(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929) » p. 1164
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Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929) j

M. Valéry Larbaud est vraiment un étonnant esprit. Pour présenter au public français cette œuvre « d’ importance européenne », croyez-vous qu’il aille s’abandonner à  l’ émotion communicative  de  qui découvre un sommet ? Point. Précision, modération dans  le  jugement, humour léger, notation suggestive, telles sont  les  vertus  de  sa critique. Ce n’est que dans sa discrétion à louer une grande œuvre qu’on trouvera  la  mesure  de  son admiration et  le  gage  de  sa légitimité.

Nul doute que  les  Trois nouvelles exemplaires ne suscitent un intérêt très profond : elles nous transportent au cœur  de  préoccupations des plus modernes, problème  de   la  réalité littéraire, problème  de   la  personnalité. Leur Prologue pourrait presque aussi bien être celui  d’ une pièce  de  Pirandello. N’annonce-t-il pas que  les  personnages des trois nouvelles « sont réels, très réels,  de   la  réalité  la  plus intime,  de  celle qu’ils se donnent eux-mêmes dans leur pure volonté  d’ être ou  de  ne pas être… ». Mais  les  héros  de  Pirandello, s’ils veulent être, subissent, une fois qu’ils sont,  le  grand malentendu  de   la  personnalité. Tandis que chez Unamuno une volonté  d’ action  les  possède,  les  exalte,  les  affole.  Les  plus beaux types créés par Unamuno sont ces femmes dures et passionnées, Raquel et Catherine, ou cet Alexandro Gomez cynique et puissant  de  confiance en soi, qu’une volonté presque inhumaine torture et conduit au crime. Et s’ils s’imposent comme types, c’est encore et uniquement par leur obsédante volonté. Car on imagine difficilement un art plus dépouillé  de  détail extérieur ou  d’ enjolivure.  La  lecture  de  ces trois tragédies,  d’ une classique sobriété mais  d’ une brutalité et  d’ une ironie romantiques, laisse  la  même impression  de  grandeur désolée qu’un Greco. Mais il n’y a pas  les  couleurs, ni  l’ amère volupté des formes. Une sensation  de  barre  d’ acier sur  la nuque.