1 1920, Articles divers (1924–1930). La Tour de Hölderlin (15 juillet 1929)
1lderlin (15 juillet 1929) n « Je lui ai raconté qu’il habite une chaumière au bord d’un ruisseau, qu’il dort les portes o
2qu’il habite une chaumière au bord d’un ruisseau, qu’il dort les portes ouvertes, et pendant des heures récite des odes gre
3sieurs touches sonnent encore, et c’est là-dessus qu’il improvise, oh ! j’aimerais tant aller là-bas, cette folie m’apparaî
4 plus difficile de se faire comprendre par un sot que par un fou. » L’hiver dernier, m’occupant assez longuement d’un des p
5ible dans son œuvre. Car ce poète n’est peut-être que le lieu de sa poésie, — d’une poésie, l’on dirait, qui ne connaît pas
6derlin signe maintenant Scardanelli des quatrains qu’il donne aux visiteurs venus pour contempler la victime d’un miracle.
7igne familièrement l’image d’une femme par le nom qu’elle portait au mystère de l’amour… Trois petites fenêtres ornées de c
8 de la jeunesse, voilà si longtemps, si longtemps qu’elles ont fui. Avril et Mai et Juin sont lointains, Je ne suis plus ri
9’aime plus vivre. Il y avait encore plus de paix que maintenant. La grande allée sur l’île n’existait pas, en face, ni les
10ale. Il y a pourtant cette petite chambre… Est-ce que tout cela existe dans le même monde ? (Il est bon de poser parfois de
11e, où il a perdu son âme. Et puis il n’est revenu qu’un vieux corps radotant. — Qu’en pensez-vous, bonnes gens ?… Il a eu t
12uis il n’est revenu qu’un vieux corps radotant. — Qu’en pensez-vous, bonnes gens ?… Il a eu tort, sans doute. Tout le monde
13ver malsain ce genre de tentatives : cela ne peut que mal finir. Ceux du bon sens hochent la tête et citent la phrase la pl
14’eau… elle est tellement d’ailleurs… Faut-il donc que l’un des deux soit absurde, de ces mondes à mes yeux soudain simultan
15ultanés ?…      Le tragique de la facilité, c’est qu’elle n’est qu’un oubli. Et pourtant, comme elle paraît ici bien établi
16  Le tragique de la facilité, c’est qu’elle n’est qu’un oubli. Et pourtant, comme elle paraît ici bien établie, triomphante
17ux, ces âmes indulgentes à leur banalité ? Est-ce qu’ils ne soupçonnent jamais rien ? Ou bien, peut-être, seulement, quand
18stement, nous fait comprendre, dans le temps même qu’il nous entr’ouvre le ciel, qu’il est bon qu’il y ait le monde… Mais q
19dans le temps même qu’il nous entr’ouvre le ciel, qu’il est bon qu’il y ait le monde… Mais que cette musique vulgaire, par
20même qu’il nous entr’ouvre le ciel, qu’il est bon qu’il y ait le monde… Mais que cette musique vulgaire, par quel hasard, d
21le ciel, qu’il est bon qu’il y ait le monde… Mais que cette musique vulgaire, par quel hasard, donne l’accord qui m’ouvre u
2 1924, Articles divers (1924–1930). M. de Montherlant, le sport et les Jésuites (9 février 1924)
22st peut-être prématuré, tout au plus peut-on dire qu’à l’heure présente déjà, son œuvre, comme celle de Barrès, nous offre
23son œuvre, comme celle de Barrès, nous offre plus qu’un agrément purement littéraire : une leçon d’énergie. Il se pique de
24’à ce jour au moins, cette inquiétude libératrice que produit la recherche de la vérité. Dès son premier livre, il s’est mo
25 donné le coup de grâce à cet esthétisme énervant qu’on appelle symbolisme ; et elle a donné naissance à la doctrine de M.
26pour M. de Montherlant comme pour Maurras, est ce qu’il importe de sauvegarder, avant tout autre principe. Jusqu’ici, rien
27rançaise ; remarquons toutefois cette séparation, que Maurras n’a pas faite aussi franchement, du catholicisme et du christ
28ianisme, le christianisme étant dans le même camp que la Réforme. M. de Montherlant n’est décidément pas philosophe. Peut-ê
29e. Peut-être ne lui a-t-il manqué pour le devenir que le temps de méditer : il a quitté le collège jésuite pour la tranchée
30libres. Et cela me semble d’autant plus paradoxal que M. de Montherlant est justement un des premiers Français qui ait comp
31ustement un des premiers Français qui ait compris que le but du sport n’est pas la performance, mais le style et la méthode
32s indispensable : « Ces simplifications valent ce que valent toutes les simplifications, qu’on les appelle ou non idées gén
33 valent ce que valent toutes les simplifications, qu’on les appelle ou non idées générales, et j’avoue bien volontiers qu’i
34u non idées générales, et j’avoue bien volontiers qu’il n’est pas une opinion sur le monde à laquelle je ne préfère le mond
35resque brutale parfois, un style de sportif, mais qu’on sent humaniste et poète, un style à la fois bref et chaud, imagé et
36naît de l’ordre », et aussi parfois, de la pensée que « sur ces corps de l’entre-deux-guerres, … cinq sur dix sont désignés
37é la piste d’herbe, c’est une allégresse héroïque qu’infuse à son corps la douce matière. L’air et le sol, dieux rivaux, se
38ine du désir de l’air. Danse-t-il sur une musique que je n’entends pas ? » — Mais plus que le corps en mouvement, c’est la
39 une musique que je n’entends pas ? » — Mais plus que le corps en mouvement, c’est la domination de la raison sur ce corps
40On accepte une règle ; on l’assimile, à tel point qu’elle n’est plus une entrave à la violence animale déchaînée dans le co
41t insiste plutôt sur le sentiment des hiérarchies que sur celui de la solidarité, comme bien l’on pense). Enfin, enseigneme
42verna le monde ancien : La moitié est plus grande que le tout ». Le sport comme un apprentissage de la vie : tout servira p
43 dix qui sont à lui. Il dit : « Je ne demande pas qu’on m’aime. Je demande qu’on me soit dévoué. » Ils disent : « Tu es not
44it : « Je ne demande pas qu’on m’aime. Je demande qu’on me soit dévoué. » Ils disent : « Tu es notre capitaine. » Ces chose
45e. » Ces choses ne sont pas dites en vain. Stades que parcourent de jeunes et purs courages, donnez-moi votre silence jusqu
46urages, donnez-moi votre silence jusqu’à l’heure. Que je taise votre mot de ralliement, paradis à l’ombre des épées. Rien
47es épées. Rien de moins artificiellement moderne que ce lyrisme sobre et prenant : « Si l’on s’échauffe, s’échauffer sur d
48tera ainsi tout niais romantisme. Je sais bien ce qu’on objectera : le sport ainsi compris, plus que l’apprentissage de la
49ce qu’on objectera : le sport ainsi compris, plus que l’apprentissage de la vie, est l’apprentissage de la guerre, dira-t-o
50combat. » C’est donc à un lacédémonisme renouvelé que nous conduirait cette « éthique du sport » tempérée de raison. Ce qu’
51cette « éthique du sport » tempérée de raison. Ce qu’on en peut retenir, c’est la méthode, car je crois qu’elle sert mieux
52n en peut retenir, c’est la méthode, car je crois qu’elle sert mieux la démocratie que l’Église romaine, quoi qu’en pense M
53de, car je crois qu’elle sert mieux la démocratie que l’Église romaine, quoi qu’en pense M. de Montherlant. Et voici, ô par
54en pense M. de Montherlant. Et voici, ô paradoxe, qu’il rejoint Kant, Kant qui écrit : « C’est sur des maximes, non sur la
55: « C’est sur des maximes, non sur la discipline, qu’il faut fonder la conduite des jeunes gens : celle-ci empêche les abus
56 aura plus besoin de roman catholique. » C’est ce qu’on pourrait appeler une « morale constructive » : porter l’effort sur
57st bâtie son œuvre. L’intéressant sera de voir ce qu’il sacrifiera, de la morale sportive ou de la morale jésuite. Mais enf
58 et la retenue de l’âge mûr, cette « limitation » que lui ont enseigné le sport et les anciens. J’admets que ses « idées gé
59ui ont enseigné le sport et les anciens. J’admets que ses « idées générales » ne vaillent rien 2  ; sa morale virile nous e
60; sa morale virile nous est néanmoins plus proche que la sensualité vaguement chrétienne de tel autre écrivain catholique.
