(1962) Esprit, articles (1932–1962) « À l’index (Première liste) : Candide (octobre 1932) » pp. 194-195
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À l’index (Première liste) : Candide (octobre 1932) a

Le numéro « exceptionnel » du 8 septembre de Candide nous apporte, pour l’anniversaire de la Marne, la mesure de ce qu’on pourrait appeler la politique des « laquais de forges ». On nous entendra. Six grandes pages de dessins inspirés à M. Hermann-Paul par l’actualité (peut-être même faudrait-il dire : par la nécessité) la plus brûlante : Américains et Allemands chez nous.

Laissons les Américains. Ils réussissent mal à nos satiristes. M. Hermann-Paul en les peignant « chez nous » — d’après ses souvenirs d’avant-crise sans doute — ne parvient pas à égaler les célèbres galipettes du père de Salavin ou le « Français chez eux ».

Mais lorsqu’il croque un Allemand, l’on doit reconnaître qu’il se surpasse et qu’il surpasse, mais il y a mis 16 ans — les plus fameux produits des services de propagande officieuse. M. Marcel Hutin n’a qu’à bien se tenir. La réussite est si complète qu’on se sent pris de malaise. Voyons, sommes-nous encore en 1916 ? s’agit-il encore de revanche ? S’agit-il encore de « faire durer le plaisir » jusqu’au bout et à tout prix ?

[p. 195] Au niveau de jugement où nous place M. Hermann, tout Allemand a le crâne rasé, s’appelle Fritz, a volé des pendules et violé pour le moins une chaste fille de Montmartre. C’est une conception de Français né paillard, décoré, et qui ne sait pas la géographie.

Il faut tout de même que nos camarades de la jeunesse allemande, qui s’en inquiètent à juste titre, sachent ce que nous pensons des manifestations récentes de l’état d’esprit candidard : les dessins, et plus encore les légendes de M. Hermann-Paul sont d’une imbécillité proprement répugnante et qu’il faudrait qualifier de criminelle si elle n’était avant tout veule, plate et sénile, au point de perdre toute efficacité dès la 2e page. Il semble que M. Paul s’adresse exclusivement à ce bourgeois au faciès atroce que M. Abel Faivre nous montre, chaque semaine, non sans sadisme, dans l’exercice de cette avarice ou de cette férocité spéciales décrites par Léon Bloy. Joli monde, comme disent les échotiers. Remercions Candide d’avoir poussé les choses assez loin pour que la seule « réaction » possible de tout ce qu’il y a d’honnête dans son public soit à coup sûr d’écœurement et de mépris, devant cette déjection, grassement payée mais qui peut coûter cher à ses producteurs, de la haine qui se bat les flancs.