(1930) Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930) « Adieu, beau désordre… (mars 1926) » pp. 311-319
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Adieu, beau désordre… (mars 1926) o

L’époque s’en va très vite vers on ne sait quoi. On a mis le bonheur devant soi, dans un  progrès mal défini, et l’on court après sans fin. Même ceux qui ont perdu la croyance en  un  bonheur possible ou désirable subissent cette rage désespérée  de  course pure, vers ailleurs, vers autre chose. À certains signes — démences  de  fatigués, prophétismes, excessives lassitudes ou faim  de  violences — on sent l’approche  de  quelque chose, catastrophe ou révélation, brusque échappée sur  des  pays nouveaux ou chute irrémédiable. Peut-être pouvons-nous choisir encore entre  un  ressaisissement profond et la ruine. Mais certes, il est temps qu’ une  lueur  de  conscience inquiète quelques chefs, montre à quelques meneurs aveugles  d’  une  société affolée et ridiculement opportuniste où mène la pente  de  notre civilisation. Meneurs et chefs :  des  économistes, [p. 312]  des  financiers,  des  industriels. Il y a encore les hommes politiques, mais on a si souvent l’impression qu’ils battent la mesure devant  un  orchestre qui, sans eux, jouerait aussi bien, aussi mal.

Quant aux meneurs  de  l’opinion publique, il est trop tard pour les éduquer, il faudrait balayer. Je parle en général, sachant bien qu’ un  Romier,  un  Bainville, quelques autres, sont parmi les plus conscients  de  ce temps ; mais si l’on songe aux bataillons  de  pâles opportunistes sans culture qui se chargent  de  gaver les masses du pain quotidien  de  la bêtise  de  tous les partis, on comprendra ce que je veux dire.

Il faudrait balayer, — et mettre qui à la place ? Nos penseurs, nos écrivains ont perdu le sens social. Cela devient frappant dans les générations nouvelles. Toute la jeune littérature décrit  un  type  d’ homme profondément antisocial, glorifie  une  morale résolument anarchiste. Ceux qui s’essayent à l’action, c’est encore pour cultiver leur moi. Ils y cherchent  un  fortifiant, je ne sais quelle excitation, quelle révélation ou quel oubli. C’est  un  dilettantisme qu’ils ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque  une  certitude foncière,  une  foi en la valeur  de  l’action. C’est pourquoi ils ne peuvent prétendre à l’action sociale que l’époque réclame  1 .

C’est aussi pourquoi l’on ne saurait accorder trop  d’ importance à leurs tentatives morales, si singulières soient-elles — dont le grand public reste le témoin souvent sceptique ou railleur. Au cœur  de  la crise  de  notre civilisation, il y a  un  problème  de  morale à résoudre,  une  conscience individuelle à recréer. Nous y employer, pour l’heure, c’est la seule façon efficace  de  servir.

On se complaît à répéter que nous vivons dans le chaos  des  idées et  des  doctrines, et qu’il n’existe pas  d’ esprit du siècle, hors  un  certain « confusionnisme ». Mais sous les [p. 313] épaves  de  tous les vieux bateaux, il y a  une  seule mer. Nos agitations contradictoires s’affrontent comme  des  vagues soulevées par  une  même tempête. L’unité  de  notre temps est en profondeur : c’est  une  unité  d’ inquiétude.

Barrès et Gide : ils ont construit  des  édifices très différents  de  style, et dont les façades s’opposent avec hostilité. Dans l’intérieur  des  deux maisons pourtant se débattent les mêmes brouilles  de  famille entre Art et Morale, Pensée et Action…

Ces deux moralistes adonnés à la culture et à la libération du moi paraissent bien les ancêtres  des  nouvelles générations  de  héros  de  roman, lesquels sont tous éperdument égoïstes. Égoïstes avec  une  profonde conviction ; par vertu. Ce qui n’a rien  d’ étonnant : ils ne sont que les projections du moi  de  leurs auteurs. Or l’égoïsme est vertu cardinale pour le créateur. Mais quel est ce besoin si général  de  s’incarner, dans le héros  de  son roman,  de  se voir vivre, dans son œuvre ?

C’est ici la conception même  de  la littérature, telle qu’elle apparaît chez les émules  de  Barrès comme chez ceux  de  Gide, qu’il faut préciser. L’éthique et l’esthétique convergent dans la littérature  d’ aujourd’hui, et plusieurs déjà reconnaissent ne pas pouvoir les séparer. On n’écrit plus pour s’amuser : ni pour amuser  un  public.  Un  livre est  une  action,  une  expérience. Et, le plus souvent, sur soi-même. On écrit pour cultiver son moi, pour l’éprouver et le prémunir, pour y découvrir  des  possibilités neuves, — pour le libérer.

