1 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925)
1enry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925) a Henry de Montherlant, héritier d’une tradition
2un (mars 1925) a Henry de Montherlant, héritier d’une tradition chevaleresque, mène sa vie comme une ardente aventure. L
3ieu à la guerre et aux jeux, avant de partir pour de nouvelles conquêtes. Terriblement lucide, ce regard en arrière. Month
4 dur pour ses erreurs plus encore que pour celles de l’adversaire, ce qui est beaucoup dire. Il y avait dans le Paradis je
5Il y avait dans le Paradis je ne sais quel relent de barbarie, un assez malsain goût du sang. Tout cela s’est purifié dans
6bre. Et une phrase telle que « … Nous sommes sûrs de ne pas nous tromper en nous inquiétant de faire, à notre place modest
7es sûrs de ne pas nous tromper en nous inquiétant de faire, à notre place modeste, si peu que ce soit pour la paix », c’es
8our la paix », c’est une affirmation [p. 381] qui d’un coup condamne beaucoup d’antérieures protestations belliqueuses. Il
9irmation [p. 381] qui d’un coup condamne beaucoup d’antérieures protestations belliqueuses. Il nous montre « des Français
10ui tiennent qu’une telle attitude est responsable de ces carnages ». Naguère il était des premiers ; il s’affirme aujourd’
11ir contemplé Verdun, en tête à tête avec le génie de la mort. Mais alors, à quoi sert d’exalter, d’une si émouvante sorte,
12avec le génie de la mort. Mais alors, à quoi sert d’exalter, d’une si émouvante sorte, les soldats déjà légendaires de Ver
13ie de la mort. Mais alors, à quoi sert d’exalter, d’une si émouvante sorte, les soldats déjà légendaires de Verdun, et ce
14 si émouvante sorte, les soldats déjà légendaires de Verdun, et ce « haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une p
15dats déjà légendaires de Verdun, et ce « haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre
16e « haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre : « Ranimons ces horreurs pour les v
17st-ce pas une éclatante mise au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces hommes qui « descendirent » du front d
18e mise au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces hommes qui « descendirent » du front dans notre paix lassée,
19e au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces hommes qui « descendirent » du front dans notre paix lassée, ne p
20ncore transparaît un doute, parfois : « On craint d’être injuste en décidant si… cette absence de haine ; cette épouvante,
21aint d’être injuste en décidant si… cette absence de haine ; cette épouvante, devant la guerre… proviennent de plus d’huma
22 épouvante, devant la guerre… proviennent de plus d’humanité ou de moins de santé ». À maintes reprises, dans cette œuvre
23vant la guerre… proviennent de plus d’humanité ou de moins de santé ». À maintes reprises, dans cette œuvre d’affirmation,
24uerre… proviennent de plus d’humanité ou de moins de santé ». À maintes reprises, dans cette œuvre d’affirmation, une tell
25 de santé ». À maintes reprises, dans cette œuvre d’affirmation, une telle inquiétude, un amer « à quoi bon » percèrent so
26s quels buts ? On verra plus tard. L’urgent c’est d’avancer. Et l’on atteindra peut-être ces régions élevées où les élémen
27ix qu’il appelle, c’est autre chose que l’absence de guerre, c’est une paix que travaillerait le levain des vertus guerriè
28a paix, ce soit vivre. » Par tout un livre libéré de souvenirs héroïques, peut-être trop grands pour la paix, c’est vers d
29 va porter son ardeur. Il va chercher le souvenir de l’aventure antique, et dans ce qui fut Rome ou la Grèce, revivre sa t
30n. Toute son œuvre pourrait se définir : la lutte d’un tempérament avec la réalité. Tantôt c’est l’un qui veut plier l’aut
31e que nous admirons dans le Chant funèbre. Ce mot de grandeur revient souvent lorsqu’on parle de cette œuvre : je ne sais
32e mot de grandeur revient souvent lorsqu’on parle de cette œuvre : je ne sais s’il faut en voir la raison dans la force de
33ne sais s’il faut en voir la raison dans la force de la personnalité révélée ou dans la noblesse de sa soumission. Pérille
34ce de la personnalité révélée ou dans la noblesse de sa soumission. Périlleuse carrière de la grandeur où Montherlant est
35la noblesse de sa soumission. Périlleuse carrière de la grandeur où Montherlant est entré de plain-pied, en même temps que
36 carrière de la grandeur où Montherlant est entré de plain-pied, en même temps que dans la guerre. Que de sacrifices ne lu
37plain-pied, en même temps que dans la guerre. Que de sacrifices ne lui devra-t-il pas offrir ainsi les romans « intéressan
38l est capable et qu’il lui faudra livrer au « feu de vérité » qui [p. 382] brûle dans son temple intérieur, s’il veut rest
39dans son temple intérieur, s’il veut rester digne de son rôle et vraiment le coryphée d’une génération casquée. Feu consum
40 rester digne de son rôle et vraiment le coryphée d’une génération casquée. Feu consumateur de toute faiblesse, flamme d’u
41oryphée d’une génération casquée. Feu consumateur de toute faiblesse, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle
42squée. Feu consumateur de toute faiblesse, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle paraît parfois, lorsque la
43e comme cette « flamme pensante » dans l’Ossuaire de Douaumont. Puis la vie l’exalte de nouveau d’un large vent de joie.
44ire de Douaumont. Puis la vie l’exalte de nouveau d’un large vent de joie. p. 380 a. « Henry de Montherlant : Chant f
45. Puis la vie l’exalte de nouveau d’un large vent de joie. p. 380 a. « Henry de Montherlant : Chant funèbre pour les
2 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Breton, Manifeste du surréalisme (juin 1925)
46e du surréalisme (juin 1925) b Sous une « vague de rêves », la logique, dernier agent de liaison de nos esprits, va péri
47une « vague de rêves », la logique, dernier agent de liaison de nos esprits, va périr. C’est du moins ce que proclame M. B
48 de rêves », la logique, dernier agent de liaison de nos esprits, va périr. C’est du moins ce que proclame M. Breton en un
49r notre poncif moderne, — si propre à égarer dans d’ingénieuses métaphores quiconque chercherait une idée là-dessous, — ne
50it pas toujours chez Breton à masquer la banalité de la pensée. D’autant plus que les rares passages où il expose directem
51s chez Breton à masquer la banalité de la pensée. D’autant plus que les rares passages où il expose directement les princi
52s passages où il expose directement les principes de sa « révolution » semblent au contraire tirés de quelque terne manuel
53 de sa « révolution » semblent au contraire tirés de quelque terne manuel de philosophie ou de psychanalyse. Ces principes
54mblent au contraire tirés de quelque terne manuel de philosophie ou de psychanalyse. Ces principes ? Ils se laissent hélas
55e tirés de quelque terne manuel de philosophie ou de psychanalyse. Ces principes ? Ils se laissent hélas résumer en un cou
56Ils se laissent hélas résumer en un court article de dictionnaire : « Surréalisme, n.m. Automatisme psychique pur par lequ
57utomatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manièr
58’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de l
59it de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé p
60ière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en deho
61el de la pensée. Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation
622). Le Surréalisme ne serait-il donc qu’une sorte de méthode des textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît qu’il est
63scientes M. Breton peut-il préconiser l’existence d’une littérature fondée sur de tels principes ? Le Rêve est la seule ma
64éconiser l’existence d’une littérature fondée sur de tels principes ? Le Rêve est la seule matière poétique. Dans le monde
65le matière poétique. Dans le monde du Rêve autant de cellules isolées que de rêveurs. Toute poésie est incommunicable, le
66s le monde du Rêve autant de cellules isolées que de rêveurs. Toute poésie est incommunicable, le poète étant un simple st
67ommunicable, le poète étant un simple sténographe de ses rêves. Soit. De ces faits, je tire cette conclusion pratique : in
68e étant un simple sténographe de ses rêves. Soit. De ces faits, je tire cette conclusion pratique : inutile de publier des
69aits, je tire cette conclusion pratique : inutile de publier des poèmes. Éluard le comprenait, qui écrivit : « Quand les l
70t, qui écrivit : « Quand les livres se liront-ils d’eux-mêmes, sans le secours des lecteurs ? Quand les hommes se comprend
71 cette mystification est [p. 776] dans la logique de ses principes, mais je lui conteste le droit de faire suivre son mani
72e de ses principes, mais je lui conteste le droit de faire suivre son manifeste de proses — Poisson soluble — qui servent
73i conteste le droit de faire suivre son manifeste de proses — Poisson soluble — qui servent d’illustration à sa défense de
74nifeste de proses — Poisson soluble — qui servent d’illustration à sa défense de la poésie pure. Les beautés que j’y vois
75ne me seraient-elles perceptibles que par le fait d’une fortuite coïncidence entre l’univers du poète et le mien ? Je comp
76l’univers du poète et le mien ? Je comprends trop de choses dans ces poèmes qui devraient m’être parfaitement impénétrable
77 serait un très curieux poète s’il ne s’efforçait de donner raison aux 75 pages où il voulut nous persuader que tout poème
78non corrigée du Rêve. Je reconnais à chaque ligne de Poisson soluble cette « vieillerie poétique » qui, avoue Rimbaud, ent
79’« alchimie du verbe » ; et je ne puis m’empêcher d’accuser Breton de préméditation… À quoi sert, dès lors, tout cet appar
80rbe » ; et je ne puis m’empêcher d’accuser Breton de préméditation… À quoi sert, dès lors, tout cet appareil psychologique
81 si scolaire ? À donner le change sur la pauvreté d’un art purement formel. Car c’est ici le tragique de cette mystificati
82un art purement formel. Car c’est ici le tragique de cette mystification : la plupart des surréalistes n’ont rien à dire,
83donc en doctrine leur impuissance. « Il n’y a pas de pensée hors les mots » (Aragon). Aussi se paient-ils de métaphores co
84sée hors les mots » (Aragon). Aussi se paient-ils de métaphores comme d’autres de raisonnements. Plaisante ironie, si cett
85 Aussi se paient-ils de métaphores comme d’autres de raisonnements. Plaisante ironie, si cette attitude n’était qu’une pro
86 nos poncifs intellectuels. Mais elle risque bien de nous en rendre un peu plus esclaves. Car depuis Freud — dont ils se r
87emment, — on sait ce que c’est que la « liberté » d’un esprit pur de tout finalisme ! Surréalisme S.A., entreprise pour l’
88t ce que c’est que la « liberté » d’un esprit pur de tout finalisme ! Surréalisme S.A., entreprise pour l’exploitation de
89 Surréalisme S.A., entreprise pour l’exploitation de matériaux de démolition abandonnés par Dada S.A. Ce n’est pas ainsi q
90S.A., entreprise pour l’exploitation de matériaux de démolition abandonnés par Dada S.A. Ce n’est pas ainsi que nous sorti
91r Dada S.A. Ce n’est pas ainsi que nous sortirons d’une anarchie dont les causes semblent avant tout morales. Les tendance
92 tout morales. Les tendances encore un peu vagues d’un groupe tel que Philosophies laissent pressentir des révolutions plu
93t en des jeux moins lassants. Dada, éclat de rire d’un désespoir exaspéré, commandait une certaine sympathie. L’agaçant, a
94s surréalistes, c’est que — pour reprendre un mot de Cocteau — ils « embaument de vieilles anarchies ». L’ironie qui sauva
95our reprendre un mot de Cocteau — ils « embaument de vieilles anarchies ». L’ironie qui sauva Dada du ridicule le cède ici
96e qui sauva Dada du ridicule le cède ici à un ton de mage qui ne fera plus longtemps impression. C’est grand dommage pour
97 dommage pour les lettres françaises qui risquent d’y perdre au moins deux grands artistes : Aragon, Éluard. Sans oublier
3 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Colin, Van Gogh (août 1925)
98Colin, Van Gogh (août 1925) c Le nouveau volume de la collection des « Maîtres de l’art moderne » est au moins le cinqui
99 Le nouveau volume de la collection des « Maîtres de l’art moderne » est au moins le cinquième ouvrage publié en France su
100nt des vues assez neuves. M. Colin s’est contenté de narrer les faits de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que d
101uves. M. Colin s’est contenté de narrer les faits de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions criti
102olin s’est contenté de narrer les faits de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions critiques s’en
103té de narrer les faits de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions critiques s’en dégagent avec évi
104 est peu intéressant. On en a connu bien d’autres de ces jeunes gens prétentieux et sincères qui se croient une vocation,
105se croient une vocation, végètent dans des œuvres d’évangélisation, fondent des groupes dissidents. Le miracle, c’est que
106’est que le plus sauvage génie ait choisi un être de cette espèce pour le tourmenter et le transfigurer. Vincent s’en effr
107fraie lui-même : « Il y a quelque chose au dedans de moi. Qu’est-ce que c’est donc ? » Ses premiers dessins sont de gauche
108t-ce que c’est donc ? » Ses premiers dessins sont de gauches copies de Millet. Mais son manque de talent ne le rebute pas.
109c ? » Ses premiers dessins sont de gauches copies de Millet. Mais son manque de talent ne le rebute pas. Une divine violen
110sont de gauches copies de Millet. Mais son manque de talent ne le rebute pas. Une divine violence le travaille. Elle jaill
111vaille. Elle jaillira enfin, dans l’éblouissement d’Arles, jusqu’au jour où cette consomption frénétique terrassant un cor
112ue les flammes, les soleils et aussi les grimaces de douleur de ses tableaux. Il faut louer Paul Colin de n’avoir rien cac
113mes, les soleils et aussi les grimaces de douleur de ses tableaux. Il faut louer Paul Colin de n’avoir rien caché des médi
114douleur de ses tableaux. Il faut louer Paul Colin de n’avoir rien caché des médiocrités de cette vie : les reproductions q
115 Paul Colin de n’avoir rien caché des médiocrités de cette vie : les reproductions qui suivent sa courte biographie fourni
116risme dont on a voulu charger la « vie héroïque » de Vincent. M. Colin n’a pas cherché à expliquer ce miracle. Il nous lai
117l nous laisse à notre émotion devant le spectacle d’une œuvre qui ne dut rien à l’homme, d’une œuvre de pur génie. Vincent
118 spectacle d’une œuvre qui ne dut rien à l’homme, d’une œuvre de pur génie. Vincent Van Gogh, génie sans talent. p. 103
119’une œuvre qui ne dut rien à l’homme, d’une œuvre de pur génie. Vincent Van Gogh, génie sans talent. p. 1033 c. « Pau
4 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Lucien Fabre, Le Tarramagnou (septembre 1929)
120court », curieux homme. Il se livre à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einst
121tion : les faits s’y pressent et s’y bousculent ; de temps à autre une notation d’artiste ou de psychologue se glisse dans
122et s’y bousculent ; de temps à autre une notation d’artiste ou de psychologue se glisse dans leur flot. Voilà le lecteur e
123lent ; de temps à autre une notation d’artiste ou de psychologue se glisse dans leur flot. Voilà le lecteur entraîné, ébah
124 le lecteur entraîné, ébahi, passionné, contraint de suivre jusqu’au bout un roman de 500 pages comme Rabevel. Car si la l
125ionné, contraint de suivre jusqu’au bout un roman de 500 pages comme Rabevel. Car si la liquidation des questions traitées
126 est rapide, elle est complète aussi. On s’étonne de ce que Fabre, disciple de Valéry, puisse rédiger des romans si bouill
127lète aussi. On s’étonne de ce que Fabre, disciple de Valéry, puisse rédiger des romans si bouillonnants, si mal équarris.
128mande pas non plus au puissant boxeur sur le ring d’être bien peigné. Rabevel, c’était un portrait balzacien du brasseur
129abevel, c’était un portrait balzacien du brasseur d’affaires. Le sujet du Tarramagnou, c’est « la nouvelle mise en servitu
130 la nouvelle mise en servitude du peuple rustique de France ». En effet — le phénomène n’est pas particulier à la France —
131ats et des capitalistes des villes. Mais dans une de ces provinces du Midi où le souvenir des luttes religieuses encore vi
132t, le libérateur va se lever. C’est un descendant de Roland le Camisard, ce « Tarramagnou », ce « petit homme de la terre 
133le Camisard, ce « Tarramagnou », ce « petit homme de la terre », qui va susciter un formidable mouvement de protestation c
134 terre », qui va susciter un formidable mouvement de protestation contre les lois tyranniques. Le succès grandit rapidemen
135 œuvre sabotée par des meneurs ; il tente en vain de ressaisir les foules : déjà elles huent sa modération. Alors il va se
136n clamant la paix. M. Fabre avait là les éléments d’un grand roman : autour d’un [p. 1152] sujet de vaste envergure, et br
137e avait là les éléments d’un grand roman : autour d’un [p. 1152] sujet de vaste envergure, et brûlant, une intrigue puissa
138ts d’un grand roman : autour d’un [p. 1152] sujet de vaste envergure, et brûlant, une intrigue puissante, des personnages
139 brûlant, une intrigue puissante, des personnages d’une belle richesse psychologique. En fermant le livre on a presque l’i
140nd roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de style, n’est-ce pas le meilleur style pour un romancier ? C’est plutô
141tissu des faits se relâche parfois, et les arêtes de la construction apparaissent trop nues. Chef-d’œuvre ou pas chef-d’œu
142l reste que le Tarramagnou est un livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste que Lucien Fabre a tenté, et en somme, r
143t en somme, réussi, une entreprise bien téméraire de nos jours : un roman à thèse aussi intelligent que vivant. p. 11
5 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Les Appels de l’Orient (septembre 1929)
144 [p. 1152] Les Appels de l’Orient (septembre 1929) e Le xxᵉ siècle s’annonce comme le siècle
1451929) e Le xxᵉ siècle s’annonce comme le siècle de la découverte du monde par l’Europe intellectuelle. Grand siècle de c
146e comme le siècle de la découverte du monde par l’Europe intellectuelle. Grand siècle de critique pour lequel nos contemporain
147u monde par l’Europe intellectuelle. Grand siècle de critique pour lequel nos contemporains accumulent les documents. La l
148mporains accumulent les documents. La littérature de ces dernières années n’est qu’une forme de reportage international. L
149rature de ces dernières années n’est qu’une forme de reportage international. L’Europe menant cette immense enquête manife
150 n’est qu’une forme de reportage international. L’Europe menant cette immense enquête manifeste son génie méthodique, son univ
151osité. Mais, de même que la France interrogeant l’Europe du xviiiᵉ prenait surtout conscience de son propre génie, l’Europe d’
152ant l’Europe du xviiiᵉ prenait surtout conscience de son propre génie, l’Europe d’aujourd’hui semble chercher dans une con
153prenait surtout conscience de son propre génie, l’Europe d’aujourd’hui semble chercher dans une confrontation avec l’Orient, p
154 surtout conscience de son propre génie, l’Europe d’aujourd’hui semble chercher dans une confrontation avec l’Orient, plut
155 avec l’Orient, plutôt qu’une réelle connaissance de l’Orient, une conscience d’elle-même. C’est peut-être pour provoquer
156e réelle connaissance de l’Orient, une conscience d’elle-même. C’est peut-être pour provoquer cette confrontation seulemen
157 oriental, car il semble bien que dans le domaine de la culture le péril n’existe que pour autant qu’on en parle, la vraie
158n peut prévoir que si le bouddhisme jouit un jour d’un renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devra, tandi
159 un jour d’un renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devra, tandis que d’un mouvement inverse, le christianisme d
160ques savants européens qu’il le devra, tandis que d’un mouvement inverse, le christianisme débarrassé de son déguisement g
161un mouvement inverse, le christianisme débarrassé de son déguisement gréco-latin retournera vers ses sources pour s’y retr
162a vers ses sources pour s’y retremper. Les appels de l’Orient, ce sont les Keyserling, les Guénon, qui les font entendre,
163 fort intéressant tableau des multiples réactions de l’Europe placée devant le dilemme Orient-Occident. Réactions qui, dis
164 intéressant tableau des multiples réactions de l’Europe placée devant le dilemme Orient-Occident. Réactions qui, disons-le to
165 enquête rejoint parfois celle qu’ouvrit la Revue de Genève sur « l’Avenir de l’Europe. » (Cf. les deux réponses d’André G
166celle qu’ouvrit la Revue de Genève sur « l’Avenir de l’Europe. » (Cf. les deux réponses d’André Gide en particulier). Car
167 qu’ouvrit la Revue de Genève sur « l’Avenir de l’Europe. » (Cf. les deux réponses d’André Gide en particulier). Car la plupar
168 « l’Avenir de l’Europe. » (Cf. les deux réponses d’André Gide en particulier). Car la plupart des enquêtés se font de l’O
169particulier). Car la plupart des enquêtés se font de l’Orient une représentation vague [p. 1153] et poétique. « Orient…, t
170t poétique. « Orient…, toi qui n’as qu’une valeur de symbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’agit, et Jean
171u’une valeur de symbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’agit, et Jean Schlumberger le définit encore : « …
172sé à l’esprit occidental, tout ce qui peut servir d’antidote à sa fièvre et à sa logique. » On confond Japon et Arabie, In
173bie, Indes et Chine sous une dénomination qui n’a de sens que par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classeme
174 dénomination qui n’a de sens que par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extr
175e sens que par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extraordinaire diversit
176t vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extraordinaire diversité — peut-être trop nombreuses — qui compose
177rents, si différentes même les conclusions tirées de points de vue semblables, qu’un esprit analytique et organisateur d’o
178mblables, qu’un esprit analytique et organisateur d’occidental se perdra ici dans un ensemble kaléidoscopique d’idées et d
179al se perdra ici dans un ensemble kaléidoscopique d’idées et de jugements contradictoires, et de termes dont le sens chang
180a ici dans un ensemble kaléidoscopique d’idées et de jugements contradictoires, et de termes dont le sens change avec l’éc
181pique d’idées et de jugements contradictoires, et de termes dont le sens change avec l’échelle de valeurs de l’écrivain. É
182, et de termes dont le sens change avec l’échelle de valeurs de l’écrivain. Énumérons pourtant quelques-uns des points de
183mes dont le sens change avec l’échelle de valeurs de l’écrivain. Énumérons pourtant quelques-uns des points de vue les plu
184ou les mieux définis. Pour Valéry, la supériorité de l’Europe réside dans sa « puissance de choix », dans le génie d’abstr
185s mieux définis. Pour Valéry, la supériorité de l’Europe réside dans sa « puissance de choix », dans le génie d’abstraction qu
186upériorité de l’Europe réside dans sa « puissance de choix », dans le génie d’abstraction qui a produit la géométrie grecq
187ide dans sa « puissance de choix », dans le génie d’abstraction qui a produit la géométrie grecque. D’autres attribuent ce
188 déplorent. Plusieurs jeunes songent que dans une Europe vieillie, les parfums puissants de l’Asie sauront encore éveiller de
189e dans une Europe vieillie, les parfums puissants de l’Asie sauront encore éveiller de beaux rêves. Il y a ceux qui repous
190rfums puissants de l’Asie sauront encore éveiller de beaux rêves. Il y a ceux qui repoussent une Asie ignorante du thomism
191u thomisme et ceux qui pensent inévitable le choc de deux mondes, et que seule une intime connaissance mutuelle l’adoucira
192 provisoire et qui porte en son principe le germe de sa destruction.) Il y a enfin ceux qui refondent et combinent toutes
193ses, conclusions ou interrogations, ont le défaut de n’être pas suffisamment motivées par des faits et des documents. Pour
194ar exemple, qui cependant produit un grand nombre de citations à l’appui de ses sophismes, ne se livre pas moins à des déd
195ions in abstracto qui le mènent à des conclusions de ce genre : si nous trouvons le moyen de « suppléer à l’éducation hist
196nclusions de ce genre : si nous trouvons le moyen de « suppléer à l’éducation historique des peuples chrétiens qui n’ont p
197historique des peuples chrétiens qui n’ont pas eu de Moyen Âge », nous pourrons amener l’Asie à comprendre la religion rom
198listes, qui, eux, apportent des documents, savent de quoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un éc
199uoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un écrivain grec, M. Embiricos, a trouvé la formule qui déf
200, je pense, réunira tous les suffrages. Et chacun d’en tirer de nouvelles raisons de maudire l’Orient ou chercher la guéri
201 réunira tous les suffrages. Et chacun d’en tirer de nouvelles raisons de maudire l’Orient ou chercher la guérison de nos
202frages. Et chacun d’en tirer de nouvelles raisons de maudire l’Orient ou chercher la guérison de nos fièvres. Mais nous au
203isons de maudire l’Orient ou chercher la guérison de nos fièvres. Mais nous aurons entrevu peut-être pour la première fois
204s entrevu peut-être pour la première fois le rôle de l’Europe [p. 1154] « conscience du monde », entre une Amérique affolé
205revu peut-être pour la première fois le rôle de l’Europe [p. 1154] « conscience du monde », entre une Amérique affolée de vite
206conscience du monde », entre une Amérique affolée de vitesse, édifiant ses gratte-ciels comme des tours de Babel, et une A
207itesse, édifiant ses gratte-ciels comme des tours de Babel, et une Asie immobile dans sa méditation éternelle. p. 1152
6 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929)
208 [p. 1156] Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929) f « Dès que nous sommes seuls, nous somme
209mes seuls, nous sommes des fous. Oui, le contrôle de nous-mêmes ne joue que soutenu par le contrôle que les autres nous im
210rôle que les autres nous imposent », dit un héros de Mauriac. C’est un « homme seul » qu’a peint « par le dedans » M. Jean
211ourci psychologique. « Tout homme normal est fait de plusieurs fous qui s’annulent », écrit-il. Ce fou qui veut être soi p
212fou qui veut être soi purement, qui veut éliminer de soi tout ce qui est déterminé par l’extérieur, — ce fou que nous port
213s il l’a poussé impitoyablement dans sa recherche d’un absolu qui se trouve être le néant. Pour finir il « l’écrabouille »
214st avant tout une démonstration ; mais, puissante de sûreté et d’évidence, elle a cette beauté froide et massive d’un théo
215 une démonstration ; mais, puissante de sûreté et d’évidence, elle a cette beauté froide et massive d’un théorème de Spino
216d’évidence, elle a cette beauté froide et massive d’un théorème de Spinoza. Une ironie dure, la densité du style révèlent
217le a cette beauté froide et massive d’un théorème de Spinoza. Une ironie dure, la densité du style révèlent seules l’écriv
218’écrivain ; et aussi quelques sentences : « C’est de la faiblesse de nos yeux que frissonnent les étoiles. » p. 1156
219ussi quelques sentences : « C’est de la faiblesse de nos yeux que frissonnent les étoiles. » p. 1156 f. « Jean Prévos
7 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Almanach 1925 (septembre 1925)
220nationale qu’Ibsen voulait placer sous les arches de la vieille société », pour reprendre la pittoresque définition de M.
221ciété », pour reprendre la pittoresque définition de M. A. [p. 1163] Eloesser dans l’Almanach du 25ᵉ anniversaire. Les rév
222au des auteurs édités depuis lors les grands noms de la littérature européenne d’avant-guerre mêlés à ceux des maîtres du
223tés depuis lors les grands noms de la littérature européenne d’avant-guerre mêlés à ceux des maîtres du renouveau idéaliste allema
224lors les grands noms de la littérature européenne d’avant-guerre mêlés à ceux des maîtres du renouveau idéaliste allemand
225nd et viennois, Hesse, Hofmannsthal… Les extraits de ces auteurs qui composent l’Almanach Fischer donnent une juste idée d
226mposent l’Almanach Fischer donnent une juste idée de ce que fut la littérature d’avant-garde entre 1900 et 1910. Depuis, l
227nnent une juste idée de ce que fut la littérature d’avant-garde entre 1900 et 1910. Depuis, la maison paraît s’être un peu
228ourgeoisée… Disons plutôt que voici venu le temps de la moisson, — le temps des éditions d’Œuvres complètes. p. 1162
229u le temps de la moisson, — le temps des éditions d’Œuvres complètes. p. 1162 g. « S. Fischer Verlag : Almanach 1925
8 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Otto Flake, Der Gute Weg (septembre 1929)
230g-froid. Et si l’on a pu reprocher à ses tableaux de l’Europe qu’il vient de parcourir quelque superficialité, du moins fa
231id. Et si l’on a pu reprocher à ses tableaux de l’Europe qu’il vient de parcourir quelque superficialité, du moins faut-il le
232 reprocher à ses tableaux de l’Europe qu’il vient de parcourir quelque superficialité, du moins faut-il le louer d’avoir c
233quelque superficialité, du moins faut-il le louer d’avoir conservé une vision générale de notre temps et un évident besoin
234-il le louer d’avoir conservé une vision générale de notre temps et un évident besoin d’impartialité. Son art bénéficie de
235sion générale de notre temps et un évident besoin d’impartialité. Son art bénéficie de cette vision. Je ne saurais résumer
236 évident besoin d’impartialité. Son art bénéficie de cette vision. Je ne saurais résumer les nombreuses péripéties de son
237. Je ne saurais résumer les nombreuses péripéties de son dernier roman sans exposer et discuter toutes les idées qu’elles
238 les meilleurs arguments. Et peu à peu surgissent d’une accumulation de petites touches précises des types d’après-guerre
239ments. Et peu à peu surgissent d’une accumulation de petites touches précises des types d’après-guerre d’une étrange vérit
240ccumulation de petites touches précises des types d’après-guerre d’une étrange vérité. Aux prises avec les problèmes socia
241petites touches précises des types d’après-guerre d’une étrange vérité. Aux prises avec les problèmes sociaux et le luxe l
242rtège pittoresque et désolant à celui qui, revenu de l’étranger dans le désordre de son pays, suivra obstinément le « bon
243 celui qui, revenu de l’étranger dans le désordre de son pays, suivra obstinément le « bon chemin » de la santé et de la r
244de son pays, suivra obstinément le « bon chemin » de la santé et de la raison. C’est à lui que va la sympathie de l’auteur
245ivra obstinément le « bon chemin » de la santé et de la raison. C’est à lui que va la sympathie de l’auteur et la nôtre.
246 et de la raison. C’est à lui que va la sympathie de l’auteur et la nôtre. p. 1163 h. « Otto Flake : Der Gute Weg (S.
9 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929)
247. Pour présenter au public français cette œuvre « d’importance européenne », croyez-vous qu’il aille s’abandonner à l’émot
248ter au public français cette œuvre « d’importance européenne », croyez-vous qu’il aille s’abandonner à l’émotion communicative de
249u’il aille s’abandonner à l’émotion communicative de qui découvre un sommet ? Point. Précision, modération dans le jugemen
250éger, notation suggestive, telles sont les vertus de sa critique. Ce n’est que dans sa discrétion à louer une grande œuvre
251à louer une grande œuvre qu’on trouvera la mesure de son admiration et le gage de sa légitimité. Nul doute que les Trois n
252n trouvera la mesure de son admiration et le gage de sa légitimité. Nul doute que les Trois nouvelles exemplaires ne susci
253êt très profond : elles nous transportent au cœur de préoccupations des plus modernes, problème de la réalité littéraire,
254œur de préoccupations des plus modernes, problème de la réalité littéraire, problème de la personnalité. Leur Prologue pou
255rnes, problème de la réalité littéraire, problème de la personnalité. Leur Prologue pourrait presque aussi bien être celui
256r Prologue pourrait presque aussi bien être celui d’une pièce de Pirandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des tr
257ourrait presque aussi bien être celui d’une pièce de Pirandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des trois nouvelle
258ges des trois nouvelles « sont réels, très réels, de la réalité la plus intime, de celle qu’ils se donnent eux-mêmes dans
259 réels, très réels, de la réalité la plus intime, de celle qu’ils se donnent eux-mêmes dans leur pure volonté d’être ou de
260u’ils se donnent eux-mêmes dans leur pure volonté d’être ou de ne pas être… ». Mais les héros de Pirandello, s’ils veulent
261onnent eux-mêmes dans leur pure volonté d’être ou de ne pas être… ». Mais les héros de Pirandello, s’ils veulent être, sub
262lonté d’être ou de ne pas être… ». Mais les héros de Pirandello, s’ils veulent être, subissent, une fois qu’ils sont, le g
263issent, une fois qu’ils sont, le grand malentendu de la personnalité. Tandis que chez Unamuno une volonté d’action les pos
264personnalité. Tandis que chez Unamuno une volonté d’action les possède, les exalte, les affole. Les plus beaux types créés
265erine, ou cet Alexandro Gomez cynique et puissant de confiance en soi, qu’une volonté presque inhumaine torture et conduit
266ar on imagine difficilement un art plus dépouillé de détail extérieur ou d’enjolivure. La lecture de ces trois tragédies,
267ment un art plus dépouillé de détail extérieur ou d’enjolivure. La lecture de ces trois tragédies, d’une classique sobriét
268é de détail extérieur ou d’enjolivure. La lecture de ces trois tragédies, d’une classique sobriété mais d’une brutalité et
269 d’enjolivure. La lecture de ces trois tragédies, d’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantique
270es trois tragédies, d’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantiques, laisse la même impression d
271 d’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantiques, laisse la même impression de grandeur désolée
272une ironie romantiques, laisse la même impression de grandeur désolée qu’un Greco. Mais il n’y a pas les couleurs, ni l’am
273urs, ni l’amère volupté des formes. Une sensation de barre d’acier sur la nuque. p. 1164 j. « Miguel de Unamuno : T
274’amère volupté des formes. Une sensation de barre d’acier sur la nuque. p. 1164 j. « Miguel de Unamuno : Trois nouv
10 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929)
275197] Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929) k Peut-être n’est-il pas trop ta
276-être n’est-il pas trop tard pour parler du Vinet de M. Seillière, de ce nouveau chapitre qu’il vient d’ajouter à sa grand
277s trop tard pour parler du Vinet de M. Seillière, de ce nouveau chapitre qu’il vient d’ajouter à sa grande étude sur les r
278 M. Seillière, de ce nouveau chapitre qu’il vient d’ajouter à sa grande étude sur les rapports du christianisme et du roma
279tique un témoin dont le jugement eut « l’autorité d’un verdict essentiellement chrétien sur le mysticisme naturiste ». Il
280l’œuvre du penseur vaudois la substance originale de la plupart des idées dont lui-même s’est fait le moderne champion. Po
281le Vinet juge des romantiques, il n’a pas eu trop de peine à l’annexer à son propre corps de doctrines critiques. Dirai-je
282s eu trop de peine à l’annexer à son propre corps de doctrines critiques. Dirai-je pourtant que je crains qu’il n’ait été
283ue inconsciemment, à gauchir légèrement la pensée de Vinet pour lui ajuster sa terminologie particulière ? Mais par ailleu
284ais par ailleurs Vinet déborde le « sellièrisme » de tout son mysticisme protestant. Et cela n’est pas sans gêner M. Seill
285Croit-il éluder [p. 1198] ainsi le protestantisme de Vinet ? Ne voit-il pas que rien n’est plus protestant qu’une telle at
286nt qu’une telle attitude ? Mais ces réserves sont de peu d’importance si l’on songe au service que M. Seillière nous rend
287ne telle attitude ? Mais ces réserves sont de peu d’importance si l’on songe au service que M. Seillière nous rend en réin
288s sa position purement chrétienne — un mysticisme de cadre solidement moral, c’est-à-dire rationnel, dit M. Seillière — me
289lière — me paraît infiniment plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus réellement p
290nt plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus réellement profonde, son point d’appui
291Son unité est plus réellement profonde, son point d’appui plus central. Pour notre époque déchirée entre un thomisme et un
292tre nouveau mal du siècle, il n’est peut-être pas de pensée plus vivante, ni de plus tonique que celle de ce « Pascal prot
293pensée plus vivante, ni de plus tonique que celle de ce « Pascal protestant ». p. 1197 k. « Ernest Seillière : Alex
11 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Gravitations (décembre 1929)
294e et la mort « où se reflète le passage incessant d’oiseaux de la mer ? » « Quel est cet homme dont l’âme fait des signes
295rt « où se reflète le passage incessant d’oiseaux de la mer ? » « Quel est cet homme dont l’âme fait des signes solennels 
296ité qui n’est pas familière. C’est bien la poésie d’une époque tourmentée dans sa profondeur, mais qui se penche sans vert
297se penche sans vertige sur ses abîmes. Simplicité de notre temps ! Au-dessus de la trépidation immense des machines, un Sa
298ses abîmes. Simplicité de notre temps ! Au-dessus de la trépidation immense des machines, un Saint-John-Perse, un Supervie
299-John-Perse, un Supervielle parlent avec des mots de tous les jours aux vivants et aux morts : Mère, je sais très mal comm
300mbler un sourire ». Comme Max Jacob il lui arrive de situer une anecdote purement poétique dans un monde qu’il s’est créé.
301pourtant l’autel et le surréalisme l’ont enrichie d’images…). Je cite des noms : y a-t-il influence ou seulement co-généra
302lité se retrouve dans la manière dont ils tentent de fuir l’inquiétude où ils baignent. Celui-ci vient à peine de quitter
303 J’avoue que l’univers intérieur où il lui arrive de graviter me trouble mieux que son lyrisme cosmique. On est plus près
304me cosmique. On est plus près de l’infini au fond de soi qu’au fond du ciel. p. 1560 l. « Jules Supervielle : Gravita
12 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929)
305raine offre un spectacle bien passionnant : celui de la renaissance d’une littérature nationale à la fois cause et effet d
306ctacle bien passionnant : celui de la renaissance d’une littérature nationale à la fois cause et effet de la libération po
307ne littérature nationale à la fois cause et effet de la libération politique. Cause, puisque pour mener à chef cette libér
308n, un Yeats, un A.E., bien d’autres, ont su payer de leur personne. Effet, puisque l’héroïsme d’une révolution en faveur d
309payer de leur personne. Effet, puisque l’héroïsme d’une révolution en faveur du passé, révolution tout de même, ne pouvait
310ne pouvait produire qu’une littérature très neuve de forme et traditionaliste d’inspiration, comme fut celle des Yeats, Sy
311ittérature très neuve de forme et traditionaliste d’inspiration, comme fut celle des Yeats, Synge, Joyce même… Trois noms
312 Joyce même… Trois noms qui permettent, je crois, de parler d’un grand siècle littéraire irlandais ; ce que d’ailleurs Mll
313e… Trois noms qui permettent, je crois, de parler d’un grand siècle littéraire irlandais ; ce que d’ailleurs Mlle Simone T
314 et conserver dans l’admiration son sens critique de Parisienne. C’est une sympathie malicieuse qui anime ses amusants por
315res parfois un peu copieux ; mais elle a la vertu de rendre contagieuse la curiosité de l’auteur à l’endroit de cette âme
316lle a la vertu de rendre contagieuse la curiosité de l’auteur à l’endroit de cette âme irlandaise en laquelle s’allient un
13 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hugh Walpole, La Cité secrète (décembre 1929)
317 Révolution russe va-t-elle usurper dans le roman d’aventures le rôle de la mer océane avec ses écumeurs ? Déjà un Mac Orl
318-t-elle usurper dans le roman d’aventures le rôle de la mer océane avec ses écumeurs ? Déjà un Mac Orlan, un Kessel ont do
319écumeurs ? Déjà un Mac Orlan, un Kessel ont donné de beaux exemples du parti que peut tirer le nouveau romantisme de ce ch
320les du parti que peut tirer le nouveau romantisme de ce chaos. Salmon a même tenté d’en écrire l’épopée dans Prikaz, cette
321uveau romantisme de ce chaos. Salmon a même tenté d’en écrire l’épopée dans Prikaz, cette traduction française de l’énorme
322 l’épopée dans Prikaz, cette traduction française de l’énorme cri de délivrance du peuple fou. Belles étincelles échappées
323rikaz, cette traduction française de l’énorme cri de délivrance du peuple fou. Belles étincelles échappées d’un brasier. P
324vrance du peuple fou. Belles étincelles échappées d’un brasier. Pour les causes de l’incendie, voir Dostoïevski. M. Walpol
325tincelles échappées d’un brasier. Pour les causes de l’incendie, voir Dostoïevski. M. Walpole, lui, commence son roman que
326t plus riche pouvait-on rêver pour un psychologue de la puissance de Walpole, que l’âme russe — cette âme russe qui pour l
327vait-on rêver pour un psychologue de la puissance de Walpole, que l’âme russe — cette âme russe qui pour le Parisien reste
328 vu la Révolution sans romantisme, dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante d
329olution sans romantisme, dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions
330. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions de petits. Voici naître la révolution dans un cœur, puis dan
331’un grand mouvement est la résultante de millions de petits. Voici naître la révolution dans un cœur, puis dans une famill
332 bouleversement accompli dans la « Cite secrète » de la vie privée, quelques regards sur la foule suffisent pour en précis
333 mêlés au drame. M. Walpole leur a dévolu le soin d’entrer tantôt dans un foyer, tantôt dans une église, pour constater qu
334trement que les individus. L’auteur, qui est l’un de ces Anglais, tombe malade avec à propos et perd connaissance chaque f
335 », d’ailleurs assez peu choquants, que le revers de grandes qualités de réalisation d’idées en faits ou en situations dra
336 peu choquants, que le revers de grandes qualités de réalisation d’idées en faits ou en situations dramatiques. Je donnera
337 que le revers de grandes qualités de réalisation d’idées en faits ou en situations dramatiques. Je donnerai tous les essa
338tuations dramatiques. Je donnerai tous les essais de M. de Voguë sur l’âme slave pour deux ou trois scènes de la Cité secr
339ns dramatiques. Je donnerai tous les essais de M. de Voguë sur l’âme slave pour deux ou trois scènes de la Cité secrète. P
340e Voguë sur l’âme slave pour deux ou trois scènes de la Cité secrète. Pour celle-ci par exemple (caché dans un réduit, Mar
341ière sa vitre, tremblait si fort qu’il avait peur de trébucher et de faire du bruit. Il songea : — C’est la fin pour moi.
342remblait si fort qu’il avait peur de trébucher et de faire du bruit. Il songea : — C’est la fin pour moi. Puis : — Quelle
343 russe : mais des possibilités, à chaque instant, d’explosion. Le géant russe est un enfant : va-t-il rire, va-t-il pleure
344 ne le dit pas. Mais ses personnages le suggèrent de toute la force du trouble qu’ils créent en nous : Markovitch par exem
14 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Adieu, beau désordre… (mars 1926)
345ible ou désirable subissent cette rage désespérée de course pure, vers ailleurs, vers autre chose. À certains signes — dém
346s, vers autre chose. À certains signes — démences de fatigués, prophétismes, excessives lassitudes ou faim de violences —
347gués, prophétismes, excessives lassitudes ou faim de violences — on sent l’approche de quelque chose, catastrophe ou révél
348situdes ou faim de violences — on sent l’approche de quelque chose, catastrophe ou révélation, brusque échappée sur des pa
349 la ruine. Mais certes, il est temps qu’une lueur de conscience inquiète quelques chefs, montre à quelques meneurs aveugle
350uelques chefs, montre à quelques meneurs aveugles d’une société affolée et ridiculement opportuniste où mène la pente de n
351lée et ridiculement opportuniste où mène la pente de notre civilisation. Meneurs et chefs : des économistes, [p. 312] des
352jouerait aussi bien, aussi mal. Quant aux meneurs de l’opinion publique, il est trop tard pour les éduquer, il faudrait ba
353, quelques autres, sont parmi les plus conscients de ce temps ; mais si l’on songe aux bataillons de pâles opportunistes s
354s de ce temps ; mais si l’on songe aux bataillons de pâles opportunistes sans culture qui se chargent de gaver les masses
355 pâles opportunistes sans culture qui se chargent de gaver les masses du pain quotidien de la bêtise de tous les partis, o
356se chargent de gaver les masses du pain quotidien de la bêtise de tous les partis, on comprendra ce que je veux dire. Il f
357e gaver les masses du pain quotidien de la bêtise de tous les partis, on comprendra ce que je veux dire. Il faudrait balay
358velles. Toute la jeune littérature décrit un type d’homme profondément antisocial, glorifie une morale résolument anarchis
359nque une certitude foncière, une foi en la valeur de l’action. C’est pourquoi ils ne peuvent prétendre à l’action sociale
360’est aussi pourquoi l’on ne saurait accorder trop d’importance à leurs tentatives morales, si singulières soient-elles — d
361 le témoin souvent sceptique ou railleur. Au cœur de la crise de notre civilisation, il y a un problème de morale à résoud
362ouvent sceptique ou railleur. Au cœur de la crise de notre civilisation, il y a un problème de morale à résoudre, une cons
363a crise de notre civilisation, il y a un problème de morale à résoudre, une conscience individuelle à recréer. Nous y empl
364oyer, pour l’heure, c’est la seule façon efficace de servir. ⁂ On se complaît à répéter que nous vivons dans le chaos des
365des idées et des doctrines, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hors un certain « confusionnisme ». Mais sous les [p
366« confusionnisme ». Mais sous les [p. 313] épaves de tous les vieux bateaux, il y a une seule mer. Nos agitations contradi
367es vagues soulevées par une même tempête. L’unité de notre temps est en profondeur : c’est une unité d’inquiétude. Barrès
368e notre temps est en profondeur : c’est une unité d’inquiétude. Barrès et Gide : ils ont construit des édifices très diffé
369 : ils ont construit des édifices très différents de style, et dont les façades s’opposent avec hostilité. Dans l’intérieu
370maisons pourtant se débattent les mêmes brouilles de famille entre Art et Morale, Pensée et Action… Ces deux moralistes ad
371ssent bien les ancêtres des nouvelles générations de héros de roman, lesquels sont tous éperdument égoïstes. Égoïstes avec
372n les ancêtres des nouvelles générations de héros de roman, lesquels sont tous éperdument égoïstes. Égoïstes avec une prof
373 profonde conviction ; par vertu. Ce qui n’a rien d’étonnant : ils ne sont que les projections du moi de leurs auteurs. Or
374étonnant : ils ne sont que les projections du moi de leurs auteurs. Or l’égoïsme est vertu cardinale pour le créateur. Mai
375r le créateur. Mais quel est ce besoin si général de s’incarner, dans le héros de son roman, de se voir vivre, dans son œu
376ce besoin si général de s’incarner, dans le héros de son roman, de se voir vivre, dans son œuvre ? C’est ici la conception
377énéral de s’incarner, dans le héros de son roman, de se voir vivre, dans son œuvre ? C’est ici la conception même de la li
378re, dans son œuvre ? C’est ici la conception même de la littérature, telle qu’elle apparaît chez les émules de Barrès comm
379ttérature, telle qu’elle apparaît chez les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il faut préciser. L’éthique et l’e
380pparaît chez les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il faut préciser. L’éthique et l’esthétique convergent dans
381ue et l’esthétique convergent dans la littérature d’aujourd’hui, et plusieurs déjà reconnaissent ne pas pouvoir les sépare
382 neuves, — pour le libérer. Il n’est pas question de rechercher ici les origines historiques d’une conception qui, de plus
383estion de rechercher ici les origines historiques d’une conception qui, de plus en plus, se révèle à la base de tous les p
384ception qui, de plus en plus, se révèle à la base de tous les problèmes modernes en littérature. Jacques Rivière s’y appli
385littérature. Jacques Rivière s’y appliqua dans un de ses derniers articles 2 . Il rendait responsable de tout le « mal »,
386ses derniers articles 2 . Il rendait responsable de tout le « mal », le Romantisme — et c’est plus que probable. Mais il
387e probable. Mais il en tirait une raison nouvelle de le condamner, et nous ne pouvons le suivre jusque-là : il est vain de
388nous ne pouvons le suivre jusque-là : il est vain de dire qu’une époque s’est trompée, puisqu’elle seule permet la suivant
389ivante qui peut-être retrouvera une nouvelle face de la vérité. Bornons-nous à noter le phénomène, puis à en suivre quelqu
390 conséquences. Connaissance intégrale et culture de soi, telle peut être l’épigraphe [p. 314] de toute la littérature mod
391ture de soi, telle peut être l’épigraphe [p. 314] de toute la littérature moderne. Il n’a pas fallu longtemps aux Français
392des combinaisons possibles. Exaltation méthodique de nos facultés de plaisir : déjà nous en sommes à cultiver certaines do
393 possibles. Exaltation méthodique de nos facultés de plaisir : déjà nous en sommes à cultiver certaines douleurs, plaisirs
394les dissonances les plus aiguës prennent la place d’honneur dans des esthétiques construites en hâte à l’usage de sensibil
395ans des esthétiques construites en hâte à l’usage de sensibilités surmenées. Dégoût, parce que tout a été essayé. Dégoût,
396chose, contre soi, contre une difficulté.) Dégoût de la vie, dégoût du bonheur, dégoût de soi, — on l’étend vite à la soci
397lté.) Dégoût de la vie, dégoût du bonheur, dégoût de soi, — on l’étend vite à la société entière. Dégoût d’une civilisatio
398i, — on l’étend vite à la société entière. Dégoût d’une civilisation qui aboutit logiquement à cet épuisant et forcené gas
399 nous avons un corps, et c’est très beau, Breton, de crier « Révolution toujours » — tant qu’il y a des gens pour vous fai
400 vous faire du pain ; et c’est très beau, Aragon, de ne plus rien attendre du monde, mais on voudrait que de moins de glor
401plus rien attendre du monde, mais on voudrait que de moins de gloriole s’accompagnât votre ultimatum à Dieu. Mais, secouan
402 attendre du monde, mais on voudrait que de moins de gloriole s’accompagnât votre ultimatum à Dieu. Mais, secouant son dég
403violence. Une sensualité moins énervée lui permet de brutaliser quelque peu les « grands problèmes », et le voilà reparti
404 reparti dans un égoïsme triomphant, pur du désir d’action qui empêtrait Barrès dans des dilemmes où l’art trouvait mal sa
405ence et le désespoir (c’est l’amour), et, déchiré de contradictions, tire du désordre de ses certitudes fragmentaires la m
406, et, déchiré de contradictions, tire du désordre de ses certitudes fragmentaires la matière de quelques pamphlets par quo
407sordre de ses certitudes fragmentaires la matière de quelques pamphlets par quoi il se raccroche au monde. Mais il a touch
408nde. Mais il a touché [p. 315] certains bas-fonds de l’âme où s’éveille un désenchantement qui l’amène au besoin d’une mys
409’éveille un désenchantement qui l’amène au besoin d’une mystique. Et pour finir, l’un des derniers venus, Marcel Arland, —
410 même désenchantement précoce, sans la brusquerie de ses aînés. Encore un qui s’est complu dans son dégoût ; mais jusqu’au
411’est complu dans son dégoût ; mais jusqu’au point d’y percevoir comme un appel du Dieu perdu. Il avoue enfin la cause secr
412cause secrète des inquiétudes modernes : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : «
413études modernes : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : « C’est peut-être que je
414ncérité si voulue qu’elle va parfois à l’encontre de son dessein. ⁂ Décidément nous sommes malades dans les profondeurs. E
415lus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas de peindre leur déséquilibre. Il serait temps de faire la critique des m
416pas de peindre leur déséquilibre. Il serait temps de faire la critique des méthodes et des façons de vivre autant que de p
417s de faire la critique des méthodes et des façons de vivre autant que de penser qui les ont amenés aux positions qu’on vie
418ue des méthodes et des façons de vivre autant que de penser qui les ont amenés aux positions qu’on vient d’esquisser. Mais
419nser qui les ont amenés aux positions qu’on vient d’esquisser. Mais on trouve tout dans les livres des jeunes, dites-vous,
420tachée à chercher dans le seul moi les fondements d’une éthique. Presque tous sont hantés par la peur d’une morale qui « d
421une éthique. Presque tous sont hantés par la peur d’une morale qui « déforme », qui mutile une tendance naturelle, qui éla
422ague, qui opère un choix parmi les éléments mêlés de la personnalité. Toute tendance qu’ils découvrent en eux est non seul
423à leurs yeux, mais « tabou » ; et c’est vertu que de favoriser son expansion. — Mais je trouve en moi ordre et désordre, r
424 l’emportent, il est plus facile et plus enivrant de se laisser glisser que de construire. Et l’on y prend vite goût. [p.
