1 1937, Journal d’un intellectuel en chômage. II. Pauvre province
1nde, c’est qu’on lui raconte une histoire, me dit R. — Mais si je raconte mon histoire ? — Le lecteur veut des histoires i
2s les précisions qu’un collégien puisse désirer.) R. me disait aussi : En somme, vous n’êtes pas un vrai chômeur, puisque
3t vrai, dans le détail… ⁂ Cette conversation avec R. m’a rendu attentif à un fait qui m’apparaît soudain fondamental : c’e
2 1937, Bulletin de la Guilde du Livre, articles (1937–1948). Pages inédites du Journal d’un intellectuel en chômage (octobre 1937)
4radicalement à toute culture véritable. ⁂ Île de R. — La nuit ! Je l’avais oubliée à Paris. La nuit des villes n’est pas
3 1946, Journal des deux Mondes. 5. Anecdotes et aphorismes
5et de plus graves, et personne n’a crié au fou. ⁂ R. vient d’être reçu au Palais de Venise et me raconte sa visite. Il pén
6 Duce. — Alors je m’assieds. » En sortant, ajoute R., je n’ai vu que des dos !… La nouvelle s’était répandue et l’on salua
4 1946, Journal des deux Mondes. 7. La route de Lisbonne
7 Tout à l’heure, comme j’essayais de me faufiler, R. s’extrait du groupe, me cède sa place, et je l’entends dire à sa femm
5 1957, Preuves, articles (1951–1968). Sur le crépuscule d’un régime (octobre 1957)
8près-midi pâle sur les dômes de Saint-Marc. A. et R. boivent un negroni en regardant passer par bancs les touristes en che
9es touristes en chemise, ceints d’étuis à Leica. R. — Avez-vous entendu cette femme à l’autre table ? Elle trouve Venise
10 » ! A. — Je comprends bien ce qu’elle veut dire. R. — Moi je m’y refuse absolument. Elle n’avait qu’à rester tranquille d
11router. A. — Vous êtes bien dur et bien maussade. R. — C’est qu’il y a de quoi ! Venise n’a rien de plus artificiel qu’une
12mis de voyager, ce n’est pas très… démocratique ? R. — Ce ne l’est pas le moins du monde, et après ? Vous croyez à la Démo
13s souvenirs, elle apprend à connaître l’étranger… R. — Je demande une expertise de ces clichés. Je n’entends ici, dans les
14ment éduquée, que vous semblez vouloir condamner. R. — Oh ! je ne la condamne pas ! Je la crois dépassée. On va me couper
15es du paradoxe, vous n’êtes pas « bien sérieux ». R. — Je suis aussi sérieux que l’étymologie. Démocratie veut dire pouvoi
16e. Ils entendent par démocratie tout autre chose. R. — Quoi, selon vous ? A. — Eh bien, l’égalité d’abord, l’abolition des
17itraire du Pouvoir. Seriez-vous devenu fasciste ? R. — C’est ce qu’on lance à la tête de quiconque émet le moindre doute s
18. — Il faut donc devenir fasciste ou communiste ? R. — Au contraire, il faut dénoncer les illusions démocratiques qui cond
19tendez et quelle sorte de régime vous paraît bon. R. — J’avoue que j’ignore son nom, on le trouvera bien un jour, et je n’
20ls sont aristocratiques. A. — Comme par exemple ? R. — L’éducation ouverte à tous, mais en vue de favoriser la promotion a
21irs qui deviennent tous abusifs quand ils durent. R. — Puis-je vous faire observer que l’élection n’est pas un procédé dém
22prouvez les élections. A. — Je ne vous suis plus. R. — C’est pourtant simple. Si les démocraties égalitaires croyaient vra
23z une aristocratie. A. — Vous jouez sur les mots. R. — Non, je les prends au sérieux. A. — Vous approuvez donc l’élection
24l’élection en tant que procédé antidémocratique ? R. — Cette raison ne serait pas suffisante. Voyons plutôt le mérite du p
25ste. A. — Que faites-vous du suffrage universel ? R. — Les démocrates eux-mêmes en limitent les dégâts. Dès qu’il s’agit d
