1 1931, La Nouvelle Revue française, articles (1931–1961). Les Éléments de la grandeur humaine, par Rudolf Kassner (octobre 1931)
1t son extrême conséquence. Dans la mesure même où Kassner se montre disciple de Kierkegaard, sa pensée paraît réfractaire à tou
2t de cette interdépendance leur valeur originale. Kassner reprend un des thèmes essentiels du pré-romantisme allemand, l’opposi
3gel symbolisait celle de l’antique et du moderne, Kassner répondrait aujourd’hui par l’opposition de la grandeur mesurée et de
4ieur qui nous mène lentement à l’impuissance. (Si Kassner exprime un tourment, c’est en tant que la réalité humaine, non sa pen
5ndiscrétion, et qui livre la clef de la pensée de Kassner, comme aussi de son apparente obscurité 1 . Il faut savoir être secre
6ose mais d’être la chose. Le rare, c’est que chez Kassner comme chez Kierkegaard, cette présence s’accommode d’une ironie qui c
7 existence » et que leur ironie, ce qui rapproche Kassner et son maître c’est leur vision tragique du péché. Le Lépreux, journa
8 sournoise malice. On ne peut dire précisément de Kassner qu’il réfute ses adversaires — Freud en particulier, dans Christ et l
2 1944, Les Personnes du drame. I. Sagesse et folie de la personne — 3. Kierkegaard
9chez qu’à l’origine, — lit-on dans un dialogue de Kassner 30 — toutes les créatures, le soleil, la terre, la lune, les plantes
3 1957, L’Aventure occidentale de l’homme. I. Première partie. La Voie et l’Aventure — 1. Où les voies se séparent
10sé ou d’encadré. Je cherchais à dire autre chose. Kassner m’offre ce mot : le corps magique, et il le commente en ces termes 11
11i deux exemples précis. Je trouve le premier dans Kassner, au chapitre où il décrit le corps magique : Une histoire d’Hérodote
4 1959, Preuves, articles (1951–1968). Rudolf Kassner et la grandeur (juin 1959)
12 titre que ceux qu’on a cités d’entre les amis de Kassner, la seule littérature digne du nom ; et l’on ne s’étonnera pas que Ka
13ture digne du nom ; et l’on ne s’étonnera pas que Kassner soit resté, jusqu’ici, le moins connu d’entre eux, si l’on songe à ce
14emière approche de l’œuvre Ces premiers textes de Kassner, lus en français dans une précieuse et simple traduction 79 , lorsque
15mier article, je crois bien, publié en France sur Kassner 80 — « l’acuité lente de la réflexion, l’alliage précieux de hauteu
16on autorité. J’écrivais : Dans la mesure même où Kassner se montre disciple de Kierkegaard, sa pensée paraît réfractaire à tou
17t de cette interdépendance leur valeur originale. Kassner reprend un des thèmes essentiels du pré-romantisme allemand, l’opposi
18gel symbolisait celle de l’antique et du moderne, Kassner répondrait aujourd’hui par l’opposition de la grandeur mesurée et de
19ieur qui nous mène lentement à l’impuissance. (Si Kassner [p. 65] exprime un tourment, c’est en tant que la réalité humaine, no
20indiscrétion, et qui livre la clé de la pensée de Kassner, comme aussi de son apparente obscurité. D’où provient cette obscurit
21ose mais d’être la chose. Le rare, c’est que chez Kassner, comme chez Kierkegaard, cette présence s’accommode d’une ironie qui
22 existence » et que leur ironie, ce qui rapproche Kassner et son maître, c’est leur vision tragique du péché. Le Lépreux, journ
