1 1932, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Les Signes parmi nous, par C. F. Ramuz (janvier 1932)
1ns, ou de si minimes. Je lis un article récent de Ramuz (sur le Travail), qui débute ainsi « Pourquoi est-ce qu’on travaille 
2e parti (anti-marxiste) qu’elles déterminent chez Ramuz, mais bien au contraire de ceci : qu’il me semble entendre pour la pr
3turellement libéré de l’idéologie bourgeoise, que Ramuz. Sa conception tragique du sort de l’homme suffirait à l’attester. Ma
4oir su « se ravaler au niveau des simples. » Non, Ramuz ne descend pas au peuple, on devrait dire plutôt qu’il y remonte. Son
5 put induire certains à parler de l’unanimisme de Ramuz. Mais comment Ramuz croirait-il à l’être collectif, être sans racines
6s à parler de l’unanimisme de Ramuz. Mais comment Ramuz croirait-il à l’être collectif, être sans racines, mythe cérébral. « 
7 écrivains de l’URSS, je ne les retrouve que chez Ramuz. Mais purifiés de toute brutalité, de ces traits forcenés, de ces ric
8es ricanements d’intellectuels mal guéris. Certes Ramuz attend beaucoup du peuple russe, de « cette immense et secrète réserv
9e, le met en valeur mieux que tout autre récit de Ramuz. Voici Caille, le colporteur biblique, qui s’avance dès le matin à tr
10 couple heureux. Rarement la forme authentique de Ramuz atteignit une autorité comparable à celle qui éclate dans cet ouvrage
11e. La surimpression par exemple n’est jamais pour Ramuz ce qu’elle fut pour d’autres : un moyen de créer du mystère en brouil
12otale la vision. Tout, par ailleurs, indique chez Ramuz la volonté de ne pas faire prendre une chose pour une autre, ni certa
13. On s’est trop arrêté à l’insolite du style chez Ramuz. Ce qu’il a d’insolite, ce n’est pas tant sa forme que les vertus qu’
14 Mais l’important, je pense, c’est qu’une page de Ramuz, — même pas très réussie, et il y en a qui ont un air raté, un air pa
15il y en a qui ont un air raté, un air pastiche de Ramuz — c’est qu’une seule page de ce livre lue avec cette lenteur qu’elle
16ut-être voit-on mieux maintenant dans quel esprit Ramuz les pose, et que précisément c’est l’esprit de ces Signes. Aussi sera
17tique dans sa prière. Et c’est pourquoi le poète, Ramuz, l’homme qui vit concrètement les grands mythes et les réalise dans s
2 1933, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Une main, par C. F. Ramuz (juin 1933)
18n, par C. F. Ramuz (juin 1933) l Qu’on ait pris Ramuz pour un « régionaliste », c’est une de ces méprises qui peuvent servi
19ologue, auteur de drames historiques. Que cherche Ramuz ? Une connaissance du particulier qui introduise à celle de l’élément
20le canton de Vaud, mais dans le domaine propre de Ramuz qui est l’élémentaire. Jamais il ne fut mieux lui-même. Il y fallait
21uérison naîtra d’une résistance retrouvée 26 . Et Ramuz, apaisé, regarde tomber la neige : les choses ont de nouveau leur sen
22r la neige : les choses ont de nouveau leur sens. Ramuz parle de lui, c’est la première fois. Et c’est à peine de lui. Dix pe
23us sommes tous mal faits. » On n’attendait pas de Ramuz un examen de conscience. S’il s’interroge, dans Une Main, c’est plutô
3 1934, Les Nouvelles littéraires, articles (1933–1972). D’un humour romand (24 février 1934)
24ngria est un phénomène dont Claudel, Max Jacob et Ramuz ont su voir et dire l’importance, et dont je me contenterai de signal
25ie du groupe des Cahiers vaudois, réuni autour de Ramuz pendant la guerre. (C’est par cela surtout qu’il est Suisse, au mépri
4 1934, Les Nouvelles littéraires, articles (1933–1972). Au sujet d’un roman : Sara Alelia (3 novembre 1934)
26e véritable que dans l’Adam et Ève de Ramuz, mais Ramuz accepterait-il une étiquette aussi compromettante ? À parler franc, j
5 1934, Hic et Nunc, articles (1932–1936). Précisions sur la mort du Grand Pan (avril 1934)
27onscient, que celui de nos essais critiques. Mais Ramuz, comme ses héros, s’arrête encore au seuil du Nouveau Testament… p