26éputés. A. — Vous oubliez le Président américain. R. — Là, vous marquez un point. Ce mélange de plébiscite et de rugby, ce
27. Que deviendraient alors les libertés humaines ? R. — Il est douteux que l’homme soit libre. Luther le nie énergiquement,
28rlez plus bas, on nous entend aux autres tables ! R. — Croyez-moi, la Démocratie restera dans l’Histoire le rêve du dix-ne
29vons su l’entourer. A. (chuchotant). — Et après ? R. — Nos ministères seront remplacés par des cerveaux électroniques, seu
30es. A. — Les machines en tiendront-elles compte ? R. — Ce qu’il faut revendiquer, désormais, laissant tomber en chemin tou
31omme, un vieux système… Il a bien peu de chances… R. — Ce sont les chances de l’homme.   La nuit est là. Les dômes dorés
6 1957, Preuves, articles (1951–1968). Sur un certain cynisme (septembre 1957)
32er. Je suis ami de la France. Je me sens déprimé. R. — Vous ne l’avez pas volé, et cela vous apprendra à croire tout ce qu
33aconte et tout ce qu’on me donne à lire m’égare ? R. — Regardez ce que l’on fait, tous ces gosses, par exemple. Les grands
34t que le pessimisme, l’amertume et le ricanement. R. — C’est en effet la convention commune à l’extrême-droite et à la gau
35la tenons pour typiquement française en Amérique… R. — J’en déduis que votre pays se franciserait plus facilement que la F
36st-ce pas déprimant, pour les amis de la France ? R. — Je vous les laisse, mais je vous conseille de laisser cela qui se v
37 la santé de la France ». A. — Un nouveau livre ? R. — Non, c’est une petite liste qui compte huit à dix noms. A. — Faites
38un. Deux sont morts et pas un n’est un « jeune »… R. — Mais pas un seul n’est un cynique, notez-le bien, et ce sont eux qu
39cet égard. Que faites-vous de Céline le Cynique ? R. — Que voulez-vous que j’en fasse ? Céline est le modèle de votre Henr
40vent » 67 . A. — Vos auteurs vivent-ils à Paris ? R. — Quelques-uns, mais comme n’y étant pas. Les autres en province ou à
41de théâtre et aux poètes la qualité de créateurs. R. — Toute l’histoire littéraire de la France, des Serments de Strasbour
42A. — Quelle est la moyenne d’âge de vos auteurs ? R. — Soixante-quatre ans et demi, et saluez, je vous prie, car ce n’est
43l’homme. A. — Faut-il jouer la « Marseillaise » ? R. — Non, mais changez un peu vos mesures de la France. p. 72 ah. «
7 1968, Preuves, articles (1951–1968). Vingt ans après, ou la campagne des congrès (1947-1949) (octobre 1968)
44hurchill, du Conseil français pour l’Europe unie (Dautry, Reynaud, Ramadier et André Siegfried), et de la Ligue européenne de
8 1969, Journal de Genève, articles (1926–1982). « Non, notre civilisation n’est pas mortelle ! » (30-31 août 1969)
45t employé au cours des émeutes de mai 1968. D. d. R. — Il n’y a pas de culture bourgeoise. Il n’y a pas de culture ouvrièr
46ion. — Et la culture, qu’est-ce que c’est ? D. d. R. — Je ne sais pas très bien ce que l’on entend par culture bourgeoise,
47sommes entrés dans une ère de révolutions ? D. d. R. — Il y a une nécessité révolutionnaire qui vient de cette mauvaise ad
48ications ne sont pas assez bien formulées ? D. d. R. — C’est exact. On dit n’importe quoi, parce qu’on n’a pas fait une bo
49ne mutation tant physique que spirituelle ? D. d. R. — Je n’en sais rien. Je sais vers quoi je voudrais qu’on aille. Le pr
50 à la mort de la civilisation occidentale ? D. d. R. — C’est impossible. Paul Valéry a écrit : « Nous autres, civilisation
51utre civilisation qui pourrait s’épanouir ? D. d. R. — Je n’en vois aucune. Question. — Et la Chine ? D. d. R. — Encore fa
