1 1947, Doctrine fabuleuse. 6. L’ombre perdue
1n personnage assez hagard aborde l’imagination de Chamisso, décline son nom, déclare avoir perdu son ombre. Le second romantisme
2gende populaire. S’il se risque à paraître devant Chamisso, c’est peut-être poussé par l’envie d’être enfin reconnu, expliqué. C
3é par l’envie d’être enfin reconnu, expliqué. Car Chamisso est Français de naissance. Une excentricité du sort a fait de lui un
452] cette fable, mais, dirait-on, sans le savoir. Chamisso, lui, s’en étonnera. Tel est le calcul de l’homme sans ombre. Surpren
5 s’en délivrer en l’exprimant. Et c’est ainsi que Chamisso introduisit dans la conscience moderne le mythe de l’homme qui a perd
6thétiques et naïfs du célèbre Peter Schlemihl. De Chamisso à Hofmannsthal, plusieurs ont repris cette histoire. Le dernier même
7 germanique et l’expression littéraire du mythe : Chamisso, Andersen, Hofmannsthal, et bien d’autres imitateurs, dont le moindre
8 n’est plus permis : Schlemihl est « schizoïde ». Chamisso, heureusement pour lui, n’en savait rien. Il savait peut-être autre c
9pproche alors de ce Selbst ou Soi-même dont parle Chamisso à la fin de son conte. Voilà qui peut enfin situer le vrai problème 5
10devant sa vocation : le mystère de l’incarnation. Chamisso a donné à son Peter tous les traits physiques et moraux de ce que l’o
11énial, l’audace comme malgré soi recréatrice d’un Chamisso. Les historiens de la littérature devraient se garder d’affadir une t
12atuite » de l’imagination. Nul doute que l’art de Chamisso ne « signifie » et ne soit au sens propre un grand art, tout effort d
13ne mise en ordre, un sens donné… C’est par là que Chamisso s’est sauvé de lui-même : s’il a fait Schlemihl, comme on sait, en gr
14raverse encore notre vie, n’est-ce pas l’ombre de Chamisso ? Une ombre qui a perdu son homme, cette fois, mais non pas ses charm