1 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925)
1eaucoup d’antérieures protestations belliqueuses. Il nous montre « des Français qui pensent ces carnages inévitables, avec
2titude est responsable de ces carnages ». Naguère il était des premiers ; il s’affirme aujourd’hui des seconds. C’est pour
3e ces carnages ». Naguère il était des premiers ; il s’affirme aujourd’hui des seconds. C’est pour avoir contemplé Verdun,
4gendaires de Verdun, et ce « haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre : « Ranimons
5e vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre : « Ranimons ces horreurs pour les vouloir éviter,
6irent » du front dans notre paix lassée, ne prend-elle pas une pathétique signification ? Pourtant ici encore transparaît un
7ontraires s’unissent dans la grandeur. La paix qu’il appelle, c’est autre chose que l’absence de guerre, c’est une paix qu
8 travaillerait le levain des vertus guerrières. « Il faut que la paix, ce soit vivre. » Par tout un livre libéré de souven
9 paix, c’est vers de plus sereines exaltations qu’il va porter son ardeur. Il va chercher le souvenir de l’aventure antiqu
10 sereines exaltations qu’il va porter son ardeur. Il va chercher le souvenir de l’aventure antique, et dans ce qui fut Rom
11ent lorsqu’on parle de cette œuvre : je ne sais s’il faut en voir la raison dans la force de la personnalité révélée ou da
12 dans la guerre. Que de sacrifices ne lui devra-t-il pas offrir ainsi les romans « intéressants » ou « curieux » ; le « gr
13sme » à la Chateaubriand, voire à la Barrès, dont il est capable et qu’il lui faudra livrer au « feu de vérité » qui [p. 3
14and, voire à la Barrès, dont il est capable et qu’il lui faudra livrer au « feu de vérité » qui [p. 382] brûle dans son te
15» qui [p. 382] brûle dans son temple intérieur, s’il veut rester digne de son rôle et vraiment le coryphée d’une génératio
16, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle paraît parfois, lorsque la tourmente humaine ne la moleste ni ne l’av
2 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Breton, Manifeste du surréalisme (juin 1925)
17a significative pauvreté idéologique et morale qu’il révèle. Le style brillant et elliptique qui tend à devenir notre ponc
18a pensée. D’autant plus que les rares passages où il expose directement les principes de sa « révolution » semblent au con
19e philosophie ou de psychanalyse. Ces principes ? Ils se laissent hélas résumer en un court article de dictionnaire : « Sur
20ue ou morale. » (p. 42). Le Surréalisme ne serait-il donc qu’une sorte de méthode des textes généralisée ? Point du tout !
21 méthode des textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît qu’il est la seule attitude littéraire aujourd’hui concevable.
22textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît qu’il est la seule attitude littéraire aujourd’hui concevable. Mais par que
23icheries plus ou moins conscientes M. Breton peut-il préconiser l’existence d’une littérature fondée sur de tels principes
24enait, qui écrivit : « Quand les livres se liront-ils d’eux-mêmes, sans le secours des lecteurs ? Quand les hommes se compr
25s des lecteurs ? Quand les hommes se comprendront-ils individuellement ? » Que M. Breton donne des « recettes pour faire un
26sie pure. Les beautés que j’y vois ne me seraient-elles perceptibles que par le fait d’une fortuite coïncidence entre l’unive
27voir que M. Breton serait un très curieux poète s’il ne s’efforçait de donner raison aux 75 pages où il voulut nous persua
28l ne s’efforçait de donner raison aux 75 pages où il voulut nous persuader que tout poème doit être une dictée non corrigé
29nt rien à dire, mais savent admirablement parler. Ils érigent donc en doctrine leur impuissance. « Il n’y a pas de pensée h
30 Ils érigent donc en doctrine leur impuissance. « Il n’y a pas de pensée hors les mots » (Aragon). Aussi se paient-ils de
31 pensée hors les mots » (Aragon). Aussi se paient-ils de métaphores comme d’autres de raisonnements. Plaisante ironie, si c
32otestation contre nos poncifs intellectuels. Mais elle risque bien de nous en rendre un peu plus esclaves. Car depuis Freud
33dre un peu plus esclaves. Car depuis Freud — dont ils se réclament imprudemment, — on sait ce que c’est que la « liberté »
34s, c’est que — pour reprendre un mot de Cocteau — ils « embaument de vieilles anarchies ». L’ironie qui sauva Dada du ridic
3 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Colin, Van Gogh (août 1925)
35vrage publié en France sur Van Gogh, depuis 1922. Il contient pourtant des vues assez neuves. M. Colin s’est contenté de n
36 le rebute pas. Une divine violence le travaille. Elle jaillira enfin, dans l’éblouissement d’Arles, jusqu’au jour où cette
37nsomption frénétique terrassant un corps minable, il ne restera plus que les flammes, les soleils et aussi les grimaces de
38et aussi les grimaces de douleur de ses tableaux. Il faut louer Paul Colin de n’avoir rien caché des médiocrités de cette
39 M. Colin n’a pas cherché à expliquer ce miracle. Il nous laisse à notre émotion devant le spectacle d’une œuvre qui ne du
4 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Lucien Fabre, Le Tarramagnou (septembre 1929)
40r scientifique, « Prix Goncourt », curieux homme. Il se livre à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. I
41x homme. Il se livre à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articl
42vaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articles sur Valéry, St John Perse.
43la liquidation des questions traitées est rapide, elle est complète aussi. On s’étonne de ce que Fabre, disciple de Valéry,
44e telle platitude est presque indispensable, mais il s’en permet d’autres qui le sont moins. On n’écrit pas un roman en tr
45 inertie du peuple qui donnait tant de mal lorsqu’il fallait l’éveiller, l’entraîne au-delà du but. Le Tarramagnou voit so
46ramagnou voit son œuvre sabotée par des meneurs ; il tente en vain de ressaisir les foules : déjà elles huent sa modératio
47; il tente en vain de ressaisir les foules : déjà elles huent sa modération. Alors il va se jeter au-devant des troupes accou
48es foules : déjà elles huent sa modération. Alors il va se jeter au-devant des troupes accourues, il meurt en clamant la p
49s il va se jeter au-devant des troupes accourues, il meurt en clamant la paix. M. Fabre avait là les éléments d’un grand r
50 En fermant le livre on a presque l’impression qu’il a réussi ce grand roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de s
51sion qu’il a réussi ce grand roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de style, n’est-ce pas le meilleur style pour
52ues. Chef-d’œuvre ou pas chef-d’œuvre d’ailleurs, il reste que le Tarramagnou est un livre émouvant, d’une saine puissance
53nou est un livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste que Lucien Fabre a tenté, et en somme, réussi, une entreprise b
5 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Les Appels de l’Orient (septembre 1929)
54 seulement qu’on a imaginé un péril oriental, car il semble bien que dans le domaine de la culture le péril n’existe que p
55 renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devra, tandis que d’un mouvement inverse, le christianisme débarra
56e et les Gandhi, demi-européanisés. Ceci convenu, il faut reconnaître que l’enquête des Cahiers du Mois donne un fort inté
57ymbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’agit, et Jean Schlumberger le définit encore : « … tout ce qui est
58ation qui n’a de sens que par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extraord
59qui, eux, apportent des documents, savent de quoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un écrivain gr
60ortent des documents, savent de quoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un écrivain grec, M. Embiri
61avent de quoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un écrivain grec, M. Embiricos, a trouvé la formu
6 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929)
62st fait de plusieurs fous qui s’annulent », écrit-il. Ce fou qui veut être soi purement, qui veut éliminer de soi tout ce
63érieur, — ce fou que nous portons tous en nous, — il [p. 1157] l’a isolé, incarné, nommé : Revert. Puis il l’a poussé impi
64p. 1157] l’a isolé, incarné, nommé : Revert. Puis il l’a poussé impitoyablement dans sa recherche d’un absolu qui se trouv
65un absolu qui se trouve être le néant. Pour finir il « l’écrabouille ». L’expérience est terminée. Artificielle comme tout
66st terminée. Artificielle comme toute expérience, elle n’en est pas moins probante. Une œuvre d’art que ce petit livre ? C’e
67ration ; mais, puissante de sûreté et d’évidence, elle a cette beauté froide et massive d’un théorème de Spinoza. Une ironie
7 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Otto Flake, Der Gute Weg (septembre 1929)
68gite l’Allemagne nouvelle — et peut-être parce qu’il sait en sortir parfois — M. Otto Flake i a gardé son bon sens et son
69l’on a pu reprocher à ses tableaux de l’Europe qu’il vient de parcourir quelque superficialité, du moins faut-il le louer
70e parcourir quelque superficialité, du moins faut-il le louer d’avoir conservé une vision générale de notre temps et un év
71oman sans exposer et discuter toutes les idées qu’elles illustrent. Les personnages discutent certes, mais leurs actions sont
72et les fuites les plus folles hors de la réalité, ils forment un cortège pittoresque et désolant à celui qui, revenu de l’é
8 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929)
73œuvre « d’importance européenne », croyez-vous qu’il aille s’abandonner à l’émotion communicative de qui découvre un somme
74xemplaires ne suscitent un intérêt très profond : elles nous transportent au cœur de préoccupations des plus modernes, problè
75être celui d’une pièce de Pirandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des trois nouvelles « sont réels, très réels,
76 réels, de la réalité la plus intime, de celle qu’ils se donnent eux-mêmes dans leur pure volonté d’être ou de ne pas être…
77e ne pas être… ». Mais les héros de Pirandello, s’ils veulent être, subissent, une fois qu’ils sont, le grand malentendu de
78dello, s’ils veulent être, subissent, une fois qu’ils sont, le grand malentendu de la personnalité. Tandis que chez Unamuno
79esque inhumaine torture et conduit au crime. Et s’ils s’imposent comme types, c’est encore et uniquement par leur obsédante
80 impression de grandeur désolée qu’un Greco. Mais il n’y a pas les couleurs, ni l’amère volupté des formes. Une sensation
9 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929)
81nsée française (octobre 1929) k Peut-être n’est-il pas trop tard pour parler du Vinet de M. Seillière, de ce nouveau cha
82 Vinet de M. Seillière, de ce nouveau chapitre qu’il vient d’ajouter à sa grande étude sur les rapports du christianisme e
83iellement chrétien sur le mysticisme naturiste ». Il ne pouvait trouver mieux que Vinet. Et j’imagine son étonnement à déc
84ur ce qui concerne le Vinet juge des romantiques, il n’a pas eu trop de peine à l’annexer à son propre corps de doctrines
85nes critiques. Dirai-je pourtant que je crains qu’il n’ait été incité parfois, et presque inconsciemment, à gauchir légère
86sans gêner M. Seillière. C’est peut-être pourquoi il insiste sur le fait que Vinet se déclarait « un chrétien sans épithèt
87se déclarait « un chrétien sans épithète ». Croit-il éluder [p. 1198] ainsi le protestantisme de Vinet ? Ne voit-il pas qu
88 1198] ainsi le protestantisme de Vinet ? Ne voit-il pas que rien n’est plus protestant qu’une telle attitude ? Mais ces r
89isme exaspérés, pour notre nouveau mal du siècle, il n’est peut-être pas de pensée plus vivante, ni de plus tonique que ce
10 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Gravitations (décembre 1929)
90nges pour assembler un sourire ». Comme Max Jacob il lui arrive de situer une anecdote purement poétique dans un monde qu’
91r une anecdote purement poétique dans un monde qu’il s’est créé. Jamais banal, il est parfois facile : la description du m
92que dans un monde qu’il s’est créé. Jamais banal, il est parfois facile : la description du monde qu’il invente nous lasse
93l est parfois facile : la description du monde qu’il invente nous lasse quand elle ne l’étonne plus assez lui-même (pourta
94scription du monde qu’il invente nous lasse quand elle ne l’étonne plus assez lui-même (pourtant l’autel et le surréalisme l
95ont enrichie d’images…). Je cite des noms : y a-t-il influence ou seulement co-génération ? Pour peu qu’ils sortent des ca
96nfluence ou seulement co-génération ? Pour peu qu’ils sortent des cafés littéraires, nos poètes respirent le même air du te
97Leur originalité se retrouve dans la manière dont ils tentent de fuir l’inquiétude où ils baignent. Celui-ci vient à peine
98 manière dont ils tentent de fuir l’inquiétude où ils baignent. Celui-ci vient à peine de quitter l’air dur des pampas. « L
99s les étoiles. J’avoue que l’univers intérieur où il lui arrive de graviter me trouble mieux que son lyrisme cosmique. On
11 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929)
100 que d’ailleurs Mlle Simone Téry ne fait pas. Car elle veut éviter l’emballement et conserver dans l’admiration son sens cri
101et ses commentaires parfois un peu copieux ; mais elle a la vertu de rendre contagieuse la curiosité de l’auteur à l’endroit
12 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hugh Walpole, La Cité secrète (décembre 1929)
102rète (décembre 1929) n La Révolution russe va-t-elle usurper dans le roman d’aventures le rôle de la mer océane avec ses é
103romantisme, dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions de petits. V
104 femme, la vertueuse Véra avec un des Anglais) : Ils s’embrassaient comme des gens qui auraient eu faim toute leur vie… Ma
105rkovitch, derrière sa vitre, tremblait si fort qu’il avait peur de trébucher et de faire du bruit. Il songea : — C’est la
106’il avait peur de trébucher et de faire du bruit. Il songea : — C’est la fin pour moi. Puis : — Quelle imprudence ! Avec l
107lumière et peut-être du monde dans l’appartement. Il avait si froid que ses dents claquaient. Il quitta sa fenêtre, se tra
108ment. Il avait si froid que ses dents claquaient. Il quitta sa fenêtre, se traîna jusqu’à l’angle le plus éloigné du rédui
109olant sa patrie. Une effroyable acceptation, mais elle peut se muer instantanément en révolte. Aucun cadre logique ne déterm
110dre logique ne détermine l’avenir le plus proche. Il n’y a pas même des forces endormies dans l’âme russe : mais des possi
111 d’explosion. Le géant russe est un enfant : va-t-il rire, va-t-il pleurer ? m’embrasser ou me tuer ? Il sent autour de lu
112Le géant russe est un enfant : va-t-il rire, va-t-il pleurer ? m’embrasser ou me tuer ? Il sent autour de lui quelque chos
113 rire, va-t-il pleurer ? m’embrasser ou me tuer ? Il sent autour de lui quelque chose qui le gêne. C’est l’empire. Il le r
114de lui quelque chose qui le gêne. C’est l’empire. Il le renverse, pour voir. Pendant qu’il est encore ébahi du fracas, le
115t l’empire. Il le renverse, pour voir. Pendant qu’il est encore ébahi du fracas, le juif survient avec une méthode simplif
116ages le suggèrent de toute la force du trouble qu’ils créent en nous : Markovitch par exemple, ou Sémyonov, un cynique secr
13 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Adieu, beau désordre… (mars 1926)
117ressaisissement profond et la ruine. Mais certes, il est temps qu’une lueur de conscience inquiète quelques chefs, montre
118 politiques, mais on a si souvent l’impression qu’ils battent la mesure devant un orchestre qui, sans eux, jouerait aussi b
119ssi mal. Quant aux meneurs de l’opinion publique, il est trop tard pour les éduquer, il faudrait balayer. Je parle en géné
120nion publique, il est trop tard pour les éduquer, il faudrait balayer. Je parle en général, sachant bien qu’un Romier, un
121us les partis, on comprendra ce que je veux dire. Il faudrait balayer, — et mettre qui à la place ? Nos penseurs, nos écri
122 à l’action, c’est encore pour cultiver leur moi. Ils y cherchent un fortifiant, je ne sais quelle excitation, quelle révél
123vélation ou quel oubli. C’est un dilettantisme qu’ils ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque une certitude fonciè
124tantisme qu’ils ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque une certitude foncière, une foi en la valeur de l’action.
125 une foi en la valeur de l’action. C’est pourquoi ils ne peuvent prétendre à l’action sociale que l’époque réclame  1 . C’e
126à leurs tentatives morales, si singulières soient-elles — dont le grand public reste le témoin souvent sceptique ou railleur.
127s dans le chaos des idées et des doctrines, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hors un certain « confusionnisme ».
128 : c’est une unité d’inquiétude. Barrès et Gide : ils ont construit des édifices très différents de style, et dont les faça
129viction ; par vertu. Ce qui n’a rien d’étonnant : ils ne sont que les projections du moi de leurs auteurs. Or l’égoïsme est
130ci la conception même de la littérature, telle qu’elle apparaît chez les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il fau
131 les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il faut préciser. L’éthique et l’esthétique convergent dans la littératu
132uvrir des possibilités neuves, — pour le libérer. Il n’est pas question de rechercher ici les origines historiques d’une c
133’y appliqua dans un de ses derniers articles 2 . Il rendait responsable de tout le « mal », le Romantisme — et c’est plus
134 le Romantisme — et c’est plus que probable. Mais il en tirait une raison nouvelle de le condamner, et nous ne pouvons le
135ndamner, et nous ne pouvons le suivre jusque-là : il est vain de dire qu’une époque s’est trompée, puisqu’elle seule perme
136 vain de dire qu’une époque s’est trompée, puisqu’elle seule permet la suivante qui peut-être retrouvera une nouvelle face d
137igraphe [p. 314] de toute la littérature moderne. Il n’a pas fallu longtemps aux Français pour pousser à bout l’expérience
138cela fait à Dieu » disait Drieu La Rochelle. Mais il faudra bien se remettre à manger, tout de même nous avons un corps, e
139ntaires la matière de quelques pamphlets par quoi il se raccroche au monde. Mais il a touché [p. 315] certains bas-fonds d
140pamphlets par quoi il se raccroche au monde. Mais il a touché [p. 315] certains bas-fonds de l’âme où s’éveille un désench
141 des derniers venus, Marcel Arland, — plus jeune, il n’a pas fait la guerre — c’est le même désenchantement précoce, sans
142point d’y percevoir comme un appel du Dieu perdu. Il avoue enfin la cause secrète des inquiétudes modernes : la perte d’un
143te des inquiétudes modernes : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : « C’est peut
144s : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : « C’est peut-être que je suis médiocre
145suis médiocre entre les hommes ». C’est plutôt qu’il est trop attaché encore à se regarder chercher, absorbant son attenti
146ant son attention dans une sincérité si voulue qu’elle va parfois à l’encontre de son dessein. ⁂ Décidément nous sommes mala
147isolé, commenté par ceux qui le portent en eux qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas de peind
148 n’en finissent pas de peindre leur déséquilibre. Il serait temps de faire la critique des méthodes et des façons de vivre
149ments mêlés de la personnalité. Toute tendance qu’ils découvrent en eux est non seulement légitime à leurs yeux, mais « tab
150on et folie, etc. Si je les cultive simultanément il est clair que les tendances négatives l’emportent, il est plus facile
151st clair que les tendances négatives l’emportent, il est plus facile et plus enivrant de se laisser glisser que de constru
152’est justement de quoi se glorifient ses tenants, ils y voient la suprême liberté. Le désir se précisait en moi de commettr
153e gratuite que prétendent mener les surréalistes, il n’a fallu que le temps pour une folie de s’emballer. La plupart des r
154ose ; à la merci des circonstances extérieures qu’il méprise toutes également ; n’attendant rien que de ses impulsions et
155cidité parfois douloureuse ses propres actes dont il s’étonne mais qu’il se garde de juger 5 . Il y a véritablement une l
156ureuse ses propres actes dont il s’étonne mais qu’il se garde de juger 5 . Il y a véritablement une littérature de l’acte
157lité qu’on renoncera à la vertu, sous prétexte qu’elle pousse à l’orgueil ; c’est par sincérité qu’on mentira, puisque parfo
158n excès toute chose, au-delà de toutes limites. « Il n’y a que les excès qui méritent notre enthousiasme ». Mais « cette f
159 des actes, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas d’une fatigue immense. Nous voyons se fausser le rythme des jours
160s de notre psychologie. Images des surréalistes — ils l’indiquent eux-mêmes —, calembours, expression métaphorique et symbo
161elle d’aujourd’hui, parce que nous sommes à bout. Il ne s’agit pas, encore une fois, de renier l’immense effort pour se li
162ne génération de cobayes » remarque Paul Morand.) Il faut agir, ou bien être agi. Donner une conscience à l’époque, ou se
163ner une conscience à l’époque, ou se défaire avec elle et dériver vers un Orient d’oubli — (mais avant de s’y perdre, quelle
164) [p. 319] Quelques jeunes hommes l’ont compris. Ils sont modestes — ne s’isolant pas de la Société ; ils savent que pour
165 sont modestes — ne s’isolant pas de la Société ; ils savent que pour lutter il faut des armes et ne méprisent pas la cultu
166nt pas de la Société ; ils savent que pour lutter il faut des armes et ne méprisent pas la culture ; sans autre parti-pris
167res de langage et maîtres de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il
168 et maîtres de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de lib
169a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que dans la soumission aux lois naturelles ; et leur
170lles ; et leur effort est de retrouver ces lois ; ils ne craignent pas de choisir parmi leurs instincts, ni de les améliore
171 leur misère. Pareils à ceux dont Vinet disait qu’ils s’en vont « épiant toutes les émotions de l’âme, et lui multipliant s
172ui multipliant ses douleurs en les lui nommant », ils décrivent le tourment dont sortira peut-être une foi nouvelle ; mais
173dont sortira peut-être une foi nouvelle ; mais qu’ils sachent, quand viendra le moment, détourner les yeux de leur recherch
174 de leur recherche pour contempler un absolu ; qu’ils osent se faire violence pour se hisser dans la lumière. « Il vaut mie
175 faire violence pour se hisser dans la lumière. « Il vaut mieux, dit encore Vinet, ne voir d’abord que les grands traits d
14 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926)
176tant d’autres, comme chaque soir un nouveau ciel. Il l’a transcrite en brèves notations lyriques suivant le rythme d’un so
177 tous les actes une signification plus profonde. (Il serait aisé de montrer quel parti Jouve a su tirer des complexes de f
178s tout cela est sublimé dans un monde poétique où il paraît inconvenant d’introduire le jargon de la science moderne.) Si
179res inspirés presque littéralement d’une anecdote italienne de Stendhal ; si d’autre part l’évolution mystique de Paulina semble
15 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926)
180 aux prises avec une petite cité patricienne dont il devra portraiturer les gentilshommes archéologiques et les vieilles d
16 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Wilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926)
181 avec la muse, parce que c’est dimanche, parce qu’il pleut et qu’on s’ennuie. Si la vie est bête à pleurer, sourire est mo
17 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Cécile-Claire Rivier, L’Athée (mai 1926)
182plètement résolu dès les premières pages, mais qu’il faut louer Mme Rivier d’avoir posé courageusement. Dirai-je que l’abu
18 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926)
183 t Sous ce titre, le plus étonnant peut-être qu’il ait trouvé, Jean Cocteau a réuni ce qui me paraît le meilleur de son
184e Secret professionnel, etc.) Sans doute faudrait-il préciser ce qu’il entend par ordre, et montrer que si cet ordre l’éca
185nnel, etc.) Sans doute faudrait-il préciser ce qu’il entend par ordre, et montrer que si cet ordre l’écarte de Dada, il ne
186re, et montrer que si cet ordre l’écarte de Dada, il ne le conduit pas pour autant à l’Académie. Disons pour aller vite qu
187 volonté de construire jusque dans le grabuge, qu’il aime pour les matériaux qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau
188’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en vers. Sa plus incont
189e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en vers. Sa plus incontestable réussite à ce
190sse de beaucoup les limites de cette école, et qu’il eut le tort à notre sens de vouloir illustrer de pédants exercices po
191’audace est de se vouloir plus juste que bizarre. Il sait bien d’ailleurs que les miracles les plus étonnants sont ceux de
192t bien la nouveauté de son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obscur et de la
193r la pédale à la poésie. (« Le poète ne rêve pas, il compte. ») Six projecteurs convergent sur une machine luisante et tou
194e précision, d’élégance mécanique et de rapidité. Il lassera, parce que c’est toujours le même déclic. Cocteau le sait, et
195s le même déclic. Cocteau le sait, et pour varier il tire tantôt à gauche tantôt à droite, sur Barrès, sur Wagner, sur que
196 je le crains, pour renaître catholique.) Certes, il bannit le charme et toute grâce vaporeuse. Mais ses fleurs de cristal
197e grâce vaporeuse. Mais ses fleurs de cristal, si elles sont sans parfum, ne se faneront pas. p. 661 t. « Jean Cocteau
19 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, Mon corps et moi (mai 1926)
198sont encore à des symboles équivoques et, quoi qu’ils en disent, « artistiqués », — ils n’osent plus le mensonge de l’art,
199ues et, quoi qu’ils en disent, « artistiqués », — ils n’osent plus le mensonge de l’art, et pas encore la vérité pure — Cre
200ue de sa génération. Terrible aveu d’impuissance, il n’a plus même la force de l’hypocrisie. Isolé dans un hôtel perdu, av
201 la triste profession est de détruire le désir qu’elle excite par curiosité passagère, il monologue. « Oui, je le redirai, t
202 le désir qu’elle excite par curiosité passagère, il monologue. « Oui, je le redirai, tous mes essais furent prétextes à m
203 dont la pauvreté le rejette dans une angoisse qu’il nomme « élan mortel ». Cette inversion de tout ce qui est constructif
204e désordre. Une intelligence parvenue au point où elle « ne semble avoir rien d’autre à faire que son propre procès », une [
205ectacle que nous dévoile cyniquement René Crevel. Il en est peu de plus effrayants. Ah ! Seigneur, donnez-nous la force e
206s sans dégoût implorait Baudelaire. Encore avait-il le courage de prier… p. 662 u. « René Crevel : Mon corps et moi 
20 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Le Corbusier, Urbanisme (juin 1926)
207u aux charmes troubles et inhumains de la nature. Il s’agit de créer à notre vie moderne un décor utile et beau. Or « la g
208 n’avoir pas été animée de l’esprit de géométrie… Elle use et conduit lentement l’usure des milliers d’êtres humains ». Elle
209lentement l’usure des milliers d’êtres humains ». Elle n’est plus adaptée aux conditions nouvelles de travail ou de repos, n
210vilisation sous cet aspect comme sous les autres, il nous faut mieux que des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et
21 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ramon Fernandez, Messages (juillet 1926)
211s d’aujourd’hui. La « critique philosophique » qu’il voudrait inaugurer « ne se contenterait pas d’étudier les œuvres pour
212ais tâcherait d’épouser le dynamisme spirituel qu’elle révèle, puis de les situer dans l’univers humain ». M. Fernandez a to
213nivers humain ». M. Fernandez a tout le talent qu’il faut pour lui faire acquérir droit de cité. Voici enfin un critique q
