(1940) Qu’est-ce que la Ligue du Gothard ? (1940) « Qu’est-ce que la Ligue du Gothard ? » pp. 1-13

Qu’est-ce que la Ligue du Gothard ?

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I. Naissance de la Ligue

Au mois de juin 1940, une douzaine d’hommes se réunirent pour tenter de mettre en commun leurs efforts au service du Pays.

La gravité de l’heure favorisait la rencontre d’anciens adversaires. Les préjugés tombaient devant le péril. L’opinion, tout d’abord désorientée, s’ouvrait aux solutions nouvelles. Il importait que ces solutions fussent trouvées dans un esprit suisse, et non pas importées de l’étranger. Il importait de fixer sans équivoque ce qui devait être à tout prix conservé, dans notre héritage helvétique, et ce qui devait être rénové en toute indépendance, et selon nos coutumes.

On se mit rapidement d’accord pour définir, comme suit, la situation présente :

1. La Suisse est réduite à elle-même, comme elle le fut souvent au cours de son histoire. Elle survivra à cette crise européenne, si elle parvient à surmonter ses divisions, et à collaborer à sa manière à l’édification d’un ordre neuf.

2. L’effondrement de la démocratie française ne saurait ébranler notre foi dans la démocratie fédéraliste, d’esprit chrétien, sur laquelle s’est fondée la Suisse.

[p. 2] 3. La défense à tout prix de notre indépendance et la lutte contre le défaitisme sont les tâches urgentes de l’heure. Ceux qui doutent de la nécessité ou de la possibilité de notre résistance sont des traîtres. L’affirmation unanime de notre volonté absolue de défense quoi qu’il arrive, est notre seule chance de salut.

4. Il n’y aurait pas de défaitisme si chaque citoyen suisse était pleinement conscient de ce que signifie la Suisse comme idéal et comme trésor de libertés civiques chèrement conquises.

5. Il n’y aurait pas de défaitisme si chaque citoyen suisse voyait la possibilité de travailler positivement aux réformes indispensables dans l’ordre social, économique et politique. On ne peut pas mourir pour la Suisse si l’on n’a pas de raisons de vivre pour elle.

6. Il est évident que les réformes nécessaires ne peuvent être réalisées, dans notre État fédératif, ni par la droite seule, ni par la gauche seule. Il y faut la collaboration de tous les groupes vivants du pays.

7. Les notions de « droite » et de « gauche » se trouvent pratiquement dépassées par l’évolution de ce siècle. Elles ne correspondent plus aux problèmes concrets, et ne traduisent plus les véritables oppositions politiques (telles que fédéralisme ou totalitarisme).

8. La jeunesse se tourne aujourd’hui de plus en plus vers les groupes agissant en dehors des partis. C’est l’action de ces groupes qu’il faut organiser si l’on veut faire du neuf dans un esprit nouveau.

9. Les programmes sur le papier sont moins importants que la confiance qui naît de contacts personnels entre hommes résolus à l’action. L’esprit d’équipe doit remplacer l’esprit de parti.

[p. 3] 10. Les plus grands obstacles à la rénovation de la Suisse sont : d’une part, le défaut de responsabilité personnelle à tous les degrés du pouvoir ; d’autre part, le défaut d’organisation et de discipline dans les efforts de la jeunesse. De cette situation découlaient logiquement les grandes lignes d’une action nécessaire et urgente. Restait à lui donner un organe d’action.

Les événements actuels vont vite. Il s’agit de les précéder. Un rythme accéléré d’actions et de décisions est la condition primordiale de toute défense efficace du pays. C’est pourquoi, au lendemain des prises de contact préalables organisées entre diverses personnalités qu’on pouvait supposer sympathiques en principe à un mouvement de ce genre, les éléments les plus jeunes qui avaient participé à ces rencontres fondaient entre eux un comité d’action, adoptaient le nom de Ligue du Gothard, fixaient les cadres de l’organisation et publiaient un premier Manifeste, suivi peu de jours après de Principes et d’un Plan d’action, le tout inséré dans un bon nombre de journaux suisses de toutes tendances.

Ces publications — appuyées par un certain nombre de signatures d’aînés qui voulurent bien jouer le rôle de parrains — représentaient l’acte de naissance plutôt que le programme définitif de la Ligue.

