1 1961, Bulletin du Centre européen de la culture, articles (1951–1977). Esquisse d’une biographie : J. H. Retinger (1960-1961)
1seconde patrie du roman russe, que j’ai rencontré Retinger, en septembre 1947. Je venais de prononcer le discours d’introduction
2et c’est [p. 22] sans doute à son instigation que Retinger quitte Cracovie pour faire des études de lettres en Sorbonne. Il arri
3« parler abondamment sur des thèmes futiles », et Retinger y voit un trait de l’intelligentsia parisienne de cette époque. Il a
4rad et Sir Stafford Cripps. (C’est d’ailleurs par Retinger que Gide et Larbaud ont connu Joseph Conrad.) En 1908, à vingt ans, i
5 sans espoir. C’est sur cette opinion d’abord que Retinger estime qu’il faut agir. À la faveur du libéralisme de la Double Monar
6l’opinion sur l’existence d’un problème polonais. Retinger obtient l’appui de quelques riches Anglais d’origine polonaise et du
7 avec Joseph Conrad Au cours de ces mêmes années, Retinger s’était lié intimement avec Joseph Conrad, qu’il avait rencontré dès
8 fait ses premières études dans le même lycée que Retinger, mais vingt ans plus tôt, Conrad avait déjà derrière lui, à cette épo
9deste succès d’écrivain dans son pays d’adoption. Retinger et sa femme furent durant ces années, les seuls Polonais à fréquenter
10soudain l’idée d’écrire une pièce de théâtre avec Retinger. Le sujet fut aussitôt choisi : c’était celui de Nostromo, roman de C
11, fut déposé plus tard en Suisse, chez un ami, et Retinger note simplement dans son livre sur Conrad : « Je n’ai pas revu cet am
12 curieux de notre temps.) En juillet 1914, Madame Retinger, qui séjournait en Pologne russe, invita les Conrad et leurs deux fil
13uelque chose derrière moi. » « Et moi », note ici Retinger, dans une des très rares parenthèses intimes de ses souvenirs « je pe
14 à Londres, à travers tant de frontières fermées. Retinger installe les Conrad et sa femme dans une station de montagne, Zakopan
15s Affaires étrangères des pays alliés. Voilà donc Retinger chargé d’une mission politique de première importance pour sa patrie.
16sus quitte le bureau sous un prétexte quelconque. Retinger, laissé seul devant le téléphone, a compris. Il décroche l’appareil [
17e voir tout de suite » dit le Général. En chemin, Retinger imagine un stratagème qu’il aura l’occasion d’utiliser à plusieurs re
18sseport. Le général, convaincu par ce geste que « Retinger » n’est pas le vrai nom de son interlocuteur, et que celui-ci doit êt
19, « ce qui me remplit d’une fierté puérile » note Retinger. Il arrive à Vienne au matin d’un voyage épuisant qui lui a pris troi
20 un colonel, et la scène de Lemberg se reproduit. Retinger déclare en français qu’il lui faut un visa pour la France, et que son
21rendre en Suisse. C’est un premier résultat, mais Retinger veut davantage. Il donne à son taxi l’adresse de l’Ambassade d’Allema
22 l’Ambassade d’Allemagne. C’est l’heure du dîner. Retinger insiste auprès d’un secrétaire pour parler à l’Ambassadeur en personn
23 d’une soixantaine d’années apparaît et demande à Retinger pourquoi il veut absolument aller en France. « J’ai certains devoirs
24uivit ainsi pendant quelques minutes, note encore Retinger, puis l’Ambassadeur me regarda profondément dans les yeux et signa mo
25a gare, une foule assiège les trains en partance. Retinger va droit au commandant militaire, brandit son « permis n° 1 », fait v
26, le Commandant fait évacuer un compartiment pour Retinger, qui trois jours plus tard atteint sans encombres la Suisse. À Berne,
27gne : succès et revers Enfin de retour à Londres, Retinger se donne pour mission : 1° de pénétrer dans les cercles intimes du go
28z les Alliés.) Pour atteindre ces deux objectifs, Retinger ne dispose ni des fonds nécessaires, ni de l’appui d’une machine poli
29 la poursuite de la guerre. Le grand argument que Retinger va faire valoir est que deux millions de Polonais sont actuellement e
30n international. En novembre 1914, Asquith charge Retinger d’une mission aux États-Unis : il s’agit de voir jusqu’à quel point l
