : Alors l
13 1939, La Revue de Paris, articles (1937–1969). L’Âme romantique et le rêve (15 août 1939)
268limitations de la vie — la joie devant la mort de Tristan et d’Isolde. III. Mystique et Personne L’exemple des romantiques al
14 1939, Les Nouvelles littéraires, articles (1933–1972). Non, Tristan et Iseut ne s’aiment pas, nous dit Denis de Rougemont (12 février 1939)
269 [p. 3] Non, Tristan et Iseut ne s’aiment pas, nous dit Denis de Rougemont (12 février 193
270n’y affirme-t-il pas, avec preuves à l’appui, que Tristan et Yseut, les amants légendaires, les héros de la passion, ne s’aimai
271 roman, plus je me sentais gêné, mal à l’aise. Ce Tristan et cette Yseut qui restent indifférents pendant leur première rencont
272de trois ans de vie commune dans la forêt et qui, Tristan ayant épousé Yseut aux blanches mains, l’autre Yseut, ne reconnaissen
273 conviction, que je suis prêt à défendre : ce que Tristan et Yseut aiment, c’est le fait d’aimer. Jamais Tristan ne dit à Yseut
274an et Yseut aiment, c’est le fait d’aimer. Jamais Tristan ne dit à Yseut qu’il l’aime, il se borne à répéter : « Amor par force
275térature, reprend Denis de Rougemont. Le mythe de Tristan et Yseut, qui pose pour la première fois ce fameux triangle, le mari,
276 l’on retrouve à la fois dans le catharisme, dans Tristan et Yseut et chez les lyriques courtois, goût qui n’est autre que l’in
277ous aspirons donc à connaître cet état que, comme Tristan et peut-être inconsciemment, nous préférons à l’être aimé. D’autre pa
15 1939, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Don Juan (juillet 1939)
278 par la révélation d’amour, se muer en l’image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne p
279evivra éternellement ! Ainsi Nietzsche devient le Tristan d’un Destin qu’il ne peut posséder que par l’amour éternellement loin
16 1942, La Part du Diable (1982). IV. Le Diable dans nos Dieux et dans nos maladies
280ui dans la mort. Extase des derniers instants, de Tristan et d’Isolde, ou des amants de Vérone. La contradiction torturante que
17 1944, Les Personnes du drame. IV. Une maladie de la personne — 8. Le Romantisme allemand
281imitations de la vie, — la joie devant la mort de Tristan et d’Isolde… III Mystique et personne L’exemple des romantiques all
18 1947, Doctrine fabuleuse. 8. Contribution à l’étude du coup de foudre
282xorable qui circonvient les rencontres fameuses : Tristan devant la cour d’Irlande est reçu par la fille du roi selon l’usage e
19 1947, Doctrine fabuleuse. 9. Don Juan
283 par la révélation d’amour, se muer en l’image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne p
284evivra éternellement ! Ainsi Nietzsche devient le Tristan d’un Destin qu’il ne peut posséder que par l’amour éternellement loin
20 1952, Preuves, articles (1951–1968). Le sens de nos vies, ou l’Europe (juin 1952)
285l’instinct même et du plaisir. C’est ce qui jette Tristan et Iseult dans la mort, souhaitée comme un suprême accomplissement. L
21 1955, Preuves, articles (1951–1968). Le Château aventureux : Passion, Révolution, Nation (mai 1955)
286se [p. 6] dès la fin du même siècle : le Roman de Tristan et Iseult. Du Midi des Troubadours, inventeurs de notre lyrisme, au N
287us grands érudits l’ont décrite. Mais le roman de Tristan ne fut pas imité par les seuls écrivains depuis près de huit siècles 
288e le jeune Européen moyen ne ressemble pas plus à Tristan que n’importe quel fidèle endimanché aux martyrs dont le sang fut la
289monde féodal, qui est le monde des « fidélités ». Tristan, pris de passion, viole tous les interdits moraux, sociaux et religie
290e de la loi : ama et fac quod vis ! La passion de Tristan ne pouvait se déclarer dans sa grandeur tragique et obsédante qu’au s
291lis parlant de sa fiancée perdue. Sur la tombe de Tristan et d’Iseut, deux plantes en une nuit s’élèvent et s’enlacent. Et ce s
22 1957, L’Aventure occidentale de l’homme. Deuxième partie. La Quête occidentale — 4. Le Château aventureux