II. Le symbole du Gothard

« Bastion naturel de la Suisse, cœur de l’Europe et limite des races, le Gothard est le grand symbole autour duquel tous les Confédérés peuvent s’unir dans leurs diversités », disait notre premier appel.

En effet, le Gothard est à la fois la principale réalité physique sur quoi se fonde notre défense, et le grand signe de notre mission. Sur ce rocher se fonde l’édifice d’un État six fois séculaire. Aucun peuple en Europe ne peut se prévaloir d’un [p. 4] pareil symbole national, qui se trouve être en même temps pareille sauvegarde militaire.

Adopter le nom du Gothard, c’était déjà tout un programme : double programme de défense à tout prix et de fidélité à une mission européenne et créatrice. Le Gothard, invincible bastion : c’est l’héritage suisse qu’il s’agit de maintenir contre la menace étrangère. Le Gothard, croix de fleuves et carrefour de cultures : c’est le symbole d’une mission médiatrice et d’un esprit de collaboration qui constituent nos raisons d’être, nos meilleures forces, notre grande espérance.

C’est au pied du Gothard dont elles gardaient les cols que les premières communes des Waldstätten conclurent leur alliance perpétuelle. Historiquement, le Gothard représente tout un passé de solidarité confédérale, d’esprit communautaire, de libertés civiques, — tout un passé qui nous parle aujourd’hui le langage le plus actuel, et nous indique les voies de notre avenir.

III. Organisation de la Ligue

« Il est temps que les bonnes volontés deviennent une volonté commune », disait encore le premier Manifeste de la Ligue. Or, une volonté commune suppose en premier lieu une organisation. Le problème de l’organisation des forces jeunes du pays doit être mis au premier plan de notre vie politique d’aujourd’hui.

Si l’on veut éviter des troubles révolutionnaires — et il faut à tout prix les éviter dans la situation présente — le seul moyen de rénover le pays, c’est de s’appuyer sur les groupes existants, et de coordonner leurs efforts. Notre première action a donc été de réunir des dirigeants ou militants de tous les groupes et de provoquer des contacts personnels, préparant le terrain pour des ententes plus larges ou pour certaines actions [p. 5] précises. Depuis quelques semaines, les rencontres se sont multipliées entre représentants et des bases d’action commune ont été posées dans plusieurs cantons. Des équipes locales de la Ligue se sont constituées afin de pousser ce travail. On y trouve mêlés en des proportions diverses, selon les cantons, syndicalistes et corporatistes, membres du groupe d’Oxford  et des groupes Esprit , « Éléphants » (de la Ligue des Sans-Subventions), officiers, indépendants, coopérateurs, unionistes chrétiens, militants des « Tatgemeinschaften », etc.

Une chose doit être nettement établie : La Ligue n’entend pas créer de petits parlements de groupes, mais des équipes de travail. Ce n’est pas en vain que nos Principes annonçaient des méthodes neuves. Il ne s’agit plus désormais de « doser » des tendances, mais d’unir des personnes. Nous ne demandons pas aux groupes existants de conclure des traités théoriques et des compromis sans lendemain, mais nous donnons à leurs militants la possibilité de nouer des liens personnels. Nous ne discutons pas les formules vides d’un quelconque programme de conciliation, mais nous fixons des buts d’action immédiate. Nous ne demandons pas la fusion des groupes qui représentent le pays réel et ses nécessaires diversités, mais nous voulons la fédération de leurs éléments les plus vivants.

Rien ne se fera sans confiance réciproque. Or la confiance ne naît pas de dosages et ne se noue pas à coups de paragraphes. La vraie confiance naît de la lutte en commun pour un idéal entraînant.

Enfin, nous sommes prêts à accueillir tous les isolés, tous ceux que la « politique » déçoit, mais que le sort du pays préoccupe. Qu’ils entrent si possible dans un groupe déjà existant : car, c’est la force de chaque groupe particulier qui assurera la force de la fédération. Sinon nous les rassemblerons, par cantons, sous l’égide de notre équipe locale. La fédération des équipes cantonales d’une part, et des représentants des groupes d’autre part, a pour organe de coordination et de [p. 6] direction générale un directoire d’une dizaine de membres.

Nos principes d’action sont les suivants : camaraderie, solidarité pratique, engagement et responsabilité personnelle à tous les degrés, sélection par l’action seule, initiative locale — plutôt se tromper une fois que ne rien faire dix fois — et fidélité absolue aux directives générales. Suggérer avant, critiquer après, mais pendant l’action : obéir.