214eprises par les générations précédentes. Parce qu’elles se sont souvent enlisées dans leurs recherches, il ne les condamne pa
215s se sont souvent enlisées dans leurs recherches, il ne les condamne pas d’un « Jugement » sans issue sinon vers le passé
216é catholique ; mais tenant compte de leur effort, il puise dans l’échec même de leurs analyses les éléments de sa synthèse
217ses essais sur Proust, Pater et Stendhal. Certes, il était temps que l’on dénonce la confusion romantique de l’art avec la
218 morale et l’esthétique modernes. Et à ce propos, il faut souhaiter que M. Fernandez aborde par ce biais l’œuvre de Gide,
219ne autre me paraît liée à cette confusion. Mais s’il est bien établi que les lois de la vie sont essentiellement différent
220tiellement différentes des lois de l’œuvre d’art, il ne s’en suit pas forcément que l’on doit nier toute communication dir
221 un moyen de connaissance personnelle. Après quoi il écrit : « II y a, en fait, deux manières de se connaître, à savoir se
222oir et s’essayer. » Fort bien, mais l’œuvre n’est-elle pas une façon particulière de s’essayer ? Je ne puis amorcer ici une
223 me paraît encore ambiguë : on peut se demander s’il nie vraiment l’interaction de la vie et de l’art, ou s’il la condamne
224raiment l’interaction de la vie et de l’art, ou s’il la condamne plutôt, à cause des confusions qu’il y décèle. Le meilleu
225’il la condamne plutôt, à cause des confusions qu’il y décèle. Le meilleur morceau du livre est l’essai sur Proust et sa t
226ité — « mosaïque de sensations juxtaposées » — qu’il définit sa propre théorie de la « garantie des sentiments », où l’on
227e et proustienne a porté à un point si dangereux, il nous propose l’expérience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et
228théorie assez proche du cubisme littéraire, et qu’il serait bien utile d’adopter, si l’on veut éviter les confusions qui s
229es à cette œuvre. Cela tient surtout à sa forme : il est parfois agaçant de pressentir sous l’expression trop technique ou
230philosophes, et trop philosophe aux littérateurs. Il manque à M. Fernandez un certain recul par rapport à ses idées, on le
231n peu gauche encore dans les positions conquises. Il n’empêche que son livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il
232 livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il propose quelques directions très nettes de synthèse. Avec une œuvre c
22 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Les Bestiaires (septembre 1926)
233ires taurologiques avec lesquels, pour communier, il faudrait sans doute être né sous le signe du Taureau. Mais il sera pa
234sans doute être né sous le signe du Taureau. Mais il sera pardonné à Montherlant beaucoup de défauts bien agaçants pour sa
235ts bien agaçants pour sa souveraine désinvolture. Elle est tonique comme le spectacle des athlètes. Et c’est elle avant tout
236tonique comme le spectacle des athlètes. Et c’est elle avant tout que j’admire dans ces Bestiaires, presque malgré leur suje
237ité aux taureaux braves et simplets d’esprit ! Qu’ils paissent éternellement dans les prairies célestes, pour avoir donné u
238 la nonchalance des vrais puissants, je compte qu’il saura fonder sa gloire future sur des valeurs plus humaines. p. 39
23 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jacques Spitz, La Croisière indécise (décembre 1926)
239c’est que le livre soit réellement amusant, et qu’il trouve une sorte d’unité vivante dans le rythme des désirs jamais sim
240aire sourire, on le sent ; pourtant l’on sourit : il faut bien croire qu’il y a là un talent, charmant, glacé, spirituelle
24 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alfred Colling, L’Iroquois (décembre 1926)
241able… Mais ce cœur fatigué se reprend à souffrir, il ne sait plus de quels souvenirs ; jusqu’au soir où la douleur nette d
25 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926)
242Chinois et sympathiser avec son idéal de culture. Il n’y a pas là deux points de vue irréductibles, du moins M. Malraux a
243lraux a fait parler son Chinois de telle façon qu’ils ne le paraissent point. Et alors le relativisme angoissant qui sembla
244ord aujourd’hui notre race… ». Et peut-être n’est-il pas de position plus périlleuse, puisqu’elle risque de ne laisser sub
245 n’est-il pas de position plus périlleuse, puisqu’elle risque de ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la des
26 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Avant-propos (décembre 1926)
246lus que jamais, et plus que jamais, nous semble-t-il, notre revue a sa raison d’être. La vie d’aujourd’hui, on le sait, no
247ais seulement de retenir sa place au spectacle qu’ils offrent et de les considérer avec sympathie. Il est bien facile de s’
248’ils offrent et de les considérer avec sympathie. Il est bien facile de s’écrier : « Après moi, le déluge ! », et de se dé
249t, peut-être, la considération du « déluge » peut-elle faire réfléchir utilement sur ses causes…   Nous ne proposerons pas,
250n peu mieux quand vous aurez lu nos huit numéros. Il faut que notre revue reste cette chose unique et indéfinissable, comm
27 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Paradoxe de la sincérité (décembre 1926)
251mythe prendre corps parmi les ruines de ce temps. Il fallait bien tirer quelque vertu d’une anarchie dont on ne veut pas a
252ertu d’une anarchie dont on ne veut pas avouer qu’elle est plus nécessaire — provisoirement — que satisfaisante pour l’espri
253s fluctuations de votre moi ? Votre sincérité est-elle consentement immédiat à toute impulsion spontanée (Gide), ou « perpét
254ou « perpétuel effort pour créer son âme telle qu’elle est » (Rivière), ou encore refus de choisir, volonté de tout conserve
255n personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit autour de lui — et l’étonnement indigné du spectateur. Pour parl
256us avons vécu jusqu’à tel jour de notre jeunesse, il faudrait pouvoir sauter hors de soi. Seule, une méthode d’observation
257ant Fleurissoire « pour rien » ne songeait pas qu’il allait faire école. Le fait est que ce geste symbolique a déclenché t
258 enchantés de l’affaire : « Gratuit ! » déclarent-ils chaque fois qu’ils ne comprennent pas. Il faudrait s’entendre. Et, ic
259aire : « Gratuit ! » déclarent-ils chaque fois qu’ils ne comprennent pas. Il faudrait s’entendre. Et, ici encore, prenons g
260larent-ils chaque fois qu’ils ne comprennent pas. Il faudrait s’entendre. Et, ici encore, prenons garde de confondre le pl
261action peut paraître gratuite au lecteur parce qu’il ne sait pas tout sur le personnage. Mais quant à l’auteur, il n’y a p
262as tout sur le personnage. Mais quant à l’auteur, il n’y a pas de gratuité. Le geste le plus incongru du héros n’est jamai
263nt à un système restreint de références. [p. 16] Il résulte de semblables considérations, dans le domaine de la morale, q
264r à l’acte gratuit une valeur morale en disant qu’il révèle ce qu’il y a de plus secret dans la personnalité. Ce serait un
265peu gratuite que possible, d’un Julien Sorel, est-elle moins révélatrice du fond de l’âme humaine ? Que si l’on s’étonne de
266c’est bien le second. La qualité des souvenirs qu’il me livre me renseigne assez exactement, non sur mon passé, mais sur l
267 sur mon passé, mais sur le moment que je vis 1 . Il est bien clair qu’on ne saurait atteindre « la vérité sur soi » en se
268de ces ravages du sincérisme. Dans la solitude qu’il s’acharne à [p. 19] approfondir — il était venu y chercher quelque ra
269 solitude qu’il s’acharne à [p. 19] approfondir — il était venu y chercher quelque raison de vivre, il voulait se voir le
270il était venu y chercher quelque raison de vivre, il voulait se voir le plus purement (« cette curiosité donnée comme rais
271t ce « merveilleux contraire » de l’élan vital qu’il nomme élan mortel — générateur de l’incurable tristesse qui rôde dans
272 du sincérisme. C’est plus exactement faillite qu’il faudrait. Faillite de toute introspection, en littérature et en moral
273 moral : je me compose plus laid que nature. Faut-il conclure avec Gide : « L’analyse psychologique a perdu pour moi tout
274our où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il imagine d’éprouver. » Non. Car à supposer que l’analyse nous crée, el
275r. » Non. Car à supposer que l’analyse nous crée, elle ne nous crée pas n’importe comment, mais selon certaines lois où se r
276ertaines lois où se retrouve notre individualité. Elle nous crée tels que nous tendons à être (plutôt inférieurs, en vertu d
277« un perpétuel effort pour créer son âme telle qu’elle est ». Il voyait dans cet effort sur soi le gage d’un enrichissement,
278el effort pour créer son âme telle qu’elle est ». Il voyait dans cet effort sur soi le gage d’un enrichissement, d’une con
279e cas extrême d’un Crevel nous montre assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des lim
280ous montre assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des limites assez étroites empiriq
281 différence. Pourquoi les romanciers modernes ont-ils tant de mal à créer des personnages ? C’est parce qu’une sorte de sin
282e montre clairement. En morale : défaitisme quand il s’agit de gestes qui pourraient entraîner des effets imprévisibles, «
283nt, et, bientôt, incapacité d’agir efficacement. (Il faut, pour sauter, une confiance dans l’élan qui échappe à toute anal
284t sincère aussi, qui révèle mon besoin de mentir. Il devient dès lors impossible de faire rien qui ne soit sincère. Peut-o
285propres mensonges ? Peut-être juste assez pour qu’ils vous aident 3 — mais jamais au point d’oublier la vérité qu’on désir
286is au point d’oublier la vérité qu’on désirait qu’ils cachent pour un moment. « L’art est un mensonge, mais un bon artiste
287ce pas être sincère aussi que de s’y prêter ? Or, il vous tire aussitôt de l’indétermination violente qu’est la sincérité
288es paraphraser serait d’une ingratitude insigne — ils marquent au reste fort bien les jalons de cette recherche) : Puissie
289nt à toute intervention qui altérerait leur moi ; ils ne souhaitent que d’être leur propre témoin, intelligent mais immobil
290nt en tant que personnes. Comment se trouveraient-ils, n’existant pas ? (François Mauriac.) La valeur morale de M. Godeau s
291 de M. Godeau serait définie par l’aspect seul qu’il souffrirait de garder lui-même à son propre regard. Ainsi la valeur m
292ard. Ainsi la valeur morale d’un homme équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir sur lui-même. (Marcel J
293morale d’un homme équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir sur lui-même. (Marcel Jouhandeau.) Ce qu’o
294is si le personnage est maintenu jusqu’à la mort, il se confond avec l’homme même. (André Maurois.) [p. 23] (Quel effroi
295stre à la sincérité presque pure de cet âge. Mais il le faut dépasser.)   Si j’en crois l’intensité d’un sentiment intime,
296................................ Le vent se lève, il faut tenter de vivre. Paul Valéry. Certes, du sein de ma triste luci
297n particulière, ne pouvait non plus s’imaginer qu’elle en pût être privée. Alors, acquiesçant vivement à l’invite que je sou
298lus riche d’inconnu, je m’élançais sur la voie qu’elle m’ouvrait, avec tant de rires amis, vers tout ce que momentanément je
299de laisser — et des baisers à tous les vents — qu’il eût été loisible d’attribuer comme objet à ma jubilation, non pas ce
300isie envers soi-même une volonté — si profonde qu’elle n’a pas besoin de s’expliciter pour être efficace — qui m’interdit de
301 de nommer ce dont je ne veux plus souffrir. (Car il n’est peut-être qu’une espèce de souffrance véritablement insupportab
28 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927)
302 magnifiques et hagardes pourraient enthousiasmer il leur réserve mieux encore : après une kyrielle d’injures qui ne font
303nation d’autres fois si prestigieuse du poète : « Ils m’ont suivi, les imbéciles », ricane-t-il ; et sans rire : « À mort c
304te : « Ils m’ont suivi, les imbéciles », ricane-t-il ; et sans rire : « À mort ceux qui paraphrasent ce que je dis ». Il y
305 plus original de la jeune littérature française. Il le proclame « J’appartiens à la grande race des torrents ». Génie iné
306s à la grande race des torrents ». Génie inégal s’il en fut, voici parmi trop de talents intéressants, un écrivain qui s’i
307des qualités et des défauts pareillement énormes. Il faut remonter loin dans notre littérature pour trouver semblable domi
308e domination de la langue. Et parmi les modernes, il bat tous les records de l’image, ce qui nous vaut avec des bizarrerie
29 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Barbey, La Maladère (février 1927)
309de feindre encore ce que le cœur ne ressent plus, il suffit de quelques mois aux jeunes époux de la Maladère pour se dépre
310e meurtrir l’un l’autre. Pourtant, jusqu’au bout, il semble qu’un mot, un geste décisif, ou certaine amitié de la saison s
311issiper le charme perfide qui les tourmente. Mais il faudrait d’abord qu’ils se soient délivrés d’eux-mêmes pour que ce mo
312de qui les tourmente. Mais il faudrait d’abord qu’ils se soient délivrés d’eux-mêmes pour que ce mot, ce geste, soient poss
313 : son amour ? son manque d’amour ? Pour Jacques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un défaitisme sentimental qui
314n’est qu’à force de discrétion dans les moyens qu’il parvient à une certaine puissance de l’effet, aux dernières pages. Il
315rtaine puissance de l’effet, aux dernières pages. Il règne dans la Maladère une étrange harmonie entre le climat des senti
316des sentiments et celui des campagnes désolées où ils se développent. Paysages tristes et sans violence, autour de ces être
317res dont la détresse est d’autant plus cruelle qu’elle est contenue sous des dehors trop polis. Une fois fermé le livre de B
30 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Montclar (février 1927)
318ur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatisfaction qu’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers de jeunesse auxquels il ne
319ontclar est l’auteur de vers de jeunesse auxquels il ne tient guère, et l’on comprend que ce journal bientôt les rejoindra
320 aux souvenirs. Cette façon de ne pas y tenir, qu’il manifeste en toute occasion de sa vie est peut-être ce qui nous le re
321de ? heureux ? » pour lui, comme pour Barnabooth, il s’agit de « déjouer le complot de la commodité ». Mais plus voluptueu
322lus voluptueux que philosophe, c’est à l’amour qu’il ira demander la souffrance indispensable au perfectionnement de son â
323notre plaisir, un peu plus viennois que naturel s’il parle de choses d’art comme on fait dans Proust, si les passions qu’i
324art comme on fait dans Proust, si les passions qu’il nous peint sont ici tant soit peu russes, et là, gidiennes. Il se con
325 sont ici tant soit peu russes, et là, gidiennes. Il se connaît assez pour savoir ce qui est en lui de l’homme même, ou de
326stingué, — et ne peut pas nous tromper là-dessus. Il se connaît avec une sorte de froideur que l’on dirait désintéressée s
327orte de froideur que l’on dirait désintéressée si elle n’avait pour effet de souligner, plus que ses succès, certaines faibl
328ner, plus que ses succès, certaines faiblesses qu’il recherche secrètement, parce que de ces « ratages » naît le perpétuel
329la condition de son progrès moral. C’est ainsi qu’il consent, non sans une imperceptible satisfaction, l’aveu d’une fondam
330où souvent l’on finit. Et peut-être l’amour n’est-il possible qu’entre deux cœurs que l’épreuve du plaisir n’a pas exténué
331près seulement toutes les morts du plaisir », car elle sait « qu’entre les êtres, le bonheur est un lien sans durée. Seule l
332e secrètes anomalies ont un pouvoir d’éternité. » Il est juste, ce me semble, d’insister sur ce qui forme dans le récit de
333flation littéraire la plus ridicule. Pourtant, qu’elle ne laisse point oublier que ce livre d’une résonance si humaine, est
31 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927)
334rte que l’espèce de romantisme à la Nerval auquel il aboutit coïncide avec un mouvement dont lui-même s’est plu à relever
335 les indices chez ses jeunes contemporains, et qu’il vient appuyer de son autorité de critique et surtout de son expérienc
336 se plaisent nos jeunes poètes cosmopolites, mais il garde une certaine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en s
337 rêverie d’un homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu mage pour porter tant de richesses avec cette mélanc
338l’un de ses personnages pour remercier ; (pouvait-il mieux trouver qu’un René Dubardeau pour cette ambassade). Parfois l’o
339tesse Rezzovitch a rencontré M. Paul Morand, mais elle a dû le trouver un peu froid, n’aura pas été tentée de lui faire ces
340ra pas été tentée de lui faire ces confidences qu’elle livre si facilement au héros plus confiant et secrètement incertain d
341 femme qui incarne aussitôt à ses yeux tout ce qu’il attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra jam
342 attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra jamais. Il aime encore sa femme, « mais comme on aime u
343onfidence, un baiser, et il ne la reverra jamais. Il aime encore sa femme, « mais comme on aime une petite maison de provi
344it de longues lettres, [p. 388] sans les envoyer. Il apprend sa mort, et qu’elle l’aurait peut-être aimé. Enfin, divorcé,
345 388] sans les envoyer. Il apprend sa mort, et qu’elle l’aurait peut-être aimé. Enfin, divorcé, seul, il la revoit dans une
346le l’aurait peut-être aimé. Enfin, divorcé, seul, il la revoit dans une vision prestigieuse et désolée… M. Jaloux a trouvé
347s tromper sur tout ce qui est profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré ». M. Jaloux évite le péril d’un ré
348mer et celui du roman lyrique, par l’équilibre qu’il maintient entre ces deux inconscients : l’époque et l’être secret du
349nconscients : l’époque et l’être secret du héros. Il sait mieux que quiconque aujourd’hui faire éclater dans un cadre très
350nt dessinés un de ces drames tout intérieurs dont il dit : « Personne ne peut juger du drame qui se joue entre deux êtres,
351as la fin ni le sens véritable, mais seulement qu’elles ont fait souffrir. Rendez-vous manqués, lettres perdues, aveux incomp
352 touche pour peindre un personnage épisodique : « Il confondait la rose et la pivoine, l’orange et l’ananas… »). Une telle
32 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927)
353 Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927) ag Il faut souhaiter que ce témoignage sur les générations nouvelles et leu
354ême temps par cette solution universelle, la foi, il résume en lui cette inquiétude qui fait la grandeur et la misère de l
355fait la grandeur et la misère de l’époque — et qu’il avoue préférer à une certitude trop vite atteinte, où sa jeunesse ne
356nte, où sa jeunesse ne verrait qu’une abdication. Il décrit la « génération nouvelle » avec une intelligente sympathie et
357 de notre inquiétude. (Mais peut-être M. Rops a-t-il trop négligé le rôle extérieur, que je crois décisif, des conditions
358ites qui s’offrent aux jeunes gens d’aujourd’hui. Il [p. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait que différer notr
359raît sans remède. Mais, ici, M. Daniel Rops n’a-t-il pas cédé à la tentation de créer des dilemmes irréductibles, suprême
360r en deux mots : inquiétude ou foi. Dès lors sont-elles vraiment les deux termes d’un dilemme, l’une n’étant que le chemin qu
361nquiétude autant que la sérénité… Au reste, n’est-elle pas de M. Rops lui-même, cette phrase qui formule admirablement les e
362inquiétude et de la foi : « Si tu as trouvé Dieu, il te reste à le chercher encore… » p. 563 ag. « Daniel-Rops : Notr
33 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Lecache, Jacob (mai 1927)
363ance. C’est par l’argent qu’on domine notre âge : il devient grand industriel, assure sa fortune au prix du peu cynique re
364e honte et de douleur. « On vend de l’étoffe… eux ils se vendent ! » Mais Jacob a renié ses parents, non leurs ambitions. [
365 le père ajoute : « Notre sang sera vainqueur… Qu’ils m’oublient, qu’ils me méprisent ! Je les vois régner. Je salue leur L
366 Notre sang sera vainqueur… Qu’ils m’oublient, qu’ils me méprisent ! Je les vois régner. Je salue leur Loi. » Le récit gras
34 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, La Mort difficile (mai 1927)
367aiment ? C’est l’exigence d’une détresse cachée ; elle fait bientôt considérer toute joie comme illusoire et livre l’individ
368 l’individu pieds et poings liés à l’obsession qu’il voulait avouer pour s’en délivrer peut-être. Cette sincérité ne serai
369’en délivrer peut-être. Cette sincérité ne serait-elle à son tour que le masque d’un goût du malheur ? Le sujet profond de c
370de ce tourment ou de ce sauvage égoïsme ; mais qu’elle s’acharne sur le détail dégoûtant et mesquin de certain milieu bourge
35 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927)
371ves éveillés, entre deux gorgées d’un élixir dont il voudrait bien nous faire croire que le diable [p. 694] est l’auteur.
372 verres, se posent sur les cordes d’une lyre dont ils font grésiller l’accord, une patte en l’air, becquètent le cœur d’une
373e sent presque pas sa blessure. Mais c’est ici qu’il s’agit de ne pas confondre inexplicable avec incompréhensible. p
36 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927)
374e dans les idées (mai 1927) al « De quoi s’agit-il ? de détruire ou de rafistoler ? » Entre ces deux tentations, cédant
375 Celui-ci bat sa coulpe avec une saine rudesse. « Il s’examine jusqu’au ventre de sa mère et cognoit que dès lors il a est
376usqu’au ventre de sa mère et cognoit que dès lors il a esté corrompu et infect et adonné à mal » (Calvin). Le tableau n’es
377 magnifiquement jetés. Mais cette imperfection, s’il ne peut encore s’en tirer, du moins l’avoue-t-il avec une franchise q
378’il ne peut encore s’en tirer, du moins l’avoue-t-il avec une franchise qui la rend sympathique. Et puis, tout de même, on
379es au sérieux en France par quelques jeunes gens. Il faut louer Drieu d’avoir échappé au surréalisme en tant qu’il n’est q
380r Drieu d’avoir échappé au surréalisme en tant qu’il n’est que le triomphe de la littérature sur la vie, mais d’avoir su e
37 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927)
381 attardez aux terrasses des cafés. Peut-être va-t-elle revenir avec son Johannes laqué. Ah ! comme vous sauriez lui plaire,
382irard : lui seul connaît l’adresse de Patsy, mais il ne veut pas vous la donner. Alors pour vous venger, vous lui dites qu
383es que, « d’abord », son livre n’est pas sérieux. Il sourit. Vous ajoutez que le lyrisme des noms géographiques vous fatig
384rocédés lassants ». Pierre Girard n’écoute plus : il pense à des Vénézuéliennes ou à Gérard de Nerval. Bientôt vous vous c
385à Gérard de Nerval. Bientôt vous vous calmez. Car il semble aujourd’hui que ce globe dans son voyage « est arrivé à un end
386lus sa drôlerie, son aisance. Vous accordez que s’il force un peu la dose de fantaisie, c’est plutôt par excès de facilité
387ous ne regardions que les jambes des femmes » dit-il, pour vous apprendre ! — sans se douter que rien ne saurait vous ravi
38 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927)
388 Ces trois nouvelles n’ont guère de commun entre elles que la forme : ce sont de lentes réminiscences, des évocations intéri
389ôté du corps de son ami suicidé pour une femme qu’ils ont aimé tous deux (L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le récit d’un été
390 et d’une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvrerie ni vulgarité la grâce un peu trouble et l’in
39 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Rainer Maria Rilke (décembre 1927)
391fumeux pour caractériser tout lyrisme germanique, il faudra opposer l’excellent petit livre d’Edmond Jaloux. C’est un recu
392scandinaves et des romantiques allemands parce qu’il partage avec eux ce goût du rêve préféré à la vie, — à ce qu’on appel
393is, ne peut être sensible qu’à des êtres pour qui elle est en somme inutile : parce qu’ils possèdent déjà, au moins [p. 788]
394res pour qui elle est en somme inutile : parce qu’ils possèdent déjà, au moins [p. 788] obscurément, le sens des réalités s
395aux convertis — qui n’ont plus besoin de preuves. Il reste qu’un livre comme celui-ci tend un merveilleux piège sentimenta
396 piège sentimental à la raison raisonnante. Et qu’il nous mène un peu plus loin que la sempiternelle « stratégie littérair
397, de gazetiers ; au cœur de ces sujets qui paraît-il, ne sont pas d’actualité : la solitude, la maladie, la peur. p. 78
40 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Bopp, Interférences (décembre 1927)
398auteur raconte dans une lettre à une amie comment il a écrit, sur commande, une Promenade dans le Midi. Récit alerte et fa
399rique », histoire de n’avoir pas l’air dupe. Mais il a des façons parfois bien désobligeantes de voir juste. Et quand son
400« si arbitraire et si facultative », je me dis qu’il n’en saurait être autrement tant qu’on se tient à cette attitude scie
401e, — encore que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu’il était de taille à affronter d’autres dédales ! Mais il a su mettre pl
402ait de taille à affronter d’autres dédales ! Mais il a su mettre plus de choses qu’il n’y paraît d’abord dans ces 50 pages
403s dédales ! Mais il a su mettre plus de choses qu’il n’y paraît d’abord dans ces 50 pages. Beaucoup sont excellentes et le
41 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927)
404et un chapelier dont tous s’accordaient à dire qu’il ne péchait que par excès de bonne humeur printanière, Urbain donc, pr
405 garçon d’une race entre toutes bénie — par qui ? elle était anticléricale, on ne saurait le taire, — Urbain dormait. L’étoi
406cintillement pudiquement dissimulé. Vers 1 heure, elle éclaira d’une rose caresse lumineuse la chevelure rouge d’Urbain, et
407. « Éternité désaffectée, c’est bien dommage, dit-il en s’étirant ; le printemps désormais rendra le ciel plus pâle, et no
408ant considérables, au sens étymologique du terme. Il loucha vers le néant, retourna ses poches, ôta ses gants qu’il jeta,
409s le néant, retourna ses poches, ôta ses gants qu’il jeta, puis, après un grand coup de pied dans le vide symbolique des s
410 symbolique des systèmes, sortit, c’est-à-dire qu’il fit un pas dans une direction quelconque. L’étoile pleurait, sentimen
42 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Lettre du survivant (février 1927)
411iste, mais vrai. » (Les journaux.) Mademoiselle, Il faut d’abord que je m’excuse : c’est un peu prétentieux de vous écrir
412tant plus que vous n’y croirez pas — et pourtant… Il faut aussi que je vous dise qu’il fait très froid dans ma chambre : l
413 — et pourtant… Il faut aussi que je vous dise qu’il fait très froid dans ma chambre : le feu n’a pas pris, et d’ailleurs
414e mes amis, qui vous connaît 4 , de me présenter. Il m’en avait donné la promesse. Vos regards rencontrèrent les miens plu
415nt les miens plus d’une fois pendant une danse qu’il fit avec vous, mais vous les détourniez soudain comme pour vous arrac
416 airs sombres vous effrayaient sans doute plus qu’ils ne vous attiraient. Mais, maintenant, je pense que ces regards croisé
417de vous. Mon ami me fit un signe discret, et déjà il se préparait à vous rendre attentive à ma présence… Mais, alors, je n
418ant les ascenseurs. « Vers 4 heures, me disais-je elle y entrera, et, me glissant auprès d’elle, je pourrai lui dire très vi
419isais-je elle y entrera, et, me glissant auprès d’elle, je pourrai lui dire très vite quelques mots si bouleversants qu’avan
420e la croise en route dans l’ascenseur descendant… Il aurait fallu monter, mais l’idée de vous trouver peut-être assise en
421 femme révélait soudain un trait de votre visage. Il aurait fallu courir après celle-là qui venait de tourner à l’angle de
422 l’intérieur se pencher vers la vitre… Je montai. Il n’y avait que des dames. Personne ne parlait. La jeune femme qui s’ét
423mais. À l’arrêt de la Place [p. 71] Saint-Michel, elle sortit, en me frôlant, sans me regarder. Je descendis derrière elle.
