1 1937, Journal d’un intellectuel en chômage. I. N’habitez pas les villes !
1leurs détenteurs non point des écrivains mais des Don Juan, des dictateurs, des milliardaires ou des saints. Croyez-moi, ce que
2ux, par des énigmes ironiques. Au bout du compte, Don Juan ne comprend rien aux femmes, Napoléon meurt en se trompant sur le sen
2 1938, Esprit, articles (1932–1962). La passion contre le mariage (septembre 1938)
3 Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amours successives. Les catégories se détruisent. L’a
4t. L’aventure n’est plus même exemplaire. Seul le Don Juan mythique échappait à cette consomption. [p. 664] Mais Don Juan ne con
5ique échappait à cette consomption. [p. 664] Mais Don Juan ne connaît pas d’Iseut, ni de passion inaccessible, ni de passé ni d’
3 1938, Esprit, articles (1932–1962). L’amour action, ou de la fidélité (novembre 1938)
6 de tous ces Tristans qui ne sont au vrai que des Don Juan au ralenti.) Où est alors la différence ? Et le mari fidèle, ne serai
7oudre » est sans doute une légende accréditée par Don Juan, comme la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excu
8p de foudre, il est censé justifier les écarts de Don Juan. Toute la littérature nous engage à y voir la preuve d’une très puiss
9 la preuve d’une très puissante nature sensuelle. Don Juan, l’homme des coups de foudre et de la vie « orageuse », serait une so
10erie des impuissants. Et en effet, la conduite de Don Juan est bien typique d’une certaine déficience sexuelle. C’est dans l’éta
4 1939, L’Amour et l’Occident (1972). I. Le mythe de Tristan
11e ne peut être qu’un instant de grâce — le duo de Don Juan et Zerline. Ou bien l’on tombe dans une idylle de carte postale. L’am
5 1939, L’Amour et l’Occident (1972). IV. Le mythe dans la littérature
12don-juanisme féminin. Car c’est la femme qui rêve Don Juan, et s’il se trouve pour incarner ce rêve des Richelieu et des Casanov
13 ne sera jamais, qu’un idéalisme à rebours. 13. Don Juan et Sade Comme on voit, en fermant les yeux, une statue noire à la pla
14ire apparaître l’antithèse absolue de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du moins ce sièc
15prit de certains hommes le personnage mythique de Don Juan peut s’expliquer par sa nature infiniment contradictoire. Don Juan, c
16xpliquer par sa nature infiniment contradictoire. Don Juan, c’est à la fois l’espèce pure, la spontanéité de l’instinct, et l’es
17 réserver pour plus tard 147 . Considérons ici le Don Juan du théâtre 148 comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est
18ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
19s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut jamais aimer en retour. D’où son angoisse et
20haste la « prouesse » divinisante. La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
21 de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Mais Don Juan aime le crime en soi, et par là se rend tributaire de la morale dont
22la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences du mon
23 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
24nt l’épée à la main. ⁂ De la Régence à Louis XVI, Don Juan a régné sur le rêve d’une aristocratie déchue de l’héroïsme féodal. U
25mme en soi… Je distingue dans la contradiction de Don Juan et de Tristan, dans la tension insupportable de l’esprit qui vit cett
26c l’ange mauvais la plus douloureuse blessure. Et Don Juan bondit sur la scène ; de Molière à Mozart, c’est la grande éclipse du
27out ne fut pas réellement aimé. » Tristan aimait, Don Juan était aimé ; mais celui qui n’a du premier que la nostalgie, et du se
28oint un hasard si le mythe de Tristan et celui de Don Juan n’ont pu recevoir leur expression achevée que dans la forme de l’opér
6 1939, L’Amour et l’Occident (1972). V. Amour et guerre
29. Il suffira de quelques touches pour l’indiquer. Don Juan succède à Tristan, la volupté perverse à la passion mortelle. Et la g
30 La réponse du xviiie fut le cynisme [p. 296] de Don Juan et l’ironie rationaliste. Mais le romantisme ne fut pas une réponse,
7 1939, L’Amour et l’Occident (1972). VI. Le mythe contre le mariage
31 Tristan moderne glisse vers le type contraire du Don Juan, de l’homme aux amours successives. Les catégories se détruisent, l’a
32, l’aventure n’est plus même exemplaire. Seul, le Don Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas
33Juan mythique échappait à cette consomption. Mais Don Juan ne connaît pas d’Iseut, ni de passion inaccessible, ni de passé ni d’
8 1939, L’Amour et l’Occident (1972). VII. L’amour action, ou de la fidélité
34 de tous ces Tristans qui ne sont au vrai que des Don Juan au ralenti.) Où est alors la différence ? Et le mari fidèle, ne serai
35oudre » est sans doute une légende accréditée par Don Juan, comme la « fatalité » de la passion est accréditée par Tristan. Excu
36p de foudre, il est censé justifier les écarts de Don Juan. Toute la littérature nous engage à y voir la preuve d’une très puiss
37 la preuve d’une très puissante nature sensuelle. Don Juan, l’homme des coups de foudre et de la vie « orageuse », serait une so
38 début d’impuissance. Et en effet, la conduite de Don Juan est bien typique d’une certaine déficience sexuelle. C’est dans l’éta
9 1939, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Don Juan (juillet 1939)
39 [p. 62] Don Juan (juillet 1939) ap Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé
40 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
41es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles précises dont elle rêve moins
42r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
43 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
44 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
45 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
46 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
47image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut trouver, soit impuissance à se fixer,
48sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
49ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit [p. 65] que de cela. (La banque de
50té ». Que va dire l’Autre ? C’est, dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur. Or Dieu se tait.