61anc jeu. S’il faut lutter contre lui, nous savons qu’il observera les règles. Saluons-le donc du salut des équipes avant le
3 1924, Articles divers (1924–1930). Conférence de Conrad Meili sur « Les ismes dans la peinture moderne » (30 octobre 1924)
62rès maîtres de leur technique (contrairement à ce que pense souvent le public), ils préparent l’avènement d’un classicisme
63un relief remarquable. Les œuvres de cet artiste, qu’on a pu voir à la Rose d’Or témoignaient de ces mêmes qualités : car l
4 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925)
64 Montherlant est dur pour ses erreurs plus encore que pour celles de l’adversaire, ce qui est beaucoup dire. Il y avait dan
65urifié dans le Chant funèbre. Et une phrase telle que « … Nous sommes sûrs de ne pas nous tromper en nous inquiétant de fai
66t, puis tablent sur eux, et d’autres qui tiennent qu’une telle attitude est responsable de ces carnages ». Naguère il était
67 légendaires de Verdun, et ce « haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre : « Ranim
68s contraires s’unissent dans la grandeur. La paix qu’il appelle, c’est autre chose que l’absence de guerre, c’est une paix
69randeur. La paix qu’il appelle, c’est autre chose que l’absence de guerre, c’est une paix que travaillerait le levain des v
70tre chose que l’absence de guerre, c’est une paix que travaillerait le levain des vertus guerrières. « Il faut que la paix,
71lerait le levain des vertus guerrières. « Il faut que la paix, ce soit vivre. » Par tout un livre libéré de souvenirs héroï
72 la paix, c’est vers de plus sereines exaltations qu’il va porter son ardeur. Il va chercher le souvenir de l’aventure anti
73e soumission au réel durement consentie, voilà ce que nous admirons dans le Chant funèbre. Ce mot de grandeur revient souve
74 de plain-pied, en même temps que dans la guerre. Que de sacrifices ne lui devra-t-il pas offrir ainsi les romans « intéres
75briand, voire à la Barrès, dont il est capable et qu’il lui faudra livrer au « feu de vérité » qui [p. 382] brûle dans son
76sse, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle paraît parfois, lorsque la tourmente humaine ne la moleste ni ne
5 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Breton, Manifeste du surréalisme (juin 1925)
77aison de nos esprits, va périr. C’est du moins ce que proclame M. Breton en un manifeste dont la pseudo-nouveauté nous reti
78ste dont la pseudo-nouveauté nous retiendra moins que la significative pauvreté idéologique et morale qu’il révèle. Le styl
79e la significative pauvreté idéologique et morale qu’il révèle. Le style brillant et elliptique qui tend à devenir notre po
80à masquer la banalité de la pensée. D’autant plus que les rares passages où il expose directement les principes de sa « rév
81rale. » (p. 42). Le Surréalisme ne serait-il donc qu’une sorte de méthode des textes généralisée ? Point du tout ! Il paraî
82es textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît qu’il est la seule attitude littéraire aujourd’hui concevable. Mais par q
83 Dans le monde du Rêve autant de cellules isolées que de rêveurs. Toute poésie est incommunicable, le poète étant un simple
84s hommes se comprendront-ils individuellement ? » Que M. Breton donne des « recettes pour faire un poème » cette mystificat
85ation à sa défense de la poésie pure. Les beautés que j’y vois ne me seraient-elles perceptibles que par le fait d’une fort
86és que j’y vois ne me seraient-elles perceptibles que par le fait d’une fortuite coïncidence entre l’univers du poète et le
87re parfaitement impénétrables. Je crois même voir que M. Breton serait un très curieux poète s’il ne s’efforçait de donner
88r raison aux 75 pages où il voulut nous persuader que tout poème doit être une dictée non corrigée du Rêve. Je reconnais à
89ents. Plaisante ironie, si cette attitude n’était qu’une protestation contre nos poncifs intellectuels. Mais elle risque bi
90 dont ils se réclament imprudemment, — on sait ce que c’est que la « liberté » d’un esprit pur de tout finalisme ! Surréali
91se réclament imprudemment, — on sait ce que c’est que la « liberté » d’un esprit pur de tout finalisme ! Surréalisme S.A.,
92ition abandonnés par Dada S.A. Ce n’est pas ainsi que nous sortirons d’une anarchie dont les causes semblent avant tout mor
93es tendances encore un peu vagues d’un groupe tel que Philosophies laissent pressentir des révolutions plus réelles. On sou
94ssentir des révolutions plus réelles. On souhaite qu’après faillite faite, les surréalistes trouvent à montrer leur talent
95ympathie. L’agaçant, avec les surréalistes, c’est que — pour reprendre un mot de Cocteau — ils « embaument de vieilles anar
6 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Colin, Van Gogh (août 1925)
96ts de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions critiques s’en dégagent avec évidence. Van Gogh fut u
97nce. Van Gogh fut une proie du génie. L’homme tel que nous le peint Paul Colin, est peu intéressant. On en a connu bien d’a
98fondent des groupes dissidents. Le miracle, c’est que le plus sauvage génie ait choisi un être de cette espèce pour le tour
99i-même : « Il y a quelque chose au dedans de moi. Qu’est-ce que c’est donc ? » Ses premiers dessins sont de gauches copies
100 Il y a quelque chose au dedans de moi. Qu’est-ce que c’est donc ? » Ses premiers dessins sont de gauches copies de Millet.
101e terrassant un corps minable, il ne restera plus que les flammes, les soleils et aussi les grimaces de douleur de ses tabl
102phie fournissent un meilleur motif à l’admiration que tout le lyrisme dont on a voulu charger la « vie héroïque » de Vincen
7 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Lucien Fabre, Le Tarramagnou (septembre 1929)
103apide, elle est complète aussi. On s’étonne de ce que Fabre, disciple de Valéry, puisse rédiger des romans si bouillonnants
104ouvenir des luttes religieuses encore vivace fait que les paysans gardent une méfiance frondeuse vis-à-vis du gouvernement,
105ue. En fermant le livre on a presque l’impression qu’il a réussi ce grand roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de
106esque l’impression qu’il a réussi ce grand roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de style, n’est-ce pas le meilleu
107dans la première partie, qui est confuse. Non pas que le roman soit mal construit, au contraire. Mais le tissu des faits se
108-d’œuvre ou pas chef-d’œuvre d’ailleurs, il reste que le Tarramagnou est un livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste
109n livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste que Lucien Fabre a tenté, et en somme, réussi, une entreprise bien téméra
110de nos jours : un roman à thèse aussi intelligent que vivant. p. 1151 d. « Lucien Fabre : Le Tarramagnou (NRF, Paris
8 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Les Appels de l’Orient (septembre 1929)
111nts. La littérature de ces dernières années n’est qu’une forme de reportage international. L’Europe menant cette immense en
112cher dans une confrontation avec l’Orient, plutôt qu’une réelle connaissance de l’Orient, une conscience d’elle-même. C’est
113être pour provoquer cette confrontation seulement qu’on a imaginé un péril oriental, car il semble bien que dans le domaine
114e dans le domaine de la culture le péril n’existe que pour autant qu’on en parle, la vraie « question asiatique » étant une
115e » étant une question politique. On peut prévoir que si le bouddhisme jouit un jour d’un renouveau, c’est à quelques savan
116’un renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devra, tandis que d’un mouvement inverse, le christianisme débar
117les Guénon, qui les font entendre, autant et plus que les Tagore et les Gandhi, demi-européanisés. Ceci convenu, il faut re
118i-européanisés. Ceci convenu, il faut reconnaître que l’enquête des Cahiers du Mois donne un fort intéressant tableau des m
119 suite, renseignent mieux sur l’esprit occidental que sur l’oriental, en sorte que cette enquête rejoint parfois celle qu’o
120 en sorte que cette enquête rejoint parfois celle qu’ouvrit la Revue de Genève sur « l’Avenir de l’Europe. » (Cf. les deux
121ue [p. 1153] et poétique. « Orient…, toi qui n’as qu’une valeur de symbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’