Ainsi l’organisation de la Ligue correspond à la fois à la tradition fédéraliste de notre État et à l’esprit nouveau qui doit animer notre action civique.

IV. La Ligue du Gothard sera-t-elle un parti ?

Ceux qui croient que nous entendons déclarer la guerre aux partis, nous reprochent en même temps de vouloir en fonder un. Il y a là une contradiction flagrante :

Si les partis reflétaient l’opinion du peuple entier, nous aurions le droit, nous aussi, d’exprimer nos idées par ce moyen, et les formations existantes auraient le devoir d’accepter notre concurrence. Mais nous pensons que les partis, seuls, ne sont plus suffisamment représentatifs de la communauté nationale ! Nous déclarons donc sans équivoque que nous ne voulons pas fonder un parti de plus, mais rassembler toutes les forces vivantes du pays.

La Ligue du Gothard veut être avant tout une activité. Elle compte sur le travail d’équipes disciplinées, non sur l’agitation des masses inorganisées. Elle donne à chacun de ses membres des tâches précises. Elle n’a que faire de citoyens dont la seule participation à la vie nationale consiste à se rendre aux urnes une fois l’an — encore s’ils s’y rendent ! — ni des girouettes qui tournent au gré de tous les vents.

Nous ne voulons pas nous lier, comme tant d’autres, à un programme « historique » et définitif, trop vague et trop [p. 7] ambitieux pour être jamais réalisé. Nous voulons rester un mouvement et porter nos efforts sur des points définis, par ordre d’urgence. C’est pourquoi nous ne partons pas d’une utopie sur le papier, mais d’un groupement de volontés personnelles. De la confiance née de l’esprit d’équipe et de la lutte poursuivie en commun se dégageront naturellement les directives d’une action à plus longue échéance.

V. Des hommes nouveaux !

Il y a des hommes qui se sont trompés depuis longtemps non seulement dans leurs actes, mais dans leur attitude. Il y a des hommes qui prétendent rester aux commandes alors qu’ils n’ont pas su prévoir les difficultés actuelles. Hommes consciencieux souvent, mais qui se voient contraints d’improviser, faute d’avoir prévu.

Il y a des hommes que la routine, ou la rancune, empêchent de changer d’attitude, quelle que soit leur bonne volonté. Il y a des députés et des journalistes qui redoutent par-dessus tout qu’une union nouvelle se fonde, et que l’on « jette par-dessus bord » — comme l’écrit un d’entre eux — « tout ce qui faisait l’objet de leurs controverses ». Nous demandons qu’on les mette au bénéfice de la retraite.

Nous appelons des hommes nouveaux. Des hommes qui ont fait la preuve de leur lucidité. Des hommes qui ont su prévoir la situation présente. Des hommes qui ne se sont pas compromis dans la cuisine de certaines factions, de certains fronts. Des hommes qui désirent une collaboration sans arrière-pensée avec leurs adversaires d’hier. Des hommes qui mettent l’intérêt national au-dessus des intérêts d’un trust ou d’une classe, — et qui le prouvent sans équivoque. — Un homme nouveau, ce n’est pas forcément un très jeune homme, mais c’est quelqu’un qui se montre capable de prendre le rythme exigé par l’époque.

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VI. Que faire tout de suite ?

À ces hommes nouveaux, à ces équipes, quels buts proposons-nous ?

La défense de la Suisse tout d’abord. Et en même temps, car l’un ne va pas sans l’autre, la rénovation de nos méthodes et de certaines de nos institutions : quoi qu’en dise certaine presse, la Suisse mourra si elle se borne à se féliciter de son statut actuel. Nous demandons à ceux qui veulent entrer dans notre Ligue :

1. De propager nos idées dans leur groupe et de vivre personnellement nos principes.

2. De travailler, là où ils sont, à la réconciliation effective des classes, qui suppose des réformes essentielles et un changement profond dans nos habitudes de pensée économiques et sociales : l’homme et son travail passent avant le profit.

3. D’obéir activement aux directives qui seront données soit par l’organisation cantonale, soit par le directoire de la Ligue.

On nous dit : Que ferez-vous ? Il est dangereux de parler de l’action. L’action se fait. Néanmoins pour satisfaire la curiosité des hésitants, quelques points peuvent être précisés à titre d’exemples.

