(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927) » p. 694
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Pierre Drieu la Rochelle, La  Suite dans  les  idées (mai 1927) al

«  De  quoi s’agit-il ?  de  détruire ou  de  rafistoler ? » Entre ces deux tentations, cédant à l’une autant qu’à l’autre, Drieu s’examine. Encore un ? Non, enfin un. Tous  les  autres y ont apporté  de  secrètes complaisances, ou une arrière-pensée  d’ apologie, ou même simplement un besoin  d’ être aimés qui faussaient leurs voix pour  les  rendre plus touchantes. Celui-ci bat sa coulpe avec une saine rudesse. « Il s’examine jusqu’au ventre  de  sa mère et cognoit que dès lors il a esté corrompu et infect et adonné à mal » (Calvin).  Le  tableau n’est pas beau, mais on y sent une « patte » qui révèle encore dans  le  fond quelque chose  de  solide,  d’ authentique. J’aime cette violence  de  redressement où je distingue bien autre chose que  les  « éclats  de   l’ impuissance ». Un plus délicat eut compris que certains des morceaux très divers qui composent ce livre sont bien mauvais, à côté d’autres magnifiquement jetés. Mais cette imperfection, s’il ne peut encore s’en tirer, du moins  l’ avoue-t-il avec une franchise qui  la  rend sympathique.

Et puis, tout de même, on est bien heureux  de  rencontrer chez  les  jeunes écrivains français un homme qui ait à ce point  le  sens  de   l’ époque, une vision si claire et si tragique  de   la  civilisation  d’ Occident.  Les  questions capitales posées ailleurs depuis longtemps par des maîtres comme Keyserling, Ferrero, commencent à être prises au sérieux en France par quelques jeunes gens. Il faut louer Drieu  d’ avoir échappé au surréalisme en tant qu’il n’est que  le  triomphe  de   la  littérature sur  la  vie, mais  d’ avoir su en garder une passion pour  la  pureté, un « jusqu’au boutisine » qui seul peut redonner quelque vitalité à notre civilisation, — et je sais bien que c’est là un des signes  de  sa décadence. Il y a du chirurgien chez ce soldat devenu « scribe » et qui s’en exaspère. Souvent maladroit, incertain, brutal : mais faisons-lui confiance, voici un homme  d’ aujourd’hui, presque sans pose, et décidé à mépriser  le bluff.