122e symbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’agit, et Jean Schlumberger le définit encore : « … tout ce qui es
123es et Chine sous une dénomination qui n’a de sens que par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classement parmi
124s conclusions tirées de points de vue semblables, qu’un esprit analytique et organisateur d’occidental se perdra ici dans u
125inisme, et la déplorent. Plusieurs jeunes songent que dans une Europe vieillie, les parfums puissants de l’Asie sauront enc
126qui pensent inévitable le choc de deux mondes, et que seule une intime connaissance mutuelle l’adoucira. Il y a ceux qui à
127a. Il y a ceux qui à la suite de Claudel estiment que la question ne se pose pas, puisque nous sommes chrétiens. (Mais le c
128nisme, religion missionnaire, ne peut nous donner qu’une supériorité provisoire et qui porte en son principe le germe de sa
129s et des documents. Pour beaucoup, l’Orient n’est qu’un prétexte à variations sur le thème favori. M. Massis, par exemple,
130 M. Embiricos, a trouvé la formule qui définit ce que les autres entendent vaguement par Orient : l’Asie est le subconscien
9 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929)
131 des fous. Oui, le contrôle de nous-mêmes ne joue que soutenu par le contrôle que les autres nous imposent », dit un héros
132de nous-mêmes ne joue que soutenu par le contrôle que les autres nous imposent », dit un héros de Mauriac. C’est un « homme
133 dit un héros de Mauriac. C’est un « homme seul » qu’a peint « par le dedans » M. Jean Prévost, en un saisissant raccourci
134ut ce qui est déterminé par l’extérieur, — ce fou que nous portons tous en nous, — il [p. 1157] l’a isolé, incarné, nommé :
135elle n’en est pas moins probante. Une œuvre d’art que ce petit livre ? C’est avant tout une démonstration ; mais, puissante
136s sentences : « C’est de la faiblesse de nos yeux que frissonnent les étoiles. » p. 1156 f. « Jean Prévost : Tentative
10 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Almanach 1925 (septembre 1925)
137ù l’on avait concentré la dynamite internationale qu’Ibsen voulait placer sous les arches de la vieille société », pour rep
138t l’Almanach Fischer donnent une juste idée de ce que fut la littérature d’avant-garde entre 1900 et 1910. Depuis, la maiso
139paraît s’être un peu embourgeoisée… Disons plutôt que voici venu le temps de la moisson, — le temps des éditions d’Œuvres c
11 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Otto Flake, Der Gute Weg (septembre 1929)
140si l’on a pu reprocher à ses tableaux de l’Europe qu’il vient de parcourir quelque superficialité, du moins faut-il le loue
141r roman sans exposer et discuter toutes les idées qu’elles illustrent. Les personnages discutent certes, mais leurs actions
142chemin » de la santé et de la raison. C’est à lui que va la sympathie de l’auteur et la nôtre. p. 1163 h. « Otto Flake
12 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929)
143te œuvre « d’importance européenne », croyez-vous qu’il aille s’abandonner à l’émotion communicative de qui découvre un som
144, telles sont les vertus de sa critique. Ce n’est que dans sa discrétion à louer une grande œuvre qu’on trouvera la mesure
145t que dans sa discrétion à louer une grande œuvre qu’on trouvera la mesure de son admiration et le gage de sa légitimité. N
146admiration et le gage de sa légitimité. Nul doute que les Trois nouvelles exemplaires ne suscitent un intérêt très profond 
147lui d’une pièce de Pirandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des trois nouvelles « sont réels, très réels, de la r
148rès réels, de la réalité la plus intime, de celle qu’ils se donnent eux-mêmes dans leur pure volonté d’être ou de ne pas êt
149ro Gomez cynique et puissant de confiance en soi, qu’une volonté presque inhumaine torture et conduit au crime. Et s’ils s’
150es, laisse la même impression de grandeur désolée qu’un Greco. Mais il n’y a pas les couleurs, ni l’amère volupté des forme
13 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929)
151 du Vinet de M. Seillière, de ce nouveau chapitre qu’il vient d’ajouter à sa grande étude sur les rapports du christianisme
152sticisme naturiste ». Il ne pouvait trouver mieux que Vinet. Et j’imagine son étonnement à découvrir dans l’œuvre du penseu
153e corps de doctrines critiques. Dirai-je pourtant que je crains qu’il n’ait été incité parfois, et presque inconsciemment,
154trines critiques. Dirai-je pourtant que je crains qu’il n’ait été incité parfois, et presque inconsciemment, à gauchir légè
155. C’est peut-être pourquoi il insiste sur le fait que Vinet se déclarait « un chrétien sans épithète ». Croit-il éluder [p.
156ainsi le protestantisme de Vinet ? Ne voit-il pas que rien n’est plus protestant qu’une telle attitude ? Mais ces réserves
157t ? Ne voit-il pas que rien n’est plus protestant qu’une telle attitude ? Mais ces réserves sont de peu d’importance si l’o
158sont de peu d’importance si l’on songe au service que M. Seillière nous rend en réintroduisant dans l’actualité la plus brû
159it M. Seillière — me paraît infiniment plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus rée
160t infiniment plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus réellement profonde, son poin
161re pas de pensée plus vivante, ni de plus tonique que celle de ce « Pascal protestant ». p. 1197 k. « Ernest Seilliè
14 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Gravitations (décembre 1929)
162 les morts… « … Cette chose haute à la voix grave qu’on appelle un père dans les maisons. » Comme Valéry, ce poète sait « d
163tuer une anecdote purement poétique dans un monde qu’il s’est créé. Jamais banal, il est parfois facile : la description du
164, il est parfois facile : la description du monde qu’il invente nous lasse quand elle ne l’étonne plus assez lui-même (pour
165l influence ou seulement co-génération ? Pour peu qu’ils sortent des cafés littéraires, nos poètes respirent le même air du
166mpté Pégase et caracole dans les étoiles. J’avoue que l’univers intérieur où il lui arrive de graviter me trouble mieux que
167eur où il lui arrive de graviter me trouble mieux que son lyrisme cosmique. On est plus près de l’infini au fond de soi qu’
168ique. On est plus près de l’infini au fond de soi qu’au fond du ciel. p. 1560 l. « Jules Supervielle : Gravitations (N
15 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929)
169ssé, révolution tout de même, ne pouvait produire qu’une littérature très neuve de forme et traditionaliste d’inspiration,
170arler d’un grand siècle littéraire irlandais ; ce que d’ailleurs Mlle Simone Téry ne fait pas. Car elle veut éviter l’embal
16 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hugh Walpole, La Cité secrète (décembre 1929)
171n, un Kessel ont donné de beaux exemples du parti que peut tirer le nouveau romantisme de ce chaos. Salmon a même tenté d’e
172e sinistre, et s’arrête au moment où l’on est sûr que ça brûle bien. Quel sujet plus riche pouvait-on rêver pour un psychol
173r pour un psychologue de la puissance de Walpole, que l’âme russe — cette âme russe qui pour le Parisien restera toujours «
174me, dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions de petits. Voici naît
175nt pour en préciser les conséquences. C’est ainsi qu’interviennent les trois Anglais mêlés au drame. M. Walpole leur a dévo
176 un foyer, tantôt dans une église, pour constater que la foule ne réagit pas autrement que les individus. L’auteur, qui est
177ur constater que la foule ne réagit pas autrement que les individus. L’auteur, qui est l’un de ces Anglais, tombe malade av
178 fois que le récit doit sauter quelques semaines. Qu’on veuille bien ne voir autre chose dans ces « procédés », d’ailleurs
179ces « procédés », d’ailleurs assez peu choquants, que le revers de grandes qualités de réalisation d’idées en faits ou en s
180 Markovitch, derrière sa vitre, tremblait si fort qu’il avait peur de trébucher et de faire du bruit. Il songea : — C’est l
181re du monde dans l’appartement. Il avait si froid que ses dents claquaient. Il quitta sa fenêtre, se traîna jusqu’à l’angle