Il n’est pas question  de  rechercher ici les origines historiques  d’  une  conception qui, de plus en plus, se révèle à la base  de  tous les problèmes modernes en littérature. Jacques Rivière s’y appliqua dans  un   de  ses derniers articles 2 . Il rendait responsable  de  tout le « mal », le Romantisme — et c’est plus que probable. Mais il en tirait  une  raison nouvelle  de  le condamner, et nous ne pouvons le suivre jusque-là : il est vain  de  dire qu’ une  époque s’est trompée, puisqu’elle seule permet la suivante qui peut-être retrouvera  une  nouvelle face  de  la vérité. Bornons-nous à noter le phénomène, puis à en suivre quelques conséquences.

Connaissance intégrale et culture  de  soi, telle peut être l’épigraphe [p. 314]  de  toute la littérature moderne. Il n’a pas fallu longtemps aux Français pour pousser à bout l’expérience 3 .

Ingénieux équilibres entre la raison et les sens, entre le moi et le monde : l’ennui est venu avant l’épuisement  des  combinaisons possibles. Exaltation méthodique  de  nos facultés  de  plaisir : déjà nous en sommes à cultiver certaines douleurs, plaisirs rares ; et les dissonances les plus aiguës prennent la place  d’ honneur dans  des  esthétiques construites en hâte à l’usage  de  sensibilités surmenées. Dégoût, parce que tout a été essayé. Dégoût, parce qu’on se connaît trop, et que plus rien ne retient. (Or on ne crée que contre quelque chose, contre soi, contre  une  difficulté.) Dégoût  de  la vie, dégoût du bonheur, dégoût  de  soi, — on l’étend vite à la société entière.

Dégoût  d’  une  civilisation qui aboutit logiquement à cet épuisant et forcené gaspillage : la guerre.

Certains s’en tiennent à leur dégoût et l’exploitent. Ainsi se légitime le surréalisme, qui vomit le monde entier et la raison avec. « Révolution d’abord. Révolution toujours ». « Pour nous, le salut n’est nulle part… »

« Je comprends la révolte  des  autres et quelles prières cela fait à Dieu » disait Drieu La Rochelle. Mais il faudra bien se remettre à manger, tout de même nous avons  un  corps, et c’est très beau, Breton,  de  crier « Révolution toujours » — tant qu’il y a  des  gens pour vous faire du pain ; et c’est très beau, Aragon,  de  ne plus rien attendre du monde, mais on voudrait que  de  moins  de  gloriole s’accompagnât votre ultimatum à Dieu.

Mais, secouant son dégoût,  un  Montherlant s’abandonne au salut par la violence.  Une  sensualité moins énervée lui permet  de  brutaliser quelque peu les « grands problèmes », et le voilà reparti dans  un  égoïsme triomphant, pur du désir  d’ action qui empêtrait Barrès dans  des  dilemmes où l’art trouvait mal sa nourriture.

Drieu La Rochelle tente la même fuite. Mais trop lucide, hésite, trébuche, oscille entre la violence et le désespoir (c’est l’amour), et, déchiré  de  contradictions, tire du désordre  de  ses certitudes fragmentaires la matière  de  quelques pamphlets par quoi il se raccroche au monde. Mais il a touché [p. 315] certains bas-fonds  de  l’âme où s’éveille  un  désenchantement qui l’amène au besoin  d’  une  mystique.

Et pour finir, l’un  des  derniers venus, Marcel Arland, — plus jeune, il n’a pas fait la guerre — c’est le même désenchantement précoce, sans la brusquerie  de  ses aînés. Encore  un  qui s’est complu dans son dégoût ; mais jusqu’au point  d’ y percevoir comme  un  appel du Dieu perdu. Il avoue enfin la cause secrète  des  inquiétudes modernes : la perte  d’  une  foi. Il a besoin  de  Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : « C’est peut-être que je suis médiocre entre les hommes ». C’est plutôt qu’il est trop attaché encore à se regarder chercher, absorbant son attention dans  une  sincérité si voulue qu’elle va parfois à l’encontre  de  son dessein.

Décidément nous sommes malades dans les profondeurs. Et le mal est si cruellement isolé, commenté par ceux qui le portent en eux qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas  de  peindre leur déséquilibre. Il serait temps  de  faire la critique  des  méthodes et  des  façons  de  vivre autant que  de  penser qui les ont amenés aux positions qu’on vient  d’ esquisser.