31ette mission qui, selon lui, échoua complètement, Retinger tire des leçons décisives pour la suite de sa carrière. Il est intére
32vité internationale. » Sitôt de retour en Europe, Retinger reprend — et non sans succès semble-t-il — son action personnelle aup
33e pas d’idées politiques originales. Il propose à Retinger de participer à des négociations secrètes en vue d’une paix séparée a
34udski. Dans ses conversations avec Joseph Conrad, Retinger a souvent évoqué le rêve d’une Pologne autonome qui se joindrait, com
35politiques, et par goût de l’aventure sans doute, Retinger accepte d’entrer dans le grand dessein de Boni. Il obtient des encour
36rencontre au château de Zizzers, près de Zurich — Retinger aboutit à la conclusion qu’en dépit de ce que souhaitent Charles, l’I
37çaise, qu’il l’ait jamais autorisé ni même connu… Retinger se demande, dans ses notes, si le rôle qu’il joua dans l’affaire fut
38aisons personnelles de le détester » (raisons que Retinger nous laisse ignorer) a cessé de le soutenir. « Il veut votre peau »,
39e Berthelot. Mais sûr de lui et de son bon droit, Retinger néglige tous ces avertissements. Jusqu’à ce jour d’octobre 1917 où il
40uteur, le comte Zamoyski. Puis le train partit. » Retinger se voyait donc banni de tous les pays alliés, cependant qu’Allemands
41 Mais le gouvernement interdit tout transfert, et Retinger passa les neuf mois suivant à Fuentarabbia et à Barcelone dans la mis
42incroyables difficultés et intrigues ingénieuses, Retinger réussit enfin à obtenir à crédit un passage pour La Havane, sur un pe
43 la retourner à son expéditeur. Dès le lendemain, Retinger se procurait « l’un des deux jobs les plus étranges de sa vie » (il o
44 pétrole Quelques mois plus tard, nous retrouvons Retinger au Mexique, engagé par Luis Negrete Morones — qu’il a connu sur le ca
45s jusqu’alors par les Américains. De 1919 à 1936, Retinger n’a pas fait moins de onze séjours dans ce pays, où seule la suite de
46es politiques. On comprend donc pourquoi, lorsque Retinger fut pour la première fois consulté par le gouvernement, il conseilla
47es dames. Depuis son arrivée au Mexique, en 1919, Retinger avait passé plusieurs mois avec Luis Morones et le groupe d’amis dont
48met à filtrer le lait dans l’étoffe crasseuse, et Retinger, en buvant, comprend soudain qu’il est devenu tout pareil à ces perso
49e prévu. Ils exigent 30 dollars et disparaissent. Retinger fait un paquet de ses vêtements, le met sur sa tête et traverse le fl
50illet pour Washington. Une fois dans la capitale, Retinger va trouver son ami Felix Frankfurter, qui occupe un poste gouvernemen
51éral Obregon étant devenu président, les amis que Retinger compte dans son gouvernement le rappellent au Mexique. C’est alors se
52. À la veille de Noël 1921, le président confie à Retinger qu’il est entré en possession d’un très volumineux dossier (5000 pièc
53accepter leurs conditions. Le président demande à Retinger d’élaborer un plan d’action. Après avoir étudié le dossier, Retinger
54 un plan d’action. Après avoir étudié le dossier, Retinger suggère que le Mexique en communique la substance à Herbert Hoover, a
55diplomatiques ordinaires étant loin d’être sûres, Retinger propose d’aller lui-même informer Mr. Hoover. Chargé de cette mission
56 sitôt sorti du bureau du juge, dans le corridor, Retinger est de nouveau arrêté, sous l’inculpation cette fois-ci d’être une ch
57menter ses prétentions jusqu’à ce que les amis de Retinger ne puissent plus payer. Les intérêts pétroliers sont prêts à tout pou
58érêts pétroliers sont prêts à tout pour maintenir Retinger à l’écart, jusqu’à ce que leurs plans se réalisent. (Ils échoueront d
59illeurs.) Enfin, après un nouveau mois de cachot, Retinger est relâché sans un mot d’explication ni d’excuse, traverse la fronti
60re consacré aux chefs syndicalistes avec lesquels Retinger collabora durant toute cette période : de l’Américain Sam Gompers (« 