182onnages le suggèrent de toute la force du trouble qu’ils créent en nous : Markovitch par exemple, ou Sémyonov, un cynique s
17 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Adieu, beau désordre… (mars 1926)
183nt profond et la ruine. Mais certes, il est temps qu’une lueur de conscience inquiète quelques chefs, montre à quelques men
184mes politiques, mais on a si souvent l’impression qu’ils battent la mesure devant un orchestre qui, sans eux, jouerait auss
185udrait balayer. Je parle en général, sachant bien qu’un Romier, un Bainville, quelques autres, sont parmi les plus conscien
186de la bêtise de tous les partis, on comprendra ce que je veux dire. Il faudrait balayer, — et mettre qui à la place ? Nos p
187 révélation ou quel oubli. C’est un dilettantisme qu’ils ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque une certitude fon
188rquoi ils ne peuvent prétendre à l’action sociale que l’époque réclame  1 . C’est aussi pourquoi l’on ne saurait accorder t
189on efficace de servir. ⁂ On se complaît à répéter que nous vivons dans le chaos des idées et des doctrines, et qu’il n’exis
190vons dans le chaos des idées et des doctrines, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hors un certain « confusionnisme »
191r vertu. Ce qui n’a rien d’étonnant : ils ne sont que les projections du moi de leurs auteurs. Or l’égoïsme est vertu cardi
192t ici la conception même de la littérature, telle qu’elle apparaît chez les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il
193hez les émules de Barrès comme chez ceux de Gide, qu’il faut préciser. L’éthique et l’esthétique convergent dans la littéra
194de tout le « mal », le Romantisme — et c’est plus que probable. Mais il en tirait une raison nouvelle de le condamner, et n
195pouvons le suivre jusque-là : il est vain de dire qu’une époque s’est trompée, puisqu’elle seule permet la suivante qui peu
196é essayé. Dégoût, parce qu’on se connaît trop, et que plus rien ne retient. (Or on ne crée que contre quelque chose, contre
197trop, et que plus rien ne retient. (Or on ne crée que contre quelque chose, contre soi, contre une difficulté.) Dégoût de l
198, Breton, de crier « Révolution toujours » — tant qu’il y a des gens pour vous faire du pain ; et c’est très beau, Aragon,
199 ne plus rien attendre du monde, mais on voudrait que de moins de gloriole s’accompagnât votre ultimatum à Dieu. Mais, seco
200 attend en vain sa Révélation : « C’est peut-être que je suis médiocre entre les hommes ». C’est plutôt qu’il est trop atta
201je suis médiocre entre les hommes ». C’est plutôt qu’il est trop attaché encore à se regarder chercher, absorbant son atten
202orbant son attention dans une sincérité si voulue qu’elle va parfois à l’encontre de son dessein. ⁂ Décidément nous sommes
203nt isolé, commenté par ceux qui le portent en eux qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas de pei
204itique des méthodes et des façons de vivre autant que de penser qui les ont amenés aux positions qu’on vient d’esquisser. M
205nt que de penser qui les ont amenés aux positions qu’on vient d’esquisser. Mais on trouve tout dans les livres des jeunes,
206éléments mêlés de la personnalité. Toute tendance qu’ils découvrent en eux est non seulement légitime à leurs yeux, mais « 
207ime à leurs yeux, mais « tabou » ; et c’est vertu que de favoriser son expansion. — Mais je trouve en moi ordre et désordre
208etc. Si je les cultive simultanément il est clair que les tendances négatives l’emportent, il est plus facile et plus enivr
209lus facile et plus enivrant de se laisser glisser que de construire. Et l’on y prend vite goût. [p. 316] Cela tourne alors
210té à l’alcool singulièrement perfide de perdre ce que nous chérissons… Nous apprîmes à mépriser les longues vies heureuses
211us apprîmes à mépriser les longues vies heureuses que nous avions jusqu’alors enviées, et une nuit, nous fîmes le procès de
212 dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Cette lass
213lassitude facile à juger du dehors n’était pas ce qu’il y a vingt ans on nommait blasé. Rien n’était émoussé en nous, mais
214t commis par un héros de roman, à la vie gratuite que prétendent mener les surréalistes, il n’a fallu que le temps pour une
215e prétendent mener les surréalistes, il n’a fallu que le temps pour une folie de s’emballer. La plupart des romans de jeune
216 chose ; à la merci des circonstances extérieures qu’il méprise toutes également ; n’attendant rien que de ses impulsions e
217qu’il méprise toutes également ; n’attendant rien que de ses impulsions et contemplant avec une lucidité parfois douloureus
218uloureuse ses propres actes dont il s’étonne mais qu’il se garde de juger 5 . Il y a véritablement une littérature de l’ac
219roi d’après-tombe qui m’empêcheront de joindre ce que je désire ; ni rien — rien que l’orgueil, sachant une chose si forte,
220ront de joindre ce que je désire ; ni rien — rien que l’orgueil, sachant une chose si forte, de me sentir plus fort encore
221e — n’est pas si douce encore, n’est pas si bonne que de céder à vous, désirs, et d’être vaincu sans bataille. On voit asse
222 ce mouvement de l’esprit qui n’utilise une borne que pour sauter plus loin. Ainsi, c’est par humilité qu’on renoncera à la
223 pour sauter plus loin. Ainsi, c’est par humilité qu’on renoncera à la vertu, sous prétexte qu’elle pousse à l’orgueil ; c’
224umilité qu’on renoncera à la vertu, sous prétexte qu’elle pousse à l’orgueil ; c’est par sincérité qu’on mentira, puisque p
225 qu’elle pousse à l’orgueil ; c’est par sincérité qu’on mentira, puisque parfois nous sommes spontanément portés à mentir.
226oute chose, au-delà de toutes limites. « Il n’y a que les excès qui méritent notre enthousiasme ». Mais « cette fureur qui
227ulière jusqu’à ses dernières conséquences suppose qu’on ait perdu le sens des ensembles rationnels. Nous ne pensons plus pa
228e rythme des jours et des nuits [p. 318] à mesure que se développe une civilisation mécanicienne. (Les machines n’ont pas b
229 par des générations qui ne lèguent aux suivantes que leur lassitude : sachons au contraire profiter des démonstrations par
230tes — ne s’isolant pas de la Société ; ils savent que pour lutter il faut des armes et ne méprisent pas la culture ; sans a
231 méprisent pas la culture ; sans autre parti-pris que celui de vivre, c’est-à-dire de construire ; sobres de langage et maî
232age et maîtres de leurs corps exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de l
233exercés, ils savent qu’il n’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que dans la soumission
234’y a de pensée valable qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que dans la soumission aux lois naturelles ; et le
235qu’assujettie à son objet, qu’il n’y a de liberté que dans la soumission aux lois naturelles ; et leur effort est de retrou
236 de leur misère. Pareils à ceux dont Vinet disait qu’ils s’en vont « épiant toutes les émotions de l’âme, et lui multiplian
237nt dont sortira peut-être une foi nouvelle ; mais qu’ils sachent, quand viendra le moment, détourner les yeux de leur reche
238eux de leur recherche pour contempler un absolu ; qu’ils osent se faire violence pour se hisser dans la lumière. « Il vaut
239 Il vaut mieux, dit encore Vinet, ne voir d’abord que les grands traits de sa nature, ne connaître que les grands mots de l
240 que les grands traits de sa nature, ne connaître que les grands mots de la langue morale, suivre à l’égard de soi-même la
18 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926)
241ce assez piquante de ses péripéties. Quel dommage que l’auteur l’ait alourdi d’une idéologie, souvent plus généreuse que ne
242t alourdi d’une idéologie, souvent plus généreuse que neuve, et qui eût gagné à être mise en action plutôt qu’en commentair
243ve, et qui eût gagné à être mise en action plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville paraît mieux à l’aise
244 à l’aise dans la description du milieu patricien que dans la création d’un caractère de grand peintre. Pourtant, malgré de
19 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Wilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926)
245e, parce que c’est dimanche, parce qu’il pleut et qu’on s’ennuie. Si la vie est bête à pleurer, sourire est moins fatigant.