425facile et plus enivrant de se laisser glisser que de construire. Et l’on y prend vite goût. [p. 316] Cela tourne alors en
426vite goût. [p. 316] Cela tourne alors en passion de détruire, en haine de toute stabilité, de toute forme. Attitude parfa
427ela tourne alors en passion de détruire, en haine de toute stabilité, de toute forme. Attitude parfaitement folle, mais c’
428passion de détruire, en haine de toute stabilité, de toute forme. Attitude parfaitement folle, mais c’est justement de quo
429Attitude parfaitement folle, mais c’est justement de quoi se glorifient ses tenants, ils y voient la suprême liberté. Le d
430 la suprême liberté. Le désir se précisait en moi de commettre enfin l’acte vraiment indéfendable de tout point de vue… J’
431i de commettre enfin l’acte vraiment indéfendable de tout point de vue… J’avais goûté à l’alcool singulièrement perfide de
432… J’avais goûté à l’alcool singulièrement perfide de perdre ce que nous chérissons… Nous apprîmes à mépriser les longues v
433’alors enviées, et une nuit, nous fîmes le procès de toutes les jouissances humaines. L’espèce de sincérité terroriste dan
434ocès de toutes les jouissances humaines. L’espèce de sincérité terroriste dans laquelle nous nous obstinions nous menait n
435urellement à repousser avec horreur tout argument d’utilité, et bien que nous niions toute vérité, nous étions dominés par
436ons toute vérité, nous étions dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au
437 que certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Cette lassitude facile à juger du dehors n’était pas ce qu
438aît inutile et vain ? Je cite ces phrases, tirées d’un récit d’ailleurs admirable 4 , de Louis Aragon, pour marquer l’abou
439rases, tirées d’un récit d’ailleurs admirable 4 , de Louis Aragon, pour marquer l’aboutissement d’une évolution qui a son
4404 , de Louis Aragon, pour marquer l’aboutissement d’une évolution qui a son origine dans l’œuvre de Gide. Entre les Nourri
441nt d’une évolution qui a son origine dans l’œuvre de Gide. Entre les Nourritures terrestres, les Caves du Vatican et Dada,
442ican et Dada, il y a place pour tous les chaînons d’inquiétude, de malaises, de révoltes plus ou moins complètes au gré de
443il y a place pour tous les chaînons d’inquiétude, de malaises, de révoltes plus ou moins complètes au gré des tempéraments
444pour tous les chaînons d’inquiétude, de malaises, de révoltes plus ou moins complètes au gré des tempéraments. Le geste de
445moins complètes au gré des tempéraments. Le geste de Lafcadio généralisé : c’est le surréalisme. De l’acte gratuit commis
446te de Lafcadio généralisé : c’est le surréalisme. De l’acte gratuit commis par un héros de roman, à la vie gratuite que pr
447urréalisme. De l’acte gratuit commis par un héros de roman, à la vie gratuite que prétendent mener les surréalistes, il n’
448alistes, il n’a fallu que le temps pour une folie de s’emballer. La plupart des romans de jeunes qui se situent entre Gide
449ur une folie de s’emballer. La plupart des romans de jeunes qui se situent entre Gide et Aragon nous montrent le même pers
450me personnage : un être sans foi, à qui une sorte de « sincérité » interdit de commettre aucun acte volontaire et raisonné
451ns foi, à qui une sorte de « sincérité » interdit de commettre aucun acte volontaire et raisonné parce que ce serait fauss
452l méprise toutes également ; n’attendant rien que de ses impulsions et contemplant avec une lucidité parfois douloureuse s
453ropres actes dont il s’étonne mais qu’il se garde de juger 5 . Il y a véritablement une littérature de l’acte gratuit, qu
454e juger 5 . Il y a véritablement une littérature de l’acte gratuit, qui restera caractéristique de notre époque. [p. 317
455re de l’acte gratuit, qui restera caractéristique de notre époque. [p. 317] Mais Gide est responsable d’une autre méthode
456notre époque. [p. 317] Mais Gide est responsable d’une autre méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie »,
45717] Mais Gide est responsable d’une autre méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie », et qui consiste à po
458de est responsable d’une autre méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie », et qui consiste à pousser à l’e
459ponsable d’une autre méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie », et qui consiste à pousser à l’extrême cer
460re méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie », et qui consiste à pousser à l’extrême certaines « vertus »,
461usqu’à l’absurde. Surenchère morale dont le début de la Tentative amoureuse offrait déjà une singulière préfiguration : Ce
462intes, ni la pudeur, ni le remords, ni le respect de moi ni de mes rêves, ni toi, triste mort, ni l’effroi d’après-tombe q
463la pudeur, ni le remords, ni le respect de moi ni de mes rêves, ni toi, triste mort, ni l’effroi d’après-tombe qui m’empêc
464ni de mes rêves, ni toi, triste mort, ni l’effroi d’après-tombe qui m’empêcheront de joindre ce que je désire ; ni rien —
465mort, ni l’effroi d’après-tombe qui m’empêcheront de joindre ce que je désire ; ni rien — rien que l’orgueil, sachant une
466— rien que l’orgueil, sachant une chose si forte, de me sentir plus fort encore et de la vaincre. — Mais la joie d’une si
467 chose si forte, de me sentir plus fort encore et de la vaincre. — Mais la joie d’une si haute victoire — n’est pas si dou
468plus fort encore et de la vaincre. — Mais la joie d’une si haute victoire — n’est pas si douce encore, n’est pas si bonne
469n’est pas si douce encore, n’est pas si bonne que de céder à vous, désirs, et d’être vaincu sans bataille. On voit assez à
470’est pas si bonne que de céder à vous, désirs, et d’être vaincu sans bataille. On voit assez à quel genre de sophismes con
471 vaincu sans bataille. On voit assez à quel genre de sophismes conduit ce mouvement de l’esprit qui n’utilise une borne qu
472ez à quel genre de sophismes conduit ce mouvement de l’esprit qui n’utilise une borne que pour sauter plus loin. Ainsi, c’
473un certain immoralisme comme la seule vertu digne d’une élite. Tel est l’état d’esprit de la plupart de nos jeunes moralis
474 vertu digne d’une élite. Tel est l’état d’esprit de la plupart de nos jeunes moralistes. Le mot de paradoxe serait bien p
475it de la plupart de nos jeunes moralistes. Le mot de paradoxe serait bien pauvre pour expliquer ce besoin de porter à son
476adoxe serait bien pauvre pour expliquer ce besoin de porter à son excès toute chose, au-delà de toutes limites. « Il n’y a
477besoin de porter à son excès toute chose, au-delà de toutes limites. « Il n’y a que les excès qui méritent notre enthousia
478pre intérêt 6 … » c’est proprement la perversion d’une vertu qui se brûle elle-même. Je ne vais point nier la fécondité p
479 Je ne vais point nier la fécondité psychologique d’une attitude par ailleurs si proche de certain mysticisme. Mais pousse
480 Nous ne pensons plus par ensembles 7  : symptôme de fatigue. Mais tout cela : dégoût universel, désir de violences, gratu
481fatigue. Mais tout cela : dégoût universel, désir de violences, gratuité des pensées et des actes, rêves éveillés, tout ce
482tes, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas d’une fatigue immense. Nous voyons se fausser le rythme des jours et des
483tion mécanicienne. (Les machines n’ont pas besoin de sommeil.) La fatigue devient un des éléments les plus importants de n
484tigue devient un des éléments les plus importants de notre psychologie. Images des surréalistes — ils l’indiquent eux-même
485calembours, expression métaphorique et symbolique de la pensée : la littérature d’avant-garde est fille de la fatigue. La
486rique et symbolique de la pensée : la littérature d’avant-garde est fille de la fatigue. La Muse a trop veillé. L’amour mo
487a pensée : la littérature d’avant-garde est fille de la fatigue. La Muse a trop veillé. L’amour moderne, nerveux, saugrenu
488grenu jusqu’au sadisme, trop lucide, est un amour de fatigués (Les Nuits, l’Europe galante, de Morand). La lucidité aiguë
489op lucide, est un amour de fatigués (Les Nuits, l’Europe galante, de Morand). La lucidité aiguë de nos psychologues est cet ét
490n amour de fatigués (Les Nuits, l’Europe galante, de Morand). La lucidité aiguë de nos psychologues est cet état presque i
491, l’Europe galante, de Morand). La lucidité aiguë de nos psychologues est cet état presque inhumain de celui qui n’a pas d
492de nos psychologues est cet état presque inhumain de celui qui n’a pas dormi et qui « assiste » à sa vie, à ses sensations
493 art, la fatigue est un des états les plus riches de visions nouvelles, et qui résiste le mieux à l’analyse. Seulement nou
494ement nous y perdons graduellement l’intelligence de nos instincts, la conscience de nos limites naturelles, tout ce qui s
495nt l’intelligence de nos instincts, la conscience de nos limites naturelles, tout ce qui servirait de frein à notre glissa
496 de nos limites naturelles, tout ce qui servirait de frein à notre glissade vers des folies. ⁂ Recréer une conscience indi
497proportions ; rééduquer les instincts du corps et de l’âme ; vouloir une foi… La morale de demain sera en réaction complèt
498du corps et de l’âme ; vouloir une foi… La morale de demain sera en réaction complète contre celle d’aujourd’hui, parce qu
499 de demain sera en réaction complète contre celle d’aujourd’hui, parce que nous sommes à bout. Il ne s’agit pas, encore un
500sommes à bout. Il ne s’agit pas, encore une fois, de renier l’immense effort pour se libérer de l’universelle hypocrisie a
501 fois, de renier l’immense effort pour se libérer de l’universelle hypocrisie accompli par des générations qui ne lèguent
502ntraire profiter des démonstrations par l’absurde de quelques problèmes moraux et littéraires  8 , à quoi beaucoup sacrifi
503rent leur jeunesse. (« Nous sommes une génération de cobayes » remarque Paul Morand.) Il faut agir, ou bien être agi. Donn
504ou se défaire avec elle et dériver vers un Orient d’oubli — (mais avant de s’y perdre, quelles révolutions, quelles anarch
505ont compris. Ils sont modestes — ne s’isolant pas de la Société ; ils savent que pour lutter il faut des armes et ne mépri
506 pas la culture ; sans autre parti-pris que celui de vivre, c’est-à-dire de construire ; sobres de langage et maîtres de l
507autre parti-pris que celui de vivre, c’est-à-dire de construire ; sobres de langage et maîtres de leurs corps exercés, ils
508lui de vivre, c’est-à-dire de construire ; sobres de langage et maîtres de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de
509dire de construire ; sobres de langage et maîtres de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assu
510es de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que
511ée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que dans la soumission aux lois naturelles ; et leur effort e
512umission aux lois naturelles ; et leur effort est de retrouver ces lois ; ils ne craignent pas de choisir parmi leurs inst
513 est de retrouver ces lois ; ils ne craignent pas de choisir parmi leurs instincts, ni de les améliorer  10 . Tout ceci es
514raignent pas de choisir parmi leurs instincts, ni de les améliorer  10 . Tout ceci est assez nouveau. (Après tant de cockt
515es se recueillent encore dans l’attente angoissée d’une révélation et dans la connaissance de leur misère. Pareils à ceux
516ngoissée d’une révélation et dans la connaissance de leur misère. Pareils à ceux dont Vinet disait qu’ils s’en vont « épia
517ait qu’ils s’en vont « épiant toutes les émotions de l’âme, et lui multipliant ses douleurs en les lui nommant », ils décr
518hent, quand viendra le moment, détourner les yeux de leur recherche pour contempler un absolu ; qu’ils osent se faire viol
519core Vinet, ne voir d’abord que les grands traits de sa nature, ne connaître que les grands mots de la langue morale, suiv
520ts de sa nature, ne connaître que les grands mots de la langue morale, suivre à l’égard de soi-même la méthode de l’Évangi
521e morale, suivre à l’égard de soi-même la méthode de l’Évangile qui, prenant à plein poing toutes ces petites misères, en
522r ce moyen nous met tout d’abord en présence, non de nous-mêmes, mais de Dieu. » p. 311 o. « Adieu, beau désordre… (N
523tout d’abord en présence, non de nous-mêmes, mais de Dieu. » p. 311 o. « Adieu, beau désordre… (Notes sur la jeune li
15 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926)
524(avril 1926) p Au creux des couleurs assourdies d’un divan le soir, tandis que les fenêtres s’ouvraient vers le ciel de
525 tandis que les fenêtres s’ouvraient vers le ciel de Florence… « Du sang, de la volupté et de la mort », un titre s’effaça
526 s’ouvraient vers le ciel de Florence… « Du sang, de la volupté et de la mort », un titre s’effaçait dans l’ombre. Jouve a
527 le ciel de Florence… « Du sang, de la volupté et de la mort », un titre s’effaçait dans l’ombre. Jouve a rêvé une histoir
528’effaçait dans l’ombre. Jouve a rêvé une histoire de passion mystique et de crime, intense et tragique comme un couchant d
529 Jouve a rêvé une histoire de passion mystique et de crime, intense et tragique comme un couchant d’automne, émouvante enc
530t de crime, intense et tragique comme un couchant d’automne, émouvante encore après tant d’autres, comme chaque soir un no
531te en brèves notations lyriques suivant le rythme d’un songe, sans cesse brisé par les élans alternés ou confondus du dési
532é par les élans alternés ou confondus du désir et de la prière. On sort lentement d’une chambre bleue qui est le mystère m
533ondus du désir et de la prière. On sort lentement d’une chambre bleue qui est le mystère même, pour suivre la naissance et
534e même, pour suivre la naissance et l’embrasement de la passion de Paulina. Le Péché ; le Couvent ; la rechute et le crime
535uivre la naissance et l’embrasement de la passion de Paulina. Le Péché ; le Couvent ; la rechute et le crime ; et l’étrang
536 la rechute et le crime ; et l’étrange apaisement d’une vieillesse au soleil. Jouve semble avoir hésité entre plusieurs st
537 Jouve semble avoir hésité entre plusieurs styles de roman. Un chapitre d’observation psychologique ironique et minutieuse
538sité entre plusieurs styles de roman. Un chapitre d’observation psychologique ironique et minutieuse, à la Stendhal, succè
539me lyrisme et s’agite sur un fond sombre et riche de passions inconscientes qui donnent à tous les actes une signification
540 une signification plus profonde. (Il serait aisé de montrer quel parti Jouve a su tirer des complexes de famille freudien
541montrer quel parti Jouve a su tirer des complexes de famille freudiens, ou d’analyses de démences mystiques ; mais tout ce
542a su tirer des complexes de famille freudiens, ou d’analyses de démences mystiques ; mais tout cela est sublimé dans un mo
543des complexes de famille freudiens, ou d’analyses de démences mystiques ; mais tout cela est sublimé dans un monde poétiqu
544é dans un monde poétique où il paraît inconvenant d’introduire le jargon de la science moderne.) Si nous reconnaissons à l
545e où il paraît inconvenant d’introduire le jargon de la science moderne.) Si nous reconnaissons à la base de cette œuvre i
546science moderne.) Si nous reconnaissons à la base de cette œuvre inégale des idées vieilles comme Rousseau sur les droits
547 des idées vieilles comme Rousseau sur les droits de la passion, — et dans sa trame quelques chapitres inspirés presque li
548quelques chapitres inspirés presque littéralement d’une anecdote italienne de Stendhal ; si d’autre part l’évolution mysti
549és presque littéralement d’une anecdote italienne de Stendhal ; si d’autre part l’évolution mystique de Paulina semble par
550e Stendhal ; si d’autre part l’évolution mystique de Paulina semble parfois un peu trop « classique » et prévue, l’origina
551ique » et prévue, l’originalité foncière du roman de Jouve reste indéniable : c’est son mouvement purement lyrique, sa pro
552énements inconscients. Certaines proses mystiques de Paulina au couvent valent les meilleurs poèmes de l’auteur de Tragiqu
553de Paulina au couvent valent les meilleurs poèmes de l’auteur de Tragiques et de Vous êtes des hommes. p. 530 p. « 
554u couvent valent les meilleurs poèmes de l’auteur de Tragiques et de Vous êtes des hommes. p. 530 p. « Pierre Jean
555 les meilleurs poèmes de l’auteur de Tragiques et de Vous êtes des hommes. p. 530 p. « Pierre Jean Jouve : Paulina
16 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926)
556 [p. 531] Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926) q Un artiste de grand talent à qui la guerre
557 La Folie de l’espace (avril 1926) q Un artiste de grand talent à qui la guerre a fait perdre le goût des théories d’éco
558 qui la guerre a fait perdre le goût des théories d’écoles et de quelques autres plaisirs pour civils : mettez-le aux pris
559re a fait perdre le goût des théories d’écoles et de quelques autres plaisirs pour civils : mettez-le aux prises avec une
560 principes. Voilà, n’est-ce pas, un amusant sujet de conte moral, avec ses personnages un peu conventionnels et l’invraise
561onventionnels et l’invraisemblance assez piquante de ses péripéties. Quel dommage que l’auteur l’ait alourdi d’une idéolog
562ripéties. Quel dommage que l’auteur l’ait alourdi d’une idéologie, souvent plus généreuse que neuve, et qui eût gagné à êt
563se en action plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville paraît mieux à l’aise dans la description du milieu
564ction plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville paraît mieux à l’aise dans la description du milieu patric
565cription du milieu patricien que dans la création d’un caractère de grand peintre. Pourtant, malgré des longueurs, on ne l
566ieu patricien que dans la création d’un caractère de grand peintre. Pourtant, malgré des longueurs, on ne lira pas sans pl
567in le vent du large, parmi des gens qui craignent de s’enrhumer. p. 531 q. « Alix de Watteville : La Folie de l’espac
17 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Wilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926)
568ourit avec une grâce un peu frileuse et se permet de bâiller en public. On connaît le danger… p. 661 r. « Wilfred C
18 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Cécile-Claire Rivier, L’Athée (mai 1926)
569ire Rivier, L’Athée (mai 1926) s C’est le récit de la découverte de Dieu par une jeune fille élevée dans l’athéisme. Inv
570ée (mai 1926) s C’est le récit de la découverte de Dieu par une jeune fille élevée dans l’athéisme. Invraisemblablement
571ée dans l’athéisme. Invraisemblablement ignorante de toute religion jusqu’à vingt ans, Denise s’abandonne à « la vie », la
572r l’auteur — lui révèlera peu à peu le sens divin de la destinée. Ce livre à thèse est plutôt une argumentation à coups d’
573ivre à thèse est plutôt une argumentation à coups d’exemples vivants qu’un véritable roman. La profusion souvent facile de
574cidents et le style volontairement sec permettent de suivre sans passion ni fatigue le développement un peu théorique mais
575e développement un peu théorique mais intelligent d’un problème que l’on pressent trop complètement résolu dès les premièr
576premières pages, mais qu’il faut louer Mme Rivier d’avoir posé courageusement. Dirai-je que l’abus des points d’exclamatio
577sé courageusement. Dirai-je que l’abus des points d’exclamation — trait commun à presque toutes les femmes-auteur, et qui
19 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926)
578Jean Cocteau a réuni ce qui me paraît le meilleur de son œuvre : ses récits de critique et d’esthétique (Le Coq et l’Arleq
579i me paraît le meilleur de son œuvre : ses récits de critique et d’esthétique (Le Coq et l’Arlequin, la Noce massacrée, le
580meilleur de son œuvre : ses récits de critique et d’esthétique (Le Coq et l’Arlequin, la Noce massacrée, le Secret profess
581d par ordre, et montrer que si cet ordre l’écarte de Dada, il ne le conduit pas pour autant à l’Académie. Disons pour alle
582Académie. Disons pour aller vite que sa recherche de l’ordre révèle simplement [p. 662] une volonté de construire jusque d
583de l’ordre révèle simplement [p. 662] une volonté de construire jusque dans le grabuge, qu’il aime pour les matériaux qu’o
584r les matériaux qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en ve
585ofessionnel, petit catéchisme cubiste qui dépasse de beaucoup les limites de cette école, et qu’il eut le tort à notre sen
586hisme cubiste qui dépasse de beaucoup les limites de cette école, et qu’il eut le tort à notre sens de vouloir illustrer d
587de cette école, et qu’il eut le tort à notre sens de vouloir illustrer de pédants exercices poétiques. Mais quelle intelli
588’il eut le tort à notre sens de vouloir illustrer de pédants exercices poétiques. Mais quelle intelligence, et dont l’auda
589s. Mais quelle intelligence, et dont l’audace est de se vouloir plus juste que bizarre. Il sait bien d’ailleurs que les mi
590urs que les miracles les plus étonnants sont ceux de la lumière. « Le mystère se passe en plein jour et à toute vitesse. »
591et à toute vitesse. » Telle est bien la nouveauté de son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppres
592. » Telle est bien la nouveauté de son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obsc
593nture, en musique. Suppression du clair-obscur et de la pénombre. Ôter la pédale à la poésie. (« Le poète ne rêve pas, il
594t sur une machine luisante et tournante. L’esprit de Cocteau est une arme admirable de précision, d’élégance mécanique et
595nante. L’esprit de Cocteau est une arme admirable de précision, d’élégance mécanique et de rapidité. Il lassera, parce que
596t de Cocteau est une arme admirable de précision, d’élégance mécanique et de rapidité. Il lassera, parce que c’est toujour
597e admirable de précision, d’élégance mécanique et de rapidité. Il lassera, parce que c’est toujours le même déclic. Coctea
598 charme et toute grâce vaporeuse. Mais ses fleurs de cristal, si elles sont sans parfum, ne se faneront pas. p. 661
20 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, Mon corps et moi (mai 1926)
599émoignages ne manquent pas sur la détresse morale de la génération surréaliste. Mais tandis que la plupart en sont encore
600, « artistiqués », — ils n’osent plus le mensonge de l’art, et pas encore la vérité pure — Crevel décrit sans aucune trans
601ansposition romanesque le trouble caractéristique de sa génération. Terrible aveu d’impuissance, il n’a plus même la force
602e caractéristique de sa génération. Terrible aveu d’impuissance, il n’a plus même la force de l’hypocrisie. Isolé dans un
603ble aveu d’impuissance, il n’a plus même la force de l’hypocrisie. Isolé dans un hôtel perdu, avec son corps qui se souvie
604ec une intelligence dont la triste profession est de détruire le désir qu’elle excite par curiosité passagère, il monologu
605l’élan vital qui nous crée sans cesse : l’analyse de sa solitude le laisse en face de quelques réactions physiologiques do
606isse qu’il nomme « élan mortel ». Cette inversion de tout ce qui est constructif et créateur, voilà je pense le véritable
607 parvenue au point où elle « ne semble avoir rien d’autre à faire que son propre procès », une [p. 663] intelligence qui
608Ah ! Seigneur, donnez-nous la force et le courage de contempler nos corps et nos cœurs sans dégoût implorait Baudelaire.
609 implorait Baudelaire. Encore avait-il le courage de prier… p. 662 u. « René Crevel : Mon corps et moi », Bibliothèqu
21 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Le Corbusier, Urbanisme (juin 1926)
610us disons adieu aux charmes troubles et inhumains de la nature. Il s’agit de créer à notre vie moderne un décor utile et b
611mes troubles et inhumains de la nature. Il s’agit de créer à notre vie moderne un décor utile et beau. Or « la grande vill
612or utile et beau. Or « la grande ville, phénomène de force en mouvement, est aujourd’hui une catastrophe menaçante pour n’
613catastrophe menaçante pour n’avoir pas été animée de l’esprit de géométrie… Elle use et conduit lentement l’usure des mill
614menaçante pour n’avoir pas été animée de l’esprit de géométrie… Elle use et conduit lentement l’usure des milliers d’êtres
615lle use et conduit lentement l’usure des milliers d’êtres humains ». Elle n’est plus adaptée aux conditions nouvelles de t
616 Elle n’est plus adaptée aux conditions nouvelles de travail ou de repos, ni dans son plan ni dans le détail des rues. Con
617us adaptée aux conditions nouvelles de travail ou de repos, ni dans son plan ni dans le détail des rues. Congestion : « un
618i, — comme la poésie. C’est ainsi que le problème de l’Urbanisme se place au croisement [p. 798] des préoccupations esthét
619. 798] des préoccupations esthétiques et sociales d’aujourd’hui. Pour résoudre la crise de notre civilisation sous cet asp
620et sociales d’aujourd’hui. Pour résoudre la crise de notre civilisation sous cet aspect comme sous les autres, il nous fau
621 faut mieux que des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et de la matière. Si Le Corbusier réalise son plan, ce sera
622 des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et de la matière. Si Le Corbusier réalise son plan, ce sera plus fort que M
623rt que Mussolini (lequel s’est d’ailleurs inspiré de lui dans son fameux discours aux édiles de Rome). Urbanisme est une
624nspiré de lui dans son fameux discours aux édiles de Rome). Urbanisme est une étude technique et un pamphlet dont l’argum
625e parfois en boutades mordantes, en brèves fusées de lyrisme. C’est d’une verve puissante jusque dans la statistique. On e
626des mordantes, en brèves fusées de lyrisme. C’est d’une verve puissante jusque dans la statistique. On en sort convaincu o
627 On en sort convaincu ou bouleversé, enthousiasmé d’avoir trouvé la formule même de tant d’aspirations modernes. Voici san
628ersé, enthousiasmé d’avoir trouvé la formule même de tant d’aspirations modernes. Voici sans aucun doute un des livres les
629thousiasmé d’avoir trouvé la formule même de tant d’aspirations modernes. Voici sans aucun doute un des livres les plus re
630aucun doute un des livres les plus représentatifs de l’époque de Lénine, du fascisme, du ciment armé. « Notre monde comme
631un des livres les plus représentatifs de l’époque de Lénine, du fascisme, du ciment armé. « Notre monde comme un ossuaire
632 monde comme un ossuaire est couvert des détritus d’époques mortes. Une tâche nous incombe, construire le cadre de notre e
633rtes. Une tâche nous incombe, construire le cadre de notre existence… construire les villes de notre temps ». Et je déplie
634e cadre de notre existence… construire les villes de notre temps ». Et je déplie ce plan d’une « ville contemporaine ». Pu
635les villes de notre temps ». Et je déplie ce plan d’une « ville contemporaine ». Pures géométries de verre et de ciment bl
636n d’une « ville contemporaine ». Pures géométries de verre et de ciment blanc, flamboyantes au soleil. Les vingt-quatre gr
637lle contemporaine ». Pures géométries de verre et de ciment blanc, flamboyantes au soleil. Les vingt-quatre gratte-ciels d
638boyantes au soleil. Les vingt-quatre gratte-ciels de la Cité, au centre, s’espacent autour d’un aérodrome-gare circulaire,
639te-ciels de la Cité, au centre, s’espacent autour d’un aérodrome-gare circulaire, prismes perdus dans le silence de l’azur
640e-gare circulaire, prismes perdus dans le silence de l’azur au-dessus des rumeurs de la ville. Puis s’étendent les quartie
641s dans le silence de l’azur au-dessus des rumeurs de la ville. Puis s’étendent les quartiers de résidence ; les jardins su
642umeurs de la ville. Puis s’étendent les quartiers de résidence ; les jardins suspendus à tous les étages soulignent de ver
643es jardins suspendus à tous les étages soulignent de verdure l’horizontale des toitures en terrasses. Des perspectives rég
644s, et minces en regard de leur hauteur, entourant de leurs multiples « redents » des terrains de jeux et des parcs, la nat
645urant de leurs multiples « redents » des terrains de jeux et des parcs, la nature annexée à la ville. « C’est un spectacle
646e organisé par l’Architecture avec les ressources de la plastique qui est le jeu de formes sous la lumière ». Cristallisat
647vec les ressources de la plastique qui est le jeu de formes sous la lumière ». Cristallisation d’un rêve de joie et de rai
648 jeu de formes sous la lumière ». Cristallisation d’un rêve de joie et de raison où de grandes ordonnances élèvent leur ch
649rmes sous la lumière ». Cristallisation d’un rêve de joie et de raison où de grandes ordonnances élèvent leur chant. Utopi
650a lumière ». Cristallisation d’un rêve de joie et de raison où de grandes ordonnances élèvent leur chant. Utopie ! Oui, si
651Cristallisation d’un rêve de joie et de raison où de grandes ordonnances élèvent leur chant. Utopie ! Oui, si notre civili
652tériels formidables des ensembles soumis aux lois de l’esprit et de la vie sociale, non plus à un opportunisme anarchique.
653bles des ensembles soumis aux lois de l’esprit et de la vie sociale, non plus à un opportunisme anarchique. Tirer des lign
654archique. Tirer des lignes droites, est le propre de l’homme. Toutes les civilisations fortes l’ont osé. Créer un espace a
655es, ce serait peut-être tuer au soleil des germes de révolution. Déjà des ingénieurs se sont mis à calculer la réalisation
656 ingénieurs se sont mis à calculer la réalisation de ce phénomène de haute poésie — la « ville contemporaine ». Un labeur
657ont mis à calculer la réalisation de ce phénomène de haute poésie — la « ville contemporaine ». Un labeur précis et anonym
658scurément à cette parfaite expression du triomphe de l’homme sur la Nature. Architecture : « tout ce qui est au-delà du ca
22 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ramon Fernandez, Messages (juillet 1926)
659ssages (juillet 1926) w Je ne crois pas exagéré de dire qu’en publiant ce recueil d’essais, M. Fernandez a donné la prem
660ois pas exagéré de dire qu’en publiant ce recueil d’essais, M. Fernandez a donné la première œuvre importante du mouvement
661a donné la première œuvre importante du mouvement de construction et de synthèse qui se dessine chez les jeunes écrivains
662 œuvre importante du mouvement de construction et de synthèse qui se dessine chez les jeunes écrivains d’aujourd’hui. La «
663synthèse qui se dessine chez les jeunes écrivains d’aujourd’hui. La « critique philosophique » qu’il voudrait inaugurer « 
664qu’il voudrait inaugurer « ne se contenterait pas d’étudier les œuvres pour elles-mêmes dans leur signification historique
665ification historique ou technique, mais tâcherait d’épouser le dynamisme spirituel qu’elle révèle, puis de les situer dans
666ouser le dynamisme spirituel qu’elle révèle, puis de les situer dans l’univers humain ». M. Fernandez a tout le talent qu’
667e talent qu’il faut pour lui faire acquérir droit de cité. Voici enfin un critique qui sait tirer une leçon constructive d
668ées dans leurs recherches, il ne les condamne pas d’un « Jugement » sans issue sinon vers le passé catholique ; mais tenan
669non vers le passé catholique ; mais tenant compte de leur effort, il puise dans l’échec même de leurs analyses les élément
670compte de leur effort, il puise dans l’échec même de leurs analyses les éléments de sa synthèse, qui se trouve ainsi conti
671 dans l’échec même de leurs analyses les éléments de sa synthèse, qui se trouve ainsi continuer leur œuvre, comme une déco
672ur œuvre, comme une découverte couronne une série d’expériences négatives. La critique de ces expériences négatives est co
673ne une série d’expériences négatives. La critique de ces expériences négatives est contenue surtout dans ses essais sur Pr
674it temps que l’on dénonce la confusion romantique de l’art avec la vie, qui empoisonne et la morale et l’esthétique modern
675iter que M. Fernandez aborde par ce biais l’œuvre de Gide, qui plus qu’aucune autre me paraît liée à cette confusion. Mais
676confusion. Mais s’il est bien établi que les lois de la vie sont essentiellement différentes des lois de l’œuvre d’art, il
677 la vie sont essentiellement différentes des lois de l’œuvre d’art, il ne s’en suit pas forcément que l’on doit nier toute
678125] et le Roman, dont pour ma part je suis loin d’admettre plusieurs thèses beaucoup trop absolues. M. Fernandez tente d
679thèses beaucoup trop absolues. M. Fernandez tente de prouver par exemple que l’œuvre d’art ne peut être un moyen de connai
680r exemple que l’œuvre d’art ne peut être un moyen de connaissance personnelle. Après quoi il écrit : « II y a, en fait, de
681 quoi il écrit : « II y a, en fait, deux manières de se connaître, à savoir se concevoir et s’essayer. » Fort bien, mais l
682ais l’œuvre n’est-elle pas une façon particulière de s’essayer ? Je ne puis amorcer ici une discussion de ces thèses subti
683s’essayer ? Je ne puis amorcer ici une discussion de ces thèses subtiles, d’autant que la position de l’auteur dans cet es
684 de ces thèses subtiles, d’autant que la position de l’auteur dans cet essai me paraît encore ambiguë : on peut se demande
685 peut se demander s’il nie vraiment l’interaction de la vie et de l’art, ou s’il la condamne plutôt, à cause des confusion
686nder s’il nie vraiment l’interaction de la vie et de l’art, ou s’il la condamne plutôt, à cause des confusions qu’il y déc
687tement par opposition à la conception proustienne de la personnalité — « mosaïque de sensations juxtaposées » — qu’il défi
688ption proustienne de la personnalité — « mosaïque de sensations juxtaposées » — qu’il définit sa propre théorie de la « ga
689s juxtaposées » — qu’il définit sa propre théorie de la « garantie des sentiments », où l’on est en droit de voir le germe
690« garantie des sentiments », où l’on est en droit de voir le germe d’un moralisme nouveau qui se fonderait solidement sur
691ntiments », où l’on est en droit de voir le germe d’un moralisme nouveau qui se fonderait solidement sur les données moder
692 se fonderait solidement sur les données modernes de la psychologie et de la philosophie. Pour nous prémunir contre le pou
693ent sur les données modernes de la psychologie et de la philosophie. Pour nous prémunir contre le pouvoir d’analyse — une
694philosophie. Pour nous prémunir contre le pouvoir d’analyse — une analyse qui retient les éléments de la personnalité moin
695 d’analyse — une analyse qui retient les éléments de la personnalité moins le « principe unificateur » — que la psychologi
696 point si dangereux, il nous propose l’expérience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « p
697us propose l’expérience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « penser dans le train de l’a
698rience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « penser dans le train de l’action, faire de l
699 d’un Stendhal, qui ont su « penser dans le train de l’action, faire de la psychologie à la volée », et donc connaître l’h
700 ont su « penser dans le train de l’action, faire de la psychologie à la volée », et donc connaître l’homme dans l’élan qu
701du cubisme littéraire, et qu’il serait bien utile d’adopter, si l’on veut éviter les confusions qui sont en train d’ôter s
702tient surtout à sa forme : il est parfois agaçant de pressentir sous l’expression trop technique ou obscure, une richesse
703xpression trop technique ou obscure, une richesse d’idées neuves et fortes, mais péniblement comprimées. Ce défaut de form
704et fortes, mais péniblement comprimées. Ce défaut de forme est peut-être inhérent, dans une certaine mesure, au genre de c
705être inhérent, dans une certaine mesure, au genre de critique pratiqué par Fernandez. Périlleuse situation que la sienne,
706 sienne, en effet, où l’on court le double risque de paraître trop littéraire aux philosophes, et trop philosophe aux litt
707n’empêche que son livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il propose quelques directions très nettes de synthèse.
708 et qu’il propose quelques directions très nettes de synthèse. Avec une œuvre comme Plaisir des Sports de Jean Prévost, et
709synthèse. Avec une œuvre comme Plaisir des Sports de Jean Prévost, et les essais politiques de Drieu la Rochelle, les Mess
710 Sports de Jean Prévost, et les essais politiques de Drieu la Rochelle, les Messages de Fernandez sont les premières contr
711ais politiques de Drieu la Rochelle, les Messages de Fernandez sont les premières contributions à l’établissement d’une ét
712ont les premières contributions à l’établissement d’une éthique adaptée aux besoins modernes. p. 124 w. « Ramon Ferna
23 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Les Bestiaires (septembre 1926)
713ement littéraire sur ce nouveau tome des mémoires de Montherlant : dans ce récit plus encore que dans les œuvres précédent
714ins l’œuvre d’art que l’auteur ; dans ce portrait de Montherlant toréador, à seize ans, c’est surtout le Montherlant actue
715vre vaut par son allure plus que par des qualités de composition ou de perfection formelle. Pour quelques-uns de ces trait
716llure plus que par des qualités de composition ou de perfection formelle. Pour quelques-uns de ces traits d’énergie ou de
717tion ou de perfection formelle. Pour quelques-uns de ces traits d’énergie ou de savante sensualité, pour ces insolences jo
718fection formelle. Pour quelques-uns de ces traits d’énergie ou de savante sensualité, pour ces insolences jolies et les su
719lle. Pour quelques-uns de ces traits d’énergie ou de savante sensualité, pour ces insolences jolies et les subites violenc
720les subites violences, qui composent la séduction de cet « homme de la Renaissance », pour quelques descriptions des prair
721lences, qui composent la séduction de cet « homme de la Renaissance », pour quelques descriptions des prairies espagnoles
722ques descriptions des prairies espagnoles pleines de simple grandeur, j’ai supporté mille fastidieux détails techniques et
723t longue fidélité aux taureaux braves et simplets d’esprit ! Qu’ils paissent éternellement dans les prairies célestes, pou
72498] certaines pages magnifiques et sobres, jetées de haut avec la nonchalance des vrais puissants, je compte qu’il saura f
24 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jacques Spitz, La Croisière indécise (décembre 1926)
725lques idées graves en leur présentant les miroirs de personnages cocasses à souhait, qui manifestent, avec un certain manq
726 souhait, qui manifestent, avec un certain manque de conviction et des poses de mannequins, les tendances contradictoires
727avec un certain manque de conviction et des poses de mannequins, les tendances contradictoires d’un individu. C’est pour t
728oses de mannequins, les tendances contradictoires d’un individu. C’est pour traiter ce sujet pirandellien qu’on s’embarque
729 pirandellien qu’on s’embarque dans une croisière de vacances, qui finit par un naufrage dans la littérature, le navire su
730oit réellement amusant, et qu’il trouve une sorte d’unité vivante dans le rythme des désirs jamais simultanés de ses petit
731vante dans le rythme des désirs jamais simultanés de ses petits héros. M. Spitz cherche à faire sourire, on le sent ; pour
25 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alfred Colling, L’Iroquois (décembre 1926)
732Iroquois (décembre 1926) z Ce roman a le charme d’un automne, une amertume enveloppée, une atmosphère trop claire où les
733ur fatigué se reprend à souffrir, il ne sait plus de quels souvenirs ; jusqu’au soir où la douleur nette d’un amour réveil
734els souvenirs ; jusqu’au soir où la douleur nette d’un amour réveillé l’envahit. Et Closain rencontre, dans l’inévitable b
735osain rencontre, dans l’inévitable bar, le couple de juifs espagnols qui va l’entraîner avec son mauvais cœur, dans une av
736uteur ne se soit pas mieux abandonné à son sujet, d’un pathétique assez neuf. p. 810 z. « Alfred Colling : L’Iroquo
26 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926)
737 [p. 811] André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926) aa Un Chinois écrit d’Europe à un França
738 l’Occident (décembre 1926) aa Un Chinois écrit d’Europe à un Français qui lui répond de Chine. Nous sommes loin du ton
739’Occident (décembre 1926) aa Un Chinois écrit d’Europe à un Français qui lui répond de Chine. Nous sommes loin du ton des Le
740inois écrit d’Europe à un Français qui lui répond de Chine. Nous sommes loin du ton des Lettres persanes : le Chinois s’ét
741e on devine une détresse. C’est encore une vision de l’Occident qui naît de ce petit livre si dense, si inquiétant. Le Chi
742e. C’est encore une vision de l’Occident qui naît de ce petit livre si dense, si inquiétant. Le Chinois voit dans l’Europe
743e si dense, si inquiétant. Le Chinois voit dans l’Europe « une barbarie attentivement ordonnée, où l’idée de la civilisation e
744 « une barbarie attentivement ordonnée, où l’idée de la civilisation et celle de l’ordre sont chaque jour confondues ». No
745t ordonnée, où l’idée de la civilisation et celle de l’ordre sont chaque jour confondues ». Nous cherchons à conquérir non
746 humilions sans trêve notre sensibilité au profit de ce « mythe cohérent » vers quoi tend notre esprit. La passion apparaî
747cadres — perpétuel conflit du réel avec nos rêves de puissance : notre ambition la plus haute échoue. La tristesse règne s
748tesse règne sur nos villes. (Neurasthénie, ce mal de l’Occident.) Et notre vertu suprême, aussi, est douloureuse : le sacr
749té essentielle » que le Chinois distingue au cœur de la vie occidentale apparaît mieux par la comparaison de l’idéal asiat
750vie occidentale apparaît mieux par la comparaison de l’idéal asiatique avec le nôtre. Mais je crois que toute intelligence
751ec le nôtre. Mais je crois que toute intelligence européenne libre peut souscrire aux critiques du Chinois et sympathiser avec son
752ritiques du Chinois et sympathiser avec son idéal de culture. Il n’y a pas là deux points de vue irréductibles, du moins M
753es, du moins M. Malraux a fait parler son Chinois de telle façon qu’ils ne le paraissent point. Et alors le relativisme an
754lativisme angoissant qui semblait devoir résulter de cette confrontation, s’évanouit : c’est bien plutôt une unité supérie
755évanouit : c’est bien plutôt une unité supérieure de l’esprit humain que nous découvrons, et qui nous permettra de juger à
756humain que nous découvrons, et qui nous permettra de juger à notre tour certaines démences qui enfièvrent l’Europe. [p. 8
757 à notre tour certaines démences qui enfièvrent l’Europe. [p. 812] Tandis que M. Ford expose victorieusement sa méthode pour
758us prenons chaque jour une conscience plus claire de la vanité de nos buts, « capables d’agir jusqu’au sacrifice, mais ple
759aque jour une conscience plus claire de la vanité de nos buts, « capables d’agir jusqu’au sacrifice, mais pleins de dégoût
760 plus claire de la vanité de nos buts, « capables d’agir jusqu’au sacrifice, mais pleins de dégoût devant la volonté d’act
761« capables d’agir jusqu’au sacrifice, mais pleins de dégoût devant la volonté d’action qui tord aujourd’hui notre race… ».
