(1986) Cadmos, articles (1978–1986) «  Chronique européenne : La préparation des élections européennes (printemps 1984) » pp. 113-122

Chronique européenne : La préparation des élections européennes (printemps 1984) s

    
[p. 113]

I. Pour tous les vieux partis : un débat national d’abord

1. Le cas de la France

Prenons ce pays de la clarté pour illustrer de manière exemplaire une situation ni plus ni moins complexe en fait que dans n’importe quel pays des Dix, mais qui devient ici plus lisible qu’ailleurs, parce que le nationalisme y chante à livre ouvert ses thèmes sacrés, l’absolu de sa primauté sur toute autre vertu cardinale.

Raymond Barre traduisait fidèlement, à sa coutume, le sentiment moyen de ses compatriotes, lorsqu’au début de février de cette année, interrogé sur l’élection du Parlement européen, « il avait eu un sourire avant de remarquer : — Cette élection n’est guère plus importante qu’une cantonale » (Le Monde, 6 février). Mais tous les chefs des grands partis traditionnels allaient déclarer d’une seule voix qu’au contraire « l’enjeu des élections européennes était d’abord national » (Georges Marchais, pour le PC), que « la bataille pour l’Europe était d’abord une bataille pour la France », car « avant de faire l’Europe il faut refaire la France » (Claude Labbé pour le RPR), tandis que Le Monde précisait le 15 mai en toute innocence apparente : « Trois interventions qui ont dominé le week-end politique, résumant parfaitement [p. 114] les interrogations que fait naître la perspective du scrutin européen, à savoir : Jusqu’où peut aller l’ascension de M. Le Pen ? — Mme Veil placera-t-elle l’opposition au-dessus de la barre des 50 % ? — La gauche peut-elle combler une partie de son retard ? »

Problèmes, on le voit, dont l’importance n’est pas plus cantonale qu’européenne, mais décisive et bien réelle, donc nationale.

Cette unanimité des passions partisanes qui ne s’obtient que dans les grands périls pour la patrie, n’implique aucun accord sur la question de l’Europe, bien au contraire, puisque le vrai problème se réduit à savoir si l’Europe — quel que soit son régime — unitaire ou fédéraliste — sera « le rempart de notre société » (S. Veil) ou « la condition d’une société plus juste » (tous les chefs socialistes).

C’est dans le débat des partis, tant de la droite que de la gauche, que l’argument européen retrouve un intérêt relatif. Interrogée par le journal La Croix sur ses alliés dans la liste des droites, Simone Veil (UDF) déclare à propos de Chirac (RPR) : « Il se fout de l’Europe ! » Cependant que Lionel Jospin estime « qu’à l’Europe de Georges Marchais, il manque une petite chose, et c’est justement l’Europe, c’est-à-dire l’action commune entre les États, la solidarité, l’affirmation d’une volonté d’identité » (Le Monde, 17 mai).

Mais pour peu que Lionel Jospin ironise sur la droite : « Ni M. Giscard d’Estaing, ni M. Barre, ni même M. Chirac ne s’engagent vraiment derrière Mme Veil », Jacques Chirac réplique le lendemain que la droite doit « se défoncer » pour que la liste de Simone Veil fasse la plus grande majorité possible.

Le 21 mai, un débat de 80 minutes marquant l’ouverture officielle de la campagne électorale opposait à la télévision française Simone Veil pour la droite et Lionel Jospin pour la gauche. Il en est résulté à l’évidence que ni la droite ni la gauche ne considèrent l’Europe comme quelque chose qu’il faut unir d’abord. Ni l’un ni l’autre des debaters ne semble avoir imaginé que si l’on veut que chacun de nos pays ait des chances de surmonter sa crise nationale, l’union seule peut les y aider. Pas un mot n’a été prononcé sur la nécessité et l’urgence de l’union, sur son contenu ni sur sa forme politique.