20 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Cécile-Claire Rivier, L’Athée (mai 1926)
246utôt une argumentation à coups d’exemples vivants qu’un véritable roman. La profusion souvent facile des incidents et le st
247t un peu théorique mais intelligent d’un problème que l’on pressent trop complètement résolu dès les premières pages, mais
248complètement résolu dès les premières pages, mais qu’il faut louer Mme Rivier d’avoir posé courageusement. Dirai-je que l’a
249 Mme Rivier d’avoir posé courageusement. Dirai-je que l’abus des points d’exclamation — trait commun à presque toutes les f
21 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926)
25026) t Sous ce titre, le plus étonnant peut-être qu’il ait trouvé, Jean Cocteau a réuni ce qui me paraît le meilleur de so
251sionnel, etc.) Sans doute faudrait-il préciser ce qu’il entend par ordre, et montrer que si cet ordre l’écarte de Dada, il
252il préciser ce qu’il entend par ordre, et montrer que si cet ordre l’écarte de Dada, il ne le conduit pas pour autant à l’A
253 pour autant à l’Académie. Disons pour aller vite que sa recherche de l’ordre révèle simplement [p. 662] une volonté de con
254une volonté de construire jusque dans le grabuge, qu’il aime pour les matériaux qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Coctea
255ue dans le grabuge, qu’il aime pour les matériaux qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète.
256 qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en vers. Sa plus inco
257 qu’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en vers. Sa plus incontestable réussite à ce jour est le Secret profes
258épasse de beaucoup les limites de cette école, et qu’il eut le tort à notre sens de vouloir illustrer de pédants exercices
259ce, et dont l’audace est de se vouloir plus juste que bizarre. Il sait bien d’ailleurs que les miracles les plus étonnants
260r plus juste que bizarre. Il sait bien d’ailleurs que les miracles les plus étonnants sont ceux de la lumière. « Le mystère
261 est bien la nouveauté de son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obscur et de l
22 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, Mon corps et moi (mai 1926)
262ont la triste profession est de détruire le désir qu’elle excite par curiosité passagère, il monologue. « Oui, je le redira
263ues dont la pauvreté le rejette dans une angoisse qu’il nomme « élan mortel ». Cette inversion de tout ce qui est construct
264nt où elle « ne semble avoir rien d’autre à faire que son propre procès », une [p. 663] intelligence qui se dégoûte, tel e
265intelligence qui se dégoûte, tel est le spectacle que nous dévoile cyniquement René Crevel. Il en est peu de plus effrayant
23 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Le Corbusier, Urbanisme (juin 1926)
266été créée par lui, — comme la poésie. C’est ainsi que le problème de l’Urbanisme se place au croisement [p. 798] des préocc
267 aspect comme sous les autres, il nous faut mieux que des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et de la matière. Si Le
268 Le Corbusier réalise son plan, ce sera plus fort que Mussolini (lequel s’est d’ailleurs inspiré de lui dans son fameux dis
269eure des autos. Les maisons habitées ne sont plus que des enceintes transparentes, et minces en regard de leur hauteur, ent
24 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ramon Fernandez, Messages (juillet 1926)
270juillet 1926) w Je ne crois pas exagéré de dire qu’en publiant ce recueil d’essais, M. Fernandez a donné la première œuvr
271ains d’aujourd’hui. La « critique philosophique » qu’il voudrait inaugurer « ne se contenterait pas d’étudier les œuvres po
272, mais tâcherait d’épouser le dynamisme spirituel qu’elle révèle, puis de les situer dans l’univers humain ». M. Fernandez
273l’univers humain ». M. Fernandez a tout le talent qu’il faut pour lui faire acquérir droit de cité. Voici enfin un critique
274Proust, Pater et Stendhal. Certes, il était temps que l’on dénonce la confusion romantique de l’art avec la vie, qui empois
275tique modernes. Et à ce propos, il faut souhaiter que M. Fernandez aborde par ce biais l’œuvre de Gide, qui plus qu’aucune
276dez aborde par ce biais l’œuvre de Gide, qui plus qu’aucune autre me paraît liée à cette confusion. Mais s’il est bien étab
277liée à cette confusion. Mais s’il est bien établi que les lois de la vie sont essentiellement différentes des lois de l’œuv
278s de l’œuvre d’art, il ne s’en suit pas forcément que l’on doit nier toute communication directe entre l’œuvre et le moi, c
279solues. M. Fernandez tente de prouver par exemple que l’œuvre d’art ne peut être un moyen de connaissance personnelle. Aprè
280u s’il la condamne plutôt, à cause des confusions qu’il y décèle. Le meilleur morceau du livre est l’essai sur Proust et sa
281nalité — « mosaïque de sensations juxtaposées » — qu’il définit sa propre théorie de la « garantie des sentiments », où l’o
282 personnalité moins le « principe unificateur » — que la psychologie freudienne et proustienne a porté à un point si danger
283ne théorie assez proche du cubisme littéraire, et qu’il serait bien utile d’adopter, si l’on veut éviter les confusions qui
284ique pratiqué par Fernandez. Périlleuse situation que la sienne, en effet, où l’on court le double risque de paraître trop
285encore dans les positions conquises. Il n’empêche que son livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il propose quelq
286son livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il propose quelques directions très nettes de synthèse. Avec une œuvre
25 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Les Bestiaires (septembre 1926)
287moires de Montherlant : dans ce récit plus encore que dans les œuvres précédentes, on voit beaucoup moins l’œuvre d’art que
288précédentes, on voit beaucoup moins l’œuvre d’art que l’auteur ; dans ce portrait de Montherlant toréador, à seize ans, c’e
289 à seize ans, c’est surtout le Montherlant actuel que l’on sent. C’est dire que le livre vaut par son allure plus que par d
290t le Montherlant actuel que l’on sent. C’est dire que le livre vaut par son allure plus que par des qualités de composition
291 C’est dire que le livre vaut par son allure plus que par des qualités de composition ou de perfection formelle. Pour quelq
292 spectacle des athlètes. Et c’est elle avant tout que j’admire dans ces Bestiaires, presque malgré leur sujet trop pittores
293délité aux taureaux braves et simplets d’esprit ! Qu’ils paissent éternellement dans les prairies célestes, pour avoir donn
294vec la nonchalance des vrais puissants, je compte qu’il saura fonder sa gloire future sur des valeurs plus humaines. p. 
26 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jacques Spitz, La Croisière indécise (décembre 1926)
295ndividu. C’est pour traiter ce sujet pirandellien qu’on s’embarque dans une croisière de vacances, qui finit par un naufrag
296succombant sous les allégories. L’étonnant, c’est que le livre soit réellement amusant, et qu’il trouve une sorte d’unité v
297t, c’est que le livre soit réellement amusant, et qu’il trouve une sorte d’unité vivante dans le rythme des désirs jamais s
298sent ; pourtant l’on sourit : il faut bien croire qu’il y a là un talent, charmant, glacé, spirituellement « poétique ».