61anecdotes, on peut déduire que l’action propre de Retinger dans la vie syndicale fut conforme à sa vocation la plus constante :
62imes des persécutions politiques. C’est ainsi que Retinger organise le premier congrès des unions syndicales de l’Amérique latin
63déjà quelques-unes des sources de l’européisme de Retinger : son patriotisme polonais, son éducation européenne, et l’influence
64l’établissement d’une paix mondiale. La pensée de Retinger sur ce sujet se précise au fur et à mesure de ses divers engagements
65 théorique ». Enfin, peu avant la Seconde Guerre, Retinger se lie avec Sir Stafford et Lady Cripps, et tous les trois décident d
66nglais et Polonais de Londres ont perdu sa trace. Retinger demande un avion pour aller à la recherche de son chef. Il connaît Si
67e prête à déclencher contre les Soviets. En 1939, Retinger qui, jusque-là, « n’a jamais servi ni un homme ni une organisation en
68énéral est redevenu président du Conseil en exil. Retinger sera désormais son conseiller le plus intime. L’avion militaire lourd
69sait rien des Polonais. Dans la panique générale, Retinger finit par trouver une piste, qui le conduit dans une petite ville de
70nt les premiers et presque les seuls à le croire. Retinger rédigea aussitôt un mémoire pour Eden, suggérant qu’un accord fût rap
71re commune contre Hitler. Partageant les idées de Retinger, le général Sikorski se trouvait prêt à intervenir quand la guerre hi
72s plus tard, le Foreign Office appelait d’urgence Retinger et lui communiquait, de la part de Staline, une offre d’accord. Les n
73d. Les négociations furent menées par Sikorski et Retinger du côté polonais, et par l’ambassadeur Maïski pour l’URSS, avec la co
74, soutenus par Churchill en personne, Sikorski et Retinger, se battant sur deux fronts, aboutirent à leurs fins. Le 31 juillet,
75le témoin. » À ce moment, sa voix se brisa, écrit Retinger, « et pour la première fois, je le vis pleurer ». De fait, le traité
76l’ambassadeur polonais désigné n’ayant pu partir, Retinger fut chargé de représenter les intérêts de son pays à Moscou et de fai
77nt, M. Mikolajczyk étant devenu Premier ministre, Retinger se convainquit peu à peu de la nécessité d’aller lui-même en Pologne
78pour cette mission. Pour des raisons de sécurité, Retinger fut d’abord caché dans une petite ville du sud de l’Italie, près de B
79s de vivres et d’armes furent jetés d’abord, puis Retinger s’approcha du trou. Un sergent le retint brusquement par le bras en h
80rète, vêtus de longs manteaux en peaux de mouton. Retinger et un autre Polonais de Londres, le jeune lieutenant Celt, qui l’acco
81été prises à Londres et en Italie, la présence de Retinger à Varsovie semble avoir été connue des nazis quelques heures après so
82 à haute voix : « Savez-vous la grande nouvelle ? Retinger est arrivé de Londres il y a trois jours ! » Deux officiers allemands
83ement de Londres. Et subitement, à la fin de mai, Retinger se vit privé de toute liberté de mouvements par un mal qui devait le
84té dans tous ces escaliers et passages sous-voie, Retinger enjoignit à son compagnon de prendre la sortie réservée aux Allemands
85vers leur cachette. C’est à Londres seulement que Retinger « réalisa » que la Gestapo possédait alors sa photo et recherchait « 
86vre son voyage vers Londres, avec ses compagnons, Retinger reçut une dépêche lui demandant de se rendre au Caire. Il repartit sa
87 à terre, à l’aérodrome de Varsovie, au moment où Retinger montait dans l’avion qui devait les ramener tous deux à Londres, puis
88les ramener tous deux à Londres, puis emprisonné. Retinger ne réussit à le faire libérer qu’en s’adressant directement à Molotov
89s presque aussitôt reperdue au profit des Russes, Retinger ne voyait plus ce qu’il pouvait faire pour son pays, dans le cadre de
90 Mouvement européen. Dès 1941, à l’instigation de Retinger, le général Sikorski avait pris l’initiative de grouper périodiquemen
91e, Bech, Aghnides, Dejean, et plus tard Massigli. Retinger note que l’idée du Benelux naquit au cours d’une de ces réunions. La