51t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image obscure, et à lui-même
52osséder que par l’amour éternellement lointain. ⁂ Don Juan, tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité de
53ou la mort, ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
54nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
55ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan [p. 68] doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner da
10 1944, Les Personnes du drame. I. Sagesse et folie de la personne — 3. Kierkegaard
56ongeons aux grands obsédés [p. 61] de l’Histoire, Don Juan, Alexandre et tous les conquérants, Loyola et tous les sectaires, Cal
11 1947, Doctrine fabuleuse. Orientation
57ntes en apparences. C’est ainsi que l’on découvre Don Juan dans le mouvement de la pensée de Nietzsche, le Supplice de Tantale d
12 1947, Doctrine fabuleuse. 2. Deuxième dialogue sur la carte postale. La beauté physique
58riosité anxieuse qu’on appelle inconstance. C’est Don Juan. Chez la plupart, elle se résout en résignation. Le sujet cède, se mo
13 1947, Doctrine fabuleuse. 8. Contribution à l’étude du coup de foudre
59foudre est sans doute une astucieuse invention de Don Juan pour impressionner ses victimes. Il en a tant parlé, et vous autres a
60sous l’égide des plus intangibles hiérarchies. Et Don Juan triche, une fois de plus, quand il feint que cela se produise à l’imp
14 1947, Doctrine fabuleuse. 9. Don Juan
61 [p. 77] Don Juan Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé sur ses ergots de g
62 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
63es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles [p. 78] précises dont elle rê
64r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
65 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
66 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
67 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
68 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
69Mais le contraire n’est pas moins vraisemblable : Don Juan cherchant partout son idéal, son « type » de beauté féminine (souveni
70image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut pas trouver, soit impuissance à se fix
71sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
72ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit que de cela. (La banque de pharaon
73té ». Que va dire l’Autre ? C’est, dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur ! Or Dieu se tait.
74t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image obscure, et à lui-même
75 posséder que par l’amour éternellement lointain. Don Juan, tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité de
76ou la mort, ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
77nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
78ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner dans le te
15 1956, Preuves, articles (1951–1968). Sur le rêve des sciences (décembre 1956)
79ins sûr de leur fidélité, ou de la sienne. (Ainsi Don Juan multiplie ses conquêtes.) Les nouvelles fantastiques répandues par la
16 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Note liminaire
80 vécu semble avoir épousé la formule dynamique de Don Juan et de Tristan ; enfin, l’on reviendra au problème capital, celui de l
17 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — a. L’amour et la personne dans le monde christianisé
81assion mystique de Tristan et la licence impie de Don Juan (l’une au-delà et l’autre en deçà du mariage), ne devait développer t
18 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — b. Naissance de l’érotisme occidental
82s aux mythes extrêmes de l’érotique occidentale : Don Juan, Tristan. p. 21 9. Le mot apparaît chez Kierkegaard dès 1843. On
19 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — c. Présence des mythes et leurs pouvoir dans divers ordres
83tagieux et révélateurs. Tristan, Faust, Hamlet et Don Juan sont bel et bien les créations imaginaires d’un Béroul, d’un Marlowe,
84m de fable, Œdipe ou Prométhée, Tristan, Faust ou Don Juan, mais aussi dans les innombrables descendants que ces héros ont engen
85t ou Don Quichotte, mais n’hésite pas à se croire Don Juan s’il a le goût de la facilité et du changement ; ou Tristan s’il se s
86iale ou de l’aventure individuelle. Je vois ainsi Don Juan dans l’allure et le rythme de la polémique nietzschéenne ; mais aussi
87igurante. Nul Européen n’a jamais été Tristan, ni Don Juan, — et pas plus dans le passé qu’aujourd’hui ; mais sans ces mythes le