424 frôlant, sans me regarder. Je descendis derrière elle. Mais tout de suite des parapluies la dérobèrent à mes yeux. Une bouc
425arché plusieurs heures avant de retrouver ma rue. Il doit être maintenant 5 heures du matin. Premiers appels d’autos dans
426atin. Premiers appels d’autos dans la ville, mais il me semble que toutes choses s’éloignent de moi vertigineusement, par
427ance, ce que c’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a plus qu’un glissement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme 
428u, il n’y a plus qu’un glissement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme : il n’y aurait plus rien. p. 67 f. « Lett
429sement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme : il n’y aurait plus rien. p. 67 f. « Lettre du survivant », Revue de
43 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Orphée sans charme (février 1927)
430 une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul symbole dans la pièce. » Ce qui me gêne pourtant, c
431phée, par exemple, serait un poète surréaliste. « Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un
432poète surréaliste. « Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchis
433e surréaliste. « Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchissent
434r une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchissent l’air. » Il prétend « traque
435faut un de ces orages qui rafraîchissent l’air. » Il prétend « traquer l’inconnu ». Sa femme l’accuse de « vouloir faire a
436 Enfers. » — « Ce n’est pas une phrase, s’écrie-t-il, c’est un poème, un poème du rêve, une fleur du fond de la mort. » Or
437agnebin (non pas Elie) pensait à quelqu’un lorsqu’il écrivit certains vers qu’on peut lire plus haut : Les anges véritabl
438t de se lancer sur la corde raide. Je suis sûr qu’il ne tombera pas. J’admire sans émoi. ⁂ Certes, les qualités scéniques
439 Je ne saurais même indiquer aucun endroit par où elle pèche contre les principes chers à l’auteur du Secret professionnel e
440] dramatique qui cerne le mystère d’un trait pur. Il semble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il voulait. Et pou
441emble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il voulait. Et pourtant cette admirable machine ne m’inquiète guère : je
442dmirable machine ne m’inquiète guère : je sais qu’elle le conduira où il veut, sans surprises. « Puisque ces mystères me dép
443m’inquiète guère : je sais qu’elle le conduira où il veut, sans surprises. « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d
444phée, le mystère ne peut plus dépasser l’auteur : il l’a trop bien organisé. En somme, ce qu’il faut reprocher à Cocteau,
445teur : il l’a trop bien organisé. En somme, ce qu’il faut reprocher à Cocteau, c’est d’avoir réussi complètement une pièce
446atmosphère de l’« art pur » n’est pas respirable. Il ne manque rien à Orphée, sinon peut-être cette indispensable « part d
447s règles de l’art, mais que l’essence obtenue, si elle est de rose, est sans parfum.   (Tout de même, Cocteau est un poète :
44 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’autre œil (février 1927)
448 « Messieurs, disait Dardel, y a pas à tortiller, il faut faire quelque chose. Nous devons, nous pouvons faire quelque cho
449onsabilité s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s’agit de déranger 5 000 personnes en huit soirées, et de les occuper
450nt en hurlant : « Bas-toi là, bas-toi là ! »… Est-il plus atroce spectacle que celui d’une maîtresse jadis belle et disert
451ellettriens avaient fui. Au détour d’une ivresse, ils rencontrèrent une créature évadée d’anciens rêves qui hantait les lim
452s rêves qui hantait les limbes depuis un an déjà. Ils ne tardèrent pas à reconnaître Cinématoma. Naissance de Cinématoma
453 commis au soin d’engendrer cet adorable monstre. Ils se réunissent parfois autour d’un feu et le contemplent un certain te
454io né entre deux cafés-nature, et presque sans qu’il s’en soit rendu compte. Clerc entrevoit un projet à deux faces. Lugin
455 la Montagne » ne saura venir au prophète, même s’il se nomme Mossoul. Pourtant, au milieu de ce paludesque et stérile con
456, une idée de génie vint s’asseoir certaine nuit. Elle parla par la bouche de Lugin, sa langue dans la langue de Lugin : « L
457tte martingale avec des surréalistes hétérodoxes. Il revint juste à temps pour assister à la cérémonie de la pose du point
458 et cent doigts dans deux lits. Combien cela fait-il de pieds et d’oreillles ? À signaler la fuite de Bec-de-Gaz, lequel s
45 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927)
459cle (mars 1927) i Surprendre est peu de chose, il faut transplanter. Max Jacob. Ce soir-là, le programme comprenait :
460e cadavre encore tout chaud ». Affreux. Aussi : « Elle mourut. » On voit que cette bande est antérieure à l’époque du long b
461ons rapides. Un chasseur, toujours sur son toit ; il tire sur l’œuf d’où naît une colombe. Chasse. Mais un papillon éclata
462onnes et suivent à grands sauts lents, solennels. Ils revoient la danseuse, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois
463t.) Enfin le cercueil roule dans les marguerites, il en sort un chef d’orchestre dont la baguette éteint tous les personna
464 le bon rire de cinéma. Quand la danseuse paraît, ils n’attendent que le moment où ils pourront se pousser en disant : « C’
465danseuse paraît, ils n’attendent que le moment où ils pourront se pousser en disant : « C’que c’est cochon ! » Mais le mome
466que c’est cochon ! » Mais le moment ne vient pas, ils sont déçus. Enfin, mon voisin, un agent, murmure : « On va tous deven
467ous mais accueille le résultat avec la naïveté qu’il faut, approuve et dit : « C’est bien ça, c’est comme quand on rêve. »
468 geste de l’acteur. Un mouvement ne souligne pas, il exprime, et se suffit. Mais comme pour le film 1905, on a sans cesse
469is ce sont là critiques de style. D’ores et déjà, il faut admirer dans les films de René Clair un sens du miracle assez bo
470e n’est peut-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une aide puissante. Nous faisons
46 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Louis Aragon, le beau prétexte (avril 1927)
471saisi les cordes les plus secrètes de mon âme, qu’elle peut faire désormais vibrer à sa fantaisie, même si cela doit m’anéan
472 pas seulement pour le pittoresque. — Attrape !   Il n’existe pas de théorie du salut. Il n’existe que des systèmes pour f
473 Attrape !   Il n’existe pas de théorie du salut. Il n’existe que des systèmes pour faire taire en nous l’appel vertigineu
474 mais c’est pour détourner nos regards de cela qu’il faut bien nommer le Vide. Tant de séductions nous ont en vain tentés,
475les s’efforcent — mais déjà c’est de plus loin qu’il les nargue. Il connaît enfin une solitude défendue de tous côtés par
476 — mais déjà c’est de plus loin qu’il les nargue. Il connaît enfin une solitude défendue de tous côtés par ses rires scand
477iles à l’immobilité miraculeuse des statues 7 . » Il s’agit bien de critique littéraire! Nous sommes ici en présence d’une
478tisme de l’esprit. Jusqu’au-boutisme désespéré. « Il s’agit de rendre impraticables quelques portes de sortie » ou comprom
479eut duper. Depuis certaines paroles sur la Croix, il n’y a peut-être pas eu d’expression plus haute de l’angoisse humaine,
480, et vous aurez beau rire, pharisiens, et dire qu’elle est née dans un café de Paris. « Je n’attends rien du monde, je n’att
481a notion de Dieu, répond Aragon, je me révolte qu’elle puisse en aucun cas servir d’argument à un homme. » Voilà qui nous fa
482enoux qu’on attendra : pour que cela eût un sens, il faudrait être sûr de n’avoir pas la tête en bas par rapport au soleil
483ncore Aragon, sinon qui ? — sa grandeur, c’est qu’il lui faut atteindre Dieu ou n’espérer plus aucun pardon. II Novembre
484 Et voici Aragon revêtu d’une dignité tragique qu’il trouverait sans doute un peu ridicule. C’est ainsi que l’on arrive à
485assez fréquent dans les cafés littéraires et dont il serait le premier à s’amuser ?   Février 1927. Relu Une vague de rêve
486 mouche qu’on n’a jamais fini de chasser parce qu’elle n’a pas mérité du premier coup qu’on se donne la peine de l’écraser,
487 qu’on se donne la peine de l’écraser, — c’est qu’il symbolise tout cet état d’esprit « bien Parisien » dont de récentes s
488s tromper sur ce qu’il y a de profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré. » (Edmond Jaloux.) [p. 138] Entre
489 revus. Mais je suis vos travaux avec intérêt, et il m’a paru que depuis quelque temps… enfin, comment dirais-je… je me su
490oubliez pas que « l’artiste serait peu de chose s’il ne spéculait sur l’incertain », c’est un académicien qui l’a dit. Vou
491 Il y a des gens qui croient avoir tout dit quand ils ont montré à l’origine de telle doctrine mystique une exaltation nerv
492e exaltation nerveuse ou des troubles organiques. Ils opposent à ces « délires » les thèses rassurantes de la « saine raiso
493si cela ne condamne pas et la santé et la raison. Il s’est trouvé des Maurras et autres « héritiers de la grande tradition
494écarter. Voilà bien leur désinvolture, car enfin, elle est déesse. Mais entre leurs mains qu’est-elle devenue ? C’est bien l
495n, elle est déesse. Mais entre leurs mains qu’est-elle devenue ? C’est bien leur faute si elle nous apparaît aujourd’hui com
496ns qu’est-elle devenue ? C’est bien leur faute si elle nous apparaît aujourd’hui comme une vieille courtisane assagie, parfo
497esprit contre votre raison. Et avec Aragon lorsqu’il vous crie : « À bas le clair génie français. » Alors la voix de Rimba
498 Alors la voix de Rimbard k à la cantonade : Qu’il vienne, qu’il vienne Le temps dont on s’éprenne ! [p. 140] Les œuvr
499 de Rimbard k à la cantonade : Qu’il vienne, qu’il vienne Le temps dont on s’éprenne ! [p. 140] Les œuvres les plus si
500 Réforme, Karl Marx, la préface de Cromwell. Mais il ne s’agit pas de refaire notre petite révolution à nous, dans tel dom
501ci que je ne puis pardonner aux surréalistes : qu’ils aient voulu s’allier aux dogmatiques d’extrême-gauche. Je ne dirai pa
502langue et de crier rouge pour la simple raison qu’ils ont dit blanc ? Pensez-vous [p. 141] combattre cet esprit « bien fran
503e mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il inspire ? Alors que cette réaction même est ce qu’il y a de plus fran
504ême est ce qu’il y a de plus français ; que c’est elle qui donne au surréalisme ce petit côté jacobin si authentiquement, si
505n et les surréalistes auront raison même encore s’ils ont tort, envers et contre toutes les critiques qu’on pourrait leur a
506 parce que ces « maudits » ont la grâce, parce qu’ils sont la vie, même quand ils appellent la mort, parce qu’ils ont la pa
507nt la grâce, parce qu’ils sont la vie, même quand ils appellent la mort, parce qu’ils ont la passion et l’incommunicable se
508a vie, même quand ils appellent la mort, parce qu’ils ont la passion et l’incommunicable secret de l’invention.   Il nous f
509sion et l’incommunicable secret de l’invention.   Il nous faut des entrepreneurs de tempêtes. Un grand principe de violen
510ïssions. Notre haine de certaine morale ne venait-elle pas de ce qu’en son nom l’on mesurait odieusement une sympathie humai
511e vices. ⁂ [p. 143] Ici le lecteur se rassure. « Il s’y retrouve. » Il pense que c’est bien jeune. Et : encore un qui rue
512] Ici le lecteur se rassure. « Il s’y retrouve. » Il pense que c’est bien jeune. Et : encore un qui rue dans les brancards
513plus sérieuses. Et tout est dit. Ah ! c’est vrai, il allait oublier, il y a encore cette histoire, comment dites-vous, sur
514rité changeante et toujours évidente, de laquelle il se demande vainement pourquoi il n’arrive pas à se contenter 13  ». A
515nte, de laquelle il se demande vainement pourquoi il n’arrive pas à se contenter 13  ». Acculés à ce choix : inconscience
47 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Quatre incidents (avril 1927)
516 et qu’on ne manque pas le train bleu d’un désir. Elle était donc venue. Il la suivait entre les devantures qui se passaient
517 le train bleu d’un désir. Elle était donc venue. Il la suivait entre les devantures qui se passaient de l’une à l’autre d
518ries de profils jusqu’au soleil toujours de face. Il ne vit plus que la foule des yeux bleus, son éblouissement. Soudain l
519 yeux bleus, son éblouissement. Soudain la voici, elle descend à sa rencontre parmi les éclairs d’un luxe mécanique, le visa
520 d’un luxe mécanique, le visage dans sa fourrure. Elle découvre en passant près de lui le sourire d’amitié mortel de tout ce
521e d’amitié mortel de tout ce qui n’arrive jamais. Il s’est trompé, ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceu
522ui n’arrive jamais. Il s’est trompé, ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âm
523rrive jamais. Il s’est trompé, ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âmes.
524e ceux qui vont à la recherche des âmes. Aussitôt il téléphone à ceux du paradis : « Qui va à la chasse perd sa place, nou
525t immédiatement un fauteuil et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait … [p. 152] R.S.V.P. À Max-Marc-
526et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait … [p. 152] R.S.V.P. À Max-Marc-Jean Jacob Reymond. Une éto
527sa cette main cruelle… et quitta le bal au matin. Il neigeait dans les rues sourdes comme un songe de son enfance. Aux fen
528e jour tendre paraissait sous l’égide de la mort. Il vit des fleurs de son enfance, une églantine, quelques roses, un sour
529 flocons, plus perfides que des murmures d’adieu. Il tomba parmi les statues, dans l’amitié pensive des jardins. Une fenêt
530suicide ou la promenade en bateau À Grego More. Il disait : « Je suis né pour la mort. » Il fait assez beau pour que s’o
531o More. Il disait : « Je suis né pour la mort. » Il fait assez beau pour que s’ouvre ce cœur de l’après-midi, comme un ca
532l’après-midi, comme un camélia de tendre orgueil. Il respire déjà l’odeur merveilleuse des objets et des êtres véritables.
533i, qui regarde comme de l’autre bord, je songe qu’il est des visites à de certaines grandes dames où je préférais — et lui
48 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Récit du pickpocket (fragment) (mai 1927)
534vaient vierge et c’était la joie de leur vie, car ils aimaient en moi par-dessus tout la vertu que je leur devais. Pourtant
535yeux des yeux [p. 181] de cette femme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je l’embrassai
536ur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je l’embrassai si fort… En un quart d’heure, je connaissais
537 quart d’heure, je connaissais l’amour dans ce qu’il a de plus étrangement prosaïque à la fois et bêtement heureux. Le len
538ur de la saison. — Au soir, mon père savait tout. Il effleura mon front de ses lèvres sans une parole quand je vins lui so
539endemain, ses cheveux avaient légèrement blanchi. Il me regardait avec une terreur ou je crus distinguer je ne sais quelle
540talgie. Pour lui, sans doute, j’étais perdu. Mais il souffrait d’autre chose encore : il se savait vieux, maintenant. » Je
541s perdu. Mais il souffrait d’autre chose encore : il se savait vieux, maintenant. » Je songeais justement à un sourire de
542songeais justement à un sourire de mon amie quand il voulut m’adresser la parole après un silence vertigineux. Il vit mon
543’adresser la parole après un silence vertigineux. Il vit mon sourire et pleura. Alors une rage s’empara de mon corps tout
544nuit et je partais dans une direction quelconque. Il advint que ce fut celle de l’Italie. La lumière, mon pays natal ! — J
545ction quelconque. Il advint que ce fut celle de l’Italie. La lumière, mon pays natal ! — Je vécus d’articles sur la mode et la
546reux — celui justement que j’entrevoyais. » Quand elle se fut endormie, je me rhabillai. Je ne trouvai que 100 francs dans s
547 de quelques joies parfaites de ma jeunesse… Mais il est trop tard, Monsieur, pour critiquer les modalités de ma vengeance
548 et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce qu’ils appellent, ridiculement, les fondements mêmes de la société. » C’est
549 Prêté — rendu, pour la gloire de l’Église. (Ici, il but une gorgée et prit un temps.) » Je vous fais grâce, poursuivit-il
550 prit un temps.) » Je vous fais grâce, poursuivit-il, de la chronique de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore qu
551n parut satisfait de cette dernière plaisanterie. Il but avec beaucoup de délicatesse quelques gorgées d’eau minérale. Isi
552t endroit. « Une chose avant tout me frappe — dit-il, lâchant tout de suite ses compliments, ce qui est de mauvaise politi
553e, — c’est l’extraordinaire netteté de votre vie. Elle est sans bavures, sans réticences ; elle m’apparaît comme un divertis
554tre vie. Elle est sans bavures, sans réticences ; elle m’apparaît comme un divertissement perpétuel et dénué d’inquiétude. E
555p. 185] votre conduite les conclusions morales qu’elle paraît impliquer, c’est ce caractère de, comment dirai-je…, de juvéni
556 l’agressif — effet d’une timidité naturelle dont il paraissait lui-même gêné. En deux mots, vous ne me trouvez pas sérieu
557 vous dire que si vous me trouvez un peu potache, il n’est pas prouvé par là que le potache n’ait point raison. Mais juste
558aines de mes plaisanteries la dérision secrète qu’elles masquent par caprice. ...............................................
49 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conseils à la jeunesse (mai 1927)
559éthode ne suffirait pas [p. 187] à supprimer. Or, ils nous paraissent entraîner assez naturellement chez des jeunes « et qu
50 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927)
560cérités gardent au moins l’excuse d’une audace qu’ils escomptent scandaleuse. Mais voici un bar où je vous suis. Vous y ent
561ntemple au miroir de son monocle. Au petit matin, il se noie dans un verre à liqueur. Poisson dans l’eau, plumes dans le v
562vent, poète au bar, le paradis n’est pas si cher. Il y en a aussi qui posent pour le Diable et ne se baignent que dans des
563baignent que dans des bénitiers : on voit trop qu’ils trouvent ça pittoresque. Et le plaisir d’être nu devant un public sup
564e cherche les raisons de votre indignation, quand il m’échappe une citation. Seraient-ce les guillemets qui vous choquent 
565nce : nommer une chose, c’est avoir puissance sur elle. Images, pensées des autres, je vous ai mis un collier avec le nom du
566le. Poussière. Ma vie est ailleurs. L’addition, s’il vous plaît. Il est temps de sortir de ce café et de ces jeux, simulac
567Ma vie est ailleurs. L’addition, s’il vous plaît. Il est temps de sortir de ce café et de ces jeux, simulacres de vie, qui
568re On reconnaît un écrivain, aujourd’hui, à ce qu’il ne tolère pas qu’on lui parle littérature. Mais il y a des mépris qui
569r. Tel qui raille l’Église et les curés, c’est qu’il se fait une très haute idée de la religion. Ainsi, de la littérature 
570tuelles donne la mesure de ce que vous attendez d’elle. Pour dire le fond de ma pensée, je crois ce mépris et cette attente
571rs qui sont parfois des actions en puissance 15 . Il faudrait des choses plus lourdes et plus irrésistibles, percutantes.
572epuis le temps qu’on sait que la lettre tue ce qu’elle prétend exprimer ; depuis le temps qu’on l’oublie.) Vous me direz que
573 l’expression directe de la réalité individuelle. Elle serait tellement incommunicable qu’il deviendrait inutile de la publi
574viduelle. Elle serait tellement incommunicable qu’il deviendrait inutile de la publier. Et même, en passant à la limite, o
575, en passant à la limite, on peut imaginer que si elle était réalisée, on ne s’en apercevrait pas. Je pressens encore dans v
576n les rites d’une esthétique ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signifier les choses qui nous importent. Vous
577te esthétique ou de ce sens social, — et voilà qu’ils perdent même la problématique utilité de liaison qui était leur excus
578le plus profond, qui est proche du sens biblique. Il ne s’agit pas de la connaissance abstraite et rationnelle dont le mon
579 par attitude que vous la guérirez. Au contraire, il s’agit de l’envisager sans fièvre, pour en circonscrire les effets. J
580 littératuré » des écrivains d’aujourd’hui. Quand il parle littérature, il a toujours l’air de mettre un peu les pieds dan
581ivains d’aujourd’hui. Quand il parle littérature, il a toujours l’air de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de
582sez drôle de voir le malaise des chers confrères. Ils ne pardonnent pas à ce toréador ses familiarités avec une Muse qu’ils
583s à ce toréador ses familiarités avec une Muse qu’ils n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la dernière mode
584savantes séductions. On sait bien, d’ailleurs, qu’elle les entretient. Bande de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse viv
585apperai pas plus qu’un autre : et qu’un beau soir il faille écrire pour vivre, possible ; mais, pour sûr, jamais vivre pou
586suivre une quête de l’esprit. Et vous savez ce qu’elle nous vaut : les mépris, les haines douloureuses ou grossières de tous
587re acceptation des réalités spirituelles parce qu’elles troublent leurs bureaucratiques sécurités. Pourtant, vous voyez bien
588 » peuvent encore se reconnaître. Quand bien même elle n’aurait plus d’autre excuse que celle-là, la littérature mériterait
589elle-là, la littérature mériterait d’exister : qu’elle soit le langage chiffré de notre inquiétude et de nos naissantes cert
590e m’aide à découvrir quelques êtres par le monde… Il ne s’agit plus de mépris ni d’adoration. J’ai défini une « maladie »
591quelque bien pour ma vie. Le jour où les soins qu’elle exige me coûteront des sacrifices plus grands que les bienfaits que j
592 plus grands que les bienfaits que j’en escompte, il sera temps de songer sérieusement à m’en guérir. Vous me demanderez «
51 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les derniers jours (juillet 1927)
593tidémocratisme et les athées du Capitalisme quand il est conscient de soi-même, et les athées du Socialisme et du Communis
52 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Adieu au lecteur (juillet 1927)
594aite est toute « statutaire » — si l’on ose dire. Elle nous permet donc de considérer la situation sans fièvre, sans lamenta
595eproches contradictoires. Nous les additionnons : ils s’annulent. Il reste à dire deux mots sur la paradoxale situation int
596ictoires. Nous les additionnons : ils s’annulent. Il reste à dire deux mots sur la paradoxale situation intellectuelle d’u
597ce que vous écrivez ! ») [p. 257] En définitive, il semble que certains n’attendent de nous que d’innocentes farces — ou
598se préoccuper de prévoir les conséquences, puisqu’il n’en est aucune qui ne soit connue d’avance et stérilisée par la loi,
599illard, et même, et surtout, un miracle. Et puis, ils ont des vieux un peu là, du grand Arthur-Alfred-Albert [p. 258] au no
600ves, quoi !) Et puis, qui sait, peut-être sauront-ils rallier le dernier disciple du Bienheureux Jean… Et puis, en voilà as
601ter à cette lourde charge le poids de nos péchés. Ils sont bien nôtres. Et nous y tenons, ah ! comme nous y tenons ! p. 
53 1928, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le péril Ford (février 1928)
602e question de quelques années. Mais peut-être est-il temps encore. Ici et là, quelques cris s’élèvent dans le désert d’une
603les, l’Occidental est saisi d’un étrange malaise. Il soupçonne, par éclairs, qu’il y avait peut-être dans ces buts une abs
604urdité fondamentale. L’infaillible progrès aurait-il fait fausse route ? Est-il temps encore de le détourner du désastre s
605illible progrès aurait-il fait fausse route ? Est-il temps encore de le détourner du désastre spirituel vers lequel il ent
606de le détourner du désastre spirituel vers lequel il entraîne l’Occident ? Cris dans le désert. Déserts des villes fiévreu
607 le rêve, dans l’utopie, dans une belle doctrine… Il faudrait d’abord prendre conscience du péril. Nous ne tentons rien d’
608e de la banqueroute prochaine de sa civilisation. Il répugne à admettre qu’une époque entière ait pu se tromper, et se tro
609re ait pu se tromper, et se tromper mortellement. Il suffit pourtant de regarder autour de nous et d’en croire nos yeux.
610e de mieux réussi. Voici la vie de Ford, telle qu’il la raconte dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils de paysan. Il passe
611 telle qu’il la raconte dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils de paysan. Il passe son enfance à jouer avec des outils, « 
612dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils de paysan. Il passe son enfance à jouer avec des outils, « et c’est avec des outils
613er avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à présent », dit‑il. Le plus mémorable événement de ces a
614vec des outils qu’il joue encore à présent », dit‑il. Le plus mémorable événement de ces années de jeunesse, son « chemin
615nnées de jeunesse, son « chemin de Damas » (comme il dit sans qu’on sache au juste quelle dose d’« humour » il met dans l’
616ans qu’on sache au juste quelle dose d’« humour » il met dans l’expression), c’est la rencontre d’une locomotive routière.
617ère automobile fabriquée, à temps perdu, alors qu’il est simple mécanicien chez Edison. Il fonde tôt après la Société des
618u, alors qu’il est simple mécanicien chez Edison. Il fonde tôt après la Société des automobiles Ford, « et commence à réal
619ait ajouter à ces chiffres celui des milliards qu’il possède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résultat
620s celui des milliards qu’il possède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résultat secondaire de son activit
621mais été de s’enrichir. Son « rêve » était autre, il l’a réalisé comme il est donné à peu d’hommes de le faire : 7 000 voi
622r. Son « rêve » était autre, il l’a réalisé comme il est donné à peu d’hommes de le faire : 7 000 voitures par jour, et la
623 industriel du monde ; le plus riche, au point qu’il peut parler d’égal à égal avec beaucoup d’États ; le plus parfait aus
624alaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouvriers semblent bien apporter une solution définitive a
625européens ne sauraient l’atteindre. Au contraire, il a résolu la question sociale d’une façon qui ne devrait pas déplaire
626en supprimant l’esclavage financier de l’ouvrier, il supprime la principale cause avouée de la lutte des classes. Il se dé
627 principale cause avouée de la lutte des classes. Il se dégage de la lecture de Ma Vie et mon Œuvre une impression de nett
628épandent. L’on ne pourra qu’y applaudir, semble-t-il, en souhaitant que les industriels européens s’en inspirent toujours
629rent toujours plus. Ford leur montre le chemin qu’ils seront bien obligés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’ils
630u’ils seront bien obligés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’ils s’y engagent dès aujourd’hui résolument, pendan
631igés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’ils s’y engagent dès aujourd’hui résolument, pendant qu’il reste quelques
632y engagent dès aujourd’hui résolument, pendant qu’il reste quelques chances encore de régler pacifiquement le conflit du c
633ne le premier exemple de son achèvement intégral. Il a atteint l’objectif de la moderne civilisation occidentale. Voici do
634vie de Ford, sa « grande et constante ambition ». Il semble que toute sa carrière — pensée, méthode, technique — [p. 193]
635tière : naissance de sa passion froide et tenace. Il s’efforce d’en réaliser l’objet par ses propres moyens, à un exemplai
636t par ses propres moyens, à un exemplaire ; puis, il fonde une usine pour multiplier les réalisations. Bientôt, élargissan
637 réalisations. Bientôt, élargissant son ambition, il conçoit ce mythe extravagant du bonheur de l’humanité par la possessi
638é par la possession d’automobiles Ford. Et, comme il est très intelligent, il a vite fait de démêler les conditions les pl
639omobiles Ford. Et, comme il est très intelligent, il a vite fait de démêler les conditions les plus rationnelles de la pro
640ormes d’autos. Seulement, pour pouvoir continuer, il faut vendre ; dans l’intérêt de la production, il faut créer la conso
641il faut vendre ; dans l’intérêt de la production, il faut créer la consommation. La réclame s’en charge. Par le procédé tr
642mple de la répétition, on fait croire aux gens qu’ils ne peuvent plus vivre heureux sans auto. Voilà l’affaire lancée. La p
643 lancée. La passion de Ford se donne libre cours. Il ne s’agit plus maintenant que de lui donner une apparence d’utilité p
644s sophismes plus ou moins conscients par lesquels il prétend ramener le bénéfice de la production à celui du consommateur.
645rs des clients, quel que soit l’état du marché. » Il semble que cela soit tout à l’avantage du client. Mais cherchons un p
646 qu’on a de tel objet est satisfait ou a disparu. Il semble alors que [p. 194] l’industriel n’ait plus qu’à plier bagage.
647ayant disparu, la production devant se maintenir, il n’y a qu’une solution : recréer le besoin. Pour cela, on abaisse les
648 abaisse les prix. Le client fait la comparaison. Il est impressionné par la baisse, au point qu’il en oublie que cela ne
649n. Il est impressionné par la baisse, au point qu’il en oublie que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va
650n oublie que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va gagner 5 francs en achetant 5 francs moins cher un obj
651 cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va gagner 5 francs en achetant 5 francs moins cher un objet que, sans
652rancs moins cher un objet que, sans cette baisse, il n’eût pas acheté du tout. Autrement dit, il est trompé par la baisse.
653isse, il n’eût pas acheté du tout. Autrement dit, il est trompé par la baisse. L’industriel comptait. La tromperie est pré
654 faire une dépense superflue ; le scandale est qu’il l’ait trompé sur ses véritables besoins. Car cela va bien plus profon
655ar cela va bien plus profond, cette tromperie-là. Elle peut amener, en se généralisant, une sorte de suicide du genre humain
656on », comme dit Ferrero. Le bon peuple s’extasie. Il ne peut voir la duperie : ce jeu du chat et de la souris ; si Ford re
657n engrenage. L’emploi de leurs loisirs est prévu. Il est déterminé par la réclame, les produits Ford qu’il faut user, etc.
658st déterminé par la réclame, les produits Ford qu’il faut user, etc. Il a pour but véritable [p. 195] d’augmenter la conso
659 réclame, les produits Ford qu’il faut user, etc. Il a pour but véritable [p. 195] d’augmenter la consommation. Il rend pl
660t véritable [p. 195] d’augmenter la consommation. Il rend plus complet l’esclavage de l’ouvrier, puisqu’il englobe jusqu’à
661end plus complet l’esclavage de l’ouvrier, puisqu’il englobe jusqu’à son repos dans le cycle de la production. Cercle vici
662e vicieux : plus la production s’intensifie, plus il faut créer de besoins et de loisirs. Or, l’industrie ne peut subsiste
663re humaine a des limites. Et le temps approche où elles seront atteintes. On peut se demander jusqu’à quel point Ford est con
664nos besoins. » — Ford se moque de la philosophie. Il ne peut empêcher que son attitude ne porte un nom philosophique : c’e
665 en est le fruit. On ne saurait mieux dire. Mais il faudrait en tirer des conséquences, alors que Ford passe outre et se
666e et se remet à discuter des points de technique. Il n’a pas senti qu’il touchait là le nœud vital du problème moderne. D’
667uter des points de technique. Il n’a pas senti qu’il touchait là le nœud vital du problème moderne. D’ailleurs, les idées
668ette sorte sont rares dans son livre. En général, il se borne à parler de problèmes techniques où son triomphe est facile.