23érise Kierkegaard. On ne peut dire précisément de Kassner qu’il réfute ses adversaires — Freud en particulier, dans Christ et l
24e déplorer l’obscurité des essais et dialogues de Kassner. Elle est pourtant la garantie de leur pouvoir, et ne saurait traduir
25jectif. L’ellipse de pensée n’est nullement, chez Kassner, un procédé de rhétorique, une manière de sauter les évidences ou pla
26se rationnelle au cur deus homo de saint Anselme. Kassner gravite autour de ce mystère, l’approche par le moyen de paraboles, d
27e mystère crucial. S’agirait-il d’une théologie ? Kassner veut voir. D’une gnose, alors ? On pourrait le penser. De poésie ? Tr
28onnaîtront dans les dialogues et les paraboles de Kassner son irréfutable présence. Bâtons rompus Au lendemain de la dernière
29u’à l’ombrage des marronniers de la terrasse. Là, Kassner recevait presque chaque jour des visiteurs venus des quatre coins de
30e aussi, et surtout, parce que je m’étais fait de Kassner l’image d’un maître spirituel, d’un guru comme disent les hindous. Je
31 couvents bouddhistes du Japon.) 82 Et justement Kassner serrait [p. 67] deux cannes dans ses énormes mains d’infirme — paraly
32tent ? Nos trop rares entretiens m’ont appris sur Kassner cela surtout qu’il a si bien su taire dans toute son œuvre : cette ma
33de ses distances… » Finalement, je crois bien que Kassner est à peu près le seul homme que j’aie connu dont je ne puisse imagin
34dhisme — que je voudrais maintenant expliciter. Kassner, Rilke et le Zen Une amitié des plus complexes, pour ne pas dire ambi
35une, la princesse de la Tour et Taxis, dédicace à Kassner de la Huitième Élégie de Duino, fin des Cahiers de Malte Laurids Brig
36nne ; et les sept essais successifs consacrés par Kassner à Rilke, de 1926, au lendemain de la mort du poète, jusqu’au trentièm
37aire de cette mort. Dès le premier de ces essais, Kassner, tout en mettant le Poète au plus haut comme pur lyrique sans faille
38sais qui suivent : [p. 68] nous y voyons que pour Kassner, Rilke appartient décidément au monde du Père, « monde des enfants, d
39s sévères à mesure que le temps passe, auxquelles Kassner recourt pour se différencier de celui que, pourtant, il ne cesse de t
40ur l’un des plus grands depuis Dante. Le monde de Kassner, au contraire, est le monde du Fils, de la Parole qui tranche et inst
41s grands aïeux » 84 . Une dernière fois, en 1956, Kassner revient sur ce débat inépuisable — et sans doute trouvera-t-on dans s
42opos de l’influence qu’on lui attribue sur Rilke, Kassner cite à nouveau la phrase de ses Proverbes du Yogi : « Le chemin de l’
43. Suit une digression sur la Duse, et subitement, Kassner en vient à l’aspect « asiatique » du monde rilkéen, et au bouddhisme.
44 de l’ascèse. Ceci est absolument hindou, ajoute Kassner, appartient à l’Asie, et n’eût été compris que par peu de Grecs, par
45on grand âge, sous un aspect nouveau et rajeuni. Kassner rappelle alors sa conception de la musique comme absorption totale du
46 la libido chez un Freud, pourrait bien être pour Kassner d’abord la seule forme possible de la foi — ce qui est plus gnostique
47olitaire a conquis. « Voilà qui est Zen, conclut Kassner, ou solution d’un problème Zen par le poète, par la langue, la langue
48t ainsi, finalement, par le détour du Zen, que le Kassner des derniers temps de sa vie a pu relier son monde et celui de Rilke.