762acrifice, mais pleins de dégoût devant la volonté d’action qui tord aujourd’hui notre race… ». Et peut-être n’est-il pas d
763ourd’hui notre race… ». Et peut-être n’est-il pas de position plus périlleuse, puisqu’elle risque de ne laisser subsister
764s de position plus périlleuse, puisqu’elle risque de ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la destruction e
765ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la destruction et de l’anarchie, exempt de passion, divertissement su
766en nous qu’un « étrange goût de la destruction et de l’anarchie, exempt de passion, divertissement suprême de l’incertitud
767e goût de la destruction et de l’anarchie, exempt de passion, divertissement suprême de l’incertitude… » p. 811 aa. «
768archie, exempt de passion, divertissement suprême de l’incertitude… » p. 811 aa. « André Malraux : La Tentation de l’
27 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Avant-propos (décembre 1926)
769ise humeur qui flotte dans l’air nous proposerait de débuter par l’inévitable discours sur les difficultés du temps, en gé
770 celles en particulier qu’implique la publication de notre revue. Mais nous savons, tout comme M. Coué, que ce serait de m
771is nous savons, tout comme M. Coué, que ce serait de mauvaise méthode. Et, comme M. Coué, nous nous persuadons que tout ir
772jamais, nous semble-t-il, notre revue a sa raison d’être. La vie d’aujourd’hui, on le sait, nous oblige à nous affirmer ou
773mble-t-il, notre revue a sa raison d’être. La vie d’aujourd’hui, on le sait, nous oblige à nous affirmer ou à refuser de n
774le sait, nous oblige à nous affirmer ou à refuser de nous affirmer avec une netteté qui a pu paraître parfois quelque peu
775 que nous éprouvons irrésistiblement l’obligation d’être nous-mêmes. Et, disons-le tout de suite, c’est en cela uniquement
776s n’est-ce pas la meilleure raison pour nos aînés de chercher plus patiemment encore à nous comprendre et de nous accorder
777rcher plus patiemment encore à nous comprendre et de nous accorder une confiance sans laquelle nous ne saurions aller, et
778s, ce sont les jeunes qui passent… » Pas question de les saluer ni d’emboîter le pas, mais seulement de retenir sa place a
779unes qui passent… » Pas question de les saluer ni d’emboîter le pas, mais seulement de retenir sa place au spectacle qu’il
780e les saluer ni d’emboîter le pas, mais seulement de retenir sa place au spectacle qu’ils offrent et de les considérer ave
781e retenir sa place au spectacle qu’ils offrent et de les considérer avec sympathie. Il est bien facile de s’écrier : « Apr
782les considérer avec sympathie. Il est bien facile de s’écrier : « Après moi, le déluge ! », et de se détourner de ce qu’on
783cile de s’écrier : « Après moi, le déluge ! », et de se détourner de ce qu’on a coutume d’appeler notre « désordre ». Mais
784 : « Après moi, le déluge ! », et de se détourner de ce qu’on a coutume d’appeler notre « désordre ». Mais on est toujours
785uge ! », et de se détourner de ce qu’on a coutume d’appeler notre « désordre ». Mais on est toujours le fils de quelqu’un…
786 notre « désordre ». Mais on est toujours le fils de quelqu’un… Et, peut-être, la considération du « déluge » peut-elle fa
787eur bénévole, un exercice mensuel à votre faculté d’indulgence. Par contre, nous nous empressons de vous laisser le soin d
788té d’indulgence. Par contre, nous nous empressons de vous laisser le soin de juger si nous avons de quoi faire les modeste
789tre, nous nous empressons de vous laisser le soin de juger si nous avons de quoi faire les modestes…   Être nous-mêmes, av
790ns de vous laisser le soin de juger si nous avons de quoi faire les modestes…   Être nous-mêmes, avons-nous dit, c’est à l
791 plus » ; nous ne voulons pas être « l’expression de la jeunesse romande ». Nous sommes autre chose. [p. 5] (Belles-Lettre
792 indéfinissable, comme toute chose vivante… Gerbe de fleurs disparates, aux tiges divergentes, mais qu’un ruban rouge et v
793, mais qu’un ruban rouge et vert lie par la grâce d’une volonté sans doute divine… p. 3 a. « Avant-propos », Revue de
28 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Paradoxe de la sincérité (décembre 1926)
794 [p. 13] Paradoxe de la sincérité (décembre 1926) b Nous voyons un mythe prendre corps p
795us voyons un mythe prendre corps parmi les ruines de ce temps. Il fallait bien tirer quelque vertu d’une anarchie dont on
796 de ce temps. Il fallait bien tirer quelque vertu d’une anarchie dont on ne veut pas avouer qu’elle est plus nécessaire —
797us trompant nous-mêmes, sous le prétexte toujours de probité intellectuelle ou de courage moral, nous avons élevé à la hau
798le prétexte toujours de probité intellectuelle ou de courage moral, nous avons élevé à la hauteur d’une vertu première — e
799u de courage moral, nous avons élevé à la hauteur d’une vertu première — et qui légitime tous les dénis de morale à quoi n
800e vertu première — et qui légitime tous les dénis de morale à quoi nous obligeaient en réalité on sait quel dégoût, et cer
801n réalité on sait quel dégoût, et certains désirs de grabuge moins avouables, — la sincérité, masque fier et un peu doulou
802ale : tant qu’à la fin la notion [p. 14] concrète de sincérité s’évanouit en mille définitions tendancieuses et contradict
803e ; envers votre idéal ou envers les fluctuations de votre moi ? Votre sincérité est-elle consentement immédiat à toute im
804me telle qu’elle est » (Rivière), ou encore refus de choisir, volonté de tout conserver en soi ? Ou bien une attitude en q
805 » (Rivière), ou encore refus de choisir, volonté de tout conserver en soi ? Ou bien une attitude en quelque sorte scienti
806cientifique, à la fois curieuse et désintéressée, de naturaliste de l’âme ? Heureusement que M. Brémond ne s’est pas encor
807la fois curieuse et désintéressée, de naturaliste de l’âme ? Heureusement que M. Brémond ne s’est pas encore mêlé de l’aff
808reusement que M. Brémond ne s’est pas encore mêlé de l’affaire. Au reste, on n’a pas attendu les éclaircissements du subti
809us rien comprendre. ⁂ Qu’on imagine un personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit autour de lui — et l’étonne
810ectateur. Pour parler avec un peu de clairvoyance de ce dont nous avons vécu jusqu’à tel jour de notre jeunesse, il faudra
811yance de ce dont nous avons vécu jusqu’à tel jour de notre jeunesse, il faudrait pouvoir sauter hors de soi. Seule, une mé
812it pouvoir sauter hors de soi. Seule, une méthode d’observation et de déduction passablement sèche pourrait nous donner l’
813 hors de soi. Seule, une méthode d’observation et de déduction passablement sèche pourrait nous donner l’illusion et peut-
814donner l’illusion et peut-être certains bénéfices de cette opération idéale. En même temps, la froideur d’une telle méthod
815ette opération idéale. En même temps, la froideur d’une telle méthode atténuerait dans une certaine mesure — parce que néc
816aine mesure — parce que nécessaire — ce qu’il y a de déplaisant dans l’effort d’un esprit pour se dégager de confusions au
817ssaire — ce qu’il y a de déplaisant dans l’effort d’un esprit pour se dégager de confusions aussi perfides et si profondém
818laisant dans l’effort d’un esprit pour se dégager de confusions aussi perfides et si profondément mêlées à ses plus chères
819ères sont aussi les moins calculés », écrit Gide. D’où l’on peut tirer par une sorte de passage à la limite que les faits
820», écrit Gide. D’où l’on peut tirer par une sorte de passage à la limite que les faits justifient : sincérité = spontanéit
821 rousseauiste, inspire, explique un vaste domaine de la littérature contemporaine. Cette sorte-là de sincérité, on la nomm
822e de la littérature contemporaine. Cette sorte-là de sincérité, on la nomme gratuité. Lafcadio poussant Fleurissoire « pou
823ui aboutit naguère au surréalisme. Tous les héros de roman se sont mis à gesticuler « gratuitement ». Et les critiques d’a
824iculer « gratuitement ». Et les critiques d’abord de s’indigner. Aujourd’hui, on les voit assez enchantés de l’affaire : «
825ndigner. Aujourd’hui, on les voit assez enchantés de l’affaire : « Gratuit ! » déclarent-ils chaque fois qu’ils ne compren
826audrait s’entendre. Et, ici encore, prenons garde de confondre le plan littéraire avec le plan moral. Telle action peut pa
827e personnage. Mais quant à l’auteur, il n’y a pas de gratuité. Le geste le plus incongru du héros n’est jamais que le résu
828us incongru du héros n’est jamais que le résultat d’un mécanisme inconscient, aussi révélateur du personnage que ses actio
829t gratuit que relativement à un système restreint de références. [p. 16] Il résulte de semblables considérations, dans le
830tème restreint de références. [p. 16] Il résulte de semblables considérations, dans le domaine de la morale, que le meill
831lte de semblables considérations, dans le domaine de la morale, que le meilleur moyen de se livrer à ses déterminants, c’e
832ns le domaine de la morale, que le meilleur moyen de se livrer à ses déterminants, c’est de mener la vie gratuite que récl
833leur moyen de se livrer à ses déterminants, c’est de mener la vie gratuite que réclament les surréalistes. Le contraire de
834uite que réclament les surréalistes. Le contraire de la liberté. D’autre part, on veut donner à l’acte gratuit une valeur
835s secret dans la personnalité. Ce serait un moyen de connaissance plus intégrale de soi. Mais pour être moins pittoresque
836Ce serait un moyen de connaissance plus intégrale de soi. Mais pour être moins pittoresque et plus « entachée d’utilitaris
837is pour être moins pittoresque et plus « entachée d’utilitarisme », la décision réfléchie, aussi peu gratuite que possible
838ision réfléchie, aussi peu gratuite que possible, d’un Julien Sorel, est-elle moins révélatrice du fond de l’âme humaine ?
839e du fond de l’âme humaine ? Que si l’on s’étonne de me voir donner ici la préférence à l’acte volontaire, ou mieux : inté
840suffisamment son rôle en se bornant à nous donner de nous-mêmes une connaissance plus intense et plus émouvante ; mais la
841se et plus émouvante ; mais la morale, plutôt que de nous constater, doit nous construire — selon le mode le plus libre, l
842scurités, etc.). Supposons que j’éprouve un désir d’action vive, un élan vers certain but précis. [p. 17] Ou bien j’aurai
843 précis. [p. 17] Ou bien j’aurais juste le temps de le noter avant de partir. Ou bien je me mettrai à l’analyser plus lon
844ent. Mais alors je le fausse, puisque je le prive de la puissance de se délivrer en gestes, en conséquences matérielles. C
845je le fausse, puisque je le prive de la puissance de se délivrer en gestes, en conséquences matérielles. Ce n’est plus l’é
846frein lui-même, bientôt — par un mouvement normal de l’attention — et fatalement c’est à la découverte d’une faiblesse que
847l’attention — et fatalement c’est à la découverte d’une faiblesse que j’aboutis : ce quelque chose qui m’a retenu d’accomp
848e que j’aboutis : ce quelque chose qui m’a retenu d’accomplir ce que l’élan appelait.   Second exemple. — J’éprouve le be
849ppelait.   Second exemple. — J’éprouve le besoin de faire le point : à quoi en suis-je, qui suis-je ? Je revois des actes
850ntiments que je crois avoir éprouvés à tel moment de mon passé. Parfois — rarement —, je parviens à me souvenir de certain
851. Parfois — rarement —, je parviens à me souvenir de certaines sensations profondes et indéfinies (telle sensation physiqu
852profondes et indéfinies (telle sensation physique de bonheur, dans une rue au coucher du soleil, des phares d’automobiles
853ur, dans une rue au coucher du soleil, des phares d’automobiles étoilent le brouillard, les visages se cachent dans des fo
854 dans des fourrures, personne ne sait la richesse de ta vie…). J’écris ces choses. Puis, dans un ancien carnet de notes, j
855. J’écris ces choses. Puis, dans un ancien carnet de notes, je retrouve un être si différent. Les gestes et les sentiments
856oposaient à mon souvenir ont été passés au crible de la minute où je me penchais sur mon passé. Ou, pour user d’une image
857te où je me penchais sur mon passé. Ou, pour user d’une image plus précise, cette minute est baignée d’une lueur de triste
858’une image plus précise, cette minute est baignée d’une lueur de tristesse ou de sérénité qui métamorphose le paysage du p
859lus précise, cette minute est baignée d’une lueur de tristesse ou de sérénité qui métamorphose le paysage du passé. Ainsi
860te minute est baignée d’une lueur de tristesse ou de sérénité qui métamorphose le paysage du passé. Ainsi de certains déco
861énité qui métamorphose le paysage du passé. Ainsi de certains décors modernes : vous changez l’éclairage, et la chaumière
862ion : ce daltonisme du souvenir. [p. 18] Si l’un de ces deux procédés peut m’apprendre quelque chose, c’est bien le secon
863ait atteindre « la vérité sur soi » en se servant de la méthode indiquée dans le premier exemple. C’est un cas limite, j’e
864, j’en conviens. Pourtant, n’est-ce pas le schéma de tout un genre littéraire moderne, cette espèce de confession romancée
865de tout un genre littéraire moderne, cette espèce de confession romancée dont les livres de Bopp, d’Arland, de Soupault et
866tte espèce de confession romancée dont les livres de Bopp, d’Arland, de Soupault et surtout de René Crevel ont donné les e
867e de confession romancée dont les livres de Bopp, d’Arland, de Soupault et surtout de René Crevel ont donné les exemples l
868ssion romancée dont les livres de Bopp, d’Arland, de Soupault et surtout de René Crevel ont donné les exemples les plus ré
869 livres de Bopp, d’Arland, de Soupault et surtout de René Crevel ont donné les exemples les plus récents et significatifs 
870us ces livres évoquent assez précisément la forme d’un entonnoir. La vie serait le liquide tourbillonnant à l’intérieur. U
871se regarder vivre, le personnage à douter du sens de sa vie) et les forces centripètes l’emportent peu à peu, une aspirati
872t dans un râle, brusquement c’est le vide. Centre de soi, l’aspiration du néant. J’ai revu à l’envers le film de mon passé
873aspiration du néant. J’ai revu à l’envers le film de mon passé : ce qui était élan devient recul, et l’évocation de mes dé
874: ce qui était élan devient recul, et l’évocation de mes désirs anciens ne me restitue qu’un dégoût. J’ai cru que je pourr
875e n’assiste pas à moi-même, mais à la destruction de moi-même. Par les fissures, un instant, j’ai pu soupçonner des profon
876le chaos. Mon corps et moi, le livre si poignant de René Crevel, est la démonstration la plus cynique que je connaisse de
877la démonstration la plus cynique que je connaisse de ces ravages du sincérisme. Dans la solitude qu’il s’acharne à [p. 19]
878ofondir — il était venu y chercher quelque raison de vivre, il voulait se voir le plus purement (« cette curiosité donnée
879s purement (« cette curiosité donnée comme raison d’une perpétuelle attente »), — ce que l’auteur découvre c’est ce « merv
880uteur découvre c’est ce « merveilleux contraire » de l’élan vital qu’il nomme élan mortel — générateur de l’incurable tris
881l’élan vital qu’il nomme élan mortel — générateur de l’incurable tristesse qui rôde dans certaine littérature d’aujourd’hu
882able tristesse qui rôde dans certaine littérature d’aujourd’hui. J’ai dit : ravages du sincérisme. C’est plus exactement f
883plus exactement faillite qu’il faudrait. Faillite de toute introspection, en littérature et en morale. Impossibilité de fa
884ction, en littérature et en morale. Impossibilité de faire mon autoportrait moral : je bouge tout le temps. Danger de fair
885toportrait moral : je bouge tout le temps. Danger de faire mon autoportrait moral : je me compose plus laid que nature. Fa
886e suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il imagine d’éprouver. » Non. Car à supposer que l’analyse nous crée, elle ne nous
887 est ». Il voyait dans cet effort sur soi le gage d’un enrichissement, d’une consolidation de l’individu mais avant tout u
888s cet effort sur soi le gage d’un enrichissement, d’une consolidation de l’individu mais avant tout un moyen de se connaît
889 le gage d’un enrichissement, d’une consolidation de l’individu mais avant tout un moyen de se connaître. Cependant, n’est
890solidation de l’individu mais avant tout un moyen de se connaître. Cependant, n’est-ce pas lui-même qui ajoutait que l’hom
891ncère « en vient à ne plus pouvoir même souhaiter d’être différent », ce qui est la négation de tout progrès moral. De la
892haiter d’être différent », ce qui est la négation de tout progrès moral. De la sincérité envisagée comme moyen de connaiss
893 », ce qui est la négation de tout progrès moral. De la sincérité envisagée comme moyen de connaissance, le cas extrême d’
894grès moral. De la sincérité envisagée comme moyen de connaissance, le cas extrême d’un Crevel nous montre assez ce qu’il f
895sagée comme moyen de connaissance, le cas extrême d’un Crevel nous montre assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’e
896assez étroites empiriquement fournies par le sens de son intérêt propre, une analyse sincère ne puisse faire découvrir que
897 découvrir quelques richesses et ne serve parfois de contrôle efficace. Mais les bénéfices sont maigres en regard des dang
898r, tant dans le domaine littéraire que dans celui de l’action. En littérature : refus de construire, de composer ; impuiss
899ue dans celui de l’action. En littérature : refus de construire, de composer ; impuissance à inventer. Car inventer, c’est
900e l’action. En littérature : refus de construire, de composer ; impuissance à inventer. Car inventer, c’est se porter à l’
901 Car inventer, c’est se porter à l’extrême pointe de soi, et, d’un élan, se dépasser ; c’est créer une différence. Pourquo
902r, c’est se porter à l’extrême pointe de soi, et, d’un élan, se dépasser ; c’est créer une différence. Pourquoi les romanc
903 créer des personnages ? C’est parce qu’une sorte de sincérité les retient d’imposer aux héros ce rythme volontaire par le
904C’est parce qu’une sorte de sincérité les retient d’imposer aux héros ce rythme volontaire par lequel un Balzac les fait v
905lairement. En morale : défaitisme quand il s’agit de gestes qui pourraient entraîner des effets imprévisibles, « réalisme 
906 réalisme » décourageant, et, bientôt, incapacité d’agir efficacement. (Il faut, pour sauter, une confiance dans l’élan qu
907paraît impossible, absurde.) Enfin, désagrégation de la personnalité, car l’analyse la plus savante, comme l’a fort bien d
908u moi, moins le principe unificateur ». [p. 21] De quelques sophismes libérateurs La fonction de l’homme est aussi bien
9091] De quelques sophismes libérateurs La fonction de l’homme est aussi bien de croire que de constater. F. Raub. La sinc
910ibérateurs La fonction de l’homme est aussi bien de croire que de constater. F. Raub. La sincérité obstinée d’un Rivièr
911 fonction de l’homme est aussi bien de croire que de constater. F. Raub. La sincérité obstinée d’un Rivière n’a plus rie
912ue de constater. F. Raub. La sincérité obstinée d’un Rivière n’a plus rien de spontané. En quoi est-ce encore de la sinc
913 La sincérité obstinée d’un Rivière n’a plus rien de spontané. En quoi est-ce encore de la sincérité ? Trop sincère, pas s
914 n’a plus rien de spontané. En quoi est-ce encore de la sincérité ? Trop sincère, pas sincère. Ou bien si l’on prétend que
915la sincérité est la recherche, puis l’acceptation de toute tendance du moi, je réponds que le mensonge est sincère aussi,
916mensonge est sincère aussi, qui révèle mon besoin de mentir. Il devient dès lors impossible de faire rien qui ne soit sinc
917 besoin de mentir. Il devient dès lors impossible de faire rien qui ne soit sincère. Peut-on véritablement se mentir à soi
918pour qu’ils vous aident 3 — mais jamais au point d’oublier la vérité qu’on désirait qu’ils cachent pour un moment. « L’ar
919ire à la vie, n’est-ce pas être sincère aussi que de s’y prêter ? Or, il vous tire aussitôt de l’indétermination violente
920ssi que de s’y prêter ? Or, il vous tire aussitôt de l’indétermination violente qu’est la sincérité selon Rivière. La sinc
921ans le vide qu’exige toute foi ; c’est la volonté de sincérité, c’est-à-dire une sincérité tournée au vice, invertie, qui
922 sincérité tournée au vice, invertie, qui retient de l’oser. [p. 22] Petite anthologie ou que le « style » est de l’homm
923[p. 22] Petite anthologie ou que le « style » est de l’homme même J’en étais à peu près à ce point de mes notes — à ce poi
924 de l’homme même J’en étais à peu près à ce point de mes notes — à ce point de mon dégoût pour ce que beaucoup continuaien
925s à peu près à ce point de mes notes — à ce point de mon dégoût pour ce que beaucoup continuaient d’appeler sincérité et q
926t de mon dégoût pour ce que beaucoup continuaient d’appeler sincérité et qui me devenait inintelligible en même temps qu’o
927inintelligible en même temps qu’odieux. Au hasard de quelques lectures, je pris note des passages suivants (les paraphrase
928ote des passages suivants (les paraphraser serait d’une ingratitude insigne — ils marquent au reste fort bien les jalons d
929igne — ils marquent au reste fort bien les jalons de cette recherche) : Puissiez-vous avouer moins de sincérité et montre
930de cette recherche) : Puissiez-vous avouer moins de sincérité et montrer plus de style. (Georges Duhamel.) … Nous ne somm
931ez-vous avouer moins de sincérité et montrer plus de style. (Georges Duhamel.) … Nous ne sommes pas, nous nous créons. Cer
932n qui altérerait leur moi ; ils ne souhaitent que d’être leur propre témoin, intelligent mais immobile : ce sont les mêmes
933istant pas ? (François Mauriac.) La valeur morale de M. Godeau serait définie par l’aspect seul qu’il souffrirait de garde
934erait définie par l’aspect seul qu’il souffrirait de garder lui-même à son propre regard. Ainsi la valeur morale d’un homm
935-même à son propre regard. Ainsi la valeur morale d’un homme équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir
936 équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir sur lui-même. (Marcel Jouhandeau.) Ce qu’on appelle une œuv
937appelle une œuvre sincère est celle qui est douée d’assez de force pour donner de la réalité à l’illusion. (Max Jacob.) Un
938une œuvre sincère est celle qui est douée d’assez de force pour donner de la réalité à l’illusion. (Max Jacob.) Un rôle ?
939 celle qui est douée d’assez de force pour donner de la réalité à l’illusion. (Max Jacob.) Un rôle ? Oui. Mais si le perso
940 (André Maurois.) [p. 23] (Quel effroi, ce jour de l’adolescence où l’on soupçonne pour la première fois que certains, p
941 paraît plus sinistre à la sincérité presque pure de cet âge. Mais il le faut dépasser.)   Si j’en crois l’intensité d’un
942il le faut dépasser.)   Si j’en crois l’intensité d’un sentiment intime, ce moi idéal que j’appelle en chaque minute de ma
943time, ce moi idéal que j’appelle en chaque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une analyse désolée s’imaginait re
944rs, ce n’est pas lâcher la proie pour l’ombre que de tendre vers ce modèle. Dirais-je que c’est ma sincérité d’y aller par
945 vers ce modèle. Dirais-je que c’est ma sincérité d’y aller par les moyens les plus efficaces ? Mais on nommera cela de l’
946 moyens les plus efficaces ? Mais on nommera cela de l’hypocrisie. Soit, j’accepte. Et aussitôt j’annonce : Éloge de l’h
947 Soit, j’accepte. Et aussitôt j’annonce : Éloge de l’hypocrisie Non, non !… Debout dans l’ère successive ! Brisez, mon
948................. Le vent se lève, il faut tenter de vivre. Paul Valéry. Certes, du sein de ma triste lucidité, je t’avai
949ut tenter de vivre. Paul Valéry. Certes, du sein de ma triste lucidité, je t’avais déjà invoquée, hypocrisie consolante e
950 Mais tu m’offrais un visage un peu crispé, signe d’une ironie secrète et pour moi douloureuse encore. Pitoyable, trop vis
951ent, tu prêtais bien quelques voiles à mon dégoût d’un moi que la vie me montrait si désespérément vrai, tyrannique, insuf
952rément vrai, tyrannique, insuffisant. Mais un pli de ta lèvre, un peu sceptique, quand mon esprit partait dans le rêve d’u
953 sceptique, quand mon esprit partait dans le rêve d’un idéal de fortune, idole naïve de ma jeune angoisse… Je t’ai mieux a
954 quand mon esprit partait dans le rêve d’un idéal de fortune, idole naïve de ma jeune angoisse… Je t’ai mieux aimée; d’aut
955t dans le rêve d’un idéal de fortune, idole naïve de ma jeune angoisse… Je t’ai mieux aimée; d’autres soirs, alors qu’une
956e; d’autres soirs, alors qu’une [p. 24] symphonie de joies émanait de toute la vie : chaque chose proposait une ferveur no
957, alors qu’une [p. 24] symphonie de joies émanait de toute la vie : chaque chose proposait une ferveur nouvelle, et chaque
958tat de grâce, un amour — ne pouvait se satisfaire de telle possession particulière, ne pouvait non plus s’imaginer qu’elle
959ement à l’invite que je soupçonnais la plus riche d’inconnu, je m’élançais sur la voie qu’elle m’ouvrait, avec tant de rir
960is, vers tout ce que momentanément je choisissais de laisser — et des baisers à tous les vents — qu’il eût été loisible d’
961baisers à tous les vents — qu’il eût été loisible d’attribuer comme objet à ma jubilation, non pas ce but peut-être dériso
962 vers quoi je me portais, mais bien ces figurants de mon bonheur que je me conciliais pour des retours possibles. C’est ai
963C’est ainsi que fidèle à soi-même au plus profond de l’être, on entretient comme une arrière-pensée sagace et obstinée l’a
964une arrière-pensée sagace et obstinée l’assurance d’une continuité entre ses actions et ses désirs, un quant-à-soi qui ne
965 discrètement les décisions et les rend complices d’un dessein logique, peut-être lointain, en quoi consiste l’unité la pl
966lointain, en quoi consiste l’unité la plus réelle de l’individu — en dehors du corps. Et ce ne sont point là jeux d’idées
967— en dehors du corps. Et ce ne sont point là jeux d’idées et jongleries verbales. Regards au-dessus de l’amour ! Voir l’he
968d’idées et jongleries verbales. Regards au-dessus de l’amour ! Voir l’heure à la pendule pendant l’étreinte d’un adieu et
969ur ! Voir l’heure à la pendule pendant l’étreinte d’un adieu et calculer rapidement le retour à une fidélité plus profonde
970 une volonté — si profonde qu’elle n’a pas besoin de s’expliciter pour être efficace — qui m’interdit de nommer ce dont je
971 s’expliciter pour être efficace — qui m’interdit de nommer ce dont je ne veux plus souffrir. (Car il n’est peut-être qu’u
972s souffrir. (Car il n’est peut-être qu’une espèce de souffrance véritablement insupportable, c’est celle qu’on tire de soi
973ritablement insupportable, c’est celle qu’on tire de soi-même.) Hypocrisie, ce sourire des sphinx ; hypocrisie, masque amb
974ce sourire des sphinx ; hypocrisie, masque ambigu d’une liberté plus précieuse que toute certitude… Ô vérité, ma vérité, n
975é, ma vérité, non pas ce que je suis, mais ce que de toute mon âme je veux être !… p. 13 b. « Paradoxe de la sincéri
29 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927)
976 [p. 123] Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927) ab « Je n’admets pas qu’on reprenne mes parole
977s, qu’on me les oppose. Ce ne sont pas les termes d’un traité de paix. Entre moi et vous, c’est la guerre. » Voilà pour le
978les oppose. Ce ne sont pas les termes d’un traité de paix. Entre moi et vous, c’est la guerre. » Voilà pour les critiques,
979ur temps à recenser les incohérences pittoresques de ce petit livre. Quant à ceux que certaines envolées magnifiques et ha
980il leur réserve mieux encore : après une kyrielle d’injures qui ne font pas honneur à l’imagination d’autres fois si prest
981ent ce que je dis ». Il y a chez Aragon une folie de la persécution, qui se cherche partout des prétextes, et une passion
982et une passion farouche pour la liberté, qui font de cet ombrageux personnage une manière de Rousseau surréaliste. Devant
983 qui font de cet ombrageux personnage une manière de Rousseau surréaliste. Devant cette ostentation de révolte, ce mélange
984de Rousseau surréaliste. Devant cette ostentation de révolte, ce mélange de fanfaronnade et d’intense désespoir, on songe
985. Devant cette ostentation de révolte, ce mélange de fanfaronnade et d’intense désespoir, on songe au Frank de La Coupe et
986ntation de révolte, ce mélange de fanfaronnade et d’intense désespoir, on songe au Frank de La Coupe et les Lèvres, à qui
987ses compagnons criaient : « Te fais-tu le bouffon de ta propre détresse ? » Tant d’insistance dans le mauvais goût ne m’em
988fais-tu le bouffon de ta propre détresse ? » Tant d’insistance dans le mauvais goût ne m’empêchera pas de le dire, Aragon
989nsistance dans le mauvais goût ne m’empêchera pas de le dire, Aragon possède le tempérament le plus hardi et le plus origi
990 le tempérament le plus hardi et le plus original de la jeune littérature française. Il le proclame « J’appartiens à la gr
991nts ». Génie inégal s’il en fut, voici parmi trop de talents intéressants, un écrivain qui s’impose avec des qualités et d
992tre littérature pour trouver semblable domination de la langue. Et parmi les modernes, il bat tous les records de l’image,
993e. Et parmi les modernes, il bat tous les records de l’image, ce qui nous vaut avec des bizarreries fatigantes et quelques
994fatigantes et quelques sombres délires, des pages d’un lyrisme inouï. Que Louis Aragon ne se croie pas tenu de justifier s
995isme inouï. Que Louis Aragon ne se croie pas tenu de justifier ses visions par le moyen d’une métaphysique aussi prétentie
996ie pas tenu de justifier ses visions par le moyen d’une métaphysique aussi prétentieuse qu’incertaine. Son affaire, c’est
997l’hallucination du décor des capitales, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une véritable « mythologie moderne
998u décor des capitales, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une véritable « mythologie moderne ». Le Paysan de
999es, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une véritable « mythologie moderne ». Le Paysan de Paris est une suite
1000d’une véritable « mythologie moderne ». Le Paysan de Paris est une suite de promenades dont la composition n’est pas sans
1001logie moderne ». Le Paysan de Paris est une suite de promenades dont la composition n’est pas sans rappeler celle des Nuit
1002mposition n’est pas sans rappeler celle des Nuits d’Octobre de Nerval ; forme qui permet à l’auteur de divaguer de la phil
1003d’Octobre de Nerval ; forme qui permet à l’auteur de divaguer de la philosophie au lyrisme le plus échevelé en passant par
1004 Nerval ; forme qui permet à l’auteur de divaguer de la philosophie au lyrisme le plus échevelé en passant par la descript
1005n passant par la description réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le
1006r la description réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur liv
1007ription réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur livre de l’a
1008ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur d’Anicet. C
1009 d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur d’Anicet. C’est pourtant [p. 124] un des plus significatifs
1010ublic. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur d’Anicet. C’est pourtant [p. 124] un des plus significatifs du romantism
1011e, un Nerval sans pudeur, un Musset ivre non plus de vin de France, mais d’alcools pleins de démons, de drogues peut-être
1012erval sans pudeur, un Musset ivre non plus de vin de France, mais d’alcools pleins de démons, de drogues peut-être mortell
1013r, un Musset ivre non plus de vin de France, mais d’alcools pleins de démons, de drogues peut-être mortelles. p. 123
1014 non plus de vin de France, mais d’alcools pleins de démons, de drogues peut-être mortelles. p. 123 ab. « Louis Arago
1015e vin de France, mais d’alcools pleins de démons, de drogues peut-être mortelles. p. 123 ab. « Louis Aragon : Le Pays
30 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Barbey, La Maladère (février 1927)
1016ladère (février 1927) ac « Quel admirable sujet de roman, écrit Gide, au bout de quinze ans, de vingt ans de vie conjuga
1017ujet de roman, écrit Gide, au bout de quinze ans, de vingt ans de vie conjugale, la décristallisation progressive et récip
1018, écrit Gide, au bout de quinze ans, de vingt ans de vie conjugale, la décristallisation progressive et réciproque des con
1019ait que Beyle appelait cristallisation une fièvre d’imagination qui orne de beautés illusoires l’objet de l’amour. Mais le
1020cristallisation une fièvre d’imagination qui orne de beautés illusoires l’objet de l’amour. Mais les jeunes gens de ce tem
1021magination qui orne de beautés illusoires l’objet de l’amour. Mais les jeunes gens de ce temps ne cultivent point cette fi
1022lusoires l’objet de l’amour. Mais les jeunes gens de ce temps ne cultivent point cette fièvre. Et comme la morale ne sait
1023vre. Et comme la morale ne sait plus leur imposer de feindre encore ce que le cœur ne ressent plus, il suffit de quelques
1024 encore ce que le cœur ne ressent plus, il suffit de quelques mois aux jeunes époux de la Maladère pour se déprendre de le
1025plus, il suffit de quelques mois aux jeunes époux de la Maladère pour se déprendre de leurs rêves. Un malentendu grandit e
1026aux jeunes époux de la Maladère pour se déprendre de leurs rêves. Un malentendu grandit entre eux dans leur isolement, ine
1027e qu’un mot, un geste décisif, ou certaine amitié de la saison suffirait à dissiper le charme perfide qui les tourmente. M
1028ais il faudrait d’abord qu’ils se soient délivrés d’eux-mêmes pour que ce mot, ce geste, soient possibles. C’est d’Armande
1029our que ce mot, ce geste, soient possibles. C’est d’Armande surtout qu’on les attendrait, plus franche d’allure. On ne sai
1030rmande surtout qu’on les attendrait, plus franche d’allure. On ne sait ce qui la retient : son amour ? son manque d’amour 
1031e sait ce qui la retient : son amour ? son manque d’amour ? Pour Jacques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un déf
1032r ? son manque d’amour ? Pour Jacques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un défaitisme sentimental qui l’empêtre d
1033 Jacques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un défaitisme sentimental qui l’empêtre de réticences, et le fait joue
1034scence, d’un défaitisme sentimental qui l’empêtre de réticences, et le fait jouer bien maladroitement son rôle d’homme… « 
1035es, et le fait jouer bien maladroitement son rôle d’homme… « Captif de sa propre jeunesse. » C’est ici un autre sujet du r
1036er bien maladroitement son rôle d’homme… « Captif de sa propre jeunesse. » C’est ici un autre sujet du roman, qui se mêle
1037tte analyse trahit Barbey : son art est justement de voiler les intentions du récit et de les exprimer seulement par un ge
1038st justement de voiler les intentions du récit et de les exprimer seulement par un geste, une nuance du paysage, une image
1039es moyens qu’il parvient à une certaine puissance de l’effet, aux dernières pages. Il règne dans la Maladère une étrange h
1040iolence, autour de ces êtres dont la détresse est d’autant plus cruelle qu’elle est contenue sous des dehors trop polis. U
1041us des dehors trop polis. Une fois fermé le livre de Barbey, on oublie la justesse de son analyse pour n’évoquer plus que
1042s fermé le livre de Barbey, on oublie la justesse de son analyse pour n’évoquer plus que des visions où se condense le sen
1043os, c’était un parc avant l’orage, le rose sombre d’une joue brûlante et fraîche dans le vent. Et dans la Maladère, un arb
1044uvrant le manoir perdu, des fumées sur un paysage d’hiver et soudain sous la lueur d’un incendie, deux visages tordus de p
1045s sur un paysage d’hiver et soudain sous la lueur d’un incendie, deux visages tordus de passion. Cette fin est admirable,
1046 sous la lueur d’un incendie, deux visages tordus de passion. Cette fin est admirable, dont la brutalité si longtemps dési
1047la brutalité si longtemps désirée délivre Jacques d’un passé obsédant, d’une jeunesse trop complaisante à son tourment.
1048emps désirée délivre Jacques d’un passé obsédant, d’une jeunesse trop complaisante à son tourment. p. 256 ac. « Berna
31 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Montclar (février 1927)
1049mmes, écrire ne soit que le recensement passionné de leur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatisfaction qu’elle leur laisse.
1050ensement passionné de leur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatisfaction qu’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers
1051action qu’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers de jeunesse auxquels il ne tient guère, et l’on comprend que ce
1052u’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers de jeunesse auxquels il ne tient guère, et l’on comprend que ce journal
1053joindra dans l’armoire aux souvenirs. Cette façon de ne pas y tenir, qu’il manifeste en toute occasion de sa vie est peut-
1054ne pas y tenir, qu’il manifeste en toute occasion de sa vie est peut-être ce qui nous le rend le plus sympathique. « Offic
1055ux ? » pour lui, comme pour Barnabooth, il s’agit de « déjouer le complot de la commodité ». Mais plus voluptueux que phil
1056our Barnabooth, il s’agit de « déjouer le complot de la commodité ». Mais plus voluptueux que philosophe, c’est à l’amour
1057r la souffrance indispensable au perfectionnement de son âme. Et qu’importe si les Allemands qui, fréquente sont ae , pour
1058isir, un peu plus viennois que naturel s’il parle de choses d’art comme on fait dans Proust, si les passions qu’il nous pe
1059eu plus viennois que naturel s’il parle de choses d’art comme on fait dans Proust, si les passions qu’il nous peint sont i
1060Il se connaît assez pour savoir ce qui est en lui de l’homme même, ou de l’amateur distingué, — et ne peut pas nous trompe
1061pour savoir ce qui est en lui de l’homme même, ou de l’amateur distingué, — et ne peut pas nous tromper là-dessus. Il se c
1062s tromper là-dessus. Il se connaît avec une sorte de froideur que l’on dirait désintéressée si elle n’avait pour effet de
1063n dirait désintéressée si elle n’avait pour effet de souligner, plus que ses succès, certaines faiblesses qu’il recherche
1064faiblesses qu’il recherche secrètement, parce que de ces « ratages » naît le perpétuel besoin d’évasion qui est la conditi
1065e que de ces « ratages » naît le perpétuel besoin d’évasion qui est la condition de son progrès moral. C’est ainsi qu’il c
1066e perpétuel besoin d’évasion qui est la condition de son progrès moral. C’est ainsi qu’il consent, non sans une impercepti
1067, non sans une imperceptible satisfaction, l’aveu d’une fondamentale indifférence du cœur qui contraste avec une vie volup
1068etites blessures. Ce n’est pas le moins troublant d’une telle vie, cette sagesse un peu sombre qui s’en dégage, sagesse qu
1069ur est un lien sans durée. Seule la souffrance ou de secrètes anomalies ont un pouvoir d’éternité. » Il est juste, ce me s
1070ouffrance ou de secrètes anomalies ont un pouvoir d’éternité. » Il est juste, ce me semble, d’insister sur ce qui forme da
1071pouvoir d’éternité. » Il est juste, ce me semble, d’insister sur ce qui forme dans le récit de cette vie comme une arrière
1072semble, d’insister sur ce qui forme dans le récit de cette vie comme une arrière-pensée inquiète et un peu hautaine. Que l
1073e inquiète et un peu hautaine. Que la composition de cette réminiscence soit assez facile et « artiste » on hésite à en fa
1074site à en faire reproche à l’auteur. Cette espèce de modestie de l’allure est rare autant que sympathique, dans le temps q
1075ire reproche à l’auteur. Cette espèce de modestie de l’allure est rare autant que sympathique, dans le temps que sévit l’i
1076ant, qu’elle ne laisse point oublier que ce livre d’une résonance si humaine, est mieux que charmant, — douloureux et dési
32 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927)
1077 1927) af M. Edmond Jaloux offre l’exemple rare d’un homme que son évolution naturelle a rapproché, dans sa maturité, de
1078té, des jeunes générations, en sorte que l’espèce de romantisme à la Nerval auquel il aboutit coïncide avec un mouvement d
1079 ses jeunes contemporains, et qu’il vient appuyer de son autorité de critique et surtout de son expérience déjà riche de r
1080emporains, et qu’il vient appuyer de son autorité de critique et surtout de son expérience déjà riche de romancier. Son re
1081nt appuyer de son autorité de critique et surtout de son expérience déjà riche de romancier. Son regard se promène sur le
1082 critique et surtout de son expérience déjà riche de romancier. Son regard se promène sur le même monde où se plaisent nos
1083s, mais il garde une certaine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu
1084garde une certaine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu mage pour p
1085es avec cette mélancolique grâce. Si quelques-uns de ses bijoux sont taillés comme ceux de Giraudoux, j’y vois un signe ch
1086uelques-uns de ses bijoux sont taillés comme ceux de Giraudoux, j’y vois un signe charmant d’amitié de l’aîné au plus jeun
1087mme ceux de Giraudoux, j’y vois un signe charmant d’amitié de l’aîné au plus jeune, lequel envoie l’un de ses personnages
1088de Giraudoux, j’y vois un signe charmant d’amitié de l’aîné au plus jeune, lequel envoie l’un de ses personnages pour reme
1089mitié de l’aîné au plus jeune, lequel envoie l’un de ses personnages pour remercier ; (pouvait-il mieux trouver qu’un René
1090va pas s’attabler au café en face des personnages de Jaloux. Et peut-être que la comtesse Rezzovitch a rencontré M. Paul M
1091dû le trouver un peu froid, n’aura pas été tentée de lui faire ces confidences qu’elle livre si facilement au héros plus c
1092t au héros plus confiant et secrètement incertain de ce roman. À la veille de se marier, Jérôme Parseval, journaliste pari
1093et secrètement incertain de ce roman. À la veille de se marier, Jérôme Parseval, journaliste parisien, rencontre une femme
1094 incarne aussitôt à ses yeux tout ce qu’il attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra jamais. Il ai
1095 sa femme, « mais comme on aime une petite maison de province quand on a failli hériter de Chenonceaux ». Peu à peu l’imag
1096tite maison de province quand on a failli hériter de Chenonceaux ». Peu à peu l’image d’Irène Rezzovitch s’idéalise et gag
1097ailli hériter de Chenonceaux ». Peu à peu l’image d’Irène Rezzovitch s’idéalise et gagne la puissance d’une merveilleuse o
1098Irène Rezzovitch s’idéalise et gagne la puissance d’une merveilleuse obsession. II lui écrit de longues lettres, [p. 388]
1099ssance d’une merveilleuse obsession. II lui écrit de longues lettres, [p. 388] sans les envoyer. Il apprend sa mort, et qu
1100rd’hui un réalisme discret mais précis et le sens de ce qu’il y a en nous d’essentiel, de ce qui détermine nos actes avant
1101et mais précis et le sens de ce qu’il y a en nous d’essentiel, de ce qui détermine nos actes avant que la raison n’intervi
1102s et le sens de ce qu’il y a en nous d’essentiel, de ce qui détermine nos actes avant que la raison n’intervienne, mouveme
1103tes avant que la raison n’intervienne, mouvements de nos passions à nous-mêmes inavoués, rêves éveillés. Tout un système d
1104s-mêmes inavoués, rêves éveillés. Tout un système de valeurs lyriques et sentimentales que la raison ignore ou tyrannise a
1105ère à ce devoir sacré ». M. Jaloux évite le péril d’un réalisme trop amer et celui du roman lyrique, par l’équilibre qu’il
1106itent des personnages spirituellement dessinés un de ces drames tout intérieurs dont il dit : « Personne ne peut juger du
1107, pas même eux ». Dans ce roman, comme dans l’Âge d’or, un désenchantement profond prend le masque d’une aimable mélancoli
1108 d’or, un désenchantement profond prend le masque d’une aimable mélancolie. C’est la sourde tristesse des choses qui vous
1109dues, aveux incompris, et peut-être, un quiproquo de destinées… Le tragique du peut-être ; (comme dans l’une des dernières
1110ut-être ; (comme dans l’une des dernières phrases de Sylvie : « Là était le bonheur, peut-être… »). Mais le ton reste si l
1111onde et délicieuse, gagnera à son auteur beaucoup d’amis inconnus. p. 387 af. « Edmond Jaloux : Ô toi que j’eusse a
33 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927)
1112rise moderne. M. Daniel Rops unit en lui à l’état de velléités contradictoires que son intelligence très nuancée maintient
1113 intelligence très nuancée maintient en une sorte d’instable équilibre, les tendances que ses contemporains ont poussées à
1114contemporains ont poussées à l’extrême avec moins de prudence mais aussi de lucidité. Séduit par Gide ; admirant Maurras s
1115ées à l’extrême avec moins de prudence mais aussi de lucidité. Séduit par Gide ; admirant Maurras sans l’aimer ; saluant e
1116ré par les thèses extrémistes mais non dépourvues d’une sombre grandeur, des surréalistes, et en même temps par cette solu
1117ette inquiétude qui fait la grandeur et la misère de l’époque — et qu’il avoue préférer à une certitude trop vite atteinte
1118irections générales. « Hamlétisme », pouvoir aigu d’analyse qui conduit à la dispersion autant qu’à l’approfondissement du
1119sion autant qu’à l’approfondissement du moi, soif de tout et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de l’absolu à la
1120dissement du moi, soif de tout et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de l’absolu à la fois mystique et anarchiqu
1121oif de tout et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de l’absolu à la fois mystique et anarchique : ce sont bien le
1122t et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de l’absolu à la fois mystique et anarchique : ce sont bien les grands t
1123ue et anarchique : ce sont bien les grands traits de notre inquiétude. (Mais peut-être M. Rops a-t-il trop négligé le rôle
1124e extérieur, que je crois décisif, des conditions de la vie moderne.) Après avoir défini quelques « positions en face de l
1125 les plus parfaites qui s’offrent aux jeunes gens d’aujourd’hui. Il [p. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait qu
1126ujourd’hui. Il [p. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait que différer notre inquiétude, tandis que l’autre « ne
1127 angoisse qu’en y substituant ce qui ne vient que de Dieu : la Foi ». Acculée à la rigueur d’un choix presque impossible,
1128ient que de Dieu : la Foi ». Acculée à la rigueur d’un choix presque impossible, notre incertitude paraît sans remède. Mai
1129, M. Daniel Rops n’a-t-il pas cédé à la tentation de créer des dilemmes irréductibles, suprême et inconsciente ruse d’un i
1130emmes irréductibles, suprême et inconsciente ruse d’un inquiet qui veut le rester ? Ces deux solutions peuvent se résumer
1131foi. Dès lors sont-elles vraiment les deux termes d’un dilemme, l’une n’étant que le chemin qui mène à l’autre ? Car la fo
1132ue le chemin qui mène à l’autre ? Car la foi naît de l’inquiétude autant que de la grâce, et régénère sans cesse l’inquiét
1133utre ? Car la foi naît de l’inquiétude autant que de la grâce, et régénère sans cesse l’inquiétude autant que la sérénité…
1134 autant que la sérénité… Au reste, n’est-elle pas de M. Rops lui-même, cette phrase qui formule admirablement les exigence
1135ui formule admirablement les exigences conjointes de l’inquiétude et de la foi : « Si tu as trouvé Dieu, il te reste à le
1136ement les exigences conjointes de l’inquiétude et de la foi : « Si tu as trouvé Dieu, il te reste à le chercher encore… »
34 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Lecache, Jacob (mai 1927)
1137ci un livre dur et sans grâces, qui ne manque pas d’une beauté assez brutale, pour nous choquer et s’imposer pourtant. M.