669en parfait qui combat les techniciens imparfaits. Il ne se demande jamais si la technique même la plus perfectionnée mérit
670me la plus perfectionnée mérite les sacrifices qu’elle exige de l’homme moderne. Paradoxes plus ou moins intéressés, optimis
671 Le phénomène n’est pas nouveau en Occident, mais il est ici tragiquement aigu. Est-ce notre pensée qui, à force de subtil
672 justiciable encore de nos vérités essentielles ? Il semble bien que notre temps ait prononcé définitivement le divorce de
673’est pas mauvais en soi. Mais par l’importance qu’il a prise dans notre vie, il détourne la civilisation de son but vérita
674is par l’importance qu’il a prise dans notre vie, il détourne la civilisation de son but véritable : aller à l’Esprit, y c
675 l’essentiel une grande part des forces humaines, il travaille contre l’Esprit. Rien n’est gratuit. Nous payons notre pass
676ses de l’Esprit. Dans le cas le plus favorable, « il se passera bien de cette littérature ». Plus tard, « puisqu’elle n’es
677 bien de cette littérature ». Plus tard, « puisqu’elle n’est pas utile, elle est nuisible ». « … Tableaux, symphonies, ou au
678ture ». Plus tard, « puisqu’elle n’est pas utile, elle est nuisible ». « … Tableaux, symphonies, ou autres œuvres destinées
679écanique bien huilée, au mouvement si régulier qu’il en devient insensible et que la fatigue semble disparaître, l’homme s
680s d’horlogerie calculé une fois pour toutes et qu’il sent immuable comme la mort le restitue au monde vers 5 heures du soi
681 oublier jusqu’à l’existence, et à une liberté qu’il s’empresse d’aliéner au profit de plaisirs tarifés, soumis plus subti
682mande sans rapport avec ses désirs réels, et dont il subit docilement l’abstraite et commerciale nécessité. Ennui, fatigue
683es exigences les plus rudimentaires de son corps. Il a perdu le contact avec les choses naturelles, et par là même, avec l
684turelles, et par là même, avec les surnaturelles. Il en ressent une vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met
685ne vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met d’ailleurs sur le compte de sa fatigue. Neurasthénie. La conquête
686aissé oublier les valeurs de l’esprit au point qu’il n’éprouve plus même cette carence ; seulement, peu à peu, il découvre
687e plus même cette carence ; seulement, peu à peu, il découvre qu’il s’ennuie profondément ; fatigué de trop de satisfactio
688te carence ; seulement, peu à peu, il découvre qu’il s’ennuie profondément ; fatigué de trop de satisfactions matérielles,
689t ; fatigué de trop de satisfactions matérielles, il a laissé se détendre, ou il a cassé les ressorts de sa joie : l’effor
690factions matérielles, il a laissé se détendre, ou il a cassé les ressorts de sa joie : l’effort libre et généreux, le sent
691mirer la nature entre 17 et 19 heures : vraiment, il ne lui manque plus rien — que l’envie. Mauvais travail. Il a perdu le
692 manque plus rien — que l’envie. Mauvais travail. Il a perdu le sens religieux, cosmique, de l’effort humain. Il ne peut p
693 le sens religieux, cosmique, de l’effort humain. Il ne peut plus situer son effort individuel dans le monde, lui attribue
694dans le monde, lui attribuer sa véritable valeur. Il sent obscurément que son travail est antinaturel. Il le méprise ou le
695sent obscurément que son travail est antinaturel. Il le méprise ou le subit, mais, jusque dans son repos, il en est l’escl
696méprise ou le subit, mais, jusque dans son repos, il en est l’esclave. Pour s’être exclu lui-même de l’ordre de la nature,
697ur s’être exclu lui-même de l’ordre de la nature, il est condamné à ne plus saisir que des rapports abstraits entre les ch
698isir que des rapports abstraits entre les choses. Il ne comprend presque plus rien à l’Univers. Par la technique, l’Occide
699gences telles que l’Esprit ne peut les supporter. Il abandonne donc la place, mais c’est pourtant lui seul qui nous permet
700toire mécanicienne est une victoire à la Pyrrhus. Elle nous donne une liberté dont nous ne sommes plus dignes. Nous perdons,
701 faculté destinée à amuser nos moments de loisir, il a des exigences effectives ; et ces exigences sont en contradiction a
702» très spécial, — on les écarte des engrenages où ils risqueraient de faire grain de sable. Ils se réfugient dans ce qu’on
703ages où ils risqueraient de faire grain de sable. Ils se réfugient dans ce qu’on pourrait appeler les classes privilégiées
704es forces occultes sans doute dangereuses, puisqu’elles les rendent inutilisables dans les rouages de la vie moderne. Le trio
705igueur : avec la rigueur de la nécessité — puisqu’elle est inutile au grand dessein matérialiste de l’Occident. La logique,
706 échappatoire utopique. Nous avons mieux à faire, il n’est plus temps de se désintéresser simplement des buts — si bas soi
707désintéresser simplement des buts — si bas soient-ils — d’une civilisation sous le poids de laquelle nous risquons de périr
708sous le poids de laquelle nous risquons de périr. Il se prépare déjà des révoltes terribles 4 , celles d’un mysticisme exa
709’aujourd’hui ont une tâche pressante : chercher s’il est possible d’échapper au fatal dilemme. Premiers pas vers la soluti
54 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Princesse Bibesco, Catherine-Paris (janvier 1928)
710anvier 1928) aq C’est un livre sympathique ; et il vaut la peine de le dire car la chose n’est pas si fréquente dans la
711tions lyriques à leur propos. Mais dans ce roman, il n’y a plus seulement la femme, avec le miracle perpétuel de sa sensib
712r ; la tournée des cours de l’Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polonais, grand seigneur médiatis
713ais) assez peu intéressante à vrai dire, parce qu’elle n’est pas à l’échelle de ce qui la précède. Ces défaillances de la te
714es, malicieuses ou poétiques ; et ce n’est pas qu’il ne s’y glisse quelque préciosité ou quelques « pointes » faciles mais
55 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Marguerite Allotte de la Fuye, Jules Verne, sa vie, son œuvre (juin 1928)
715t — et ce livre le fera bien voir aux sceptiques. Il a aimé la science parce qu’elle ouvre des perspectives d’évasion — où
716oir aux sceptiques. Il a aimé la science parce qu’elle ouvre des perspectives d’évasion — où seuls les poètes savent se perd
717se jetaient sur ces volumes « au travers desquels ils respiraient l’air du monde ». N’en ferons-nous pas autant, emprisonné
718 d’une conception de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est styli
719t un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est styliste ni psychologue ? Laisserons-nous Jules Verne aux enfan
720ce coup, voilà qui ne m’empêchera pas d’y monter, il suffit que cet obsédant capitaine Nemo soit à bord, je soupçonne que
56 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Aragon, Traité du style (août 1928)
721e aux écrivains que des révélations, ou mieux, qu’ils les favorisent par leurs écrits. Aragon, qui a le sens de l’amour, a
722conséquemment beaucoup de choses vraies (belles). Il est même un des très rares parmi les jeunes qui ait vraiment donné qu
723. Mais la seconde partie du livre est admirable ; il suffit. Le titre ne ment pas ; ce livre traite du style, à coups d’ex
724our crier : Lâches, vous refusez d’avancer ! Mais il reste à portée de voix du troupeau. C’est sans doute son rôle. Il le
725e de voix du troupeau. C’est sans doute son rôle. Il le tient magnifiquement. Mais qu’on nous laisse chercher plus loin, d
57 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Naville, La Révolution et les intellectuels (novembre 1928)
726es surréalistes débattent la question de savoir s’ils vont se taire ou non. Mais leur silence ne doit pas entraîner, à leur
727 leur point de vue, celui d’autrui sur eux-mêmes. Ils se tournent donc naturellement vers l’action, c’est-à-dire, — nous so
728re un état de choses justement détesté, mais dont ils participent plus qu’ils ne le croient. Certes il était urgent de fair
729tement détesté, mais dont ils participent plus qu’ils ne le croient. Certes il était urgent de faire la critique de « cette
730ils participent plus qu’ils ne le croient. Certes il était urgent de faire la critique de « cette réalité de premier plan
731ance positive de ce qu’il y a sous cette réalité. Il est certain que s’ils avaient le courage de se soumettre au concret d
732u’il y a sous cette réalité. Il est certain que s’ils avaient le courage de se soumettre au concret de l’esprit, ils compre
733e courage de se soumettre au concret de l’esprit, ils comprendraient que le « service dans le temple » s’accommode mal de t
734en très beau style contre un monde très laid dont ils n’ont pas encore renoncé à chatouiller le snobisme. p. 1410 at
58 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, Les Conquérants (décembre 1928)
735es chefs pour l’une ou l’autre de ces attitudes. (Elles ne sont pas essentiellement contradictoires : elles représentent deux
736les ne sont pas essentiellement contradictoires : elles représentent deux manières de sentir l’unité d’une époque obsédée d’a
737concrétisé en hommes, en meurtres, en décrets. Qu’il décrive la vie intense et instable des acteurs du drame, l’aspect quo
738it parfois tenté de le rapprocher de Morand, mais il est plus nerveux, sans doute aussi plus sensible. Et il ne se borne p
739 plus nerveux, sans doute aussi plus sensible. Et il ne se borne pas à des effets pittoresques : ce récit coloré et précis
740i, mais à coups de faits, une discussion d’idées. Il est surtout la description d’une angoisse que le nihilisme de M. Malr
741t lui qui parle au nom de l’auteur, je pense) : « Il me semble que je lutte contre l’absurde humain, en faisant ce que je
742 décisif : « La Révolution… tout ce qui n’est pas elle est pire qu’elle… » Expérience faite, l’absurde retrouve ses droits.
743évolution… tout ce qui n’est pas elle est pire qu’elle… » Expérience faite, l’absurde retrouve ses droits. C’est ainsi que,
744l’enchaînement passionnant de [p. 1548] l’action, il se dégage de ce roman un désespoir sec, sans grimace. Cette intellige
745quelque chose de trop aigu, de dangereux. Mais qu’elles s’appliquent à distinguer les forces déterminantes de l’heure, à les
59 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi (décembre 1928)
746ssi pure ni aussi rare qu’on voudrait l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ain
747aussi rare qu’on voudrait l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d
748l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d’un romantisme assez moros
749u’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d’un romantisme assez morose ; mais à grande éche
750osait par hasard de moyens d’action puissants : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’
751 d’action puissants : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet d
752 : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet de Liszt et de Chopi
753c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet de Liszt et de Chopin, c’était l’amour, do
754llusion ». Sachons gré à M. de Pourtalès de ce qu’il préfère parler d’illusion là où nos psychiatres proposeraient de moin
60 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Le Prince Menteur (décembre 1928)
755autour de sa vie le plus grand mystère. Cependant il aime à raconter certaines scènes terrifiantes de la révolution : il a
756 certaines scènes terrifiantes de la révolution : il a été condamné à mort, il s’est évadé, on le traque à Paris même… Il
757ntes de la révolution : il a été condamné à mort, il s’est évadé, on le traque à Paris même… Il subjugue le jeune Français
758 mort, il s’est évadé, on le traque à Paris même… Il subjugue le jeune Français par ces évocations et l’espèce de fièvre q
759nçais par ces évocations et l’espèce de fièvre qu’il y apporte. Mais plusieurs incidents éveillent les soupçons du « petit
760 éveillent les soupçons du « petit bourgeois » qu’il a choisi comme public, et brusquement le mot éclate : menteur. Feinte
761vant-garde une confusion assez tragique, parce qu’elle constitue une tentation pour tous les poètes. Le désir de « plus vrai
762u. Jusque dans la ruse que ses mensonges exigent, il se reconnaît tributaire de la « vérité trop évidente » ; alors qu’il
763butaire de la « vérité trop évidente » ; alors qu’il la faudrait, sans rien fausser, transcender… p. 1553 aw. « Dan
61 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Avant-propos
764 [p. 7] Avant-propos Le dire une bonne fois.   Il ne faut pas songer à décrire en 50 petites pages tous les méfaits de
765r leur ordre de grandeur ; à quoi je me bornerai. Il a paru sur le sujet de l’instruction publique deux petits livres 1 e
766que, décrit la stupidité de l’enseignement tel qu’il est pratiqué dans nos collèges. Mon dessein est assez différent, moin
767âtres aboutit à l’instruction publique et grâce à elle prolonge abusivement sa terne existence. Je l’ai subi ; l’on va voir
768rit ne peut servir à rien. — Alors ? — Justement. Il est un reproche auquel je compte ne pas échapper : celui de naïveté.
769ile. Pourtant je sais qu’à droite comme à gauche, ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui refusent d’être compli
770Citoyen conscient et organisé pour la discussion. Il retrousse ses manches. Il s’apprête à cracher sur ce que je dirai de
771isé pour la discussion. Il retrousse ses manches. Il s’apprête à cracher sur ce que je dirai de plus beau… Oh ! oh ! oh !
772 sur ce que je dirai de plus beau… Oh ! oh ! oh ! il va parler, de grâce mettez-lui les mains sur la bouche ! Donnez-lui s
773ent exagéré pour la jugeotte de l’adversaire ou s’il traduit simplement cette mauvaise foi pas même consciente, cette lâch
774ux qui croient aux faits. Je leur réponds : 1° qu’ils ne peuvent me dénier le droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne peuve
775ent me dénier le droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne peuvent, en vertu même de leur scepticisme quant à la valeur réfor
776 les discussions de la tranquillité avec laquelle ils brouillent les faits et les principes. Tourmentés par les scrupules d
777és par les scrupules de leur conscience libérale, ils fuient la rigueur jusque dans leurs raisonnements. Pour moi qui cherc
62 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 1. Mes prisons
778 [p. 12] 1. Mes prisons Il existe des gens qui s’attendrissent sur leurs souvenirs de classe. C’
779ndrissent sur leurs souvenirs de classe. C’est qu’ils les confondent avec ceux de leur enfance et les font indûment partici
780t participer de la même grâce. Voyez Péguy, quand il essaye de nous faire croire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâc
781Péguy, quand il essaye de nous faire croire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâche des instituteurs : Faire de ces b
782roit… Et de ces beaux problèmes d’arithmétique où il fallait si soigneusement séparer les calculs du raisonnement, par une
783 qu’on ne comprend pas, la prière du soir pour qu’il fasse beau demain, Michel Strogoff et Rémy un fils de vaincus, les to
784es acides, et naturellement, la phrase sacrée : « Il faut que tous fassent la même chose ici ! » Dans la suite, on se char
785garde contre moi-même à cause des autres desquels il ne fallait pas différer, profondément hypocrite donc, et le cerveau s
786 » que je viens de citer, je découvris un jour qu’elle contient la cause déterminante de notre malaise. Il me fallut un cert
787 contient la cause déterminante de notre malaise. Il me fallut un certain temps pour m’habituer à cette idée. Je tenais ce
788être égaux en tout ? Et la première réponse fut : Il faut que ce soit vrai, pour que la démocratie prospère et étende ses
789 aux vertueuses indignations de nos maîtres quand ils dénonçaient « la marque indélébile de l’éducation jésuite ». Nous éti
790ar les Jésuites : du moins ceux-ci lui laissèrent-ils assez de verdeur d’esprit pour qu’il pût se dégager de leur empire. M
791 laissèrent-ils assez de verdeur d’esprit pour qu’il pût se dégager de leur empire. Mais on avait brisé en nous ces ressor
792i les charges de l’État, piliers d’un régime dont ils sont les seuls à s’accommoder parce qu’ils l’ont établi à la mesure e
793e dont ils sont les seuls à s’accommoder parce qu’ils l’ont établi à la mesure exacte de leurs besoins. Nous ne croyions pl
794s miracles ne trompent que les illettrés, mais qu’il convient de s’incliner devant les miracles de la science appliquée. O
63 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 2. Description du monstre
795nnues d’anciens camarades d’école primaire. Comme ils avaient changé ! On s’entendait d’autant mieux qu’on était devenu plu
796urs. Ceux-là n’avaient pas bougé. Et pour cause : ils n’étaient jamais sortis de l’école. Rien ne ressemble plus à un bon é
797 bon élève qu’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de continuité, la différence n’était qu’une que
798que des hommes et son mépris pour les paysans. Qu’il soit officier ou troupier, on le reconnaît à une façon pédante d’être
799ire — ne se prennent pas pour de la petite bière. Ils ont conscience d’appartenir à une élite responsable, cela se voit de
800ir à une élite responsable, cela se voit de loin. Il faut dire que ce ridicule n’échappe pas à ceux qu’ils méprisent le pl
801faut dire que ce ridicule n’échappe pas à ceux qu’ils méprisent le plus, et ils auraient souvent l’occasion de s’en douter
802n’échappe pas à ceux qu’ils méprisent le plus, et ils auraient souvent l’occasion de s’en douter s’ils étaient sensibles au
803 ils auraient souvent l’occasion de s’en douter s’ils étaient sensibles aux finesses de l’ironie paysanne. Mais je n’en dir
804ue, pendant que nous en sommes aux instituteurs : ils sortent tous de la même classe sociale, de la petite bourgeoisie. Est
805ue l’apport des instituteurs, ou bien préexiste-t-il dans les principes mêmes de l’École, et attire-t-il les petits bourge
806 dans les principes mêmes de l’École, et attire-t-il les petits bourgeois comme le portrait de Numa Droz attirait les mouc
807t ni l’envie de dire du mal des petits-bourgeois. Ils sont au moins aussi sympathiques que n’importe quelle autre classe de
808prit petit-bourgeois pris abstraitement et tel qu’il se manifeste dans l’école primaire est un véritable virus de mesquine
809ui sont dans nos villes l’apport du xixe siècle. Ils ne parviennent ni à la beauté ni à l’utilité, et ils sont déjà démodé
810 ne parviennent ni à la beauté ni à l’utilité, et ils sont déjà démodés. On dit que le style 1880 n’en est pas un : mais l’
64 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 3. Anatomie du monstre
811ique — on ne me contestera pas ces raisons puisqu’elles me sont absolument personnelles et qu’elles ont la valeur d’un témoig
812uisqu’elles me sont absolument personnelles et qu’elles ont la valeur d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps que je
813ont la valeur d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps que je fasse passer un petit examen aux principes de cette
814n passionnément détestée. Vous allez voir comment ils bafouillent leur « par cœur non compris ». Aux yeux de beaucoup de ge
815part à ce que ces personnes ont les yeux faibles. Il serait plus juste de dire que la passion n’a qu’une clairvoyance inté
816 pacifiste n’est pas toujours l’esprit de vérité, il s’en faut. Or je ne suis pas de ceux qui subordonnent la vérité à la
817se. Je tiens le « gain de paix » pour illusoire : il consiste à repousser la difficulté dans l’avenir, d’une ou [p. 23] de
818une ou [p. 23] deux générations. Pendant ce temps elle s’aggrave, et nous voici avec l’héritage de cinquante ans de radicali
819une vue aussi large que simplifiée. Remarquons qu’il suffit pour établir ce programme de disposer d’une ou deux feuilles d
820ers rectangulaires, bien proprement). Évidemment, il est préférable de savoir aussi les noms des sciences élémentaires. Ma
821ir aussi les noms des sciences élémentaires. Mais il n’est en aucune façon nécessaire de connaître la psychologie des enfa
822enfin des rythmes naturels de l’esprit humain, qu’il se trouve que le Créateur n’a point accordés à l’actuelle division ho
823 l’esprit de ces enfants… — Mais on nous paye, et ils n’en meurent pas. [p. 25] 3.b. Les examens Ce sont en principe des
824, la tricherie est difficile, tandis qu’à l’école elle est de règle. Car la qualité et la quantité des réponses « fournies »
825plume de divers maîtres primaires et secondaires. Ils n’en sont pas moins devenus le but même de l’instruction ; la fin qui
826ibre, car à la vérité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l’État, voyons d
827e ou deux autres bêtises de cette épaisseur, mais il faut reconnaître que jamais on n’avait songé à leur donner une extens
828 ralentissent et que les plus faibles se forcent. Elle ne convient donc qu’aux médiocres, dont elle assure le triomphe. L’éc
829ent. Elle ne convient donc qu’aux médiocres, dont elle assure le triomphe. L’école s’attaque impitoyablement aux natures d’e
830 régime des lumières et des compteurs à gaz. Mais ils se fâchent tout rouge quand on leur dit que la Suisse est caractérisé
831u’on commence par apprendre le résumé. D’ailleurs elle s’arrête là. Les manuels ne correspondent à aucune réalité. Ils ne re
832à. Les manuels ne correspondent à aucune réalité. Ils ne renferment rien qui soit de première main, rien qui soit authentiq
833soit de première main, rien qui soit authentique. Ils négligent toutes les [p. 28] particularités, toutes les « prises » où
834les « prises » où pourrait s’accrocher l’intérêt. Ils dispensent de tout contact direct avec ce dont ils traitent. Or la va
835ls dispensent de tout contact direct avec ce dont ils traitent. Or la valeur éducative des choses n’apparaît qu’à celui qui
836raît qu’à celui qui entre en commerce intime avec elles. On apprend plus de deux que de mille, dit un sage oriental dont j’ai
837’est qu’on ne peut laisser aux élèves le temps qu’il faut pour assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher l
838x élèves le temps qu’il faut pour assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher leur travail. Or ce travail n’a
839s qu’il faut pour assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher leur travail. Or ce travail n’a qu’une valeur é
840l. Or ce travail n’a qu’une valeur éducatrice : s’il n’est pas modèle, il est absurde. Mais où sont à l’école les modèles
841qu’une valeur éducatrice : s’il n’est pas modèle, il est absurde. Mais où sont à l’école les modèles de ce qu’on nommait a
842otre conception pénitentiaire de l’école. Mais, s’il est des disciplines qui renforcent, il en est d’autres qui amoindriss
843e. Mais, s’il est des disciplines qui renforcent, il en est d’autres qui amoindrissent. La discipline scolaire consiste à
844mmobiles et muets 6 heures par jour durant 8 ans. Il paraît que cela facilite le travail du maître. Il se peut. Tout dépen
845Il paraît que cela facilite le travail du maître. Il se peut. Tout dépend de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il
846end de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légitimer l’énormité de l’effort [p. 29] qu’on deman
847école primaire doit être une école de Démocratie. Ils insistent sur le fait que les leçons d’instruction civique sont insuf
848sont insuffisantes pour former le petit citoyen : il faut que l’enseignement tout entier soit occasion de développer les v
849sme. La culture de l’esprit démocratique telle qu’elle est comprise par les instituteurs — et elle ne peut être comprise aut
850le qu’elle est comprise par les instituteurs — et elle ne peut être comprise autrement — est essentiellement négative. Elle
851omprise autrement — est essentiellement négative. Elle consiste à persécuter ceux qui, en quelque manière que ce soit, voudr
852té que le bon sens m’eût par ailleurs fait voir : il n’y a pas d’égalité réelle possible tant que la loi est la même pour
853ous. Je ne parle pas des manuels d’histoire, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent une image mensongère de l’anc
854s d’histoire, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent une image mensongère de l’ancienne Suisse, à l’usage du peupl
855ole publique. Mais l’idéal de l’école est autre ; il est même tout contraire. On ne peut pas exiger qu’il soit tout de nob
856est même tout contraire. On ne peut pas exiger qu’il soit tout de noblesse, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’étonne
857et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que ridicule et mesquinerie. Il y a là une préméditation de méd
858iver. Déjà la terre a revêtu son blanc manteau. » Elle aura 10 sur 10. Mais on donnera 3 sur 10 à Sylvie pour avoir trouvé :
859era 3 sur 10 à Sylvie pour avoir trouvé : « Quand il neige, c’est comme des petits morceaux de vouate. » Il est évident qu
860ige, c’est comme des petits morceaux de vouate. » Il est évident que Sylvie est supérieure à Victoria dans la mesure où l’
861eut que partout la valeur cède le pas à la règle. Elle cherche à développer chez nos petits Helvètes un légalisme écoeurant 
862thèmes, voire par d’ex-instituteurs. À la vérité, il s’agit de [p. 33] réussites qui, pour avoir enivré l’espoir et enflam
863ents, ne laissent pas que d’être assez spéciales. Il arrive en effet que nos petits futurs grands citoyens ayant accompli
864erse du nombre d’années d’instruction publique qu’ils ont subies. 3.h. Le dilemme J’ai indiqué que les principes de l’ins
865 cette fois à démontrer, ce qui serait facile, qu’ils constituent une inversion méthodique de toutes les lois divines et hu
866éthode d’abâtardissement du peuple. D’autre part, il est aisé de voir que tous ces principes dérivent nécessairement du fa
65 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 4. L’illusion réformiste
867olère pour entreprendre ce travail de démolition. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir l’abondante littérature publ
868incipe de l’instruction publique. Les réformes qu’ils ont proposées jusqu’ici sont en général judicieuses, dictées par le b
869oulu apporter de la science. Mais c’est un art qu’il faudrait. Sinon l’on retombera dans des absurdités. [p. 36] On a cré
870es noms des rues et places de leur ville, comme s’ils étaient tous destinés à la profession de chauffeurs de taxi. Si cette
871de taxi. Si cette conception du pratique prévaut, il est à craindre que l’école nouvelle n’apporte bientôt sa méthode rati
872nt le meilleur parti possible de l’exercice ; car il ne manque à ce système, avouez-le, que [p. 37] juste la spontanéité n
873es exagérations ne sont pas bien graves, parce qu’elles sont comiques précisément. Je ferai à l’école nouvelle un reproche d’
874 l’école nouvelle un reproche d’une autre nature. Elle prétend donner plus de liberté aux enfants en leur rendant le travail
875ant la possibilité de trouver par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’une liberté méthodiquement organ
876i donne à ses ouvriers un second dimanche afin qu’ils consomment deux fois plus de machines. Jeu du chat avec la souris. On
877et plus grave que la brutalité primaire, parce qu’elle n’excite pas de réaction vive de la part des écoliers. Enfin, je n’ai
878pas qu’on traite le gosse comme un organisme dont il s’agit d’obtenir le rendement le plus élevé. On cultive les petits d’
879citoyen. Moi, je voudrais l’enfant tout court. Or il paraît que c’est très dangereux. Néanmoins, je soupçonne dans tous ce
880nce spirituelle. Qui sait ?… En attendant, puisqu’il faut attendre, je salue ces jeunes gens qui appliquent avec ferveur l
881ammes et dont les classes sont de vraies foires ; ils ont toute mon amitié. Cela me permet de leur faire [p. 39] remarquer
882aire [p. 39] remarquer d’autant plus librement qu’ils trahissent le destin profond de l’instruction publique, qu’ils trahis
883t le destin profond de l’instruction publique, qu’ils trahissent leur mission officielle. Ils éduquent de futurs anarchiste
884lique, qu’ils trahissent leur mission officielle. Ils éduquent de futurs anarchistes  8 , bravo ! Mais ce qu’on leur avait
885sse qu’à la faveur de malentendus (si tant est qu’il progresse.) L’école nouvelle n’échappe à l’absurdité primaire qu’à la
66 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 5. La machine à fabriquer des électeurs
886e. Je demande seulement qu’on m’explique pourquoi il triomphe et se perpétue ; de quel droit il nous écrase. La réponse es
887urquoi il triomphe et se perpétue ; de quel droit il nous écrase. La réponse est simple, terriblement simple : du droit de
888n publique et la Démocratie sont sœurs siamoises. Elles sont nées en même temps. Elles ont crû et embelli d’un même mouvement
889t sœurs siamoises. Elles sont nées en même temps. Elles ont crû et embelli d’un même mouvement. Morigéner l’une c’est faire p
890que dit l’une, c’est savoir ce que l’autre pense. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entend
891que l’autre pense. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entends qu’on ne me conteste pas c
892. J’entends qu’on ne me conteste pas cette thèse. Elle est glorifiée dans tous les banquets officiels par des orateurs émus
893uve correspondre à des faits patents et simples ; il serait [p. 41] vraiment dommage de priver ces Messieurs d’une aubaine
894a n’irait pas sans quelque indécence. Et d’abord, il faut pouvoir lire, écrire et compter pour suivre la campagne électora
895, voter et truquer légalement les votes. Ensuite, il faut de l’histoire, et de l’instruction civique, pour qu’on sache à q
896ique, pour qu’on sache à quoi cela rime. Ensuite, il faut une discipline sévère dès l’enfance pour façonner des contribuab
897ur façonner des contribuables inoffensifs. Enfin, il faut un nombre considérable de leçons, et le plus longtemps possible,
898endu. Car dans ce monde-là « tout se paye » comme ils disent avec une satisfaction sordide et mal dissimulée. Certes je ne
899ruction publique aient pleine conscience de ce qu’ils faisaient — et je les excuse pour autant  10 . Je dis simplement ceci
900t ceci : leur œuvre n’a été possible que parce qu’elle était liée aux intérêts de la démocratie. Car il faut bien se représe
901lle était liée aux intérêts de la démocratie. Car il faut bien se représenter qu’elle n’était encore au xviiie siècle qu’
902la démocratie. Car il faut bien se représenter qu’elle n’était encore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il ne se
903ore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il ne serait guère plus fou de proposer aujourd’hui qu’on répande univer
904u saxophone ou de la balalaïka. Soyez certains qu’il ne manque à cette plaisanterie, pour prendre corps, que l’appui intér
905e notre instrument de progrès par excellence. Car il n’est qu’une explication [p. 43] vraisemblable de cette incurie : l’é
906emen et rendait des tommies. La machine scolaire, elle, dévore des enfants tout vifs et rend des citoyens à l’œil torve. Dur
907orme scolaire, politiquement, n’est pas rentable. Il est clair que si le but principal de l’instruction publique était d’é
908r l’heure une véritable révolution scolaire ; car il ne faudrait pas moins pour que l’école rattrape l’époque… Mais les go
909ape l’époque… Mais les gouvernements savent ce qu’ils font. Tout se tient, comme vous dites, sans doute pour m’ôter l’envie
910 peuple souffrent moins d’un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aussi sensible. Mais attendez,
911 attendez, si quelques-uns allaient se réveiller… Il suffit d’un peu de chaleur d’âme pour amorcer le dégel de ces princip
912 être le signal de la grande débâcle printanière. Il n’y a pas de révolution véritable que de la sensibilité. (Le jour où
913 où l’on culbutera ces Messieurs de leurs sièges, ils comprendront le sens des images.) p. 41 9. J’emploie ce mot au
67 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 6. La trahison de l’instruction publique
914 venons de le voir, son unique moyen de parvenir. Elle participe donc sur une vaste échelle à cette « Trahison des clercs »
915oque paiera cher ce crime contre la civilisation. Elle ne croit plus qu’au péché contre les lois sociales, eh bien ! elle ap
916s qu’au péché contre les lois sociales, eh bien ! elle apprendra que le seul péché qui n’a pas de pardon, c’est le péché con
917n, c’est le péché contre l’Esprit. Aujourd’hui qu’il suffit d’un peu de bon sens et d’information pour jouer au prophète,
918cole prétend ouvertement nous éduquer. D’ailleurs elle y est obligée dans la mesure où elle réalise son ambition : soustrair
919. D’ailleurs elle y est obligée dans la mesure où elle réalise son ambition : soustraire les enfants à l’Église et à la fami
920l’École radicale ne peut pas être idéaliste : car elle deviendrait un danger pour le désordre établi. L’idéalisme est forcém
921est l’aspect négatif de sa trahison — mais encore elle tend à développer tout ce qu’il y a de spécifiquement malfaisant dans
922alfaisant dans l’esprit moderne. C’est sa façon à elle de répondre aux besoins de l’époque. Pauvre époque ! On parle sans ce
923uvre époque ! On parle sans cesse de ses besoins. Il est vrai qu’elle est anormalement insatiable… Je [p. 48] crois qu’ell
924n parle sans cesse de ses besoins. Il est vrai qu’elle est anormalement insatiable… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout besoi
925 est anormalement insatiable… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout besoin d’une purge violente qui chasse ce ver solitaire du
926t précisément d’échapper à cette organisation. Or il semble bien que nous en soyons-là, s’il faut en croire les signes de
927ation. Or il semble bien que nous en soyons-là, s’il faut en croire les signes de révolte qui apparaissent de toutes parts
928nne les germes d’une renaissance de l’esprit dont elle devrait être la mère. Elle favorise le culte exclusif de l’utile, l’i
929sance de l’esprit dont elle devrait être la mère. Elle favorise le culte exclusif de l’utile, l’incompréhension brutale de l
930lles, l’habitude de l’ersatz et du travail bâclé. Elle apprend à lire pour lire les journaux, mais en même temps que cette d
931es journaux, mais en même temps que cette drogue, elle devrait fournir son contrepoison. Au contraire, elle prépare des escl
932e devrait fournir son contrepoison. Au contraire, elle prépare des esclaves du mot. Il est clair, par exemple, que seules le
933. Au contraire, elle prépare des esclaves du mot. Il est clair, par exemple, que seules les victimes de l’instruction helv
934de travaux forcés. L’école donne à l’enfant ce qu’il faut pour se résigner à l’état de citoyen bagnard auquel il est promi
935ur se résigner à l’état de citoyen bagnard auquel il est promis. Mais elle tue tout ce qui lui donnerait l’envie de se lib
936tat de citoyen bagnard auquel il est promis. Mais elle tue tout ce qui lui donnerait l’envie de se libérer — et peut-être le
937fais le procès de la bêtise humaine qu’en tant qu’elle est cultivée par l’État), l’École, après avoir entraîné l’âme moderne
938y enferme et l’y laisse crever de faim. Par ce qu’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle enseigne à connaître,
939u’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle enseigne à connaître, elle constitue la plus grande force anti-religi
940ien plus que par ce qu’elle enseigne à connaître, elle constitue la plus grande force anti-religieuse de ce temps. L’instruc
941 au sortir de l’école primaire, arrive trop tard. Elle sème dans un terrain que l’instituteur a méthodiquement desséché.  