« Puisqu’on parle de l’Europe… » disait un journaliste. Justement, personne n’en parlait. Il s’agissait de savoir si la gauche ou la droite étaient plus ou moins cohérentes avec leur image de combat, et laquelle allait, le 17 juin, « passer la barre des 50 % ».

[p. 115] Dans les autres pays des Dix, même processus : pas un mot sur l’urgence de l’union ; pas un mot sur sa forme : Fédération ou Amicale des Misanthropes ; pas un mot sur les sacrifices qu’aucun pays ne s’est dit prêt à consentir à l’œuvre, pourtant déclarée si « désirable » par ses politiciens chevronnés.

2. Le cas de la Grande-Bretagne

« La présentation du programme des conservateurs et des travaillistes pour les élections européennes a confirmé, le 21 mai, que les deux grands partis considèrent la consultation du 14 juin comme un enjeu de nature avant tout nationale… C’est à celui qui promet d’être le plus exigeant avec la CEE dans l’intérêt strictement financier du Royaume-Uni (Le Monde, 23 mai 1984).

Mrs. Thatcher s’est félicitée d’avoir pu « arracher », à ses partenaires des Dix, des ristournes budgétaires pour un total de 2 milliards de livres, « alors que le Labour n’avait pas été capable de décrocher un seul penny ». Elle se propose de « bloquer l’accroissement des ressources de la Communauté si la Grande-Bretagne ne reçoit pas sa ristourne pour 1983 ». Et elle exige le maintien du veto au Conseil des ministres de la CEE, veto « qui nous donne une grande puissance ». Moyennant quoi, elle affirme que l’engagement du Parti conservateur en faveur de la Communauté est sans ambiguïté…

Mr. Kinnock, pour le Parti travailliste, a exigé, lui, « le rapatriement » des pouvoirs « ravis au Parlement britannique par la CEE ». Là, vraiment, pas d’ambiguïté (au sens courant de l’expression) : le Labour est franchement contre la CEE.

3. Le cas de l’Italie

Il a été très précisément exposé dans un article du Corriere della Sera (20 mai 1984) intitulé « L’Europa senza passione », par Michele Tito. Précision est ici synonyme de cruauté, mais certes pas pour l’Italie plus que pour les autres.

De l’Irlande à la Grèce, le Parlement européen est un pur prétexte à confrontations et rencontres sur d’autres thèmes. En France, en [p. 116] Allemagne, en Angleterre et en Italie, qui sont les quatre pays les plus importants de la Communauté, il a constitué très nettement, sinon exclusivement, une occasion d’évaluer les politiques internes. Ceci reflète le paradoxe de polémiques toujours plus âpres, en l’absence de toute passion manifeste.

(On pourrait dire que le discours politicien est un hommage que les nationalismes les plus obtus rendent à l’idéal européen.)

En Italie, tout comme en France (comme l’expose la Neue Zürcher Zeitung du 17 mai), l’enjeu réel du 17 juin est d’offrir aux électeurs des grands partis une occasion de se compter 82 . Plus spécialement ici, c’est le problème du Parti socialiste, parti du président du Conseil, M. Craxi : s’il y a gain marqué pour le PSI, cela signifiera un coup d’arrêt aux communistes, mais aussi aux chrétiens-démocrates et aux républicains qui multiplient les attaques et les critiques contre les ministres sociaux-démocrates, accusés l’un d’avoir appartenu à la fameuse loge P2, les deux autres de complaisance. (M. Craxi a d’ailleurs refusé la démission qu’ils lui offraient.)

4. Le cas de la RFA

Là encore, un problème « national » domine tout : l’installation des missiles américains sur le territoire allemand. Mais il se trouve que la situation à la fois historique, diplomatique et géographique de la RFA identifie par la force des choses cet aspect national avec les aspects européens de l’enjeu des élections du 17 juin. Cas unique, mais aussi exemplaire parmi les Dix : c’est tout le problème de la défense commune et autonome des Européens qui se trouve ici posé dans son urgence dramatique 83 .