1138 un tailleur, biblique, austère et probe, qui n’a d’ambition que pour ses enfants. Jacob, l’aîné se révolte. Sensualité, i
1139ité : les caractères se résument dans son avidité de puissance. C’est par l’argent qu’on domine notre âge : il devient gra
1140ssure sa fortune au prix du peu cynique reniement de ses origines. Le vieux père s’effondre de honte et de douleur. « On v
1141niement de ses origines. Le vieux père s’effondre de honte et de douleur. « On vend de l’étoffe… eux ils se vendent ! » Ma
1142es origines. Le vieux père s’effondre de honte et de douleur. « On vend de l’étoffe… eux ils se vendent ! » Mais Jacob a r
1143père s’effondre de honte et de douleur. « On vend de l’étoffe… eux ils se vendent ! » Mais Jacob a renié ses parents, non
1144eu juif, prend une âpre rapidité avec l’ascension de Jacob et ses luttes. On pardonne bon nombre de platitudes et de vulga
1145on de Jacob et ses luttes. On pardonne bon nombre de platitudes et de vulgarités pour les derniers chapitres, denses, viol
1146s luttes. On pardonne bon nombre de platitudes et de vulgarités pour les derniers chapitres, denses, violents, et dont le
1147, on connaît mon orgueil : osez donc me condamner d’être plus fort que cette bourgeoisie fatiguée, et de suivre le destin
1148être plus fort que cette bourgeoisie fatiguée, et de suivre le destin que vous m’avez assigné à force de m’humilier et de
1149 que vous m’avez assigné à force de m’humilier et de me craindre. » p. 689 ah. « Bernard Lecache : Jacob (NRF, Paris)
35 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, La Mort difficile (mai 1927)
1150 Crevel, La Mort difficile (mai 1927) ai Le jeu de tout dire est une des plus tragiques inventions de l’inquiétude actue
1151e tout dire est une des plus tragiques inventions de l’inquiétude actuelle. Sous couleur de démasquer l’humain, et par l’a
1152é qu’on y apporte, l’on en vient à une conception de la sincérité qui me paraît proprement inhumaine. Tout dire, vraiment 
1153inhumaine. Tout dire, vraiment ? C’est l’exigence d’une détresse cachée ; elle fait bientôt considérer toute joie comme il
1154sincérité ne serait-elle à son tour que le masque d’un goût du malheur ? Le sujet profond de ce roman, où l’on voit commen
1155le masque d’un goût du malheur ? Le sujet profond de ce roman, où l’on voit comment Pierre en vient à sacrifier Diane, son
1156écrivait Mon Corps et Moi. Quand l’analyse féroce de Crevel fouille les pensées de Pierre ou de Diane, les gestes d’Arthur
1157nd l’analyse féroce de Crevel fouille les pensées de Pierre ou de Diane, les gestes d’Arthur, le roman vit et nous touche
1158féroce de Crevel fouille les pensées de Pierre ou de Diane, les gestes d’Arthur, le roman vit et nous touche par la force
1159lle les pensées de Pierre ou de Diane, les gestes d’Arthur, le roman vit et nous touche par la force de ce tourment ou de
1160’Arthur, le roman vit et nous touche par la force de ce tourment ou de ce sauvage égoïsme ; mais qu’elle s’acharne sur le
1161vit et nous touche par la force de ce tourment ou de ce sauvage égoïsme ; mais qu’elle s’acharne sur le détail dégoûtant e
1162elle s’acharne sur le détail dégoûtant et mesquin de certain milieu bourgeois, et l’on voit bien que l’auteur n’est pas en
1163n voit bien que l’auteur n’est pas encore détaché de la matière pour en tirer une œuvre d’art. La sincérité audacieuse mai
1164ore détaché de la matière pour en tirer une œuvre d’art. La sincérité audacieuse mais sans bravade qui donne à ce livre sa
1165 mais sans bravade qui donne à ce livre sa valeur de document humain, nuit à sa valeur littéraire. Je n’aime guère ce styl
1166ttéraire. Je n’aime guère ce style abstrait, semé de redites et d’expressions toutes faites qui trahissent une écriture hâ
1167’aime guère ce style abstrait, semé de redites et d’expressions toutes faites qui trahissent une écriture hâtive. Mais il
1168ent une écriture hâtive. Mais il y a dans l’œuvre de René Crevel un sens de la douleur et un sérieux humain qui forcent la
1169. Mais il y a dans l’œuvre de René Crevel un sens de la douleur et un sérieux humain qui forcent la sympathie. p. 690
36 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927)
1170 [p. 693] Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927) aj Nocturnes aux caresses coupantes comme cer
1171resses coupantes comme certaines herbes. Capitale de la douleur ak , ce sont de belles syllabes sereines, et dans cette vi
1172aines herbes. Capitale de la douleur ak , ce sont de belles syllabes sereines, et dans cette ville, Éluard est le plus séd
1173s noctambules. Rêves éveillés, entre deux gorgées d’un élixir dont il voudrait bien nous faire croire que le diable [p. 69
1174ire que le diable [p. 694] est l’auteur. Beaucoup d’oiseaux volètent, se balancent au bord des verres, se posent sur les c
1175cent au bord des verres, se posent sur les cordes d’une lyre dont ils font grésiller l’accord, une patte en l’air, becquèt
1176 l’accord, une patte en l’air, becquètent le cœur d’une femme qui va les étrangler doucement. Ces vers sont de jolies flèc
1177mme qui va les étrangler doucement. Ces vers sont de jolies flèches empoisonnées. Quelque chose, tout de même, de laqué, d
1178lèches empoisonnées. Quelque chose, tout de même, de laqué, d’élégant, de « bien français » ; et le mot sang n’évoque ici
1179oisonnées. Quelque chose, tout de même, de laqué, d’élégant, de « bien français » ; et le mot sang n’évoque ici qu’une tac
1180Quelque chose, tout de même, de laqué, d’élégant, de « bien français » ; et le mot sang n’évoque ici qu’une tache de coule
1181çais » ; et le mot sang n’évoque ici qu’une tache de couleur, plus sentimental que cruel. « J’ai la beauté facile et c’est
1182sque pas sa blessure. Mais c’est ici qu’il s’agit de ne pas confondre inexplicable avec incompréhensible. p. 693 aj
37 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927)
1183chelle, La Suite dans les idées (mai 1927) al « De quoi s’agit-il ? de détruire ou de rafistoler ? » Entre ces deux tent
1184s les idées (mai 1927) al « De quoi s’agit-il ? de détruire ou de rafistoler ? » Entre ces deux tentations, cédant à l’u
1185i 1927) al « De quoi s’agit-il ? de détruire ou de rafistoler ? » Entre ces deux tentations, cédant à l’une autant qu’à
1186un ? Non, enfin un. Tous les autres y ont apporté de secrètes complaisances, ou une arrière-pensée d’apologie, ou même sim
1187 de secrètes complaisances, ou une arrière-pensée d’apologie, ou même simplement un besoin d’être aimés qui faussaient leu
1188e-pensée d’apologie, ou même simplement un besoin d’être aimés qui faussaient leurs voix pour les rendre plus touchantes.
1189une saine rudesse. « Il s’examine jusqu’au ventre de sa mère et cognoit que dès lors il a esté corrompu et infect et adonn
1190te » qui révèle encore dans le fond quelque chose de solide, d’authentique. J’aime cette violence de redressement où je di
1191vèle encore dans le fond quelque chose de solide, d’authentique. J’aime cette violence de redressement où je distingue bie
1192e de solide, d’authentique. J’aime cette violence de redressement où je distingue bien autre chose que les « éclats de l’i
1193où je distingue bien autre chose que les « éclats de l’impuissance ». Un plus délicat eut compris que certains des morceau
1194hique. Et puis, tout de même, on est bien heureux de rencontrer chez les jeunes écrivains français un homme qui ait à ce p
1195ains français un homme qui ait à ce point le sens de l’époque, une vision si claire et si tragique de la civilisation d’Oc
1196 de l’époque, une vision si claire et si tragique de la civilisation d’Occident. Les questions capitales posées ailleurs d
1197ision si claire et si tragique de la civilisation d’Occident. Les questions capitales posées ailleurs depuis longtemps par
1198nce par quelques jeunes gens. Il faut louer Drieu d’avoir échappé au surréalisme en tant qu’il n’est que le triomphe de la
1199u surréalisme en tant qu’il n’est que le triomphe de la littérature sur la vie, mais d’avoir su en garder une passion pour
1200ue le triomphe de la littérature sur la vie, mais d’avoir su en garder une passion pour la pureté, un « jusqu’au boutisine
1201ion, — et je sais bien que c’est là un des signes de sa décadence. Il y a du chirurgien chez ce soldat devenu « scribe » e
1202utal : mais faisons-lui confiance, voici un homme d’aujourd’hui, presque sans pose, et décidé à mépriser le bluff. p. 6
38 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927)
1203 sympathique Paterne. Sous le fallacieux prétexte d’une flânerie de saison, vous vous attardez aux terrasses des cafés. Pe
1204terne. Sous le fallacieux prétexte d’une flânerie de saison, vous vous attardez aux terrasses des cafés. Peut-être va-t-el
1205 voici Pierre Girard : lui seul connaît l’adresse de Patsy, mais il ne veut pas vous la donner. Alors pour vous venger, vo
1206aphiques vous fatigue ; que c’est une vraie manie de nommer à tout propos d’Annunzio, Pola Negri, Charly Clerc, Mrs. Balfo
1207que c’est une vraie manie de nommer à tout propos d’Annunzio, Pola Negri, Charly Clerc, Mrs. Balfour. Vous parlez de « pro
1208la Negri, Charly Clerc, Mrs. Balfour. Vous parlez de « procédés lassants ». Pierre Girard n’écoute plus : il pense à des V
1209e globe dans son voyage « est arrivé à un endroit de l’éther où il y a du bonheur ». Vous reconnaissez que Pierre Girard e
1210nnaissez que Pierre Girard est un peu responsable de cette douceur de vivre. Déjà vous ne niez plus sa drôlerie, son aisan
1211re Girard est un peu responsable de cette douceur de vivre. Déjà vous ne niez plus sa drôlerie, son aisance. Vous accordez
1212ance. Vous accordez que s’il force un peu la dose de fantaisie, c’est plutôt par excès de facilité que par recherche. Vous
1213 peu la dose de fantaisie, c’est plutôt par excès de facilité que par recherche. Vous voilà même tenté de l’en féliciter.
1214facilité que par recherche. Vous voilà même tenté de l’en féliciter. Bien plus, vous découvrez dans ses fantoches une mali
1215proche M. Piquedon de Buibuis, qui parle toujours de Weber… Mais au fait, si vous n’aviez pas lu ce livre ? Ah ! sans hési
1216vre ? Ah ! sans hésiter, je vous ferais un devoir de ce plaisir. Un devoir !… Car hélas, l’on n’est pas impunément concito
1217… Car hélas, l’on n’est pas impunément concitoyen de cet oncle Abraham qui interdit à Paterne son neveu de fumer le matin,
1218et oncle Abraham qui interdit à Paterne son neveu de fumer le matin, de sortir la [p. 115] nuit, et qui lui fait jurer sur
1219i interdit à Paterne son neveu de fumer le matin, de sortir la [p. 115] nuit, et qui lui fait jurer sur la Bible de ne pas
1220[p. 115] nuit, et qui lui fait jurer sur la Bible de ne pas entrer dans les cafés. Et puis, c’est égal, ce soir, tout cela
1221es désertes glisse un grand souffle oblique plein de fraîcheur et de pardon. » p. 114 am. « Pierre Girard : Connais
1222se un grand souffle oblique plein de fraîcheur et de pardon. » p. 114 am. « Pierre Girard : Connaissez mieux le cœu
39 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927)
1223 (août 1927) an Ces trois nouvelles n’ont guère de commun entre elles que la forme : ce sont de lentes réminiscences, de
1224uère de commun entre elles que la forme : ce sont de lentes réminiscences, des évocations intérieures, — et dans l’abandon
1225, des évocations intérieures, — et dans l’abandon de leurs méandres, peu à peu, se précisent les circonstances d’une avent
1226andres, peu à peu, se précisent les circonstances d’une aventure ancienne. Entre hier et demain : Une femme « encore jeun
1227t demain : Une femme « encore jeune » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un hom
1228e femme « encore jeune » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un homme médite à c
1229eune » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un homme médite à côté du corps de so
1230i aurait pu être… Un homme médite à côté du corps de son ami suicidé pour une femme qu’ils ont aimé tous deux (L’Amie du M
1231ous deux (L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le récit d’un été de vacances, quand les premières inquiétudes du désir viennent
1232(L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le récit d’un été de vacances, quand les premières inquiétudes du désir viennent troubler
1233 premières inquiétudes du désir viennent troubler de ravissantes amours d’adolescents. Et c’est Un vieil été. Cette nouvel
1234 du désir viennent troubler de ravissantes amours d’adolescents. Et c’est Un vieil été. Cette nouvelle, très supérieure au
1235eux autres, est une réussite rare par la justesse de l’observation autant que par la sympathie de l’auteur pour ses héros.
1236esse de l’observation autant que par la sympathie de l’auteur pour ses héros. Indulgence et regrets, un ton qui permet le
1237i permet le tact dans la hardiesse. On reste ravi de tant d’adresse sous un air de facilité qui serait presque de la nonch
1238 le tact dans la hardiesse. On reste ravi de tant d’adresse sous un air de facilité qui serait presque de la nonchalance.
1239esse. On reste ravi de tant d’adresse sous un air de facilité qui serait presque de la nonchalance. M. Vaudoyer ressuscite
1240dresse sous un air de facilité qui serait presque de la nonchalance. M. Vaudoyer ressuscite ces adolescences [p. 245] avec
1241 [p. 245] avec une tendre minutie, avec une sorte d’amoureuse application du souvenir, d’une séduction certaine. C’est un
1242ec une sorte d’amoureuse application du souvenir, d’une séduction certaine. C’est un art de détails ; mais si délicat et d
1243 souvenir, d’une séduction certaine. C’est un art de détails ; mais si délicat et d’une si subtile convenance avec son obj
1244ine. C’est un art de détails ; mais si délicat et d’une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvreri
1245 ; l’évocation toute nervalienne en sa nostalgie, de la jeune étrangère dont on rêve à quinze ans ; et voici ce je ne sais
1246 réalité ressuscitée… » Sachons gré à M. Vaudoyer d’avoir su donner à ces œuvrettes une si exquise humanité : par lui le «
40 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Rainer Maria Rilke (décembre 1927)
1247anique, il faudra opposer l’excellent petit livre d’Edmond Jaloux. C’est un recueil de divers articles et essais, dont cer
1248ent petit livre d’Edmond Jaloux. C’est un recueil de divers articles et essais, dont certains — le Message de Rilke — sont
1249rs articles et essais, dont certains — le Message de Rilke — sont du meilleur Jaloux, de ce Jaloux qui sait parler mieux q
1250 — le Message de Rilke — sont du meilleur Jaloux, de ce Jaloux qui sait parler mieux que personne des poètes scandinaves e
1251loux, qui a rencontré plusieurs fois Rilke, trace de lui un portrait qu’on dirait, en peinture, très « interprété ». Non p
1252. Non pas une photographie morale, mais une sorte de synthèse de l’homme et de l’homme dans son œuvre, qui est peut-être p
1253e photographie morale, mais une sorte de synthèse de l’homme et de l’homme dans son œuvre, qui est peut-être plus vraie qu
1254 morale, mais une sorte de synthèse de l’homme et de l’homme dans son œuvre, qui est peut-être plus vraie que le vrai, je
1255enne que ne fut Rilke. Rilke y apparaît comme une de ces âmes mystiques et raffinées telles qu’on en découvre chez certain
1256e cet univers dont je rêvais n’était pas un objet de songe mais d’expérience ». Mais une telle « expérience », je crois, n
1257dont je rêvais n’était pas un objet de songe mais d’expérience ». Mais une telle « expérience », je crois, ne peut être se
1258religion qu’aux convertis — qui n’ont plus besoin de preuves. Il reste qu’un livre comme celui-ci tend un merveilleux pièg
1259in que la sempiternelle « stratégie littéraire », de gazetiers ; au cœur de ces sujets qui paraît-il, ne sont pas d’actual
1260 « stratégie littéraire », de gazetiers ; au cœur de ces sujets qui paraît-il, ne sont pas d’actualité : la solitude, la m
1261 au cœur de ces sujets qui paraît-il, ne sont pas d’actualité : la solitude, la maladie, la peur. p. 787 ao. « Edmond
41 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Bopp, Interférences (décembre 1927)
1262tion littéraire. Bien sûr, c’est cela, le malaise d’écrire. Bopp est très intelligent. Et plein de verve, et pas embarrass
1263ise d’écrire. Bopp est très intelligent. Et plein de verve, et pas embarrassé du tout pour vous lâcher un beau pavé mathém
1264ue au milieu d’une effusion « lyrique », histoire de n’avoir pas l’air dupe. Mais il a des façons parfois bien désobligean
1265 Mais il a des façons parfois bien désobligeantes de voir juste. Et quand son bonhomme se plaint de ce que son œuvre lui a
1266es de voir juste. Et quand son bonhomme se plaint de ce que son œuvre lui apparaît en même temps que « fatale », « si arbi
1267u phénomène littéraire. La « Promenade » du héros de Bopp est une sorte de pensum. Cela rend peut-être moins convaincantes
1268. La « Promenade » du héros de Bopp est une sorte de pensum. Cela rend peut-être moins convaincantes certaines de ses rema
1269Cela rend peut-être moins convaincantes certaines de ses remarques sur l’inspiration. D’autre part la simplicité de l’obje
1270ues sur l’inspiration. D’autre part la simplicité de l’objet était nécessaire à la sécurité de cette sorte d’analyse, — en
1271plicité de l’objet était nécessaire à la sécurité de cette sorte d’analyse, — encore que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu
1272jet était nécessaire à la sécurité de cette sorte d’analyse, — encore que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu’il était de ta
1273re que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu’il était de taille à affronter d’autres dédales ! Mais il a su mettre plus de cho
1274onter d’autres dédales ! Mais il a su mettre plus de choses qu’il n’y paraît d’abord dans ces 50 pages. Beaucoup sont exce
1275même est une réussite. Léon Bopp, c’est le combat d’un tempérament avec l’esprit de géométrie. Un scientisme assez insolen
1276p, c’est le combat d’un tempérament avec l’esprit de géométrie. Un scientisme assez insolent et les joyeuses révoltes de s
1277cientisme assez insolent et les joyeuses révoltes de sa verve « interfèrent » en lui. Et aussi (presque imperceptible, mai
1278ète complaisance à se regarder vivre qui est bien d’aujourd’hui — entre autres. p. 791 ap. « Léon Bopp : Interférence
42 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Billets aigres-doux (janvier 1927)
1279perdues Sur le mont gris pâlissants Des bouquets de vagues brumes. Insulter ta beauté froide ? Oui, mais à qui s’adresser
1280s pleurs, Lors je baise votre main Comme on signe d’un faux nom. p. 40 c. « Billets aigres-doux », Revue de Belles-
43 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927)
1281 [p. 54] Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927) d Comme le démiurge venait de peser sur le
1282bisme (janvier 1927) d Comme le démiurge venait de peser sur le commutateur des étoiles… l’une, se décrochant sans plus
1283ateur des étoiles… l’une, se décrochant sans plus d’hésitation, se mit à pérégriner dans les régions de chasse gardée du c
1284’hésitation, se mit à pérégriner dans les régions de chasse gardée du ci-devant soleil. C’est là qu’Urbain, premier du nom
1285 famille, laquelle n’avait compté jusqu’alors que d’authentiques avocats et un chapelier dont tous s’accordaient à dire qu
1286accordaient à dire qu’il ne péchait que par excès de bonne humeur printanière, Urbain donc, premier mauvais garçon d’une r
1287 printanière, Urbain donc, premier mauvais garçon d’une race entre toutes bénie — par qui ? elle était anticléricale, on n
1288pudiquement dissimulé. Vers 1 heure, elle éclaira d’une rose caresse lumineuse la chevelure rouge d’Urbain, et son nez, le
1289a d’une rose caresse lumineuse la chevelure rouge d’Urbain, et son nez, lequel, par ses dimensions remarquablement exagéré
1290s remarquablement exagérées, lui valait le surnom de Bin-Bin. Urbain ouvrit les yeux et ne vit rien. On rappelle que les é
1291 On rappelle que les étoiles s’étaient décrochées de leur poste dans l’éternité. « Éternité désaffectée, c’est bien dommag
1292chercher [p. 55] dans le souvenir les vent-coulis de la mort. Garçon, un café, un ! » Mais l’étoile chantait dans l’axe de
1293un café, un ! » Mais l’étoile chantait dans l’axe de sa vie normale et s’approchait en faisant la roue — celle à qui souri
1294oue — celle à qui sourit la Fortune. Urbain, fort d’une hérédité judiciaire et française, dédaigna des avances que la pert
1295e et française, dédaigna des avances que la perte de son sens de l’éternel rendait pourtant considérables, au sens étymolo
1296se, dédaigna des avances que la perte de son sens de l’éternel rendait pourtant considérables, au sens étymologique du ter
44 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Dans le Style (janvier 1927)
12971] Dans le Style (janvier 1927) e Nous recevons d’un Bellettrien facétieux cet « Hommage à Paul Morand » : Billet circ
1298 : Billet circulaire pour Paul Morand, auteur de « Lewis et Irène » L’auteur de maint roman de caractère gras quitte
1299ul Morand, auteur de « Lewis et Irène » L’auteur de maint roman de caractère gras quitte Charing-Cross, songeant aux titr
1300ur de « Lewis et Irène » L’auteur de maint roman de caractère gras quitte Charing-Cross, songeant aux titres, aux tire-l’
1301matique, fait balle au cerveau du poète qui meurt de sommeil naturel. Le tunnel sous la Manche escamoté, le train dépose d
1302tenant des Anglais fragiles. L’aube tire un écran de pluies sur le paysage commercial. Terminus : Morand, s’éveillant en f
1303: Mardi dernier a été célébré en l’église grecque de la rue Georges Bizet le mariage de M. Paul Morand avec la princesse H
1304église grecque de la rue Georges Bizet le mariage de M. Paul Morand avec la princesse Hélène-C. Soutzo. Les témoins étaien
1305 la mariée : Son Excellence M. Diamanty, ministre de Roumanie à Paris. C’est encore mieux dans le style. p. 61 e. « D
45 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Lettre du survivant (février 1927)
1306’abord que je m’excuse : c’est un peu prétentieux de vous écrire au moment où je vais me suicider, d’autant plus que vous
1307 de vous écrire au moment où je vais me suicider, d’autant plus que vous n’y croirez pas — et pourtant… Il faut aussi que
1308ez ne pas voir dans cette phrase quelque allusion de mauvais goût.) Je vous ai rencontrée quatre ou cinq fois dans des lie
1309 ai rencontrée quatre ou cinq fois dans des lieux de plaisir, comme on dit, sans doute parce que c’est là que se nouent le
1310 existiez en moi, à certain désagrément que j’eus de vous voir si entourée… D’autres fois… je n’ai plus le courage de les
1311 entourée… D’autres fois… je n’ai plus le courage de les dire. Enfin, avant-hier, à ce bal. [p. 68] J’avais demandé à un
1312ant-hier, à ce bal. [p. 68] J’avais demandé à un de mes amis, qui vous connaît 4 , de me présenter. Il m’en avait donné l
1313is demandé à un de mes amis, qui vous connaît 4 , de me présenter. Il m’en avait donné la promesse. Vos regards rencontrèr
1314romesse. Vos regards rencontrèrent les miens plus d’une fois pendant une danse qu’il fit avec vous, mais vous les détourni
1315ecrètement attirante ; et je pensais que la force de mon désir était telle que vous en éprouviez vaguement la menace. Je d
1316sais quel démon du malheur me paralysa. Je venais d’entrevoir l’image d’un couple heureux et banal, votre sourire répondan
1317alheur me paralysa. Je venais d’entrevoir l’image d’un couple heureux et banal, votre sourire répondant au mien, comme on
1318 vexé ; vous disparaissiez au milieu d’un cortège de rires empressés. Une autre danse reprenait. Je sentis une invincible
1319dait, en passant, si j’étais malade. Je désignais d’un geste incertain quelques bouteilles de champagne vides ; car on par
1320ésignais d’un geste incertain quelques bouteilles de champagne vides ; car on pardonne l’ivresse, mais non certaines doule
1321 mais non certaines douleurs. Même, je fus obligé de confier à un ami que j’en avais repris … Les archets jouaient sur mes
1322res géantes aux pensées, [p. 69] le ciel trop bas d’un rêve sans issue, pesant comme l’envie d’un sommeil sans fin… J’avai
1323op bas d’un rêve sans issue, pesant comme l’envie d’un sommeil sans fin… J’avais soif, mais la seule vue d’un liquide me s
1324sommeil sans fin… J’avais soif, mais la seule vue d’un liquide me soulevait le cœur. L’aube parut. On éteignit toutes les
1325que j’écrivis à ma table en désordre où je venais de jeter mon col de smoking et un œillet, pauvre gentillesse d’une autre
1326a table en désordre où je venais de jeter mon col de smoking et un œillet, pauvre gentillesse d’une autre femme dont le se
1327n col de smoking et un œillet, pauvre gentillesse d’une autre femme dont le seul défaut fut de m’aimer… (Froid aux genoux,
1328illesse d’une autre femme dont le seul défaut fut de m’aimer… (Froid aux genoux, odeur de vieille fumée, et ce refus au so
1329l défaut fut de m’aimer… (Froid aux genoux, odeur de vieille fumée, et ce refus au sommeil qui meurtrit jusqu’à l’âme.)  
1330mmeil qui meurtrit jusqu’à l’âme.)   Convulsions d’oriflammes sur l’orchestre pensif. Ton re gard est plus grand que le c
1331e chambre étroite…   J’ai dormi quelques heures, d’un sommeil triste, tout enfiévré par la crainte du réveil. Puis je sui
1332 disais-je elle y entrera, et, me glissant auprès d’elle, je pourrai lui dire très vite quelques mots si bouleversants qu’
1333raître si perdu. Chaque fois [p. 70] qu’un paquet de dix personnes s’engouffrait dans la cage rouge et or et s’élevait, j’
1334r descendant… Il aurait fallu monter, mais l’idée de vous trouver peut-être assise en face de votre bel ami laqué, sourian
1335oule qui se précipitait, mais je n’avais pas pris de numéro, je ne pouvais pas monter. Je finissais par vous voir partout.
1336Je finissais par vous voir partout. Chaque visage de femme révélait soudain un trait de votre visage. Il aurait fallu cour
1337 Chaque visage de femme révélait soudain un trait de votre visage. Il aurait fallu courir après celle-là qui venait de tou
1338 Il aurait fallu courir après celle-là qui venait de tourner à l’angle de cette rue et qui avait votre démarche. Mais, pen
1339ir après celle-là qui venait de tourner à l’angle de cette rue et qui avait votre démarche. Mais, pendant ce temps, vous p
1340éticents, maladroits, contradictoires… Un autobus de luxe s’était arrêté tout près de moi. Je vis un visage à l’intérieur
1341 Mais je n’osais presque pas la regarder, à cause d’une incertitude qui redonnait tout son empire à ma timidité. Peut-être
1342tre était-ce vous. Je ne saurai jamais. À l’arrêt de la Place [p. 71] Saint-Michel, elle sortit, en me frôlant, sans me re
1343s parapluies la dérobèrent à mes yeux. Une bouche de métro m’attira. Les rames s’arrêtaient avec un sifflement particulièr
1344utes les femmes que j’ai fait souffrir cette nuit d’un long regard de damné. À minuit, tellement épuisé que je mêlais à me
1345ue j’ai fait souffrir cette nuit d’un long regard de damné. À minuit, tellement épuisé que je mêlais à mes pensées des fra
1346 épuisé que je mêlais à mes pensées des fragments de rêves et les personnages des affiches, tout en marchant sans fin dans
1347nts, je me pris à parler à haute voix, par bribes de phrases incohérentes. Je voyais avec une sombre joie les employés et
1348 les voyageurs s’inquiéter. Bientôt on m’entraîna de force sur un trottoir roulant qui me remonta dans la rue. La fraîcheu
1349 roulant qui me remonta dans la rue. La fraîcheur de la brume m’apaisa. Sur la promesse que je fis que je me sentais mieux
1350tre maintenant 5 heures du matin. Premiers appels d’autos dans la ville, mais il me semble que toutes choses s’éloignent d
1351, mais il me semble que toutes choses s’éloignent de moi vertigineusement, par cette aube incolore. Il y a vingt-quatre he
1352du la notion du temps. Je ne me souviens plus que de cette déception insupportable et définitive de mon désir. Je ne vous
1353ue de cette déception insupportable et définitive de mon désir. Je ne vous en accuse pas. À peine si je puis encore évoque
1354-je pas vraiment aimée, mais bien ce goût profond de ma destruction, [p. 72] ce rongement, cette sournoise recherche de to
1355, [p. 72] ce rongement, cette sournoise recherche de tout ce qui me navre au plus intime de mon être… Le revolver est char
1356 recherche de tout ce qui me navre au plus intime de mon être… Le revolver est chargé, sur cette table. (Je le caresse, en
1357sse, entre deux phrases.) Mais voici que ce geste de ma mort aussi me lasse, l’image que je m’en forme… Je ne comprends pl
46 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Orphée sans charme (février 1927)
1358ur », écrivait Cocteau dans la préface des Mariés de la Tour Eiffel. Et une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’i
1359préface des Mariés de la Tour Eiffel. Et une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul symbole dan
1360 Eiffel. Et une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul symbole dans la pièce. » Ce qui me gêne
1361e dans la pièce. » Ce qui me gêne pourtant, c’est d’y découvrir possibles deux interprétations symboliques au moins ; de n
1362ibles deux interprétations symboliques au moins ; de ne pouvoir m’empêcher d’y songer sans cesse en lisant cette « tragédi
1363s symboliques au moins ; de ne pouvoir m’empêcher d’y songer sans cesse en lisant cette « tragédie » ; de ne pouvoir m’emp
1364 songer sans cesse en lisant cette « tragédie » ; de ne pouvoir m’empêcher non plus de soupçonner Cocteau d’en avoir plus
1365 « tragédie » ; de ne pouvoir m’empêcher non plus de soupçonner Cocteau d’en avoir plus ou moins consciemment concerté la
1366pouvoir m’empêcher non plus de soupçonner Cocteau d’en avoir plus ou moins consciemment concerté la possibilité. Orphée, p
1367, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchissent l’air. » Il prétend « traquer l’inconnu
1368 prétend « traquer l’inconnu ». Sa femme l’accuse de « vouloir faire admettre que la poésie consiste à écrire une phrase »
1369est un poème, un poème du rêve, une fleur du fond de la mort. » Or, on découvre à la fin de la pièce que c’est une anagram
1370ur du fond de la mort. » Or, on découvre à la fin de la pièce que c’est une anagramme un peu ordurière. Ainsi les rêves pu
1371s, donnés à la fois comme poèmes et comme dictées de l’inconscient, au fond desquels on a si vite fait de distinguer les q
1372l’inconscient, au fond desquels on a si vite fait de distinguer les quelques préoccupations assez simples dont l’étude cha
1373ursuivre le jeu. Et puis, il y a aussi des sortes de calembours… [p. 86] Art chrétien, a-t-on dit 5 . Certes, cette pièce
1374n dit 5 . Certes, cette pièce n’est pas dépourvue de certaines des qualités qui, selon Max Jacob, permettraient seules de
1375alités qui, selon Max Jacob, permettraient seules de taxer de chrétienne une œuvre d’art. Mais, d’autre part, cette équivo
1376i, selon Max Jacob, permettraient seules de taxer de chrétienne une œuvre d’art. Mais, d’autre part, cette équivoque des s
1377ettraient seules de taxer de chrétienne une œuvre d’art. Mais, d’autre part, cette équivoque des symboles, cette simplicit
1378dmire sans émoi. ⁂ Certes, les qualités scéniques de cette pièce sont grandes. Je ne saurais même indiquer aucun endroit p
1379cipes chers à l’auteur du Secret professionnel et de la préface des Mariés — principes dont l’énoncé brillant et définitif
1380tif restera l’un des titres les plus authentiques de Cocteau. Précision et relief du dialogue, ingénieuse utilisation des
1381se utilisation des expressions courantes, maximum de « situation » des personnages obtenu avec un minimum de répliques ; e
1382ituation » des personnages obtenu avec un minimum de répliques ; enfin, un style parfaitement pauvre dans le détail, un vr
1383parfaitement pauvre dans le détail, un vrai style de théâtre, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d’une familiari
1384 pauvre dans le détail, un vrai style de théâtre, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d’une familiarité [p. 87] d
1385tre, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d’une familiarité [p. 87] dramatique qui cerne le mystère d’un trait pur
1386miliarité [p. 87] dramatique qui cerne le mystère d’un trait pur. Il semble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il
1387es. « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur », disait le photographe des Mariés. Dans Orphé
1388n somme, ce qu’il faut reprocher à Cocteau, c’est d’avoir réussi complètement une pièce, prouvant une fois de plus que l’a
1389pièce, prouvant une fois de plus que l’atmosphère de l’« art pur » n’est pas respirable. Il ne manque rien à Orphée, sinon
1390rphée, sinon peut-être cette indispensable « part de Dieu » — comme dit Gide — qui serait aussi la part de l’humain, l’imp
1391ieu » — comme dit Gide — qui serait aussi la part de l’humain, l’imperfection secrète qui fait naître l’amour. Parce que l
1392’une fois de plus, Cocteau a comprimé des pétales de roses dans du cristal taillé, selon toutes les règles de l’art, mais
1393s dans du cristal taillé, selon toutes les règles de l’art, mais que l’essence obtenue, si elle est de rose, est sans parf
1394de l’art, mais que l’essence obtenue, si elle est de rose, est sans parfum.   (Tout de même, Cocteau est un poète : j’en v
1395ur mon compte, dans le fait que je ne sais parler de lui autrement que par métaphores.) p. 85 g. « Orphée sans charme
47 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’autre œil (février 1927)
1396que s’ouvre où l’on attend un miracle pour la fin de la semaine. « Messieurs, disait Dardel, y a pas à tortiller, il faut
1397s ne sommes pas des imbéciles, nous ne sommes pas de ces gens qui croient que 2 et 2 font 22, et qui confondent Jérôme et
1398out ça semble idiot. Il y a des soirs où une idée de la responsabilité s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s’agit de
1399s soirs où une idée de la responsabilité s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s’agit de déranger 5 000 personnes en h
1400 s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s’agit de déranger 5 000 personnes en huit soirées, et de les occuper quatre he
1401t de déranger 5 000 personnes en huit soirées, et de les occuper quatre heures durant… Mais la vision, rapidement entrevue
1402trevue par chacun dans son for le plus intérieur, d’une fuite en auto, nous rassure provisoirement… Prosopopée, à propos
1403e, édentée et tâchant à prendre un accent anglais d’un comique assez macabre. Ses derniers sectateurs, désignant d’un doig
1404assez macabre. Ses derniers sectateurs, désignant d’un doigt impitoyable son flanc déjà meurtri, la suivaient en hurlant :
1405oi là ! »… Est-il plus atroce spectacle que celui d’une maîtresse jadis belle et diserte qui tombe au ruisseau en prononça
1406le et diserte qui tombe au ruisseau en prononçant de séniles calembours… Pénétrés d’horreur, les Bellettriens avaient fui.
1407eau en prononçant de séniles calembours… Pénétrés d’horreur, les Bellettriens avaient fui. Au détour d’une ivresse, ils re
1408’horreur, les Bellettriens avaient fui. Au détour d’une ivresse, ils rencontrèrent une créature évadée d’anciens rêves qui
1409ne ivresse, ils rencontrèrent une créature évadée d’anciens rêves qui hantait les limbes depuis un an déjà. Ils ne tardère
1410rdèrent pas à reconnaître Cinématoma. Naissance de Cinématoma Cinq Bellettriens furent commis au soin d’engendrer cet ad
1411inématoma Cinq Bellettriens furent commis au soin d’engendrer cet adorable monstre. Ils se réunissent parfois autour d’un
1412dorable monstre. Ils se réunissent parfois autour d’un feu et le contemplent un certain temps en silence. « Well ! » dit e
1413rojet à deux faces. Lugin, qui est théologien, et de la Tchaux, n’a pas la foi. Topin, Mahomet désabusé, constate que jama
1414de ce paludesque et stérile consistoire, une idée de génie vint s’asseoir certaine nuit. Elle parla par la bouche de Lugin
1415s’asseoir certaine nuit. Elle parla par la bouche de Lugin, sa langue dans la langue de Lugin : « Le rideau se lève sur un
1416 par la bouche de Lugin, sa langue dans la langue de Lugin : « Le rideau se lève sur un miroir qui occupe toute la largeur
1417se lève sur un miroir qui occupe toute la largeur de la scène. Titre : Socrate et Narcisse, un acte à grande figuration. »
1418uration. » Enfin l’on joua aux petits dés le sort de notre parade — et l’on gagna. Enthousiasmé, « Mimosa » partit pour la
1419 partit pour la Riviera afin de négocier la vente de cette martingale avec des surréalistes hétérodoxes. Il revint juste à
1420revint juste à temps pour assister à la cérémonie de la pose du point final de « Cinématoma ou les épanchements de la jeun
1421assister à la cérémonie de la pose du point final de « Cinématoma ou les épanchements de la jeune Synovie », parade « née
1422u point final de « Cinématoma ou les épanchements de la jeune Synovie », parade « née du mariage de nos veilles et de nos
1423ts de la jeune Synovie », parade « née du mariage de nos veilles et de nos rêves », ainsi que le disait si poétiquement le
1424ovie », parade « née du mariage de nos veilles et de nos rêves », ainsi que le disait si poétiquement le programme.   Un
1425le disait si poétiquement le programme.   Un peu d’histoire (erratum de la chronique de Mossoul). Belles-Lettres joua l’
1426ement le programme.   Un peu d’histoire (erratum de la chronique de Mossoul). Belles-Lettres joua l’Inspecteur de Gogol
1427me.   Un peu d’histoire (erratum de la chronique de Mossoul). Belles-Lettres joua l’Inspecteur de Gogol à l’époque où le
1428ue de Mossoul). Belles-Lettres joua l’Inspecteur de Gogol à l’époque où le Cuirassé Potemkine était interdit à l’écran. P
1429dit à l’écran. Pitoëff avait prêté un accent, Mme d’Assilva deux actrices, M. Grosclaude son fils Lucas Loukitch et une mi
1430ise en scène fort ingénieuse qui permit à Mossoul de se perdre dans des jupons autrement que par métaphore. À la Chaux-de-
1431 cent doigts dans deux lits. Combien cela fait-il de pieds et d’oreillles ? À signaler la fuite de Bec-de-Gaz, lequel s’ét
1432 dans deux lits. Combien cela fait-il de pieds et d’oreillles ? À signaler la fuite de Bec-de-Gaz, lequel s’éteignit dans
1433-il de pieds et d’oreillles ? À signaler la fuite de Bec-de-Gaz, lequel s’éteignit dans les neiges. Un jour, on s’aperçut
48 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927)
1434 [p. 124] Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927) i Surprendre est peu
1435b. Ce soir-là, le programme comprenait : un film d’avant-guerre ; un film japonais ; Entr’acte et le Voyage imaginaire, d
1436ilm japonais ; Entr’acte et le Voyage imaginaire, de René Clair. La Mort de Phèdre (environ 1905) : quelques acteurs d’un
1437 et le Voyage imaginaire, de René Clair. La Mort de Phèdre (environ 1905) : quelques acteurs d’une troupe de province s’a
1438 Mort de Phèdre (environ 1905) : quelques acteurs d’une troupe de province s’agitent incompréhensiblement dans un décor tr
1439re (environ 1905) : quelques acteurs d’une troupe de province s’agitent incompréhensiblement dans un décor très pauvre, lé
1440rine ; et une crise intérieure par un court accès de danse de Saint-Guy. Art classique : la mort d’Hyppolite se passe en c
1441 une crise intérieure par un court accès de danse de Saint-Guy. Art classique : la mort d’Hyppolite se passe en coulisse.
1442ès de danse de Saint-Guy. Art classique : la mort d’Hyppolite se passe en coulisse. Mais Phèdre avoue tout « devant le cad
1443te bande est antérieure à l’époque du long baiser de conclusion. Le film japonais : une historiette un peu plus banale que
1444 bien photographiée. C’est le film du type « Jeux de soleil dans les jardins, complets variés, ça fait toujours plaisir de
1445ardins, complets variés, ça fait toujours plaisir de voir des gens bien habillés. » Soudain éclate Entr’acte (1925). « Une
144625). « Une étude sur le Monde des Rêves ». Rondes de cheminées dans le ciel où des pressentiments clignent de l’œil. Des p
1447inées dans le ciel où des pressentiments clignent de l’œil. Des poupées en baudruche gonflent leur tête jusqu’à éclater, t
1448sent au fond à toute vitesse. Rigueur voluptueuse d’une colonnade, puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gr
1449 Rigueur voluptueuse d’une colonnade, puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] m
1450, puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de pa
1451hec serré, mais sur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de papier, sur fond de
1452 d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de papier, sur fond de boulevards et parmi les toits flottants, c’est as
1453t à descendre un petit bateau de papier, sur fond de boulevards et parmi les toits flottants, c’est assez tragique. Mitrai
1454its flottants, c’est assez tragique. Mitrailleuse de phares d’auto, les 100 000 yeux de la nuit. Des imprécisions rapides.
1455nts, c’est assez tragique. Mitrailleuse de phares d’auto, les 100 000 yeux de la nuit. Des imprécisions rapides. Un chasse
1456. Mitrailleuse de phares d’auto, les 100 000 yeux de la nuit. Des imprécisions rapides. Un chasseur, toujours sur son toit
1457asseur, toujours sur son toit ; il tire sur l’œuf d’où naît une colombe. Chasse. Mais un papillon éclatant qui battait de
1458be. Chasse. Mais un papillon éclatant qui battait de l’aile un dixième de seconde, par intermittences, se pose enfin sur l
1459apillon éclatant qui battait de l’aile un dixième de seconde, par intermittences, se pose enfin sur l’écran : une danseuse
1460e enfin sur l’écran : une danseuse sur une plaque de verre, vue par-dessous. Quelques miracles qui suivent sont embrumés d
1461ont embrumés dans mon souvenir par le rayonnement de la robe, fleur qui s’ouvre pour dégager le mouvement obsédant de deux
1462ur qui s’ouvre pour dégager le mouvement obsédant de deux jambes, l’harmonie de leurs arabesques à trois dimensions mêlées
1463 le mouvement obsédant de deux jambes, l’harmonie de leurs arabesques à trois dimensions mêlées avec une lenteur et une pe
1464. Ils revoient la danseuse, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, pu
1465danseuse, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, puis enfilent les Ch
1466, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, puis enfilent les Champs-Ély
1467nde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, puis enfilent les Champs-Élysées à une al
1468e Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, puis enfilent les Champs-Élysées à une allure grandissan
1469il roule dans les marguerites, il en sort un chef d’orchestre dont la baguette éteint tous les personnages et lui-même. ⁂
1470e pas 20 minutes. Et c’est heureux. Nous manquons d’entraînement dans le domaine du merveilleux moderne. Un peu plus et no
1471eux moderne. Un peu plus et nous demandions grâce de trop de plaisir. Mais [p. 126] je ne suis pas sûr que le plaisir du p
1472rne. Un peu plus et nous demandions grâce de trop de plaisir. Mais [p. 126] je ne suis pas sûr que le plaisir du public fû
1473’enterrement au ralenti, à l’éclatement des têtes de poupées, à la conclusion. Ce n’est pas le bon rire de cinéma. Quand l
1474oupées, à la conclusion. Ce n’est pas le bon rire de cinéma. Quand la danseuse paraît, ils n’attendent que le moment où il
1475 là par exemple, où nous ne pouvons nous empêcher d’admirer l’utilisation artistique ingénieuse et précise de certaines th
1476er l’utilisation artistique ingénieuse et précise de certaines théories sur le rêve, le peuple, qui n’a pas vu ces dessous
1477n ça, c’est comme quand on rêve. » Un des défauts d’Entr’acte, c’est la fantaisie recherchée de certaines scènes (l’enterr
1478éfauts d’Entr’acte, c’est la fantaisie recherchée de certaines scènes (l’enterrement). Cela fait bizarre. Or, dans le mond
1479oit nous « transplanter », un certain naturel est de rigueur ; toute bizarrerie détourne du véritable miracle auquel nous
1480 du véritable miracle auquel nous assistons. Mais de pareils défauts sont presque inévitables dans une production de début
1481auts sont presque inévitables dans une production de début, et Entr’acte mérite d’être ainsi qualifié : c’est peut-être le
1482dans une production de début, et Entr’acte mérite d’être ainsi qualifié : c’est peut-être le premier film où l’on a fait d
1483aphiques. Ici le geste pictural remplace le geste de l’acteur. Un mouvement ne souligne pas, il exprime, et se suffit. Mai
1484is comme pour le film 1905, on a sans cesse envie de crier : « Trop de gestes ! » C’est une question d’épuration des moyen
1485ilm 1905, on a sans cesse envie de crier : « Trop de gestes ! » C’est une question d’épuration des moyens. Rendre le plus
1486e crier : « Trop de gestes ! » C’est une question d’épuration des moyens. Rendre le plus par le moins, c’est le fait d’un
1487oyens. Rendre le plus par le moins, c’est le fait d’un art à sa maturité. Mais ce sont là critiques de style. D’ores et dé
1488d’un art à sa maturité. Mais ce sont là critiques de style. D’ores et déjà, il faut admirer dans les films de René Clair u
1489e. D’ores et déjà, il faut admirer dans les films de René Clair un sens du miracle assez bouleversant. Et je ne parle pas
1490ersant. Et je ne parle pas du miracle genre conte de fée, comme le Voyage imaginaire en montre (beaucoup trop à mon [p. 12
1491cière transforme un homme en chien, cela n’a rien d’étonnant au cinéma. C’est la photographie d’une chose qui ne serait ét
1492 rien d’étonnant au cinéma. C’est la photographie d’une chose qui ne serait étonnante que dans le réel ; ce n’est pas enco
1493que dans le réel ; ce n’est pas encore un miracle de ciné. Et les fées paraissent vieux jeu avec leur baguette, pour moi q
1494miracle du cinéma, c’est, par exemple, l’éclosion d’une rose, un homme qui court au ralenti, certaines coïncidences de mou
1495omme qui court au ralenti, certaines coïncidences de mouvements… C’est une réalité quotidienne dans une lumière qui la mét
1496des nées des nécessités sociales — nous empêchent de découvrir la richesse immédiate. Surréel qui n’est pas synonyme d’inc
1497ichesse immédiate. Surréel qui n’est pas synonyme d’incompréhensible, non Madame, car alors quoi de plus surréaliste que l
1498 le film 1905. Ce n’est peut-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une aide puissan
1499 faisons nos premiers pas, étourdis, dans un pays d’illuminations vertigineuses, et nous en sommes encore à nous frotter l
1500and nos regards plus assurés sauront enfin gagner de vitesse les prodiges que déclenche René Clair, verrons-nous, pris par
1501s-nous, pris par surprise dans l’exploration ivre d’un projecteur, des signes fatidiques, le visage d’un ange. p. 124
1502d’un projecteur, des signes fatidiques, le visage d’un ange. p. 124 i. « Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Mirac
49 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Louis Aragon, le beau prétexte (avril 1927)
1503 je sens qu’une puissance étrangère s’est emparée de mon être et a saisi les cordes les plus secrètes de mon âme, qu’elle
1504 mon être et a saisi les cordes les plus secrètes de mon âme, qu’elle peut faire désormais vibrer à sa fantaisie, même si
1505n. I (Notes écrites en décembre 1925, au sortir d’une conférence sur le Salut de l’humanité.)   Ce soir en moi trépigne
1506bre 1925, au sortir d’une conférence sur le Salut de l’humanité.)   Ce soir en moi trépigne une rage. Sur quelles épaules
1507ne une rage. Sur quelles épaules jeter ce manteau de flammes, puis à qui dédier l’ennui de ma révolte ? Aragon sarcastique
1508 ce manteau de flammes, puis à qui dédier l’ennui de ma révolte ? Aragon sarcastique se tient là-bas dans un rayon échappé
1509our le pittoresque. — Attrape !   Il n’existe pas de théorie du salut. Il n’existe que des systèmes pour faire taire en no
1510 des Dieux, mais c’est pour détourner nos regards de cela qu’il faut bien nommer le Vide. Tant de séductions nous ont en v
1511s nous ont en vain tentés, ô tortures fascinantes de la sainteté, seules vous nous appelez encore hors de cette voix de l’
1512eules vous nous appelez encore hors de cette voix de l’infini où chancellent parmi les éclairs nos premiers pas. Aragon, d
1513lairs nos premiers pas. Aragon, dans ces tempêtes de nuits filantes où s’enfuient, souffles à peine parfumés, les vices en
15142] un ricanement splendide comme un éclat de rire de condamné à mort et à l’éternité. Le Diable avait pris des avocats don
1515s palinodies, font encore rêver les anges écœurés d’azur. Alors un juron mélodramatique, d’une voix torturée, hurle au Pap
1516es écœurés d’azur. Alors un juron mélodramatique, d’une voix torturée, hurle au Pape et au Diable un anathème sanglant. Lo
1517Diable un anathème sanglant. Louis Aragon, avocat de l’infini, annonce l’entrée de l’éternelle anarchiste, la Poésie.   On
1518ouis Aragon, avocat de l’infini, annonce l’entrée de l’éternelle anarchiste, la Poésie.   On dit : « Des mots ! » au lieu
1519!, trois mots dont l’un savant. Je ne connais pas de meilleur remède contre Dieu. Monsieur, vous avez dit : « C’est incomp
1520! » — avec une indignation où j’admire une pointe d’ironie vraiment supérieure. Car rien ne pouvait mieux exciter, signe d
1521érieure. Car rien ne pouvait mieux exciter, signe d’aise extrême, vos glandes salivaires, pourtant si éprouvées par le rep
1522la porte ferme bien sur l’infini. Rien à craindre de ce côté. Retournez à vos amours. ....................................