68 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 7. L’instruction publique contre le progrès
942 qui a meilleure façon que le reste, pensez-vous. Il faut avouer qu’avec ce je ne sais quoi de déclamatoire, de… journalis
943ir inventé un instrument de progrès : encore faut-il le mettre en marche. Et où le conduire ? Il y a beaucoup de routes, m
944de six ans, à ne se point poser de questions dont ils n’aient appris par cœur la réponse. Regardez un écolier préparer ses
945un écolier préparer ses devoirs, c’est frappant : il apprend les questions aussi bien que les réponses. J’avoue que je tro
946rt : avoir obtenu un conformisme de la curiosité. Il est vrai qu’il ne fallait pas moins pour assurer la sécurité d’un rég
947nu un conformisme de la curiosité. Il est vrai qu’il ne fallait pas moins pour assurer la sécurité d’un régime établi dans
948ue est une puissance conservatrice. — Pas moins ! Elle est destinée à légitimer par la force de l’inertie et à perpétuer méc
949e réaction collaborent à leur manière au progrès, elles corrigent, stimulent, vivifient. L’École se contente d’être figée. Es
950’instruction publique, limite l’homme au citoyen. Il s’agit donc de dépasser le citoyen, de retrouver l’homme tout entier.
951z le dire, est un ramassis de lieux communs. Mais il s’en faut, hélas, de beaucoup pour que la majorité des électeurs les
952depuis longtemps à ces idées anti-démocratiques : il est temps qu’elles débordent ce cercle étroit et distingué. Il y a de
953 à ces idées anti-démocratiques : il est temps qu’elles débordent ce cercle étroit et distingué. Il y a de grands balayages à
954mportera toutes ces statistiques et ces journaux, il en restera toujours assez pour allumer des feux de joie, etc. Bon. Su
955notion de démocratie, vous trouverez bien vite qu’elle repose sur des postulats rationalistes. En vérité, démocratie et rati
956ique, l’autre intellectuel, d’une même mentalité. Elle s’est développée au xviiie dans l’aristocratie qui n’y voyait qu’un
957ie qui n’y voyait qu’un jeu. Durant tout le xixe elle est descendue dans la bourgeoisie et dans le peuple ; elle y est deve
958descendue dans la bourgeoisie et dans le peuple ; elle y est devenue une tyrannie. Avant il y avait la Raison et les sentime
959s empêche de devenir autre chose que des utopies. Il s’agit donc en premier lieu de le démasquer et de le pourchasser dans
960première tâche constitue un programme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à d
961 lui, calculables, chiffrables. Dans la mesure où il y parvient, il tue les existences particulières, ou bien c’est qu’ell
962es, chiffrables. Dans la mesure où il y parvient, il tue les existences particulières, ou bien c’est qu’elles sont déjà mo
963ue les existences particulières, ou bien c’est qu’elles sont déjà mortes. Mais le temps vient où elles renaîtront à une vie n
964qu’elles sont déjà mortes. Mais le temps vient où elles renaîtront à une vie nouvelle et plus complète, à un degré supérieur
965 vous voir demander à un sujet de Louis XIV ce qu’il concevait à la place de la [p. 56] royauté absolue. Il eût fallu cert
966ncevait à la place de la [p. 56] royauté absolue. Il eût fallu certes une imagination prodigieuse au dit sujet pour se rep
967seau, à la veille de la Révolution, soupçonnaient-ils que la république qu’ils appelaient serait livrée cent ans plus tard
968évolution, soupçonnaient-ils que la république qu’ils appelaient serait livrée cent ans plus tard à peine à la folie démocr
69 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Appendice. Utopie
969là bien ce que l’École empêche même de concevoir. Elle cultive ce qu’il y a d’anti-irrationnel dans la nature de l’homme. El
970y a d’anti-irrationnel dans la nature de l’homme. Elle punit froidement la spontanéité et l’invention. Elle dénature le sens
971e punit froidement la spontanéité et l’invention. Elle dénature le sens de la liberté. Elle détruit tout ce qui permettait d
972l’invention. Elle dénature le sens de la liberté. Elle détruit tout ce qui permettait d’échapper à la mécanique. Bref, elle
973e qui permettait d’échapper à la mécanique. Bref, elle perpétue ce manque [p. 58] d’imagination dont les conséquences seront
974e grandeur supérieure à la somme de ses éléments. Il n’engendre pas, il ajuste. Quand nous aurons épuisé toutes les combin
975re à la somme de ses éléments. Il n’engendre pas, il ajuste. Quand nous aurons épuisé toutes les combinaisons de vitesse e
976uction publique. Cela promet des grabuges inouïs. Il ne tient peut-être qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en
977e d’une civilisation aux ordres de l’Esprit. Mais il faudrait que dès maintenant se constituent ces élites et cela ne se p
978uve être dans une certaine mesure un anarchiste s’il défend son opinion de toutes ses forces. Mais c’est un anarchiste de
979être qui ignore le réel. C’est justement parce qu’il le connaît mieux qu’eux qu’il y a vu des fissures et des possibilités
980 celui qui ne se résigne à aucun état des choses. Il est pour le « mieux » contre le « bien ». Sans lui l’humanité s’avach
981Sans lui l’humanité s’avachirait totalement. Mais il est dans l’ordre qu’elle beugle longuement tout en le suivant. Que fa
982vachirait totalement. Mais il est dans l’ordre qu’elle beugle longuement tout en le suivant. Que faire, diront les gens de b
983r l’esprit le plus dangereusement plat qui soit. (Il est plus que plat : il est creux.) Si beaucoup de personnes répondent
984ereusement plat qui soit. (Il est plus que plat : il est creux.) Si beaucoup de personnes répondent oui, cela finira par c
985nion. Et l’opinion publique mène le monde, paraît-il. À ce propos : que les journalistes s’engagent désormais à ne publier
986ne perce leur mépris pour l’instruction publique. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent à propos de n’importe quoi, comme on s
987ur l’instruction publique. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent à propos de n’importe quoi, comme on sait, et ils auraient là
988ent à propos de n’importe quoi, comme on sait, et ils auraient là l’occasion de racheter bien des choses. Ce n’est rien de
989d’une réforme suffisante. C’est une révolution qu’il faut. Alors, supprimer les écoles, raser les collèges, renvoyer les i
990ire et on lui bourre le crâne pour l’en empêcher. Il s’agit de lui faire [p. 61] comprendre que l’école est le plus gros o
991Et c’est cela, préparer le terrain. D’autre part, il faut partir de ce qui est. Mais comment retourner contre l’ennemi ses
992es mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les Orientaux appellent Yoga cette culture
993hnique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les Orientaux appellent Yoga cette culture des facultés physi
994 tirait des conclusions immédiates, non seulement il serait sauvé du désastre, mais il recouvrerait la domination du monde
995, non seulement il serait sauvé du désastre, mais il recouvrerait la domination du monde  16 et non plus en barbare cette
996nt à des exercices de contrôle de la respiration. Il ne s’agit nullement de cela. Nous ne sommes pas aux Indes, je vous ju
997ussi pratique son Yoga à lui : toutes les fois qu’il veut obtenir une grande intensité avec un minimum de moyens. J’en cit
998. Le parallèle peut être poussé dans les détails. Il s’agit bien d’un geste identique, exécuté dans deux plans différents.
999 bien dangereux et impopulaires. Tout comme ce qu’ils désignent d’ailleurs. Tant mieux. Il y a beaucoup de gens qui ne peuv
1000 pensée au garde-à-vous durant quelques instants, il s’épargnerait de longs énervements. Il n’y a pas là de quoi se tordre
1001 instants, il s’épargnerait de longs énervements. Il n’y a pas là de quoi se tordre. Car tout cela nous donnerait des anné
1002 la regarder. De faire connaissance. Je ne sais s’il est très exagéré de dire que tout homme gagnerait à posséder une plus
1003 que devrait s’employer l’école. Nous avons vu qu’elle préfère les étouffer. Cependant, je ne crois pas qu’il soit bon que t
1004éfère les étouffer. Cependant, je ne crois pas qu’il soit bon que tous [p. 64] progressent de la même manière. Dans un sys
1005 se légitimeraient du même coup ; car sur ce plan elles ne font que traduire la diversité des besoins individuels. Méditez un
1006coup. La valeur vaut mieux que le nombre parce qu’elle le contient en puissance. Et c’est pourquoi l’aristocratie de l’espri
1007fera sans vous. Déjà revient le temps des mages : ils comprennent les théories d’Einstein, ils composent de la poésie pure,
1008 mages : ils comprennent les théories d’Einstein, ils composent de la poésie pure, ils mesurent des sensibilités secondes e
1009ries d’Einstein, ils composent de la poésie pure, ils mesurent des sensibilités secondes et tout un arc-en-ciel de sentimen
1010a force des choses et de l’Esprit, l’homme sera-t-il sauvé de sa folie démocratique ?   AREUSE, 26 décembre 1928 — 10 jan
1011ue n’importe qui juge et contrôle n’importe quoi, il faut bien inventer des dessous pour redonner quelque saveur à ses jug
1012e vous attaquez est pourtant un très brave homme, il fait partie du conseil de la paroisse, et… » — Il semble qu’en attaqu
1013il fait partie du conseil de la paroisse, et… » — Il semble qu’en attaquant ses idées et leurs réalisations on ait porté a
1014pas tous les instituteurs pour gibier de potence. Ils font beaucoup de mal, mais ils sont les premières victimes d’un systè
1015gibier de potence. Ils font beaucoup de mal, mais ils sont les premières victimes d’un système qu’ils propagent et qui les
1016s ils sont les premières victimes d’un système qu’ils propagent et qui les fait vivre. La question se complique dès que l’i
1017ur prend conscience de la nocivité de son action… Ils sont consciencieux, certes, mais sont-ils dans la même mesure conscie
1018action… Ils sont consciencieux, certes, mais sont-ils dans la même mesure conscients des fins qu’on assigne à leur activité
1019uiconque a une foi et la conscience de cette foi, il n’est d’enseignement véritable que religieux. Mais les questions conf
70 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Sherwood Anderson, Mon père et moi et Je suis un homme (janvier 1929)
1020i raconte sa vie avec une émouvante simplicité et il faudrait avoir la grossièreté de lui répondre d’un air connaisseur qu
1021au sérieux que j’ai été bien étonné du passage où il rappelle qu’il écrit la vie d’un homme de lettres. En réalité, on ne
1022j’ai été bien étonné du passage où il rappelle qu’il écrit la vie d’un homme de lettres. En réalité, on ne le voit pas enc
1023 sous cet aspect dans ces deux premiers tomes, où il décrit des scènes de son enfance et de sa jeunesse comme ouvrier. L’a
1024nt dans notre maison. Voici un de ces passages où il sait être, avec sa verve doucement comique, si émouvant : « À cette é
1025mme ou d’une femme quelconque, et disais “houu !” il ou elle se secouerait enfin, que moi aussi je me secouerais, et que n
1026 d’une femme quelconque, et disais “houu !” il ou elle se secouerait enfin, que moi aussi je me secouerais, et que nous nous
1027 la standardization à sa fin logique, ne pourrait-il pas être considéré un jour comme le grand tueur de son époque ? Rendr
71 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Saisir (juin 1929)
1028re de poèmes est comme une initiation au silence. Il faut s’en approcher avec une douceur patiente, et le laisser créer en
1029rticulier avant d’entendre les signes [p. 763] qu’il nous propose. Une telle poésie n’offre aux sens que peu d’images (à p
1030 sur la nuance mate d’un paravent chinois). Ce qu’elle décrit, ce sont des perceptions de l’âme plus que de l’esprit ou des
1031ue dans le silence « aux yeux gelés de rêverie », il se confond avec l’ombre du monde. Et l’âme peut enfin « saisir » dans
1032nfin « saisir » dans leur réalité les choses dont elle s’est dégagée et qu’elle voit dans une autre lumière : « Tout semblai
1033 réalité les choses dont elle s’est dégagée et qu’elle voit dans une autre lumière : « Tout semblait vivre au fond d’un insi
1034ntiel de la poésie ? Toute poésie véritable n’est-elle pas proprement « saisissante » ? Mais le plus émouvant, c’est ici l’a
72 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cassou, La Clef des songes (août 1929)
1035 fait rencontrer des êtres bizarres avec lesquels il n’hésite pas à faire un bout de chemin, Hans le gardeur d’oies, le gu
1036 des bonheurs qui signifient plus de désespoir qu’ils ne s’en doutent… C’est un dévergondage sentimental, plein de malices
1037e malices et d’envies de pleurer. Quel dommage qu’il s’égare parfois dans les maisons des grands bourgeois, où tout, souda
1038t tendre que prennent les hommes en liberté. Mais ils ne sont jamais méchants, et seulement aux dernières pages du livre, u
73 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Rolland de Renéville, Rimbaud le voyant (août 1929)
103929) ba À lire ce petit livre et le parallèle qu’il établit entre la Yoga bb telle que l’enseignaient les Upanishads et
1040a tentative poétique de Rimbaud, l’on s’étonne qu’il ait fallu plus d’un demi-siècle pour qu’une telle interprétation voie
1041 voyance de Rimbaud — est une de ces évidences qu’il est bon de proposer à la réflexion de notre temps, ne fût-ce que pour
1042uvre de Rimbaud. [p. 251] Regrettons seulement qu’il n’élargisse pas plus une question aussi centrale — qui est, si l’on v
1043e à l’état sauvage », un catholique qui s’ignore, il n’est pas plus admissible d’inférer du mépris de Rimbaud pour le cath
74 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Julien Benda, La Fin de l’Éternel (novembre 1929)
1044ébat où les voix les mieux écoutées ont dit ce qu’elles avaient à dire. Et d’autre part, les lecteurs de cette revue connaiss
1045e me sens bien plus près de M. Gabriel Marcel, qu’il attaque. (M. Benda trahit à son tour quand il tire argument contre un
1046 qu’il attaque. (M. Benda trahit à son tour quand il tire argument contre une thèse de M. Marcel de ce qu’elle « mène loin
1047e argument contre une thèse de M. Marcel de ce qu’elle « mène loin… dans l’ordre moral ». Et quand cela serait ! dirons-nous
1048vieux que le monde. Mais M. Benda distinguera, et ils seront confondus. Car il y a un sophiste en M. Benda, un polémiste qu
1049 qui joue de la raison ratiocinante tout comme si elle n’était pas le contraire de la Raison de Spinoza. Nul mieux que lui n
1050gênante que soit souvent son adresse de logicien, elle ne doit pas nous masquer l’audace tranquille et admirable de son poin
1051u’on lui demande l’impossible. Et quand bien même elle croirait n’en avoir plus besoin. Cet extrémisme de la pensée intempor
1052. Mais ces affirmations sont exactement celles qu’il fallait attendre de ces auteurs. Ce qu’on ne viendra pas disputer à M
75 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). « Belles-Lettres, c’est la clé des champs… » (janvier 1929)
1053perdu toute foi ne connaîtront pas de pardon. Car ils ont vu, et s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils sont foncièrement mauvai
1054e connaîtront pas de pardon. Car ils ont vu, et s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils sont foncièrement mauvais.) 6. Peu de cho
1055 Car ils ont vu, et s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils sont foncièrement mauvais.) 6. Peu de choses dans le monde moderne on
1056r à l’Éternel et à Satan pareillement. Et ceux qu’elle enivre entrent en état de grâce ou de blasphème, selon. Mais ce qui i
76 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Prison. Ailleurs. Étoile de jour (mars 1929)
1057vous ne laissiez le gage aux plaintes de mon cœur il est d’autres rivages où mieux qu’ici l’on meurt. [p. 170] Étoile de
1058ux qu’ici l’on meurt. [p. 170] Étoile de jour Il naissait à son destin des rayons glissent et rient c’est la caresse d
77 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Souvenirs d’enfance et de jeunesse, par Philippe Godet (avril 1929)
1059ître et que cela n’a point stérilisé : sa nature, il est vrai, s’y prêtait, peu complexe et comme réduite à deux dimension
1060it critique fort alerte. Jugez-en à la façon dont il parle de « ses quelques succès, si disproportionnés avec son mérite »
1061es succès, si disproportionnés avec son mérite ». Il ajoute : « j’ai eu la chance de discerner très jeune, avec une clairv
78 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’ordre social. Le Libéralisme. L’inspiration (novembre 1929)
1062une fois un jeune homme comme les autres. Soudain il lui pousse des ailes, une grande paire d’ailes. Allait-on s’émerveill
1063inrent lui dire ses amis, — l’orgueil t’aveugle-t-il ? Veux-tu conserver, ô cruel, des ailes qui donnent des rhumes à ton
1064ids de cette accusation, comment ne point céder : il fit couper ses ailes. On le félicita de son retour à l’état normal, q
1065e. Mais à partir de ce jour, on lui fit sentir qu’il était devenu beaucoup moins intéressant. ⁂ Celui qui a des ailes ser
1066, mais celui qui n’en a pas sera méprisé parce qu’il n’en a pas. [p. 26] Le libéralisme Seigneur ! clamaient-ils, combi
1067s. [p. 26] Le libéralisme Seigneur ! clamaient-ils, combien complexes sont les problèmes que vous proposez à notre bonne
1068nt la Démocratie outragée, les autres disaient qu’il n’y a plus de morale, et ces jeunes gens ont une façon de trancher le
1069rti, l’ange trouva son salut dans un subterfuge : il insinua qu’il parlait au nom d’une secte orientale. Aussitôt la discu
1070ouva son salut dans un subterfuge : il insinua qu’il parlait au nom d’une secte orientale. Aussitôt la discussion de repre
1071ur la nature de l’inspiration, un doute lui vint. Il alla au cinéma. On donnait un film voluptueux. Il aima l’héroïne, mai
1072Il alla au cinéma. On donnait un film voluptueux. Il aima l’héroïne, mais sans espoir. Il lui écrivit, en sortant de là, d
1073 voluptueux. Il aima l’héroïne, mais sans espoir. Il lui écrivit, en sortant de là, dans une crèmerie pleine de couples à
1074rie pleine de couples à la mode. Mais en écrivant il pensait à une femme blonde assise près de lui. Ayant demandé un timbr
1075l’attention de la femme blonde — sans résultat —, il écrivit une adresse réelle, et mit la lettre dans la première boîte v
1076ettre dans la première boîte venue. Le lendemain, il reçut une réponse : « Vous avez commis une erreur, cher ami, mais bie
1077uivre. Alexandrine un jour m’a laissé entendre qu’elle vous aime. Elle attend votre lettre depuis des mois. Je pense que ces
1078ne un jour m’a laissé entendre qu’elle vous aime. Elle attend votre lettre depuis des mois. Je pense que ces lignes vous tro
79 1930, Foi et Vie, articles (1928–1977). « Pour un humanisme nouveau » [Réponse à une enquête] (1930)
1079a le xixe . On le laissa installer ses machines : elles avaient l’air de grands joujoux ; et l’on continua d’apprendre rosa :
1080in. La composante matérielle vient de l’emporter. Elle est en passe de gauchir notre civilisation à tel point que l’homme, a
1081à tel point que l’homme, affolé, soudain, doute s’il est encore maître de la redresser. C’est qu’il n’y a plus d’humanisme
1082 s’il est encore maître de la redresser. C’est qu’il n’y a plus d’humanisme, s’il subsiste des humanités. L’humanisme est
1083 redresser. C’est qu’il n’y a plus d’humanisme, s’il subsiste des humanités. L’humanisme est compromis virtuellement dès l
1084eine libérée, demande la tête de la métaphysique. Elle n’entend que ses intérêts. Elle eut naguère des insolences d’affranch
1085 la métaphysique. Elle n’entend que ses intérêts. Elle eut naguère des insolences d’affranchi, dont les philosophes demeuren
1086eprise par certains philosophes des sciences fait-elle songer à l’activité de cet espion anglais qui parvint durant la guerr
1087s sentons leurs lois peser sur notre vie : s’agit-il d’enrayer la science ? Non, mais que l’esprit qui l’a créée, la surpa
1088ais, participant de notre volonté et de la grâce, ils échappent à cette fatalité qui est le signe du monde matériel. [p. 2
1089rieure à n’importe quel dogme. Je ne crois pas qu’il existe d’autres facultés capables d’équilibrer en nous l’esprit de gé
1090par des rêves. Et je ne vois rien d’autre. Quoiqu’il en soit d’ailleurs du contenu d’un nouvel humanisme, il est assez ais
1091soit d’ailleurs du contenu d’un nouvel humanisme, il est assez aisé de prévoir et de décrire une tentation qui le guette e
1092elle de créer un modèle de l’homme. Peut-être a-t-il existé un modèle gréco-latin, un canon de l’âme aussi bien que du cor
1093 ce mythe ait animé l’humanisme de nos humanités. Il est certain qu’il a perdu son ascendant. D’ailleurs son pouvoir, s’il
1094é l’humanisme de nos humanités. Il est certain qu’il a perdu son ascendant. D’ailleurs son pouvoir, s’il en eut, ne s’éten
1095 a perdu son ascendant. D’ailleurs son pouvoir, s’il en eut, ne s’étendit guère au-delà des limites du monde roman. Le typ
1096Le christianisme en connaît un, depuis toujours : il le nomme péché.) Tous les modèles que l’homme se propose ont ceci d’i
1097ue l’homme se propose ont ceci d’insuffisant : qu’ils peuvent être atteints. Mais ce qui parfait la stature de l’homme, c’e
1098nt. L’homme ne se comprend lui-même qu’en tant qu’il « passe l’homme » et participe, en esprit, d’un ordre transcendental.
