(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) «  Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927) » pp. 563-564
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Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927) ag

Il faut souhaiter que ce témoignage sur les  générations nouvelles et leurs maîtres soit lu par tous ceux qui cherchent à s’orienter dans  la  crise moderne. M. Daniel Rops unit en lui à  l’ état de velléités contradictoires que son intelligence très nuancée maintient en une sorte d’instable équilibre,  les  tendances que ses contemporains ont poussées à  l’ extrême avec moins de prudence mais aussi de lucidité. Séduit par Gide ; admirant Maurras sans  l’ aimer ; saluant en Valéry une réussite unique mais presque inhumaine ; secrètement attiré par  les  thèses extrémistes mais non dépourvues d’une sombre grandeur, des surréalistes, et en même temps par cette solution universelle,  la  foi, il résume en lui cette inquiétude qui fait  la  grandeur et  la  misère de  l’ époque — et qu’il avoue préférer à une certitude trop vite atteinte, où sa jeunesse ne verrait qu’une abdication. Il décrit  la  « génération nouvelle » avec une intelligente sympathie et un sens rare des directions générales. « Hamlétisme », pouvoir aigu d’analyse qui conduit à  la  dispersion autant qu’à  l’ approfondissement du moi, soif de tout et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de  l’ absolu à la fois mystique et anarchique : ce sont bien  les   grands  traits de notre inquiétude. (Mais peut-être M. Rops a-t-il trop négligé  le  rôle extérieur, que je crois décisif, des conditions de  la  vie moderne.) Après avoir défini quelques « positions en face de  l’ inquiétude », M. Rops considère  les  deux solutions  les  plus parfaites qui s’offrent aux jeunes gens d’aujourd’hui. Il [p. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait que différer notre inquiétude, tandis que l’autre « ne ruine notre angoisse qu’en y substituant ce qui ne vient que de Dieu :  la  Foi ». Acculée à  la  rigueur d’un choix presque impossible, notre incertitude paraît sans remède. Mais, ici, M. Daniel Rops n’a-t-il pas cédé à  la  tentation de créer des dilemmes irréductibles, suprême et inconsciente ruse d’un inquiet qui veut  le  rester ? Ces deux solutions peuvent se résumer en deux mots : inquiétude ou foi. Dès lors sont-elles vraiment  les  deux termes d’un dilemme, l’une n’étant que  le  chemin qui mène à l’autre ? Car  la  foi naît de  l’ inquiétude autant que de  la  grâce, et régénère sans cesse  l’ inquiétude autant que  la  sérénité… Au reste, n’est-elle pas de M. Rops lui-même, cette phrase qui formule admirablement  les  exigences conjointes de  l’ inquiétude et de  la  foi : « Si tu as trouvé Dieu, il te reste à  le chercher encore… »