1523ou la poésie — et d’autres, à travers les déserts de la sainteté que hantent les fantômes adorables du désir, — quelques h
1524 quelques hommes [p. 133] y pénètrent, et le goût de s’amuser ne renaîtra plus en eux. Ni même celui de souffrir. Le derni
1525e s’amuser ne renaîtra plus en eux. Ni même celui de souffrir. Le dernier rire d’Aragon, c’est l’éclat de sa joie brusque
1526n eux. Ni même celui de souffrir. Le dernier rire d’Aragon, c’est l’éclat de sa joie brusque d’être seul sur un faux somme
1527souffrir. Le dernier rire d’Aragon, c’est l’éclat de sa joie brusque d’être seul sur un faux sommet vers quoi des faibles
1528r rire d’Aragon, c’est l’éclat de sa joie brusque d’être seul sur un faux sommet vers quoi des faibles s’efforcent — mais
1529es nargue. Il connaît enfin une solitude défendue de tous côtés par ses rires scandaleux, quelques « goujateries » affecté
1530ux, quelques « goujateries » affectées par mépris de l’honneur, le mot de Cambronne prodigué et des phrases d’un fascinant
1531eries » affectées par mépris de l’honneur, le mot de Cambronne prodigué et des phrases d’un fascinant éclat : « Ô grand Rê
1532neur, le mot de Cambronne prodigué et des phrases d’un fascinant éclat : « Ô grand Rêve, au matin pâle des édifices, ne qu
1533ne quitte plus, attiré par les premiers sophismes de l’aurore, ces corniches de craie où t’accoudant tu mêles tes traits p
1534les premiers sophismes de l’aurore, ces corniches de craie où t’accoudant tu mêles tes traits purs et labiles à l’immobili
1535lité miraculeuse des statues 7 . » Il s’agit bien de critique littéraire! Nous sommes ici en présence d’une des tentatives
1536 Nous sommes ici en présence d’une des tentatives de libération les plus violentes et belles — malgré tant de maladresses
1537belles — malgré tant de maladresses dédaigneuses, de bravades et de faciles tricheries 8 — qu’ait connue l’esprit humain.
1538 tant de maladresses dédaigneuses, de bravades et de faciles tricheries 8 — qu’ait connue l’esprit humain. Sens de l’Abso
1539icheries 8 — qu’ait connue l’esprit humain. Sens de l’Absolu, sens de la pureté ou fanatisme de l’esprit. Jusqu’au-boutis
1540it connue l’esprit humain. Sens de l’Absolu, sens de la pureté ou fanatisme de l’esprit. Jusqu’au-boutisme désespéré. « Il
1541 Sens de l’Absolu, sens de la pureté ou fanatisme de l’esprit. Jusqu’au-boutisme désespéré. « Il s’agit de rendre impratic
1542’esprit. Jusqu’au-boutisme désespéré. « Il s’agit de rendre impraticables quelques portes de sortie » ou compromis :   « N
1543Il s’agit de rendre impraticables quelques portes de sortie » ou compromis :   « Nous étions dominés par le sens d’une réa
1544u compromis :   « Nous étions dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au
1545 que certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Nos jugements se rendaient sans cesse à l’échelle de l’inf
1546Nos jugements se rendaient sans cesse à l’échelle de l’infini, et cet infini nous écrasait. Comment aurions-nous accepté l
1547 aurions-nous accepté le sort communément heureux de nos contemporains qui ont puisé [p. 134] dans Auguste Comte cette tra
1548sé [p. 134] dans Auguste Comte cette tranquillité de rejeter définitivement les problèmes métaphysiques ? »   Nous naisson
1549 à quelque chose qui imite la vie dans une époque d’inconcevables compromissions où triomphe sous tous les déguisements, d
1550omissions où triomphe sous tous les déguisements, de Ford à Clément Vautel, le matérialisme le plus pauvre auquel se soit
1551ur nous n’est nulle part 9  ». Ultime affirmation d’une foi que plus rien ne peut duper. Depuis certaines paroles sur la C
1552s paroles sur la Croix, il n’y a peut-être pas eu d’expression plus haute de l’angoisse humaine, et vous aurez beau rire,
1553il n’y a peut-être pas eu d’expression plus haute de l’angoisse humaine, et vous aurez beau rire, pharisiens, et dire qu’e
1554 pharisiens, et dire qu’elle est née dans un café de Paris. « Je n’attends rien du monde, je n’attends rien de rien. » Rie
1555. « Je n’attends rien du monde, je n’attends rien de rien. » Riez-en donc, pantins officiels, et vous repus, et vous, dubi
1556vous repus, et vous, dubitatives barbes. Je viens d’entendre la voix d’un mystique. Que si l’on vient nous empêtrer de dog
1557, dubitatives barbes. Je viens d’entendre la voix d’un mystique. Que si l’on vient nous empêtrer de dogmes bassement ingén
1558ix d’un mystique. Que si l’on vient nous empêtrer de dogmes bassement ingénieux : « Si j’essaye un instant de m’élever à l
1559es bassement ingénieux : « Si j’essaye un instant de m’élever à la notion de Dieu, répond Aragon, je me révolte qu’elle pu
1560 « Si j’essaye un instant de m’élever à la notion de Dieu, répond Aragon, je me révolte qu’elle puisse en aucun cas servir
1561 je me révolte qu’elle puisse en aucun cas servir d’argument à un homme. » Voilà qui nous fait oublier certaines morales d
1562. » Voilà qui nous fait oublier certaines morales d’extrême moyenne d’où sont exclues toutes grandeurs au profit de fuites
1563 fait oublier certaines morales d’extrême moyenne d’où sont exclues toutes grandeurs au profit de fuites lâches qu’on veut
1564enne d’où sont exclues toutes grandeurs au profit de fuites lâches qu’on veut nommer renoncements ! Jouant tout sur une ré
1565tout sur une révélation possible, ou la naissance d’un prophète qui rapprenne comment aimer un Dieu. Ce n’est pas à genoux
1566: pour que cela eût un sens, il faudrait être sûr de n’avoir pas la tête en bas par rapport au soleil. Quelques gestes enc
1567s gestes encore, interceptant les messages égarés de l’infini… [p. 135] Un tel homme, — est-ce encore Aragon, sinon qui ?
1568r plus aucun pardon. II Novembre 1926. Je viens de retrouver quelques pages écrites il y a un an, tel soir de colère où
1569ver quelques pages écrites il y a un an, tel soir de colère où le thermomètre eût indiqué 39° selon toute vraisemblance. E
1570selon toute vraisemblance. Et voici Aragon revêtu d’une dignité tragique qu’il trouverait sans doute un peu ridicule. C’es
1571tagieuses. Comment, en effet, ne pas voir la part de littérature que renferme cette œuvre, et qui fait, en dépit des préte
1572qui fait, en dépit des prétentions désobligeantes de l’auteur, son incontestable « séduction ». Pour un peu, je découvrais
1573duction ». Pour un peu, je découvrais une manière de prophète un brin janséniste chez ce poète. Aujourd’hui, je le verrais
1574orie du scandale pour le scandale qui a le mérite de n’être pas qu’un jeu littéraire. Mais enfin, c’est encore un Musset,
1575osé dans notre siècle et chez qui tout est devenu de quelques degrés plus violent, plus acerbe, plus profond. En somme, et
1576. Et qui sait tirer un admirable parti littéraire de son tempérament vif, insolent et ombrageux. [p. 136] « J’appartiens à
1577on prophétique, ne serait-ce pas plutôt une sorte de donquichottisme assez fréquent dans les cafés littéraires et dont il
1578emier à s’amuser ?   Février 1927. Relu Une vague de rêves et la préface de Libertinage. Sous une certaine rhétorique — ma
1579vrier 1927. Relu Une vague de rêves et la préface de Libertinage. Sous une certaine rhétorique — mais la plus belle, — ce
1580me un désespoir en quoi je ne vais pas m’empêcher de reconnaître la voix secrète de notre mal de vivre. Désespoir métaphys
1581ais pas m’empêcher de reconnaître la voix secrète de notre mal de vivre. Désespoir métaphysique. Je me souviens d’une phra
1582êcher de reconnaître la voix secrète de notre mal de vivre. Désespoir métaphysique. Je me souviens d’une phrase de Vinet —
1583 de vivre. Désespoir métaphysique. Je me souviens d’une phrase de Vinet — laissons s’esclaffer du rapprochement les auteur
1584sespoir métaphysique. Je me souviens d’une phrase de Vinet — laissons s’esclaffer du rapprochement les auteurs de manuels
1585laissons s’esclaffer du rapprochement les auteurs de manuels de littérature — : « Un mysticisme creux et affamé est le con
1586esclaffer du rapprochement les auteurs de manuels de littérature — : « Un mysticisme creux et affamé est le contrecoup du
1587le savons… Mais pour Aragon, ce n’est point façon de parler. Son « nulle part » est sans dérobade possible par sous-entend
1588entendu. Pas plus « ailleurs » que sur ce « globe d’attente » comme dit Crevel. Pourtant, le plus irrévocable désespoir n’
1589 ma plume, comme une mouche qu’on n’a jamais fini de chasser parce qu’elle n’a pas mérité du premier coup qu’on se donne l
1590as mérité du premier coup qu’on se donne la peine de l’écraser, — c’est qu’il symbolise tout cet état d’esprit « bien Pari
1591ise tout cet état d’esprit « bien Parisien » dont de récentes statistiques de librairie montrèrent les ravages bien plus é
1592t « bien Parisien » dont de récentes statistiques de librairie montrèrent les ravages bien plus étendus qu’on n’osait le c
1593enu qu’une introspection immobile ne retient rien de la réalité vivante ; si je dénie à des incrédules le droit à parler d
1594nie à des incrédules le droit à parler des choses de la foi comme étant d’un ordre qui leur échappe ; de même je récuse ic
1595e droit à parler des choses de la foi comme étant d’un ordre qui leur échappe ; de même je récuse ici certain sens critiqu
1596nt on voudrait que soient justiciables les œuvres d’un écrivain, les démarches de sa pensée, ses délires, ses visions. Un
1597ticiables les œuvres d’un écrivain, les démarches de sa pensée, ses délires, ses visions. Un critique qui n’épouse pas le
1598s visions. Un critique qui n’épouse pas le rythme d’une œuvre, mais s’avance à sa rencontre armé de l’appareil à frigorifi
1599me d’une œuvre, mais s’avance à sa rencontre armé de l’appareil à frigorifier de sa raison, est destiné à dire des bêtises
1600e à sa rencontre armé de l’appareil à frigorifier de sa raison, est destiné à dire des bêtises. Cf. certaines remarques —
1601s bêtises. Cf. certaines remarques — pas toutes — de novembre 1926.   2 mai 1927. « Nous avons dressé notre orgueilleuse r
1602gueilleuse raison à nous tromper sur ce qu’il y a de profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré. » (Edmond
1603p. 138] Entre un monsieur en noir : Permettez-moi de me présenter… d’ailleurs une ancienne connaissance… le Sens Critique.
1604 dit que je pourrais, en quelque sorte, vous être de quelque utilité… Moi. — Ah ! oui, oui… c’est cela, utilité,… en effe
1605es jours-ci, beaucoup trop à faire, beaucoup trop d’êtres et de choses à aimer, et vous savez ce que cela suppose. Compren
1606, beaucoup trop à faire, beaucoup trop d’êtres et de choses à aimer, et vous savez ce que cela suppose. Comprenez-moi : su
1607ntion… Moi. — Que voilà un singulier impertinent de votre part. (Le reconduisant :) Croyez, Monsieur, à mon estime la plu
1608 nous sommes débordés, voyez vous-même, pas moyen de causer aujourd’hui… Quoi ?… Bon, bon, c’est entendu, on ne peut rien
1609Mais plus tard, plus tard. Tenez, voici un traité de métaphysique, vous lirez ça en attendant. Très bien fait. Excellente
1610ez, ma vie ? La Muse (mais oui, la Muse, sortant de derrière un rideau). — J’attends votre plaisir… [p. 139] III Il y a
1611t avoir tout dit quand ils ont montré à l’origine de telle doctrine mystique une exaltation nerveuse ou des troubles organ
1612opposent à ces « délires » les thèses rassurantes de la « saine raison », sans se demander jamais si cela ne condamne pas
1613Il s’est trouvé des Maurras et autres « héritiers de la grande tradition gréco-latine » pour assigner à Minerve le bassin
1614 gréco-latine » pour assigner à Minerve le bassin de la Méditerranée comme promenoir, avec défense sous peine de mort de s
1615 comme promenoir, avec défense sous peine de mort de s’en écarter. Voilà bien leur désinvolture, car enfin, elle est déess
1616tisane assagie, parfois dévote, phraseuse, sèche, d’humeur acariâtre et réactionnaire. Vous tracez des frontières géograph
1617 « À bas le clair génie français. » Alors la voix de Rimbard k à la cantonade : Qu’il vienne, qu’il vienne Le temps dont
1618e ! [p. 140] Les œuvres les plus significatives de ce siècle sont écrites en haine de l’époque 12 . Le reproche d’obscur
1619significatives de ce siècle sont écrites en haine de l’époque 12 . Le reproche d’obscurité que l’on fait à la littérature
1620ont écrites en haine de l’époque 12 . Le reproche d’obscurité que l’on fait à la littérature moderne n’est qu’une manifest
1621la littérature moderne n’est qu’une manifestation de ce divorce radical entre l’époque et les quelques centaines (?) d’ind
1622ical entre l’époque et les quelques centaines (?) d’individus pour qui l’esprit est la seule réalité. C’est pourquoi nous
1623pourquoi nous ne pourrons plus séparer du concept de l’esprit celui de Révolution. Et j’entends ce mot dans son sens le pl
1624ourrons plus séparer du concept de l’esprit celui de Révolution. Et j’entends ce mot dans son sens le plus vaste. Il y a e
1625e-vingt-treize, la Réforme, Karl Marx, la préface de Cromwell. Mais il ne s’agit pas de refaire notre petite révolution à
1626rx, la préface de Cromwell. Mais il ne s’agit pas de refaire notre petite révolution à nous, dans tel domaine. Et c’est mê
1627tes : qu’ils aient voulu s’allier aux dogmatiques d’extrême-gauche. Je ne dirai pas, comme on a fait, que c’est très joli
1628e dirai pas, comme on a fait, que c’est très joli de crier merde pour Horace, Montaigne, Descartes, Schiller, Voltaire, et
1629, pourquoi se faire marchand des œuvres complètes de Karl Marx ? Si vous ne dites pas aussi merde pour Marx ou Lénine, je
1630. Est-ce que vraiment vous ne pouvez vous libérer de cette manie française, la politique, et ne voyez-vous pas que c’est f
1631ique, et ne voyez-vous pas que c’est faire le jeu de vos ennemis de discuter avec eux dans leur langue et de crier rouge p
1632ez-vous pas que c’est faire le jeu de vos ennemis de discuter avec eux dans leur langue et de crier rouge pour la simple r
1633 ennemis de discuter avec eux dans leur langue et de crier rouge pour la simple raison qu’ils ont dit blanc ? Pensez-vous
1634cet esprit « bien français » qui s’associe à tant d’objets de votre mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il ins
1635t « bien français » qui s’associe à tant d’objets de votre mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il inspire ? Al
1636objets de votre mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il inspire ? Alors que cette réaction même est ce qu’il y
1637tent Aragon, Breton et leurs amis alternativement de dévoyés, de farceurs, de chacals, de déments. Et puis surtout, l’heur
1638 Breton et leurs amis alternativement de dévoyés, de farceurs, de chacals, de déments. Et puis surtout, l’heure est venue
1639urs amis alternativement de dévoyés, de farceurs, de chacals, de déments. Et puis surtout, l’heure est venue de clore des
1640ernativement de dévoyés, de farceurs, de chacals, de déments. Et puis surtout, l’heure est venue de clore des discussions
1641s, de déments. Et puis surtout, l’heure est venue de clore des discussions énervantes où s’épuise vainement une dialectiqu
1642 qu’ils ont la passion et l’incommunicable secret de l’invention.   Il nous faut des entrepreneurs de tempêtes. Un grand
1643 de l’invention.   Il nous faut des entrepreneurs de tempêtes. Un grand principe de violence commandait à nos mœurs. … et
1644des entrepreneurs de tempêtes. Un grand principe de violence commandait à nos mœurs. … et nous portant dans nos actions à
1645s. … et nous portant dans nos actions à la limite de nos forces, notre joie parmi vous fut une très grande joie. St J. Per
1646ction contre tout ce qui prétendait nous empêcher de vivre, de rêver et de souffrir : culte du moi avec ses [p. 142] recet
1647re tout ce qui prétendait nous empêcher de vivre, de rêver et de souffrir : culte du moi avec ses [p. 142] recettes garant
1648ui prétendait nous empêcher de vivre, de rêver et de souffrir : culte du moi avec ses [p. 142] recettes garanties, chapele
1649i avec ses [p. 142] recettes garanties, chapelets d’optimisme, tyranniques évidences, ordre et désordre, principes de Desc
1650ranniques évidences, ordre et désordre, principes de Descartes, mathématiques aux pinces de crabe, examens de conscience t
1651 principes de Descartes, mathématiques aux pinces de crabe, examens de conscience toujours ratés — on ne m’y prendra plus 
1652artes, mathématiques aux pinces de crabe, examens de conscience toujours ratés — on ne m’y prendra plus ! — morales améric
1653eurs abstractions que nous haïssions. Notre haine de certaine morale ne venait-elle pas de ce qu’en son nom l’on mesurait
1654Notre haine de certaine morale ne venait-elle pas de ce qu’en son nom l’on mesurait odieusement une sympathie humaine pour
1655ine pour nous sans prix ? Mais nous avions besoin de révolution pour vivre, pour nous perdre. Vivre était devenu synonyme
1656re, pour nous perdre. Vivre était devenu synonyme de magnifique perdition dans des choses plus grandes que nous. Nous nous
1657nous connaissions dans les coins et nous mourions d’ennui avec les aspects irrévocablement prévus de nous-mêmes que faisai
1658s d’ennui avec les aspects irrévocablement prévus de nous-mêmes que faisaient paraître les petits faits de nos longues jou
1659ous-mêmes que faisaient paraître les petits faits de nos longues journées. Nous aimions la révolution comme on aime l’amou
1660esse amoureuse ; nous cherchions cette Révolution de toutes nos forces et séductions, comme on cherche cette femme à trave
1661 révolution-vice. Mais on ne vit, on ne meurt que de vices. ⁂ [p. 143] Ici le lecteur se rassure. « Il s’y retrouve. » Il
1662 les brancards, c’est très bellettrien. Un disque de gramo comme par hasard nasille : Nous avons tous fait ça Plus ou moi
1663es bonnes farces, et aussi pourtant des histoires de copains qui ont mal tourné, on pensait bien, ah ! cette jeunesse, mai
1664u six ans et mort des suites. Quand cesserez-vous de nous faire la jambe, pardon escuses, avec ce thème à condamnations pa
1665mace. Il y a encore des gens pour qui les limites de l’anarchie sont : chanter l’Internationale dans les rues, faire la no
1666ale dans les rues, faire la noce, écrire un livre de tendances très modernes. Et des gens pour se gausser quand nous écriv
1667finalement nous écraser par l’évidence définitive de notre absurdité. Car l’homme « s’est fait une vérité changeante et to
1668 fait une vérité changeante et toujours évidente, de laquelle il se demande vainement pourquoi il n’arrive pas à se conten
1669ontenter 13  ». Acculés à ce choix : inconscience de ruminants ou neurasthénie, est-ce que vraiment vous vous êtes telleme
1670st plus combattre, c’est l’épanouissement violent d’une immense fleur palpitante au parfum de passions, c’est une atmosphè
1671 violent d’une immense fleur palpitante au parfum de passions, c’est une atmosphère toute chargée d’éclairs qui nous attei
1672m de passions, c’est une atmosphère toute chargée d’éclairs qui nous atteignent sans cesse au cœur et nous revêtent miracu
1673ns cesse au cœur et nous revêtent miraculeusement d’aigrettes de folies et de joies ; n’allez pas nous toucher, nous somme
1674cœur et nous revêtent miraculeusement d’aigrettes de folies et de joies ; n’allez pas nous toucher, nous sommes dangereux.
1675revêtent miraculeusement d’aigrettes de folies et de joies ; n’allez pas nous toucher, nous sommes dangereux. Un orage de
1676pas nous toucher, nous sommes dangereux. Un orage de tendresse va crever sur le monde. Aigles d’amours, oiseaux doux et cr
1677orage de tendresse va crever sur le monde. Aigles d’amours, oiseaux doux et cruels, nous parlerons vos langues aériennes.
1678es aériennes. On n’acceptera plus que des valeurs de passion. Balayez ces douanes de l’esprit, proclamez le grand Libre-Éc
1679s que des valeurs de passion. Balayez ces douanes de l’esprit, proclamez le grand Libre-Échange, voici déjà s’avancer des
50 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Quatre incidents (avril 1927)
1680] Quatre incidents (avril 1927) l La maîtresse d’École Au printemps pur comme une joue, École errait, École suivait une
1681e femme dans les rues tant soit peu métaphysiques d’une capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels
1682s rues tant soit peu métaphysiques d’une capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels soupirs, d’ail
1683ysiques d’une capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels soupirs, d’ailleurs invraisemblables, qu’
1684 capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels soupirs, d’ailleurs invraisemblables, qu’à leurs refle
1685de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels soupirs, d’ailleurs invraisemblables, qu’à leurs reflets se fuss
1686eurs reflets se fussent évanouis des arcs-en-ciel de névroses dans tous les poèmes où détresse rimait avec maîtresse. Écol
1687e du voyage, et qu’on ne manque pas le train bleu d’un désir. Elle était donc venue. Il la suivait entre les devantures qu
1688 la suivait entre les devantures qui se passaient de l’une à l’autre deux séries de profils jusqu’au soleil toujours de fa
1689s qui se passaient de l’une à l’autre deux séries de profils jusqu’au soleil toujours de face. Il ne vit plus que la foule
1690e deux séries de profils jusqu’au soleil toujours de face. Il ne vit plus que la foule des yeux bleus, son éblouissement.
1691ci, elle descend à sa rencontre parmi les éclairs d’un luxe mécanique, le visage dans sa fourrure. Elle découvre en passan
1692. Elle découvre en passant près de lui le sourire d’amitié mortel de tout ce qui n’arrive jamais. Il s’est trompé, ce n’es
1693en passant près de lui le sourire d’amitié mortel de tout ce qui n’arrive jamais. Il s’est trompé, ce n’est pas elle. Il p
1694 ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âmes. Aussitôt il téléphone à ceux d
1695 la boutonnière, le marquis pénétra dans le salon de la duchesse, lui baisa la main et l’abattit d’un coup de revolver. Pu
1696on de la duchesse, lui baisa la main et l’abattit d’un coup de revolver. Puis s’en fut avec un tact exquis, qui fut très r
1697uchesse, lui baisa la main et l’abattit d’un coup de revolver. Puis s’en fut avec un tact exquis, qui fut très remarqué. L
1698 Mais tu es si laid que cela me donne encore plus de plaisir. » Le duc paya et s’enfuit en disant que ce n’était pas lui.
1699 Il neigeait dans les rues sourdes comme un songe de son enfance. Aux fenêtres du palais s’étoilèrent des halos. Le jour t
1700des halos. Le jour tendre paraissait sous l’égide de la mort. Il vit des fleurs de son enfance, une églantine, quelques ro
1701issait sous l’égide de la mort. Il vit des fleurs de son enfance, une églantine, quelques roses, un sourire qui perce le c
1702esses des flocons, plus perfides que des murmures d’adieu. Il tomba parmi les statues, dans l’amitié pensive des jardins.
1703rt. » Il fait assez beau pour que s’ouvre ce cœur de l’après-midi, comme un camélia de tendre orgueil. Il respire déjà l’o
1704s’ouvre ce cœur de l’après-midi, comme un camélia de tendre orgueil. Il respire déjà l’odeur merveilleuse des objets et de
1705t bien sûr, je n’ai pas bougé. C’est une question d’amitié. Pourtant je suis seul dès cette heure, et mes amis fuiront un
1706 que je reviens seul. Mais moi, qui regarde comme de l’autre bord, je songe qu’il est des visites à de certaines grandes d
1707de l’autre bord, je songe qu’il est des visites à de certaines grandes dames où je préférais — et lui aussi — me rendre se
1708s le retenir, Je ne pouvais pas le suivre. On dit de ces phrases. Même, on en pleure. p. 151 l. « Quatre incidents »
51 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Récit du pickpocket (fragment) (mai 1927)
1709, Monsieur, normalement bon. L’idée, par exemple, d’étrangler un chat pour le plaisir me répugnait. Je détestais de peiner
1710n chat pour le plaisir me répugnait. Je détestais de peiner quelque être, même ennemi, — car celui-là je le méprisais trop
1711Mes parents me savaient vierge et c’était la joie de leur vie, car ils aimaient en moi par-dessus tout la vertu que je leu
1712t, je ne détournai pas mes yeux des yeux [p. 181] de cette femme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’e
1713ai pas mes yeux des yeux [p. 181] de cette femme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je
1714te femme, qui m’aimait, et nous étions très jolis de bonheur et d’insouciance dans le bonheur de la saison. — Au soir, mon
1715m’aimait, et nous étions très jolis de bonheur et d’insouciance dans le bonheur de la saison. — Au soir, mon père savait t
1716jolis de bonheur et d’insouciance dans le bonheur de la saison. — Au soir, mon père savait tout. Il effleura mon front de
1717soir, mon père savait tout. Il effleura mon front de ses lèvres sans une parole quand je vins lui souhaiter le bonsoir. Le
1718lui, sans doute, j’étais perdu. Mais il souffrait d’autre chose encore : il se savait vieux, maintenant. » Je songeais jus
1719 maintenant. » Je songeais justement à un sourire de mon amie quand il voulut m’adresser la parole après un silence vertig
1720it mon sourire et pleura. Alors une rage s’empara de mon corps tout entier, je criai un juron, claquai la porte et courus
1721e plus tard, j’étais à la gare, j’écrivais un mot d’adieu à ma maîtresse d’une nuit et je partais dans une direction quelc
1722la gare, j’écrivais un mot d’adieu à ma maîtresse d’une nuit et je partais dans une direction quelconque. Il advint que ce
1723 direction quelconque. Il advint que ce fut celle de l’Italie. La lumière, mon pays natal ! — Je vécus d’articles sur la m
1724l’Italie. La lumière, mon pays natal ! — Je vécus d’articles sur la mode et la politique, que j’envoyais à divers journaux
1725divers journaux. Un jour, parcourant un quotidien de mon pays où je cherchais mon dernier papier, je lus mon nom en grosse
1726m en grosses lettres : c’était l’annonce du décès de mon père. » J’étais assis à la terrasse ensoleillée d’un café ; une b
1727n père. » J’étais assis à la terrasse ensoleillée d’un café ; une brise passa, et une femme en robe bleue légère qui me re
1728 augmenter ma volupté. Bientôt je ne pus me tenir de chantonner. J’entrai dans un établissement luxueux d’où sortaient à c
1729hantonner. J’entrai dans un établissement luxueux d’où sortaient à chaque tour du tambour des bouffées de musique. » La fe
1730ù sortaient à chaque tour du tambour des bouffées de musique. » La femme en bleu dansait en regardant au plafond. Après de
1731x tangos, nous montions ensemble dans une chambre d’hôtel où l’on ne voyait d’abord qu’un bouquet transfiguré par la lumiè
1732uet transfiguré par la lumière et que reflétaient de nombreuses glaces. Les fenêtres que j’ouvris firent tourner des solei
1733 une avenue et ses autos rouges, tout un couchant de grand port de la Méditerranée. Nous nous aimâmes en sifflotant encore
1734 ses autos rouges, tout un couchant de grand port de la Méditerranée. Nous nous aimâmes en sifflotant encore par instants
1735s aimâmes en sifflotant encore par instants l’air de la dernière danse, mais nous avions aussi envie de pleurer, à cause d
1736e la dernière danse, mais nous avions aussi envie de pleurer, à cause du soir trop limpide et trop vaste, comme un avenir
1737 soir trop limpide et trop vaste, comme un avenir de bonheur fiévreux — celui justement que j’entrevoyais. » Quand elle se
1738 son sac à main : c’était assez pour me permettre d’entreprendre quelques beaux vols… » Dès lors, je vécus, comme vous me
1739s, comme vous me voyez vivre encore, dans un état de sincérité perpétuelle envers tous mes élans, accueillant avec un enth
1740moral et malicieux. » Je ne sais dans quel rapide de l’Europe centrale — région où l’on est forcé de prendre conscience de
1741 et malicieux. » Je ne sais dans quel rapide de l’Europe centrale — région où l’on est forcé de prendre conscience de soi-même
1742e de l’Europe centrale — région où l’on est forcé de prendre conscience de soi-même — je découvris une nuit, au moment de
1743 — région où l’on est forcé de prendre conscience de soi-même — je découvris une nuit, au moment de m’endormir, que ma pas
1744ue vengeance. Ne m’avait-on pas dérobé des années de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait obscuréme
1745’avait-on pas dérobé des années de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait obscurément. Je sentais bie
1746bscurément. Je sentais bien que le ressort secret de la vertu dans laquelle on m’avait emprisonné c’était un bas opportuni
1747unisme social, résultante des paresses accumulées de tous les cerveaux bourgeois incapables de concevoir un monde sans vie
1748umulées de tous les cerveaux bourgeois incapables de concevoir un monde sans vieilles filles, sans capitalistes et sans ge
1749escroquerie morale dont je fus la victime, ce vol de quelques joies parfaites de ma jeunesse… Mais il est trop tard, Monsi
1750us la victime, ce vol de quelques joies parfaites de ma jeunesse… Mais il est trop tard, Monsieur, pour critiquer les moda
1751trop tard, Monsieur, pour critiquer les modalités de ma vengeance. Veuillez ne voir dans la confusion où je parais être en
1752omique, qu’une expression nouvelle, et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce qu’ils appellent, ridiculement, les fond
1753’une expression nouvelle, et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce qu’ils appellent, ridiculement, les fondements mêm
1754ils appellent, ridiculement, les fondements mêmes de la société. » C’est avec le produit du vol d’un tronc de chapelle que
1755mes de la société. » C’est avec le produit du vol d’un tronc de chapelle que j’édifiai à mes parents un tombeau sur lequel
1756ociété. » C’est avec le produit du vol d’un tronc de chapelle que j’édifiai à mes parents un tombeau sur lequel je fis gra
1757uel je fis graver : Prêté — rendu, pour la gloire de l’Église. (Ici, il but une gorgée et prit un temps.) » Je vous fais g
1758t un temps.) » Je vous fais grâce, poursuivit-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… B
1759e vous fais grâce, poursuivit-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… Bref, depuis quel
1760s grâce, poursuivit-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… Bref, depuis quelques mois,
1761, poursuivit-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… Bref, depuis quelques mois, je m’a
1762t-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… Bref, depuis quelques mois, je m’amuse à joue
1763jouer le pickpocket. Cela permet, avec un minimum d’adresse, de découvrir certaines personnalités sous un jour assez parti
1764ckpocket. Cela permet, avec un minimum d’adresse, de découvrir certaines personnalités sous un jour assez particulier, trè
1765us un jour assez particulier, très souvent ignoré d’elles-mêmes auparavant, et pas toujours défavorable, croyez-le bien… L
1766pas toujours défavorable, croyez-le bien… Le goût de la propriété étant à mon sens l’un des plus vulgaires et des plus gén
1767et des plus généralement répandus, j’ai vite fait de classer mon monde d’après les quelques [p. 184] réactions élémentaire
176884] réactions élémentaires qui ne manquent jamais de succéder au moindre vol. » J’ajouterai, cher Monsieur, que l’analyse
1769 psychologique n’est pas mon fort. Je me contente de quelques observations théoriques que je tiens pour vraies, et j’en vé
1770 les manifestations vivantes avec une prodigalité d’épreuves, contre-épreuves, variantes et enjolivures où je vois le véri
1771es et enjolivures où je vois le véritable intérêt de ma vie. C’est vous dire que seule une certaine caresse de l’événement
1772e. C’est vous dire que seule une certaine caresse de l’événement naissant peut encore m’émouvoir. C’est un plaisir de chaq
1773naissant peut encore m’émouvoir. C’est un plaisir de chaque minute auquel succède immédiatement le sommeil. Je rêve beauco
1774 j’ai pour la poésie imprimée. » J’allais oublier de vous dire qu’on me nomme Saint-Julien. Vous n’ignorez point que l’on
1775ron des voyageurs… » Saint-Julien parut satisfait de cette dernière plaisanterie. Il but avec beaucoup de délicatesse quel
1776but avec beaucoup de délicatesse quelques gorgées d’eau minérale. Isidore sentit alors que la bienséance l’obligeait à éme
1777ur cette vie dont le récit n’avait pas laissé que de l’agacer en maint endroit. « Une chose avant tout me frappe — dit-il,
1778lâchant tout de suite ses compliments, ce qui est de mauvaise politique, — c’est l’extraordinaire netteté de votre vie. El
1779vaise politique, — c’est l’extraordinaire netteté de votre vie. Elle est sans bavures, sans réticences ; elle m’apparaît c
1780paraît comme un divertissement perpétuel et dénué d’inquiétude. Et cela n’est pas sans me charmer, croyez-moi. Car, enfin,
1781couter, c’est que je cherche ce qu’on est convenu d’appeler — pardonnez la lourdeur de l’expression — une règle de vie. Ma
1782’on est convenu d’appeler — pardonnez la lourdeur de l’expression — une règle de vie. Mais, je vous l’avouerai, ce qui me
1783pardonnez la lourdeur de l’expression — une règle de vie. Mais, je vous l’avouerai, ce qui me retient de tirer de [p. 185]
1784 vie. Mais, je vous l’avouerai, ce qui me retient de tirer de [p. 185] votre conduite les conclusions morales qu’elle para
1785s, je vous l’avouerai, ce qui me retient de tirer de [p. 185] votre conduite les conclusions morales qu’elle paraît impliq
1786ales qu’elle paraît impliquer, c’est ce caractère de, comment dirai-je…, de juvénile insouciance, pour ne pas dire inconsc
1787liquer, c’est ce caractère de, comment dirai-je…, de juvénile insouciance, pour ne pas dire inconscience ! qui s’attache à
1788ts et gestes. L’on croirait ouïr parfois le récit de quelqu’une de ces farces d’étudiants qui ne sont que la traduction en
1789L’on croirait ouïr parfois le récit de quelqu’une de ces farces d’étudiants qui ne sont que la traduction en actes de jeux
1790ouïr parfois le récit de quelqu’une de ces farces d’étudiants qui ne sont que la traduction en actes de jeux de mots plus
1791’étudiants qui ne sont que la traduction en actes de jeux de mots plus ou moins cruels… » — Je vous entends, interrompit S
1792ts qui ne sont que la traduction en actes de jeux de mots plus ou moins cruels… » — Je vous entends, interrompit Saint-Jul
1793t la sincérité tournait vite à l’agressif — effet d’une timidité naturelle dont il paraissait lui-même gêné. En deux mots,
1794t raison. Mais justement je n’éprouve aucun désir d’avoir raison. Je sens aussi bien que vous ce que mes principes peuvent
1795 bien que vous ce que mes principes peuvent avoir de « bien jeune », de banal presque, et, pis, d’agréablement paradoxal.
1796ue mes principes peuvent avoir de « bien jeune », de banal presque, et, pis, d’agréablement paradoxal. Seulement, pour qui
1797oir de « bien jeune », de banal presque, et, pis, d’agréablement paradoxal. Seulement, pour quiconque est aussi profondéme
1798quiconque est aussi profondément persuadé que moi de l’absurdité radicale de notre vie, la moindre farce, le moindre geste
1799ondément persuadé que moi de l’absurdité radicale de notre vie, la moindre farce, le moindre geste convenu dans le genre «
1800onvenu dans le genre « révolté » prend une saveur de raillerie assez amère. Et peut-être apprendrez-vous à découvrir derri
1801re apprendrez-vous à découvrir derrière certaines de mes plaisanteries la dérision secrète qu’elles masquent par caprice.
52 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conseils à la jeunesse (mai 1927)
1802 aux romantiques : le goût du suicide, l’habitude de boire et de fumer excessivement, leurs amours, l’égoïsme, le mépris d
1803ques : le goût du suicide, l’habitude de boire et de fumer excessivement, leurs amours, l’égoïsme, le mépris de la réalité
1804excessivement, leurs amours, l’égoïsme, le mépris de la réalité, l’exaltation maladive de l’imagination et de la sensibili
1805e, le mépris de la réalité, l’exaltation maladive de l’imagination et de la sensibilité, l’atrophie du sens critique sous
1806éalité, l’exaltation maladive de l’imagination et de la sensibilité, l’atrophie du sens critique sous toutes ses formes :
1807ens, et l’ignorance systématique, le mépris enfin de tous les principes qui sont à la base de la société même. »   Ceci es
1808is enfin de tous les principes qui sont à la base de la société même. »   Ceci est tiré d’un livre récent sur Aloysius Ber
1809t à la base de la société même. »   Ceci est tiré d’un livre récent sur Aloysius Bertrand. Est-ce vraiment aux romantiques
1810loysius Bertrand. Est-ce vraiment aux romantiques de 1830 que ces reproches s’adressent, ou bien plutôt — vous alliez le d
1811à M. Y. Z., qui, dans un petit article du Journal de Genève sur « La maladie du siècle », écrit : « Plante des pommes de t
1812ne homme ! Quand tu seras au bout de la 20e ligne de 200 mètres, ce qui représente quatre kilomètres de plantation, le siè
1813e 200 mètres, ce qui représente quatre kilomètres de plantation, le siècle ne sera plus malade, les temps seront guéris de
1814ècle ne sera plus malade, les temps seront guéris de leur crise, les valeurs auront retrouvé leur stabilité, et comme M. A
1815abilité, et comme M. Albert Muret dont le Journal de Genève parlait naguère, tu mangeras avec appétit une poule au riz arr
1816tu mangeras avec appétit une poule au riz arrosée d’un savoureux “demi” de Lavaux. » Seulement, il y a tout de même un ou
1817it une poule au riz arrosée d’un savoureux “demi” de Lavaux. » Seulement, il y a tout de même un ou deux petits phénomènes
1818tout de même un ou deux petits phénomènes sociaux de notre temps que cette méthode ne suffirait pas [p. 187] à supprimer.
1819lement chez des jeunes « et qui pensent » ce goût de l’évasion caractéristique de tous les « vices romantiques ». — Citez-
1820ui pensent » ce goût de l’évasion caractéristique de tous les « vices romantiques ». — Citez-m’en de ces phénomènes ! — Mo
1821e de tous les « vices romantiques ». — Citez-m’en de ces phénomènes ! — Mon Dieu, que dire… Il y aurait, par exemple, ce f
1822re… Il y aurait, par exemple, ce fait du triomphe de la Machine ; ce fait de la révolution russe… cet autre fait de la gue
1823mple, ce fait du triomphe de la Machine ; ce fait de la révolution russe… cet autre fait de la guerre… et puis, tenez ! ce
1824 ; ce fait de la révolution russe… cet autre fait de la guerre… et puis, tenez ! ce fait surtout de la sacro-sainte Raison
1825it de la guerre… et puis, tenez ! ce fait surtout de la sacro-sainte Raison utilitaire au service des sacro-saints Princip
1826s n’est-ce pas, merci du conseil, Monsieur Y. Z., de ce conseil que vous avouez modestement n’être pas inédit. Mais point
1827tement n’être pas inédit. Mais point n’est besoin de rappeler Candide : nous pensons que bien avant Voltaire il y avait de
53 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927)
1828 [p. 231] La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927) o I Parler littérature Si je prononc
1829) o I Parler littérature Si je prononce le nom de tel de vos confrères, si je dis : « Avez-vous lu… », vous voilà rouge
1830I Parler littérature Si je prononce le nom de tel de vos confrères, si je dis : « Avez-vous lu… », vous voilà rouge ; et s
1831 lu… », vous voilà rouge ; et sur moi les foudres de votre paradis poétique. Si je cite tel auteur dont nous fîmes notre n
1832uteur dont nous fîmes notre nourriture une saison de naguère, voilà le rictus de votre bouche, une injure de pythie. Vous
1833nourriture une saison de naguère, voilà le rictus de votre bouche, une injure de pythie. Vous dites de ce conte : c’est tr
1834uère, voilà le rictus de votre bouche, une injure de pythie. Vous dites de ce conte : c’est trop écrit. Vous dites de ce r
1835de votre bouche, une injure de pythie. Vous dites de ce conte : c’est trop écrit. Vous dites de ce roman : c’est trop agré
1836 dites de ce conte : c’est trop écrit. Vous dites de ce roman : c’est trop agréable. Vous dites d’un goût qu’on aurait pou
1837tes de ce roman : c’est trop agréable. Vous dites d’un goût qu’on aurait pour Nietzsche : que c’est de la littérature. Alo
1838d’un goût qu’on aurait pour Nietzsche : que c’est de la littérature. Alors, quelque paysan du Danube survenant : — Je vous
1839in que leurs sincérités gardent au moins l’excuse d’une audace qu’ils escomptent scandaleuse. Mais voici un bar où je vous
1840voici un bar où je vous suis. Vous y entrez plein de mépris pour Paul Morand par qui découvrîtes le [p. 232] charme de ces
1841aul Morand par qui découvrîtes le [p. 232] charme de ces lieux. Vous composez un cocktail en guise de métaphore, avec une
1842nd Écart… » dit quelqu’un. À ce coup, l’évocation de Cocteau fait fleurir sur vos lèvres le mot de Cambronne : hommage à L
1843ion de Cocteau fait fleurir sur vos lèvres le mot de Cambronne : hommage à Louis Aragon. Ce cristal est une citation de Va
1844mmage à Louis Aragon. Ce cristal est une citation de Valéry, cette œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phra
1845une citation de Valéry, cette œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de
1846on de Valéry, cette œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l’ivresse
18474 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l’ivresse naissante se glisse un poème où vous aimiez à la folie votr
1848e votre douleur. Narcisse1 se contemple au miroir de son monocle. Au petit matin, il se noie dans un verre à liqueur. Pois
1849rop qu’ils trouvent ça pittoresque. Et le plaisir d’être nu devant un public supposé dévot, et qui n’ose en croire sa pude
1850qui n’ose en croire sa pudeur, et qui doute enfin de l’impossibilité des miracles ! Quelles voluptés plus subtiles et plus
1851les et plus aiguës ? On vaincra jusqu’à sa gueule de bois pour en faire des poèmes. Alors je cherche les raisons de votre
1852en faire des poèmes. Alors je cherche les raisons de votre indignation, quand il m’échappe une citation. Seraient-ce les g
1853», « hallucinant » ou « purement gratuit ». C’est de la littérature. [p. 233] À force d’avoir mérité ces épithètes, pour
1854uit ». C’est de la littérature. [p. 233] À force d’avoir mérité ces épithètes, pour nous laudatives, vous vous étonnez au
1855ur nous laudatives, vous vous étonnez aujourd’hui de la simplicité. Littérateur, va ! qui ne pouvez pas même admettre que
1856implicité est simple simplement. La bouche brûlée d’alcools, vous découvrez à l’eau un goût étrange. L’eau est incolore, i
1857 votre mépris pour le pittoresque, vous témoignez d’un goût du bizarre qui révèle le littérateur. Nous ne pouvons pas fair
1858 pas faire que nous n’ayons rien lu. Vous refusez de compter avec cette réalité de la littérature qui est en nous (dangere
1859en lu. Vous refusez de compter avec cette réalité de la littérature qui est en nous (dangereuse tant que vous voudrez). Ma
1860s ce refus n’est pas seulement comme vous pensez, d’une ingratitude salutaire, c’est refus de limiter le mal. Je vous vois
1861 pensez, d’une ingratitude salutaire, c’est refus de limiter le mal. Je vous vois envahi par des démons que vous prétendez
1862ahi par des démons que vous prétendez m’interdire de nommer. Mais moi je partage avec certains Orientaux cette croyance :
1863ez un peu sur la laisse, que j’éprouve la fermeté de ma main. Je vous tiens. Je sais où vous êtes. Vous n’allez pas me sur
1864du feu. Je dis ces noms, ces opinions, ces titres de livres : tout cela jaillit, s’entrechoque, s’annule. Poussière. Ma vi
1865lleurs. L’addition, s’il vous plaît. Il est temps de sortir de ce café et de ces jeux, simulacres de vie, qui sont à la vr
1866addition, s’il vous plaît. Il est temps de sortir de ce café et de ces jeux, simulacres de vie, qui sont à la vraie vie ce
1867 vous plaît. Il est temps de sortir de ce café et de ces jeux, simulacres de vie, qui sont à la vraie vie ce que le flirt
1868s de sortir de ce café et de ces jeux, simulacres de vie, qui sont à la vraie vie ce que le flirt est à l’amour. [p. 234
1869t est à l’amour. [p. 234] II Sur l’insuffisance de la littérature On reconnaît un écrivain, aujourd’hui, à ce qu’il ne t
1870arle littérature. Mais il y a des mépris qui sont de sournoises déclarations d’amour. Tel qui raille l’Église et les curés
1871 a des mépris qui sont de sournoises déclarations d’amour. Tel qui raille l’Église et les curés, c’est qu’il se fait une t
1872es curés, c’est qu’il se fait une très haute idée de la religion. Ainsi, de la littérature : votre mépris pour ses réalisa
1873e fait une très haute idée de la religion. Ainsi, de la littérature : votre mépris pour ses réalisations actuelles donne l
1874s pour ses réalisations actuelles donne la mesure de ce que vous attendez d’elle. Pour dire le fond de ma pensée, je crois
1875actuelles donne la mesure de ce que vous attendez d’elle. Pour dire le fond de ma pensée, je crois ce mépris et cette atte
1876de ce que vous attendez d’elle. Pour dire le fond de ma pensée, je crois ce mépris et cette attente également exagérés. Vo
1877e. Que la littérature nous est un moyen seulement d’atteindre et de préparer d’autres choses, d’autres actions, ou des éta
1878rature nous est un moyen seulement d’atteindre et de préparer d’autres choses, d’autres actions, ou des états intérieurs q
1879oses dures, amères comme un destin, comme le goût d’une pierre rêche sur ta langue et grinçante sous ta dent. Des soupless
1880que tout se fond catastrophiquement dans l’infini de la seconde. Des peurs sans cause, plus vides que la mort. Toutes ces
1881ue nulle poésie même ne peut dire, parce que rien de ce qui nous importe véritablement n’est [p. 235] dicible. (Depuis le
1882 la poésie, l’état poétique, est notre seul moyen de connaissance concrète du monde. Mais c’est à condition qu’on ne l’écr
1883ble : cela consisterait dans l’expression directe de la réalité individuelle. Elle serait tellement incommunicable qu’il d
1884ellement incommunicable qu’il deviendrait inutile de la publier. Et même, en passant à la limite, on peut imaginer que si
1885s obscurs des allusions furtives à certains états de la réalité. Mais plus les mots se plient à des exigences sémantiques
1886e, — mariant l’utile à l’agréable selon les rites d’une esthétique ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signif
1887 à l’agréable selon les rites d’une esthétique ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signifier les choses qui n
1888que ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signifier les choses qui nous importent. Vous le savez. Alors vous le
1889avez. Alors vous les lâchez en liberté, par haine de cette esthétique ou de ce sens social, — et voilà qu’ils perdent même
1890chez en liberté, par haine de cette esthétique ou de ce sens social, — et voilà qu’ils perdent même la problématique utili
1891oilà qu’ils perdent même la problématique utilité de liaison qui était leur excuse dernière. Avouons-le : rien de ce qu’on
1892qui était leur excuse dernière. Avouons-le : rien de ce qu’on peut exprimer n’a d’importance véritable. Alors, cessons de
1893. Avouons-le : rien de ce qu’on peut exprimer n’a d’importance véritable. Alors, cessons de nous battre contre des moulins
1894primer n’a d’importance véritable. Alors, cessons de nous battre contre des moulins à vent. La littérature, considérée du
1895 vent. La littérature, considérée du point de vue de la psychologie de l’écrivain, est un besoin organique, un peu anormal
1896ure, considérée du point de vue de la psychologie de l’écrivain, est un besoin organique, un peu anormal, que l’on satisfa
1897u anormal, que l’on satisfait dans certains états de crise afin de retrouver son équilibre — et dont on tire parfois quelq
1898t on tire parfois quelque plaisir, plus rarement, de quoi se payer un petit voyage. C’est l’aveu d’une faiblesse secrète.
