(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927) » pp. 244-245
[p. 244]

Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927) an

Ces trois nouvelles n’ont guère de  commun entre elles que  la  forme : ce sont  de  lentes réminiscences, des évocations intérieures, — et dans  l’ abandon  de  leurs méandres, peu à peu, se précisent  les  circonstances  d’ une aventure ancienne.

Entre hier et demain : Une femme « encore jeune » se souvient  d’ un danseur  de  ses vingt ans,  d’ une aventure qui aurait pu être… Un homme médite à côté du corps  de  son ami suicidé pour une femme qu’ils ont aimé tous deux ( L’ Amie du Mort.) Ou bien c’est  le  récit  d’ un été  de  vacances, quand les premières inquiétudes du désir viennent troubler  de  ravissantes amours  d’ adolescents. Et c’est Un vieil été. Cette nouvelle, très supérieure aux deux autres, est une réussite rare par  la  justesse  de   l’ observation autant que par  la  sympathie  de   l’ auteur pour ses héros. Indulgence et regrets, un ton qui permet  le  tact dans  la  hardiesse.

On reste ravi  de  tant  d’ adresse sous un air  de  facilité qui serait presque  de   la  nonchalance. M. Vaudoyer ressuscite ces adolescences [p. 245] avec une tendre minutie, avec une sorte  d’ amoureuse application du souvenir,  d’ une séduction certaine. C’est un art  de  détails ; mais si délicat et  d’ une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvrerie ni vulgarité  la  grâce un peu trouble et  l’ insidieuse mélancolie. Un détail piqué adroitement, papillon dont frémissent encore  les  ailes intactes ;  l’ évocation toute nervalienne en sa nostalgie,  de   la  jeune étrangère dont on rêve à quinze ans ; et voici ce je ne sais quoi, ce délice furtif, ce que  l’ auteur lui-même appelle « cette vague poésie involontaire, intermittente, un peu émiettée, éventée, que je trouve dans une ancienne réalité ressuscitée… »

Sachons gré à M. Vaudoyer  d’ avoir su donner à ces œuvrettes une si exquise humanité : par lui  le « charme » reprend quelques droits.