20 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. Introduction. L’érotisme et les mythes de l’âme — e. Invasion de l’érotisme au xxe siècle
88 différée. Mozart est le plus grand interprète de Don Juan, mais ce n’est pas lui qui a « déchaîné » Casanova : il lui a seuleme
21 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 3. Don Juan
89 [p. 102] Don Juan Lorsqu’il paraît brillant d’or et de soie, dressé sur ses ergots de g
90 et non d’avant, mais d’après la morale. Point de Don Juan ni chez les « bons sauvages » ni chez les « primitifs » qu’on nous dé
91es » ni chez les « primitifs » qu’on nous décrit. Don Juan suppose une société encombrée de règles précises dont elle rêve moins
92r à elle seule cette inconstance forcenée ? Alors Don Juan serait l’homme de la première rencontre, de la plus excitante victoir
93 vrai sensuel commence au-delà de ces moments que Don Juan fuit à peine atteints. Faudra-t-il se résoudre à soumettre le cas aux
94 sujet ! Ils ne l’ont pas manqué. Pour eux aussi, Don Juan serait le contraire de ce que l’on croit, il souffrirait d’une anxiét
95 peut-être plus loin, à des critères spirituels ? Don Juan serait par exemple le type de l’homme qui n’atteint pas au plan de la
96 l’incertain, — entendez : s’il possède vraiment. Don Juan serait l’homme qui ne peut pas aimer, parce qu’aimer c’est d’abord ch
97Mais le contraire n’est pas moins vraisemblable : Don Juan cherchant partout son idéal, son « type » de beauté féminine (souveni
98image de Tristan. Mais il ne trouvera pas. Il est Don Juan parce qu’on sait qu’il ne peut pas trouver, soit impuissance à se fix
99sualité, précisément, ne serait pas le domaine où Don Juan se révèle le moins dangereux. (Appelons ici danger ce qui peut compro
100ait à souffrir d’une dépense improductive. Certes Don Juan est un tricheur, et même il ne vit que de cela (La banque de pharaon
101uté ». Que va dire l’Autre ? C’est dans la vie du Don Juan des vérités, l’heure de l’invitation au Commandeur ! Or Dieu se tait.
102t, c’est pour la joie du viol intellectuel. Comme Don Juan l’image de la Mère, Nietzsche poursuit l’image [p. 107] obscure, et à
103 posséder que par l’amour éternellement lointain. Don Juan tricheur, aime sans amour. S’il gagne, c’est en violant la vérité des
104 ou la mort ou la vie éternelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a pl
105nelle. Il faut donc que Don Juan disparaisse (car Don Juan ne gagnait qu’en trichant, et s’il n’y a plus de règles, on ne peut p
106ien nous recevrons notre grâce. Mais Nietzsche et Don Juan doutent de leur grâce. Les voici donc contraints de gagner dans le te
22 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 4. Dialectique des mythes I. Méditation au carrefour fabuleux
107vol d’un sombre papillon fasciné par la flamme de Don Juan. Nietzsche a vécu plus seul encore, et guère moins chaste, mais toute
108e son œuvre mène le train d’enfer d’un [p. 110] « Don Juan de la connaissance », jusqu’au jour où il s’arrête, « cloué », sur le
109il vient ni où il va. [p. 111] I. Kierkegaard et Don Juan C’est au cœur des grands bois du nord de la Seelande, un soir d’été,
110que l’orchestre attaquait la musique du ballet de Don Juan, ils se sentirent transfigurés, et comme frappés de respect pour un e
111lit déjà : D’une certaine façon, je puis dire de Don Juan, comme Elvire : — Toi, meurtrier de mon bonheur ! Car en vérité, cett
112kegaard s’est qualifiée par son refus du mythe de Don Juan, tentation permanente et toujours refoulée. C’est pourquoi personne d
113 mieux jugé ce mythe. La thèse de Kierkegaard sur Don Juan rejoint Mozart dans sa génialité : elle réinvente la structure du dra
114a parole ; seule la musique peut l’exprimer ». Si Don Juan représente le désir pur, dans sa génialité irrésistible et démoniaque
115e étant ce que l’esprit exclut », l’expression de Don Juan ne peut être que musicale. Et c’est [p. 113] pourquoi le seul Don Jua
116 que musicale. Et c’est [p. 113] pourquoi le seul Don Juan conforme au mythe 24 , c’est le Don Giovanni de Mozart. Voici son sig
117 Mozart. Voici son signalement selon Kierkegaard. Don Juan est une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conç
118t une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conçu musicalement, j’entends en lui tout l’infini, mais aussi la
119et l’obstacle n’est qu’un stimulant. Je trouve en Don Juan une vie ainsi animée d’un démoniaque puissant et irrésistible, à la f
120personne ou individu, mais comme puissance. 25 Don Juan est un mouvement, une tension pure, ou n’est plus rien. Lancé comme u