1899t, de quoi se payer un petit voyage. C’est l’aveu d’une faiblesse secrète. Et c’est une réaction de défense. On cherche un
1900eu d’une faiblesse secrète. Et c’est une réaction de défense. On cherche un mot, une phrase, pour tuer une [p. 236] réalit
1901qui est proche du sens biblique. Il ne s’agit pas de la connaissance abstraite et rationnelle dont le monde moderne se con
1902ude que vous la guérirez. Au contraire, il s’agit de l’envisager sans fièvre, pour en circonscrire les effets. J’avoue pre
1903êt bien vif. Et cela fournit un merveilleux sujet de conversation, au café. Dans un salon, par contre, c’est d’un ridicule
1904sation, au café. Dans un salon, par contre, c’est d’un ridicule écrasant : mais rien n’est plus facile que d’y échapper.
1905dicule écrasant : mais rien n’est plus facile que d’y échapper. III Sur l’utilité de la littérature Montherlant me paraî
1906plus facile que d’y échapper. III Sur l’utilité de la littérature Montherlant me paraît être le moins « littératuré » de
1907araît être le moins « littératuré » des écrivains d’aujourd’hui. Quand il parle littérature, il a toujours l’air de mettre
1908. Quand il parle littérature, il a toujours l’air de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre
1909rs l’air de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre gens du métier l’on a convenu de passer s
1910 de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre gens du métier l’on a convenu de passer sous sile
1911ces choses qu’entre gens du métier l’on a convenu de passer sous silence. C’est assez drôle de voir le malaise des chers c
1912convenu de passer sous silence. C’est assez drôle de voir le malaise des chers confrères. Ils ne pardonnent pas à ce toréa
1913miliarités avec une Muse qu’ils n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la dernière mode ou de savantes séduct
1914se qu’ils n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la dernière mode ou de savantes séductions. On sait bien, d’
1915 n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la dernière mode ou de savantes séductions. On sait bien, d’ailleurs,
1916order sans le mot de passe de la dernière mode ou de savantes séductions. On sait bien, d’ailleurs, qu’elle les entretient
1917t bien, d’ailleurs, qu’elle les entretient. Bande de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse vivre de ça, [p. 237] je ne
1918illeurs, qu’elle les entretient. Bande de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse vivre de ça, [p. 237] je ne l’ai pas en
1919de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse vivre de ça, [p. 237] je ne l’ai pas encore avalé. On m’affirme que je n’y éch
1920e ; mais, pour sûr, jamais vivre pour écrire 16 . De tous les prétextes que l’on a pu avancer pour légitimer l’activité li
1921plus satisfaisant, celui qui rend le mieux compte de la réalité, c’est André Breton qui l’a exprimé : « On publie pour che
1922es pas tant, n’est-ce pas, à poursuivre une quête de l’esprit. Et vous savez ce qu’elle nous vaut : les mépris, les haines
1923les mépris, les haines douloureuses ou grossières de tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent y voir que révoltes contre leu
1924s instables certitudes, et qui nous font un péché de notre acceptation des réalités spirituelles parce qu’elles troublent
1925e reconnaître. Quand bien même elle n’aurait plus d’autre excuse que celle-là, la littérature mériterait d’exister : qu’el
1926re excuse que celle-là, la littérature mériterait d’exister : qu’elle soit le langage chiffré de notre inquiétude et de no
1927erait d’exister : qu’elle soit le langage chiffré de notre inquiétude et de nos naissantes certitudes, le seul langage peu
1928le soit le langage chiffré de notre inquiétude et de nos naissantes certitudes, le seul langage peut-être qui nous permett
1929udes, le seul langage peut-être qui nous permette d’échanger les signaux de l’angoisse sur quoi se fondent, en ces temps,
1930eut-être qui nous permette d’échanger les signaux de l’angoisse sur quoi se fondent, en ces temps, nos amitiés miraculeuse
1931  Voici donc les seules révélations que j’attende de la littérature : que celle des autres m’aide à prendre conscience de
1932 que celle des autres m’aide à prendre conscience de [p. 238] moi-même ; que la mienne m’aide à découvrir quelques êtres p
1933ir quelques êtres par le monde… Il ne s’agit plus de mépris ni d’adoration. J’ai défini une « maladie » dont je parviens à
1934tres par le monde… Il ne s’agit plus de mépris ni d’adoration. J’ai défini une « maladie » dont je parviens à tirer quelqu
1935ue les bienfaits que j’en escompte, il sera temps de songer sérieusement à m’en guérir. Vous me demanderez « alors » ce qu
1936ir. Vous me demanderez « alors » ce que j’attends de ma vie. Je serais tenté de vous répondre, comme ce sympathique Philip
1937ors » ce que j’attends de ma vie. Je serais tenté de vous répondre, comme ce sympathique Philippe Soupault, que « ceci, c’
1938) Mais non, cher ami, voici qu’une envie me prend de vous conter un peu cette histoire. Seulement, allons ailleurs ; il y
1939istoire. Seulement, allons ailleurs ; il y a trop de monde ici. p. 231 o. « La part du feu. Lettres sur le mépris de
54 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les derniers jours (juillet 1927)
1940 avec la Revue de Belles-Lettres — la seule revue de langue française où l’on dise la vérité librement et pour elle-même.
1941rité librement et pour elle-même. Nous regrettons de n’en pouvoir citer, faute de place, que ces quelques phrases de Drieu
1942r citer, faute de place, que ces quelques phrases de Drieu : « On voit déjà éclater dans les singuliers mouvements de sym
1943 voit déjà éclater dans les singuliers mouvements de sympathie qu’a provoqués l’infortune de l’Action française la fratern
1944ouvements de sympathie qu’a provoqués l’infortune de l’Action française la fraternité qui existe, en dépit des protestatio
1945fraternité qui existe, en dépit des protestations de haine, entre [p. 250] les athées de l’antidémocratisme et les athées
1946protestations de haine, entre [p. 250] les athées de l’antidémocratisme et les athées du Capitalisme quand il est conscien
1947 les athées du Capitalisme quand il est conscient de soi-même, et les athées du Socialisme et du Communisme. Tous ceux-là
1948mmunisme. Tous ceux-là travaillent à l’achèvement d’un certain monde moderne, merveilleuse mécanique sévère et dénuée de t
1949 moderne, merveilleuse mécanique sévère et dénuée de tout secours de l’Esprit. Mais un jour viendra où les hommes se révol
1950lleuse mécanique sévère et dénuée de tout secours de l’Esprit. Mais un jour viendra où les hommes se révolteront contre le
1951 Vous réveillerez-vous pour les désaltérer, dieux de l’Orient et de l’Occident ? » Certains cris qui nous échappèrent n’a
1952ez-vous pour les désaltérer, dieux de l’Orient et de l’Occident ? » Certains cris qui nous échappèrent n’avaient pas d’au
1953 Certains cris qui nous échappèrent n’avaient pas d’autre sens. p. 249 p. « Les derniers jours », Revue de Belles-Let
55 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Adieu au lecteur (juillet 1927)
1954juillet 1927) q Nous passons la main au central de Genève, fidèles à la tradition — en ceci au moins. Nous nous retirons
1955gnation provoquée sur tous les bancs par certains de nos articles nous épouvante. Notre retraite est toute « statutaire »
1956taire » — si l’on ose dire. Elle nous permet donc de considérer la situation sans fièvre, sans lamentations d’adieu.   On
1957dérer la situation sans fièvre, sans lamentations d’adieu.   On nous a parfois traités de fous (avec ou sans sourire). Nou
1958lamentations d’adieu.   On nous a parfois traités de fous (avec ou sans sourire). Nous sommes à l’âge de nous en réjouir.
1959 fous (avec ou sans sourire). Nous sommes à l’âge de nous en réjouir. On s’est beaucoup étonné de nous voir « si différent
1960’âge de nous en réjouir. On s’est beaucoup étonné de nous voir « si différents » de nos aînés. Nous avons l’énorme candeur
1961st beaucoup étonné de nous voir « si différents » de nos aînés. Nous avons l’énorme candeur de trouver ça naturel. On nous
1962rents » de nos aînés. Nous avons l’énorme candeur de trouver ça naturel. On nous a fait des reproches contradictoires. Nou
1963x mots sur la paradoxale situation intellectuelle d’une revue d’étudiants comme la nôtre. D’un côté, en effet, on s’accord
1964a paradoxale situation intellectuelle d’une revue d’étudiants comme la nôtre. D’un côté, en effet, on s’accorde pour trouv
1965lectuelle d’une revue d’étudiants comme la nôtre. D’un côté, en effet, on s’accorde pour trouver légèrement ridicule un je
1966i recherche activement la Sagesse (« Ça n’est pas de votre âge ! ») ; de l’autre, on se scandalise des « énormités » qui p
1967nt la Sagesse (« Ça n’est pas de votre âge ! ») ; de l’autre, on se scandalise des « énormités » qui peuvent échapper à un
1968s vous souciez vraiment trop peu des conséquences de ce que vous écrivez ! ») [p. 257] En définitive, il semble que certa
1969En définitive, il semble que certains n’attendent de nous que d’innocentes farces — ou bien de ces affirmations dont en vé
1970e, il semble que certains n’attendent de nous que d’innocentes farces — ou bien de ces affirmations dont en vérité l’on n’
1971tendent de nous que d’innocentes farces — ou bien de ces affirmations dont en vérité l’on n’a pas à se préoccuper de prévo
1972tions dont en vérité l’on n’a pas à se préoccuper de prévoir les conséquences, puisqu’il n’en est aucune qui ne soit connu
1973ces, puisqu’il n’en est aucune qui ne soit connue d’avance et stérilisée par la loi, les mœurs et l’habitude. Nous n’avons
1974s mœurs et l’habitude. Nous n’avons aucun remords d’avoir déçu cette catégorie de lecteurs. Aucun remord non plus d’avoir
1975’avons aucun remords d’avoir déçu cette catégorie de lecteurs. Aucun remord non plus d’avoir troublé quelques bonnes petit
1976ette catégorie de lecteurs. Aucun remord non plus d’avoir troublé quelques bonnes petites somnolences par des cris intempe
1977unesse = révolution Tous les malentendus viennent de là. Nous sommes assez sages et assez fous pour ne pas en gémir et pou
1978ir et pour en accepter les conséquences. Et puis, de temps à autre, voici que nous parvient un signe d’amitié qui ne tromp
1979e temps à autre, voici que nous parvient un signe d’amitié qui ne trompe pas. Deux ou trois mots, on s’est compris. Que po
1980mots, on s’est compris. Que pouvions-nous espérer d’autre ? Il y eut quelques découvertes qui nous consolèrent de tout le
1981l y eut quelques découvertes qui nous consolèrent de tout le reste.   Et maintenant voici Genève et son mystère. Car chaqu
1982écombres où s’anéantirent l’honneur et la fortune de ses derniers rédacteurs, notre Revue-phénix s’élance avec une ardeur
1983re Revue-phénix s’élance avec une ardeur rajeunie d’un an dans une direction absolument imprévisible. Que nous apportera l
1984ument imprévisible. Que nous apportera le Central de Genève ? Tout est possible : la guerre et la paix, la tradition, l’an
1985s plus blasés. Lecteur, fais confiance au Central de Genève. Souviens-toi de la grandeur de ses traditions et ne va pas aj
1986fais confiance au Central de Genève. Souviens-toi de la grandeur de ses traditions et ne va pas ajouter à cette lourde cha
1987au Central de Genève. Souviens-toi de la grandeur de ses traditions et ne va pas ajouter à cette lourde charge le poids de
1988 ne va pas ajouter à cette lourde charge le poids de nos péchés. Ils sont bien nôtres. Et nous y tenons, ah ! comme nous y
56 1928, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le péril Ford (février 1928)
1989 bien, au contraire, que l’histoire n’a pas connu de période où les directions d’une civilisation apparaissent plus nettem
1990stoire n’a pas connu de période où les directions d’une civilisation apparaissent plus nettement. Un certain ordre s’élabo
1991e, ou, pour mieux dire, une organisation générale de la vie mondiale. Toutes les forces du temps y concourent obscurément 
1992ste à jouer l’autruche aux yeux clos, l’avènement de cette organisation toute-puissante n’est plus qu’une question de quel
1993sation toute-puissante n’est plus qu’une question de quelques années. Mais peut-être est-il temps encore. Ici et là, quelq
1994Ici et là, quelques cris s’élèvent dans le désert d’une époque déjà presque abandonnée par l’Esprit. À l’heure de toucher
1995e déjà presque abandonnée par l’Esprit. À l’heure de toucher aux buts que sa civilisation poursuit depuis près de deux siè
1996puis près de deux siècles, l’Occidental est saisi d’un étrange malaise. Il soupçonne, par éclairs, qu’il y avait peut-être
1997aurait-il fait fausse route ? Est-il temps encore de le détourner du désastre spirituel vers lequel il entraîne l’Occident
1998prendre conscience du péril. Nous ne tentons rien d’autre ici. [p. 190] Il y a une lâcheté, croyons-nous, dans cette comp
1999érale à proclamer le désordre du temps. On a peur de certaines évidences, on préfère affirmer que tout est incompréhensibl
2000ensible. L’homme moderne recule devant l’évidence de la banqueroute prochaine de sa civilisation. Il répugne à admettre qu
2001ule devant l’évidence de la banqueroute prochaine de sa civilisation. Il répugne à admettre qu’une époque entière ait pu s
2002r, et se tromper mortellement. Il suffit pourtant de regarder autour de nous et d’en croire nos yeux. I. L’homme qui a ré
2003 Il suffit pourtant de regarder autour de nous et d’en croire nos yeux. I. L’homme qui a réussi Je prends Henry Ford comm
2004onne ne s’est approché plus que lui du type idéal de l’industriel et du capitaliste. Le succès immense de ses livres 1 , s
2005l’industriel et du capitaliste. Le succès immense de ses livres 1 , sa popularité universelle sont signe que l’époque a se
2006tion la plus parfaite. Qu’on ne m’accuse donc pas de caricaturer l’objet de ma critique pour faciliter l’accusation : je p
2007Qu’on ne m’accuse donc pas de caricaturer l’objet de ma critique pour faciliter l’accusation : je prends pour la juger ce
2008: je prends pour la juger ce que l’époque m’offre de mieux réussi. Voici la vie de Ford, telle qu’il la raconte dans Ma Vi
2009ue l’époque m’offre de mieux réussi. Voici la vie de Ford, telle qu’il la raconte dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils d
2010la raconte dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils de paysan. Il passe son enfance à jouer avec des outils, « et c’est avec
2011 à présent », dit‑il. Le plus mémorable événement de ces années de jeunesse, son « chemin de Damas » (comme il dit sans qu
2012dit‑il. Le plus mémorable événement de ces années de jeunesse, son « chemin de Damas » (comme il dit sans qu’on sache au j
2013événement de ces années de jeunesse, son « chemin de Damas » (comme il dit sans qu’on sache au juste quelle dose d’« humou
2014omme il dit sans qu’on sache au juste quelle dose d’« humour » il met dans l’expression), c’est la rencontre d’une locomot
2015r » il met dans l’expression), c’est la rencontre d’une locomotive routière. « Depuis l’instant où, enfant [p. 191] de dou
2016 routière. « Depuis l’instant où, enfant [p. 191] de douze ans, j’aperçus cette machine de route, jusqu’au jour présent, m
2017nt [p. 191] de douze ans, j’aperçus cette machine de route, jusqu’au jour présent, ma grande et constante ambition a été d
2018ur présent, ma grande et constante ambition a été de construire une bonne machine routière. » Les étapes de sa jeunesse so
2019nstruire une bonne machine routière. » Les étapes de sa jeunesse sont : la construction d’un moteur à vapeur, puis d’un mo
2020 Les étapes de sa jeunesse sont : la construction d’un moteur à vapeur, puis d’un moteur à explosion, enfin d’une première
2021sont : la construction d’un moteur à vapeur, puis d’un moteur à explosion, enfin d’une première automobile fabriquée, à te
2022eur à vapeur, puis d’un moteur à explosion, enfin d’une première automobile fabriquée, à temps perdu, alors qu’il est simp
2023« et commence à réaliser son rêve, le type unique d’automobile utilitaire » 2 . Dès lors, c’est une suite de chiffres indi
2024mobile utilitaire » 2 . Dès lors, c’est une suite de chiffres indiquant le progrès de sa production, d’année en année. On
2025 c’est une suite de chiffres indiquant le progrès de sa production, d’année en année. On pourrait ajouter à ces chiffres c
2026e chiffres indiquant le progrès de sa production, d’année en année. On pourrait ajouter à ces chiffres celui des milliards
2027 mais ce n’est pour lui qu’un résultat secondaire de son activité. Le but de sa vie n’a jamais été de s’enrichir. Son « rê
2028qu’un résultat secondaire de son activité. Le but de sa vie n’a jamais été de s’enrichir. Son « rêve » était autre, il l’a
2029 de son activité. Le but de sa vie n’a jamais été de s’enrichir. Son « rêve » était autre, il l’a réalisé comme il est don
2030it autre, il l’a réalisé comme il est donné à peu d’hommes de le faire : 7 000 voitures par jour, et la possibilité d’augm
2031 il l’a réalisé comme il est donné à peu d’hommes de le faire : 7 000 voitures par jour, et la possibilité d’augmenter enc
2032aire : 7 000 voitures par jour, et la possibilité d’augmenter encore cette production. Ford est le plus puissant industrie
2033monde ; le plus riche, au point qu’il peut parler d’égal à égal avec beaucoup d’États ; le plus parfait aussi. Son succès
2034int qu’il peut parler d’égal à égal avec beaucoup d’États ; le plus parfait aussi. Son succès sans précédent le met à l’ab
2035 aussi. Son succès sans précédent le met à l’abri de toutes les attaques, du point de vue technique. L’organisation de ses
2036taques, du point de vue technique. L’organisation de ses usines, des salaires, des conditions de travail et de repos qu’il
2037ation de ses usines, des salaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouvriers semblent bien apporter
2038sines, des salaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouvriers semblent bien apporter une solution
2039st un résultat qu’on n’a pas le droit humainement de sous-estimer. Les griefs que les socialistes font aux capitalistes eu
2040 griefs que les socialistes font aux capitalistes européens ne sauraient l’atteindre. Au contraire, il a résolu la question socia
2041re. Au contraire, il a résolu la question sociale d’une façon qui ne devrait pas déplaire aux doctrinaires de gauche, lesq
2042açon qui ne devrait pas déplaire aux doctrinaires de gauche, lesquels ont coutume de promettre à leurs électeurs une organ
2043 aux doctrinaires de gauche, lesquels ont coutume de promettre à leurs électeurs une organisation complète du monde, seule
2044nisation complète du monde, seule méthode capable d’empêcher les abus des capitalistes. Du [p. 192] même coup, en supprima
20452] même coup, en supprimant l’esclavage financier de l’ouvrier, il supprime la principale cause avouée de la lutte des cla
2046l’ouvrier, il supprime la principale cause avouée de la lutte des classes. Il se dégage de la lecture de Ma Vie et mon Œuv
2047ause avouée de la lutte des classes. Il se dégage de la lecture de Ma Vie et mon Œuvre une impression de netteté, de solid
2048 la lutte des classes. Il se dégage de la lecture de Ma Vie et mon Œuvre une impression de netteté, de solidité, de propre
2049 la lecture de Ma Vie et mon Œuvre une impression de netteté, de solidité, de propreté. Si l’on ajoute à cela le plaisir q
2050de Ma Vie et mon Œuvre une impression de netteté, de solidité, de propreté. Si l’on ajoute à cela le plaisir qu’on éprouve
2051mon Œuvre une impression de netteté, de solidité, de propreté. Si l’on ajoute à cela le plaisir qu’on éprouve toujours au
2052à cela le plaisir qu’on éprouve toujours au récit de succès mirobolants, et le charme un peu facile mais fort goûté du gra
2053me un peu facile mais fort goûté du grand public, de l’humour américain, l’on comprendra sans peine la popularité mondiale
2054a sans peine la popularité mondiale des « idées » d’Henry Ford et des livres qui les répandent. L’on ne pourra qu’y applau
2055r, semble-t-il, en souhaitant que les industriels européens s’en inspirent toujours plus. Ford leur montre le chemin qu’ils seron
2056 leur montre le chemin qu’ils seront bien obligés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’ils s’y engagent dès aujour
2057ment, pendant qu’il reste quelques chances encore de régler pacifiquement le conflit du capital et du travail. « Se fordis
2058crivait récemment un économiste. Ford, perfection de l’industriel, offre au monde moderne le premier exemple de son achève
2059striel, offre au monde moderne le premier exemple de son achèvement intégral. Il a atteint l’objectif de la moderne civili
2060 son achèvement intégral. Il a atteint l’objectif de la moderne civilisation occidentale. Voici donc venue l’heure de la j
2061ivilisation occidentale. Voici donc venue l’heure de la juger. Le héros de l’époque, c’est l’homme qui a réussi. Mais à qu
2062e. Voici donc venue l’heure de la juger. Le héros de l’époque, c’est l’homme qui a réussi. Mais à quoi ? C’est la plus gra
2063mps. II. M. Ford a ses idées, ou la philosophie de ceux qui n’en veulent pas Nous avons dit tout à l’heure quel fut le b
2064pas Nous avons dit tout à l’heure quel fut le but de la vie de Ford, sa « grande et constante ambition ». Il semble que to
2065vons dit tout à l’heure quel fut le but de la vie de Ford, sa « grande et constante ambition ». Il semble que toute sa car
2066érons-la sous cet angle. Il y a d’abord la vision de l’auto routière : naissance de sa passion froide et tenace. Il s’effo
2067 d’abord la vision de l’auto routière : naissance de sa passion froide et tenace. Il s’efforce d’en réaliser l’objet par s
2068ance de sa passion froide et tenace. Il s’efforce d’en réaliser l’objet par ses propres moyens, à un exemplaire ; puis, il
2069ition, il conçoit ce mythe extravagant du bonheur de l’humanité par la possession d’automobiles Ford. Et, comme il est trè
2070vagant du bonheur de l’humanité par la possession d’automobiles Ford. Et, comme il est très intelligent, il a vite fait de
2071Et, comme il est très intelligent, il a vite fait de démêler les conditions les plus rationnelles de la production, avec c
2072t de démêler les conditions les plus rationnelles de la production, avec cette netteté et cette décision qu’une passion co
2073ion qu’une passion contenue peut donner à l’homme d’action. Enfin, le voici en mesure de produire des quantités énormes d’
2074ner à l’homme d’action. Enfin, le voici en mesure de produire des quantités énormes d’autos. Seulement, pour pouvoir conti
2075voici en mesure de produire des quantités énormes d’autos. Seulement, pour pouvoir continuer, il faut vendre ; dans l’inté
2076ouvoir continuer, il faut vendre ; dans l’intérêt de la production, il faut créer la consommation. La réclame s’en charge.
2077a réclame s’en charge. Par le procédé très simple de la répétition, on fait croire aux gens qu’ils ne peuvent plus vivre h
2078eux sans auto. Voilà l’affaire lancée. La passion de Ford se donne libre cours. Il ne s’agit plus maintenant que de lui do
2079nne libre cours. Il ne s’agit plus maintenant que de lui donner une apparence d’utilité publique. À chaque page de ses liv
2080t plus maintenant que de lui donner une apparence d’utilité publique. À chaque page de ses livres, on pourrait relever les
2081r une apparence d’utilité publique. À chaque page de ses livres, on pourrait relever les sophismes plus ou moins conscient
2082ients par lesquels il prétend ramener le bénéfice de la production à celui du consommateur. Prenons cette petite phrase qu
2083mateur. Prenons cette petite phrase qui n’a l’air de rien : « Nul ne contestera que, si l’on abaisse suffisamment les prix
2084 client. Mais cherchons un peu les causes réelles de cet abaissement de prix — la concurrence n’étant bien entendu qu’une
2085hons un peu les causes réelles de cet abaissement de prix — la concurrence n’étant bien entendu qu’une cause accessoire. D
2086t trop chère ; mais surtout que le besoin qu’on a de tel objet est satisfait ou a disparu. Il semble alors que [p. 194] l’
2087er bagage. Mais c’est ici que Ford montre le bout de l’oreille, et que son but réel est la production pour elle-même, non
2088. Elle peut amener, en se généralisant, une sorte de suicide du genre humain, par perte de son instinct de préservation, d
2089, une sorte de suicide du genre humain, par perte de son instinct de préservation, d’autorégulation et d’alternances. Tel
2090uicide du genre humain, par perte de son instinct de préservation, d’autorégulation et d’alternances. Tel est ce sophisme,
2091umain, par perte de son instinct de préservation, d’autorégulation et d’alternances. Tel est ce sophisme, le paradoxe du b
2092son instinct de préservation, d’autorégulation et d’alternances. Tel est ce sophisme, le paradoxe du bon marché. Celui de
2093est ce sophisme, le paradoxe du bon marché. Celui de la réclame a même but, mêmes effets. Mais le plus grave est peut-être
2094rand paradoxe du monde moderne » 3 , ce qu’il y a de profondément anti-humain dans la conception fordienne de l’oisiveté.
2095ondément anti-humain dans la conception fordienne de l’oisiveté. Ford a créé un second dimanche dans la semaine, « retouch
2096cond dimanche dans la semaine, « retouché l’œuvre de la Création », comme dit Ferrero. Le bon peuple s’extasie. Il ne peut
2097e. Il ne peut voir la duperie : ce jeu du chat et de la souris ; si Ford relâche les ouvriers et leur donne une apparence
2098 relâche les ouvriers et leur donne une apparence de liberté, c’est pour mieux les prendre dans son engrenage. L’emploi de
2099ur mieux les prendre dans son engrenage. L’emploi de leurs loisirs est prévu. Il est déterminé par la réclame, les produit
2100 faut user, etc. Il a pour but véritable [p. 195] d’augmenter la consommation. Il rend plus complet l’esclavage de l’ouvri
2101la consommation. Il rend plus complet l’esclavage de l’ouvrier, puisqu’il englobe jusqu’à son repos dans le cycle de la pr
2102puisqu’il englobe jusqu’à son repos dans le cycle de la production. Cercle vicieux : plus la production s’intensifie, plus
2103us la production s’intensifie, plus il faut créer de besoins et de loisirs. Or, l’industrie ne peut subsister qu’en progre
2104on s’intensifie, plus il faut créer de besoins et de loisirs. Or, l’industrie ne peut subsister qu’en progressant. Mais la
2105jusqu’à quel point Ford est conscient des buts et de l’avenir de son effort. Pour mon compte, je crois que l’idée fixe de
2106 point Ford est conscient des buts et de l’avenir de son effort. Pour mon compte, je crois que l’idée fixe de produire peu
2107effort. Pour mon compte, je crois que l’idée fixe de produire peut très bien envahir un cerveau moderne au point d’en excl
2108eut très bien envahir un cerveau moderne au point d’en exclure toute considération de finalité. Mais cet aveuglement fonda
2109moderne au point d’en exclure toute considération de finalité. Mais cet aveuglement fondamental n’empêche pas notre indust
2110lement fondamental n’empêche pas notre industriel de philosopher sur les sujets les plus divers. Les aphorismes sont assez
2111lus divers. Les aphorismes sont assez révélateurs de la mentalité capitaliste américaine. Voici, par exemple, une définiti
2112te américaine. Voici, par exemple, une définition de la liberté : La liberté consiste à travailler pendant le temps conve
2113nt le temps convenable et à gagner, par ce moyen, de quoi vivre convenablement tout en restant maître de régler à sa guise
2114 quoi vivre convenablement tout en restant maître de régler à sa guise le détail de sa vie privée. Cette liberté particuli
2115 en restant maître de régler à sa guise le détail de sa vie privée. Cette liberté particulière, et cent autres pareilles,
2116nt, au total, la grande Liberté idéale et mettent de l’huile dans les rouages de la vie quotidienne. Cette Liberté idéale
2117rté idéale et mettent de l’huile dans les rouages de la vie quotidienne. Cette Liberté idéale réduite au rôle d’huile dan
2118uotidienne. Cette Liberté idéale réduite au rôle d’huile dans les rouages, n’est-ce pas charmant et prometteur ? Et que d
2119n’est-ce pas charmant et prometteur ? Et que dire de cette admirable simplification : « Sur quoi repose la société ? Sur l
2120e prix que nous payons à la terre la satisfaction de nos besoins. » — Ford se moque de la philosophie. Il ne peut empêcher
2121la satisfaction de nos besoins. » — Ford se moque de la philosophie. Il ne peut empêcher que son attitude ne porte un nom
2122me des machines. J’y vois la réalisation concrète d’une théorie qui tend à faire de ce monde un séjour meilleur pour les h
2123alisation concrète d’une théorie qui tend à faire de ce monde un séjour meilleur pour les hommes. » C’est le bonheur, le s
2124réclame. « Ce que j’ai à cœur, aujourd’hui, c’est de démontrer que les idées mises en pratique chez nous ne concernent pas
2125s-nous… Mais, comment expliquer que des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne », applaudissent s
2126, comment expliquer que des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne », applaudissent sans réserve
2127e des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne », applaudissent sans réserve aux thèses de cet orgueill
2128rétienne », applaudissent sans réserve aux thèses de cet orgueilleux et naïf messianisme matérialiste ? Un seul doute effl
2129ialiste ? Un seul doute effleure Ford vers la fin de son livre : Le problème de la production a été brillamment résolu… M
2130eure Ford vers la fin de son livre : Le problème de la production a été brillamment résolu… Mais nous nous absorbons trop
2131t ne pensons pas assez aux raisons que nous avons de le faire. Tout notre système de concurrence, tout notre effort de cré
2132ns que nous avons de le faire. Tout notre système de concurrence, tout notre effort de création, tout le jeu de nos facult
2133t notre système de concurrence, tout notre effort de création, tout le jeu de nos facultés semblent dirigés uniquement ver
2134rence, tout notre effort de création, tout le jeu de nos facultés semblent dirigés uniquement vers la production matériell
2135ord passe outre et se remet à discuter des points de technique. Il n’a pas senti qu’il touchait là le nœud vital du problè
2136problème moderne. D’ailleurs, les idées générales de cette sorte sont rares dans son livre. En général, il se borne à parl
2137 dans son livre. En général, il se borne à parler de problèmes techniques où son triomphe est facile. C’est le technicien
2138perfectionnée mérite les sacrifices qu’elle exige de l’homme moderne. Paradoxes plus ou moins intéressés, optimisme d’homm
2139ne. Paradoxes plus ou moins intéressés, optimisme d’homme à qui tout réussit, messianisme de la machine, méconnaissance gl
2140optimisme d’homme à qui tout réussit, messianisme de la machine, méconnaissance glorieuse des forces spirituelles, le tout
2141s forces spirituelles, le tout [p. 197] agrémenté d’humour et exposé avec un simplisme qui emporte à coup sûr l’adhésion d
2142l’adhésion du gros public : telle est l’idéologie de celui que M. Cambon, dans sa préface, égale aux plus grands esprits d
2143n, dans sa préface, égale aux plus grands esprits de tous les temps. On me dira que Ford a mieux à faire que de philosophe
2144es temps. On me dira que Ford a mieux à faire que de philosopher. Je le veux. Mais si j’insiste un peu sur ses « idées »,
2145’on pourrait appeler le plus actif du monde, l’un de ceux qui influent le plus sur notre civilisation, possède la philosop
2146ffrénée, trop folle, pour être justiciable encore de nos vérités essentielles ? Il semble bien que notre temps ait prononc
2147otre temps ait prononcé définitivement le divorce de l’esprit et de l’action. III. Le fordisme contre l’Esprit La formid
2148prononcé définitivement le divorce de l’esprit et de l’action. III. Le fordisme contre l’Esprit La formidable erreur de
2149 Le fordisme contre l’Esprit La formidable erreur de la bourgeoisie moderne c’est de croire que les choses pourront aller
2150formidable erreur de la bourgeoisie moderne c’est de croire que les choses pourront aller ainsi longtemps encore. On se re
2151ler ainsi longtemps encore. On se refuse à l’idée d’une catastrophe, pourtant plus que probable, par crainte de se voir ob
2152elle qu’on ne peut faire qu’au nom de l’Esprit et de ses exigences. Mais le « rien de nouveau sous le soleil » derrière le
2153e paresse et une légèreté inouïes, c’est le signe d’une complicité avec un état de choses funeste pour l’Esprit. Si l’Espr
2154prise dans notre vie, il détourne la civilisation de son but véritable : aller à l’Esprit, y conduire les peuples. Ainsi,
2155Esprit, y conduire les peuples. Ainsi, détournant de l’essentiel une grande part des forces humaines, il travaille contre
2156it. Rien n’est gratuit. Nous payons notre passion de posséder la matière du prix de la seule possession véritable, la conn
2157yons notre passion de posséder la matière du prix de la seule possession véritable, la connaissance de l’Esprit. C’est déj
2158de la seule possession véritable, la connaissance de l’Esprit. C’est déjà un fait d’expérience. Et qui n’en pourrait citer
2159, la connaissance de l’Esprit. C’est déjà un fait d’expérience. Et qui n’en pourrait citer un exemple individuel ? Nous sa
2160’homme d’affaires à l’américaine tient les choses de l’Esprit. Dans le cas le plus favorable, « il se passera bien de cett
2161ns le cas le plus favorable, « il se passera bien de cette littérature ». Plus tard, « puisqu’elle n’est pas utile, elle e
2162 ou autres œuvres destinées à charmer les loisirs de personnes oisives et raffinées, réunies pour admirer mutuellement leu
2163tout est dit ! Le simplisme arrogant avec lequel, de nos jours, on tranche les grandes questions humaines est une des mani
2164es est une des manifestations les plus frappantes de notre régression. Cette perte du sens de l’âme se nomme bon sens amér
2165appantes de notre régression. Cette perte du sens de l’âme se nomme bon sens américain. On en fait quelque chose de jovial
2166omme bon sens américain. On en fait quelque chose de jovial et d’alerte, quelque chose de très sympathique et pas dangereu
2167 américain. On en fait quelque chose de jovial et d’alerte, quelque chose de très sympathique et pas dangereux du tout. On
2168uelque chose de jovial et d’alerte, quelque chose de très sympathique et pas dangereux du tout. On n’en fait pas une philo
2169 s’en doute, cela en prend la place. Les facultés de l’âme, inutilisées, s’atrophient. Pourvu, dit-on, que subsiste le peu
2170affaires, tout ira bien. (On pense que les formes de la morale peuvent exister sans leur substance religieuse.) L’homme mo
2171nce religieuse.) L’homme moderne manie les choses de l’âme avec une maladresse de barbare. [p. 199] IV. « En être » ou n
2172rne manie les choses de l’âme avec une maladresse de barbare. [p. 199] IV. « En être » ou ne pas en être Une fois qu’on
2173homme s’abandonne à des lois géométriques. Un jeu de chiffres d’horlogerie calculé une fois pour toutes et qu’il sent immu
2174donne à des lois géométriques. Un jeu de chiffres d’horlogerie calculé une fois pour toutes et qu’il sent immuable comme l
2175’à l’existence, et à une liberté qu’il s’empresse d’aliéner au profit de plaisirs tarifés, soumis plus subtilement encore
2176 une liberté qu’il s’empresse d’aliéner au profit de plaisirs tarifés, soumis plus subtilement encore que son travail aux
2177 plus subtilement encore que son travail aux lois d’une offre et d’une demande sans rapport avec ses désirs réels, et dont
2178nt encore que son travail aux lois d’une offre et d’une demande sans rapport avec ses désirs réels, et dont il subit docil
2179 l’homme qui était un membre vivant dans le corps de la Nature, lié par les liens les plus subtils et les plus profonds à
2180ls et les plus profonds à tous les autres membres de la Nature, choses, bêtes et anges, — le voici devenu sourd à cette ha
2181enu sourd à cette harmonie universelle, incapable d’en comprendre les correspondances divines et humaines, insensible même
2182onomiques et des exigences les plus rudimentaires de son corps. Il a perdu le contact avec les choses naturelles, et par l
2183te détresse, — qu’il met d’ailleurs sur le compte de sa fatigue. Neurasthénie. La conquête du confort matériel l’a laissé
2184u confort matériel l’a laissé oublier les valeurs de l’esprit au point qu’il n’éprouve plus même cette carence ; seulement
2185il découvre qu’il s’ennuie profondément ; fatigué de trop de satisfactions matérielles, il a laissé se détendre, ou il a c
2186vre qu’il s’ennuie profondément ; fatigué de trop de satisfactions matérielles, il a laissé se détendre, ou il a cassé les
2187 a laissé se détendre, ou il a cassé les ressorts de sa joie : l’effort libre et généreux, le sentiment d’avoir inventé ou
2188a joie : l’effort libre et généreux, le sentiment d’avoir inventé ou compris par soi-même, la liberté et une certaine duré
57 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Princesse Bibesco, Catherine-Paris (janvier 1928)
2189 C’est un livre sympathique ; et il vaut la peine de le dire car la chose n’est pas si fréquente dans la production actuel
2190tion actuelle. On retrouve aux premiers chapitres de Catherine-Paris cette magie des sensations et des rêves de l’enfance
2191ine-Paris cette magie des sensations et des rêves de l’enfance et cette féminité du sentiment, du tour de pensée même, qui
2192l’enfance et cette féminité du sentiment, du tour de pensée même, qui faisaient déjà du Perroquet Vert un petit chef-d’œuv
2193ient déjà du Perroquet Vert un petit chef-d’œuvre de poésie proprement romanesque, naissant des situations mêmes et non de
2194 romanesque, naissant des situations mêmes et non de dissertations lyriques à leur propos. Mais dans ce roman, il n’y a pl
2195lus seulement la femme, avec le miracle perpétuel de sa sensibilité. Il y a encore [p. 122] la princesse, le témoin intell
2196e témoin intelligent et un peu ironique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collaboration résu
2197témoin intelligent et un peu ironique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collaboration résultent
2198et un peu ironique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collaboration résultent à la fois le dé
2199ique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collaboration résultent à la fois le défaut de compos
2200’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collaboration résultent à la fois le défaut de composition du livre e
2201ce de collaboration résultent à la fois le défaut de composition du livre et sa richesse. L’enfance de Catherine à Paris e
2202de composition du livre et sa richesse. L’enfance de Catherine à Paris est du roman pur ; la tournée des cours de l’Europe
2203e à Paris est du roman pur ; la tournée des cours de l’Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polona
2204aris est du roman pur ; la tournée des cours de l’Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polonais, grand
2205Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polonais, grand seigneur médiatisé, vaguement prétendant au t
2206seigneur médiatisé, vaguement prétendant au trône de Pologne, est plutôt d’un mémorialiste. Madame Bibesco y montre beauco
2207uement prétendant au trône de Pologne, est plutôt d’un mémorialiste. Madame Bibesco y montre beaucoup de liberté d’esprit,
2208iste. Madame Bibesco y montre beaucoup de liberté d’esprit, une pénétration de jugement et une ironie assez amère qui éton
2209tre beaucoup de liberté d’esprit, une pénétration de jugement et une ironie assez amère qui étonnent de la part d’une femm
2210e roman repart dans une troisième action (l’amour de Catherine pour un aviateur français) assez peu intéressante à vrai di
2211 à vrai dire, parce qu’elle n’est pas à l’échelle de ce qui la précède. Ces défaillances de la technique du roman sont sau
2212 l’échelle de ce qui la précède. Ces défaillances de la technique du roman sont sauvées par un style brillant, plein de tr
2213u roman sont sauvées par un style brillant, plein de trouvailles spirituelles, malicieuses ou poétiques ; et ce n’est pas
2214 « pointes » faciles mais cela même ne manque pas de naturel… On peut regretter que ce livre ne réalise pas une synthèse p
2215u roman et des mémoires. Mais si son début permet de croire que le Perroquet Vert ne restera pas une réussite isolée dans
2216 réussite isolée dans l’œuvre purement romanesque de la princesse Bibesco, Catherine-Paris annonce par ailleurs un mémoria
2217eurs un mémorialiste captivant, dans la tradition d’un Ligne par exemple. p. 121 aq. « Princesse Bibesco : Catherin
58 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Marguerite Allotte de la Fuye, Jules Verne, sa vie, son œuvre (juin 1928)
2218é la science parce qu’elle ouvre des perspectives d’évasion — où seuls les poètes savent se perdre. Et c’est bien sa plus
2219 se perdre. Et c’est bien sa plus grande ruse que d’avoir emprunté le véhicule à la mode pour conduire des millions de lec
2220 le véhicule à la mode pour conduire des millions de lecteurs dans un monde purement fantaisiste où les équations tyranniq
2221ntaisiste où les équations tyranniques deviennent de merveilleux calembours, où les savants sont réellement dans la lune,
2222ndent au fond des mers adorer la Liberté et jouer de l’orgue sous les yeux de poulpes géants. Jules Verne a véritablement
2223 la poésie. Et l’on ne veut voir que jolis livres d’étrennes dans les œuvres du plus grand créateur de mythes modernes, du
2224d’étrennes dans les œuvres du plus grand créateur de mythes modernes, du seul écrivain dont l’influence soit comparable à
2225ma ! Claretie raconte que les détenus des maisons de correction se jetaient sur ces volumes « au travers desquels ils resp
2226mes dans une civilisation qui, selon l’expression de Jules Verne désabusé « emprunte l’aspect d’une nécessité » (et dans l
2227ssion de Jules Verne désabusé « emprunte l’aspect d’une nécessité » (et dans la bouche de ce libertaire, cela constituait
2228nte l’aspect d’une nécessité » (et dans la bouche de ce libertaire, cela constituait un jugement !) [p. 769] Serons-nous
2229t !) [p. 769] Serons-nous longtemps encore dupes d’une conception de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos p
2230rons-nous longtemps encore dupes d’une conception de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus grands conteu
2231on de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est styliste ni psycho
2232ateau. Pour ce coup, voilà qui ne m’empêchera pas d’y monter, il suffit que cet obsédant capitaine Nemo soit à bord, je so
59 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Aragon, Traité du style (août 1928)
2233tyle (août 1928) as Ce n’est pas le seul talent de M. Aragon qui le rendrait digne à mes yeux, de considération. J’admir
2234nt de M. Aragon qui le rendrait digne à mes yeux, de considération. J’admire autant le talent de celui qui mène 60 parties
2235yeux, de considération. J’admire autant le talent de celui qui mène 60 parties d’échecs simultanément, et c’est naturel :
2236ire autant le talent de celui qui mène 60 parties d’échecs simultanément, et c’est naturel : je m’en avoue plus éloigné et
2237avorisent par leurs écrits. Aragon, qui a le sens de l’amour, a dit conséquemment beaucoup de choses vraies (belles). Il e
2238 cent célébrités locales. (Quant à Goethe, traité de clown, cela ne va pas loin.) C’est une belle rage (ô combien partagée
2239e ne ment pas ; ce livre traite du style, à coups d’exemples qui méritent de l’être. Et l’on voit bien ici qu’Aragon dépas
2240 traite du style, à coups d’exemples qui méritent de l’être. Et l’on voit bien ici qu’Aragon dépasse ces surréalistes, ces
2241u’Aragon dépasse ces surréalistes, ces orthodoxes de l’absurde confondu avec le poétique, ou ces disciples de Rimbaud, ou
2242surde confondu avec le poétique, ou ces disciples de Rimbaud, ou enfin ces littérateurs anti-littéraires, ces « Messieurs
2243urne sans cesse pour crier : Lâches, vous refusez d’avancer ! Mais il reste à portée de voix du troupeau. C’est sans doute
2244, vous refusez d’avancer ! Mais il reste à portée de voix du troupeau. C’est sans doute son rôle. Il le tient magnifiqueme
60 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Naville, La Révolution et les intellectuels (novembre 1928)
2245ers écrits des surréalistes débattent la question de savoir s’ils vont se taire ou non. Mais leur silence ne doit pas entr
2246ne doit pas entraîner, à leur point de vue, celui d’autrui sur eux-mêmes. Ils se tournent donc naturellement vers l’action
2247mes en France — vers la politique. Or ces ennemis de toute littérature voient leurs avances dédaignées par les communistes
2248eurs avances dédaignées par les communistes, gens d’action à jugements simples, qui les trouvent trop littérateurs. Rien d
2249simples, qui les trouvent trop littérateurs. Rien d’étonnant à cela dans une époque où les valeurs de l’esprit sont en pra
2250 d’étonnant à cela dans une époque où les valeurs de l’esprit sont en pratique universellement méprisées. Mais les surréal
2251plus qu’ils ne le croient. Certes il était urgent de faire la critique de « cette réalité de premier plan qui nous empêche
2252ient. Certes il était urgent de faire la critique de « cette réalité de premier plan qui nous empêche de bouger », comme d
2253it urgent de faire la critique de « cette réalité de premier plan qui nous empêche de bouger », comme dit fort bien M. Bre
2254 « cette réalité de premier plan qui nous empêche de bouger », comme dit fort bien M. Breton. Mais à condition d’aller plu
2255, comme dit fort bien M. Breton. Mais à condition d’aller plus loin et de prendre une connaissance positive de ce qu’il y
2256 M. Breton. Mais à condition d’aller plus loin et de prendre une connaissance positive de ce qu’il y a sous cette réalité.