52n’en vois aucune. Question. — Et la Chine ? D. d. R. — Encore faudrait-il que ce soit une civilisation vraiment différente
53nce faites-vous entre marxisme et maoïsme ? D. d. R. — Le maoïsme prétend être le vrai marxisme. Mais c’est un mélange de
54succès des révolutions que des évolutions ? D. d. R. – Je ne crois pas du tout au succès des révolutions. Il n’y en a jama
55us l’apogée et la chute des civilisations ? D. d. R. — Personnellement, je ne crois pas que les civilisations soient comme
56l’artiste dans un monde en transformation ? D. d. R. — Dans une société qui s’agrandit follement, qui perd ses mesures, la
57averse notre siècle a-t-elle été préparée ? D. d. R. — Je vous dirais sans trop réfléchir : par le nationalisme militarisé
9 1970, Le Cheminement des esprits. II. Diagnostics de la culture — II.5. Pronostics 1969 (une interview)
58Max Ernst… — Et la culture, qu’est-ce que c’est ? R. — La culture occidentale repose sur l’héritage gréco-romain et la thé
59 nous sommes entrés dans une ère de révolutions ? R. — Il y a une nécessité révolutionnaire qui vient de cette mauvaise ad
60revendications ne sont pas assez bien formulées ? R. — C’est exact. On dit n’importe quoi, parce qu’on n’a pas fait une bo
61me ? une mutation tant physique que spirituelle ? R. — Je n’en sais rien. Je sais vers quoi je voudrais qu’on aille. Le pr
62istons à la mort de la civilisation occidentale ? R. — C’est impossible. Paul Valéry a écrit : « Nous autres, civilisation
63une autre civilisation qui pourrait s’épanouir ? R. — Je n’en vois aucune. — Et la Chine ? R. — Encore faudrait-il que ce
64ouir ? R. — Je n’en vois aucune. — Et la Chine ? R. — Encore faudrait-il que ce soit une civilisation vraiment différente
65ifférence faites-vous entre marxisme et maoïsme ? R. — Le maoïsme prétend être le vrai marxisme. Mais, c’est un mélange de
66us au succès des révolutions que des évolutions ? R. — Je ne crois pas du tout au succès des révolutions. Elles ont toutes
67uez-vous l’apogée et la chute des civilisations ? R. — Je ne crois pas que les civilisations soient comme les plantes, qui
68té de l’artiste dans un monde en transformation ? R. — Dans une société qui s’agrandit follement, qui perd ses mesures, la
69que traverse notre siècle a-t-elle été préparée ? R. — Je vous dirai sans trop réfléchir : par le nationalisme militarisé,
10 1970, Le Cheminement des esprits. III. Champs d’activité — III.11. L’Europe des régions
70érieux. — À quoi attribuez-vous cette situation ? R. — Au fait que les États-nations n’ont aucunement l’intention de renon
71riez-vous cette « difficulté d’être » de l’État ? R. — Tout d’abord, nous devons constater que la formule de l’État, qui b
72[p. 178] — Comment définissez-vous cette région ? R. — Elle peut être ethnique quelquefois, purement économique d’autres f
73cer de plus en plus la constitution de l’Europe ? R. — Ces facteurs sont au nombre de deux. Le premier, déjà mentionné, pr
74e domaine, il n’y a plus place pour le folklore. R. — Il subsistera pendant longtemps encore trois niveaux d’action europ
75 cas où elles seraient multinationales. [p. 181] R. — Les régions vont progressivement former entre elles un tissu de rel
76r, ou qu’alors il courra un risque d’éclatement. R. — C’est en effet la critique que l’on adresse immanquablement à celui
77faire contrepoids à la prépondérance alémanique… R. — Le sens de la réalité des régions n’est pas absent de Suisse. Mais
78plus vite, celle des États ou celle des régions ? R. — Nous avons déjà constaté qu’au point de vue politique l’unité fondé