Parmi les tâches immédiates, certaines sont du ressort de l’action personnelle de chaque ligueur, ainsi : organisation de groupes locaux (dans le canton, la commune, l’entreprise) ; renseignements et enquêtes ; lutte contre le défaitisme et la propagande étrangère dans les propos, les actions ou les écrits ; propagande en faveur de la défense nationale à tout prix autour du bastion du Gothard ; études et projets techniques ; contact avec la presse ; etc., etc.

D’autres objectifs immédiats ne peuvent être atteints que par l’action d’un groupe local ou de la Ligue dans son ensemble, mais chacun peut y travailler à sa manière, en préparant le [p. 9] terrain dans son rayon, entre autres : lutte contre le chômage dans le cadre des entreprises et de grands travaux à créer ; organisation de la profession non par l’État, mais par les syndicats ouvriers et patronaux réunis en chambres professionnelles ; transformation des caisses de compensation en caisses professionnelles d’assurance-vieillesse ; développement du mouvement coopératif ; action en faveur de la famille (salaire familial, lutte contre la dénatalité et contre l’alcoolisme) ; etc., etc.

Ce n’est pas le travail qui manquera !

VII. Réformes politiques

Elles ne pourront être évitées, à plus ou moins longue échéance selon les cas. Il importe donc que la Ligue les prépare dès maintenant et en toute indépendance vis-à-vis des partis politiques et des influences ou même des pressions étrangères.

La Suisse doit être gouvernée, et non pas seulement administrée. Le Conseil fédéral doit être libéré de toute préoccupation partisane. Il doit être soulagé d’un travail administratif qui ne laisse plus aux chefs de départements le temps de gouverner. Le président de la Confédération ne doit plus être en même temps chargé d’un département. Il est contraire au bon sens qu’il soit nommé automatiquement par rotation, sans tenir compte des qualités personnelles que requiert la conduite de l’État.

Le Parlement doit être réformé dans le sens d’une stricte distinction des compétences : il est absurde qu’un député nommé pour ses opinions politiques ait à se prononcer sur des questions économiques qu’il ne peut pas connaître professionnellement. La confusion permanente du politique et de l’économique est un danger très grave pour notre pays ; elle a conduit sous nos yeux d’autres régimes à la catastrophe. L’adjonction au Parlement d’une Chambre économique est l’une des premières [p. 10] réformes à envisager dans ce domaine. Les sessions de trois semaines doivent et peuvent être réduites à quelques jours seulement.

La vitalité de notre démocratie fédéraliste dépend de la vitalité des cantons et des communes. Celle-ci se voit menacée par un certain capitalisme anonyme et par certains abus dans le système actuel des subventions.

L’organisation professionnelle et un contrôle sévère des subventions doivent y remédier.

La vitalité des cantons et des communes dépend de celle des entreprises et des familles. Nous demandons d’une part, la création d’un institut de surveillance du crédit et d’un institut d’enquête et de recherche pour organiser l’économie du pays, d’autre part l’introduction du salaire familial et la mise à l’étude de mesures légales pour la protection de la famille.

Tout ceci une fois de plus à titre d’exemples, et sans préjuger des mesures que l’évolution rapide des événements rendra sans doute nécessaires. Les hommes sont plus importants que les programmes — et même que les institutions.

VIII. La Ligue du Gothard vue par la presse

Rien ne pouvait mieux démontrer la nécessité de notre Ligue que l’immense curiosité qu’elle a soulevée dans la population, et les espoirs que sa seule annonce a réveillés.

Si la presse, celle qui sent notre époque et ses métamorphoses, a montré, vis-à-vis de notre mouvement, soit de l’objectivité, soit de la sympathie, certains journaux, en revanche, se sont hâtés de satisfaire à leur manière cette curiosité et de miner dans la mesure du possible ces espoirs.

Bien avant que la Ligue ait publié les noms des membres de sa direction provisoire et des signataires de son manifeste, des articles inspirés par quelques politiciens apeurés [p. 11] « révélaient » au public que Monsieur X ou Monsieur Y étaient « évidemment » les « meneurs du jeu ». C’est ainsi que l’on a prétendu simultanément que la Ligue était « payée » par les deux partis belligérants, par le grand patronat, par les « marxistes », par la Migros (dont elle n’était « évidemment » qu’une filiale), par la Ligue des Sans-Subventions, par les groupes d’ Oxford, par les compagnies d’assurance, etc. Ces messieurs de certaines rédactions n’imaginent pas qu’un mouvement politique puisse être honnête. Nous ne perdrons pas une minute à réfuter leurs calomnies.