[p. 117] Faut-il aller vers un rétablissement de la pleine souveraineté de l’Allemagne de l’Ouest, en tant qu’État-nation chargé désormais d’assurer sa propre défense, mais sous le parapluie américain — ou bien la RFA pourra-t-elle saisir sa chance de passer directement de son régime actuel de provisoire diminutio capitis à un régime de participation autonome et responsable à la souveraineté de l’Europe fédérée ?

Il résulte de cette situation que les prises de position des partis « nationaux » et des verts allemands, dans la préparation des élections du 17 juin, s’identifient objectivement, qu’ils le veuillent ou non, avec des prises de position soit pour l’Europe « impossible » des États-nations, soit pour l’Europe vitalement nécessaire de la souveraineté fédérale du continent.

C’est donc en RFA que va se jouer le sort prochain du projet Europe.

II. Les jeunes mouvements : pour une Europe des régions fédérées

À l’heure où ceci est écrit, nul ne sait encore combien des listes annoncées par les petits partis, les mouvements régionalistes, ou écologistes, ou fédéralistes, en France surtout, pourront réunir à temps les fonds nécessaires pour présenter régulièrement leurs candidats à l’élection du 17 juin. Mais ce que l’on voit se définir avec la plus grande netteté, c’est la communauté de leurs vues sur l’Europe et même l’identité de leurs propositions ; c’est leur opposition, déclarée dans les mêmes termes, aux partis classiques et à leurs discours partisans, nationalistes, politiciens, donc pratiquement anti-européens ; et c’est enfin la convergence frappante de leurs propositions pour l’union de l’Europe, et cela qu’ils se disent de gauche ou de droite, ou qu’ils soient simplement considérés comme tels.

Quelques exemples.

Les jeunes giscardiens s’annoncent comme « amoureux fous de l’Europe de la liberté » et appellent de leurs vœux la naissance du « citoyen européen » (qui, reconnaissent-ils, suppose « une véritable [p. 118] révolution des mentalités ») acceptant « le concept d’une Europe fédérale ».

Pour eux, il va sans dire que « la revendication européenne devra s’accompagner à terme d’une revendication régionaliste : une partie de la dimension nationale disparue sera affectée à la dimension européenne, une autre partie à la dimension régionale ».

Ils expriment l’espoir que leur génération « au sein de laquelle l’idée européenne ne se heurte pas trop à l’idée nationale, qu’elle transcende sans peine », réalise l’Europe « que nos pères n’ont pas su faire ». (Le Monde, 4-5 mars 1984.)

Et ils ajoutent (selon le Figaro, même date) : « Les régions, dans le cadre de l’Europe, pourront traverser les actuelles frontières nationales. »

Ce qui rejoint les positions et propositions défendues dans toute la suite de nos études sur l’Europe et les régions 84 et dans L’Avenir est notre affaire .

« Jeunes giscardiens » : on se croirait à droite. « Les Verts » : voilà qui évoque plutôt la gauche (sans raison sérieuse, disons-le. « Conserver la nature pour que survivent les hommes » n’est pas un slogan de « gauchistes », « manipulés » ou non, mais pourrait être qualifié à plus juste titre de conservateur. Quant aux destructeurs de notre environnement, à commencer par les forêts et océans qui font tout l’oxygène que respirent les êtres vivants — ces destructeurs sont des industriels, rarement « de gauche »…).

Pour les verts français, qui regroupent la Confédération et le Parti écologiste, quatre priorités absolues sont formulées dans un tract diffusé au début de mars :

L’Europe de la qualité de la vie : de cette contrée, la plus polluée du monde, nous voulons faire la championne du monde de la dépollution.

L’Europe de la solidarité : le partage du travail et des revenus, non seulement comme moyen technique pour résorber le chômage, mais [p. 119] aussi comme projet d’une société plus solidaire, y compris avec le Tiers Monde.