292 en prose dès la fin du même siècle : le Roman de Tristan et Iseult. Du Midi des Troubadours, inventeurs de notre lyrisme, au N
293us grands érudits l’ont décrite. Mais le roman de Tristan ne fut pas imité par les seuls écrivains depuis près de huit siècles 
294e le jeune Européen moyen ne ressemble pas plus à Tristan que n’importe quel fidèle endimanché aux martyrs dont le sang fut la
295 monde féodal qui est le monde des « fidélités ». Tristan pris de passion viole tous les interdits moraux, sociaux et religieux
296e de la loi : ama et fac quod vis ! La passion de Tristan ne pouvait se déclarer dans sa grandeur tragique et obsédante qu’au s
297lis parlant de sa fiancée perdue. Sur la tombe de Tristan et d’Iseut, deux plantes en une nuit s’élèvent et s’enlacent. Et ce s
23 1959, Preuves, articles (1951–1968). Nouvelles métamorphoses de Tristan (février 1959)
298 [p. 14] Nouvelles métamorphoses de Tristan (février 1959) ar La passion est cette forme de l’amour qui refuse
299 transparaît, dominateur, l’archétype médiéval de Tristan. Je ne sais à vrai dire si la passion naît de la distance, ou l’inver
300siècle Trois œuvres où transparaît l’archétype de Tristan nous sont données vers ce milieu du siècle par l’Europe, l’Amérique e
301donc, dans ces trois œuvres, qu’à l’apparition de Tristan, dictant impérieusement — à l’insu des auteurs — la rhétorique profon
302e — on aura reconnu les personnages du drame, ces Tristan séparés d’une Iseut « interdite » par un Roi Marc, qui est la Morale
303’un Béroul. Qu’on ne s’y trompe pas : le roman de Tristan n’était pas moins choquant au xiie siècle que ne l’est aujourd’hui L
304trement bouleversants ! Les premières versions de Tristan glorifiaient une forme d’amour non seulement opposée au mariage, mais
305 et situations les plus typiques de la légende de Tristan. Mais il est curieux de noter qu’à chaque fois un point d’ironie frap
306insi, la mère du héros meurt très tôt (comme dans Tristan), mais voici le ton du récit : « Ma très photogénique mère mourut dan
307rave mélodie » qui marque la mort de la mère dans Tristan !) Le nom de l’hôtel où se passe la nuit de la séduction, les Chasseu
308ement l’état de transe de la scène des aveux dans Tristan, mais toute la description du lieu vise précisément à le désenchanter
309t de l’erreur « fatale » de Brangien.) Comme dans Tristan, il est vrai, la polémique contre le mariage au nom de l’amour-passio
310e l’amour-passion anime tout le récit. Comme dans Tristan, l’on sent que l’auteur n’est pas intéressé par le côté sexuel de son
311 la magie de l’Éros, et il le dit 75 . Comme dans Tristan, « les amants fuient le monde et lui, eux ». Enfin, comme dans Trista
312 fuient le monde et lui, eux ». Enfin, comme dans Tristan, ils meurent à peu de temps l’un de l’autre, séparés. Mais leur mort
313l qu’il est, cet ouvrage parfait reste, aussi, un Tristan manqué. Et cela tient à l’immaturité de l’objet même de la passion dé
314de l’indistinction que chante le deuxième acte de Tristan : La nuit brillante enferme en ses bras maternels toutes les contrad
315e monde existe encore et les appelle… « Deh ! dit Tristan, quelle départie ! » Mais il y a plus. La lucidité de Musil s’attaque
316te « Iseut » inaccessible, dont il semble être le Tristan ? Et quel est le Roi Marc qui l’en sépare ? Je me mis à lire plus ava
317e, la maîtresse clandestine, interdite, enlevée à Tristan par l’homme qui symbolise le Pouvoir régnant, — la fuite dans la forê
318t les mêmes péripéties dans tous les temps depuis Tristan, depuis l’épiphanie grandiose et décisive de l’archétype de la passio
319articulière du régime politique au pouvoir. Ainsi Tristan, modèle du chevalier, est contraint de violer le sacré féodal, devien
320fficace tandis que la censure hésite. Le Roman de Tristan n’apparut dans l’histoire qu’au temps où la réforme grégorienne et le
321ls encore provoquer les épiphanies romanesques de Tristan et de l’amour-passion ? Le totalitarisme soviétique et le conformisme
24 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Note liminaire