Mais on trouve tout dans les livres  des  jeunes, dites-vous, le pire et le meilleur, toutes les vieilleries morales et immorales, tous les paradoxes, le chaos, etc. — Certes, aucune époque ne fut à la fois plus morale et plus immorale, parce qu’aucune ne s’est autant attachée à chercher dans le seul moi les fondements  d’  une  éthique. Presque tous sont hantés par la peur  d’  une  morale qui « déforme », qui mutile  une  tendance naturelle, qui élague, qui opère  un  choix parmi les éléments mêlés  de  la personnalité. Toute tendance qu’ils découvrent en eux est non seulement légitime à leurs yeux, mais « tabou » ; et c’est vertu que  de  favoriser son expansion. — Mais je trouve en moi ordre et désordre, raison et folie, etc. Si je les cultive simultanément il est clair que les tendances négatives l’emportent, il est plus facile et plus enivrant  de  se laisser glisser que  de  construire. Et l’on y prend vite goût.

[p. 316] Cela tourne alors en passion  de  détruire, en haine  de  toute stabilité,  de  toute forme. Attitude parfaitement folle, mais c’est justement  de  quoi se glorifient ses tenants, ils y voient la suprême liberté.

Le désir se précisait en moi  de  commettre enfin l’acte vraiment indéfendable  de  tout point de vue… J’avais goûté à l’alcool singulièrement perfide  de  perdre ce que nous chérissons… Nous apprîmes à mépriser les longues vies heureuses que nous avions jusqu’alors enviées, et  une  nuit, nous fîmes le procès  de  toutes les jouissances humaines. L’espèce  de  sincérité terroriste dans laquelle nous nous obstinions nous menait naturellement à repousser avec horreur tout argument  d’ utilité, et bien que nous niions toute vérité, nous étions dominés par le sens  d’  une  réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au prix  d’  un  martyre… Cette lassitude facile à juger du dehors n’était pas ce qu’il y a vingt ans on nommait blasé. Rien n’était émoussé en nous, mais pouvions-nous faire abstraction du plan intellectuel sur lequel tout apparaît inutile et vain ?

Je cite ces phrases, tirées  d’  un  récit d’ailleurs admirable 4 ,  de  Louis Aragon, pour marquer l’aboutissement  d’  une  évolution qui a son origine dans l’œuvre  de  Gide. Entre les Nourritures terrestres, les Caves du Vatican et Dada, il y a place pour tous les chaînons  d’ inquiétude,  de  malaises,  de  révoltes plus ou moins complètes au gré  des  tempéraments. Le geste  de  Lafcadio généralisé : c’est le surréalisme.  De  l’acte gratuit commis par  un  héros  de  roman, à la vie gratuite que prétendent mener les surréalistes, il n’a fallu que le temps pour  une  folie  de  s’emballer. La plupart des romans  de  jeunes qui se situent entre Gide et Aragon nous montrent le même personnage :  un  être sans foi, à qui  une  sorte  de  « sincérité » interdit  de  commettre aucun acte volontaire et raisonné parce que ce serait fausser quelque chose ; à la merci  des  circonstances extérieures qu’il méprise toutes également ; n’attendant rien que  de  ses impulsions et contemplant avec  une  lucidité parfois douloureuse ses propres actes dont il s’étonne mais qu’il se garde  de  juger 5 .

Il y a véritablement  une  littérature  de  l’acte gratuit, qui restera caractéristique  de  notre époque.

[p. 317] Mais Gide est responsable  d’  une   autre  méthode  de  culture  de  soi, «  d’ intensification  de  la vie », et qui consiste à pousser à l’extrême certaines « vertus », les pousser jusqu’à l’absurde. Surenchère morale dont le début  de  la Tentative amoureuse offrait déjà  une  singulière préfiguration :

Certes ce ne seront ni les lois importunes  des  hommes, ni les craintes, ni la pudeur, ni le remords, ni le respect  de  moi ni  de  mes rêves, ni toi, triste mort, ni l’effroi  d’ après-tombe qui m’empêcheront  de  joindre ce que je désire ; ni rien — rien que l’orgueil, sachant  une  chose si forte,  de  me sentir plus fort encore et  de  la vaincre. — Mais la joie  d’  une  si haute victoire — n’est pas si douce encore, n’est pas si bonne que  de  céder à vous, désirs, et  d’ être vaincu sans bataille.