121ochet. Irresponsable comme toute force naturelle, Don Juan incarne donc, si l’on ose dire, l’absolu nihilisme moral. Il séduit p
122malheureuse pour avoir été une fois heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression vé
123s heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression véritable de la femme consiste en sa
124a vraiment séduite. 26  » [p. 115] L’érotisme de Don Juan s’oppose à l’Éros antique, qui était psychique et non sensuel, « et c
125vient que la musique est son parfait medium. Pour Don Juan, « la féminité tout à fait abstraite est l’essentiel », l’individuali
126 de moments distincts… une addition d’instants », Don Juan ne saurait avoir de biographie : le doter d’une enfance et d’une jeun
127de l’instant. Il est donc seul capable de dompter Don Juan, nulle puissance du monde n’en ayant eu raison. [p. 116] Cette descr
128echnique) retenons cette observation centrale : « Don Juan donne leur intérêt à tous [p. 117] les autres personnages… Sa passion
129 des autres en mouvement. Elle résonne partout ». Don Juan n’étant pas caractère, mais puissance et vie, donc « absolument music
130onnages, qui ne sont que passions déterminées par Don Juan, sont dans cette mesure même musicaux. « On peut arriver pendant la r
131tre, par ce que ce centre, qui est la vitalité de Don Juan, se trouve partout. » Le seul personnage qui semble faire exception e
132ristan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapports avec son œuvre, son action publique, et sa vocatio
133ntaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Juan de la légende et de Mozart. Le contraste entre cette discrétion, voir
134onnées essentielles d’une personne. Qu’est-ce que Don Juan pour ce célibataire parfaitement libre de mener sa vie comme il lui p
135 son génie d’écrivain et sa vocation religieuse ? Don Juan est de toute évidence la figure de lui-même qui le tente le plus : c’
136’être anachorète, le séducteur devient son mythe. Don Juan devient son ombre, plus brillante que lui-même, et qu’il doit exalter
137e du temps » — ce temps qui toujours « manque » à Don Juan. Cependant, le Mari n’entend pas éluder la difficulté [p. 120] fondam
138kegaard est derrière les pseudonymes, exaltant un Don Juan qu’il refuse, mais qui demeure sa possibilité ; il n’est pas derrière
139 de l’Éros animique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique
140e exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble compagnon d’armes » mais «
141ments le plus égoïste, — l’amour « naturel » à la Don Juan. Il y a plus. Le don-juanisme érotique n’est guère pour Nietzsche qu’
142t qu’amant de la « Sagesse », qui se croit devenu Don Juan, et qui se définit comme tel ! Les philosophes de l’avenir réclameron
143i sans doute le texte capital : Une fable. — Le Don Juan de la connaissance : aucun philosophe, aucun poète ne l’a encore déco
14447 Le rythme allègre ou endiablé, le presto de Don Juan, son humeur insolente et gaie, la désinvolture de grand seigneur avec
145a Morale. Mais déjà dans Aurore, il arrive que le Don Juan de la connaissance s’interroge, et cela n’est pas dans le droit fil d
146e sont-elles pas sœurs ? 48  » Au comble du défi, Don Juan vient de surprendre la vérité secrète de son pire Adversaire. Qui sai
147’est le Chant de Minuit saluant l’Éternité, quand Don Juan meurt avec le temps et la succession des moments. C’est la vision du
148ion du Retour éternel qui subitement « cloue » le Don Juan de la connaissance. C’est Nietzsche lui-même qui tend la main au Comm
149n peut résumer dans cette alternative : — ou bien Don Juan, ou bien le Tristan de la Foi. Était-ce vraiment la destinée de Nietz
150 140] IV. Alternative ou alternance ? L’antinomie Don Juan — Tristan, telle que je l’ai formulée ailleurs, doit être ici rappelé
151ci rappelée en quelques phrases : Considérons le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abo
152ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
153s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut aimer en retour. D’où son angoisse et sa cour
154ste la « prouesse » divinisante. ‘ La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
155 ; et de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Don Juan se rend donc tributaire de la morale dont il abuse. Il a grand besoin
156la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences [p. 14
157 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
158mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité d’enfer. Un contraste aussi pur, terme à te
159n complémentaire au sens de la physique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour.