1099un dieu. N’attendons pas d’un nouvel humanisme qu’il nous [p. 245] désigne un but, ni même une direction : il y réussirait
1100 [p. 245] désigne un but, ni même une direction : il y réussirait trop aisément. Ce qui manque à l’homme moderne, c’est un
1101lles. Nous avons inventé trop d’êtres inhumains : ils nous menacent et nous empêchent de voir encore le surhumain. Être vér
1102uil » : et qu’irions-nous lui demander de plus, s’il laisse en blanc la place de Dieu. Mais où trouver les lévites assez p
80 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henri Michaux, Mes propriétés (mars 1930)
1103énètre dans la poésie, vous lirez Mes Propriétés. Il se peut que vous les trouviez médiocrement riantes, au premier coup d
1104ne court bientôt le risque de s’imiter soi-même : il semble au contraire qu’Henry Michaux, en se cantonnant franchement da
1105étés, y découvre sans cesse de nouvelles sources. Il défriche et il fabrique, soit qu’il se décrive comme un lieu de mirac
1106e sans cesse de nouvelles sources. Il défriche et il fabrique, soit qu’il se décrive comme un lieu de miracles le plus sou
1107lles sources. Il défriche et il fabrique, soit qu’il se décrive comme un lieu de miracles le plus souvent malencontreux, o
1108 de miracles le plus souvent malencontreux, ou qu’il invente des animaux dont la complexité ne le cède en rien à celle de
1109 rien à celle de l’introspection la plus poussée. Il invente aussi des mots et en fait de courts poèmes d’une divertissant
1110son gré. Seule compte la réalité intérieure, mais elle apparaît toujours sous forme d’objets. Ce comique triste, ces imagina
81 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Kikou Yamata, Saisons suisses (mars 1930)
1111, Saisons suisses (mars 1930) be Peut-être faut-il venir du Japon pour accueillir du premier regard, dans un matin plein
1112 les roseaux d’une baie ses poules d’eaux noires. Il y fallait cette féminité ingénue et précieuse, toujours prête à épous
1113épouser tout le sensible d’un paysage pour peu qu’elle y découvre une secrète parenté de l’âme. Kikou Yamata peint la Suisse
82 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Jullien du Breuil, Kate (avril 1930)
1114lien du Breuil. L’intérêt de ce genre de livres — ils se multiplient — vient, à mon sens, de quelque chose qu’ils expriment
1115tiplient — vient, à mon sens, de quelque chose qu’ils expriment sans doute inconsciemment et qui n’est rien de moins qu’une
1116s qu’une conception nouvelle de l’amour-passion : il apparaît ici sous la forme d’une obsession physique, parée d’une sort
83 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Pierre-Quint, Le Comte de Lautréamont et Dieu (septembre 1930)
1117 On ne sait presque rien de Lautréamont, sinon qu’il s’appelait Isidore Ducasse et qu’il composa vers sa vingtième année u
1118ont, sinon qu’il s’appelait Isidore Ducasse et qu’il composa vers sa vingtième année un vaste poème en prose intitulé Les
1119 influence fut « quasi nulle », et peut-être va-t-il rentrer dans l’ombre après avoir été pendant quelques années l’idole
1120emarquable de netteté et souvent, d’indépendance. Il dégage le sujet de l’épopée qu’est Maldoror — la révolte de l’homme c
1121 — la révolte de l’homme contre son Créateur — et il analyse les principaux thèmes de l’œuvre avec une intelligence que l’
1122s parodier, les grands thèmes du romantisme. Mais il les a poussés à un paroxysme verbal qui induit à croire qu’il les sen
1123ssés à un paroxysme verbal qui induit à croire qu’il les sentait moins profondément que ses devanciers. Son sadisme n’est
1124que a dominé son sujet. Mais pourquoi se refuse-t-il à tirer de ces remarques fort justes les conclusions qu’elles [p. 400
1125r de ces remarques fort justes les conclusions qu’elles [p. 400] nécessitent ? Celle-ci, entre autres, que Lautréamont ne va
1126 un Dieu pour rire que Rimbaud est aux prises, et il n’a cure de cette littérature que Ducasse s’épuise à parodier.) Il se
1127tte littérature que Ducasse s’épuise à parodier.) Il semble qu’ici M. Pierre-Quint, malgré la liberté d’esprit dont il tém
1128 M. Pierre-Quint, malgré la liberté d’esprit dont il témoigne en maint endroit, se soit laissé quelque peu impressionner p
1129ui s’y sont trompés. M. Gide déclarait naguère qu’il fallait voir en Lautréamont « le maître des écluses pour la littératu
1130éraire » et des révoltes au hasard d’un Maldoror. Elle demande une pensée forte et orientée plutôt que ces éclats de voix sa
1131nt à l’orthodoxie instaurée par les surréalistes, elle appelle notre impertinence. Nous adorons ailleurs. p. 399 bg.
84 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Voyage en Hongrie I (octobre 1930)
1132r ? Le pont est encombré de jambes de dormeuses ; il faudrait réveiller tant de beautés redoutables pour atteindre la dern
1133êt le plus singulier pour ce château sur la rive, ils en ont tant vu ! Ils aiment mieux me faire honte de mon visage gris ;
1134pour ce château sur la rive, ils en ont tant vu ! Ils aiment mieux me faire honte de mon visage gris ; leurs yeux stupides
1135 fatigué, je vais au lit… » C’était au vestiaire, il enfilait une manche de pardessus, me donnait l’autre à serrer, la mai
1136roise éveille un vagabond angoissé, bienheureux : il se lève, il reconnaît son rêve. Huit heures aux clochers de la capita
1137e un vagabond angoissé, bienheureux : il se lève, il reconnaît son rêve. Huit heures aux clochers de la capitale qui s’ava
1138 malheur ; moi, non. Barnabooth savait bien ce qu’il ne pouvait perdre, et c’était sa fortune, Peter Schlemihl savait ce q
1139 c’était sa fortune, Peter Schlemihl savait ce qu’il avait perdu, c’était son ombre. Mais moi qui cherche un Objet Inconnu
1140 montrerons notre Hongrie, ou tout au moins ce qu’il en reste. Sur quoi l’on m’entraîna dans un musée sans sièges. Le Musé
1141orgione, ce « Portrait d’un homme » devant lequel il faut se taire pour écouter ce qu’il entend. 3. Au tombeau de Gül-Ba
1142devant lequel il faut se taire pour écouter ce qu’il entend. 3. Au tombeau de Gül-Baba Dans Bude il y a des ruelles qui
1143 Mais dès le lendemain, m’échappant du programme, il a bien fallu que je recherche le chemin du Rozsadomb. « Vous n’y verr
1144s psychologues appellent une conduite magique. Or il est délicieux de réaliser une idée fixe injustifiable : c’est le plai
1145r peu élevée, à demi recouverte de rosiers, et qu’il paraît impossible de situer dans l’ensemble des constructions. C’est
1146s musulman qui ait fait parler de lui en Hongrie. Il s’appelait en vérité Kehi-Baba, ce qui signifie le Prophète Chauve. L
1147le Père des Roses. Moyennant cette naturalisation il continue de protéger la ville (en collaboration avec saint Gellert, d
1148uiétant à la façon de certains regards lucides qu’il arrive qu’on porte sur la vie, tout d’un coup, à trois heures de l’ap
1149e intransigeant serait la seule conduite féconde. Il me semble que la servitude de l’homme moderne apparaît ici sous un as
1150sentiment… C'est que vous êtes déjà bien malade. Il perd le sentiment, disait-on, du temps que l’on parlait français. J'e
1151u temps à perdre ! » s’écrie le lecteur, et comme il est, lui, de l’autre école, il referme ces pages et vaque à ses devoi
1152 lecteur, et comme il est, lui, de l’autre école, il referme ces pages et vaque à ses devoirs. Nous voici plus à l’aise. E
1153emps, si toutefois perdre conserve ici le sens qu’il [p. 411] a pris dans ce monde, — j’entends : leur monde, avec leurs «
1154cher mon bien de midi à quatorze heures, temps qu’ils réservent à la mastication, entre deux séries d’heures de travail con
1155ongrie l’on est assailli par le pittoresque, mais il s’agit de le déjouer au moyen de toutes sortes de ruses et de sceptic
1156ue, aux grandes lignes verticales peinturlurées — elle n’a rien d’étrange, si l’on songe que nous sommes en Hongrie. Et ce n
1157icroscopique, moralement microscopique. [p. 412] (Il a tellement l’air de rien que nous sommes presque excusables de ne le
1158n populaire et regardent tristement les lumières. Il y en a aussi qui se réchauffent sur les degrés du poêle, celles-là ne
1159degrés du poêle, celles-là ne chantant pas. Parmi elles, des tziganes, dont l’une affreusement belle dans un peignoir noir et
1160e. 6. Doutes sur la nature du Sujet Je crois qu’il faut que je raconte mon voyage « à la suite », renonçant à écrire d’a
1161 un vrai cadeau. Si le conteur ment, — pendant qu’il y est, il ferait mieux de choisir un autre pays que la Hongrie archi-
1162adeau. Si le conteur ment, — pendant qu’il y est, il ferait mieux de choisir un autre pays que la Hongrie archi-connue, — 
1163mentales plus que documentaires, peut-être serait-il bon que je parsème ce texte de quelques noms impossibles et de beauco
1164est symboliquement vide. Quant à l’arbre de Noël, il ne devait à nulle pendeloque insolite l’étrangeté de son éclat. Alors
1165ges, à Bude, est une place vraiment royale. Vide, elle prend toute sa hauteur. Silencieuse, solennelle de nudité, entre le P
1166nne de saint Étienne. Auprès du porche du Palais, ils n’étaient guère qu’une centaine de curieux, et quelques gardes. Trave
1167Mon voisin qui a la tête de François-Joseph, dont il fut peut-être valet, nomme à leur passage les Karolyi, les Festetics,
1168, pères et fils, revêtus des couleurs familiales. Ils se tiennent très droits, appuyés sur leurs sabres d’or recourbés dont
1169 quelle gravité parmi les spectateurs. Reliques ? Elles conservent du moins toute leur efficace. Voici le Prince Primat, les
1170llez demander raison à vos hôtes de la façon dont ils traitaient, au temps de leur puissance, les allogènes infiltrés dans
1171d de l’antiquité d’une civilisation ; [p. 416] qu’il s’agit ici de valeurs ; que si les populations des régions perdues ét
1172norité hongroise y comptait cependant pour plus ; elle était seule active et créatrice. Le reste : des porteurs d’eau… Dans
1173arguments de « droit » qui autorisèrent ce chaos. Il lui reste sa foi en la grandeur éternelle de la Hongrie — intemporell
1174 que les Hongrois n’ont pas perdu le sentiment qu’ils sont en scandale au monde moderne. Voilà ce qu’on ne dit pas dans les
1175Budapest, témoignent des espérances démesurées qu’il sut entretenir autour d’une action certes méritoire, mais plus symbol
1176e. C’est dans l’ordre des choses, et l’on sait qu’il suffit de très peu de sel pour rendre mangeables beaucoup de nouilles
1177nouilles. Mais voici, par exemple, [p. 418] ce qu’il faudrait essayer d’obtenir : que la grande majorité des gens ne devie
1178ajorité des gens ne deviennent pas enragés dès qu’ils perçoivent de la poésie dans l’air. Espoir sans doute chimérique, mai
1179lle destinée à remplir les revues bien pensantes. Elle traite de sujets « bien hongrois » dans un style académique qui me pa
1180file. Des amis m’emmènent le voir à Esztergóm, où il passe ses étés. Esztergóm est la plus vieille capitale de la Hongrie.
1181s sur son large front, belle carrure ruisselante, il nous sourit, dans l’eau jusqu’à mi-corps, mythologique. Nous sortons
1182 vins dorés et doux que nous verse Ilonka Babits (elle est aussi poète, et très belle), nous inscrivons nos noms au charbon
1183gyai fouille la plaine à la longue-vue et rêve qu’il y est, je grimpe au cerisier sauvage, derrière la maison, un peintre
1184ntre tout en blanc arrive par les vignes, ah ! qu’il fait beau temps, l’horizon est aussi lointain qu’on l’imagine, tout a
85 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hölderlin, La Mort d’Empédocle et Poèmes de la folie (octobre 1930)
1185ont paru simultanément, et l’on annonce Hypérion. Il ne manquera plus que les longs poèmes de la maturité — mais ceux-là d
1186impression bizarre d’être d’aujourd’hui. C’est qu’elle est de demain plutôt, — tout comme Nietzsche qui en fut obsédé. Empéd
1187n fut obsédé. Empédocle est de ces mythes tels qu’il n’est peut-être pas donné à une race d’en créer plus d’un, c’est-à-di
1188rgueil, et finit par succomber à son « hybris » : il se jette dans l’Etna pour mieux communier avec la divine Nature. Myth
1189u, par excellence, germanique ; mythe païen, mais il est bien troublant de le voir se mêler, dans la troisième version de
1190’expression d’une philosophie à l’état naissant ; il est la vibration même d’une pensée en travail de mythes, sur lesquels
1191ercera la réflexion consciente. (Vers l’époque où il ébauche son Empédocle, note M. Babelon, Hölderlin écrit de nombreux e
1192ilosophiques.) Le tragique de Hölderlin, c’est qu’il parviendra de moins en moins à « réfléchir » sa création. De là sa fo
1193s à « réfléchir » sa création. De là sa folie, qu’il pressent. Et M. Babelon cite à ce sujet des phrases très frappantes :
1194grand poète n’est jamais abandonné par lui-même ; il peut au-dessus de lui-même, s’élever aussi loin qu’il le veut. On peu
1195eut au-dessus de lui-même, s’élever aussi loin qu’il le veut. On peut tomber dans la hauteur tout comme dans la profondeur
1196de « s’élever au-dessus de lui-même aussi loin qu’il le veut ». Mais Hölderlin est sans doute d’une constitution trop faib
1197riser l’inspiration, qui peu à peu le « gagne » ; il va brusquement succomber. Buisson ardent auquel un souffle tempétueux
1198nt ici précédés de Fragments dont je me demande s’il était bien légitime de les traduire. On a respecté scrupuleusement le
1199de points ne lui servaient qu’à noter des mètres, il apparaît que la traduction de tels fragments est illusoire, car on ne
1200syllabes de valeur rythmique équivalente. Quoi qu’il en soit, et tels qu’ils nous sont ici livrés, ces fragments sont capa
1201mique équivalente. Quoi qu’il en soit, et tels qu’ils nous sont ici livrés, ces fragments sont capables d’éveiller le senti
1202ve ont choisis et traduits à la suite des poèmes, ils ne sont pas ce que ce petit livre contient de moins bouleversant.
86 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Voyage en Hongrie II (novembre 1930)
1203I (novembre 1930) bj 11. Le retour d’Esztergóm Il faut se pencher aux portières et laisser l’air furieux emmêler les ch
1204 imagineraient les autres, si je leur en parlais… Il leur suffirait de l’image d’un bibelot d’une sorte bizarre. Alors que
1205ment inconnu et tellement fascinant à la fois, qu’il me préserve de tout amour pour quelque bien particulier où je serais
1206u de l’ivresse considérée comme un des beaux-arts Ils n’ont plus de noms, ils ne sont qu’une ivresse aux cent visages, lors
1207e comme un des beaux-arts Ils n’ont plus de noms, ils ne sont qu’une ivresse aux cent visages, lorsque j’entre dans l’ateli
1208vresse, leurs yeux s’agrandissent. Dans la danse, ils incarnent l’allégresse rythmique. Je les vois frapper le sol du talon
1209geant de main ; saisir la danseuse sous les bras (elle pose alors ses mains sur les épaules du cavalier) et la faire pirouet
1210 tendent les bras en riant pour qu’on les relève. Elles : des Vénitiennes aux yeux de plaine, comme les autres ont des yeux d
1211res des bras en balançant vivement la tête. Quand elles parlent, la voix un peu rauque, voluptueuse ; quand elles chantent, l
1212rlent, la voix un peu rauque, voluptueuse ; quand elles chantent, les moires et l’ondulation des rubans de vents chauds sur l
1213la seule logique d’un rythme constamment imprévu. Il s’agit moins de comprendre que de s’abandonner d’une certaine manière
1214n en ferme les yeux. Quel style dans la liberté ! Il n’y a plus qu’ici qu’on aime l’ivresse comme un art. Et qu’on soigne
1215effet, que serait un lyrisme distingué ? [p. 580] Il faut choisir entre les bonnes manières et les belles manières. Et qua
1216ant à ceux qui n’ont pas le pouvoir de s’enivrer, ils auront toujours raison, mais n’auront que cela, car c’est l’ivresse 1
1217e dans d’autres, — et c’est même en ce passage qu’elle consiste — ô Danses ! avènement de l’âme aux gestes ! Vous voici, lon
1218Je vole sur place, mais tout se met à fuir, alors il faut voler plus vite pour rattraper ces apparences adorables… Si je «
1219Oberland : ici la mélancolie même est passionnée. Elles chantent avec le corps entier — non pas avec les bras, comme on chant
1220on pas avec les bras, comme on chante du Verdi, — elles ont des mouvements vifs du buste, et des mains pleines de drôleries o
1221énéralités) Les Allemands aiment les femmes comme ils aiment les saucisses ou les catastrophes, selon qu’ils sont technicie
1222iment les saucisses ou les catastrophes, selon qu’ils sont techniciens ou intellectuels. Les Français aiment par goût d’en
1223s qui savent être à la fois cocasses et fades. En Italie… Mais l’amour hongrois t’emportera dans une inénarrable confusion de
1224. Celui qui part pour la Hongrie sans talisman, s’il a du cœur, n’en revient plus. 15. La plaine et la musique L’ouvertu
1225 La plaine hongroise n’est pas monotone, parce qu’elle est d’un seul tenant. Rien qui fasse répétition. C’est ici le premier
1226 à cet artiste de la prodigalité. — « Ah ! répond-il, j’aimerais bien pouvoir vivre comme je vis ! » Voici les cigognes, d
1227s ! » Voici les cigognes, dont Andersen assure qu’elles parlent en égyptien, « car c’est la langue qu’elles apprennent de leu
1228les parlent en égyptien, « car c’est la langue qu’elles apprennent de leurs mères ». Combien j’aime ces sœurs des Tziganes !
1229e de « moderne », dans un sens vaste et mystique, elle le doit au charme égyptien du peuple errant qui lui donna sa musique
1230folkloriste aux yeux ardents et au visage mongol. Il jouait des phrases simples, tragiques, à peine modulées, qui donnent
1231le grandiose bavardage des Tziganes. Qu’est-ce qu’ils regardent en jouant ? Qu’est-ce qu’ils écoutent au-delà de leur musiq
1232’est-ce qu’ils regardent en jouant ? Qu’est-ce qu’ils écoutent au-delà de leur musique — car aussitôt donnée la phrase, voi
1233in en rumeur depuis un moment ne redescend plus : il gouverne avec une vertigineuse docilité dans les voies d’un amour ine
1234à mon oreille d’un violoneux qui me croit triste. Ils l’ont amené du fond d’une Inde. Ils l’ont égaré, comme ils égarent to
1235croit triste. Ils l’ont amené du fond d’une Inde. Ils l’ont égaré, comme ils égarent tout d’un monde où si peu vaut qu’on l
1236 amené du fond d’une Inde. Ils l’ont égaré, comme ils égarent tout d’un monde où si peu vaut qu’on le conserve, au long d’u
1237ong d’un chemin effacé par le vent sur la plaine… Ils l’ont perdu comme un rêve au matin s’élude, — et leur musique seule s
1238sible. Lève-toi, pars, et sans vider ton verre, — il n’y a pure ivresse que de l’abandon — car voici qu’à son tour il s’ég
1239vresse que de l’abandon — car voici qu’à son tour il s’égare au bras d’une erreur inconnue, ton fantôme éternel, ton « Dés
1240une onde trop légère. Mais pour connaître un lac, il faut d’abord s’y plonger ; et ensuite, s’il vous a paru beau, en fair
1241 lac, il faut d’abord s’y plonger ; et ensuite, s’il vous a paru beau, en faire le tour, mais voilà qui est affaire de pur
1242nce à table d’hôte, on irait ensemble à Tihany, — elle a l’air d’être en Italie sur sa presqu’île, — par cet instable bateau
1243irait ensemble à Tihany, — elle a l’air d’être en Italie sur sa presqu’île, — par cet instable bateau-mouche qui naguère empor
1244 des jardins ! C’est devant une glace panachée qu’il m’arrive de douter de la vie, comme d’autres aux approches du mal de
1245mais, semblable à Gérard de Nerval, je sentais qu’il s’agissait d’autre chose… Il s’agit toujours d’autre chose que de ce
1246erval, je sentais qu’il s’agissait d’autre chose… Il s’agit toujours d’autre chose que de ce qu’on dit. (L’imprudence de p
1247 s’en tire avec une volte-face.) Quelle heure est-il ? La lune se tient assez bien depuis un moment, c’est que la ligne es
1248es ; le sentiment du « non-sens » de la vie n’est-il pas comparable à ce que les mystiques appellent leur désert, — cette
1249iques appellent leur désert, — cette zone vide qu’il faut traverser avant de parvenir à la Réalité. Entre « déjà plus » et
1250oisse au départ, le même dépaysement au retour. « Il revient de loin » signifie qu’il vient d’être très malade. [p. 587] S
1251ent au retour. « Il revient de loin » signifie qu’il vient d’être très malade. [p. 587] Si dans ta chambre, en plein jour,
1252e voyage jamais que dans son propre sens ! — Mais il faut voyager pour découvrir ce sens ! — Qu’as-tu vu que tu n’étais pr
1253— Qu’as-tu vu que tu n’étais prêt à voir ? — Mais il fallait aller le voir ! La vie est presque partout la même… — Mais en
1254e, qui ne peut plus s’arrêter de penser). Se peut-il qu’on cherche le sens de la vie ! Je sais seulement que ma vie a un b
1255s d’évasion intérieure. Et souvent je pressens qu’il existe une clef : délivré de moi, j’entrerais en plein Moi… Une clef 
1256angement mêlées. [p. 588] 18. Les clefs perdues Il faudrait sortir à l’air frais, mais chaque porte est obstruée par un
1257ent. Est-ce encore un rêve ? Je comprends bien qu’il faudrait ouvrir ces valises, mais j’ai perdu mes clefs. L’œil du doua
1258eu à la tête, mais je suis innocent puisque enfin il n’est pas dans ma valise, ce n’est que trop certain. Cependant, « rie
1259bjet n’a pas de nom. Parfois je me suis demandé s’il n’était pas une sorte de Pierre Philosophale. Peut-être ces deux mots
1260Philosophale. Peut-être ces deux mots suffiraient-ils à l’indiquer quand je m’en parle ? Tout en donnant le change à celles
1261 peut-être, la cherchent. Et qui sait si vraiment elle n’existe plus, l’Hermétique Société 18   de ceux qui ne désespèrent
1262encore du Grand Œuvre? Cela seul est certain : qu’il existe des signes. Peut-être faut-il d’abord les découvrir tous par s
1263certain : qu’il existe des signes. Peut-être faut-il d’abord les découvrir tous par soi-même. Et c’est alors seulement qu’
1264nsi je quitte la Hongrie. Serait-ce là tout ce qu’elle m’a donné ? Cette notion plus vive d’un univers où la présence de l’O
1265 la Hongrie de mes rêves, ma Hongrie intérieure ? Il est vrai que l’on connaît depuis toujours ce qu’une fois l’on aimera.
1266 ce qu’une fois l’on aimera. Et les uns disent qu’il faut connaître pour aimer ; les autres, aimer pour connaître, alors q
1267 qui saura jamais la vérité sur aucun être ? Et s’il fallait attendre pour aimer !… Je me souviens de ces terrains de sabl
1268ue j’ai tiré le sentiment d’absurdité foncière qu’il m’arrive d’éprouver en face d’une action purement raisonnable. Ah ! q
1269dont tu ne sais rien d’autre que sa fuite : n’est-il pas cet Objet qui n’ait rien de commun avec ce que tu sais de toi-mêm
1270forme de pluie. » Si je trouvais un jour l’Objet, il ne me resterait qu’à le détruire. (Aussitôt je commence à comprendre
1271étruire. (Aussitôt je commence à comprendre ce qu’il est : cela qui me rendrait acceptable ce monde…) Malheur à celui qui
1272e pas. Malheur à celui qui se complaît dans ce qu’il trouve. p. 577 bj. « Voyage en Hongrie II », Bibliothèque unive
87 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Charles Du Bos, Approximations, 4ᵉ série (novembre 1930)
1273ocher mon sujet, en m’identifiant d’aussi près qu’il m’était possible, non seulement au point de vue, mais à la complexion
1274e au seuil de la 4ᵉ série de ses Approximations ; elles forment, tant par les sujets abordés que par le style des « approches
1275 en style sportif — c’est l’aisance avec laquelle il aborde un Pater, un George non pas autrement qu’il n’aborderait un gé
1276l aborde un Pater, un George non pas autrement qu’il n’aborderait un génie français, et sur un pied véritablement européen
1277 une Weltanschauung correspondante en profondeur. Il la possède. On peut dire de sa critique qu’elle pose le problème de l
1278ur. Il la possède. On peut dire de sa critique qu’elle pose le problème de l’homme dans sa totalité, et c’est je crois l’élo
1279e à des contrôles éthiques autant qu’esthétiques, il lui rend l’humilité et la dignité qui tout ensemble lui conviennent.
1280ignées, et progresse par des voies si subtiles qu’il ne doit qu’à un sens exceptionnel de l’orientation dans le monde de l
1281opre à dégager l’élément spécifique des génies qu’elle « approche » : on pourrait l’appeler une critique des obstacles. Je v
1282os parvient à recréer comme pour son compte, tant il y apporte de pressante intuition, les « problèmes » qui contraigniren
1283e problème, l’« hypostasiant » en quelque mesure, elle risque de nous laisser l’image d’un auteur plus conscient de ses prop
1284artient au critique avant tout, et c’est pourquoi il fait de la [p. 658] critique en présence des obstacles qu’il rencontr
1285la [p. 658] critique en présence des obstacles qu’il rencontre, là où le créateur, supposant le problème résolu (Racine),
1286deux de résoudre ses antinomies (Goethe) ; que si elles y échouent, il restera du moins des personnages ! Mais la grandeur d’
1287es antinomies (Goethe) ; que si elles y échouent, il restera du moins des personnages ! Mais la grandeur d’un Du Bos, n’es
1288personnages ! Mais la grandeur d’un Du Bos, n’est-elle pas précisément dans son refus de sacrifier jamais l’éthique à l’esth
1289et dans ce sens chez tant d’autres émoussé, et qu’il exerce avec une intelligence et une autorité aujourd’hui sans seconde
88 1930, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les soirées du Brambilla-club (mai 1930)
1290issout dans une sentimentalité exquise, navrante. Il reste de s’asseoir à quelque terrasse de café pour y boire à petits c
1291ce, un désespoir de nuit d’été sous le tilleul où elle n’est pas venue… (C’est ici le lieu de l’avouer : je ne saurais entre
1292t [p. 162] « plus rouge que rouge ». On assure qu’il possède encore une harpe et un piano près des étoiles, et qu’il est «
1293ore une harpe et un piano près des étoiles, et qu’il est « pittoresque », cas déplorable, s’agissant d’un poète authentiqu
1294ête. Le fantôme derrière nous claque la portière. Il fait assez froid. ⁂ Lorsque l’homme, cédant à l’évidence des choses o
1295ence des choses ou de l’esprit, comprend enfin qu’il est perdu, il découvre la liberté. (Je pense à la boussole autant qu’
1296s ou de l’esprit, comprend enfin qu’il est perdu, il découvre la liberté. (Je pense à la boussole autant qu’au sens moral.
1297t trébucher dans les méandres de notre chemin : « Il faut se perdre pour se retrouver », nous enseigne une doctrine en vér
1298Pourquoi ne pas se perdre sans arrière-pensée ? S’il me reste un espoir au sein de mes erreurs les moins préméditées, c’es
1299 à moi-même ! Que des êtres rêvés m’emportent ! — Ils me conduiraient là où je ne sais pas que j’ai si grand désir d’aller…
1300e brousse où s’engage délibérément notre fantôme. Il avance sans bouger les jambes. Nous suivons à tâtons. Ce que je press
1301La sauce est au rôti ce que le style à la pensée. Il arrive qu’on parle, en art culinaire, du style d’un rôti, et en cuisi
1302ces. Si M. Thibaudet connaissait l’hôte de céans, il proposerait cette formule du plat idéal : Du Bos en sauce Marthaler.