49le But à l’infini. Le But, la Flèche et l’Homme Kassner avait sans doute pris connaissance du Zen par le précieux petit livre
50n. Mais voici le plus remarquable. Il semble que Kassner ne se soit pas souvenu d’avoir écrit lui-même dans ses Proverbes du Y
51a : Bouddha. Enfin ceci, qui devait combler chez Kassner le penseur existentiel autant que le physiognomoniste : le disciple d
52rser ! Mais je n’en finirais pas de citer tantôt Kassner, tantôt les maîtres du Zen, au risque de confondre leurs énigmes et l
53ul coup, dans l’illumination de la vision (dirait Kassner) du satori (disent les bouddhistes) l’Un et le Tout, l’individu et le
54 d’un maître Zen m’était venue en écoutant parler Kassner. Et voici ce qu’il dit lui-même de la conversation telle qu’il l’ente
55ait qualifier de bouddhiste… Si j’avais pu revoir Kassner, l’hiver dernier, venant de lire son essai sur le Zen et [p. 71] Rilk
56rient et de l’Occident.   Je ne pouvais présenter Kassner à des lecteurs dont la plupart ne l’ont pas lu, en suivant la méthode
57 pensais à ce personnage du plus beau dialogue de Kassner 92 , l’oncle Hammond Sterne, de Bath, qui haïssait les boutons et n’a
5 1961, Comme toi-même. Essais sur les mythes de l’amour. II. Deuxième partie — 6. Rudolf Kassner et la grandeur humaine
58 titre que ceux qu’on a cités d’entre les amis de Kassner, la seule littérature digne du nom ; et l’on ne s’étonnera pas que Ka
59ture digne du nom ; et l’on ne s’étonnera pas que Kassner soit resté, jusqu’ici, le moins connu d’entre eux, si l’on songe à ce
60emière approche de l’œuvre Ces premiers textes de Kassner, lus en français dans une précieuse et simple traduction 80 , lorsque
61mier article, je crois bien, publié en France sur Kassner — « l’acuité lente de la réflexion, [p. 189] l’alliage précieux de ha
62cette première approche. ⁂ Dans la mesure même où Kassner se montre disciple de Kierkegaard, sa pensée paraît réfractaire à tou
63t de cette interdépendance leur valeur originale. Kassner reprend un des thèmes essentiels du pré-romantisme allemand, l’opposi
64gel symbolisait celle de l’antique et du moderne, Kassner répondrait aujourd’hui par l’opposition de la grandeur mesurée et de
65ieur qui nous mène lentement à l’impuissance. (Si Kassner exprime un tourment, c’est en tant que la réalité humaine, non sa pen
66indiscrétion, et qui livre la clé de la pensée de Kassner, comme aussi de son apparente obscurité. D’où provient cette obscurit
67ose mais d’être la chose. Le rare, c’est que chez Kassner, comme chez Kierkegaard, cette présence s’accommode d’une ironie qui
68 existence » et que leur ironie, ce qui rapproche Kassner et son maître, c’est leur vision tragique du péché. Le Lépreux, journ
69érise Kierkegaard. On ne peut dire précisément de Kassner qu’il réfute ses adversaires — Freud en particulier, dans Christ et l
70e déplorer l’obscurité des essais et dialogues de Kassner. Elle est pourtant la garantie de leur pouvoir, et ne saurait traduir
71jectif. L’ellipse de pensée n’est nullement, chez Kassner, un procédé de rhétorique, une manière de sauter les évidences ou pla
72se rationnelle au cur deus homo de saint Anselme. Kassner gravite autour de ce mystère, l’approche par le moyen de paraboles, d
73e mystère crucial. S’agirait-il d’une théologie ? Kassner veut voir. D’une gnose, alors ? On pourrait le penser. De poésie ? Tr
74onnaîtront dans les dialogues et les paraboles de Kassner son irréfutable présence. Bâtons rompus Au lendemain de la dernière
75u’à l’ombrage des marronniers de la terrasse. Là, Kassner recevait presque chaque jour des visiteurs venus des quatre coins de