On voit assez à quel genre  de  sophismes conduit ce mouvement  de  l’esprit qui n’utilise  une  borne que pour sauter plus loin. Ainsi, c’est par humilité qu’on renoncera à la vertu, sous prétexte qu’elle pousse à l’orgueil ; c’est par sincérité qu’on mentira, puisque parfois nous sommes spontanément portés à mentir. On en vient naturellement à considérer  un  certain immoralisme comme la seule vertu digne  d’  une  élite. Tel est l’état d’esprit  de  la plupart de nos jeunes moralistes. Le mot  de  paradoxe serait bien pauvre pour expliquer ce besoin  de  porter à son excès toute chose, au-delà  de  toutes limites. « Il n’y a que les excès qui méritent notre enthousiasme ». Mais « cette fureur qui le soulevait contre lui-même, qui lui faisait mépriser son propre intérêt 6 … » c’est proprement la perversion  d’  une  vertu qui se brûle elle-même. Je ne vais point nier la fécondité psychologique  d’  une  attitude par ailleurs si proche de certain mysticisme. Mais pousser  une  vertu particulière jusqu’à ses dernières conséquences suppose qu’on ait perdu le sens  des  ensembles rationnels. Nous ne pensons plus par ensembles 7  : symptôme  de  fatigue.

Mais tout cela : dégoût universel, désir  de  violences, gratuité  des  pensées et  des  actes, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas  d’  une  fatigue immense.

Nous voyons se fausser le rythme  des  jours et  des  nuits [p. 318] à mesure que se développe  une  civilisation mécanicienne. (Les machines n’ont pas besoin  de  sommeil.) La fatigue devient  un   des  éléments les plus importants  de  notre psychologie. Images  des  surréalistes — ils l’indiquent eux-mêmes —, calembours, expression métaphorique et symbolique  de  la pensée : la littérature  d’ avant-garde est fille  de  la fatigue. La Muse a trop veillé.

L’amour moderne, nerveux, saugrenu jusqu’au sadisme, trop lucide, est  un  amour  de  fatigués (Les Nuits, l’Europe galante,  de  Morand). La lucidité aiguë  de  nos psychologues est cet état presque inhumain  de  celui qui n’a pas dormi et qui « assiste » à sa vie, à ses sensations, à ses automatismes. En art, la fatigue est  un   des  états les plus riches  de  visions nouvelles, et qui résiste le mieux à l’analyse. Seulement nous y perdons graduellement l’intelligence  de  nos instincts, la conscience  de  nos limites naturelles, tout ce qui servirait  de  frein à notre glissade vers  des  folies.

Recréer  une  conscience individuelle ; retrouver le sens social, le sens  des  ensembles et  des  proportions ; rééduquer les instincts du corps et  de  l’âme ; vouloir  une  foi…

La morale  de  demain sera en réaction complète contre celle  d’ aujourd’hui, parce que nous sommes à bout.

Il ne s’agit pas, encore une fois,  de  renier l’immense effort pour se libérer  de  l’universelle hypocrisie accompli par  des  générations qui ne lèguent aux suivantes que leur lassitude : sachons au contraire profiter  des  démonstrations par l’absurde  de  quelques problèmes moraux et littéraires  8 , à quoi beaucoup sacrifièrent leur jeunesse. (« Nous sommes  une  génération  de  cobayes » remarque Paul Morand.)

Il faut agir, ou bien être agi. Donner  une  conscience à l’époque, ou se défaire avec elle et dériver vers  un  Orient  d’ oubli — (mais avant de s’y perdre, quelles révolutions, quelles anarchies, quels Niagaras  9  !)

[p. 319] Quelques jeunes hommes l’ont compris. Ils sont modestes — ne s’isolant pas  de  la Société ; ils savent que pour lutter il faut  des  armes et ne méprisent pas la culture ; sans  autre  parti-pris que celui  de  vivre, c’est-à-dire  de  construire ; sobres  de  langage et maîtres  de  leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a  de  pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a  de  liberté que dans la soumission aux lois naturelles ; et leur effort est  de  retrouver ces lois ; ils ne craignent pas  de  choisir parmi leurs instincts, ni  de  les améliorer  10 . Tout ceci est assez nouveau. (Après tant de cocktails, quelle saveur a l’eau claire !)

Quelques autres se recueillent encore dans l’attente angoissée  d’  une  révélation et dans la connaissance  de  leur misère. Pareils à ceux dont Vinet disait qu’ils s’en vont « épiant toutes les émotions  de  l’âme, et lui multipliant ses douleurs en les lui nommant », ils décrivent le tourment dont sortira peut-être  une  foi nouvelle ; mais qu’ils sachent, quand viendra le moment, détourner les yeux  de  leur recherche pour contempler  un  absolu ; qu’ils osent se faire violence pour se hisser dans la lumière. « Il vaut mieux, dit encore Vinet, ne voir d’abord que les grands traits  de  sa nature, ne connaître que les grands mots  de  la langue morale, suivre à l’égard de soi-même la méthode  de  l’Évangile qui, prenant à plein poing toutes ces petites misères, en compose d’un seul coup  une  grande misère, et par ce moyen nous met tout d’abord en présence, non  de  nous-mêmes, mais  de Dieu. »