27 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alfred Colling, L’Iroquois (décembre 1926)
299igres et les couleurs fluides. Toute la tendresse que ranime un soleil lointain va tourner en cruelle mélancolie. Pourquoi,
300e, qui transparaît parfois et nous fait regretter que l’auteur ne se soit pas mieux abandonné à son sujet, d’un pathétique
28 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926)
301fice. Sans doute, cette « absurdité essentielle » que le Chinois distingue au cœur de la vie occidentale apparaît mieux par
302de l’idéal asiatique avec le nôtre. Mais je crois que toute intelligence européenne libre peut souscrire aux critiques du C
303 Malraux a fait parler son Chinois de telle façon qu’ils ne le paraissent point. Et alors le relativisme angoissant qui sem
304en plutôt une unité supérieure de l’esprit humain que nous découvrons, et qui nous permettra de juger à notre tour certaine
305uisqu’elle risque de ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la destruction et de l’anarchie, exempt de passio
29 1926, Journal de Genève, articles (1926–1982). Le Dépaysement oriental (16 juillet 1926)
306 de M. de Traz 1 , par les précisions importantes qu’il apporte sur les rapports de l’Orient et de l’Europe, me paraît dest
307coups d’œil aigus sur l’âme orientale de l’islam, que nous l’avons lu avec un intérêt si soutenu et parfois — je pense à ce
308testante — si passionné. Nul n’est moins oriental que de Traz, et c’est ce qui donne à ses notations tout leur prix. Elles
309lui-ci est plus dans l’opposition des deux mondes que dans la peinture elle-même de l’Orient. Tandis que s’accumulent les t
310uteur : car il n’est guère de comparaison valable qu’entre individus, et comme type d’individu européen Robert de Traz ne p
311 européen Robert de Traz ne pouvait trouver mieux que lui-même. S’il dit des Égyptiens : « Le mensonge, autant qu’une polit
312e. S’il dit des Égyptiens : « Le mensonge, autant qu’une politesse, leur paraît une beauté », c’est pour affirmer par contr
313 Ce qui lui permet de voir profond dans cet islam qu’il qualifie de « religion du fil de l’eau », ou de « prodigieux stupéf
314 l’attrait du christianisme est dans l’inquiétude qu’il nous inflige ». « Ils mettent leur âme en veilleuse, dit-il des rêv
315qu’à leur mysticisme, partout c’est une démission qu’ils désirent. Du difficile oubli de soi-même nous avons fait une vertu
316acile et en ont fait un plaisir. » Et encore ceci que je trouve si juste : « Ce qui définit le plus profondément l’Occident
317es et le mènent à cette constatation fondamentale que « notre intelligence et celle de l’Oriental ne sont pas superposables
318mpossible, pourra-t-on du moins éviter le conflit que certains prétendent menaçant ? Malgré l’« anxiété mélancolique » qu’i
319dent menaçant ? Malgré l’« anxiété mélancolique » qu’il éprouve à se sentir si loin de l’Oriental, les conclusions de M. de
320ntal, les conclusions de M. de Traz — si tant est qu’on peut conclure en une matière si complexe — sont plutôt optimistes.
321ire à un péril oriental très pressant, ni surtout que nous ayons à chercher là-bas notre salut. « La seule leçon à attendre
322 « La seule leçon à attendre des musulmans, c’est que le spectacle de leur décadence nous enseigne comment éviter la nôtre.
323ertaine amertume, où de Traz quitte le ton mesuré qu’il s’impose d’ordinaire. Mais j’avoue que m’a parfois un peu gêné cett
324n mesuré qu’il s’impose d’ordinaire. Mais j’avoue que m’a parfois un peu gêné cette présence de la mort qu’il fait sentir p
325m’a parfois un peu gêné cette présence de la mort qu’il fait sentir partout aux lieux mêmes où naquit la religion du « Prin
326es où naquit la religion du « Prince de la vie »… Qu’on ne croie pas, d’ailleurs, que l’attitude presque constamment critiq
327ince de la vie »… Qu’on ne croie pas, d’ailleurs, que l’attitude presque constamment critique de M. de Traz diminue l’intér
328 en elles, révèle sa personnalité peut-être mieux que ne le feraient une suite de pages lyriques toujours un peu stylisées.
329voyageur intelligent, qui n’accepte d’être séduit que pour « mieux comprendre », assez « fidèle » à ses origines pour garde
30 1926, Articles divers (1924–1930). Conférence de René Guisan « Sur le Saint » (2 février 1926)
330un très nombreux public, la série des conférences que nous promet le groupe neuchâtelois des « Amis de la pensée protestant
331des siècles. Primitivement, le Saint est un homme que Dieu a mis à part par grâce pour qu’il serve. Mais très vite on étend
332 à faire des saints, tandis que ce terme n’a plus qu’un sens relatif pour nous protestants. Est-ce là nous juger ? Les cath
333hent d’avoir méconnu l’élément de grandeur morale que les saints maintiennent dans l’Église. M. Guisan va très loin dans se
334s c’est pour affirmer avec d’autant plus de force que « en situant tout le devoir chrétien dans l’accomplissement scrupuleu
335 fidèle de la vocation, le protestantisme affirme qu’il existe divers ordres de sainteté ». Cette mère qui s’est sacrifiée
336 œuvres de Dieu. La sainteté parfaite ne commence qu’aux limites les plus hautes de la vertu. Dans ce sens, il ne peut exis
337 est l’enseignement de Jésus, telle est la pensée qu’a voulu restaurer le protestantisme. La place nous manque pour louer c
338erse avec autant de compréhension et de sympathie que le sien propre. Cela donne à ses conclusions cette sécurité dont trop
339un brillant appareil dialectique ne sait produire que l’illusion. C’est la revanche du fameux scrupule protestant, qui ne p
340e peut être un danger lorsqu’il n’est, comme ici, que la loyauté d’un esprit animé par une foi agissante. p. 2 c. « 
31 1926, Articles divers (1924–1930). Conférences d’Aubonne (7 avril 1926)
341up d’intelligence l’avocat du diable, en montrant que tous les faits religieux admettent à côté de l’explication mystique u
342e la « réalité prolétarienne ». « Cercles vicieux que nos syndicats. Cercle vicieux, l’augmentation des salaires. Ce que no
343. Cercle vicieux, l’augmentation des salaires. Ce que nous voulons, c’est élever l’homme au-dessus de la plus dégradante co
344plus dégradante condition, et nous n’y arriverons que par un travail d’éducation lent et souvent dangereux. Vous, étudiants
345s aéré, au moral comme au physique. Chacun dit ce qu’il pense sans se préoccuper d’être bien pensant et les Romands recouvr
32 1926, Articles divers (1924–1930). L’Atmosphère d’Aubonne : 22-25 mars 1926 (mai 1926)
346 1926) e Cette conférence s’ouvrit par une bise qu’on peut bien dire du diable et se termina sous le plus beau soleil de
347telle rencontre : tout alla froidement jusqu’à ce que la bise tombée permît à « l’atmosphère » de s’établir. Alors le mirac
348’est l’esprit d’Aubonne. C’est ce miracle tout ce qu’il y a de plus protestant — mais oui, M. Journet — et je ne crois pas
349stant — mais oui, M. Journet — et je ne crois pas qu’il puisse se produire ailleurs qu’en terre romande. C’est l’esprit de
350je ne crois pas qu’il puisse se produire ailleurs qu’en terre romande. C’est l’esprit de liberté, tout simplement. Mais pré
351plement. Mais précisons : [p. 45] c’est bien plus que la liberté de défendre sa petite hérésie personnelle et de s’affirmer
352est la liberté dans la recherche. Chose plus rare qu’on ne pense, à Aubonne on se sent prêt à tout lâcher pour une vérité n
353 une vérité nouvelle, on tient moins à convaincre qu’à se convaincre. Après les exposés de Janson, de Brémond, j’en sais pl
354nt les discussions entre de Saussure et Bertrand, que les orateurs exprimaient tour à tour les objections que chacun se fai
355s orateurs exprimaient tour à tour les objections que chacun se faisait à part soi, qu’ils incarnaient les voix contradicto
356 les objections que chacun se faisait à part soi, qu’ils incarnaient les voix contradictoires d’un débat que tous menaient
357s incarnaient les voix contradictoires d’un débat que tous menaient en eux-mêmes loyalement. Et ce désir d’arriver à quelqu
358moins platonique : n’est-ce pas Léo qui prétendit qu’on ne peut juger les Associations qu’à leur façon de jouer le volley-b
359ui prétendit qu’on ne peut juger les Associations qu’à leur façon de jouer le volley-ball ? Le Casino offrit pendant quelqu
360 Richardot, entrant par la fenêtre, vint annoncer qu’on était libre — comme si on l’avait attendu pour le manifester ! — et
361e si on l’avait attendu pour le manifester ! — et qu’il suffisait de souscrire à la brochure de la conférence 3 pour savoi
362 brochure de la conférence 3 pour savoir tout ce que je n’ai pas dit dans ces quelques notes. p. 44 e. « L’Atmosphè
33 1926, Articles divers (1924–1930). Confession tendancieuse (mai 1926)
363 nous déformer artificiellement : nous comprenons que nos œuvres, si elles furent faites à l’image de notre esprit, le lui
364 vrai ? [p. 145] — Ils me proposent vingt visages que je puis à peine reconnaître. Reste le monde, — les choses, les faits,
365u hasard, jusqu’au jour où l’on me fit comprendre qu’il n’est que le jeu de sauter follement d’une habitude dans une autre.
