(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926) » pp. 530-531
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Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926) p

Au creux des couleurs assourdies d’ un divan le soir, tandis que les fenêtres s’ouvraient vers le ciel  de  Florence… « Du sang,  de  la volupté et  de  la mort », un titre s’effaçait dans l’ombre. Jouve a rêvé une histoire  de  passion mystique et  de  crime, intense et tragique comme un couchant  d’ automne, émouvante encore après tant d’autres, comme chaque soir un nouveau ciel. Il l’a transcrite en brèves notations lyriques suivant le rythme  d’ un songe, sans cesse brisé par les élans alternés ou confondus du désir et  de  la prière. On sort lentement  d’ une chambre bleue qui est le mystère même, pour suivre la naissance et l’embrasement  de  la passion  de  Paulina. Le Péché ; le Couvent ; la rechute et le crime ; et l’étrange apaisement  d’ une vieillesse au soleil.

Jouve semble avoir hésité entre plusieurs styles  de  roman. Un chapitre  d’ observation psychologique ironique et minutieuse, à la Stendhal, succède à des effusions haletantes ou à une relation [p. 531] cinématographique. Mais tout cela baigne dans le même lyrisme et s’agite sur un fond sombre et riche  de  passions inconscientes qui donnent à tous les actes une signification plus profonde. (Il serait aisé  de  montrer quel parti Jouve a su tirer des complexes  de  famille freudiens, ou  d’ analyses  de  démences mystiques ; mais tout cela est sublimé dans un monde poétique où il paraît inconvenant  d’ introduire le jargon  de  la science moderne.)

Si nous reconnaissons à la base  de  cette œuvre inégale des idées vieilles comme Rousseau sur les droits  de  la passion, — et dans sa trame quelques chapitres inspirés presque littéralement  d’ une anecdote italienne  de  Stendhal ; si d’autre part l’évolution mystique  de  Paulina semble parfois un peu trop « classique » et prévue, l’originalité foncière du roman  de  Jouve reste indéniable : c’est son mouvement purement lyrique, sa progression accordée à celle des événements inconscients. Certaines proses mystiques  de  Paulina au couvent valent les meilleurs poèmes  de  l’auteur  de  Tragiques et  de Vous êtes des hommes.