Les régions unies d’Europe : le blocage institutionnel dû aux États-nations est dépassé des deux côtés ; des régions politiquement adultes, une Europe confédérée.

Une Europe indépendante, souveraine et dénucléarisée : une défense européenne basée sur la responsabilité de chaque citoyen.

À quoi l’on ajoutera, selon Le Monde du 7 mars 1984, que « les verts entendent plaider pour les régions unies d’Europe face à l’Europe des marchands et des technocrates ». « La prééminence des États-nations est un frein au développement des régions de l’Europe. »

Signe des temps : les verts de huit pays européens adoptent désormais un programme commun, créant ainsi ce qu’on eût appelé jadis une « Internationale écologiste », mais qu’il serait plus exact, en l’occurrence, de baptiser la Première interrégionale européenne.

Une alliance des huit partis verts a été formée en janvier dernier, en l’absence toutefois des verts ouest-allemands et des écologistes luxembourgeois. Cette absence est due au refus de l’alliance d’accueillir en son sein des communistes, alors que les écologistes ouest-allemands souhaitaient que le rassemblement fût ouvert à tous.

Les huit partis membres de l’alliance sont les suivants : l’Agalev (belge flamand), le Parti écologiste (belge francophone), les Verts (France), l’Ecology Party (Grande-Bretagne), la Green Alliance (Irlande), De Groenen (Pays-Bas) et deux groupes n’appartenant pas aux pays de la CEE : le Mk Miljopartiet (Suède) et la Liste alternative (Autriche).

Les verts européens viennent de publier leur programme commun : nous en donnons ici les titres de chapitres.

1. Vers la paix en Europe fondée sur l’amitié entre les peuples, les groupes ethniques, sur le non-alignement et la non-violence.

2. Vers une politique de l’environnement, une politique de l’équilibre écologique, qui assure les bases de notre vie par-delà les frontières nationales ou européennes.

3. Vers une politique économique et sociale écologique.

4. Pour une agriculture en équilibre avec la nature.

5. Pour un partage honnête de la prospérité de la planète avec les peuples du Tiers Monde.

6. Pour une Europe des régions.

[p. 120] De nombreux groupes régionalistes, écologistes ou fédéralistes, diffusent des manifestes, liés ou non à des listes de candidats dont la recevabilité financière semble encore loin d’être assurée. (On sait que le dépôt d’une garantie remboursable de 4,6 millions de francs français est exigé pour chaque liste.)

Signalons parmi ces groupes l’Action fédéraliste socialisme et liberté (AFSL) qui insiste sur le fait que ses propositions sont « par nature et par définition, de caractère européen, et non pas inspirées par des intérêts nationaux ». Elle se déclare « pour une France fédérale dans une Europe fédérée ». Elle affirme donc, elle aussi, que « la suprême garantie contre l’omnipotence d’un État technocratique et bureaucratique réside dans la répartition des pouvoirs en faveur de communautés territoriales et politiques autonomes et responsables, et que c’est dans ce type de société que se situe l’indispensable point d’équilibre entre la liberté et l’autorité, entre les communautés intermédiaires et l’État, entre l’individu et le pouvoir ».

De nombreux mouvements régionalistes se proposent de former des listes. Ainsi Europe 2000 (régions Bretagne), qui annonce ainsi son programme :

    

NOUS VOULONS :

— la construction des États-Unis d’Europe, sur une base fédérale ;

— la représentativité des peuples et des régions au sein du  Parlement de Strasbourg ;

— l’adoption de l’ECU comme monnaie commune utilisable par tous ;

— une défense européenne commune intégrée indépendante et la sanctuarisation de l’Europe, afin de préserver la paix ;

— une politique écologique et de protection de l’environnement communautaire ;

— la défense des identités et des patrimoines culturels ;

— la possibilité pour chacun de « vivre et travailler au pays » ;

— le droit pour tous les citoyens de s’exprimer clairement sur les problèmes qui les concernent directement, grâce aux « référendums et à l’initiative populaire ».