1303ie pure. Edmond Jaloux préside à cette agape dont il m’est impossible de nommer tous les officiants visibles ou virtuels,
1304t suffisantes. Francis de Miomandre n’est pas là. Il a téléphoné au début de l’après-midi qu’il commençait un roman. Son a
1305as là. Il a téléphoné au début de l’après-midi qu’il commençait un roman. Son absence nous fera-t-elle croire qu’il apport
1306u’il commençait un roman. Son absence nous fera-t-elle croire qu’il apporte un soin tout particulier à le parfaire ? — il es
1307 un roman. Son absence nous fera-t-elle croire qu’il apporte un soin tout particulier à le parfaire ? — il est bientôt min
1308pporte un soin tout particulier à le parfaire ? — il est bientôt minuit. Mon fantôme est là. Un chien, Dick, est là. Pierr
1309se au premier regard. Mais non, trop bien élevée, elle se ressaisit, pense à Genève, reprend aussitôt de la consistance, et
1310ît Charles Du Bos, en kimono de soie « capstan ». Il ouvre une de ces parenthèses dont il a le secret, et dans laquelle la
1311« capstan ». Il ouvre une de ces parenthèses dont il a le secret, et dans laquelle la rédaction s’empresse de faire rentre
1312i est une des plus belles du monde :   Un prince italien ayant commandé à Pergolèse un stabat Mater, le musicien quitta Naples
1313èse un stabat Mater, le musicien quitta Naples où il habitait alors, abandonnant sa femme, et se mit à errer dans les camp
1314mpagnes, en quête de l’inspiration qui le fuyait. Il buvait, rêvait, dormait sous les treilles, divaguait sous la lune, ha
1315ps et d’âme, et n’ayant pas écrit une seule note, il se retrouva aux portes de Naples, d’où il n’eut que la force de regag
1316e note, il se retrouva aux portes de Naples, d’où il n’eut que la force de regagner son logis. Comme il allait y pénétrer,
1317l n’eut que la force de regagner son logis. Comme il allait y pénétrer, il aperçut auprès du seuil une mendiante qui pleur
1318e regagner son logis. Comme il allait y pénétrer, il aperçut auprès du seuil une mendiante qui pleurait très doucement. Un
1319mendiante qui pleurait très doucement. Un moment, il écouta sa mélopée. Puis envahi par un dernier feu, il se précipita da
1320couta sa mélopée. Puis envahi par un dernier feu, il se précipita dans sa chambre où il s’enferma, écrivit dans une grande
1321n dernier feu, il se précipita dans sa chambre où il s’enferma, écrivit dans une grande fièvre tout le Stabat Mater, sa pl
1322e thème des pleurs de la vieille, et mourut comme il l’achevait. [p. 166] ⁂ Partout où il y a de la musique, de l’Italie
1323 [p. 166] ⁂ Partout où il y a de la musique, de l’Italie et une certaine qualité de désespoir, je retrouve les contes d’Hoffma
1324ésespoir, je retrouve les contes d’Hoffmann. Mais il s’agit de les vivre plutôt que d’en parler vous voyez bien que j’ai q
1325e [p. 167] comme une ballade de Bürger, tandis qu’elle arrose de ses larmes le seuil de la prison paternelle, tout en coulan
1326en frei’n, Dann muss sie am Rheine Geboren sein… Il faudrait la mélodie. La fanfare s’éloigne. La nuit est chaude sur les
1327e au corridor, — à Paris. Bientôt… [p. 168] Mais il est temps de mettre à ces fariboles un terme 19 . J’ai du solide à éq
89 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). André Malraux, La Voie royale (février 1931)
1328es livres qu’on n’oublie pas facilement. C’est qu’il y apporte un peu plus d’expérience humaine qu’on n’a coutume d’en att
1329 et dont le tragique est décuplé par la valeur qu’il prend dans l’esprit des héros. Un jeune Français a décidé d’aller fou
1330es temples en ruines de la Voie Royale d’Angkor : il compte y découvrir des bas-reliefs dont il pourrait tirer un prix con
1331gkor : il compte y découvrir des bas-reliefs dont il pourrait tirer un prix considérable. [p. 79] Sur le bateau qui l’amèn
1332[p. 79] Sur le bateau qui l’amène à pied d’œuvre, il s’associe à un aventurier danois, Perken, personnage énigmatique qui
1333arlant jamais que par allusions et mots couverts. Il intimide un peu le lecteur qui ne se sent pas complice de ses secrets
1334térieurs obéissait son action. C’est peut-être qu’il n’y en a pas. Perken, comme Garine, est de ces êtres qui agissent par
1335 suis tenté de dire : son moi idéal, celui auquel il donne sa plus profonde et intime adhésion. Nous avons tous en nous de
1336 même, en fin de compte, paraît absurde, parce qu’il refuse de lui trouver un sens dans la mort. L’homme qui pourrait se d
1337aire 11 . [p. 81] Le courage presque agressif qu’elle apporte à décrire la figure de l’homme moderne en proie au seul orgue
1338la religion qui n’est qu’un refuge contre la vie. Elle nous amène à un point de jugement d’où les facilités de certaine foi
90 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Sécularisme (mars 1931)
1339 [p. 184] Sécularisme (mars 1931) d Il nous plaît de faire converser ici les gens les moins faits pour s’ent
1340ent parce qu’au contraire de M. Léon Brunschvicg, il avait le sens du tragique de la vie. De pareilles « conversations » n
1341 ressortent nullement de la critique littéraire ; il arrive qu’elles mettent en jeu de gros problèmes à propos d’ouvrages
1342ullement de la critique littéraire ; il arrive qu’elles mettent en jeu de gros problèmes à propos d’ouvrages bien minces. C’e
1343 relative à des œuvres qui « signifient » plus qu’elles ne « sont ». L’on mesure ici l’écart d’avec la littérature d’avant-gu
1344t. La nôtre ayant voix au forum discute autant qu’elle n’invente ou qu’elle ne stylise. On peut dire, avec plus de louange d
1345x au forum discute autant qu’elle n’invente ou qu’elle ne stylise. On peut dire, avec plus de louange d’ailleurs que d’ironi
1346 avec plus de louange d’ailleurs que d’ironie, qu’elle touche à tout dans l’homme et dans la société. Elle a l’absence de sc
1347le touche à tout dans l’homme et dans la société. Elle a l’absence de scrupules des gens qui ont une mission urgente à rempl
1348s quelques remarques nous placent sous l’angle qu’il faut pour situer le petit livre de M. P. Nizan 12 , dans sa perspecti
1349 type du livre qui vaut surtout par l’attitude qu’il manifeste et commente. [p. 185] Son sujet : le voyage d’un jeune nor
1350e légitime… — Nous pensions vie intérieure, quand il fallait penser dividendes, impérialisme, plus-value. — Qui donc nous
1351essence, tout ce qui allongeait la sauce évaporé. Il demeure un résidu impitoyable, descriptible et sec ». Ici la vie des
1352t l’Orient. « On pense à une Genève de l’Islam. » Il semble, à lire notre auteur, que ce mélange de représentants de ne or
1353phie, la politique étant absents, faute d’emploi, il n’y avait aucune correction à faire ». D’ailleurs, il ne veut pas poé
1354’y avait aucune correction à faire ». D’ailleurs, il ne veut pas poétiser le tableau, car, pour lui, « être poétique, c’es
1355ur. C’est sans doute qu’on les a par trop dupés ; ils ne marchent plus. La faute en est à l’idéologie bourgeoise du xixe s
1356istingué » et le « conforme » au vrai. Mais n’est-il pas grand temps de dépasser une réaction de vulgarité non moins artif
1357 non moins artificielle que le lâche idéalisme qu’elle combat avec raison ? D’ailleurs, si je vois bien que le propos de M.
1358sidu impitoyable, descriptible et sec ». Mais est-il bien légitime de voir dans un tel « résidu » l’essence de l’Europe, —
1359 marxiste, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle sent son xixe siècle. On peut lui faire un grief plus grave : elle s
1360 siècle. On peut lui faire un grief plus grave : elle subordonne toute réforme à une préalable révolution économique qui pa
1361omique qui paraît de plus en plus impossible, car elle équivaudrait à une transformation radicale des conditions matérielles
1362ce neuve perpétuellement de la vérité religieuse. Il parle des religions avec une incroyable légèreté, — en littérateur qu
1363t N.-D. de la Garde : « J’étais servi — s’écrie-t-il. — Les premiers emblèmes venus à ma rencontre étaient justement les d
1364cris d’une révolte égarée par la haine ? C’est qu’ils caractérisent une attitude de plus en plus fréquente chez les jeunes
1365uvelles » encore plus vagues d’ailleurs que ce qu’ils peuvent imaginer de la religion. C’est une forme aiguë de ce que les
1366euse apparaît comme périmée. Avec M. Brunschvicg, il pense qu’un homme de 1931 a dépassé ce « stade », qu’il n’est plus pe
1367se qu’un homme de 1931 a dépassé ce « stade », qu’il n’est plus permis de nos jours… bref, que la science a changé tout ce
1368 un astronome chrétien. Comment un astronome peut-il croire à l’Incarnation ou aller à la Messe ? On n’aura d’autre ressou
1369éaliste salue comme son contemporain ; en tant qu’il croit à l’Incarnation et qu’il va à la Messe, il se comporte en homme
1370orain ; en tant qu’il croit à l’Incarnation et qu’il va à la Messe, il se comporte en homme du xiiie siècle — ou en enfan
1371’il croit à l’Incarnation et qu’il va à la Messe, il se comporte en homme du xiiie siècle — ou en enfant : il y a lieu de
1372ter. Si vous demandez au philosophe de quel droit il pratique cet étrange sectionnement, il aura beau se recommander de la
1373quel droit il pratique cet étrange sectionnement, il aura beau se recommander de la Raison ou de l’Esprit, nous resterons
1374’Esprit, nous resterons inquiets, d’autant que, s’il ne s’interdit nullement de rendre compte par des considérations psych
1375ociologiques de ces survivances chez l’astronome, il nous interdira formellement de procéder en ce qui le concerne lui-mêm
1376eds à la tête un homme de 1930 ; et en même temps il se réclame d’un Esprit éternel qui cependant est né et dont on ne sau
1377e nettement, est d’une singulière incohérence. Et il est évident que si cet idéaliste se trouve mis en présence d’un marxi
1378 purement bourgeois, enfant du loisir économique, il lui faudra se réfugier dans la sphère des abstractions les plus exsan
1379t avec une netteté d’autant plus significative qu’ils touchent des problèmes identiques, celui de la puissance de l’homme,
1380nce entre eux et nous — si le mal est si grand qu’ils le montrent — et il l’est — aucun bouleversement matériel n’y pourra
1381 — si le mal est si grand qu’ils le montrent — et il l’est — aucun bouleversement matériel n’y pourra rien, si radical soi
1382rsement matériel n’y pourra rien, si radical soit-il. Un pessimisme aussi féroce que celui de MM. Malraux, Nizan, etc., ne
1383d’idéal pour nourrir une révolution. Par là même, il postule une réalité transcendante — ou alors le suicide d’un monde em
1384e. Le séculariste « constructiviste » répondra qu’il croit en la puissance de l’homme pour se dégager des servitudes provi
1385 — rien n’est plus incertain que son objet. Comme il est déchirant en vérité, le chant d’orgueil que le siècle entonne pou
1386. Assez parlé de Vérité, ce sont des réussites qu’il nous faut. Saluons enfin le règne de l’homme ! » Mais le chrétien, qu
91 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Une exposition d’artistes protestants modernes (avril 1931)
1387otestants modernes (avril 1931) e C’est donc qu’il y en a ? avez-vous dit. Depuis le temps qu’on cherchait à nous faire
1388 la Préface d’un si brillant catalogue. Parce qu’ils parlent un peu pour nous et parce qu’ils nous parlent, nous avons dem
1389Parce qu’ils parlent un peu pour nous et parce qu’ils nous parlent, nous avons demandé à ces artistes de venir dans notre c
1390x yeux de beaucoup, le choix des œuvres exposées. Il ne s’agit nullement de présenter l’ensemble des artistes protestants,
1391de présenter l’ensemble des artistes protestants, il s’agit de manifester les préférences d’une jeunesse. À cet égard part
1392e que ces artistes peuvent avoir de commun, ce qu’ils doivent à leur origine ou à leur foi réformée, — et si ces traits ne
1393 en définitive, les éléments d’un art protestant. Il eût fallu peut-être qu’un plus grand nombre d’artistes exposassent po
1394nt-garde des toiles frappait le visiteur avant qu’il eût songé à distinguer les caractères confessionnels. Espérons qu’un
1395onnels. Espérons qu’un prochain salon, organisé s’il le faut dans de plus vastes locaux, pourra donner accès à un ensemble
1396isme. Et l’on pourra se demander alors : qu’y a-t-il de spécifiquement protestant chez ces peintres ? — Certaines rigidité
1397de blancs vivants. Très plaisant « Essai pour une Italie protestante » de P. Romane-Musculus. Des lithographies spirituelles d
1398e tradition qui certainement est bien huguenote : elle remonte aux meubles de Boulle, aux Gobelins, aux poteries de Palissy.
1399emment « protestant » de l’art français.   Mais s’il est malaisé de décrire, dès à présent, un art protestant de fait, peu
1400ait, peut-on, par contre, le définir idéalement ? Il nous semble que cela supposerait d’abord une définition [p. 277] nett
1401bord une définition [p. 277] nette de notre foi : il faut qu’on sache sans équivoque ce qu’est le protestantisme avant de
1402ie où était le calvinisme dans tout ceci. Eussent-ils posé, à propos d’un salon d’art catholique, la même question, en remp
1403 En deux mots, il y a des « sujets catholiques », il n’y a pas de « sujets protestants ». Mais, dira-t-on, il y a tous les
92 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Conférences du Comte Keyserling (avril 1931)
1404 la seconde, ovationné à la dernière, Keyserling, il faut le reconnaître, a su, par trois fois, tenir en haleine une salle
1405udre, défenseur convaincu d’une spiritualité dont il annonce le réveil au sein même du triomphe des machines, Keyserling a
1406t comme un type très représentatif de l’Occident. Il n’a rien du prophète oriental contre lequel des Massis mal informés n
1407trouvaient préparés pour en jouir convenablement. Il faut organiser la conquête et la distribution de ces biens : d’où la
1408rling. Nous traversons une crise d’adaptation, et il s’agit de la résoudre dans le sens d’une philosophie de la vie qui re
1409rait résumer la pensée de Keyserling en disant qu’il oppose à l’idéal actuel d’assurances à tous les degrés — idéal antisp
1410daptation, nous ajoutons régénération ; et lorsqu’il dit spiritualité, nous pensons connaissance mystique. p. 287 f.
93 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Au sujet d’un grand roman : La Princesse Blanche par Maurice Baring (mai 1931)
1411de traduire un autre roman du même auteur 16 , et il nous aide à mieux définir le charme de cette œuvre inoubliable. Antér
1412e quelques années à Daphné, beaucoup plus long, — il compte plus de 600 pages dans l’édition française — d’un rythme plus
1413dition française — d’un rythme plus inégal aussi, il ne lui est pas inférieur par l’intérêt humain, et sa qualité d’émotio
1414 » que deux dates limitent : 1851-1914. Ainsi met-il en jeu les deux éléments dont l’antagonisme fait le fond de presque t
1415z, ne dites pas à vos amis ce qui arrive avant qu’ils n’aient lu eux-mêmes le livre. J’espère que les critiques ne le diron
1416s sa durée, dans son atmosphère et dans le son qu’elle rend. Il ne s’y passe rien de plus que ce qu’admet la société anglais
1417 dans son atmosphère et dans le son qu’elle rend. Il ne s’y passe rien de plus que ce qu’admet la société anglaise. Tout l
1418 M. Charles Du Bos, dans la très belle préface qu’il a donnée à la traduction française note avec raison que M. Baring se
1419e peu inexorable dans la libéralité avec laquelle il nous invite à de multiples week-ends… » Il y aurait beaucoup à dire p
1420s, non par l’inspiration. (Dans le cas de Baring, elle serait plutôt religieuse.) Il est incontestable que l’art a tout à ga
1421le cas de Baring, elle serait plutôt religieuse.) Il est incontestable que l’art a tout à gagner à se choisir un cadre étr
1422entrer uniquement sur les sentiments, et dès lors elle constitue un milieu privilégié pour l’étude du cœur humain. Si le rôl
1423aincant de sa grandeur, et le plus tonique 17 , — il en va tout autrement de l’histoire d’une vie sentimentale. La durée e
1424nt tragique par excellence du sentiment, parce qu’elle le transforme sans cesse, alors que nous sommes attachés surtout à de
1425ce que dit l’auteur dans sa préface. Bien plutôt, elle est l’expression concrète d’une loi divine et humaine, et c’est ici q
1426arer le bien du mal parmi les actions d’autrui qu’il estime connaître. Simplement, il enregistre les effets d’une justice
1427ions d’autrui qu’il estime connaître. Simplement, il enregistre les effets d’une justice immanente. En même temps que [p. 
1428même temps que [p. 347] les actions de ses héros, il note les jugements contradictoires qu’elles provoquent. Et le tragiqu
1429s héros, il note les jugements contradictoires qu’elles provoquent. Et le tragique qui se dégage lentement de cette longue co
1430 de son œuvre romanesque. Et c’est par tout ce qu’elle contient d’inexprimé qu’elle atteint en certains passages à une inten
1431c’est par tout ce qu’elle contient d’inexprimé qu’elle atteint en certains passages à une intensité presque bouleversante. I
1432s passages à une intensité presque bouleversante. Il est pourtant un endroit du roman où l’auteur intervient visiblement,
1433 réalité. Et c’est au cours des quarante pages qu’il consacre à la « conversion » au catholicisme de la princesse Blanche.
1434che, anglicane « de naissance », a donc épousé un Italien et vit dans un milieu catholique qui n’exerce, dit-elle, aucune press
1435t vit dans un milieu catholique qui n’exerce, dit-elle, aucune pression sur ses convictions religieuses. Mais le mot convict
1436d : « Je ne crois pas, j’espère que non ; bien qu’il soit difficile, quelquefois, me semble-t-il, de savoir exactement que
1437en qu’il soit difficile, quelquefois, me semble-t-il, de savoir exactement quelle foi on a. » Plus tard elle avoue franche
1438de savoir exactement quelle foi on a. » Plus tard elle avoue franchement : « … dans nos églises j’éprouve un sentiment de dé
1439été insulaire, possède un sens critique assuré qu’elle applique non sans acuité aux pratiques anglicanes. On serait tenté de
1440resque imperceptible, est nettement appuyé dès qu’il s’agit des vieilles tantes de la Princesse, chargées ici de représent
1441référé, la même tante Harriet a ce mot exquis : « Il prêche merveilleusement sans jamais aucune excentricité. » Elle appel
1442rveilleusement sans jamais aucune excentricité. » Elle appelle ceux qui passent à l’Église romaine des « pervertis » : « Nou
1443ns son âme. D’autre part, tous les catholiques qu’elle rencontre et qui lui parlent de leur foi se distinguent par une human
1444que belle-mère sont nettement antipathiques, mais ils ne disent rien, eux !) Comment Blanche ne se sentirait-elle pas attir
1445sent rien, eux !) Comment Blanche ne se sentirait-elle pas attirée par la Rome papale, qui la console de la Rome de son mari
1446n mari et la venge de l’Angleterre de ses tantes. Elle abjure secrètement, à Londres. [p. 349] C’est peut-être à l’endroit
1447it à la périphérie des vérités religieuses, là où elles paraissent s’opposer, au lieu de nous aider à les mieux pénétrer, à l
1448ieux pénétrer, à les approfondir jusqu’à l’unité. Il est d’autant plus regrettable de voir Baring se départir ici de la sa
1449e de voir Baring se départir ici de la sagesse qu’il montre ailleurs, grossir les traits, découvrir la thèse. Il eût pu s’
1450ailleurs, grossir les traits, découvrir la thèse. Il eût pu s’en dispenser d’ailleurs, car en définitive la conversion de
1451ît être à tel point la seule solution possible qu’elle n’est plus du tout exemplaire et ne peut servir ni le catholicisme (l
1452at d’âme d’un de ses héros, comme sans le savoir, il établit. En vérité, l’entrée de Blanche dans l’Église catholique n’es
1453raie conversion a lieu beaucoup plus tard, lorsqu’elle trouve, à force de souffrance, le courage de sacrifier son amour. Mai
1454uffrance, le courage de sacrifier son amour. Mais elle ne peut survivre à cet acte suprême, à cette grâce. Aussi notre bonhe
1455, à cette grâce. Aussi notre bonheur humain n’est-il en aucune mesure le signe de la vérité. Personne, peut-être, n’a répé
1456qui entraîne des ruines humaines. Mais la vérité, elle, est indifférente à ce que nous appelons bonheur ou malheur. Et c’est
1457s bonheur ou malheur. Et c’est la vérité seule qu’il s’agit d’attendre. Dans Daphné Adeane, dans la Princesse Blanche, ce
1458upporter. La vie humaine me paraît intolérable. — Elle l’est presque, mais pas tout à fait. Il faut l’accepter. Songez à l’a
1459able. — Elle l’est presque, mais pas tout à fait. Il faut l’accepter. Songez à l’agonie du Jardin des Oliviers. Blanche se
1460 même chose dans le Podere à Florence. — Je sens, il est vrai, que j’ai commis des erreurs irréparables. — Vous avez le dr
1461st plus très éloigné peut-être de cette joie qui, elle aussi, est « par-delà », — cette joie « qui surpasse toute connaissan
94 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Kierkegaard (mai 1931)
1462 ». Mais Kierkegaard reste soucieux : Mynster est-il vraiment de la lignée des Apôtres, se demande-t-il ? Les prêtres sont
1463l vraiment de la lignée des Apôtres, se demande-t-il ? Les prêtres sont-ils, dans le vrai sens du mot, les successeurs du
1464e des Apôtres, se demande-t-il ? Les prêtres sont-ils, dans le vrai sens du mot, les successeurs du Christ ? Ne sont-ils pa
1465 sens du mot, les successeurs du Christ ? Ne sont-ils pas plutôt des fonctionnaires payés par l’État et avides d’avancement
1466. Kierkegaard est le Pascal du protestantisme, et il est caractéristique à la fois du monde du catholicisme et du monde du
1467iel furent l’acte de Kierkegaard. Après cet acte, il mourut. Comme Hamlet. » Et voici comment il faut situer Kierkegaard
1468cte, il mourut. Comme Hamlet. » Et voici comment il faut situer Kierkegaard dans notre Panthéon spirituel : Kierkegaard
1469lus rien en lui ni de Faust, ni du Caïn de Byron, il a dépassé le romantisme. Ou plutôt, le romantisme fut la jeunesse, le
1470 de traductions de ses livres. Mais ce Journal, s’il est l’œuvre la moins forte du Danois, n’en est pas moins, dans son do
1471n document peut-être d’autant plus intéressant qu’il émane d’un grand théologien. Il s’agit maintenant de nous révéler ce
1472us intéressant qu’il émane d’un grand théologien. Il s’agit maintenant de nous révéler ce « héros de la foi », ce maître d
1473us, le maître que fut Nietzsche pour leurs aînés. Il n’est pas sûr que les « religions » y gagnent, mais la foi, certainem
95 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Littérature alpestre (juillet 1931)
1474e nous donner un livre bien utile 22 . En vérité, il fallait une sorte d’intrépidité pour entreprendre cette « traversée »
1475e. Enfin, voici ce livre, point trop volumineux — il trouvera sa place dans votre valise — et d’une érudition très aérée.
1476leur valeur proprement littéraire et descriptive, elles nous paraissent intéressantes par tout ce qu’elles révèlent de la men
1477lles nous paraissent intéressantes par tout ce qu’elles révèlent de la mentalité des écrivains et des peuples dont elles éman
1478de la mentalité des écrivains et des peuples dont elles émanent. La montagne est un merveilleux réactif, au contact duquel ce
1479iolent réquisitoire qu’on ait jamais écrit contre elles ». Pour Rousseau, la montagne, c’est surtout le fond des vallées, — s
1480out le fond des vallées, — si l’on ose dire, — où il fait vivre d’imaginaires bons sauvages. Et pour la grande majorité de
1481 feront intervenir la montagne dans leurs œuvres, elle n’est guère qu’un décor conventionnel, un élément de pittoresque, un
1482nt échoué dans leur interprétation des montagnes. Ils ont tous étudié presque exclusivement l’âme humaine. La montagne qui
1483ul avec la nature dans une sorte d’ivresse morne, il parvenait à oublier la fuite des heures et de la vie : l’existence pe
1484 de rocs et de glace. » Sénancour éprouvait ce qu’il appela, d’un mot admirable, « la lenteur des choses ». C’est qu’il a
1485ot admirable, « la lenteur des choses ». C’est qu’il a pénétré dans ces solitudes que les autres contemplaient d’en bas ;
1486ille attitude ne surprendra pas un moderne ; mais elle est unique dans la littérature française du xixe . La littérature ang
1487ur. L’homme seul en face des sommets, qu’écrira-t-il ? — Shelley : « L’immensité de ces sommets aériens excite, [p. 550] l
1488té de ces sommets aériens excite, [p. 550] lorsqu’ils frappent la vue, un sentiment d’extase émerveillée auquel la folie n’
1489uence ni de pieuse fadeur. La montagne, ne serait-elle jamais qu’un écrasant symbole de l’éternité ? — C’est aussi quelque c
1490une atmosphère des hauteurs, que l’air y est vif. Il faut être créé pour cette atmosphère, sinon l’on risque beaucoup de p
1491. Celui-ci se promène, l’autre escalade. Et comme elles s’opposent à la médiocre littérature qui transforme les sommets en im
1492a montagne n’est ni bienveillante ni maternelle ; elle poursuit une grandiose existence géologique sans rapport avec la nôtr
1493nt trouver sur ses flancs l’occasion d’une lutte… elle ignorera toujours ces victoires. » Nous empruntons ces lignes au très
1494 (Sterne, Toepffer), lyriques (les Anglais). Ici, elles imposent une éthique. Là, elles prêtaient le romantisme de leur décor
1495es Anglais). Ici, elles imposent une éthique. Là, elles prêtaient le romantisme de leur décor ; ici, par l’effort de discipli
1496e leur décor ; ici, par l’effort de discipline qu’elles exigent de qui veut les vaincre, c’est un classicisme héroïque qu’ell
1497eut les vaincre, c’est un classicisme héroïque qu’elles inspirent. Ce thème éthique et philosophique paraît bien être le plus
1498s fécond et le plus adéquat à la nature alpestre. Il contient en puissance toute une morale de l’effort individuel et dési
1499zsche l’a développé avec une ampleur inégalable : il y trouvait tous les symboles de la vie dangereuse, du risque, du trio
1500ue, du triomphe conquis par la dureté. Mais l’a-t-il épuisé ? Il y a depuis Nietzsche un style alpestre dans la pensée. Ne
1501che un style alpestre dans la pensée. Ne pourrait-il pas informer d’autres pensées que les malédictions de Zarathoustra ?