322oir épousé la formule dynamique de Don Juan et de Tristan ; enfin, l’on reviendra au problème capital, celui de la personne en
25 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — a. L’amour et la personne dans le monde christianisé
323lobant le mariage d’amour, la passion mystique de Tristan et la licence impie de Don Juan (l’une au-delà et l’autre en deçà du
26 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — b. Naissance de l’érotisme occidental
324 et la musique, l’Alternative, les Fleurs du Mal, Tristan, témoignent d’une prise de conscience très profondément renouvelée de
325es extrêmes de l’érotique occidentale : Don Juan, Tristan. p. 21 9. Le mot apparaît chez Kierkegaard dès 1843. On le trouv
27 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — c. Présence des mythes et leurs pouvoir dans divers ordres
326pé tous leurs pouvoirs contagieux et révélateurs. Tristan, Faust, Hamlet et Don Juan sont bel et bien les créations imaginaires
327nt attaché leur nom de fable, Œdipe ou Prométhée, Tristan, Faust ou Don Juan, mais aussi dans les innombrables descendants que
328il a le goût de la facilité et du changement ; ou Tristan s’il se sent plus doué pour le malheur d’amour, ou la fidélité. La se
329au d’aventuriers-penseurs de notre temps. Je vois Tristan dans la passion intellectuelle de Kierkegaard, [p. 28] dont le « para
330ent de blasphémer — et j’en connais — en voyant « Tristan » dans ce siècle. S’il est vrai que les mythes nous en apprennent bie
331eur valeur figurante. Nul Européen n’a jamais été Tristan, ni Don Juan, — et pas plus dans le passé qu’aujourd’hui ; mais sans
28 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — f. Soulèvement des puissances animiques
332la mystique d’amour, Héloïse et la passion vécue, Tristan et la passion rêvée, le culte de la Dame et le culte de la Vierge, le
29 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 1. Nouvelles métamorphoses de Tristan
333 [p. 47] Nouvelles métamorphoses de Tristan La passion est cette forme de l’amour qui refuse l’immédiat, fuit le
334 transparaît, dominateur, l’archétype médiéval de Tristan. Je ne sais à vrai dire si la passion naît de la distance, ou l’inver
335siècle Trois œuvres où transparaît l’archétype de Tristan nous sont données vers ce milieu du siècle par l’Europe, l’Amérique e
336donc, dans ces trois œuvres, qu’à l’apparition de Tristan, dictant impérieusement — à l’insu des auteurs — la rhétorique profon
337e — on aura reconnu les personnages du drame, ces Tristan séparés d’une Iseut « interdite » par un Roi Marc qui est la Morale c
338’un Béroul. Qu’on ne s’y trompe pas : le roman de Tristan n’était pas moins choquant au xiie siècle que ne l’est aujourd’hui L
339trement bouleversants ! Les premières versions de Tristan glorifiaient une forme d’amour non seulement opposée au mariage, mais
340 et situations les plus typiques de la légende de Tristan. Mais il est curieux de noter qu’à chaque fois un point d’ironie frap
341insi, la mère du héros meurt très tôt (comme dans Tristan), mais voici le ton du récit : « Ma très photogénique mère mourut dan
342rave mélodie » qui marque la mort de la mère dans Tristan !) Le nom de l’hôtel où se passe la nuit de la séduction, les Chasseu
343ement l’état de transe de la scène des aveux dans Tristan, mais toute la description du lieu vise précisément à le désenchanter
344t de l’erreur « fatale » de Brangien.) Comme dans Tristan, il est vrai, la polémique contre le mariage au nom de l’amour-passio
345e l’amour-passion anime tout le récit. Comme dans Tristan, l’on sent que l’auteur n’est pas intéressé par le côté sexuel de son
346 la magie de l’Éros, et il le dit 19 . Comme dans Tristan, « les amants fuient le monde et lui, eux ». Enfin, comme dans Trista
347 fuient le monde et lui, eux ». Enfin, comme dans Tristan, ils meurent à peu de temps l’un de l’autre, séparés. Mais leur mort
348l qu’il est, cet ouvrage parfait reste, aussi, un Tristan manqué. Et cela tient à l’immaturité de l’objet même de la passion dé