2257plus loin et de prendre une connaissance positive de ce qu’il y a sous cette réalité. Il est certain que s’ils avaient le
2258lité. Il est certain que s’ils avaient le courage de se soumettre au concret de l’esprit, ils comprendraient que le « serv
2259ils avaient le courage de se soumettre au concret de l’esprit, ils comprendraient que le « service dans le temple » s’acco
2260que le « service dans le temple » s’accommode mal de tant de gesticulations, de gros mots et de discours en très beau styl
2261mple » s’accommode mal de tant de gesticulations, de gros mots et de discours en très beau style contre un monde très laid
2262de mal de tant de gesticulations, de gros mots et de discours en très beau style contre un monde très laid dont ils n’ont
61 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, Les Conquérants (décembre 1928)
2263ux, Les Conquérants (décembre 1928) au Ce récit de la révolution cantonaise en 1925 nous place au nœud du monde moderne 
2264oderne : on y voit s’affronter en quelques hommes d’action les forces caractéristiques du temps — argent, races — et ses r
2265ts qui fait opter ces chefs pour l’une ou l’autre de ces attitudes. (Elles ne sont pas essentiellement contradictoires : e
2266ontradictoires : elles représentent deux manières de sentir l’unité d’une époque obsédée d’action.) Autour de ces individu
2267lles représentent deux manières de sentir l’unité d’une époque obsédée d’action.) Autour de ces individus — chinois nation
2268x manières de sentir l’unité d’une époque obsédée d’action.) Autour de ces individus — chinois nationalistes ou terroriste
2269individus — chinois nationalistes ou terroristes, Européens expérimentateurs, juifs russes méthodiques — s’émeuvent les masses de
2270 juifs russes méthodiques — s’émeuvent les masses de coolies, d’ouvriers armés, toute cette Chine qui s’éveille au sein mê
2271s méthodiques — s’émeuvent les masses de coolies, d’ouvriers armés, toute cette Chine qui s’éveille au sein même de la lut
2272més, toute cette Chine qui s’éveille au sein même de la lutte qui met aux prises l’Europe et le monde du Pacifique. On ret
2273lle au sein même de la lutte qui met aux prises l’Europe et le monde du Pacifique. On retrouvera ici beaucoup des idées que la
2274etrouvera ici beaucoup des idées que la Tentation de l’Occident exprimait sous une forme abstraite et poétique. Mais cette
2275cteurs du drame, l’aspect quotidien et mystérieux d’une révolution de rues, ou la palpitation inquiétante des villes chino
2276l’aspect quotidien et mystérieux d’une révolution de rues, ou la palpitation inquiétante des villes chinoises, Malraux fai
2277iétante des villes chinoises, Malraux fait preuve d’un art du détail où se révèle le vrai romancier. On serait parfois ten
2278révèle le vrai romancier. On serait parfois tenté de le rapprocher de Morand, mais il est plus nerveux, sans doute aussi p
2279mancier. On serait parfois tenté de le rapprocher de Morand, mais il est plus nerveux, sans doute aussi plus sensible. Et
2280, admirablement objectif, est aussi, mais à coups de faits, une discussion d’idées. Il est surtout la description d’une an
2281 est aussi, mais à coups de faits, une discussion d’idées. Il est surtout la description d’une angoisse que le nihilisme d
2282discussion d’idées. Il est surtout la description d’une angoisse que le nihilisme de M. Malraux veut sans issues : l’angoi
2283ut la description d’une angoisse que le nihilisme de M. Malraux veut sans issues : l’angoisse que fait naître au cœur du m
2284 naître au cœur du monde contemporain l’absurdité de ses ambitions. Écoutons Garine, l’un de ces chefs (c’est lui qui parl
2285absurdité de ses ambitions. Écoutons Garine, l’un de ces chefs (c’est lui qui parle au nom de l’auteur, je pense) : « Il m
2286nnaire ou autre — rêvée par tant de jeunes hommes de l’après-guerre, Malraux l’a vécue, avant de la décrire ; et cet aveu
2287raux l’a vécue, avant de la décrire ; et cet aveu de Garine est décisif : « La Révolution… tout ce qui n’est pas elle est
2288 ainsi que, masqué par l’enchaînement passionnant de [p. 1548] l’action, il se dégage de ce roman un désespoir sec, sans g
2289t passionnant de [p. 1548] l’action, il se dégage de ce roman un désespoir sec, sans grimace. Cette intelligence et cette
2290telligence et cette sensibilité ont quelque chose de trop aigu, de dangereux. Mais qu’elles s’appliquent à distinguer les
2291cette sensibilité ont quelque chose de trop aigu, de dangereux. Mais qu’elles s’appliquent à distinguer les forces détermi
2292’appliquent à distinguer les forces déterminantes de l’heure, à les exprimer en un tel drame, et voici André Malraux au pr
62 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi (décembre 1928)
2293ère ou Hamlet-Roi (décembre 1928) av L’histoire de Louis II exalte et déçoit l’imagination. On comprend que ce doux-amer
2294is ne l’ait point trompé : « Avec son beau regard de rêve, — lit-on dans l’Ennemi des Lois — son expression amoureuse du s
2295ession amoureuse du silence et cet ensemble idéal d’étudiant assidu aux sociétés de musique… » Barrès cherchait dans ses c
2296cet ensemble idéal d’étudiant assidu aux sociétés de musique… » Barrès cherchait dans ses châteaux en Espagne lamentableme
2297n Espagne lamentablement réalisés les témoignages de l’éthique de cet « illustre réfractaire ». N’est-ce point trop demand
2298entablement réalisés les témoignages de l’éthique de cet « illustre réfractaire ». N’est-ce point trop demander à une exis
2299échec même ne relève pas, et qui tire sa grandeur de celle du décor ? Guy de Pourtalès n’hésite pas à baptiser son héros «
2300rtalès n’hésite pas à baptiser son héros « prince de l’illusion et de la solitude ». Mais un prince rêveur n’est pas forcé
2301as à baptiser son héros « prince de l’illusion et de la solitude ». Mais un prince rêveur n’est pas forcément prince du rê
2302rs ce livre sait bien le laisser voir. La qualité de l’illusion dont se nourrit Louis II n’est ni aussi pure ni aussi rare
2303t qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d’un romantisme assez morose ; mais à grande échelle. M. de Pourtalès a
2304mantisme assez morose ; mais à grande échelle. M. de Pourtalès a su rehausser le tableau avec beaucoup d’adresse et de cha
2305Pourtalès a su rehausser le tableau avec beaucoup d’adresse et de charme : Wagner et Nietzsche lui fournissent deux tons f
2306u rehausser le tableau avec beaucoup d’adresse et de charme : Wagner et Nietzsche lui fournissent deux tons fermes dont le
2307de. Louis II, ce chimérique, disposait par hasard de moyens d’action puissants : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur,
2308II, ce chimérique, disposait par hasard de moyens d’action puissants : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur, et s’il a
2309 a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet de Liszt et de Chopin, c’était l’amour, donc la douleur ; ici, c’est l’a
2310’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet de Liszt et de Chopin, c’était l’amour, donc la douleur ; ici, c’est l’absence d’amo
2311t l’amour, donc la douleur ; ici, c’est l’absence d’amour, par refus de souffrir. Mais chez un être raffiné, la peur d’étr
2312douleur ; ici, c’est l’absence d’amour, par refus de souffrir. Mais chez un être raffiné, la peur d’étreindre aboutit à l’
2313s de souffrir. Mais chez un être raffiné, la peur d’étreindre aboutit à l’amour de soi dans « l’illusion ». Sachons gré à
2314re raffiné, la peur d’étreindre aboutit à l’amour de soi dans « l’illusion ». Sachons gré à M. de Pourtalès de ce qu’il pr
2315mour de soi dans « l’illusion ». Sachons gré à M. de Pourtalès de ce qu’il préfère parler d’illusion là où nos psychiatres
2316ans « l’illusion ». Sachons gré à M. de Pourtalès de ce qu’il préfère parler d’illusion là où nos psychiatres proposeraien
2317 gré à M. de Pourtalès de ce qu’il préfère parler d’illusion là où nos psychiatres proposeraient de moins jolis mots ; mai
2318er d’illusion là où nos psychiatres proposeraient de moins jolis mots ; mais ce n’est pas la moindre habileté du biographe
2319as un problème aisé : Guy de Pourtalès l’a résolu d’une façon fort adroite mais non moins franche. p. 1549 av. « Guy
63 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Le Prince Menteur (décembre 1928)
2320 Le Prince Menteur (décembre 1928) aw Au hasard d’une rencontre, l’auteur de ce récit se lie avec un inconnu qui se dit
2321re 1928) aw Au hasard d’une rencontre, l’auteur de ce récit se lie avec un inconnu qui se dit prince russe et entretient
2322 il aime à raconter certaines scènes terrifiantes de la révolution : il a été condamné à mort, il s’est évadé, on le traqu
2323 le jeune Français par ces évocations et l’espèce de fièvre qu’il y apporte. Mais plusieurs incidents éveillent les soupço
2324e Français reçoit une lettre trouvée sur le corps de son ami suicidé, pathétique confession qui doit expliquer sa mort et
2325 inclusivement, n’étonnera pas ceux qui ont connu de semblables mythomanes. Le cas méritait d’être exposé. Je regrette seu
2326t connu de semblables mythomanes. Le cas méritait d’être exposé. Je regrette seulement que Daniel-Rops se soit borné à une
2327le, d’ailleurs assez dense, et dont le mérite est d’être simple et précise dans l’exposé, sans rien simplifier ni préciser
2328e caractère. Daniel-Rops voit bien que l’épithète de mythomane n’épuise pas une question dont l’importance dépasse celle d
2329e celle du cas pathologique. Il y a dans ce culte de la mythomanie qu’on a vu sévir parmi certains milieux d’avant-garde u
2330ythomanie qu’on a vu sévir parmi certains milieux d’avant-garde une confusion assez tragique, parce qu’elle constitue une
2331itue une tentation pour tous les poètes. Le désir de « plus vrai que le vrai » surexcité par l’insolence d’une psychologie
2332plus vrai que le vrai » surexcité par l’insolence d’une psychologie qui rabaisse tout, peut conduire à préférer un mensong
2333 un mensonge qui n’est, hélas, qu’une déformation de cette réalité détestée. Le mythomane brouille les cartes mais reste d
2334ses mensonges exigent, il se reconnaît tributaire de la « vérité trop évidente » ; alors qu’il la faudrait, sans rien faus
64 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Avant-propos
2335er à décrire en 50 petites pages tous les méfaits de l’instruction publique. C’est à peine assez pour indiquer leur ordre
2336que. C’est à peine assez pour indiquer leur ordre de grandeur ; à quoi je me bornerai. Il a paru sur le sujet de l’instruc
2337r ; à quoi je me bornerai. Il a paru sur le sujet de l’instruction publique deux petits livres 1 excellents dont je consi
2338 je considère les thèses comme acquises : L’Éloge de l’ignorance, de M. Abel Bonnard, et Le Pédagogue n’aime pas les enfan
2339s thèses comme acquises : L’Éloge de l’ignorance, de M. Abel Bonnard, et Le Pédagogue n’aime pas les enfants, d’Henri Roor
2340 Bonnard, et Le Pédagogue n’aime pas les enfants, d’Henri Roorda. Le premier montre que la science apprise à l’école appau
2341ue la science apprise à l’école appauvrit l’homme de tout ce que son ignorance respectait, et ne lui donne à la place que
2342t, et ne lui donne à la place que des laideurs et de la prétention. L’autre, avec l’ironie tranquille du bon sens bafoué e
2343ens bafoué et qui s’en moque, décrit la stupidité de l’enseignement tel qu’il est pratiqué dans nos collèges. Mon dessein
2344. J’apporte un témoignage personnel, une réaction de tempérament. Je marque d’autre part la nécessité de tout cela qui me
2345 tempérament. Je marque d’autre part la nécessité de tout cela qui me blesse, la liaison fatale avec la démocratie, de tou
2346 me blesse, la liaison fatale avec la démocratie, de tout ce qui moleste ma liberté et sans doute celle [p. 8] de beaucoup
2347qui moleste ma liberté et sans doute celle [p. 8] de beaucoup d’autres à qui forcément, je ressemble. Nous vivons sous un
2348à sécrétion socialiste, qui a été établi par coup de force, que les libéraux ont admis, conformément à leurs maximes, et t
2349 et toléré malgré leur mauvaise humeur. Ce régime de punaises jaunâtres aboutit à l’instruction publique et grâce à elle p
2350e existence. Je l’ai subi ; l’on va voir comment. De pareils souvenirs légitiment toutes les haines. Je serai méchant, par
2351reproche auquel je compte ne pas échapper : celui de naïveté. Définition du naïf dans le monde moderne : individu qui sout
2352lus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui refusent d’être complices dans cet attentat à l’intégrité humaine qu’est en fait
2353à-dessus, ces messieurs se lamentent, la jeunesse d’aujourd’hui, etc. Évidemment. Mais il y a les jérémiades et il y a les
2354jérémiades et il y a les raisons. Hors le domaine de [p. 9] l’amour, où tout se confond miraculeusement, gémir n’est pas u
2355 gémir n’est pas un argument. Je demande le droit de démolir. Et me l’accorde aussitôt. Sans conditions. Mon rôle n’est pa
2356rde aussitôt. Sans conditions. Mon rôle n’est pas de proposer une nouvelle forme politique. Je me contente de vitupérer ce
2357oser une nouvelle forme politique. Je me contente de vitupérer ce que je vois, qui est laid. Quand la soupe est brûlée, on
2358ée, on la renvoie, même si l’on n’est pas capable d’en faire soi-même une meilleure. Mais j’aperçois là-bas, vautré derriè
2359 dirai de plus beau… Oh ! oh ! oh ! il va parler, de grâce mettez-lui les mains sur la bouche ! Donnez-lui sa choucroute,
2360ève pour mettre en doute l’excellence du principe de l’instruction publique, on crie sur tous les bancs : « Alors, vous êt
2361dique un mépris vraiment exagéré pour la jugeotte de l’adversaire ou s’il traduit simplement cette mauvaise foi pas même c
2362iente, cette lâcheté devant la discussion précise de leurs principes par quoi se [p. 10] signalent bien souvent nos toléra
2363je ne sais. Mais je m’attends à cent « réponses » de cette sorte. Et je tiens à les classer par avance en deux catégories
2364le compte sommairement. Cela n’empêchera personne de me resservir ces arguments, bien que dûment prévus et réduits à néant
2365 prévus et réduits à néant ici-même ; mais — gain de temps — je n’aurai plus qu’à renvoyer aux lettres A ou B, selon. A. R
2366réponds : 1° qu’ils ne peuvent me dénier le droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne peuvent, en vertu même de leur sceptic
2367r ces faits ; 2° qu’ils ne peuvent, en vertu même de leur scepticisme quant à la valeur réformatrice des idées, m’accuser
2368ant à la valeur réformatrice des idées, m’accuser de faire une critique dangereuse ; 3° que néanmoins je crois à l’efficac
2369ngereuse ; 3° que néanmoins je crois à l’efficace de certaines utopies. (Les religions, la découverte de l’Amérique par Ch
2370 certaines utopies. (Les religions, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, l’Europe napoléonienne, la Russie d
2371découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, l’Europe napoléonienne, la Russie d’après Karl Marx, le vol des frères Wright,
2372des frères Wright, et tout bêtement, c’est le cas de le dire : l’instruction publique.) Résumé : 1° On a le droit d’aller
2373’instruction publique.) Résumé : 1° On a le droit d’aller contre l’époque, et on le peut efficacement. 2° rira bien qui ri
2374 infâme réactionnaire, etc. Ce sont les partisans d’une démocratie progressiste et tolérante qui se livrent à ces excès de
2375gressiste et tolérante qui se livrent à ces excès de langage. Je les renvoie en corps au chapitre 5 où je traiterai de cet
2376es renvoie en corps au chapitre 5 où je traiterai de cet aspect du problème que l’on peut appeler la question de droit. Ce
2377ect du problème que l’on peut appeler la question de droit. Certains, en effet, tirent toute leur force dans les discussio
2378fet, tirent toute leur force dans les discussions de la tranquillité avec laquelle ils brouillent les faits et les princip
2379ts et les principes. Tourmentés par les scrupules de leur conscience libérale, ils fuient la rigueur jusque dans leurs rai
2380gements, même violents, que cela ne manque jamais de provoquer, je me propose de marquer ici la distinction classique du f
2381cela ne manque jamais de provoquer, je me propose de marquer ici la distinction classique du fait et du droit ; et c’est p
2382ue dans ses réalisations actuelles, puis au terme de ce recensement lamentable, je poserai la question de savoir si tant d
2383ce recensement lamentable, je poserai la question de savoir si tant de laideurs et d’outrages au bon sens peuvent être lég
2384erai la question de savoir si tant de laideurs et d’outrages au bon sens peuvent être légitimés par le but final de notre
2385 bon sens peuvent être légitimés par le but final de notre institution-tabou.   p. 7 1. Je ne puis naturellement pas
65 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 1. Mes prisons
2386 des gens qui s’attendrissent sur leurs souvenirs de classe. C’est qu’ils les confondent avec ceux de leur enfance et les
2387 de classe. C’est qu’ils les confondent avec ceux de leur enfance et les font indûment participer de la même grâce. Voyez
2388x de leur enfance et les font indûment participer de la même grâce. Voyez Péguy, quand il essaye de nous faire croire qu’
2389er de la même grâce. Voyez Péguy, quand il essaye de nous faire croire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâche des ins
2390nous faire croire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâche des instituteurs : Faire de ces belles analyses logiques, e
2391au-dessus » de la tâche des instituteurs : Faire de ces belles analyses logiques, et grammaticales, où tout retombait dro
2392es, et grammaticales, où tout retombait droit… Et de ces beaux problèmes d’arithmétique où il fallait si soigneusement sép
2393ù tout retombait droit… Et de ces beaux problèmes d’arithmétique où il fallait si soigneusement séparer les calculs du rai
2394es deux), (pour emplir et vider ensemble), (drôle d’occupation), (après combien d’heures…) ; et il y avait toujours des ap
2395r ensemble), (drôle d’occupation), (après combien d’heures…) ; et il y avait toujours des appartements à meubler. Et on mu
2396aire ici du sentiment, je suis sensible au charme de cette fantaisie. Mais ce qui fait très bien dans un Cahier de la quin
2397taisie. Mais ce qui fait très bien dans un Cahier de la quinzaine, ça faisait de mauvaises notes dans nos carnets hebdomad
2398s bien dans un Cahier de la quinzaine, ça faisait de mauvaises notes dans nos carnets hebdomadaires, et une semonce à nous
2399monce à nous gâter toute une journée. Une journée d’enfant gâtée. Et d’ailleurs, multiplier le tapissier par [p. 13] le pr
2400 embrouille les règles, qui a sommeil, qui a peur de faire faux, parce que les autres auront fait juste, et qui voudrait b
2401nce à gratter son ardoise où sèchent des traînées de craie grise, où les chiffres trop gros s’emmêlent… Et c’est cela l’en
2402 ? Mais l’enfance est ailleurs. Je revois ce fond de jardin où l’on trouve des cloportes dans la toile mouillée d’une tent
2403 l’on trouve des cloportes dans la toile mouillée d’une tente d’Indiens, des petites guerres mystérieuses, avec des ennemi
2404 des cloportes dans la toile mouillée d’une tente d’Indiens, des petites guerres mystérieuses, avec des ennemis et des all
2405 alliés imaginaires, des jeux en cachette, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de dimanche sonores et tout pro
2406, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de dimanche sonores et tout propres, la cuiller d’huile de foie de morue
2407s de dimanche sonores et tout propres, la cuiller d’huile de foie de morue avant le repas, et le monsieur qui racontait gr
2408anche sonores et tout propres, la cuiller d’huile de foie de morue avant le repas, et le monsieur qui racontait gravement
2409nores et tout propres, la cuiller d’huile de foie de morue avant le repas, et le monsieur qui racontait gravement des chos
2410asse beau demain, Michel Strogoff et Rémy un fils de vaincus, les tours de carrousel, les chemins dans la forêt en automne
2411el Strogoff et Rémy un fils de vaincus, les tours de carrousel, les chemins dans la forêt en automne, des jeux, des feuill
2412incertaine, un peu sale et un peu divine, baignée d’une très vague angoisse que l’on fuyait avec des bonheurs fous dans le
2413omenades en tenant la forte main du père qui fait de longs pas réguliers… L’École, dans ce concert de souvenirs, n’est qu’
2414 de longs pas réguliers… L’École, dans ce concert de souvenirs, n’est qu’une [p. 14] dissonance douloureuse.  3 Deux ango
2415ît chaque jour, je pense que tout cela tient trop de place dans notre enfance. À cinq ans, j’avais appris à lire, en cache
2416a même chose ici ! » Dans la suite, on se chargea d’illustrer par d’innombrables exemples cet axiome qui devint la formule
2417 ! » Dans la suite, on se chargea d’illustrer par d’innombrables exemples cet axiome qui devint la formule de mes première
2418brables exemples cet axiome qui devint la formule de mes premières douleurs morales. Après six ans de ce régime, on m’avai
2419 de mes premières douleurs morales. Après six ans de ce régime, on m’avait suffisamment rabroué pour que je ne montrasse p
2420oué pour que je ne montrasse plus aucune velléité d’originalité. [p. 15] Mais pour être rentrée, ma colère n’en fut que p
2421lfaisante. L’école me rendit au monde, vers l’âge de dix-huit ans, crispé et méfiant, sans cesse en garde contre moi-même
2422profondément hypocrite donc, et le cerveau saturé d’évidences du type 2 et 2 font 4, ou : tous les hommes doivent être éga
2423 fois deux quatre, c’est stérile, mais ça ne fait de mal à personne, et de plus, toutes choses égales d’ailleurs, dans un
2424tance.) Quant à l’autre « évidence » que je viens de citer, je découvris un jour qu’elle contient la cause déterminante de
2425is un jour qu’elle contient la cause déterminante de notre malaise. Il me fallut un certain temps pour m’habituer à cette
2426 peut-être des découvertes qui eussent ruiné trop de certitudes apprises. Enfin j’ouvris, c’est-à-dire que je me posais la
2427vissement. Je songeai aux vertueuses indignations de nos maîtres quand ils dénonçaient « la marque indélébile de l’éducati
2428tres quand ils dénonçaient « la marque indélébile de l’éducation jésuite ». Nous étions marqués par Numa Droz, par l’espri
2429tit-bourgeois, qui est une [p. 16] généralisation de l’avarice, et par les dogmes démocratiques, qui sont une généralisati
2430dogmes démocratiques, qui sont une généralisation de la règle de trois, aussi profondément certes qu’un Voltaire le fut pa
2431ratiques, qui sont une généralisation de la règle de trois, aussi profondément certes qu’un Voltaire le fut par les Jésuit
2432uites : du moins ceux-ci lui laissèrent-ils assez de verdeur d’esprit pour qu’il pût se dégager de leur empire. Mais on av
2433moins ceux-ci lui laissèrent-ils assez de verdeur d’esprit pour qu’il pût se dégager de leur empire. Mais on avait brisé e
2434sez de verdeur d’esprit pour qu’il pût se dégager de leur empire. Mais on avait brisé en nous ces ressorts de la révolte e
2435 empire. Mais on avait brisé en nous ces ressorts de la révolte et de la libération d’une personnalité : l’imagination, le
2436avait brisé en nous ces ressorts de la révolte et de la libération d’une personnalité : l’imagination, le sens de l’arbitr
2437us ces ressorts de la révolte et de la libération d’une personnalité : l’imagination, le sens de l’arbitraire et le sens d
2438ation d’une personnalité : l’imagination, le sens de l’arbitraire et le sens de la relativité des décrets humains. Le prix
2439l’imagination, le sens de l’arbitraire et le sens de la relativité des décrets humains. Le prix de mes souffrances était d
2440ens de la relativité des décrets humains. Le prix de mes souffrances était donc ce conformisme indispensable aux « immorte
2441ié, si évident, si parfaitement soumis aux règles d’une arithmétique élémentaire, ce monde dont la Démocratie apparaissait
2442our lequel on nous préparait — c’était un système d’abstractions primaires, c’était le rêve raisonnablement organisé des e
2443es et rassis qui tiennent aujourd’hui les charges de l’État, piliers d’un régime dont ils sont les seuls à s’accommoder pa
2444ennent aujourd’hui les charges de l’État, piliers d’un régime dont ils sont les seuls à s’accommoder parce qu’ils l’ont ét
2445oder parce qu’ils l’ont établi à la mesure exacte de leurs besoins. Nous ne croyions plus aux démons, mais à la Commission
2446mais à la Commission Scolaire. Nous n’avions plus de « superstitions grossières » comme celles qui touchent à [p. 17] l’ac
2447e trompent que les illettrés, mais qu’il convient de s’incliner devant les miracles de la science appliquée. On nous faisa
2448 qu’il convient de s’incliner devant les miracles de la science appliquée. On nous faisait voir tout au long de notre hist
2449ence appliquée. On nous faisait voir tout au long de notre histoire le Progrès constant de l’humanité vers les lumières, l
2450out au long de notre histoire le Progrès constant de l’humanité vers les lumières, l’incrédulité et le bien-être matériel.
2451et le bien-être matériel. Nous savions qu’un fils d’ouvrier est l’égal d’un petit Dauphin — et même nous ne pouvions nous
2452iel. Nous savions qu’un fils d’ouvrier est l’égal d’un petit Dauphin — et même nous ne pouvions nous empêcher de croire qu
2453 Dauphin — et même nous ne pouvions nous empêcher de croire que le petit ouvrier est bien plus malin. Nous savions un tas
2454rendait agressif. Mais moi, j’avais trop souffert de cette compression morale pour, une fois matériellement délivré, en su
2455as plus tôt découvert et nommé cet asservissement de l’esprit et ces mythes stériles, que je les rendis responsables de ma
2456s mythes stériles, que je les rendis responsables de ma perte de contact avec les réalités les plus élémentaires de la vie
2457riles, que je les rendis responsables de ma perte de contact avec les réalités les plus élémentaires de la vie.   p. 14
2458e contact avec les réalités les plus élémentaires de la vie.   p. 14 3. Dans le cas le plus favorable, c’est un silen
66 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 2. Description du monstre
2459ription du monstre Le service militaire me permit de retrouver quelques-unes de ces réalités. J’y retrouvai aussi plusieur
2460ce militaire me permit de retrouver quelques-unes de ces réalités. J’y retrouvai aussi plusieurs têtes connues d’anciens c
2461ités. J’y retrouvai aussi plusieurs têtes connues d’anciens camarades d’école primaire. Comme ils avaient changé ! On s’en
2462aussi plusieurs têtes connues d’anciens camarades d’école primaire. Comme ils avaient changé ! On s’entendait d’autant mie
2463imaire. Comme ils avaient changé ! On s’entendait d’autant mieux qu’on était devenu plus différents. Car ces différences s
2464s. Car ces différences sont les premières marques de la vie vécue et l’on aime à y découvrir la seule fraternité véritable
2465ougé. Et pour cause : ils n’étaient jamais sortis de l’école. Rien ne ressemble plus à un bon élève qu’un instituteur : de
2466ressemble plus à un bon élève qu’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de continuité, la différence
2467’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de continuité, la différence n’était qu’une question d’âge,
2468eur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de continuité, la différence n’était qu’une question d’âge, non d’expéri
2469continuité, la différence n’était qu’une question d’âge, non d’expérience vécue. Ce que je vais dire est sans doute injust
2470 la différence n’était qu’une question d’âge, non d’expérience vécue. Ce que je vais dire est sans doute injuste et faux d
2471s doute injuste et faux dans un très grand nombre de cas, mais pourquoi ai-je envie de le dire ? L’instituteur sous l’unif
2472ès grand nombre de cas, mais pourquoi ai-je envie de le dire ? L’instituteur sous l’uniforme peut être défini par son inco
2473 ou troupier, on le reconnaît à une façon pédante d’être consciencieux, à une façon blessante d’être supérieur, à une faço
2474dante d’être consciencieux, à une façon blessante d’être supérieur, à une façon livresque d’expliquer les choses, à une fa
2475blessante d’être supérieur, à une façon livresque d’expliquer les choses, à une façon théorique de [p. 19] juger les êtres
2476que d’expliquer les choses, à une façon théorique de [p. 19] juger les êtres. Ces distributeurs automatiques (brevetés par
2477teurs automatiques (brevetés par le gouvernement) de la manne égalitaire — ne se prennent pas pour de la petite bière. Ils
2478 de la manne égalitaire — ne se prennent pas pour de la petite bière. Ils ont conscience d’appartenir à une élite responsa
2479t pas pour de la petite bière. Ils ont conscience d’appartenir à une élite responsable, cela se voit de loin. Il faut dire
2480’appartenir à une élite responsable, cela se voit de loin. Il faut dire que ce ridicule n’échappe pas à ceux qu’ils mépris
2481isent le plus, et ils auraient souvent l’occasion de s’en douter s’ils étaient sensibles aux finesses de l’ironie paysanne
2482 s’en douter s’ils étaient sensibles aux finesses de l’ironie paysanne. Mais je n’en dirai pas plus, de peur de m’échauffe
2483ait un peu, je crois que je m’oublierais au point d’insinuer que les instituteurs galonnés causent autant de tort à l’armé
2484nuer que les instituteurs galonnés causent autant de tort à l’armée que les instituteurs antimilitaristes qui signent des
2485des manifestes en mauvais français — et je ferais de la peine à d’excellents garçons. Revenons au civil. J’ai fait allusio
2486 en mauvais français — et je ferais de la peine à d’excellents garçons. Revenons au civil. J’ai fait allusion au lieutenan
2487allusion au lieutenant-instituteur qui veut faire de la pédagogie avec sa section. L’instituteur-lieutenant qui veut trait
2488ui veut traiter militairement ses élèves témoigne de la même maladresse professionnelle. J’en connais un qui avait coutume
2489rofessionnelle. J’en connais un qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à 11 ans : « J’ai bien su mater le
2490connais un qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à 11 ans : « J’ai bien su mater les quarante hommes de
2491qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à 11 ans : « J’ai bien su mater les quarante hommes de ma section,
249211 ans : « J’ai bien su mater les quarante hommes de ma section, je saurai aussi vous mater. » On imagine à quoi peut mene
2493ous en sommes aux instituteurs : ils sortent tous de la même classe sociale, de la petite bourgeoisie. Est-ce que l’esprit
2494urs : ils sortent tous de la même classe sociale, de la petite bourgeoisie. Est-ce que l’esprit [p. 20] petit-bourgeois qu
2495, ou bien préexiste-t-il dans les principes mêmes de l’École, et attire-t-il les petits bourgeois comme le portrait de Num
2496ttire-t-il les petits bourgeois comme le portrait de Numa Droz attirait les mouches ? (Le verre en était toujours jaune.)
2497t toujours jaune.) Je n’ai ni le droit ni l’envie de dire du mal des petits-bourgeois. Ils sont au moins aussi sympathique
2498si sympathiques que n’importe quelle autre classe de la société. Mais l’esprit petit-bourgeois pris abstraitement et tel q
2499este dans l’école primaire est un véritable virus de mesquinerie, et devrait être soigné au même titre que certaines autre
2500telle. C’est celle-même du régime. L’architecture de nos « palais scolaires » symbolise d’une façon frappante ce qu’il y a
2501rchitecture de nos « palais scolaires » symbolise d’une façon frappante ce qu’il y a de schématique et de monotone dans la
2502es » symbolise d’une façon frappante ce qu’il y a de schématique et de monotone dans la conception démocratique du monde.
2503ne façon frappante ce qu’il y a de schématique et de monotone dans la conception démocratique du monde. Entrons, c’est pir
2504ue du monde. Entrons, c’est pire encore. Beaucoup d’enfants ont un frisson de dégoût au moment de passer la porte, au son
2505st pire encore. Beaucoup d’enfants ont un frisson de dégoût au moment de passer la porte, au son de la cloche : l’odeur de
2506on de dégoût au moment de passer la porte, au son de la cloche : l’odeur de goudron et d’urinoirs qui imprègne les corrido
2507de passer la porte, au son de la cloche : l’odeur de goudron et d’urinoirs qui imprègne les corridors et les habits des éc
2508orte, au son de la cloche : l’odeur de goudron et d’urinoirs qui imprègne les corridors et les habits des écoliers empeste
2509—, les estampes piquées, Numa Droz et ses crottes de mouches… Dans ce décor s’écoulent huit années de votre vie, citoyens 
2510 de mouches… Dans ce décor s’écoulent huit années de votre vie, citoyens ! Et vous pensez que c’est un grand progrès sur l
2511Nature. Quelle peut bien être la vertu éducatrice d’un tel milieu, moral et matériel ? L’école publique, telle que nous la
2512us la voyons est semblable à tous ces monuments « de la mauvaise époque » qui sont dans nos villes l’apport du xixe siècl
2513ue le style 1880 n’en est pas un : mais l’absence de style est encore un style : c’est même le pire.
67 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 3. Anatomie du monstre
2514e Ayant épanché un peu de ma rancune, à seule fin de montrer pour quelles raisons j’ai entrepris de combattre l’instructio
2515in de montrer pour quelles raisons j’ai entrepris de combattre l’instruction publique — on ne me contestera pas ces raison
2516absolument personnelles et qu’elles ont la valeur d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps que je fasse passer un
2517que je fasse passer un petit examen aux principes de cette institution passionnément détestée. Vous allez voir comment ils
2518sonnes ont les yeux faibles. Il serait plus juste de dire que la passion n’a qu’une clairvoyance intéressée : mais celle-l
2519e point l’équité. Pas plus que vous, qui défendez de parti pris ce que j’attaque. L’esprit d’équité, avec son préjugé paci
2520défendez de parti pris ce que j’attaque. L’esprit d’équité, avec son préjugé pacifiste n’est pas toujours l’esprit de véri
2521son préjugé pacifiste n’est pas toujours l’esprit de vérité, il s’en faut. Or je ne suis pas de ceux qui subordonnent la v
2522esprit de vérité, il s’en faut. Or je ne suis pas de ceux qui subordonnent la vérité à la tranquillité bourgeoise. Je tien
2523 à la tranquillité bourgeoise. Je tiens le « gain de paix » pour illusoire : il consiste à repousser la difficulté dans l’
2524consiste à repousser la difficulté dans l’avenir, d’une ou [p. 23] deux générations. Pendant ce temps elle s’aggrave, et n
2525mps elle s’aggrave, et nous voici avec l’héritage de cinquante ans de radicalisme sur les bras. L’écheveau est tellement e
2526e, et nous voici avec l’héritage de cinquante ans de radicalisme sur les bras. L’écheveau est tellement embrouillé que déj
2527tellement embrouillé que déjà plusieurs proposent de trancher le nœud. Je me bornerai à l’examen des caractères les plus g
2528nerai à l’examen des caractères les plus généraux de l’instruction publique, ceux que n’atteignent dans leur principe ni l
2529e n’atteignent dans leur principe ni les réformes de détail ni les modalités locales de réalisations pratiques. 3.a. Le p
2530i les réformes de détail ni les modalités locales de réalisations pratiques. 3.a. Le programme a) l’horaire : c’est un ca
2531étéroclites, sans égard à leurs qualités propres. De 8 à 9 arithmétique ; de 9 à 10 composition, etc. Ces disciplines se s
2532à leurs qualités propres. De 8 à 9 arithmétique ; de 9 à 10 composition, etc. Ces disciplines se succèdent sans transition
2533ortuit, de manière à prévenir toute concentration de l’esprit. b) plan d’études. On a divisé l’enseignement en branches bi
2534prévenir toute concentration de l’esprit. b) plan d’études. On a divisé l’enseignement en branches bien distinctes. On att
2535stinctes. On attribue à chacune un certain nombre d’heures par semaines, au jugé. On s’arrange pour faire tenir dans cette
2536 tenir dans cette classification le plus possible de « connaissances » qui dès lors deviennent obligatoires. La somme et l
2537ers. Ce plan régit les huit années réglementaires de la scolarité, et englobe la totalité de la science [p. 24] nécessaire
2538mentaires de la scolarité, et englobe la totalité de la science [p. 24] nécessaire à tout citoyen, dans une vue aussi larg
2539Remarquons qu’il suffit pour établir ce programme de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle
2540u’il suffit pour établir ce programme de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour divis
2541r ce programme de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers r
2542mme de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers rectangulair
2543 d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers rectangulaires, bien propre
2544, bien proprement). Évidemment, il est préférable de savoir aussi les noms des sciences élémentaires. Mais il n’est en auc
2545ntaires. Mais il n’est en aucune façon nécessaire de connaître la psychologie des enfants, ni même le contenu des sciences
2546ns voudrait que l’on tînt compte des possibilités d’adaptation de l’enfant ; de la valeur fort inégale de ces disciplines 
2547ue l’on tînt compte des possibilités d’adaptation de l’enfant ; de la valeur fort inégale de ces disciplines ; de la diver
2548ompte des possibilités d’adaptation de l’enfant ; de la valeur fort inégale de ces disciplines ; de la diversité des besoi
2549daptation de l’enfant ; de la valeur fort inégale de ces disciplines ; de la diversité des besoins ; enfin des rythmes nat
2550 ; de la valeur fort inégale de ces disciplines ; de la diversité des besoins ; enfin des rythmes naturels de l’esprit hum
2551iversité des besoins ; enfin des rythmes naturels de l’esprit humain, qu’il se trouve que le Créateur n’a point accordés à
2552eux. D’ailleurs, les enfants ne se plaignent pas, de quoi vous plaignez-vous, vous ? — Mais on fausse l’esprit de ces enfa
2553s plaignez-vous, vous ? — Mais on fausse l’esprit de ces enfants… — Mais on nous paye, et ils n’en meurent pas. [p. 25]
2554ndes épreuves cyclistes. Les participants du Tour de Science doivent s’inscrire au terme de chaque trimestre. Ceux qui arr
2555ts du Tour de Science doivent s’inscrire au terme de chaque trimestre. Ceux qui arrivent après la clôture ont à refaire l’
2556herie est difficile, tandis qu’à l’école elle est de règle. Car la qualité et la quantité des réponses « fournies » par le
2557ertant s’explique justement par cette psychologie de l’enfant dont je disais tout à l’heure que la connaissance n’est pas
2558ut à l’heure que la connaissance n’est pas exigée de ceux qui établissent les programmes et les examens. « Les examens fau
2559ens. « Les examens faussent complètement l’esprit de l’enseignement », lit-on jusque sous la plume de divers maîtres prima
2560ires. Ils n’en sont pas moins devenus le but même de l’instruction ; la fin qui justifie les moyens et à quoi l’on subordo
2561travail, qualité du travail, santé, liberté, sens de la justice et autres balivernes, instruction véritable et autres [p. 
2562ruction véritable et autres [p. 26] plaisanteries de gros calibre, car à la vérité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit,
2563ies de gros calibre, car à la vérité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l
2564érité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l’État, voyons donc, — n’avez-vo
2565s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l’État, voyons donc, — n’avez-vous pas honte de vous faire rappeler s
2566e de l’État, voyons donc, — n’avez-vous pas honte de vous faire rappeler sans cesse des vérités aussi élémentaires. 3.c.