6 1934, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Taille de l’homme, par C. F. Ramuz (avril 1934)
28ntemps et Raison d’Être, voici encore un essai de Ramuz, mais de tous le moins ramuzien : il s’agit cette fois d’idées, et mê
29 cosmique du monde marxiste et du monde chrétien. Ramuz fait au communisme certains reproches que d’autres ont déjà formulés,
30ait voir tout [p. 710] aussi bien que cet essai : Ramuz est présent à ce monde, — eux, ils essaient de le recomposer au sein
31recomposer au sein de leur absence insurmontable. Ramuz, mieux que personne, peut se passer d’avoir raison, puisqu’il a pour
32nte, tout occupée à calculer sa propre mort. Mais Ramuz n’est pas un bourgeois. Il peut attendre : son attente est présence,
33t du mot « esprit ».) Le vrai matérialiste, c’est Ramuz. Parce qu’il aime les choses et déteste les mécaniques interposées en
34besoin de s’affirmer matérialiste. La position de Ramuz paraît assez voisine de celle de Berdiaeff. Tous deux considèrent le
35e son choix. Mais Berdiaeff parle en chrétien, et Ramuz ne veut encore parler qu’en homme. Est-ce possible ? Et peut-il y cro
7 1936, Esprit, articles (1932–1962). Vues sur C. F. Ramuz (mai 1936)
36n’imagine pas d’aborder l’œuvre et la personne de Ramuz d’une façon systématique. Non que cette œuvre et cette personne ne co
37vée, ayant un poids à elle et une densité » écrit Ramuz. Le peuple dit, encore plus simplement : « Si c’était vrai, ça se ver
38ps ». Aujourd’hui, c’est un Rilke, un Claudel, un Ramuz qui détiennent les simples par quoi nous guérirons du platonisme et d
39ion, et vue au sens d’idée.) ⁂ Ouvrez un livre de Ramuz : les choses « viennent », le monde « vient » (à nous), le ciel, le l
40aisir la genèse et l’ambition secrète de l’art de Ramuz. Un personnage de Ramuz, c’est d’abord une apparition, — une image ve
41ition secrète de l’art de Ramuz. Un personnage de Ramuz, c’est d’abord une apparition, — une image venant à nous. « … on les
42lent. » Il y en a dans presque tous les livres de Ramuz, de ces taupiers qui portent des bonnets de poil de lapin. On pourrai
43calculé et il faut d’abord qu’on le corrige. » Et Ramuz ajoute : « C’est comme moi. » C’est comme lui quand il écrit. Car sa
44l’école ne comprend pas). » Toute l’esthétique de Ramuz me paraît centrée sur cette phrase. Son vocabulaire tout d’abord. Cet
45 Comment ne point penser à ce Livre de Job — dont Ramuz nous a retraduit quelques passages — où toute une théologie s’exprime
46u’une certaine critique ne veut point pardonner à Ramuz. Un écrivain français de la tradition des classiques, comme ils le so
47ion, d’un terme roturier, commun, non littéraire. Ramuz, c’est le contraire : s’il écrit « Autarchie », il ajoute aussitôt :
48en découlent.) Si j’étais dictateur, je nommerais Ramuz président de ce tribunal. Et nous aurions enfin un langage « châtié »
49tion se manifeste dans l’allure de la phrase chez Ramuz. On a pu croire qu’il n’avait pas le sens du rythme : c’est qu’il veu
50e subjectivité et d’objectivité. Dans le monde de Ramuz, ces deux mots n’ont plus aucun sens. Une forme donnée n’a pas à sign
51Tout est mythes 45 . ⁂ Ainsi la mythologie, chez Ramuz, déloge l’analyse abstraite des psychologues. Et l’on découvre à chac
52intrigues [p. 161] pour laquelle il est clair que Ramuz n’est pas doué. La forme même que revêt chez Ramuz la faculté d’imagi
53amuz n’est pas doué. La forme même que revêt chez Ramuz la faculté d’imaginer et de penser dans l’ordre de l’incarnation, dev
54peuple ramuzien, peuple créé d’abord à l’image du Ramuz créateur, avec des éléments tirés du caractère vaudois. On a, non san
55oir su se « ravaler au niveau des simples ». Non, Ramuz ne descend pas au peuple, on devrait dire plutôt qu’il y remonte. Son
56t qui vient du fonds mythologique de la race. (Si Ramuz par exemple nous parle d’une Antiquité, il faut entendre qu’il s’agit
57re l’accord des éléments dont se nourrit l’art de Ramuz. Voici Caille, le colporteur biblique, qui s’avance dès le matin à tr