160nt plus radicale de l’autre. (Pire qu’un [p. 142] Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur
161p. 142] Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute appar
162l’affectivité d’un même individu sont dissociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des
163légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Renaissance, et ne s’est vraiment constituée
164evait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du Dix-Huitième, du moins ce
165ndeur et la courtoisie. 50  » Observons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tri
166e ou l’Exil spirituel. Mais l’humeur voyageuse de Don Juan ne relève que du nomadisme ; elle traduit l’infidélité systématique d
167ion au niveau politique 51 . Mais le nomadisme de Don Juan n’est pas seulement cosmopolite et donc moderne. Les succès du héros,
168r un peu ce qu’il en est. En ce sens, uniquement, Don Juan procède d’un état de civilisation bien antérieur au christianisme, et
169surcompensé cet échec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le socia
170utre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouv
171ire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouveauté et l
172nable que de la cueillir aussi. » Il est vrai que Don Juan « raisonne » ainsi, en chacun de nous à ses heures. C’est qu’il oubli
173ant contenté de la « goûter ». Dona Anna poursuit Don Juan de sa haine, parce que, selon la légende primitive — que nous rappell
174e, le sens est clair : le refus de la durée, chez Don Juan, équivaut au refus de la vraie possession, qui implique échange et do
175! Il n’est que juste d’observer d’ailleurs que le Don Juan mangeur de pommes, qu’on vient de citer, reste un peu court. Il n’acc
176 biologique, le mariage est un devoir civique, et Don Juan serait alors la liberté, un reflet inversé de l’esprit que l’on nie.
177blème dans sa vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raisons de le faire… [p. 
178Masques vengeurs s’avancent en pleine lumière, et Don Juan les invite, provoquant le destin. (Nul doute qu’il les ait reconnus.)
179mme on croise l’épée, toutes forces en alerte, et Don Juan d’une voix forte s’écrie : « Que ce lieu s’ouvre à tous ! Vive la lib
180rois Masques, Zerline et son fiancé se joignent à Don Juan et à Leporello. Viva la libertà éclate à douze reprises, clamé par de
181neur ; pour Zerline, c’est de succomber ; et pour Don Juan de conquérir. [p. 155] Ici donc la morale des principes, la morale de
182crient toutes : Vive la Loi ! Seule la liberté de Don Juan, qui d’ailleurs mène le chœur, fait exception : elle veut braver le d
183 concrète, et qui lui échappe. Point d’amour pour Don Juan, le désir seul ; ni de prochain, mais seulement des objets. Mais pour
184té de leur expression mythique, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacun à sa manière, la ré
185ent, chacun à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’ai
23 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. I. Première partie — 5. Dialectique des mythes II. Les deux âmes d’André Gide
186lement exclusifs l’un de l’autre de Tristan et de Don Juan 62 . [p. 171] André Walter, ou l’angélisme Dès le premier livre de
187 victime consentante… [p. 174] Le nomadisme, ou Don Juan « Bondir à l’autre extrémité de soi-même » étant l’un des mouvements
188 de Gide 66 , considérons en lui sans transition, Don Juan. C’est pendant son voyage de noces, pendant qu’il vit l’échec atroce
189s Terrestres, bréviaire du nomadisme dionysiaque. Don Juan surgit comme pour venger la douleur inhumaine de Tristan. Il se dégui
190t du refus d’assumer l’autre, caractéristiques de Don Juan. « Gide ne tient pas en place — note Jean Paulhan. Il préfère la chas
191et sans lendemain, presto et fuite perpétuelle de Don Juan ! Ici l’artiste et l’homme se confondent, dans la même impatience des
192 devenant la proie de « Tristan » et l’autre de « Don Juan » ? A-t-il été victime des dieux, j’entends des mythes ? Ou d’une ori
193is Tristan, voyez mon âme, c’est un ange. Je suis Don Juan, voyez mon corps, bête innocente… Ce qui se traduit en termes de mora