Lorsque les noms des fondateurs de la Ligue eurent paru, suivis des noms de personnalités qui déclaraient appuyer cette initiative, telles agences politiques tentèrent de semer la confusion et le doute en annonçant que des défections retentissantes s’étaient « déjà » produites dans nos rangs. Or, les personnalités citées n’avaient jamais fait partie de la Ligue, quoi qu’en eussent dit, deux semaines plus tôt... ces mêmes agences !

Un seul membre du Directoire s’est séparé de nous dans cette phase préparatoire — non pas pour des divergences dans les questions de principes mais dans les questions de tactique. Nous n’avons pas voulu nous laisser imposer une organisation qui aurait fait de nous un parti : nous avons tenu à rester un « mouvement ».

IX. Premiers résultats de notre action

Mais tout ce bruit ne saurait troubler ceux sur lesquels nous comptons ; ces calomnies ne déconsidèrent que leurs fauteurs, elles démasquent nos adversaires et nous permettent de mesurer les forces contre lesquelles tout mouvement nouveau doit lutter : force d’inertie et de routine, le plus souvent, force d’attachement à des doctrines dépassées ou à des [p. 12] intérêts plus ou moins avouables, d’ailleurs compromis par l’évolution générale, — forces négatives de défaitisme intérieur ou de peur.

D’ores et déjà, nous pouvons constater trois résultats de notre activité dont l’importance dépasse largement celle des malentendus multipliés à dessein autour de nous :

1. La création de la Ligue du Gothard a produit un choc salutaire sur l’opinion suisse. Elle a rendu confiance à beaucoup de citoyens, elle a fait naître un grand espoir et dissipé certaines brumes de défaitisme.

2. La crainte de la concurrence a produit une émulation inattendue du côté des partis. Il est incontestable que sans la Ligue, les « communautés de travail », esquissées dans divers cantons n’auraient pas vu si tôt le jour. Quel que soit le scepticisme qu’on peut garder en présence de ces tentatives d’union « par en haut », elles auront eu pour résultat positif de réveiller des préoccupations civiques, et d’accélérer certaines évolutions nécessaires.

3. Les rencontres préparant la fondation de nos groupes cantonaux ont permis des prises de contact d’une grande importance entre délégués des syndicats ouvriers de tendances naguère opposées et délégués des syndicats patronaux. On a senti passer le souffle d’un esprit de collaboration à la fois réaliste et vraiment national : et c’est la première condition d’une rénovation économique et sociale accomplie dans la liberté.

Dès maintenant, notre confiance peut se fonder sur quelques faits concrets autant que sur la certitude que le pays attendait notre action. Certes, nous n’en sommes qu’aux premiers pas, mais c’étaient ceux qui coûtaient le plus ! Notre première victoire a été sur nous-mêmes, sur un passé de controverses et de coupable ignorance mutuelle. Notre amitié nouvelle, scellée par [p. 13] les premiers combats, est le meilleur gage d’un accord qui doit s’approfondir et s’élargir sans cesse.

Chargés, devant notre patrie, d’une responsabilité que nous mesurons avec humilité, nous appelons à nos côtés tous ceux qui croient que la Suisse vaut d’être défendue et peut l’être avec l’aide de Dieu. Nous appelons les « jeunes » de tous les âges.

Que les sceptiques, les fatigués, les amateurs de controverses interminables attendent encore ! Qu’ils nous laissent faire le gros œuvre, avant de voler au secours de la victoire ! Nous savons dès maintenant qu’il y a dans notre peuple assez de forces vives qui demandent à nous aider.

Nous savons que notre initiative répond à un besoin vital de la Patrie.

Nous savons qu’en réunissant des efforts jusqu’ici dispersés et des groupements naguère hostiles, nous créons le visage de la nouvelle génération et nous marchons dans la seule voie possible.

Nous savons que la Suisse est gravement menacée, mais que notre action la renforce.

De tout temps, à l’appel du danger, nos ancêtres se sont levés. C’est notre tour.

    

Pour le Directoire :

Denis de Rougemont.