58 couple heureux. Rarement la forme authentique de Ramuz atteignit une autorité comparable à celle qui éclate dans cet ouvrage
59e. La surimpression par exemple n’est jamais pour Ramuz un moyen de créer du mystère en brouillant les plans du réel, mais un
60otale la vision. Tout, par ailleurs, indique chez Ramuz la volonté de ne pas faire prendre une chose pour une autre, ni certa
61163] s’est trop arrêté à l’insolite du style chez Ramuz. Ce qu’il a d’insolite, ce n’est pas tant sa forme que les vertus qu’
62 Mais l’important, je pense, c’est qu’une page de Ramuz, — même pas très réussie, et il y en a, il faut le dire, qui ont un a
63 dire, qui ont un air raté, un air de pastiche de Ramuz — c’est qu’une seule page de ce livre lue avec cette lenteur qu’elle
64ssion de tout contact avec l’objet. » Ainsi parle Ramuz des faux poètes, des nominalistes. On croit voir transparaître dans c
65« négatif », admirablement pris, d’un portrait de Ramuz, dont il est bien facile de tirer une épreuve positive : « Sa poésie
66n système délicat de conventions et de prudences… Ramuz commence là où tous les intermédiaires sont supprimés. Goethe cherche
67isation lui donne de plus achevé. Le mouvement de Ramuz paraît inverse : par la ligne de plus grande résistance, il fait reto
68ux respectifs auxquels se placent un Goethe et un Ramuz déterminent deux formes d’expérience apparemment incomparables. Tout
69’humain. Il se peut que l’effort réactionnaire de Ramuz, dans les contingences où nous sommes, soit, plus qu’il n’y paraît, c
70ducation goethéenne. Il se peut qu’en définitive, Ramuz ait fait, pour la culture, en se donnant l’air de l’attaquer, plus qu
71ne pensée sans risques, et d’un art sans pitié. ⁂ Ramuz en veut à l’école, aux journaux, au langage noble, aux objets de vitr
72a jamais l’effort ; mais par goût de l’effort. Si Ramuz tend à rejeter tous les intermédiaires culturels, s’il critique le ma
73 et ce risque de l’homme créateur de sa forme. Si Ramuz n’aime pas les machines, s’il refuse l’économie d’efforts qu’elles re
74taurée, — c’est le mouvement unique de l’œuvre de Ramuz, et la définition de sa personne en exercice. « Je ne distingue l’êtr
75lement parce qu’elle est la plus clairvoyante que Ramuz ait écrite sur son art, mais aussi parce qu’elle indique, à peu près
76aveu de soi le plus direct qu’ait jamais consenti Ramuz (c’est Une Main) je lis ceci : « Certains hommes tiennent pour un gai
77ne. » ⁂ Je vois, j’ai tenté de faire voir comment Ramuz existe à sa façon. Je vois que son pouvoir est sa présence active au
78siècle pose d’autres questions, des questions que Ramuz ne veut pas esquiver. Voici le temps où tout homme se voit mis en dem
79soi-même, — l’originalité de l’homme « radical ». Ramuz l’a fait plus qu’aucun de nos maîtres. De lui donc, plus que d’aucun
8 1937, Journal d’un intellectuel en chômage. II. Pauvre province
80uver les choses qui vous résistent. (Je crois que Ramuz en a parlé, et de son amour pour les feux qui prennent mal, les maiso
9 1937, Journal d’un intellectuel en chômage. III. L’été parisien
81s romanciers chrétiens — Dostoïevski, Lagerlöf ou Ramuz — ont su prendre la vie des hommes « quelconques » sur le fait de l’i
10 1937, Foi et Vie, articles (1928–1977). Luther et la liberté (À propos du Traité du serf arbitre) (avril 1937)
82tre l’individu et le Sort, cette idole païenne ? C. M. — J’ai besoin de le croire pour agir. L. — Mais qu’est-ce qu’agir
83t, à les découvrir ? Au besoin, à les inventer ? C. M. — Certes, mais ma dignité consiste à lutter contre de telles force
84227] L. — Tu crois donc détenir un tel pouvoir ? C. M. — Il me suffit de vouloir l’affirmer. L. — Soit, c’est une hypoth
85r la croix. Non seulement prévu, mais accompli ! C. M. — Si c’était vrai, je préférerais encore nier ce Dieu qui prétend
86er l’éternité qui vient nous délivrer du temps ? C. M. — Mais mon temps est vivant, et plein de nouveauté, de création !
