(1938) L’Ordre nouveau, articles (1933–1938) « Échos (janvier 1936) » pp. 47-48
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Échos (janvier 1936) q

Et Rimbaud ?

Nul n’ignore qu’une revue « de jeunes » doit parler de Rimbaud et du surréalisme. Tout le reste est charabia. L’O.N., par exemple, qui « parle de politique », et même d’économie, brouille absolument « le jeu ». M. Léon Pierre-Quint en prend volontiers son parti. M. Brasillach, lui, le déplore. De son temps, les jeunes parlaient de Rimbaud et allaient au Vieux-Colombier. Faire de la politique, c’était porter une canne ferrée et louer la « rigueur » de Maurras. Hélas. Tout change !

Tout change ! comme disait avec beaucoup de simplicité cette vieille princesse russe à qui l’on racontait que sa maison de campagne, aux environs de Moscou, avait été transformée en bordel aux premiers jours de la révolution : puis rasée par les communistes, et qu’à la place on élevait maintenant des milliers de poulets kolkhoziens. Elle souriait gentiment : tout change !…

Il y a tout de même certaines choses qui ne changent pas. Rimbaud sera toujours jeune, même si M. Brasillach en parle. Il y aura toujours des chroniqueurs qui auront besoin de parler de Rimbaud pour faire jeune. Il y aura toujours des conservateurs qui trouveront commode de vanter les révoltés de l’autre siècle. Et il y aura toujours quelques hommes pour trouver ça plutôt nigaud.

Mais puisqu’on nous invite à parler de Rimbaud, saisissons l’occasion pour dénoncer sa participation à l’un des plus grands crimes de l’Histoire, ce crime contre la civilisation latine que représente la résistance des Éthiopiens. L’on se souvient en effet que Rimbaud vendit des fusils au Négus, — et cela en temps de paix, comble d’hypocrisie !

La littérature rajeunit

On a pu lire récemment dans le plus « littéraire » de nos hebdomadaires, l’écho suivant, intitulé Les Anciens et les Jeunes.

« Depuis la disparition de Paul Bourget, le doyen d’élection à l’Académie française est M. Gabriel Hanotaux, élu en 1897, au 27ᵉ fauteuil.

[p. 48] Avec lui, 6 académiciens ont été élus avant la guerre (suivent les noms).

Depuis 1930, l’Académie a élu 13 membres nouveaux (suivent les noms).

Ainsi, en 5 ans, plus du quart de l’effectif des Quarante s’est trouvé renouvelé. »

On ignore trop ces choses. Surtout dans la « jeunesse » qui perd son temps à chômer alors qu’il y avait tant à faire dans le domaine de la littérature désintéressée.

Quel est le jeune amoureux des Lettres qui aura gardé assez de fraîcheur d’Âme et de goût des choses de l’Esprit pour entreprendre une statistique complète des renouvellements fractionnels de l’Académie de cinq en cinq ans, de l’origine jusqu’à 1930 ? Ce travail de base permettrait de résoudre un délicat problème de Critique littéraire : calculer l’âge du capitaine, — un certain Doumic.

À propos d’une conversation avec un SA

D. de Rougemont nous écrit d’Allemagne : « L’ami XXX n’a pas dû lire Mein Kampf. Ce n’est pas une “autobiographie” mais un ouvrage de combat, comme son nom l’indique, et sa doctrine. Autre erreur : je vois passer sous ma fenêtre, deux fois par semaine, des sections d’assaut en ordre de marche. Ils vont par 3 et non par 4. Je me suis fait dire par quelqu’un de bien renseigné que c’était afin d’éviter une apparence trop militaire. Et, en effet, il faut reconnaître que cela change tout. Soyons exacts. »