366squ’au jour où l’on me fit comprendre qu’il n’est que le jeu de sauter follement d’une habitude dans une autre. Il ne me re
367ent d’une habitude dans une autre. Il ne me resta qu’une fatigue profonde ; je devins si faible et démuni, livré aux regard
368tis nu, tout le monde devait voir en moi une tare que j’étais seul à ignorer, était-ce ma fatigue seulement qui me rendait
369tion, je la soupçonnais si grave, si fondamentale que je préférais me leurrer à combattre des imperfections de détail dont
370xagérais l’importance. Et c’est ainsi par feintes que je progressais, jusqu’au jour où je m’avouai un trouble que je me ref
371gressais, jusqu’au jour où je m’avouai un trouble que je me refusai pourtant à nommer peur de rire. Cette amertume au fond
372nt brusquement les éléments désaccordés de ce moi que j’avais tant choyé. « Maintenant, m’écriai-je — c’était un des premie
373ie ! » [p. 146] Ce n’était plus une douleur rare que j’aimais dans ces brutalités, c’était ma liberté agissante. J’allais
374. Me voici devant quelques problèmes dont je sais qu’il est absolument vain de prétendre les résoudre, mais que je dois fei
375t absolument vain de prétendre les résoudre, mais que je dois feindre d’avoir résolus : c’est ce qui s’appelle vivre. Probl
376de de m’y perdre au début d’une recherche qui n’a que ce but de me rendre mieux apte à vivre pleinement. En priant, je m’ar
377 foi ? » Mais c’est encore une question… Je crois qu’il ne faut pas attendre immobile dans sa prière, qu’une révélation vie
378’il ne faut pas attendre immobile dans sa prière, qu’une révélation vienne chercher l’âme qui se sent misérable. Je ne rece
379 une révélation, c’est en me rendant plus parfait que je lui préparerai les voies. Agir ? Sur moi d’abord. Il ne faut plus
380es voies. Agir ? Sur moi d’abord. Il ne faut plus que je respecte tout en moi. Je ne suis digne que par ce que je puis deve
381lus que je respecte tout en moi. Je ne suis digne que par ce que je puis devenir. Se perfectionner : cela consiste à retrou
382respecte tout en moi. Je ne suis digne que par ce que je puis devenir. Se perfectionner : cela consiste à retrouver l’insti
383’homme, la vertu conservatrice qui ne peut dicter que les gestes les plus favorables. J’ai d’autres instincts et je n’enten
384je n’entends pas tous les cultiver pour cela seul qu’ils sont naturels : la nature est un champ de luttes, de tendances ver
385rfectionnement de l’esprit, puisqu’elle ne permet que des associations suivant les directions de moindre résistance. Mais j
386pres records. De ce lent effort naît une modestie que je m’enorgueillis un peu de connaître ; et de cette volonté d’un meil
387cesse renaissant, comment m’adapter à l’existence que m’imposent mon corps et les lois du monde, et comment augmenter ma pu
388 de jouir, en même temps que ma puissance d’agir. Que tout cela s’agite sur fond de néant, je le comprends par éclairs, mai
389ens un sourire, — en songeant à ces raisonnements que je me tiens — plisser un peu mes lèvres, et s’affirmer à mesure que j
390plisser un peu mes lèvres, et s’affirmer à mesure que je le décris. Mais comme un écho profond, une attirance aussi d’ancie
391rait s’élever. Puis enfin la marée de mes désirs. Qu’ils viennent battre ce corps triste, qu’ils l’emportent d’un flot fou 
392s désirs. Qu’ils viennent battre ce corps triste, qu’ils l’emportent d’un flot fou ! Revenez, mes joies du large !… Tiens,
393mages qui s’éclairent… Je vais écrire autre chose que moi, je vais m’oublier, me perdre dans une vie nouvelle : (Créer, c’e
394Créer, c’est se surpasser). J’entends des phrases qu’il ne faut pas encore comprendre, — tout est si fragile — mais je sais
395et vous, ma vie ? Certes, mais je vous aime moins que je ne vous désire. (Ce désir qui me rend fort pour — autre chose…) Ô
34 1926, Articles divers (1924–1930). Les Bestiaires, de Henry de Montherlant (10 juillet 1926)
396e me sens envahi par un rythme impérieux au point qu’il faut que certaines voix en moi taisent leur protestation, étouffées
397nvahi par un rythme impérieux au point qu’il faut que certaines voix en moi taisent leur protestation, étouffées par des fo
398ui se lèvent. Car telle est la vertu de ce livre, qu’on l’éprouve d’abord trop vivement pour le juger. L’auteur l’appelle u
399xquels Montherlant n’a pas toujours échappé, mais qu’il domine dans l’ensemble et entraîne dans l’allure puissante à la foi
400. Et n’est-ce pas justement parce qu’il est poète qu’il peut atteindre à pareille intensité de réalisme. Une perpétuelle pa
401 de vie anime ce livre et lui donne un rythme tel qu’il s’accorde d’emblée avec ce qu’il y a de plus bondissant en nous ; e
402ne un rythme tel qu’il s’accorde d’emblée avec ce qu’il y a de plus bondissant en nous ; en prise directe sur notre énergie
403le suppose entre l’homme et la bête une sympathie que Montherlant note à plusieurs reprises. C’est « par la divination de c
404 reprises. C’est « par la divination de cet amour qu’Alban (le jeune héros du récit) sent ce que sent la bête en même temps
405 amour qu’Alban (le jeune héros du récit) sent ce que sent la bête en même temps qu’elle. Et parce qu’il sait ce qu’elle va
406ête en même temps qu’elle. Et parce qu’il sait ce qu’elle va faire, il peut la dominer… : on ne vainc vraiment que ce qu’on
407faire, il peut la dominer… : on ne vainc vraiment que ce qu’on aime, et les victorieux sont d’immenses amants » 6 . Mais en
408il peut la dominer… : on ne vainc vraiment que ce qu’on aime, et les victorieux sont d’immenses amants » 6 . Mais envers le
409table horreur sacrée. Voici Alban devant une bête qu’il devra combattre le lendemain : « Salaud, cochon, saligaud ! » Il l
410ètes à l’approche de l’inconnu. Nulle part mieux que dans la description des taureaux ne se manifeste ce passage du réalis
411ses pattes se tendirent peu à peu, comme un corps qu’on gonflerait à la pompe, tandis que dans cet agrandissement les artic
412ns grinçaient, avec le bruit d’un câble de navire qu’on serre sur un treuil. Elle arriva avec emphase à la cime de son spas
413cauchemar de soleil et de sang. On peut penser ce qu’on veut de ce paganisme exalté, tout ivre de la fumée des sacrifices s
414pour fonder une religion. Mais ce n’est peut-être qu’un rêve de poète. Il y a un autre Montherlant, plutôt stoïcien, celui-
415evient naturel ce cri de sagesse orgueilleuse : « Qu’avons-nous besoin d’un autre amour que celui que nous donnons ? » ⁂ Il
416illeuse : « Qu’avons-nous besoin d’un autre amour que celui que nous donnons ? » ⁂ Il est impossible de ne voir dans les Be
417« Qu’avons-nous besoin d’un autre amour que celui que nous donnons ? » ⁂ Il est impossible de ne voir dans les Bestiaires q
418 Il est impossible de ne voir dans les Bestiaires qu’une évocation de l’Espagne et du génie taurin. Ce qui perce à chaque p
419aire oublier des défauts qui tueraient tout autre que lui. Certes, il ne soulève directement aucun des grands problèmes de
420« accroche » pas à ce qui est triste ou ennuyeux, que ce soit l’idée de la mort ou les soucis politiques, sociaux, etc., et
421tiques, sociaux, etc., et il ne met de la gravité que dans les choses voluptueuses, je n’ai pas dit les choses sentimentale
422e : le chant fini, il n’y pense plus. On comprend qu’une telle attitude agace des gens qui se soucient avant tout de trouve
423ndeur. N’est-ce point une solution aussi ? Plutôt que d’oublier de vivre à force d’y vouloir trouver un sens, ne vaudrait-i
35 1926, Articles divers (1924–1930). Soir de Florence (13 novembre 1926)
424s du fleuve jaune, entre les deux façades longues que la ville présente au couchant, dans ce corridor de lumière où elle ac