349de l’indistinction que chante le deuxième acte de Tristan : La nuit brillante enferme en ses bras maternels toutes les contrad
350e monde existe encore et les appelle… « Deh ! dit Tristan, quelle départie ! ». Mais il y a plus. La lucidité de Musil s’attaqu
351te « Iseut » inaccessible, dont il semble être le Tristan ? Et quel est le Roi Marc qui l’en sépare ? Je me mis à lire plus ava
352e, la maîtresse clandestine, interdite, enlevée à Tristan par l’homme qui symbolise le Pouvoir régnant, — la fuite dans la forê
353t les mêmes péripéties dans tous les temps depuis Tristan, depuis l’épiphanie grandiose et décisive de l’archétype de la passio
354rticulière du régime politique au pouvoir. Ainsi, Tristan, modèle du chevalier, est contraint de violer le sacré féodal, devien
355fficace tandis que la censure hésite. Le Roman de Tristan n’apparut dans l’histoire qu’au temps où la réforme grégorienne et le
356ls encore provoquer les épiphanies romanesques de Tristan et de l’amour-passion ? Le totalitarisme soviétique et le conformisme
30 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 3. Don Juan
357 par la révélation d’amour, se muer en l’image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne p
358evivra éternellement ! Ainsi Nietzsche devient le Tristan d’un Destin qu’il ne peut posséder que par l’amour éternellement loin
31 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 4. Dialectique des mythes I. Méditation au carrefour fabuleux
359 a vécu l’amour unique, la passion malheureuse de Tristan, mais ses premiers grands livres pseudonymes évoquent le vol d’un som
360 circonscrit par l’éternité. II. Kierkegaard et Tristan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapport
361ique et longuement malheureux pour Régine, il fut Tristan. Cependant, je n’ai trouvé dans tout son œuvre que de rares allusions
362 à l’Hamlet de Shakespeare, et pas une mention de Tristan — pour des centaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Ju
363et dans sa ruse avec la vie. Et c’est le mythe de Tristan qui reparaît enfin ! ⁂ On sait assez que le paradoxe est la catégorie
364ique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique dans l’œuvre
365upporter l’audition du [p. 134] troisième acte de Tristan « à moins de suffoquer sous la tension convulsive de toutes les fibre
366re : dans ce que Nietzsche exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble
367bschen, loin de Bayreuth surtout — où l’auteur de Tristan est l’époux comblé de Cosima… — loin du Nord désormais détesté, Nietz
368lternative ou alternance ? L’antinomie Don Juan — Tristan, telle que je l’ai formulée ailleurs, doit être ici rappelée en quelq
369le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abord dans l’allure extérieure des personnages, d
370rd il vient de suspendre sa course. Au contraire, Tristan vient en scène avec l’espèce de lenteur somnambulique de celui qu’hyp
371 possédé à l’infini se concentre le monde entier. Tristan n’a plus besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, to
372oin qu’elle existe pour trouver goût à la violer. Tristan, lui, se voit libéré du jeu des règles, des péchés et des vertus, par
373n de plus en plus décevante et méprisable — quand Tristan est le prisonnier d’un au-delà du jour et de la nuit, le martyr d’un
374tés qui eussent déshonoré un véritable chevalier. Tristan, mélancolique et courageux, n’abdique au contraire son orgueil qu’à l
375à la main. 49 Ou simplement en quelques mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité
376ique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour. Mais ce lien de genèse réciproque
377’autre. (Pire qu’un [p. 142] Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Ps
378e qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute apparition de l’un des my
379sociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des mythes ne pose guère de problèmes. La l
380 mythes ne pose guère de problèmes. La légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Rena