92avec les Polonais, après être allé à Moscou. Mais Retinger suivait son idée. Le 8 mai 1946, il inaugura sa campagne par une conf
93Parmi eux, Duncan Sandys, gendre de Churchill, et Retinger. Au lendemain du discours d’introduction que j’avais prononcé, je me
94bruyante, étroitement rattachée au Plan Marshall. Retinger se contenta d’émettre l’idée d’un Congrès de l’Europe réuni sous les
95e fut annoncée ce jour-là. Cependant, la solution Retinger ne devait pas tarder à s’imposer, non point parce qu’il l’avait bien
96iam Rappard. J’arrangeai l’entrevue dans un café. Retinger parla d’un Congrès sur l’unité européenne, qui allait se tenir en mai
97ai. C’était peu clair, Rappard restait sceptique. Retinger lui offrit alors de présider la séance plénière sur les questions éco
98ombinaison pour tenter d’y mettre un peu d’ordre. Retinger avait bien joué. Il sentait depuis Montreux que j’étais « engagé », n
99r à fin avril, dans toutes les villes d’Europe où Retinger avait passé de son petit pas traînant, parfois au bras d’un secrétair
100 par les divers mouvements, souvent antagonistes. Retinger évitait avec soin de prendre position dans leurs conflits de doctrine
101 La Haye le 7 mai 1948 fut l’œuvre personnelle de Retinger, et peut-être le couronnement de sa carrière. Nous étions quelques-un
102ussite du Congrès de l’Europe fut la manière dont Retinger sut l’exploiter. Au cours des semaines qui suivent, il multiplie les
103se, sans perdre un jour et sans un seul discours, Retinger, on peut le dire, a forcé le destin, et vaincu l’inertie la plus lour
104ents, les milieux politiques et financiers. C’est Retinger en étroite coopération avec Duncan Sandys, alors président du Mouveme
105bien d’autres. Je ne crois pas que Jean Monnet et Retinger ont jamais travaillé ensemble : leurs méthodes étaient trop différent
106omplémentaires. Mais ce n’est pas sans raison que Retinger fut invité à assister à la signature par Jean Monnet et Duncan Sandys
107 n’eût pas vu le jour sans les efforts tenaces de Retinger non seulement au sein du Mouvement européen, mais dès avant le Congrè
108EC une Fondation européenne, c’est encore grâce à Retinger que l’idée réussit à prendre corps. Ses avis et ses interventions fur
109eunesse, puis le groupe de Bilderberg, le rôle de Retinger ne fut pas moins décisif, pas moins « instrumental », au sens anglais
110il, je dis un jour à Bob Boothby, en lui montrant Retinger qui circulait d’un groupe à l’autre : « Je crois que j’ai trouvé le s
111asser. » Boothby répéta sur le champ l’histoire à Retinger, qui en fut ravi. Comme il le fut une autre fois, quand je lui demand
2 1968, Preuves, articles (1951–1968). Vingt ans après, ou la campagne des congrès (1947-1949) (octobre 1968)
112est un Polonais d’une soixantaine d’années, le Dr Retinger, qui a des vues sur le rassemblement des très nombreux groupements is
113cheville ouvrière de cette action avait été le Dr Retinger 155 , bras droit du général [p. 21] Sikorski, chef du gouvernement po
114’eût été le cas si l’UEF avait rompu avec Sandys, Retinger et Courtin. Mais gardons pour plus tard l’évaluation des résultats de
115mmission) un temps qui, à dire vrai, me manque. » Retinger m’avait appuyé fort habilement. [p. 24] Il m’écrivait le 29 mars (ave
116llir à Westminster Abbey. Puis à pied jusque chez Retinger, que je trouvai devant une patience de cartes. Il m’emmena dîner dans
117 lendemain matin, et qu’un secrétaire, alerté par Retinger, viendrait à l’aube prendre mon texte pour le remettre à l’imprimerie
118issiers nous prièrent de sortir. J’envoyai quérir Retinger et Paul van Zeeland, qui étaient à la tribune. Dans une petite salle
119in de reprendre l’initiative saisie par Sandys et Retinger dès avant La Haye. L’équipe des dirigeants de Montreux, accusée d’avo
3 1970, Lettre ouverte aux Européens. Lettre ouverte
120aordinaire animateur, le Polonais Joseph [p. 18] Retinger — résulte le Congrès de l’Europe, qui se réunit à La Haye au mois de