87ouvent, sur cette erreur des plus grossières ? … C. M. — On peut aussi nier l’éternité, et affirmer que seul existe notre
11 1937, Esprit, articles (1932–1962). Neutralité oblige (octobre 1937)
88e choses vont de soi. Il nous faut un homme comme Ramuz pour nous tirer de l’optimisme assez épais où s’endorment les jeunes
89 sont d’usage interne, individuel. Les doutes que Ramuz nous proposent touchent au contraire les fondements mêmes de notre vi
90ttre en question parmi nous. Par exemple, demande Ramuz : Avons-nous autre chose à dire que propreté, confort et instruction 
91ner ceci : que c’est aux Suisses, finalement, que Ramuz pose ces questions ; mais que s’il garde en même temps le souci d’exp
92otre mesure, celui du tenancier de grand palace. (Ramuz, plus dur, parle de portier d’hôtel…) Et je ne dis pas que cette inte
93n’a reçue. La Suisse existe-t-elle ? nous demande Ramuz. Cela revient à dire : a-t-elle une raison d’être ? J’essaierai de ré
94particulier de nos responsabilités comme neutres. Ramuz insiste avec raison sur le fait que nous n’avons pas une culture nati
95c’est-à-dire de près, corps à corps. Croit-on que Ramuz eût écrit ce Chant de notre Rhône, si « roman », sans le voisinage ge
96nous a donné par-dessus un Gottfried Keller et un Ramuz. Ceux-là ne sont Européens que parce qu’ils sont d’abord, et génialem
97e goût du moyen, c’est entendu, et je l’accorde à Ramuz, et je m’en irrite au moins autant que lui. (Que serait-ce si je viva
12 1938, Bulletin de la Guilde du Livre, articles (1937–1948). Caquets d’une vieille poule noire (août 1938)
98de noms que je crois fort obscurs, comme Mauriac, Ramuz, Halévy, Duhamel. Tout cela ne compte guère aux yeux d’une poule. Ce
13 1940, Mission ou démission de la Suisse. 3. Neutralité oblige, (1937)
99e choses vont de soi. Il nous faut un homme comme Ramuz pour nous tirer de l’optimisme épais où s’endorment les jeunes Suisse
100 sont d’usage interne, individuel. Les doutes que Ramuz nous propose touchent au contraire les fondements mêmes de notre vie
101ttre en question parmi nous. Par exemple, demande Ramuz : Avons-nous autre chose à dire que propreté, confort et instruction 
102ner ceci : que c’est aux Suisses, finalement, que Ramuz pose ces questions ; mais que s’il garde en même temps le souci d’exp
103otre mesure, celui du tenancier du grand palace. (Ramuz, plus dur, parle de portier d’hôtel…) Et je ne dis pas que cette inte
104n’a reçue. La Suisse existe-t-elle ? nous demande Ramuz. Cela revient à dire : a-t-elle une raison d’être ? J’essaierai de ré
105particulier de nos responsabilités comme neutres. Ramuz insiste avec raison sur le fait que nous n’avons pas une culture nati
106c’est-à-dire de près, corps à corps. Croit-on que Ramuz eût écrit ce Chant de notre Rhône, si « roman », sans le voisinage ge
107nous a donné par-dessus un Jérémie Gotthelf et un Ramuz. Ceux-là ne sont Européens que parce qu’ils sont d’abord, et génialem
108e goût du moyen, c’est entendu, et je l’accorde à Ramuz, et je m’en irrite au moins autant que lui. Mais je pense qu’on n’att
14 1940, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Hommage à C. F. Ramuz (mai 1940)
109lluciné par le réel, c’est tout l’art [p. 698] de Ramuz exposé. Ici, tout le mystère se mue en forme et en physionomie lisibl
15 1944, Les Personnes du drame. Introduction
110re l’artificiel, c’est le langage et le visage de Ramuz. C’est proprement, sa « raison d’être ». Ces cinq figures sont dispar
16 1944, Les Personnes du drame. III. Sincérité et authenticité — 7. Vues sur Ramuz
111 [p. 161] 7. Vues sur Ramuz Il faut dissimuler la profondeur. Où donc ? À la surface. Hugo de Ho
112n’imagine pas d’aborder l’œuvre et la personne de Ramuz d’une façon systématique. Non que cette œuvre et cette personne ne co