381la passion devait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du Dix-Huitième
382bservons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tristan quitte ses terres, s’éloi
383ent à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tristan quitte ses terres, s’éloigne de la Cour, [p. 143] son « errance » tra
384 de la psychologie individuelle, l’antériorité de Tristan apparaît encore plus évidente. L’amour passion n’est ressenti dans sa
385 brèves rencontres érotiques. De ce point de vue, Tristan serait un mari manqué pour avoir manqué le social et [p. 146] surcomp
386ec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le social et le sentimenta
387der la durée, l’autre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans
388 faisait tuer avant l’aube ses amants d’une nuit. Tristan veut au contraire l’éternité, car il veut échapper à la souffrance, e
389 à cause de l’illusion, dit le bouddhisme — c’est Tristan qui a raison contre le mariage. S’il n’est pas d’autre vie ni d’autre
390a vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raisons de le faire… [p. 151] Le Bon
391he à l’annonce de la mort de Wagner : le motif de Tristan reparaît peu après dans le second Zarathoustra : « Car je t’aime, ô é
392e donc une libération. Libération est la voie de Tristan. Sa passion veut aimer sans limites au-delà des formes et du temps, a
393e » !) que nous laissent les dernières mesures de Tristan. L’amour. — Ici la dialectique des deux mythes se resserre. Elle att
394de prochain, mais seulement des objets. Mais pour Tristan, si le dernier obstacle qui nourrit sa passion est dans le moi distin
395dent, pour sauver leur vie, les raisons de vivre, Tristan perd, à cause de l’amour les raisons humaines d’aimer. [p. 158] Dans
396, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacun à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan e
397à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’aimer sans ai
32 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 5. Dialectique des mythes II. Les deux âmes d’André Gide
398Amour et l’Occident et à ses analyses du mythe de Tristan. « C’est là, ajouta-t-il, et non dans les ouvrages des psychanalystes
399x mythes normalement exclusifs l’un de l’autre de Tristan et de Don Juan 62 . [p. 171] André Walter, ou l’angélisme Dès le pr
400le premier livre de Gide, toutes les « notes » de Tristan sont manifestes. L’amour est lié à la séparation des deux amants : la
401e : car [p. 173] il est inconcevable à jamais que Tristan et Iseut se marient et s’ils le font pourtant, ce ne sera qu’apparenc
402 surgit comme pour venger la douleur inhumaine de Tristan. Il se déguise un peu, pour mieux se faire admettre. Il prétend tout
403être plus le maître — l’un devenant la proie de « Tristan » et l’autre de « Don Juan » ? A-t-il été victime des dieux, j’entend
404a plus ! Il ne saura plus où le prendre ! Je suis Tristan, voyez mon âme, c’est un ange. Je suis Don Juan, voyez mon corps, bêt
405à tête de scarabée 78  » les figures alternées de Tristan et Don Juan. Ces deux « extrêmes » dont il s’était loué d’avoir su pr
33 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. II. Deuxième partie — 7. La personne, l’ange et l’absolu ou Le dialogue Occident-Orient
406ssi nous fera-telle entrevoir comment le mythe de Tristan — en dépit du pseudo-bouddhisme tardivement emprunté par Wagner à Sch
407e sensible, — et c’est pourquoi j’ai osé dire que Tristan n’aimait pas Iseut — cette passion n’est-elle pas mieux vue si l’on é
408e », mais pour l’autre ? S’il est une « erreur de Tristan », motivant le malheur essentiel de sa passion, ce serait alors dans
34 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. II. Deuxième partie — 8. L’amour même
409nt que sexe en général. (Au contraire, l’amour de Tristan faisait d’une seule, élue, la Femme unique.) Cette forme du désir par
410La beauté fait pleurer les meilleures larmes ». — Tristan. Preuve : sentir intensément. Trèfle ♣ La forme indique le nombre 3.