1502e créer véritablement quelques valeurs nouvelles, il se peut que certains se tournent vers ces derniers symboles physiques
1503r l’équivalent. Peut-être le goût du sport trahit-il la nostalgie d’une vie qui comporterait des risques extérieurs. Mais
1504r », et certains sont remarquables. Se trouvera-t-il un romancier pour animer dans le décor des « hauts-lieux » autre chos
96 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Avant l’Aube, par Kagawa (septembre 1931)
1505r Kagawa (septembre 1931) j Dire de ce livre qu’il ne ressemble à rien serait une louange trop littéraire. C’est un livr
1506grandeur. Peut-être, se dit-on en le fermant, est-il réellement impossible à une âme chrétienne d’atteindre la grandeur mo
1507 âme chrétienne d’atteindre la grandeur morale si elle n’a pas connu, ne fût-ce que par sa puissance de sympathie, la misère
1508eur. L’existence et l’action de Kagawa, telles qu’il les raconte dans ces deux volumes, témoignent que l’amour chrétien pe
1509ué par le communisme, comme son bien propre. Mais il n’y a pas là de quoi nous rassurer. Si la vie de Kagawa glorifie l’Év
1510assurer. Si la vie de Kagawa glorifie l’Évangile, elle accuse formellement la grande majorité des chrétiens. Tant mieux si c
1511chrétiens. Tant mieux si ce livre nous passionne. Il faudrait surtout qu’il nous trouble. ⁂ [p. 624] L’autobiographie de T
1512i ce livre nous passionne. Il faudrait surtout qu’il nous trouble. ⁂ [p. 624] L’autobiographie de Toyohiko Kagawa, publiée
1513es meneurs écrive un livre pour nous dire comment il voit le peuple, comment il l’aime, et quel est le secret de son autor
1514pour nous dire comment il voit le peuple, comment il l’aime, et quel est le secret de son autorité sur lui. L’état d’espri
1515’État. Le privilège admirable de Kagawa, c’est qu’il poursuit son action en pleine connaissance de cause et de buts, en pl
1516is même sentimentale), et avec sa foi chrétienne. Il peut livrer sans crainte le secret d’une telle action ; sans crainte
1517ment envahi par la civilisation d’une Europe dont il rejette la religion 24 . Nous savions aussi que ce leader social, cet
1518atteint des tirages sans précédent dans son pays. Il nous restait à entrer en contact personnel avec cette œuvre : Avant l
1519e œuvre : Avant l’Aube comble cette attente, mais elle en fait naître une nouvelle. C’est, en effet, sous la forme d’un roma
1520esques ou exceptionnels qui marquèrent leur vie ; ils négligent volontiers ce qui les rend semblables au commun des mortels
1521des mortels ; bref, plus ou moins inconsciemment, ils contribuent à créer leur légende. Ici, bien au contraire, et surtout
1522ncient radicalement notre vie d’un conte de fées. Il n’y a là, de la part de l’auteur, nul parti pris de « réalisme » litt
1523térielle, et c’est par là que dans sa simplicité, il parvient à être si émouvant. On peut dire que dans ces deux gros volu
1524t dire que dans ces deux gros volumes si nourris, il n’y a pas deux lignes d’allure conventionnelle, deux lignes qui ne tr
1525s, de personnages et de descriptions des lieux où ils vivent. C’est dire que l’œuvre mérite l’effort d’attention soutenue q
1526lle œuvre : c’est toute la vie du Japon actuel qu’elle concrétise sous nos yeux. Certes, ce n’est pas [p. 626] une japonerie
1527 du pays, au travers duquel nous emmène Kagawa : Il appuya son front chaud et malade contre la fenêtre, ferma les yeux et
1528ain faisait un bruit épouvantable dans sa course. Il pensait que ç’eût été bien agréable si le wagon entier eût été de ver
1529calculable de stations. Regardant par la fenêtre, il vit d’affreux noms de gares tels que Tenman, Tamazukuri, tout à fait
1530 train longeait les bords de la rivière Yodogawa, il se rappela soudain que c’était un endroit célèbre pour les suicides,
1531était un endroit célèbre pour les suicides, et qu’il avait vu un jour, au théâtre, à Kobé, le drame du suicide de Akaneya
1532nkatsu, sa bien-aimée. Suicide et Osaka la nuit ! Il ne comprenait pas pourquoi ces deux mots lui semblaient avoir des rap
1533cident, mais sont oubliées, comme partout, dès qu’il s’agit d’embarras d’argent, de difficultés sentimentales, ou de mauva
1534urtant jamais dupe de ses beaux sentiments lorsqu’il s’y mêle des motifs tout matériels. Ses larmes augmentèrent en pensa
1535nsant à la pauvreté de sentiments des chrétiens ; il pensait aussi que lui-même, à la fin du mois, devrait gagner sa pensi
1536 mois, devrait gagner sa pension et son écolage ; il pensait au sort de Tsukamoto ; à sa stupide petite sœur, à lui-même,
1537kamoto ; à sa stupide petite sœur, à lui-même, et il éclata en sanglots. Soudain, il prit une décision. Il quitterait l’Un
1538r, à lui-même, et il éclata en sanglots. Soudain, il prit une décision. Il quitterait l’Université pour se plonger dans la
1539clata en sanglots. Soudain, il prit une décision. Il quitterait l’Université pour se plonger dans la vie active et mettre
1540tager la vie quotidienne des gens de la campagne. Il serait auprès de sa sœur, que personne n’aimait. Il décida de retourn
1541 serait auprès de sa sœur, que personne n’aimait. Il décida de retourner chez lui la nuit même, et après s’être demandé av
1542après s’être demandé avec quelque anxiété comment il ferait face aux dépenses du voyage, il décida de vendre ses livres.
1543té comment il ferait face aux dépenses du voyage, il décida de vendre ses livres. Mais son retour au foyer provoque des s
1544st de le mettre à l’abri de la véritable justice. Il finit par mettre Eiichi à la porte. Il lui reste la ressource de se f
1545e justice. Il finit par mettre Eiichi à la porte. Il lui reste la ressource de se faire instituteur. Il assiste un soir, p
1546l lui reste la ressource de se faire instituteur. Il assiste un soir, par hasard, à une réunion d’évangélisation dont la d
1547 pourtant fort émouvante par moments. C’est là qu’il retrouve Tsuruko, la belle jeune fille qu’il aimait dans son adolesce
1548à qu’il retrouve Tsuruko, la belle jeune fille qu’il aimait dans son adolescence. Et l’idylle passionnée se renoue, mais e
1549r personnel avec l’idéal de rénovation sociale qu’il a conçu ? Et comment trouver le courage de se donner à cet idéal, don
1550dont la réalisation pratique lui répugne encore ? Il s’en rend compte lors de sa première visite aux bas-fonds : Eiichi é
1551 et de se plonger dans ses livres de philosophie. Il entendait une voix intérieure qui lui disait : « Si tu te mêles de ce
1552 de le quitter. Alors dans un accès de désespoir, il tente de mettre le feu à sa maison. Il s’enfuit, et s’engage comme ma
1553désespoir, il tente de mettre le feu à sa maison. Il s’enfuit, et s’engage comme manœuvre dans les docks. La mort de son p
1554n même temps décide de l’orientation de sa vie : Il avait vu mourir Sanuki au logement ouvrier, et il ne pensait pas que
1555Il avait vu mourir Sanuki au logement ouvrier, et il ne pensait pas que la mort de son père fût particulièrement [p. 628]
1556on père fût particulièrement [p. 628] importante. Il avait appris qu’il faut avoir une volonté de fer, lorsqu’on tombe dan
1557lièrement [p. 628] importante. Il avait appris qu’il faut avoir une volonté de fer, lorsqu’on tombe dans la lie de la soci
1558s et Eiichi à leur suite entourèrent le cercueil, il ne put retenir ses larmes. Tandis qu’il marchait en silence à la suit
1559cercueil, il ne put retenir ses larmes. Tandis qu’il marchait en silence à la suite de la procession funèbre, toutes ses r
1560ensa Eiichi, il y avait la redoutable réalité, et il pleura de crainte et de tristesse. Tout inspirait le respect : le bru
1561ec le passé, comme on franchit le pas de la mort, il lutterait contre les conventions établies, les traditions et les soph
1562 qui était fou, Eiichi décida que, de ce jour-là, il entrerait en bataille contre cet ordre de choses. Il se délivre prog
1563ntrerait en bataille contre cet ordre de choses. Il se délivre progressivement de tous ses intérêts matériels et familiau
1564our en même temps que sa révolte contre ce monde. Il se convertit enfin, brusquement, au moment où il avait décidé de se s
1565 Il se convertit enfin, brusquement, au moment où il avait décidé de se suicider. Mais un soir qu’il prêche au carrefour,
1566ù il avait décidé de se suicider. Mais un soir qu’il prêche au carrefour, la maladie qui depuis longtemps l’enfiévrait, le
1567évrait, le terrasse, dans la boue, sous la pluie. Il renaîtra bientôt à la vie, mais cette fois pour se donner tout entier
1568er tout entier à la misère des bas-fonds de Kobé. Il fait siennes toutes les épreuves d’un peuple misérable, des pires bru
1569reuves d’un peuple misérable, des pires brutes qu’il recueille dans sa chambre, et qu’il couvre de ses propres habits, des
1570res brutes qu’il recueille dans sa chambre, et qu’il couvre de ses propres habits, des prostituées qu’il soigne, des ivrog
1571 couvre de ses propres habits, des prostituées qu’il soigne, des ivrognes qui lui font des scènes effroyables, et vont jus
1572pêche pas de les reprendre ensuite, chez lui, car il professe avec fanatisme la non-résistance au mal. Bientôt il prend fi
1573 avec fanatisme la non-résistance au mal. Bientôt il prend figure de saint parmi le peuple qui le respecte, l’exploite et
1574ait à intimider Eiichi. Eiichi garda le silence ; il ne voulait pas se laisser aller à la colère comme le Procureur. Au co
1575ler à la colère comme le Procureur. Au contraire, il en profita pour faire une étude psychologique, en observant sur le vi
1576xpressions changeantes qu’y imprimait la passion. Il lui semblait qu’il faisait une étude pratique de désordre mental dans
1577tes qu’y imprimait la passion. Il lui semblait qu’il faisait une étude pratique de désordre mental dans une classe d’école
1578 de désordre mental dans une classe d’école, tant il était calme et loin d’être troublé. En regardant les choses de près,
1579 d’être troublé. En regardant les choses de près, il conclut que la profession de procureur devait être vraiment bien désa
1580eur devait être vraiment bien désagréable, puisqu’elle exigeait de celui qui s’y livrait de se fâcher, de se poser comme jus
1581 juste et de juger ses semblables. Pire que cela, elle portait à croire que tous les hommes sont coupables. Ceci acquit au P
1582 les procureurs passent leur vie, pensait Eiichi, il est impossible de ne pas leur témoigner de la sympathie. — Qu’est-ce
1583 avait des procureurs dans le monde des moineaux. Il se taisait, car il savait qu’il était inutile de dire quoi que ce soi
1584rs dans le monde des moineaux. Il se taisait, car il savait qu’il était inutile de dire quoi que ce soit à cet homme en co
1585nde des moineaux. Il se taisait, car il savait qu’il était inutile de dire quoi que ce soit à cet homme en colère. Trois,
1586reur regardait distraitement son carnet de notes. Il tremblait jusqu’au bout des doigts. Il eut été impossible de dire leq
1587 de notes. Il tremblait jusqu’au bout des doigts. Il eut été impossible de dire lequel des deux était le juge de l’autre.
1588 instants devant la beauté singulière de l’âme qu’elle révèle. Une âme qui sent tout avec force et délicatesse, éprouve tous
1589e tous les penchants humains, s’y soustrait quand il le faut pour mieux vivre et n’en fait jamais une affaire. Homme terri
1590décrivant ses tentations comme toutes naturelles, il surmonte les obstacles avec un contentement modeste et intelligent qu
1591out dans le bien, dans la sainteté, mais toujours ils s’accompagnent d’une mesure parfaite dans l’appréciation. Il semble q
1592agnent d’une mesure parfaite dans l’appréciation. Il semble qu’il n’ait aucune peine à se juger impartialement, sans exagé
1593mesure parfaite dans l’appréciation. Il semble qu’il n’ait aucune peine à se juger impartialement, sans exagérer sa critiq
1594 exagérer sa critique et sans nulle complaisance. Il n’a pas de terribles remords, il a des remords. Il ne cherche pas à s
1595le complaisance. Il n’a pas de terribles remords, il a des remords. Il ne cherche pas à se rendre intéressant à lui-même e
1596l n’a pas de terribles remords, il a des remords. Il ne cherche pas à se rendre intéressant à lui-même en poussant au noir
1597u contraire en s’excitant sur ses belles actions. Il les note, simplement, sans oublier d’indiquer ses hésitations, les tr
1598t toujours à l’effarante sincérité de ce récit qu’il faut revenir, si l’on veut d’un mot le caractériser. Parmi les innomb
1599rables sentiments : doutes, passions, conflits qu’il met en jeu, c’est toujours l’absence absolue d’hypocrisie de sa part
1600e des motifs de ses actions journalières. Par là, il fait souvent penser aux grands Russes, à Tolstoï surtout. Et par tous
1601sespéré, — « heureusement, personne ne regardait, il se jeta par terre sur la route, criant à son corps : “Meurs !”, mais
1602nt s’emparer de lui et décide de sa conversion : Il se décida à tout accepter, oui, tout. Il accepterait la vie et toutes
1603rsion : Il se décida à tout accepter, oui, tout. Il accepterait la vie et toutes ses manifestations dans le temps. Il éta
1604a vie et toutes ses manifestations dans le temps. Il était ressuscité de l’abîme du désespoir et revenu au monde merveille
1605ésespoir et revenu au monde merveilleux. [p. 631] Il résolut de vivre fermement dans sa sphère actuelle, enrichi par la fo
1606les filles, les bateaux à vapeur, même le vide qu’il avait cherché, étaient merveilleux. Les couleurs, la lumière du solei
1607 péché et le cœur souillé, tout était étonnement. Il acceptait tout. Il décida de vivre fermement, de prendre courage et d
1608ouillé, tout était étonnement. Il acceptait tout. Il décida de vivre fermement, de prendre courage et de lutter bravement
1609e et de lutter bravement à l’avenir, et pour cela il accepterait tout de l’existence. Il accepterait aussi la religion ave
1610 et pour cela il accepterait tout de l’existence. Il accepterait aussi la religion avec le courage du suicide. Dans sa rés
1611n avec le courage du suicide. Dans sa résolution, il se sentait graduellement attiré par le Christ. Il se disait que ce n’
1612il se sentait graduellement attiré par le Christ. Il se disait que ce n’était pas dans la mer qu’il fallait se jeter, mais
1613t. Il se disait que ce n’était pas dans la mer qu’il fallait se jeter, mais dans les merveilles du monde. Et voici que, le
1614merveilles du monde. Et voici que, le 14 février, il se décida à faire profession de disciple du Christ. Page étrange, en
1615moignage de sa conversion. En mystique véritable, il évite rigoureusement les expressions sentimentales ou rassurantes qui
1616e ou voiler sa difficulté. Les rares allusions qu’il fait à sa vie spirituelle n’en sont que plus émouvantes : Un dimanch
1617biki, au milieu des arbres, à côté d’un ruisseau, il passa trois heures et demie à lire tout l’Évangile selon saint Matthi
1618 capable de suivre Jésus. Une autre fois, à midi, il monta sur le sommet d’une montagne en face du mont Maya et pria Dieu
1619gne et la mesure certaine. Au cours d’un livre où il se peint, aux prises avec toutes les formes du mal, jamais vous ne su
1620Et c’est l’un des secrets de sa puissance. ⁂ Mais il est temps de tirer de ce livre une conclusion capitale qui, sans dout
1621ans doute, fut l’objet déterminant de son auteur. Elle concerne la question sociale. Il s’attache à cette expression un « en
1622de son auteur. Elle concerne la question sociale. Il s’attache à cette expression un « ennui » qui sert à beaucoup de prét
1623t les réformes socialistes — mais cela dispense-t-il de chercher d’autres solutions ? Quant à ceux qui acceptent d’étudier
1624eux qui acceptent d’étudier à fond ces problèmes, ils ne les rendent, en général, guère attirants — (le devraient-ils ?) —
1625dent, en général, guère attirants — (le devraient-ils ?) — ni même vivants — (ils le devraient.). Pour celui qui referme le
1626rants — (le devraient-ils ?) — ni même vivants — (ils le devraient.). Pour celui qui referme le livre de Kagawa, une certit
1627le n’admet peut-être de solution que personnelle. Il ne s’agit plus de la poser, sur le plan intellectuel, pour les autres
1628mbler vague. Mais le sens chrétien primitif n’est-il pas, avant tout, le sens de la pauvreté ? Qu’un Kagawa nous force à m
97 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). André Gide ou le style exquis (à propos de Divers) (octobre 1931)
1629est toujours l’indice d’une complaisance, et vite elle en devient la rançon. (Divers, p. 75.) Ces quelques notes voudraient
1630crivains les plus justement célèbres de ce temps, elle aura du moins le mérite de la spontanéité, qualité dont Gide aime à d
1631ours paru plus rude que saine. Je ne pense pas qu’il faille opposer aux suggestions d’un moraliste trop subtil les vaniteu
1632en somme un plaidoyer pour André Gide. J’avoue qu’il sait dans un grand nombre de cas me convaincre ; et que, dans la plup
1633 convaincre ; et que, dans la plupart des autres, il est si admirablement habile qu’on vote l’acquittement à main levée, s
1634Gide a presque toujours raison de ses juges, mais il sait avoir raison comme en s’excusant. Il apporte les plus délicats s
1635s, mais il sait avoir raison comme en s’excusant. Il apporte les plus délicats scrupules à sa justification, « prêt à tous
1636cements » (p. 59). Là où d’autres triompheraient, il met une sourdine. Car il sait que la modestie est la vertu de choix d
1637d’autres triompheraient, il met une sourdine. Car il sait que la modestie est la vertu de choix du classicisme. Et qu’il e
1638estie est la vertu de choix du classicisme. Et qu’il est le dernier de nos classiques… Pareille modestie est, d’ailleurs,
1639ailleurs, signe de force : les critiques auxquels il adressa les lettres reproduites dans ce recueil en savent quelque cho
1640ne soit pas si « mauvais » qu’on l’a dit, — ou qu’il a bien voulu s’en donner l’air — je suis prêt à le concéder au-delà d
1641air — je suis prêt à le concéder au-delà de ce qu’il espère. Par incompétence radicale. Ce qu’il faut certainement déplore
1642ce qu’il espère. Par incompétence radicale. Ce qu’il faut certainement déplorer, c’est de le voir utiliser des dons incomp
1643urper la forme du sacrifice ; et c’est en vain qu’il tenterait d’y loger autre chose que son égoïsme et sa coquetterie pro
1644nous joue la morale lorsque, se prenant pour fin, elle s’érige en dialectique indépendante. Si des sophismes de ce genre n’a
1645ntelligents, moins conséquents que M. Gide, ou qu’ils reculent devant l’audace de conclusions en toute logique inévitables.
1646 dans un cercle de paradoxes et de malentendus où il semble qu’un esprit de cette classe ne devrait pas supporter qu’on l’
1647’on comprend que, non satisfait de s’y complaire, il croit y découvrir son originalité, ou comme il le dit : son « paysage
1648e, il croit y découvrir son originalité, ou comme il le dit : son « paysage intérieur ». « Je puis dire que ce n’est pas à
1649ans cette attitude sereinement contradictoire, où il voit l’essence de sa « réforme » et de sa nouveauté. Luther disait :
1650lui, se préoccupe sans cesse de faire entendre qu’il « pourrait autrement ». Que rien de ce qu’il écrit ne l’engage [p. 72
1651e qu’il « pourrait autrement ». Que rien de ce qu’il écrit ne l’engage [p. 728] tout entier. Qu’il n’est que spectateur de
1652 qu’il écrit ne l’engage [p. 728] tout entier. Qu’il n’est que spectateur de ses antagonismes. Dès lors, la morale qui, po
1653adictions. Sans doute, la psychologie moderne a-t-elle montré que l’homme était beaucoup moins simple qu’il ne le croyait. M
1654montré que l’homme était beaucoup moins simple qu’il ne le croyait. Mais la question reste de savoir si cette division int
1655la grandeur. ⁂ Ce livre manque d’ange et de bête. Il est merveilleusement intelligent. On n’y parle strictement que de psy
1656là même, d’une étrange indiscrétion. Gide saura-t-il rester un maître pour cette jeunesse qui aimait sa ferveur, mais que
1657rtaines phrases pourraient le laisser supposer qu’il écrivit en préface au livre récent d’un jeune aviateur, Antoine de Sa
1658ntoine de Saint-Exupéry. (Mais par quoi tiendra-t-il à les « équilibrer », un de ces jours, à les « gauchir »…) Le héros
1659mais dans l’acceptation d’un devoir. Gide aurait-il pressenti que l’ère n’est plus de certaines complaisances ? Pourquoi
1660t plus de certaines complaisances ? Pourquoi faut-il que l’image de cet aviateur m’évoque la fable : « Je suis oiseau, voy
1661a fable : « Je suis oiseau, voyez mes ailes. » Qu’il n’aille pas croire pourtant que désormais la vertu fera prime, les vi
1662ce. Kierkegaard, un homme qui ne vous lâche plus. Il a beaucoup parlé de lui-même. Mais là où d’autres produisent l’impres
1663es produisent l’impression pénible de se montrer, il arrive chez Kierkegaard une chose extraordinaire : soudain c’est lui
98 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le protestantisme jugé (octobre 1931)
1664elon lui, c’est un « André Gide vu de Genève » qu’il nous faudrait. M. Martinet a pris pour épigraphe la citation suivante
1665e pour maintenir à Gide une place instructive, qu’il est, depuis l’Édit de Nantes, notre seul notable écrivain protestant
1666é française n’avait été irrésistible, avait ce qu’il fallait pour devenir une manière de Genève maritime, de Hollande atla
1667e de M. Albert Thibaudet, nous ont fait penser qu’il existe bel et bien un Loti vu de Genève, non pas sous la forme d’un o
1668éjà la conscience éteinte ne la dirige plus et qu’elle flotte au hasard, sans but et sans attaches, cherchant uniquement à s
1669ormait le caractère, les livres étaient conduits, ils avaient une unité, un terme auquel ils arrivaient ; la vie n’est plus
1670 conduits, ils avaient une unité, un terme auquel ils arrivaient ; la vie n’est plus aujourd’hui qu’une suite d’événements
1671i se succèdent, et les livres sont fragmentaires, ils se composent d’une série de tableaux parallèles. Les parties n’en son
1672n’en sont plus dérivées les unes des autres, mais elles s’étalent à la fois toutes ensemble. Dès l’année 1886, où il publiai
1673 à la fois toutes ensemble. Dès l’année 1886, où il publiait son essai, Frommel donnait ainsi le diagnostic du roman mode
1674 ainsi le diagnostic du roman moderne ; ne serait-il pas frappant, en effet, d’appliquer ses dernières lignes à des œuvres
1675 que Frommel exprime au sujet de Mon Frère Yves. Il semble, en effet, que les âmes du dix-neuvième siècle soient plus pro
1676plus profondes et plus voilées, plus inquiètes qu’elles ne le furent jamais. Serait-ce la civilisation toute seule qui les au
1677? Je ne sais ; l’âme humaine, je pense, depuis qu’elle existe, n’a pas changé de nature, et, si elle paraissait autrefois pl
1678 qu’elle existe, n’a pas changé de nature, et, si elle paraissait autrefois plus simple, c’est qu’elle était peut-être plus
1679i elle paraissait autrefois plus simple, c’est qu’elle était peut-être plus chaste. Au temps où le domaine intérieur du recu
1680. L’existence apparente était plus calme parce qu’elle n’était qu’une partie de l’existence et qu’on cachait la meilleure ;
1681 s’étalaient point au grand jour, il y avait pour elles une autre issue : la prière en portait l’expression, loin des oreille
1682 des oreilles des hommes, jusqu’au trône de Dieu. Il n’en est plus ainsi maintenant ; l’âme est restée semblable, mais on
1683ombée sur la terre et l’anime de tout l’effort qu’elle portait sur les choses invisibles. La vie, désormais sans au-delà, sa
1684uprême besoin d’épanchement, s’est déversée, mais elle a mal choisi son confident : elle ne trouve aucune paix dans une inti
1685 déversée, mais elle a mal choisi son confident : elle ne trouve aucune paix dans une intimité purement humaine : Et l’homm
1686Et l’homme seul répond à l’homme épouvanté 27 . Il nous manque une étude sur les critiques protestants du xixe siècle.
1687omantisme, ceux d’un Frommel sur les écrivains qu’il appelle « positivistes » restent à peu [p. 754] près les seuls valabl
99 1931, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Les Éléments de la grandeur humaine, par Rudolf Kassner (octobre 1931)
1688e l’ignorera plus longtemps. Quant à l’Allemagne, elle s’est depuis plusieurs années déjà pénétrée de cette philosophie, ain
1689un Karl Barth, génial disciple du Danois, et dont il est grand temps qu’on nous traduise quelques essais théologiques. L’œ
1690ntiel — mais non de moindre profondeur, manifeste elle aussi l’emprise de l’« Existenzphilosophie » et son extrême conséquen
1691ensée paraît réfractaire à toute description, car elle opère sur des mythes concrets plutôt que sur des formules explicites.
1692homme antique peut atteindre la grandeur parce qu’il possède la mesure au sein d’un tout fini : famille, dieux, nature. Il
1693 au sein d’un tout fini : famille, dieux, nature. Il ne se recherche pas soi-même, il vise à la plénitude élémentaire, déf
1694, dieux, nature. Il ne se recherche pas soi-même, il vise à la plénitude élémentaire, définie par la loi, par son astre. L
1695it être surpassé, vit dans la démesure, et lorsqu’il « veut prendre mesure de lui-même, il se sent aussitôt incomplet et c
1696, et lorsqu’il « veut prendre mesure de lui-même, il se sent aussitôt incomplet et coupable. Il est donc possible de dire
1697-même, il se sent aussitôt incomplet et coupable. Il est donc possible de dire que le péché est la mesure du démesuré, et
1698st la mesure du démesuré, et que pour le chrétien il n’est pas d’autre grandeur ». Ainsi le chrétien existe en tant que le
1699re l’acte par excellence du chrétien, hors duquel il n’est pour lui ni mesure, ni grandeur, ni forme, mais seulement chimè
1700’homme moderne, l’homme sans mesure naturelle : s’il ne retrouve pas de loi interne et de tension par le péché, il n’est p
1701ve pas de loi interne et de tension par le péché, il n’est plus qu’un être sans destinée, un « indiscret ». « Sa substance
1702distrait, et sa distraction vient de l’intérieur. Il ne peut jamais sortir de son moi sans trahison et chaque manifestatio
1703 porte aucune atteinte à la perspicacité parce qu’il est vraiment souverain. Peut-être faut-il reconnaître à ce seul philo
1704arce qu’il est vraiment souverain. Peut-être faut-il reconnaître à ce seul philosophe le privilège d’avoir parlé sans comp
1705its nouveaux et vrais, dans un certain style. Car il n’est point de vérité sans forme. Quelques pages étranges et puissant
1706 illustrent ce réalisme de la forme, hors de quoi il n’est qu’indiscrétion, et qui livre la clef de la pensée de Kassner,
1707ssner, comme aussi de son apparente obscurité 1 . Il faut savoir être secret pour penser avec autorité. Il faut savoir tai
1708aut savoir être secret pour penser avec autorité. Il faut savoir taire ce qui permettrait aux indiscrets de comprendre int
1709 comprendre intellectuellement sans « réaliser ». Il faut que les pensées créées ne soient concevables qu’en elles-mêmes e
1710me qui s’avisa de défendre la religion mériterait-il d’être appelé Judas numéro deux. Car il ne s’agit pas de professer un
1711ériterait-il d’être appelé Judas numéro deux. Car il ne s’agit pas de professer une chose mais d’être la chose. Le rare, c
1712s ne tirent pas d’eux-mêmes toutes les paroles qu’ils profèrent ; ils les reçoivent des [p. 643] prophètes ; s’il n’y avait
1713d’eux-mêmes toutes les paroles qu’ils profèrent ; ils les reçoivent des [p. 643] prophètes ; s’il n’y avait pas de prophète
1714nt ; ils les reçoivent des [p. 643] prophètes ; s’il n’y avait pas de prophètes, les bavards seraient peut-être des créatu
1715malice. On ne peut dire précisément de Kassner qu’il réfute ses adversaires — Freud en particulier, dans Christ et l’âme d
1716tôt qu’à force d’approfondir leur domaine propre, il les mine et les ruine intérieurement ; ou encore les dissout dans une
1717 connaissons le modèle immortel, le Livre de Job. Il serait curieux d’en suivre la filiation, jusqu’au Soulier de Satin de
100 1931, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Sarah, par Jean Cassou (novembre 1931)
1718impuissance à susciter dans le monde l’amour dont il aurait besoin, qu’il imagine et dont il meurt. Car la vie est une esp
1719r dans le monde l’amour dont il aurait besoin, qu’il imagine et dont il meurt. Car la vie est une espèce de marâtre et n’a
1720mour dont il aurait besoin, qu’il imagine et dont il meurt. Car la vie est une espèce de marâtre et n’a que faire de nos t
1721eur » consiste à ne pas se rendre compte de ce qu’ils vivent. Dans quelques-uns des plus significatifs de ces récits (Dieu
1722ui comporte en soi quelque chose de déconcertant. Il semble bien que Jean Cassou trouve ici sa forme la plus personnelle e
1723coup de pouce voltairien, l’élégance trop rapide. Il n’est pas bon qu’un conteur laisse voir la moindre ironie vis-à-vis d
1724moindre ironie vis-à-vis de ses personnages ; car il risque de les priver par là de cette autorité mystique, absolue et na
1725raît résider avant tout dans l’ordre des faits qu’il met en jeu, dans la problématique qu’il parvient à susciter au cours
1726 faits qu’il met en jeu, dans la problématique qu’il parvient à susciter au cours de ces brèves imaginations, avec une bon
1727ons, avec une bonhomie d’autant plus touchante qu’elle figure, je pense, pour l’auteur, une sorte de consolation un peu forc