113 la critique de Proudhon.) Décrire le « pays » de Ramuz, c’est aussi décrire sa personne, à la manière du physiognomoniste pl
114autant de synonymes ou presque. 70  » [p. 162] I Ramuz mythologue « Qu’on n’aille pas chercher derrière les phénomènes : ils
115main qui réalise une vision. ⁂ Ouvrez un livre de Ramuz : les choses « viennent », le monde « vient » à nous, le ciel, le lac
116t l’ambition secrète de cet art. Un personnage de Ramuz, c’est d’abord une apparition, — une image venant à nous. « …On les v
117lent. » Il y en a dans presque tous les livres de Ramuz, de ces taupiers qui portent des [p. 164] bonnets de poil de lapin. O
118calculé et il faut d’abord qu’on le corrige. » Et Ramuz ajoute : « C’est comme moi ». C’est comme lui quand il écrit. Car sa
119l’école ne comprend pas) ». Toute l’esthétique de Ramuz me paraît centrée sur cette phrase. Son vocabulaire tout d’abord. Cet
120 ! Comment ne point penser au livre de Job — dont Ramuz nous a traduit quelques passages — où toute une théologie s’exprime e
121u’une certaine critique ne veut point pardonner à Ramuz. Un écrivain français, de tradition classique, comme ils le sont tous
122ar occasion, d’un terme roturier, non-littéraire. Ramuz c’est le contraire : « Autarchie, — comme ils disent »… « Il y a là u
123en découlent.) Si j’étais dictateur, je nommerais Ramuz président de ce tribunal. Et nous aurions enfin un langage châtié, co
124tion se manifeste dans l’allure de la phrase chez Ramuz. On a pu croire qu’il n’avait pas le sens du rythme : c’est qu’il veu
125e subjectivité et d’objectivité… Dans le monde de Ramuz, ces deux mots n’ont plus aucun sens. Une forme donnée n’a pas à sign
126images. Tout est mythe. Ainsi la mythologie, chez Ramuz, déloge l’analyse abstraite des psychologues. Et l’on découvre à chac
127rature d’intrigues pour laquelle il est clair que Ramuz n’est par doué. Mais la forme même que revêt chez Ramuz la faculté d’
128n’est par doué. Mais la forme même que revêt chez Ramuz la faculté d’imaginer et de penser dans l’ordre de l’incarnation, dev
129peuple ramuzien, peuple créé d’abord à l’image du Ramuz créateur, avec des éléments tirés du caractère vaudois. On a loué cet
130u « se ravaler au niveau des simples ». Mais non, Ramuz ne descend pas au peuple, on devrait dire plutôt qu’il y remonte. Son
131rt qui vient du fond mythologique de la race. (Si Ramuz par exemple nous parle d’une Antiquité, il faut entendre qu’il s’agit
132re l’accord des éléments dont se nourrit l’art de Ramuz. Voici Caille, le colporteur de bibles, qui s’avance dès le matin à t
133 couple heureux. Rarement la forme authentique de Ramuz atteignit une autorité comparable à celle qui éclate dans cet ouvrage
134e. La surimpression par exemple n’est jamais pour Ramuz ce qu’elle fut pour d’autres : un moyen de créer du mystère en brouil
135 rendre plus totale la vision. Tout indique, chez Ramuz, la volonté de ne pas faire prendre une chose pour une autre, ni cert
136. On s’est trop arrêté à l’insolite du style chez Ramuz. Ce qu’il a d’insolite, ce n’est point tant sa forme que les vertus q
137détaillés. Mais l’important, c’est qu’une page de Ramuz, — même pas très réussie, et il y en a, il faut le dire, qui ont un a
138 dire, qui ont un air raté, un air de pastiche de Ramuz 74 — c’est qu’une seule page de ce livre lue avec la lenteur qu’elle
139res. Nous verrons tout à l’heure dans quel esprit Ramuz les pose, et que précisément, c’est l’esprit de ces Signes. L’affleur
140oyant dans sa prière. Et c’est pourquoi le poète, Ramuz, l’homme qui vit concrètement les grands mythes et qui les réalise da
141ment dans une permanente actualité. [p. 174] II Ramuz idéologue Il est remarquable que ceux dont la fonction serait d’expri
142de questions, ou de si minimes. Un court essai de Ramuz (sur le Travail), débute ainsi : « Pourquoi est-ce qu’on travaille ?