35 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (I) (avril 1961)
411 a vécu l’amour unique, la passion malheureuse de Tristan, mais ses premiers grands livres pseudonymes évoquent le vol d’un som
412 est circonscrit par l’éternité. Kierkegaard et Tristan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapport
413ique et longuement malheureux pour Régine, il fut Tristan. Cependant, je n’ai trouvé dans toute son œuvre que de rares allusion
414 à l’Hamlet de Shakespeare, et pas une mention de Tristan — pour des centaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Ju
415se avec l’Éros, avec la vie. Et c’est le mythe de Tristan qui reparaît enfin ! On sait assez que le paradoxe est la catégorie f
416ique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique dans l’œuvre
417ourrait supporter l’audition du troisième acte de Tristan « à moins de suffoquer sous la tension convulsive de toutes les fibre
418re : dans ce que Nietzsche exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble
419bschen, loin de Bayreuth surtout — où l’auteur de Tristan est l’époux comblé de Cosima… — loin du Nord désormais détesté, Nietz
36 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (II) (mai 1961)
420le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abord dans l’allure extérieure des personnages, d
421rd il vient de suspendre sa course. Au contraire, Tristan vient en scène avec l’espèce de lenteur somnambulique de celui qu’hyp
422 possédé à l’infini se concentre le monde entier. Tristan n’a plus besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, to
423oin qu’elle existe pour trouver goût à la violer. Tristan, lui, se voit libéré du jeu des règles, des péchés et des vertus, par
424n de plus en plus décevante et méprisable — quand Tristan est le prisonnier d’un au-delà du jour et de la nuit, le martyr d’un
425tés qui eussent déshonoré un véritable chevalier. Tristan, mélancolique et courageux, n’abdique au contraire son orgueil qu’à l
426 la main. 123 Ou simplement en quelques mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité
427ique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour. Mais ce lien de genèse réciproque
428cale de l’autre. (Pire qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Ps
429e qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute apparition de l’un des my
430sociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des mythes ne pose guère de problèmes. La l
431 mythes ne pose guère de problèmes. La légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Rena
432la passion devait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du
433bservons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tristan quitte ses terres, s’éloi
434ent à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tristan quitte ses terres, s’éloigne de la Cour, son « errance » traduit dans
435 de la psychologie individuelle, l’antériorité de Tristan me paraît encore plus évidente. L’amour passion n’est ressenti dans s
436 brèves rencontres érotiques. De ce point de vue, Tristan serait un mari manqué pour avoir manqué le social et surcompensé cet
437ec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le social et le sentimenta
438der la durée, l’autre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans
439 faisait tuer avant l’aube ses amants d’une nuit. Tristan veut au contraire l’éternité, car il veut échapper à la souffrance, e
