(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Henry de Montherlant, Les Bestiaires (septembre 1926) » pp. 397-398
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Henry de Montherlant, Les  Bestiaires (septembre 1926) x

J’éprouve quelque gêne à porter un jugement littéraire sur ce nouveau tome des mémoires  de  Montherlant : dans ce récit plus encore que dans  les  œuvres précédentes, on voit beaucoup moins  l’ œuvre d’art que  l’ auteur ; dans ce portrait  de  Montherlant toréador, à seize ans, c’est surtout  le  Montherlant actuel que  l’ on sent. C’est dire que  le  livre vaut par son allure plus que par des qualités  de  composition ou  de  perfection formelle. Pour quelques-uns  de  ces traits  d’ énergie ou  de  savante sensualité, pour ces insolences jolies et  les  subites violences, qui composent  la  séduction  de  cet « homme  de   la  Renaissance », pour quelques descriptions des prairies espagnoles pleines  de  simple grandeur, j’ai supporté mille fastidieux détails techniques et des délires taurologiques avec lesquels, pour communier, il faudrait sans doute être né sous  le  signe du Taureau. Mais il sera pardonné à Montherlant beaucoup de défauts bien agaçants pour sa souveraine désinvolture. Elle est tonique comme  le  spectacle des athlètes. Et c’est elle avant tout que j’admire dans ces Bestiaires, presque malgré leur sujet trop pittoresque.

« Honneur et longue fidélité aux taureaux braves et simplets  d’ esprit ! Qu’ils paissent éternellement dans  les  prairies célestes, pour avoir donné une grande gloire aux jeunes hommes ! » Mais ce jeune homme qui écrivit naguère sur  les  Fontaines du désir [p. 398] certaines pages magnifiques et sobres, jetées  de  haut avec  la nonchalance des vrais puissants, je compte qu’il saura fonder sa gloire future sur des valeurs plus humaines.