194carabée 78  » les figures alternées de Tristan et Don Juan. Ces deux « extrêmes » dont il s’était loué d’avoir su protéger la « 
24 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. II. Deuxième partie — 7. La personne, l’ange et l’absolu ou Le dialogue Occident-Orient
195ements. C’est la liberté négative revendiquée par Don Juan contre les conventions de la morale commune — qu’il est déjà trop « s
25 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. II. Deuxième partie — 8. L’amour même
196contre l’amour en tant que force d’individuation. Don Juan ne choisit [p. 253] pas, il désire toutes les femmes, et ce désir fai
197ymbolise avec une grande simplicité dans l’opéra, Don Juan n’est plus qu’un corps, qu’on nous montre mangeant, buvant et célébra
198’objets, non de concepts.) Déviations typiques : Don Juan. Aberrations de l’instinct. Naturisme mystique. (C’est l’utopie magiq
26 1961, Vingt-huit siècles d’Europe. VII. L’Ère des fédérations. De l’Unité de culture à l’union politique — VII.4. L’Unité dans la diversité. Fondement de l’Union fédérale
199orps nouveaux : Achille, Œdipe, Sémiramis, Faust, Don Juan. La dernière œuvre d’André Gide, et la plus mûre, fut un Thésée 319
27 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (I) (avril 1961)
200vol d’un sombre papillon fasciné par la flamme de Don Juan. Nietzsche a vécu plus seul encore, et guère moins chaste, mais toute
201mais toute son œuvre mène le train d’enfer d’un « Don Juan de la connaissance », jusqu’au jour où il s’arrête, « cloué », sur le
202ait ni d’où il vient ni où il va. Kierkegaard et Don Juan C’est au cœur des grands bois du nord de la Seelande, un soir d’été,
203que l’orchestre attaquait la musique du ballet de Don Juan, ils se sentirent transfigurés, et comme frappés de respect pour un e
204lit déjà : D’une certaine façon, je puis dire de Don Juan, comme Elvire : — Toi, meurtrier de mon bonheur ! Car en vérité, cett
205kegaard s’est qualifiée par son refus du mythe de Don Juan, tentation permanente et toujours refoulée. C’est pourquoi personne d
206 mieux jugé ce mythe. La thèse de Kierkegaard sur Don Juan rejoint Mozart dans sa génialité : elle réinvente la structure du dra
207a parole ; seule la musique peut l’exprimer ». Si Don Juan représente le désir pur, dans sa génialité irrésistible et démoniaque
208e étant ce que l’esprit exclut », l’expression de Don Juan ne peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conform
209peut être que musicale. Et c’est pourquoi le seul Don Juan conforme au mythe 95 , c’est le Don Giovanni de Mozart. Voici son sig
210 Mozart. Voici son signalement selon Kierkegaard. Don Juan est une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conç
211t une puissance, et non pas une personne : Quand Don Juan est conçu musicalement, j’entends en lui tout l’infini, mais aussi la
212et l’obstacle n’est qu’un stimulant. Je trouve en Don Juan une vie ainsi animée d’un démoniaque puissant et irrésistible, à la f
213personne ou individu, mais comme puissance. 96 Don Juan est un mouvement, une tension pure, ou n’est plus rien. Lancé comme u
214ochet. Irresponsable comme toute force naturelle, Don Juan incarne donc, si l’on ose dire, l’absolu nihilisme moral. Il séduit p
215malheureuse pour avoir été une fois heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression v
216 heureuse avec Don Juan serait une pauvre fille. Don Juan est convaincu que « l’expression véritable de la femme consiste en sa
217s s’il l’a vraiment séduite ». 97 L’érotisme de Don Juan s’oppose à l’Éros antique, qui était psychique et non sensuel, « et c
218vient que la musique est son parfait medium. Pour Don Juan, « la féminité tout à fait abstraite est l’essentiel », l’individuali
219de moments distincts…, une addition d’instants », Don Juan ne saurait avoir de biographie : le doter d’une enfance et d’une jeun
220stant. Il est donc seul capable de dompter [p. 6] Don Juan, nulle puissance du monde n’en ayant eu raison. Cette description du
221que) 101 retenons cette observation centrale : « Don Juan donne leur intérêt à tous les autres personnages… Sa passion met la p