440 à cause de l’illusion, dit le bouddhisme — c’est Tristan qui a raison contre le mariage. S’il n’est pas d’autre vie ni d’autre
441a vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raison de le faire…   Le bonheur. — 
442he à l’annonce de la mort de Wagner : le motif de Tristan reparaît peu après dans le second Zarathoustra : « Car je t’aime, ô é
443e donc une libération. Libération est la voie de Tristan. Sa passion veut aimer sans limites, au-delà des formes et du temps,
444e » !) que nous laissent les dernières mesures de Tristan.   L’amour. — Ici la dialectique des deux mythes se resserre. Elle a
445de prochain, mais seulement des objets. Mais pour Tristan, si le dernier obstacle qui nourrit sa passion est dans le moi distin
446erdent pour sauver leur vie les raisons de vivre, Tristan perd à cause de l’amour les raisons humaines d’aimer. Dans la pureté
447, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacune à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan
448à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’aimer sans ai
37 1961, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). La personne, l’ange et l’absolu, ou le dialogue Occident-Orient (avril 1961)
449si nous fera-t-elle entrevoir comment le mythe de Tristan — en dépit du pseudo-bouddhisme tardivement emprunté par Wagner à Sch
450e sensible, — et c’est pourquoi j’ai osé dire que Tristan n’aimait pas Iseut — cette passion n’est-elle pas mieux vue si l’on é
451e », mais pour l’autre ? S’il est une « erreur de Tristan », motivant le malheur essentiel de sa passion, ce serait alors dans
38 1967, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Vingt langues, une littérature (mai 1967)
452 : l’honneur, la passion amoureuse, la légende de Tristan, modèle de tous les romans au vrai sens du terme, puis la légende de
39 1970, Lettre ouverte aux Européens. I. L’unité de culture
453l’instinct même et du plaisir. C’est ce qui jette Tristan et Iseut dans la mort, souhaitée comme un suprême accomplissement. La
454 : l’honneur, la passion amoureuse, la légende de Tristan, modèle de tous les romans au vrai sens du terme, puis la légende de
40 1970, L’Un et le Divers ou la Cité européenne. II. La Cité européenne
455ventureuse d’un Lancelot et d’un Perceval ou d’un Tristan, symbole mystique. Faut‑il enfin rappeler l’apport arabe, qui ne se l
41 1970, Les Nouvelles littéraires, articles (1933–1972). Denis de Rougemont : l’amour et l’Europe en expert (24 décembre 1970)
456raissait éclatante entre l’amour dans le mythe de Tristan et l’amour dans le mariage v . Daniel-Rops, qui dirigeait la collecti
457n petit livre en deux volets opposant le mythe de Tristan et l’amour dans le mariage. Et nous avons pris date. Je devais lui do
458C’est au fond contre la vulgarisation du mythe de Tristan que je m’élevais, surtout dans L’Amour et l’Occident , et non pas co
42 1970, Gazette de Lausanne, articles (1940–1984). Le testament de Tristan (14-15 novembre 1970)
459 [p. 33] Le testament de Tristan (14-15 novembre 1970) aj Il a choisi le pays de son nom contre le c
460e. À l’autre extrême, le général de Gaulle fut le Tristan de la passion nationale. Son Iseult, c’est la France, et il est près
461e la France et lui, quand il était le plus fort — Tristan plus fort que le roi Marc — n’a-t-il pas déposé une épée symbolique ?