76e aussi, et surtout, parce que je m’étais fait de Kassner l’image d’un maître spirituel, d’un guru comme disent les Hindous. Je
77 couvents bouddhistes du Japon) 82 . Et justement Kassner serrait deux cannes dans ses énormes mains d’infirme — paralysé des j
78tent ? Nos trop rares entretiens m’ont appris sur Kassner cela surtout qu’il a si bien su taire dans toute son œuvre : cette ma
79de ses distances… » Finalement, je crois bien que Kassner est à peu près le seul homme que j’aie connu dont je ne puisse imagin
80dhisme — que je voudrais maintenant expliciter. Kassner, Rilke et le Zen Une amitié des plus complexes, pour ne pas dire ambi
81ommune, la princesse de Tour et Taxis, dédicace à Kassner de la Huitième Élégie de Duino, fin des Cahiers de Malte Laurids Brig
82nne ; et les sept essais successifs consacrés par Kassner à Rilke, de 1926, au lendemain de la mort du poète, jusqu’au trentièm
83aire de cette mort. Dès le premier de ces essais, Kassner, tout en mettant le Poète au plus haut comme pur lyrique sans faille
84 les essais qui suivent : nous y voyons que, pour Kassner, Rilke [p. 199] appartient décidément au monde du Père, « monde des e
85s sévères à mesure que le temps passe, auxquelles Kassner recourt pour se différencier de celui que, pourtant, il ne cesse de t
86ur l’un des plus grands depuis Dante. Le monde de Kassner, au contraire, est le monde du Fils, de la Parole qui tranche et inst
87s grands aïeux. 84  » Une dernière fois, en 1956, Kassner revient sur ce débat inépuisable — et sans doute trouvera-t-on dans s
88opos de l’influence qu’on lui attribue sur Rilke, Kassner cite de nouveau la phrase de ses Proverbes du Yogi : [p. 200] « Le ch
89. Suit une digression sur la Duse, et subitement, Kassner en vient à l’aspect « asiatique » du monde rilkéen, et au bouddhisme.
90 de l’ascèse. Ceci est absolument hindou, ajoute Kassner, appartient à l’Asie, et n’eût été compris que par peu de Grecs, par
91on grand âge, sous un aspect nouveau et rajeuni. Kassner rappelle alors sa conception de la musique comme absorption totale du
92 la libido chez un Freud, pourrait bien être pour Kassner d’abord la seule forme possible de la foi — ce qui est plus gnostique
93l solitaire a conquis. Voilà qui est Zen, conclut Kassner, ou solution d’un problème Zen par le poète, par la langue, la langue
94t ainsi, finalement, par le détour du Zen, que le Kassner des derniers temps de sa vie a pu relier son monde et celui de Rilke.
95le But à l’infini. Le but, la flèche et l’homme Kassner avait sans doute pris connaissance du Zen par le fameux petit livre d
96n. Mais voici le plus remarquable. Il semble que Kassner ne se soit pas souvenu d’avoir écrit lui-même dans ses Proverbes du Y
97 : Bouddha. » Enfin ceci, qui devait combler chez Kassner le penseur existentiel autant que le physiognomoniste : le disciple d
98ser ! » Mais je n’en finirais pas de citer tantôt Kassner, tantôt les maîtres du Zen, au risque de confondre leurs énigmes et l
99eul coup dans l’illumination de la vision (dirait Kassner), [p. 206] du satori (disent les bouddhistes), l’Un et le Tout, l’ind
100 d’un maître Zen m’était venue en écoutant parler Kassner. Et voici ce qu’il dit lui-même de la conversation telle qu’il l’ente
101ait qualifier de bouddhiste… Si j’avais pu revoir Kassner, l’hiver dernier, venant de lire son essai sur le Zen et Rilke, je lu
102rient et de l’Occident. ⁂ Je ne pouvais présenter Kassner à des lecteurs dont la plupart ne l’ont pas lu, en suivant la méthode
103 pensais à ce personnage du plus beau dialogue de Kassner 92 , l’oncle Hammond Sterne, de Bath, qui haïssait les boutons et n’a