143ni de la prise de parti qu’elles déterminent chez Ramuz, mais bien au contraire de ceci : qu’il me semble entendre pour la pr
144aturellement libéré de l’idéologie bourgeoise que Ramuz. Sa conception tragique du sort de l’homme suffirait à l’attester. Ma
145nt dans son œuvre l’élargissement de la maturité, Ramuz engagea le dialogue avec son public et l’époque. Quel que soit l’agac
146sse à peu près unique aujourd’hui. On y trouve un Ramuz nullement irrité (comme un Bloy), nullement moralisant (comme les mar
147 peintre. » Il a fallu beaucoup de temps pour que Ramuz consentît à penser dans le domaine du général. Il lui a fallu le temp
148ens profond de la communauté qui anime l’œuvre de Ramuz put induire certains à le qualifier d’« unanimiste ». [p. 177] Mais c
149qualifier d’« unanimiste ». [p. 177] Mais comment Ramuz croirait-il à cette âme sans visage, statistique, à ce mythe purement
150 écrivains de l’URSS, je ne les retrouve que chez Ramuz. Mais purifiés de toute brutalité, de ces traits forcenés, de ces ric
151es ricanements d’intellectuels mal guéris. Certes Ramuz a toujours beaucoup attendu du peuple russe, de « cette immense et se
152se avec un enthousiasme plus gravement motivé que Ramuz ; et cela dès 1917, dans certaines pages du Grand Printemps. Personne
153dû concevoir plus de crainte que de satisfaction. Ramuz fait au système soviétique certains reproches que d’autres, avant lui
154fait voir tout aussi bien que Taille de l’homme : Ramuz est présent à ce monde, — eux, ils essaient de le recomposer au sein
155sprit ».) Le vrai matérialiste, ici encore, c’est Ramuz. Parce qu’il aime les choses et se méfie des mécaniques interposées e
156le du système. On a beaucoup écrit sur l’œuvre de Ramuz. Mais presque rien sur sa personne, [p. 180] au sens où je l’entends
157r la syntaxe et sur la construction des romans de Ramuz. ⁂ Tout portrait représente un dialogue entre le peintre et son modèl
158beau trait qui ondule de l’œil droit au menton de Ramuz. C’est une ligne mélodique dont on retrouverait l’allure dans plusieu
159us restons en présence d’une espèce de symbole de Ramuz. Je dirai presque d’un rébus, c’est-à-dire d’un visage qu’il s’agit d
160enflement de la paupière supérieure. Le regard de Ramuz est direct, mais volontairement limité, rabattu. Ce n’est pas là l’œi
161cacher, trahit une sensualité qui s’opposera chez Ramuz à tout excès d’élaboration des images. Cet homme ne poussera jamais l
162is autour duquel tourne la vie du pays recréé par Ramuz. Le « chant de notre Rhône », le vin blanc du Valais, des côtes de La
163ctéristique d’un certain réalisme populaire, dont Ramuz est peut-être le seul à avoir su montrer la nécessaire dignité. Le se
164r la nécessaire dignité. Le sens de l’objet, chez Ramuz, est lié à son sens goethéen du symbole. Il ne va pas au pittoresque
165aut-il comprendre le [p. 183] « régionalisme » de Ramuz : comme une introduction nécessaire à l’humain. (Si l’on veut voir da
166este » qu’ont certaines pages trop volontaires de Ramuz, écrites en réaction contre le bon goût helvétique. Il est la part de
167e des Six Cahiers le « négatif » d’un portrait de Ramuz. Essayons d’en tirer une épreuve positive : « Sa poésie commence avec
168n système délicat de conventions et de prudences. Ramuz commence là où tous les intermédiaires sont supprimés. Goethe cherche
169isation lui donne de plus achevé. Le mouvement de Ramuz paraît inverse : par la ligne de plus grande résistance, il fait reto
170ux respectifs auxquels se placent un Goethe et un Ramuz déterminent deux formes d’expérience apparemment incomparables. Tout
171estable. Il se peut que l’effort réactionnaire de Ramuz, dans les contingences où nous sommes soit, plus qu’il n’y paraît, co
172ducation goethéenne. Il se peut qu’en définitive, Ramuz ait fait pour la culture, en [p. 185] l’attaquant, plus que n’ont fai
173’une pensée sans risques, et d’un art sans piété. Ramuz en veut à l’école, aux journaux, au langage noble, aux objets de vitr
174a jamais l’effort : mais par goût de l’effort. Si Ramuz tend à rejeter tous les intermédiaires culturels, s’il critique le ma
175 et le risque de l’homme créateur de sa forme. Si Ramuz n’aime pas les machines, s’il refuse l’économie d’efforts qu’elles re
176taurée, — c’est le mouvement unique de l’œuvre de Ramuz, et la définition de sa personne en exercice. « Je ne distingue l’êtr
177lement parce qu’elle est la plus clairvoyante que Ramuz ait écrite sur son art, mais aussi parce qu’elle indique, à peu près
178aveu de soi le plus direct qu’ait jamais consenti Ramuz (c’est Une Main) je lis ceci : « Certains hommes tiennent pour un gai