[p. 121] Voilà qui fait beaucoup de petits groupes, parfois de quelques centaines ou de quelques milliers de membres seulement, mais s’ajoutant à des mouvements qui comptent déjà des députés dans leur parlement national. Ils sont très fortement minoritaires dans leur pays, mais ils sont unanimes dans leurs propositions européennes, et ceci corrigera cela, si les partis classiques persistent à ne rien vouloir pour l’Europe, mais seulement à combattre leurs rivaux nationaux.

III. Quelques déclarations remarquables sur l’Europe

Tout le monde semble avoir oublié que l’enjeu du 17 juin est le renouvellement du Parlement européen : personne n’en parle ou presque, et seulement pour le dénigrer.

Sauf l’un des rédacteurs de la remarquable Europaische Zeitung, organe mensuel d’Europa Union, qui paraît à Bonn. D’un grand article de Claus Schöndube consacré aux aspects positifs du PE — oui, tout arrive — nous sommes heureux de citer :

Le Parlement européen est le lieu de la création, de la discussion publique et transparente d’une nouvelle politique. C’est le lieu de la formation d’une nouvelle génération de politiciens européens pour lesquels ce n’est plus la guerre, mais bien la paix qui est le vrai cas d’urgence.

    

L’ex-ambassadrice des USA auprès des Nations Unies, Mrs. Kirkpatrick, interviewée pour Antenne 2 par deux journalistes français, le 6 avril 1984, a confirmé et justifié sa déclaration récente : « L’Europe a tout ce qu’il faut pour être une superpuissance, sauf la volonté. »

L’un des Français lui dit : — C’est dur !

Elle, souriant : — Non, c’est vrai.

    

Le président du mouvement européen, Giuseppe Petrilli, écrit dans la revue Europe (1/2 1984) au lendemain de l’échec d’Athènes :

Les citoyens ne peuvent comprendre que les États membres et leurs représentants, après s’être arrogé, au mépris des traités qui les lient, des pouvoirs exécutifs et législatifs exorbitants par rapport à l’intérêt commun et à l’équilibre démocratique, fassent preuve d’une [p. 122] si constante impéritie  au sein du Conseil des communautés, en particulier par la recherche systématique de l’unanimité.

Les citoyens ne peuvent comprendre que les plus hauts représentants des États membres s’abaissent à des querelles subalternes économiques ou financières hors de proportion avec les défis majeurs du temps présent. […]

Il est temps que le réalisme, garant du futur qu’ils proclament, succède à l’irréalisme égoïste et suicidaire qu’ils pratiquent.

    

Quant à la Tribune pour l’Europe, information du Parlement européen, elle publie en tête de son numéro du 17 février 1984, le bref communiqué suivant :

la reine Béatrix aux députés : il n’est de souveraineté qu’européenne

Le jeudi 16 février 1984, Sa Majesté la reine Béatrix des Pays-Bas s’est adressée aux députés européens. La reine a insisté sur l’idée que les solutions communautaires doivent primer sur les options étroitement nationales. « Vous avez raison de demander un accroissement de vos compétences », a-t-elle dit aux députés, en ajoutant que la Communauté devrait rompre avec le principe des votes à l’unanimité, principe que « nous n’accepterions jamais dans nos pays respectifs ». Et de conclure, longuement ovationnée par les parlementaires debout : « La démocratie politique est née au xviiie siècle, la démocratie sociale a fait son apparition au xixe siècle. Et si la démocratie européenne doit voir le jour au xxe siècle, il ne nous reste plus que seize ans ! »

« Une souveraineté européenne » — encore qu’elle reste à définir — voilà ce que ne peuvent se permettre d’envisager nos États-nations, parvenus non sans peine à ce qu’ils considèrent comme leur « souveraineté absolue ». Seule une reine incontestable a su, en cette matière, se montrer généreuse, intelligente, et véritablement européenne.