222 des autres en mouvement. Elle résonne partout. » Don Juan n’étant pas caractère, mais puissance et vie, donc « absolument music
223onnages, qui ne sont que passions déterminées par Don Juan, sont dans cette mesure même musicaux. « On peut arriver pendant la r
224ntre, parce que ce centre, qui est la vitalité de Don Juan, se trouve partout. » Le seul personnage qui semble faire exception e
225ristan Kierkegaard fut pourtant le contraire d’un Don Juan. Dans ses rapports avec son œuvre, son action publique, et sa vocatio
226ntaines de pages enthousiastes et lyriques sur le Don Juan de la légende et de Mozart. Le contraste entre cette discrétion, voir
227onnées essentielles d’une personne. Qu’est-ce que Don Juan pour ce célibataire parfaitement libre de mener sa vie comme il lui p
228 son génie d’écrivain et sa vocation religieuse ? Don Juan est de toute évidence la figure de lui-même qui le tente le plus : c’
229’être anachorète, le séducteur devient son mythe. Don Juan devient son ombre, plus brillante que lui-même, et qu’il doit exalter
230e du temps » — ce temps qui toujours « manque » à Don Juan. Cependant, le Mari n’entend pas éluder la difficulté fondamentale du
231rkegaard est derrière les pseudonymes exaltant un Don Juan qu’il refuse, mais qui demeure sa possibilité ; il n’est pas derrière
232 de l’Éros animique que symbolisent les mythes de Don Juan et de Tristan. Suivons maintenant les phases de leur grande polémique
233e exprime consciemment — Tristan s’est évanoui et Don Juan domine tout. Wagner n’est plus « mon noble compagnon d’armes » mais «
234ments le plus égoïste, — l’amour « naturel » à la Don Juan. Il y a plus. Le donjuanisme érotique n’est guère pour Nietzsche qu’u
235nt qu’amant de la « Sagesse » qui se croit devenu Don Juan, et qui se définit comme tel ! Les philosophes de l’avenir réclameron
236i sans doute le texte capital : Une fable. — Le Don Juan de la connaissance : aucun philosophe, aucun poète ne l’a encore déco
23721 Le rythme allègre ou endiablé, le presto de Don Juan, son humeur insolente et gaie, la désinvolture de grand seigneur avec
238a morale. Mais déjà dans Aurore, il arrive que le Don Juan de la connaissance s’interroge, et cela n’est pas dans le droit fil d
239sont-elles pas sœurs ? » 122 Au comble du défi, Don Juan vient de surprendre la vérité secrète de son pire Adversaire. Qui sai
240’est le Chant de Minuit saluant l’Éternité, quand Don Juan meurt avec le temps et la succession des moments. C’est la vision du
241ion du Retour éternel qui subitement « cloue » le Don Juan de la connaissance. C’est Nietzsche lui-même, qui tend la main au Com
242n peut résumer dans cette alternative : — ou bien Don Juan, ou bien le Tristan de la Foi. Était-ce vraiment la destinée de Nietz
28 1961, Preuves, articles (1951–1968). Dialectique des mythes : Le carrefour fabuleux (II) (mai 1961)
243ci rappelée en quelques phrases : Considérons le Don Juan du théâtre comme le reflet inversé de Tristan. Le contraste est d’abo
244ure des personnages, dans leur rythme. On imagine Don Juan toujours dressé sur ses ergots, prêt à bondir quand par hasard il vie
245s besoin du monde — parce qu’il aime ! Tandis que Don Juan, toujours aimé, ne peut pas aimer en retour. D’où son angoisse et sa
246haste la « prouesse » divinisante. La tactique de Don Juan, c’est le viol, et aussitôt remportée la victoire, il abandonne le te
247 ; et de l’hommage un engagement jusqu’à la mort. Don Juan se rend donc tributaire de la morale dont il abuse. Il a grand besoin
248la Loi. Enfin tout se ramène à cette opposition : Don Juan est le démon de l’immanence pure, le prisonnier des apparences du mon
249 joie pure à la mort. On peut noter encore ceci : Don Juan plaisante, rit très haut, provoque la mort lorsque le Commandeur lui
250mots : Tristan, triste temps, joyeuse éternité. — Don Juan, joyeux moments, éternité d’enfer. Un contraste aussi pur, terme à te
251n complémentaire au sens de la physique actuelle. Don Juan n’est pas concevable sans Tristan, et sans lui n’eût pas vu le jour.