462ns la page si belle qui règle ses obsèques, c’est Tristan qui revient dans sa pleine stature : écartant les barons et le Pays l
43 1972, L’Amour et l’Occident (1972). Post-scriptum
463 et le soir même je vais à l’Opéra, où l’on donne Tristan, cette revanche de la Nuit. Habet Acht ! Habet Acht ! Schon weicht d
464ais-je dit, par exemple, que « l’amour-passion de Tristan n’est rien d’autre que le catharisme » ?) Et quand il parle de la Réf
465 ne sont très loin de l’endura d’amour dont meurt Tristan et où Isolde le rejoint en « joie suprême ». H. Davenson lui-même ind
466du Graal, Gauvain, Perceval, la belle histoire de Tristan et Iseult ». Aux exemples qu’il donne (Cercamon, Barbezieux, et le ro
467as, je m’en vais, misérable, en exil, ne sais où. Tristan 230 , vous n’aurez plus rien de moi, car je m’en vais, chétif, je ne
468édante de la mort ne sont-ils pas ici, comme dans Tristan, liés par les complicités profondes du vertige ? Le Ciel me garde d’a
469che de sa mort ». Je lis et je revis l’émotion de Tristan. Je propose que cette émotion soit seule arbitre entre nos thèses. J
470 à l’époque, mais il nous reste les lettres de ce Tristan châtié et repenti à cette Iseut devenue abbesse malgré elle, mais qui
471tage, aujourd’hui, sur le thème de l’inceste dans Tristan, et sur ses aspects œdipiens (indiqués très nettement, sinon bien dév
472 par exemple au chapitre 12 du livre II). Certes, Tristan n’a pas pu désirer sa mère, qui est morte en couches. Mais sa tristes
473man en Prose. On y voit tout d’abord l’adolescent Tristan, âgé de quatorze ou quinze ans, séjourner chez son oncle le roi Marc
474comparaison de lui ». À ce moment donc, Marc aime Tristan, qu’il ignore être son neveu. Puis Tristan triomphe du Morholt, et ré
475c aime Tristan, qu’il ignore être son neveu. Puis Tristan triomphe du Morholt, et révèle sa naissance royale. Mais, blessé, il
476, le Roman nous dit : « Le roi Marc prend bientôt Tristan en haine, car il le craint plus qu’autrefois. » Il envoie donc son ne
477 d’Iseut, qu’il veut pour femme, sachant bien que Tristan risque sa vie s’il retourne au pays du Morholt. Et Tristan le sait au
478isque sa vie s’il retourne au pays du Morholt. Et Tristan le sait aussi : « Quand Tristan entend cette nouvelle, il pense que s
479ys du Morholt. Et Tristan le sait aussi : « Quand Tristan entend cette nouvelle, il pense que son oncle l’envoie en Irlande plu
480en venant au monde.) Conquis par les prouesses de Tristan, le roi d’Irlande lui dit enfin : « Tristan vous avez tant fait…, je
481es de Tristan, le roi d’Irlande lui dit enfin : « Tristan vous avez tant fait…, je vous remets Iseut pour vous ou pour votre on
482perte du sein maternel, sevrage), on comprend que Tristan ne puisse aimer (au sens du dürfen [p. 416] allemand, ou permission)
483uvent donc dans les relations triangulaires entre Tristan, Marc et Iseut. Ces contradictions sont illustrées par tous les épiso
484t vaut mieux que la vie quotidienne partagée). Si Tristan décidait de garder Iseut pour lui, il violerait le tabou courtois. S’
485férencie de la nature 248 , alors nous voyons que Tristan, poème du Triangle essentiel (Père, Mère et Fils) et de la primordial
486 (au surplus compliqués de drogue) comme celui de Tristan et d’Iseut. La passion une fois déclarée exige beaucoup plus que cett
487le mise en présence de deux êtres. Dans le cas de Tristan et d’Iseut, il en va bien ainsi, selon Thomas ; mais selon Béroul, c’
488e confession qu’il met dans leur bouche (p. 40) : Tristan : Qu’el m’aime, c’est par la poison Ge ne me pus de lié partir N’ele
489u’il a tué, et sans espoir de survivre à son mal, Tristan s’embarque à l’aventure dans une nacelle sans voile ni rames, emporta
490igations solitaires, Iseut intervient pour guérir Tristan des effets du poison, puis ils sont de nouveau séparés. Mais quand il
491assif ou extatique, elle est mortelle, comme chez Tristan et quelques-uns des grands mystiques. Reste à voir ce qu’elle peut pr
44 1973, Responsabilité de l’écrivain dans la société européenne d’aujourd’hui (1973). Responsabilité de l’écrivain dans la société européenne d’aujourd’hui
492Quête du Graal, de la tragédie d’Œdipe à celle de Tristan, toutes les grandes œuvres de la littérature mondiale, jusqu’au xiie
45 1979, Cadmos, articles (1978–1986). La chronique européenne de Denis de Rougemont (printemps 1979)
493e « Princesse de légendes », cette Iseut que, tel Tristan, il n’aime jamais autant que lorsqu’il s’en voit séparé ? (D’où sa se