(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926) » pp. 661-662
[p. 661]

Jean Cocteau, Rappel à l’ ordre (mai 1926) t

Sous ce titre,  le  plus étonnant peut-être qu’il ait trouvé, Jean Cocteau a réuni ce qui me paraît  le  meilleur  de  son œuvre : ses récits  de  critique et  d’ esthétique ( Le  Coq et  l’ Arlequin,  la  Noce massacrée,  le  Secret professionnel, etc.) Sans doute faudrait-il préciser ce qu’il entend par ordre, et montrer que si cet ordre  l’ écarte  de  Dada, il ne  le  conduit pas pour autant à  l’ Académie. Disons pour aller vite que sa recherche  de   l’ ordre révèle simplement [p. 662] une volonté  de  construire jusque dans  le  grabuge, qu’il aime pour  les  matériaux qu’on en peut tirer.

L[e] malheur  de  Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne  l’ est jamais moins qu’en vers. Sa plus incontestable réussite à ce jour est  le  Secret professionnel, petit catéchisme cubiste qui dépasse  de  beaucoup  les  limites  de  cette école, et qu’il eut  le  tort à notre sens  de  vouloir illustrer  de  pédants exercices poétiques.

Mais quelle intelligence, et dont  l’ audace est  de  se vouloir plus juste que bizarre. Il sait bien d’ailleurs que  les  miracles  les  plus étonnants sont ceux  de   la  lumière. «  Le  mystère se passe en plein jour et à toute vitesse. » Telle est bien  la  nouveauté  de  son théâtre et  de   l’ art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obscur et  de   la  pénombre. Ôter  la  pédale à  la  poésie. («  Le  poète ne rêve pas, il compte. ») Six projecteurs convergent sur une machine luisante et tournante.

 L’ esprit  de  Cocteau est une arme admirable  de  précision,  d’ élégance mécanique et  de  rapidité. Il lassera, parce que c’est toujours  le  même déclic. Cocteau  le  sait, et pour varier il tire tantôt à gauche tantôt à droite, sur Barrès, sur Wagner, sur quelques fantômes, sur  le  public. (Bientôt sur lui-même je  le  crains, pour renaître catholique.) Certes, il bannit  le  charme et toute grâce vaporeuse. Mais ses fleurs  de cristal, si elles sont sans parfum, ne se faneront pas.