252on d’autant plus radicale de l’autre. (Pire qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur
253e qu’un Don Juan, pire qu’un Tristan, seraient un Don Juan marié ou un Tristan coureur.) Enfin, pour la Psychologie, toute appar
254l’affectivité d’un même individu sont dissociées, Don Juan peut régir telle d’entre elles, Tristan telle autre. La filiation des
255légende de Tristan date du xiie siècle, celle de Don Juan ne remonte guère qu’à la Renaissance, et ne s’est vraiment constituée
256evait faire apparaître l’antithèse de Tristan. Si Don Juan n’est pas, historiquement, une invention du xviiie , du moins ce sièc
257deur et la courtoisie. 124 Observons aussi que Don Juan succède normalement à Tristan, comme le cosmopolite au féodal. Si Tri
258e ou l’Exil spirituel. Mais l’humeur voyageuse de Don Juan ne relève que du nomadisme ; elle traduit l’infidélité systématique d
259on au niveau politique 125 . Mais le nomadisme de Don Juan n’est pas seulement cosmopolite et donc moderne. Les succès du héros,
260r un peu ce qu’il en est. En ce sens, uniquement, Don Juan procède d’un état de civilisation bien antérieur au christianisme, et
261surcompensé cet échec par la passion ; tandis que Don Juan serait un Tristan manqué, pour avoir reculé à la fois devant le socia
262utre en faire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouv
263ire fi. L’un se voudra Tristan, l’autre Don Juan. Don Juan nous chante qu’il n’est heureux que dans l’instant, la nouveauté et l
264nable que de la cueillir aussi. » Il est vrai que Don Juan « raisonne » ainsi, en chacun de nous à ses heures. C’est qu’il oubli
265ant contenté de la « goûter ». Dona Anna poursuit Don Juan de sa haine, parce que selon la légende primitive — que nous rappelle
266e, le sens est clair : le refus de la durée, chez Don Juan, équivaut au refus de la vraie possession, qui implique échange et do
267! Il n’est que juste d’observer d’ailleurs que le Don Juan mangeur de pommes qu’on vient de citer reste un peu court. Il n’accéd
268 biologique, le mariage est un devoir civique, et Don Juan serait alors la liberté, un reflet inversé de l’esprit que l’on nie.
269blème dans sa vie est seul en mesure de condamner Don Juan et Tristan à la fois ; mais il n’a plus de raison de le faire…   Le
270Masques vengeurs s’avancent en pleine lumière, et Don Juan les invite, provoquant le destin. (Nul doute qu’il les ait reconnus.)
271mme on croise l’épée, toutes forces en alerte, et Don Juan s’écrie d’une voix forte : « Que ce lieu s’ouvre à tous ! Vive la lib
272rois Masques, Zerline et son fiancé se joignent à Don Juan et à Leporello. Viva la libertà éclate à douze reprises, clamé par de
273neur ; pour Zerline, c’est de succomber ; et pour Don Juan de conquérir. Ici donc la morale des principes, la morale des esclave
274crient toutes : Vive la Loi ! Seule la liberté de Don Juan, qui d’ailleurs mène le chœur, fait exception : elle veut braver le d
275 concrète, et qui lui échappe. Point d’amour pour Don Juan, le désir seul ; ni de prochain, mais seulement des objets. Mais pour
276té de leur expression mythique, l’extraversion de Don Juan et l’introversion de Tristan anéantissent, chacune à sa manière, la r
277nt, chacune à sa manière, la réalité du prochain. Don Juan et Tristan, symboles de l’âme, ne sont en fait que deux manières d’ai
29 1961, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). La personne, l’ange et l’absolu, ou le dialogue Occident-Orient (avril 1961)
278ements. C’est la liberté négative revendiquée par Don Juan contre les conventions de la morale commune — qu’il est déjà trop « s
30 1967, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Vingt langues, une littérature (mai 1967)
279 romans au vrai sens du terme, puis la légende de Don Juan, qui en est le négatif 50 . Les thèmes sociaux, politiques, économiqu
31 1970, Lettre ouverte aux Européens. I. L’unité de culture
280 romans au vrai sens du terme, puis la légende de Don Juan, qui en est le négatif. Le mythe de Faust, version renaissante de Pro
32 1972, L’Amour et l’Occident (1972). Post-scriptum
281 le moine au comte-duc, c’est-à-dire Raspoutine à Don Juan, on ne voit, me dites-vous, ni cathares ni jongleurs. Robert est cath
33 1974, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Nouveau départ (printemps 1974)
282 Rougemont : Les Mythes européens, de Prométhée à Don Juan. André Reszler : Les Mythes nationaux. Jacques Vigne : Régionalisme e