179ne. » ⁂ Je vois, j’ai tenté de faire voir comment Ramuz existe à sa façon. Je vois que son pouvoir est sa présence active au
180siècle pose d’autres questions, des questions que Ramuz ne veut pas esquiver. Voici le temps où l’homme se voit mis en demeur
181soi-même, — l’originalité de l’homme « radical ». Ramuz l’a fait plus qu’aucun de nos maîtres. De lui donc, plus que [p. 190]
17 1946, Journal des deux Mondes. 5. Anecdotes et aphorismes
182oléon : il est objecteur de conscience. (C’est P. C., qui sort de chez moi.) ⁂ À propos d’un récent discours où Hitler ass
18 1946, Journal des deux Mondes. 9. Voyage en Argentine
183ce que la Nacion n’aura pas dit. ⁂ Astrologie. — C., secrétaire de Légation, m’offre de faire mon horoscope, en même temp
19 1946, Journal des deux Mondes. 10. Solitudes et amitiés
184tre retraite, la maison rose de « La Muette », où Ramuz lui aussi laisse venir ceux qui lui apportent les rumeurs de la planè
20 1946, Journal des deux Mondes. 15. Le choc de la paix
185ureux. J’ai dit : — C’est la paix, cette fois-ci. C. qui pensait à son mari perdu : — Ainsi soit-il, amen ! et elle pleura
21 1947, Vivre en Amérique. 2. Vie culturelle et religieuse
186udel, Valéry (jamais traduit), Mauriac, Bernanos, Ramuz, Breton, Fargue, Paulhan et Michaux. Cependant que les écrivains alle
22 1948, Suite neuchâteloise. VI
187 ont produit ou toléré Constant, Alexandre Vinet, Ramuz ; les Genevois Calvin, de Bèze, Rousseau, Madame de Staël, Töpffer, A
23 1948, Suite neuchâteloise. VIII
188 noir. Ils vont jusqu’au Tibet, me disait un jour Ramuz (dont la géographie se passait bien d’atlas). C’est la même civilisat
24 1949, Le Semeur, articles (1933–1949). « Les protestants et l’esthétisme » (février-mars 1949)
189nne, Paulhan, Thomas Mann, Aldous Huxley, Hamsun, Ramuz, Faulkner, Hemingway, Malaparte, sont sortis de milieux protestants,
25 1953, La Confédération helvétique. 5. La vie religieuse
190tonomie des cantons. Chez certains auteurs, comme Ramuz, il devient presque synonyme de séparatiste.) Alors que les églises p
26 1958, Définition, valeurs, énergie, recherche : quatre essais européens (1958). Définitions, valeurs, énergie, recherches : Quatre essais européens
191e fait-il que vous parliez si bien le français ? Ramuz concluait que la Suisse n’est qu’une entité politique et militaire, f
192téraire, artistique ou spirituel. Or, tout ce que Ramuz m’écrivait au sujet de la Suisse dont je le priais de parler vaudrait
193ité politique et militaire. J’imagine donc [p. 4] Ramuz me répétant ce soir avec une amicale ironie : « Cher M. de Rougemont,
194’existe pas, ou pas davantage que la Suisse selon Ramuz, finira bien par exister au moins autant. Avouons-le, sans fausse mod
195que sans commune mesure », un peu dans le sens où Ramuz, dans le passage que je vous ai lu tout à l’heure, nous parlait de no
27 1961, Vingt-huit siècles d’Europe. III. L’ère des philosophes. De Leibniz à Condorcet — III.2. L’Europe des lumières
196 qu’il désigne par A. et qui semble être anglais (C. étant partisan des Anciens et B. des Primitifs) 131  : C. — Seriez-v
197partisan des Anciens et B. des Primitifs) 131  : C. — Seriez-vous assez hardi pour me soutenir que vous autres Anglais vo
198isme de la noblesse de Moscou et de Pétersbourg ? C. — Vous m’avouerez qu’il n’en est pas de même sur les bords du Danube
199ent la nature, et que c’est nous qui la suivons ? C. — Vous m’étonnez ; quoi ! c’est suivre la nature que de sacrer un arc
200ompent l’instinct de la nature humaine. [p. 135] C. — Ainsi l’homme, déguisé sous la laine des moutons ou sous l’excrémen
28 1963, Gazette de Lausanne, articles (1940–1984). L’éloge, l’élan, l’amour, le monde ouvert à ceux qui s’ouvrent, cela existe… (2-3 février 1963)
201romands. Un seul en a tiré une œuvre forte, c’est Ramuz. Mais il ne croyait pas à l’Helvetia et à l’homo helveticus. Il ne cr
29 1964, Preuves, articles (1951–1968). Un district fédéral pour l’Europe (août 1964)
202 la belle tête taillée en bois d’arolle, celle de Ramuz, comme chez un patricien de l’intelligence, Jacob Burckhardt, ces mêm
30 1965, La Suisse ou l’histoire d’un peuple heureux. III. La morale quotidienne et le climat de culture ou comment on vit dans une fédération
203 Staël et Constant à Paris. Quant à un Jung, à un Ramuz, à un Barth, qui, après de longs séjours loin du pays, ont fait le pr
204e romande sous l’impulsion des Cahiers vaudois de Ramuz et de ses amis, et Lausanne est restée le centre de ce qu’il y a de v
205 est notre véritable Antiquité, comme l’a bien vu Ramuz. Avec « La Belle de Moudon », charmante comédie musicale et, si l’on
206223] J’imagine la conjonction d’un Honegger, d’un Ramuz, d’un Appia et d’un Eberle… Tout le monde connaît les deux premiers.