2567entaires. 3.c. L’égalitarisme des connaissances De l’existence des programmes, qui est un fait, et de l’existence de la
2568e l’existence des programmes, qui est un fait, et de l’existence de la Démocratie, qui est une prétention (réservons le mo
2569es programmes, qui est un fait, et de l’existence de la Démocratie, qui est une prétention (réservons le mot d’idéal), déc
2570ocratie, qui est une prétention (réservons le mot d’idéal), découle cette exigence théorique : tous les enfants doivent à
2571 enfants doivent à tout instant être en mesure 1° d’ingurgiter la même quantité de « matière » ; 2° d’en rendre compte de
2572t être en mesure 1° d’ingurgiter la même quantité de « matière » ; 2° d’en rendre compte de la même façon, dans le même te
2573d’ingurgiter la même quantité de « matière » ; 2° d’en rendre compte de la même façon, dans le même temps. Contentons-nous
2574e quantité de « matière » ; 2° d’en rendre compte de la même façon, dans le même temps. Contentons-nous de remarquer que c
2575a même façon, dans le même temps. Contentons-nous de remarquer que ce principe est à la base du système ; qui repose donc
2576qui repose donc sur une tranquille méconnaissance de la nature humaine. L’histoire enregistre bien une ou deux autres bêti
2577stoire enregistre bien une ou deux autres bêtises de cette épaisseur, mais il faut reconnaître que jamais on n’avait songé
2578he. L’école s’attaque impitoyablement aux natures d’exception, et les réduit avec acharnement à son [p. 27] commun dénomin
2579es veaux et des médiocres. 3.d. Le gavage Moyen de réaliser les précédents. Plus ou moins rationalisé. Son instrument le
2580un résumé clair et portatif des résultats actuels d’une science. Le bon sens voudrait qu’on étudie d’abord la science dans
2581à aucune réalité. Ils ne renferment rien qui soit de première main, rien qui soit authentique. Ils négligent toutes les [p
2582où pourrait s’accrocher l’intérêt. Ils dispensent de tout contact direct avec ce dont ils traitent. Or la valeur éducative
2583re en commerce intime avec elles. On apprend plus de deux que de mille, dit un sage oriental dont j’ai oublié le nom. Une
2584ce intime avec elles. On apprend plus de deux que de mille, dit un sage oriental dont j’ai oublié le nom. Une autre conséq
2585r assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher leur travail. Or ce travail n’a qu’une valeur éducatrice : s’i
2586l est absurde. Mais où sont à l’école les modèles de ce qu’on nommait autrefois la belle ouvrage ? On va supprimer les leç
2587ois la belle ouvrage ? On va supprimer les leçons de calligraphie. 3.e. La discipline On conçoit que la réalisation d’un
2588 3.e. La discipline On conçoit que la réalisation d’un programme entièrement contre nature exige une discipline sévère. D’
2589rement contre nature exige une discipline sévère. D’où notre conception pénitentiaire de l’école. Mais, s’il est des disci
2590pline sévère. D’où notre conception pénitentiaire de l’école. Mais, s’il est des disciplines qui renforcent, il en est d’a
2591ite le travail du maître. Il se peut. Tout dépend de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légiti
2592aître. Il se peut. Tout dépend de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légitimer l’énormité de l
2593e qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légitimer l’énormité de l’effort [p. 29] qu’on demande à ces
2594doute qu’il soit de nature à légitimer l’énormité de l’effort [p. 29] qu’on demande à ces petits. Là encore, il y a une ex
2595t n’est plus qu’une entrave énervante, un système de vexations mesquines, propres à étouffer toute spontanéité chez un peu
2596 peuple qui vraiment ne péchait point par l’excès de cette vertu. La discipline primaire forme des gobeurs et des inertes,
2597t blanches qui marquent un peu partout le passage de l’État, et dont la vue permet à ceux qui tombent du ciel sur notre so
2598e permet à ceux qui tombent du ciel sur notre sol de s’écrier sans hésiter : « Liberté, liberté chérie, voilà bien ta patr
2599» 3.f. La préparation civique Tous les pontifes de l’instruction publique sont d’accord sur ce point : l’école primaire
2600r ce point : l’école primaire doit être une école de Démocratie. Ils insistent sur le fait que les leçons d’instruction ci
2601ocratie. Ils insistent sur le fait que les leçons d’instruction civique sont insuffisantes pour former le petit citoyen :
2602faut que l’enseignement tout entier soit occasion de développer les vertus sociales de l’élève. « Une classe est une socié
2603r soit occasion de développer les vertus sociales de l’élève. « Une classe est une société en miniature. » Ceci est une én
2604e bourde. Juxtaposez trente enfants sur les bancs d’une salle d’école, vous n’aurez [p. 30] rien qui ressemble en quoi que
2605xtaposez trente enfants sur les bancs d’une salle d’école, vous n’aurez [p. 30] rien qui ressemble en quoi que ce soit à a
2606’on oblige les enfants à vivre ensemble dès l’âge de cinq ans, favorise le développement de leurs penchants les plus « com
2607 dès l’âge de cinq ans, favorise le développement de leurs penchants les plus « communs » : jalousie, vanité, panurgisme,
2608plus tard socialisme ou morgue bourgeoise, esprit de parti, arrivisme et parlementarisme. La culture de l’esprit démocrati
2609e parti, arrivisme et parlementarisme. La culture de l’esprit démocratique telle qu’elle est comprise par les instituteurs
2610ion !) Pour moi, ce que je retire de plus évident de mon expérience scolaire, c’est une grosse vérité que le bon sens m’eû
2611 sens m’eût par ailleurs fait voir : il n’y a pas d’égalité réelle possible tant que la loi est la même pour tous. Je ne p
2612st la même pour tous. Je ne parle pas des manuels d’histoire, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent une image me
2613’hui démontré qu’ils donnent une image mensongère de l’ancienne Suisse, à l’usage du peuple souverain qui ne manque pas d’
2614, à l’usage du peuple souverain qui ne manque pas d’en être flatté. Et puis, quelle est cette préparation à la vie qui com
2615ie qui commence par nous soustraire à l’influence de la [p. 31] vie ? Quelle est cette éducation sociale qui enlève l’enfa
2616enfant à la famille ?  5 Quel est cet instrument de perfectionnement civique qui assure l’écrasement des plus délicats pa
2617t utiliser pour son profit humain la petite somme de connaissances indispensables qu’on lui donne à l’école. (Cet argent d
2618ormales créées par l’école publique. Mais l’idéal de l’école est autre ; il est même tout contraire. On ne peut pas exiger
2619 contraire. On ne peut pas exiger qu’il soit tout de noblesse, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’
2620n ne peut pas exiger qu’il soit tout de noblesse, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que
2621s exiger qu’il soit tout de noblesse, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que ridicule et
2622, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que ridicule et mesquinerie. Il y a là une prémédita
2623icule et mesquinerie. Il y a là une préméditation de médiocrité que je ne puis m’empêcher de trouver suspecte. [p. 32] Le
2624éditation de médiocrité que je ne puis m’empêcher de trouver suspecte. [p. 32] Le bon élève est celui qui a de bons point
2625r suspecte. [p. 32] Le bon élève est celui qui a de bons points. Or les bons points vont aux parfaits imitateurs. Oyez-mo
2626« Quand il neige, c’est comme des petits morceaux de vouate. » Il est évident que Sylvie est supérieure à Victoria dans la
2627ctoria montre une âme docile, un rassurant défaut d’esprit critique, tandis que Sylvie appartient manifestement à la race
2628vie appartient manifestement à la race dangereuse de ceux qui voient avec leurs yeux d’élèves. Le bon élève est aussi l’él
2629ace dangereuse de ceux qui voient avec leurs yeux d’élèves. Le bon élève est aussi l’élève discipliné. L’école veut que pa
2630lvètes un légalisme écoeurant  6 , un conformisme d’imbéciles ou d’impuissants, qui d’ailleurs ne peut être qu’à l’avantag
2631isme écoeurant  6 , un conformisme d’imbéciles ou d’impuissants, qui d’ailleurs ne peut être qu’à l’avantage des gens en p
2632te quelques « brillantes carrières » fournies par d’ex-forts-en-thèmes, voire par d’ex-instituteurs. À la vérité, il s’agi
2633es » fournies par d’ex-forts-en-thèmes, voire par d’ex-instituteurs. À la vérité, il s’agit de [p. 33] réussites qui, pour
2634ire par d’ex-instituteurs. À la vérité, il s’agit de [p. 33] réussites qui, pour avoir enivré l’espoir et enflammé l’ambit
2635pour avoir enivré l’espoir et enflammé l’ambition d’un grand nombre de régents, ne laissent pas que d’être assez spéciales
2636l’espoir et enflammé l’ambition d’un grand nombre de régents, ne laissent pas que d’être assez spéciales. Il arrive en eff
2637d’un grand nombre de régents, ne laissent pas que d’être assez spéciales. Il arrive en effet que nos petits futurs grands
2638 nos petits futurs grands citoyens ayant accompli de « fortes études primaires et secondaires » (témoignage suffisant de l
2639 primaires et secondaires » (témoignage suffisant de leur aptitudes à la compromission sociale établie) et cueilli au pass
2640ssage un grade universitaire, prennent leur essor de chérubins du parti au cours de ces nombreux banquets de cercles locau
2641rubins du parti au cours de ces nombreux banquets de cercles locaux où se fondent les réputations, où se « baptisent » les
2642t les réputations, où se « baptisent » les hommes d’avenir. Un jour on voit s’étaler en première page des illustrés la fac
2643 des illustrés la face épanouie quoique énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édi
2644illustrés la face épanouie quoique énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifice
2645 face épanouie quoique énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifice administrati
2646énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifice administratif. Et c’est ce qui s’ap
2647qs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifice administratif. Et c’est ce qui s’appelle une belle carrière
2648eurs fort grande. Tous ceux qui ont eu l’occasion de comparer les bons élèves de diverses classes d’un collège ont été fra
2649qui ont eu l’occasion de comparer les bons élèves de diverses classes d’un collège ont été frappés de constater que la for
2650n de comparer les bons élèves de diverses classes d’un collège ont été frappés de constater que la force et l’originalité
2651 de diverses classes d’un collège ont été frappés de constater que la force et l’originalité de leur jugement sont en rais
2652rappés de constater que la force et l’originalité de leur jugement sont en raison inverse du nombre d’années d’instruction
2653de leur jugement sont en raison inverse du nombre d’années d’instruction publique qu’ils ont subies. 3.h. Le dilemme J’a
2654ugement sont en raison inverse du nombre d’années d’instruction publique qu’ils ont subies. 3.h. Le dilemme J’ai indiqué
2655 3.h. Le dilemme J’ai indiqué que les principes de l’instruction publique ne coïncident qu’accidentellement avec ceux du
2656cile, qu’ils constituent une inversion méthodique de toutes les lois divines et humaines. C’est-à-dire : une méthode d’abâ
2657s divines et humaines. C’est-à-dire : une méthode d’abâtardissement du peuple. D’autre part, il est aisé de voir que tous
2658tardissement du peuple. D’autre part, il est aisé de voir que tous ces principes dérivent nécessairement du fait que l’éco
2659est publique, obligatoire, et soumise au contrôle de l’État. Alors ? Ou bien vous acceptez le régime — mais aussi ses cons
2660ombattez l’instruction publique — mais vous êtes, de ce fait, contre le régime. Il y a là, dirait M. Prudhomme, un bien gr
68 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 4. L’illusion réformiste
2661as attendu ma colère pour entreprendre ce travail de démolition. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir l’abondante l
2662ail de démolition. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir l’abondante littérature publiée sur le « problème de l’écol
2663l’abondante littérature publiée sur le « problème de l’école nouvelle ». On appelle école nouvelle tout établissement où l
2664ole nouvelle tout établissement où l’on s’efforce d’enseigner selon des principes tirés de l’observation des enfants, c’es
2665n s’efforce d’enseigner selon des principes tirés de l’observation des enfants, c’est-à-dire : en contradiction sur toute
2666igne avec l’enseignement officiel. Les promoteurs de ces mouvements tentent la gageure de réformer l’école primaire sans t
2667s promoteurs de ces mouvements tentent la gageure de réformer l’école primaire sans toucher au principe de l’instruction p
2668éformer l’école primaire sans toucher au principe de l’instruction publique. Les réformes qu’ils ont proposées jusqu’ici s
2669actuelle est fondée sur une remarquable ignorance de la psychologie infantile. Où il y avait non-science, on a voulu appor
2670e. Où il y avait non-science, on a voulu apporter de la science. Mais c’est un art qu’il faudrait. Sinon l’on retombera da
2671tés. [p. 36] On a créé par exemple des « jardins d’enfants » où l’on apprend à des élèves âgés de trois à quatre ans à la
2672ins d’enfants » où l’on apprend à des élèves âgés de trois à quatre ans à lacer leurs souliers ; et cela s’appelle l’école
2673ar cœur et à rebours, les noms des rues et places de leur ville, comme s’ils étaient tous destinés à la profession de chau
2674comme s’ils étaient tous destinés à la profession de chauffeurs de taxi. Si cette conception du pratique prévaut, il est à
2675aient tous destinés à la profession de chauffeurs de taxi. Si cette conception du pratique prévaut, il est à craindre que
2676marcher en décomposant les mouvements avec l’aide d’un métronome pédagogique. De même, sous le louable prétexte d’école ac
2677me pédagogique. De même, sous le louable prétexte d’école active, on prétend faire apprendre la grammaire par le moyen de
2678prétend faire apprendre la grammaire par le moyen de gesticulations appropriées : foin de ces analyses de textes absurdes
2679par le moyen de gesticulations appropriées : foin de ces analyses de textes absurdes où l’on soulignait en rouge tous les
2680gesticulations appropriées : foin de ces analyses de textes absurdes où l’on soulignait en rouge tous les mots en « al »,
2681 les campagnes, tirant le meilleur parti possible de l’exercice ; car il ne manque à ce système, avouez-le, que [p. 37] ju
2682cisément. Je ferai à l’école nouvelle un reproche d’une autre nature. Elle prétend donner plus de liberté aux enfants en l
2683oche d’une autre nature. Elle prétend donner plus de liberté aux enfants en leur rendant le travail amusant, en leur laiss
2684 travail amusant, en leur laissant la possibilité de trouver par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’
2685nisée ? En réalité, cet amusement a pour seul but de faire avaler la pilule amère des connaissances. On songe à M. Ford, q
2686nd dimanche afin qu’ils consomment deux fois plus de machines. Jeu du chat avec la souris. On n’impose plus de résultats,
2687nes. Jeu du chat avec la souris. On n’impose plus de résultats, on les fait trouver. Notez que cela revient au même, sauf
2688ion ; on capte scientifiquement les sources mêmes de sa liberté. « Instruire en amusant » peut être la formule d’une tromp
2689té. « Instruire en amusant » peut être la formule d’une tromperie subtile et plus grave que la brutalité primaire, parce q
2690la brutalité primaire, parce qu’elle n’excite pas de réaction vive de la part des écoliers. Enfin, je n’aime pas qu’on tra
2691traite le gosse comme un organisme dont il s’agit d’obtenir le rendement le plus élevé. On cultive les petits d’hommes com
2692le rendement le plus élevé. On cultive les petits d’hommes comme des plantes de serre dans ces jardins d’enfants. On [p. 3
2693 On cultive les petits d’hommes comme des plantes de serre dans ces jardins d’enfants. On [p. 38] y parle de « l’enfant »
2694ommes comme des plantes de serre dans ces jardins d’enfants. On [p. 38] y parle de « l’enfant » comme on parle d’un produi
2695re dans ces jardins d’enfants. On [p. 38] y parle de « l’enfant » comme on parle d’un produit chimique : On remarque chez
2696On [p. 38] y parle de « l’enfant » comme on parle d’un produit chimique : On remarque chez l’enfant… Dans ce milieu l’enfa
2697nt ne tarde pas à se développer… Prenez un enfant de 6 ans… Mettez ensemble trois enfants… Je reconnais que les buts de l’
2698ensemble trois enfants… Je reconnais que les buts de l’école nouvelle sont honnêtement scientifiques, et désintéressés. Ma
2699ois tout ce que cela entraînerait, dans une ruine d’où renaîtrait peut-être l’humanité… Je songe à un enseignement sans éc
2700es gens qui appliquent avec ferveur les principes de l’école libre, qui se moquent des programmes et dont les classes sont
2701e moquent des programmes et dont les classes sont de vraies foires ; ils ont toute mon amitié. Cela me permet de leur fair
2702foires ; ils ont toute mon amitié. Cela me permet de leur faire [p. 39] remarquer d’autant plus librement qu’ils trahissen
2703é. Cela me permet de leur faire [p. 39] remarquer d’autant plus librement qu’ils trahissent le destin profond de l’instruc
2704lus librement qu’ils trahissent le destin profond de l’instruction publique, qu’ils trahissent leur mission officielle. Il
2705 trahissent leur mission officielle. Ils éduquent de futurs anarchistes  8 , bravo ! Mais ce qu’on leur avait confié, c’ét
2706eur avait confié, c’était la fabrication en série de petits démocrates conscients et organisés. Je crains que ce malentend
2707dis-je ; car le monde ne progresse qu’à la faveur de malentendus (si tant est qu’il progresse.) L’école nouvelle n’échappe
2708e n’échappe à l’absurdité primaire qu’à la faveur d’une équivoque. Cette équivoque frappe tout essai de réforme. Qu’il y a
2709’une équivoque. Cette équivoque frappe tout essai de réforme. Qu’il y ait là cependant une possibilité pratique d’en sorti
2710Qu’il y ait là cependant une possibilité pratique d’en sortir, je ne le nie pas. Mais du point de vue de la vérité, force
2711en sortir, je ne le nie pas. Mais du point de vue de la vérité, force nous est de reconnaître que notre dilemme subsiste d
2712Mais du point de vue de la vérité, force nous est de reconnaître que notre dilemme subsiste dans son intégrité et son urge
69 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 5. La machine à fabriquer des électeurs
2713 à fabriquer des électeurs Je crois à l’absurdité de fait de l’instruction publique. Je crois aussi qu’on ne peut réformer
2714quer des électeurs Je crois à l’absurdité de fait de l’instruction publique. Je crois aussi qu’on ne peut réformer l’absur
2715 m’explique pourquoi il triomphe et se perpétue ; de quel droit il nous écrase. La réponse est simple, terriblement simple
2716éponse est simple, terriblement simple : du droit de la Démocratie. L’instruction publique et la Démocratie sont sœurs sia
2717sont nées en même temps. Elles ont crû et embelli d’un même mouvement. Morigéner l’une c’est faire pleurer l’autre. Écoute
2718s et il y aurait une insigne hypocrisie à feindre de ne plus la reconnaître, une fois dissipée la fumée des civets, des ci
2719ivrées. D’ailleurs, cette idée que j’ai l’honneur de partager avec mes adversaires se trouve correspondre à des faits pate
2720s et simples ; il serait [p. 41] vraiment dommage de priver ces Messieurs d’une aubaine pour eux si rare. Un fait simple,
2721 [p. 41] vraiment dommage de priver ces Messieurs d’une aubaine pour eux si rare. Un fait simple, par exemple, c’est que l
2722éalisable. Ici, je demanderai poliment au lecteur de vouloir bien ne point trop faire la bête, sinon je me verrai contrain
2723 trop faire la bête, sinon je me verrai contraint de lui expliquer un certain nombre de vérités tellement évidentes — que
2724rrai contraint de lui expliquer un certain nombre de vérités tellement évidentes — que cela n’irait pas sans quelque indéc
2725et truquer légalement les votes. Ensuite, il faut de l’histoire, et de l’instruction civique, pour qu’on sache à quoi cela
2726ent les votes. Ensuite, il faut de l’histoire, et de l’instruction civique, pour qu’on sache à quoi cela rime. Ensuite, il
2727noffensifs. Enfin, il faut un nombre considérable de leçons, et le plus longtemps possible, pour qu’on n’ait pas le temps
2728longtemps possible, pour qu’on n’ait pas le temps de se rendre compte que tout cela est absurde. Pour qu’on n’ait pas le t
2729t cela est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps d’écouter la nature qui répète par toutes ses voix, d’un milliard de faç
2730écouter la nature qui répète par toutes ses voix, d’un milliard de façons, que c’est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temp
2731ure qui répète par toutes ses voix, d’un milliard de façons, que c’est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps de découvrir
2732 que c’est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps de découvrir la Liberté  9 , parce que celui qui l’a embrassée une fois,
2733amoises. Continuons. La démocratie doit à l’École de vivre encore. Mais ce n’est de la part de notre Institutrice qu’un re
2734ulée. Certes je ne prétends pas que les créateurs de l’instruction publique aient pleine conscience de ce qu’ils faisaient
2735de l’instruction publique aient pleine conscience de ce qu’ils faisaient — et je les excuse pour autant  10 . Je dis simpl
2736ossible que parce qu’elle était liée aux intérêts de la démocratie. Car il faut bien se représenter qu’elle n’était encore
2737le n’était encore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il ne serait guère plus fou de proposer aujourd’hui qu’on
2738 utopie de partisans. Il ne serait guère plus fou de proposer aujourd’hui qu’on répande universellement et obligatoirement
2739ellement et obligatoirement l’art du saxophone ou de la balalaïka. Soyez certains qu’il ne manque à cette plaisanterie, po
2740nterie, pour prendre corps, que l’appui intéressé d’un groupement politico-financier. Et il y aurait bien vite des députés
2741ux, que dis-je, la valeur hautement moralisatrice de ces glapissants entonnoirs. D’ailleurs cette complicité, si évidente
2742illeurs cette complicité, si évidente à l’origine de l’institution, se manifeste encore de nos jours et d’une façon non mo
2743à l’origine de l’institution, se manifeste encore de nos jours et d’une façon non moins flagrante, dans ses suites normale
2744’institution, se manifeste encore de nos jours et d’une façon non moins flagrante, dans ses suites normales. Je n’en veux
2745rante, dans ses suites normales. Je n’en veux pas d’autre preuve que l’état grotesquement arriéré de notre instrument de p
2746s d’autre preuve que l’état grotesquement arriéré de notre instrument de progrès par excellence. Car il n’est qu’une expli
2747 l’état grotesquement arriéré de notre instrument de progrès par excellence. Car il n’est qu’une explication [p. 43] vrais
2748il n’est qu’une explication [p. 43] vraisemblable de cette incurie : l’école, sous sa forme actuelle, remplit suffisamment
2749uffisamment son rôle politique et social, qui est de fabriquer des électeurs (si possible radicaux, en tout cas démocrates
2750radicaux, en tout cas démocrates). Je me souviens d’un dessin humoristique publié en 1914, représentant l’œuvre de Kitchen
2751humoristique publié en 1914, représentant l’œuvre de Kitchener : une machine qui absorbait des gentlemen et rendait des to
2752tion, tous les crânes ont été décervelés et dotés d’une petite mécanique à quatre sous qui suffit à régler désormais l’aut
2753 sous qui suffit à régler désormais l’automatisme de la vie civique. Le cerveau standard du type fédéral ne laisse craindr
2754i peuvent apparaître chez les enfants ? Ce serait de l’art pour l’art. On ne peut pas en demander tant aux gouvernements.
2755as rentable. Il est clair que si le but principal de l’instruction publique était d’éduquer le peuple d’une façon désintér
2756 le but principal de l’instruction publique était d’éduquer le peuple d’une façon désintéressée, les gouvernements seraien
2757 l’instruction publique était d’éduquer le peuple d’une façon désintéressée, les gouvernements seraient un peu plus fous q
2758eraient un peu plus fous qu’on n’ose les imaginer de ne pas [p. 44] entreprendre sur l’heure une véritable révolution scol
2759 comme vous dites, sans doute pour m’ôter l’envie de bousculer quoi que ce soit. J’aime bien les tremblements de terre, vo
2760er quoi que ce soit. J’aime bien les tremblements de terre, vous tombez mal. J’appartiens à cette espèce de gens qui font
2761rre, vous tombez mal. J’appartiens à cette espèce de gens qui font confiance à leur sensibilité plus qu’aux idées des autr
2762us qu’aux idées des autres. Or, c’est une révolte de ma sensibilité qui me dresse contre l’École. Mes arguments ne se mett
2763orterait que l’École soit une machine à fabriquer de la démocratie — si je ne sentais menacées dans cette aventure des val
2764 sentais menacées dans cette aventure des valeurs d’âme auxquelles je tiens plus qu’à tout. Ma haine de la démocratie est
2765’âme auxquelles je tiens plus qu’à tout. Ma haine de la démocratie est l’aboutissement de l’évolution dont je viens de déc
2766ut. Ma haine de la démocratie est l’aboutissement de l’évolution dont je viens de décrire la marche nécessaire  11 . On ne
2767 est l’aboutissement de l’évolution dont je viens de décrire la marche nécessaire  11 . On ne manquera pas d’insinuer qu’à
2768ire la marche nécessaire  11 . On ne manquera pas d’insinuer qu’à l’origine de tout ceci il y a surtout de la [p. 45] nerv
276911 . On ne manquera pas d’insinuer qu’à l’origine de tout ceci il y a surtout de la [p. 45] nervosité, de petites douleurs
2770sinuer qu’à l’origine de tout ceci il y a surtout de la [p. 45] nervosité, de petites douleurs de jeune bourgeois. Essayez
2771tout ceci il y a surtout de la [p. 45] nervosité, de petites douleurs de jeune bourgeois. Essayez de venir me dire ça chez
2772tout de la [p. 45] nervosité, de petites douleurs de jeune bourgeois. Essayez de venir me dire ça chez moi, n’est-ce pas,
2773, de petites douleurs de jeune bourgeois. Essayez de venir me dire ça chez moi, n’est-ce pas, mes agneaux. C’est justement
2774 C’est justement dans la mesure où je participais de l’écoeurant optimisme bourgeois que je m’accommodais d’un régime noci
2775coeurant optimisme bourgeois que je m’accommodais d’un régime nocif pour tout ce qu’il y a d’authentiquement noble en chaq
2776ommodais d’un régime nocif pour tout ce qu’il y a d’authentiquement noble en chaque homme. Si les fils du peuple souffrent
2777aque homme. Si les fils du peuple souffrent moins d’un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aus
2778ent moins d’un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aussi sensible. Mais attendez, si quelques-
2779 si quelques-uns allaient se réveiller… Il suffit d’un peu de chaleur d’âme pour amorcer le dégel de ces principes, et ce
2780aient se réveiller… Il suffit d’un peu de chaleur d’âme pour amorcer le dégel de ces principes, et ce peut être le signal
2781t d’un peu de chaleur d’âme pour amorcer le dégel de ces principes, et ce peut être le signal de la grande débâcle printan
2782dégel de ces principes, et ce peut être le signal de la grande débâcle printanière. Il n’y a pas de révolution véritable q
2783al de la grande débâcle printanière. Il n’y a pas de révolution véritable que de la sensibilité. (Le jour où l’on culbuter
2784tanière. Il n’y a pas de révolution véritable que de la sensibilité. (Le jour où l’on culbutera ces Messieurs de leurs siè
2785ibilité. (Le jour où l’on culbutera ces Messieurs de leurs sièges, ils comprendront le sens des images.) p. 41 9. J
70 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 6. La trahison de l’instruction publique
2786 [p. 46] 6. La trahison de l’instruction publique (Ici, le procureur prit un ton plus grave).  
2787 des intérêts politiques. C’était là, nous venons de le voir, son unique moyen de parvenir. Elle participe donc sur une va
2788tait là, nous venons de le voir, son unique moyen de parvenir. Elle participe donc sur une vaste échelle à cette « Trahiso
2789en ! elle apprendra que le seul péché qui n’a pas de pardon, c’est le péché contre l’Esprit. Aujourd’hui qu’il suffit d’un
2790e péché contre l’Esprit. Aujourd’hui qu’il suffit d’un peu de bon sens et d’information pour jouer au prophète, on nous pr
2791 Aujourd’hui qu’il suffit d’un peu de bon sens et d’information pour jouer au prophète, on nous promet de tous côtés de be
2792nformation pour jouer au prophète, on nous promet de tous côtés de belles catastrophes. Je suis de ceux qui s’en réjouisse
2793r jouer au prophète, on nous promet de tous côtés de belles catastrophes. Je suis de ceux qui s’en réjouissent mauvaisemen
2794met de tous côtés de belles catastrophes. Je suis de ceux qui s’en réjouissent mauvaisement. (« C’est bien fait. C’était t
2795 bien fait. C’était trop laid ».) À peine capable de nous instruire, l’École prétend ouvertement nous éduquer. D’ailleurs
2796istes, sans lesquelles le monde [p. 47] s’enfonce de son propre poids dans l’abrutissement ou se laisse prendre à des théo
2797ne peut que diminuer le « rendement » quantitatif de ceux qui s’y livrent. Je ne veux pas me poser ici en défenseur des ve
2798sans des « lumières » et qui pourtant s’indignent de voir la morale actuelle s’attaquer, voyez-vous ça, à la famille, « ce
2799ille, « cette cellule sociale ». Et je les traite de mauvais plaisants. Admirez mon extrême modération. Ceci fait, constat
2800rmes sociales qu’on prétend y substituer à celles de la famille sont falsifiées. Non seulement l’École ne constitue pas le
2801ue pas le pôle idéaliste nécessaire à l’équilibre d’une civilisation, — et c’est l’aspect négatif de sa trahison — mais en
2802e d’une civilisation, — et c’est l’aspect négatif de sa trahison — mais encore elle tend à développer tout ce qu’il y a de
2803s encore elle tend à développer tout ce qu’il y a de spécifiquement malfaisant dans l’esprit moderne. C’est sa façon à ell
2804sant dans l’esprit moderne. C’est sa façon à elle de répondre aux besoins de l’époque. Pauvre époque ! On parle sans cesse
2805ne. C’est sa façon à elle de répondre aux besoins de l’époque. Pauvre époque ! On parle sans cesse de ses besoins. Il est
2806 de l’époque. Pauvre époque ! On parle sans cesse de ses besoins. Il est vrai qu’elle est anormalement insatiable… Je [p. 
2807tiable… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout besoin d’une purge violente qui chasse ce ver solitaire du matérialisme. Et qua
2808isme. Et quand on m’aura démontré que les besoins de l’époque exigent une organisation à outrance du monde, je répondrai q
2809sfaite naît un nouveau besoin qui est précisément d’échapper à cette organisation. Or il semble bien que nous en soyons-là
2810nous en soyons-là, s’il faut en croire les signes de révolte qui apparaissent de toutes parts. Mais l’école empoisonne les
2811 toutes parts. Mais l’école empoisonne les germes d’une renaissance de l’esprit dont elle devrait être la mère. Elle favor
2812s l’école empoisonne les germes d’une renaissance de l’esprit dont elle devrait être la mère. Elle favorise le culte exclu
2813ait être la mère. Elle favorise le culte exclusif de l’utile, l’incompréhension brutale de la nature, la haine des supério
2814te exclusif de l’utile, l’incompréhension brutale de la nature, la haine des supériorités naturelles, l’habitude de l’ersa
2815 la haine des supériorités naturelles, l’habitude de l’ersatz et du travail bâclé. Elle apprend à lire pour lire les journ
2816l est clair, par exemple, que seules les victimes de l’instruction helvétique sont capables d’absorber sans fou rire les d
2817ictimes de l’instruction helvétique sont capables d’absorber sans fou rire les discours de tirs fédéraux. On a comparé le
2818nt capables d’absorber sans fou rire les discours de tirs fédéraux. On a comparé le monde moderne à un vaste établissement
2819comparé le monde moderne à un vaste établissement de travaux forcés. L’école donne à l’enfant ce qu’il faut pour se résign
2820 l’enfant ce qu’il faut pour se résigner à l’état de citoyen bagnard auquel il est promis. Mais elle tue tout ce qui lui d
2821. Mais elle tue tout ce qui lui donnerait l’envie de se libérer — et peut-être les moyens. Vaste distillerie d’ennui, c’es
2822érer — et peut-être les moyens. Vaste distillerie d’ennui, c’est-à-dire de [p. 49] démoralisation — qu’on se le dise ! —, 
2823s moyens. Vaste distillerie d’ennui, c’est-à-dire de [p. 49] démoralisation — qu’on se le dise ! —, puissance de crétinisa
2824 démoralisation — qu’on se le dise ! —, puissance de crétinisation lente, standardisation de toutes les mesquineries natur
2825puissance de crétinisation lente, standardisation de toutes les mesquineries naturelles (je ne fais le procès de la bêtise
2826les mesquineries naturelles (je ne fais le procès de la bêtise humaine qu’en tant qu’elle est cultivée par l’État), l’Écol
2827ns ses collèges, l’y enferme et l’y laisse crever de faim. Par ce qu’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle
2828le constitue la plus grande force anti-religieuse de ce temps. L’instruction religieuse qui prend les enfants au sortir de
71 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 7. L’instruction publique contre le progrès
2829z-vous. Il faut avouer qu’avec ce je ne sais quoi de déclamatoire, de… journalistique, de bedonnant creux, cela vous a un
2830vouer qu’avec ce je ne sais quoi de déclamatoire, de… journalistique, de bedonnant creux, cela vous a un petit air démocra
2831ne sais quoi de déclamatoire, de… journalistique, de bedonnant creux, cela vous a un petit air démocratique, hé ! hé !… et
2832dans une direction tout opposée. C’est très malin d’avoir inventé un instrument de progrès : encore faut-il le mettre en m
2833e. C’est très malin d’avoir inventé un instrument de progrès : encore faut-il le mettre en marche. Et où le conduire ? Il
2834l’instruction publique s’est arrêtée aux environs de 1880 et depuis lors n’a guère bougé. Le moteur n’en continue pas moin
2835’a guère bougé. Le moteur n’en continue pas moins de consommer, ronfler et de tout empester. Et peu à peu le public perçoi
2836 n’en continue pas moins de consommer, ronfler et de tout empester. Et peu à peu le public perçoit que « l’instrument de p
2837Et peu à peu le public perçoit que « l’instrument de progrès » n’est qu’un camouflage à l’abri duquel on distille du radic
2838al. On me fera observer que beaucoup des servants de la machine sont socialistes ou conservateurs : voilà qui ne change pa
2839excrétés. [p. 51] On forme nos gosses, dès l’âge de six ans, à ne se point poser de questions dont ils n’aient appris par
2840gosses, dès l’âge de six ans, à ne se point poser de questions dont ils n’aient appris par cœur la réponse. Regardez un éc
2841trouve ça très fort : avoir obtenu un conformisme de la curiosité. Il est vrai qu’il ne fallait pas moins pour assurer la
2842’il ne fallait pas moins pour assurer la sécurité d’un régime établi dans des fauteuils ; car un peuple d’électeurs fantai
2843 régime établi dans des fauteuils ; car un peuple d’électeurs fantaisistes serait parfois tenté de retirer brusquement ces
2844ple d’électeurs fantaisistes serait parfois tenté de retirer brusquement ces sièges, farce connue et qui ridiculise à coup
2845 et qui ridiculise à coup sûr sa victime. En fait de farces, vous allez feindre de trouver bien bonne celle-ci : je préten
2846sa victime. En fait de farces, vous allez feindre de trouver bien bonne celle-ci : je prétends que l’instruction publique
2847oins ! Elle est destinée à légitimer par la force de l’inertie et à perpétuer mécaniquement tout ce qui est depuis Numa Dr
2848 pas réactionnaire, non, même pas. Car les forces de réaction collaborent à leur manière au progrès, elles corrigent, stim
2849rigent, stimulent, vivifient. L’École se contente d’être figée. Est-ce un frein ? Même pas. C’est plutôt une vase où s’enl
2850Démocratie. Et cette thèse ne va pas à l’encontre de l’évolution normale de l’humanité, comme vous ne manquerez [p. 52] ce
2851èse ne va pas à l’encontre de l’évolution normale de l’humanité, comme vous ne manquerez [p. 52] cependant point de le dir
2852, comme vous ne manquerez [p. 52] cependant point de le dire, avec ce sens du cliché qui est un hommage à vos maîtres resp
2853os maîtres respectés. La Démocratie, par le moyen de l’instruction publique, limite l’homme au citoyen. Il s’agit donc de
2854blique, limite l’homme au citoyen. Il s’agit donc de dépasser le citoyen, de retrouver l’homme tout entier. Je distingue d
2855u citoyen. Il s’agit donc de dépasser le citoyen, de retrouver l’homme tout entier. Je distingue dans cette opération deux
2856 le terrain pour les jeux nouveaux que l’humanité de demain ne peut manquer de s’inventer. Je ne puis m’empêcher de voir u
2857nouveaux que l’humanité de demain ne peut manquer de s’inventer. Je ne puis m’empêcher de voir une intention providentiell
2858peut manquer de s’inventer. Je ne puis m’empêcher de voir une intention providentielle dans cet amour de la destruction et
2859 voir une intention providentielle dans cet amour de la destruction et de l’anarchie que les génies destructeurs de ce tem
2860rovidentielle dans cet amour de la destruction et de l’anarchie que les génies destructeurs de ce temps ont inspiré à beau
2861tion et de l’anarchie que les génies destructeurs de ce temps ont inspiré à beaucoup d’entre nous — encore que peu l’avoue
2862 faire des signes dans le vide à des hasards gros de dangers, c’est peut-être à quoi notre génération devra limiter l’effi
2863 quoi notre génération devra limiter l’efficacité de ses efforts. Critiquer le présent au nom du passé ne signifie pas que
2864 désire un retour au passé. Mais la considération de régimes anciens peut nous amener à constater, sans plus, que notre so
2865 recul humain. Par exemple, est-ce un progrès que d’avoir remplacé les hiérarchies de tradition, avec tout le vaste arrièr
2866e un progrès que d’avoir remplacé les hiérarchies de tradition, avec tout le vaste arrière-fond de poésie et de grandeur q
2867ies de tradition, avec tout le vaste arrière-fond de poésie et de grandeur que ce mot comporte — quelles qu’en soient d’ai
2868ion, avec tout le vaste arrière-fond de poésie et de grandeur que ce mot comporte — quelles qu’en soient d’ailleurs les ré
2869ratif, dont l’esprit est la jalousie rancie armée de pédantisme, et je ne parle pas du décor, des odeurs, de la poussière,
2870antisme, et je ne parle pas du décor, des odeurs, de la poussière, des petites habitudes sordides et de cette matière rare
2871e la poussière, des petites habitudes sordides et de cette matière rarement « hygiénique » et qui définit notre âge : la p
2872tionnarisme, vous alliez le dire, est un ramassis de lieux communs. Mais il s’en faut, hélas, de beaucoup pour que la majo
2873assis de lieux communs. Mais il s’en faut, hélas, de beaucoup pour que la majorité des électeurs les considèrent comme tel
2874s débordent ce cercle étroit et distingué. Il y a de grands balayages à faire, un grand courant d’air à créer qui emporter
2875y a de grands balayages à faire, un grand courant d’air à créer qui emportera toutes ces statistiques et ces journaux, il
2876l en restera toujours assez pour allumer des feux de joie, etc. Bon. Supposons tout cela fait. Respirons. Mais déjà vous m
2877à vous m’attendez à ce tournant et vous me sommez de dire comment, maintenant, je vais m’y prendre pour préparer les temps
2878me question. Aurai-je la naïveté non moins énorme d’esquisser ici la réponse que je lui réserve ? L’instruction publique e
2879instruction publique est la forme la plus commune de la peste rationaliste qui sévit dans le monde [p. 54] depuis le xviii
2880 pestes noires). Si vous creusez un peu la notion de démocratie, vous trouverez bien vite qu’elle repose sur des postulats
2881ux aspects, l’un politique, l’autre intellectuel, d’une même mentalité. Elle s’est développée au xviiie dans l’aristocrat
2882nt dans les principes démocratiques, et dans ceux de l’École, mais encore dans toute la conduite moderne de la vie. C’est
2883École, mais encore dans toute la conduite moderne de la vie. C’est notre américanisme et c’est notre sécheresse sentimenta
2884’est lui qui stérilise nos utopies et les empêche de devenir autre chose que des utopies. Il s’agit donc en premier lieu d
2885e que des utopies. Il s’agit donc en premier lieu de le démasquer et de le pourchasser dans toutes les démarches de notre
2886Il s’agit donc en premier lieu de le démasquer et de le pourchasser dans toutes les démarches de notre vie. Mais cette pre
2887er et de le pourchasser dans toutes les démarches de notre vie. Mais cette première tâche constitue un programme si riche
2888onstitue un programme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à des générations p
2889ns ce [p. 55] soin, à des générations plus libres d’imaginer, bénéficiant de notre colère jacobine et de cette formidable
2890s générations plus libres d’imaginer, bénéficiant de notre colère jacobine et de cette formidable expérience négative qui
2891imaginer, bénéficiant de notre colère jacobine et de cette formidable expérience négative qui aura duré deux siècles au mo
2892 qui aura duré deux siècles au moins. L’évolution de l’humanité paraît conforme à la dialectique hegelienne ; on y retrouv
2893retrouve facilement les triades : être — négation de l’être — nouvel être. Notre époque serait le deuxième temps d’une de
2894ouvel être. Notre époque serait le deuxième temps d’une de ces triades. Son rationalisme nie l’être sous toutes ses formes
2895être. Notre époque serait le deuxième temps d’une de ces triades. Son rationalisme nie l’être sous toutes ses formes, trad
2896e nouvelle et plus complète, à un degré supérieur d’inconscience, si je puis dire. Alors ce sera au tour de l’instinct d’i
2897onscience, si je puis dire. Alors ce sera au tour de l’instinct d’intégrer la raison. Je crois que nous approchons de ce t
2898je puis dire. Alors ce sera au tour de l’instinct d’intégrer la raison. Je crois que nous approchons de ce temps. Et que l
2899’intégrer la raison. Je crois que nous approchons de ce temps. Et que le véritable progrès veut qu’on s’attaque à tout ce
2900 avènement. C’est pourquoi je réclame l’expulsion de la congrégation radicale des instituteurs. On me demande encore ce qu
2901trais à la place. Et parce que je ne propose rien de bien précis, on triomphe grossièrement. J’aurais voulu vous voir dema
2902ent. J’aurais voulu vous voir demander à un sujet de Louis XIV ce qu’il concevait à la place de la [p. 56] royauté absolue
2903tion. Et même Diderot, même Rousseau, à la veille de la Révolution, soupçonnaient-ils que la république qu’ils appelaient
2904tard à peine à la folie démocratique, cette danse de Saint-Guy politique dont rien de leur temps ne pouvait offrir la moin
2905que, cette danse de Saint-Guy politique dont rien de leur temps ne pouvait offrir la moindre préfiguration ? Eh bien ! ind
2906rir la moindre préfiguration ? Eh bien ! induisez de cette similitude les possibilités formidables que nous réserve le siè
2907secrètement, que ce mépris et ce scepticisme sont d’un ridicule écrasant, sous lequel vous ne tarderez pas à périr.   p
72 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Appendice. Utopie
2908ute. (Et figurez-vous que j’ai la ferme intention de vous faire rigoler, si cela peut vous rassurer quant à ma santé moral
2909assurer quant à ma santé morale.) La question est de savoir si nous serons des hommes de chair et d’esprit, ou des pantins
2910 question est de savoir si nous serons des hommes de chair et d’esprit, ou des pantins articulés. (Qui tiendra les ficelle
2911t de savoir si nous serons des hommes de chair et d’esprit, ou des pantins articulés. (Qui tiendra les ficelles, peu impor
2912upide) et les philosophes  13 les mieux informés de ce temps s’accordent sur un point : le salut de l’Europe est lié à la
2913s de ce temps s’accordent sur un point : le salut de l’Europe est lié à la naissance d’une nouvelle attitude de l’âme. Cec
2914ce temps s’accordent sur un point : le salut de l’Europe est lié à la naissance d’une nouvelle attitude de l’âme. Ceci revient
2915int : le salut de l’Europe est lié à la naissance d’une nouvelle attitude de l’âme. Ceci revient à dire que seule une gran
2916pe est lié à la naissance d’une nouvelle attitude de l’âme. Ceci revient à dire que seule une grande vague de l’imaginatio
2917e. Ceci revient à dire que seule une grande vague de l’imagination collective peut désensabler le vieux bateau occidental.
2918d’esprit : voilà bien ce que l’École empêche même de concevoir. Elle cultive ce qu’il y a d’anti-irrationnel dans la natur
2919êche même de concevoir. Elle cultive ce qu’il y a d’anti-irrationnel dans la nature de l’homme. Elle punit froidement la s
2920ve ce qu’il y a d’anti-irrationnel dans la nature de l’homme. Elle punit froidement la spontanéité et l’invention. Elle dé
2921spontanéité et l’invention. Elle dénature le sens de la liberté. Elle détruit tout ce qui permettait d’échapper à la mécan
2922e la liberté. Elle détruit tout ce qui permettait d’échapper à la mécanique. Bref, elle perpétue ce manque [p. 58] d’imagi
2923 mécanique. Bref, elle perpétue ce manque [p. 58] d’imagination dont les conséquences seront matériellement catastrophique
2924s’y trompe pas : le sens technique qui tient lieu d’imagination à l’homme moderne n’est pas créateur d’êtres spirituelleme
2925’imagination à l’homme moderne n’est pas créateur d’êtres spirituellement vivants, ni d’aucune grandeur supérieure à la so
2926 pas créateur d’êtres spirituellement vivants, ni d’aucune grandeur supérieure à la somme de ses éléments. Il n’engendre p
2927vants, ni d’aucune grandeur supérieure à la somme de ses éléments. Il n’engendre pas, il ajuste. Quand nous aurons épuisé
2928 Quand nous aurons épuisé toutes les combinaisons de vitesse et d’ennui à quoi présentement nous usons le plus clair de no
2929rons épuisé toutes les combinaisons de vitesse et d’ennui à quoi présentement nous usons le plus clair de nos forces — le
2930nnui à quoi présentement nous usons le plus clair de nos forces — le Poète dira un mot, ou bien fera un acte, et ces peupl
2931dira un mot, ou bien fera un acte, et ces peuples de somnambules s’éveilleront du cauchemar où les plongent toutes vos dro
2932ouïs. Il ne tient peut-être qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en faire sortir le beau miracle d’une civilisat
2933être qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en faire sortir le beau miracle d’une civilisation aux ordres de l’Esp
2934istes pratiques d’en faire sortir le beau miracle d’une civilisation aux ordres de l’Esprit. Mais il faudrait que dès main
2935tir le beau miracle d’une civilisation aux ordres de l’Esprit. Mais il faudrait que dès maintenant se constituent ces élit
2936 ces élites et cela ne se peut que si les tenants de l’ordre spirituel retrouvent le courage d’être, malgré les mots  14 ,
2937enants de l’ordre spirituel retrouvent le courage d’être, malgré les mots  14 , des anarchistes et des utopistes. J’appell
2938gralement humain. L’anarchie est un degré [p. 59] d’intensité dans la vie, non pas un parti. Tout extrémiste, de droite co
2939é dans la vie, non pas un parti. Tout extrémiste, de droite comme de gauche, se trouve être dans une certaine mesure un an
2940on pas un parti. Tout extrémiste, de droite comme de gauche, se trouve être dans une certaine mesure un anarchiste s’il dé
2941aine mesure un anarchiste s’il défend son opinion de toutes ses forces. Mais c’est un anarchiste de la mauvaise espèce, un
2942on de toutes ses forces. Mais c’est un anarchiste de la mauvaise espèce, un anarchiste embrigadé. L’anarchiste que j’aime
2943nt tout en le suivant. Que faire, diront les gens de bonne volonté dont mon imagination romantique suppose l’existence. Qu
2944s si vous tenez, oui ou non, M. W. Rosier, auteur de manuels d’histoire et de [p. 60] géographie bien connus, pour l’espri
2945enez, oui ou non, M. W. Rosier, auteur de manuels d’histoire et de [p. 60] géographie bien connus, pour l’esprit le plus d
2946on, M. W. Rosier, auteur de manuels d’histoire et de [p. 60] géographie bien connus, pour l’esprit le plus dangereusement
2947s répondent oui, cela finira par créer un courant d’opinion. Et l’opinion publique mène le monde, paraît-il. À ce propos :
2948agent désormais à ne publier plus un seul article de fond où ne perce leur mépris pour l’instruction publique. Ils peuvent
2949uoi, comme on sait, et ils auraient là l’occasion de racheter bien des choses. Ce n’est rien de moins qu’une rédemption du
2950casion de racheter bien des choses. Ce n’est rien de moins qu’une rédemption du journalisme, ce que je propose-là. Et c’es
2951-là. Et c’est ainsi qu’on peut imaginer sans trop d’invraisemblance de petites réformes. Mais j’en ai assez dit pour évite
2952i qu’on peut imaginer sans trop d’invraisemblance de petites réformes. Mais j’en ai assez dit pour éviter ce malentendu :
2953 ce malentendu : je ne crois pas à la possibilité d’une réforme suffisante. C’est une révolution qu’il faut. Alors, suppri
2954le. Le peuple qui déteste l’école a pourtant faim d’instruction  15 , et se croirait lésé dans un de ses droits fondamenta
2955m d’instruction  15 , et se croirait lésé dans un de ses droits fondamentaux. Le peuple veut s’instruire et on lui bourre
2956lui bourre le crâne pour l’en empêcher. Il s’agit de lui faire [p. 61] comprendre que l’école est le plus gros obstacle à
2957préparer le terrain. D’autre part, il faut partir de ce qui est. Mais comment retourner contre l’ennemi ses propres batter
2958 batteries ? Autrement dit : quel emploi utopique de l’organisation existante peut-on imaginer ? L’école devrait donner à
2959n entourage ne peut plus lui donner : des modèles de pensées. Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaiss
2960 donner : des modèles de pensées. Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaissances mortes. Une technique
2961 Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaissances mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu’il en fa
2962 la concentration. En vérité, toute force résulte d’une concentration, dans quelque domaine que ce soit. Si l’Occident com
2963n plus en barbare cette fois-ci. Ce qui l’empêche de comprendre, ici encore, c’est la peur scolaire des mots. Ce terme hin
2964[p. 62] vous ne voyez tout de même pas une classe de gamins répétant la syllabe sacrée Aûm ou se livrant à des exercices d
2965 syllabe sacrée Aûm ou se livrant à des exercices de contrôle de la respiration. Il ne s’agit nullement de cela. Nous ne s
2966rée Aûm ou se livrant à des exercices de contrôle de la respiration. Il ne s’agit nullement de cela. Nous ne sommes pas au
2967ontrôle de la respiration. Il ne s’agit nullement de cela. Nous ne sommes pas aux Indes, je vous jure que je m’en doute. M
2968veut obtenir une grande intensité avec un minimum de moyens. J’en citerai deux exemples : la discipline jésuite et le dril
2969ysique, aux exercices élémentaires que l’on exige d’un initié. Le fameux arrêt de la pensée dont on sait l’importance prim
2970aires que l’on exige d’un initié. Le fameux arrêt de la pensée dont on sait l’importance primordiale dans le Yoga correspo
2971 au corps une immobilité absolue. L’un et l’autre de ces exercices montrent que le candidat possède une énergie suffisante
2972 loin, — et en même temps constituent des sources d’énergie nouvelle. Le parallèle peut être poussé dans les détails. Il s
2973peut être poussé dans les détails. Il s’agit bien d’un geste identique, exécuté dans deux plans différents. Le drill est u
2974 drill est un Yoga corporel, le Yoga est un drill de l’esprit. Je sais que ces deux mots sont bien dangereux et impopulair
2975s en couvent. Tant pis. Le drill offre un exemple d’éducation efficace. L’armée de milices suisses fait des soldats en moi
2976ll offre un exemple d’éducation efficace. L’armée de milices suisses fait des soldats en moins de trois mois. Si l’école a
2977rmée de milices suisses fait des soldats en moins de trois mois. Si l’école appliquait en les transposant des méthodes de
2978’école appliquait en les transposant des méthodes de concentration analogues, même dans la mesure sans doute faible où la
2979le supporte, on économiserait plusieurs semestres de travail. Si chaque matin l’enfant parvenait à mettre sa pensée au gar
2980à-vous durant quelques instants, il s’épargnerait de longs énervements. Il n’y a pas là de quoi se tordre. Car tout cela n
2981épargnerait de longs énervements. Il n’y a pas là de quoi se tordre. Car tout cela nous donnerait des années de liberté, e
2982e tordre. Car tout cela nous donnerait des années de liberté, en même temps qu’un peu de calme. Ces années de liberté nous
2983rté, en même temps qu’un peu de calme. Ces années de liberté nous permettraient de vivre, seule façon de s’instruire inven
2984e calme. Ces années de liberté nous permettraient de vivre, seule façon de s’instruire inventée à ce jour. Ce calme nous p
2985 liberté nous permettraient de vivre, seule façon de s’instruire inventée à ce jour. Ce calme nous permettrait de comprend
2986ire inventée à ce jour. Ce calme nous permettrait de comprendre beaucoup de choses qui restent cachées aux agités ; la nat
2987le. Je ne demande pas qu’on nous enseigne le goût de la nature. Mais qu’on nous laisse le temps de la regarder. De faire c
2988oût de la nature. Mais qu’on nous laisse le temps de la regarder. De faire connaissance. Je ne sais s’il est très exagéré
2989. Mais qu’on nous laisse le temps de la regarder. De faire connaissance. Je ne sais s’il est très exagéré de dire que tout
2990re connaissance. Je ne sais s’il est très exagéré de dire que tout homme gagnerait à posséder une plus grande puissance in
2991s pas qu’il soit bon que tous [p. 64] progressent de la même manière. Dans un système de culture spirituelle, les différen
2992] progressent de la même manière. Dans un système de culture spirituelle, les différences s’accuseraient, mais se légitime
2993ls. Méditez un peu ces truismes : On apprend plus d’une chose longuement contemplée que de mille aperçues au passage. Ab u
2994pprend plus d’une chose longuement contemplée que de mille aperçues au passage. Ab uno disce omnes. Une minute de concentr
2995erçues au passage. Ab uno disce omnes. Une minute de concentration intense dégage dans l’individu plus d’énergie que des h
2996concentration intense dégage dans l’individu plus d’énergie que des heures d’exercices gémissants. De même, le bien supéri
2997age dans l’individu plus d’énergie que des heures d’exercices gémissants. De même, le bien supérieur de quelques-uns est p
2998’exercices gémissants. De même, le bien supérieur de quelques-uns est plus utile à tous que le bien médiocre de beaucoup. 
2999es-uns est plus utile à tous que le bien médiocre de beaucoup. La valeur vaut mieux que le nombre parce qu’elle le contien
3000nt en puissance. Et c’est pourquoi l’aristocratie de l’esprit est nécessaire au bien public. Certains proposent en rougiss
3001 au bien public. Certains proposent en rougissant de leur hardiesse quelque chose comme l’instruction privée : et moi je l
3002le temps des mages : ils comprennent les théories d’Einstein, ils composent de la poésie pure, ils mesurent des sensibilit
3003