(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927) » pp. 114-115
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Pierre Girard, Connaissez mieux le  cœur des femmes (juillet 1927) am

Quand vous avez fermé ce petit livre, vous partez en chantonnant  le  titre sur un air sentimental, bien décidé au fond, à retrouver Patsy,  l’ Irlandaise perdue par cet improbable et sympathique Paterne. Sous  le  fallacieux prétexte  d’ une flânerie  de  saison, vous vous attardez aux terrasses des cafés. Peut-être va-t-elle revenir avec son Johannes laqué. Ah ! comme vous sauriez lui plaire, maintenant qu’une si triomphante tendresse vous possède ! Justement, voici Pierre Girard : lui seul connaît  l’ adresse  de  Patsy, mais il ne veut pas vous  la  donner. Alors pour vous venger, vous lui dites que, « d’abord », son livre n’est pas sérieux. Il sourit. Vous ajoutez que  le  lyrisme des noms géographiques vous fatigue ; que c’est une vraie manie  de  nommer à tout propos  d’ Annunzio, Pola Negri, Charly Clerc, Mrs. Balfour. Vous parlez  de  « procédés lassants ». Pierre Girard n’écoute plus : il pense à des Vénézuéliennes ou à Gérard de Nerval. Bientôt vous vous calmez. Car il semble aujourd’hui que ce globe dans son voyage « est arrivé à un endroit  de   l’ éther où il y a du bonheur ». Vous reconnaissez que Pierre Girard est un peu responsable  de  cette douceur  de  vivre. Déjà vous ne niez plus sa drôlerie, son aisance. Vous accordez que s’il force un peu  la  dose  de  fantaisie, c’est plutôt par excès  de  facilité que par recherche. Vous voilà même tenté  de   l’ en féliciter. Bien plus, vous découvrez dans ses fantoches une malicieuse et fine psychologie. Mais à ce mot, son visage s’assombrit un peu. « Tous nos ennuis nous seraient épargnés si nous ne regardions que  les  jambes des femmes » dit-il, pour vous apprendre ! — sans se douter que rien ne saurait vous ravir autant que ses impertinences. À ce moment s’approche M. Piquedon de Buibuis, qui parle toujours  de  Weber…

Mais au fait, si vous n’aviez pas lu ce livre ? Ah ! sans hésiter, je vous ferais un devoir  de  ce plaisir. Un devoir !… Car hélas,  l’ on n’est pas impunément concitoyen  de  cet oncle Abraham qui interdit à Paterne son neveu  de  fumer  le  matin,  de  sortir  la  [p. 115] nuit, et qui lui fait jurer sur  la  Bible  de  ne pas entrer dans  les  cafés.

Et puis, c’est égal, ce soir, tout cela est sans importance, car voici «  l’ heure des petits arbres pourpres,  l’ heure où dans  les  bibliothèques désertes glisse un grand souffle oblique plein  de  fraîcheur et  de pardon. »