207âme. Littérature en général : de l’helvétisme à Ramuz L’homo alpinus se distingue dans les manuels de la préhistoire : se
208alculé, et il faut d’abord qu’on le corrige. » Et Ramuz ajoute : « C’est comme moi. » Mais le défaut de liberté d’expression
209it. L’école primaire entretient ces vertus 96 et Ramuz n’a cessé de la blâmer : « Car le phénomène de l’art est un phénomène
210 peu naturel dans l’expression de ses sentiments. Ramuz refuse la Suisse fédérale, officielle, et choisit de n’être que Vaudo
211pauvre par en haut » ou incapable de s’exprimer ? Ramuz nomme « suisses » tous les défauts qu’il voit chez les gens de son ca
212u fédéralisme implique tout de même ce régime, et Ramuz eût fini par l’admettre, devant trois « décis » de vin blanc, riant s
213it très forte et noire et cachait son humour. Car Ramuz, anti-suisse, est plus suisse que nature dans sa philosophie et dans
214il y eut jamais une esthétique suisse, c’est dans Ramuz qu’on la trouvera. Longtemps méconnu par les siens, auxquels il répét
215uxquels il répétait : « N’imitez point Paris ! », Ramuz ne se vit accepté qu’une fois sa gloire faite à Paris. Mais bien avan
216t jouée en 1918. La prose raboteuse et rythmée de Ramuz, les mélodies brisées et la percussion diabolique de Strawinsky, les
217Imago de Spitteler et les romans romands, jusqu’à Ramuz, se distinguent des romans français, anglais ou russes des mêmes époq
218 faute d’un sens lyrique profond, dont témoignent Ramuz, Honegger ou Paul Klee, mais en prose, en musique ou en peinture. Fau
219es s’exprime par les « Questions » sans espoir de Ramuz, par les virulentes satires de Dürrenmatt, ou par les innombrables es
220 de nos petitesses. « Besoin de grandeur », gémit Ramuz, crispé. Mais démontrer aux hommes qu’ils voient trop court n’est pas
31 1965, La Suisse ou l’histoire d’un peuple heureux. IV. La Suisse, dans l’avenir européen
221 la belle tête taillée en bois d’arolle, celle de Ramuz, comme chez un patricien de l’intelligence, Jacob Burckhardt, ces mêm
32 1965, Fédéralisme culturel (1965). Fédéralisme culturel
222 soi. Un jour, après une longue conversation avec Ramuz sur les mérites comparés de la concentration sur un seul lieu, et de
33 1965, La Revue de Paris, articles (1937–1969). Le Suisse moyen et quelques autres (mai 1965)
223 Staël et Constant à Paris. Quant à un Jung, à un Ramuz, à un Barth, qui, après de longs séjours loin du pays, ont fait le pr
34 1968, Preuves, articles (1951–1968). Marcel Duchamp mine de rien (février 1968)
224tomobile atomique dans un magazine du genre Look. C. s’écria que l’idée que nous mourrons tous dans une grande explosion l
35 1975, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Pourquoi des régions ? (printemps-été 1975)
225 loin de l’être dans l’esprit des fédéralistes…   C. La troisième réponse à la question posée est indépendante des deux pr
36 1979, Rapport au peuple européen sur l’état de l’union de l’Europe. Introduction
226conomique ou politique des supergrands. [p. 28] C. Évolution des motifs d’union Dépasser les souverainetés nationales En
227cennies, au hasard des guerres et des traités. F. Ce qui n’a pas été fait jusqu’ici Tels étant les motifs de s’unir, le
37 1984, Cadmos, articles (1978–1986). Conclusions (été-automne 1984)
228sanne, à la littérature terrienne, comme celle de Ramuz qui s’est fait une langue qu’il voulait absolument purifiée de toute