425maintenant le sentier du bord du fleuve, plus bas que la Promenade désertée. Sur les eaux, comme immobiles, des nuages roug
426êtée tout près de l’eau. Mais ce n’est pas d’elle que vient cette chanson jamais entendue qui nous accompagne depuis un mom
427es… Mais ce pays tout entier pâmé dans une beauté que saluent tant de souvenirs n’a d’autre nom que celui de l’instant, ô m
428uté que saluent tant de souvenirs n’a d’autre nom que celui de l’instant, ô mélodieuse lassitude. Vivre ainsi simplement. S
429presque plus de sens, comme le fleuve. Elle n’est qu’odeurs, formes mouvantes, remous dans l’air et musiques sourdes. Pense
430s — où va l’âme durant ces minutes ? — jusqu’à ce que les bœufs ruisselants remontent sur notre rive. Fraîcheur humide, par
431 dieux, ô joies pour notre joie mesurées, courbes qu’épousent nos ferveurs, angles purs, repos de l’esprit qui s’appuie sur
432nheur par personne et les devantures ne cherchent qu’à vous plaire. Chaque ruelle croisée propose un mystère qu’on oublie p
433 plaire. Chaque ruelle croisée propose un mystère qu’on oublie pour celui des regards étrangers. Et voici la place régulièr
36 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Avant-propos (décembre 1926)
434u temps, en général, et sur celles en particulier qu’implique la publication de notre revue. Mais nous savons, tout comme M
435otre revue. Mais nous savons, tout comme M. Coué, que ce serait de mauvaise méthode. Et, comme M. Coué, nous nous persuadon
436 méthode. Et, comme M. Coué, nous nous persuadons que tout ira très bien. Les circonstances l’exigent, d’ailleurs, plus que
437en. Les circonstances l’exigent, d’ailleurs, plus que jamais, et plus que jamais, nous semble-t-il, notre revue a sa raison
438s l’exigent, d’ailleurs, plus que jamais, et plus que jamais, nous semble-t-il, notre revue a sa raison d’être. La vie d’au
439tre parfois quelque peu impertinente. Le fait est que nous éprouvons irrésistiblement l’obligation d’être nous-mêmes. Et, d
440ite, c’est en cela uniquement — être nous-mêmes — que consistera notre programme. Sans doute, les différences s’accusent :
441bénéfice en retour. Certes, nous ne demandons pas qu’on prenne toutes nos obscurités pour des profondeurs. Et nous n’allons
442ationnelle révision des valeurs. Nous savons bien que nous ne faisons que passer, après tant d’autres, avant tant d’autres.
443des valeurs. Nous savons bien que nous ne faisons que passer, après tant d’autres, avant tant d’autres. « Amis, ce sont les
444, mais seulement de retenir sa place au spectacle qu’ils offrent et de les considérer avec sympathie. Il est bien facile de
445près moi, le déluge ! », et de se détourner de ce qu’on a coutume d’appeler notre « désordre ». Mais on est toujours le fil
446iens » — prétention éminemment peu bellettrienne. Que sommes-nous donc ? Le plus qu’on puisse dire, c’est que vous le saure
447peu bellettrienne. Que sommes-nous donc ? Le plus qu’on puisse dire, c’est que vous le saurez un peu mieux quand vous aurez
448mmes-nous donc ? Le plus qu’on puisse dire, c’est que vous le saurez un peu mieux quand vous aurez lu nos huit numéros. Il
449eux quand vous aurez lu nos huit numéros. Il faut que notre revue reste cette chose unique et indéfinissable, comme toute c
450de fleurs disparates, aux tiges divergentes, mais qu’un ruban rouge et vert lie par la grâce d’une volonté sans doute divin
37 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Paradoxe de la sincérité (décembre 1926)
451e vertu d’une anarchie dont on ne veut pas avouer qu’elle est plus nécessaire — provisoirement — que satisfaisante pour l’e
452er qu’elle est plus nécessaire — provisoirement — que satisfaisante pour l’esprit. C’est ainsi que nous trompant nous-mêmes
453nt — que satisfaisante pour l’esprit. C’est ainsi que nous trompant nous-mêmes, sous le prétexte toujours de probité intell
454pour excuser sa petite faiblesse originale : tant qu’à la fin la notion [p. 14] concrète de sincérité s’évanouit en mille d
455), ou « perpétuel effort pour créer son âme telle qu’elle est » (Rivière), ou encore refus de choisir, volonté de tout cons
456ntéressée, de naturaliste de l’âme ? Heureusement que M. Brémond ne s’est pas encore mêlé de l’affaire. Au reste, on n’a pa
457s du subtil abbé pour n’y plus rien comprendre. ⁂ Qu’on imagine un personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit
458e un personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit autour de lui — et l’étonnement indigné du spectateur. Pour pa
459s une certaine mesure — parce que nécessaire — ce qu’il y a de déplaisant dans l’effort d’un esprit pour se dégager de conf
460n peut tirer par une sorte de passage à la limite que les faits justifient : sincérité = spontanéité. Mais la morale est ce
461ussant Fleurissoire « pour rien » ne songeait pas qu’il allait faire école. Le fait est que ce geste symbolique a déclenché
462ongeait pas qu’il allait faire école. Le fait est que ce geste symbolique a déclenché tout un mouvement littéraire, celui-l
463. Le geste le plus incongru du héros n’est jamais que le résultat d’un mécanisme inconscient, aussi révélateur du personnag
464nisme inconscient, aussi révélateur du personnage que ses actions les mieux concertées. Rien n’est gratuit que relativement
465 actions les mieux concertées. Rien n’est gratuit que relativement à un système restreint de références. [p. 16] Il résult
466les considérations, dans le domaine de la morale, que le meilleur moyen de se livrer à ses déterminants, c’est de mener la
467 ses déterminants, c’est de mener la vie gratuite que réclament les surréalistes. Le contraire de la liberté. D’autre part,
468nner à l’acte gratuit une valeur morale en disant qu’il révèle ce qu’il y a de plus secret dans la personnalité. Ce serait
469atuit une valeur morale en disant qu’il révèle ce qu’il y a de plus secret dans la personnalité. Ce serait un moyen de conn
470isme », la décision réfléchie, aussi peu gratuite que possible, d’un Julien Sorel, est-elle moins révélatrice du fond de l’
471elle moins révélatrice du fond de l’âme humaine ? Que si l’on s’étonne de me voir donner ici la préférence à l’acte volonta
472littérature je défends l’acte gratuit, je réponds que la littérature remplirait déjà suffisamment son rôle en se bornant à
473ntense et plus émouvante ; mais la morale, plutôt que de nous constater, doit nous construire — selon le mode le plus libre
474 je prends une feuille blanche, je vais écrire ce que je trouve en moi (sentiments, idées, souvenirs, désirs, élans, hésita
475 élans, hésitations, obscurités, etc.). Supposons que j’éprouve un désir d’action vive, un élan vers certain but précis. [
476onséquences matérielles. Ce n’est plus l’élan pur que je décris : c’est un élan freiné dans mon esprit, c’est le frein lui-
477 fatalement c’est à la découverte d’une faiblesse que j’aboutis : ce quelque chose qui m’a retenu d’accomplir ce que l’élan
478 : ce quelque chose qui m’a retenu d’accomplir ce que l’élan appelait.   Second exemple. — J’éprouve le besoin de faire le
479, je revis plus ou moins fortement des sentiments que je crois avoir éprouvés à tel moment de mon passé. Parfois — rarement
480e, c’est bien le second. La qualité des souvenirs qu’il me livre me renseigne assez exactement, non sur mon passé, mais sur
481exactement, non sur mon passé, mais sur le moment que je vis 1 . Il est bien clair qu’on ne saurait atteindre « la vérité s
482is sur le moment que je vis 1 . Il est bien clair qu’on ne saurait atteindre « la vérité sur soi » en se servant de la méth
483 l’évocation de mes désirs anciens ne me restitue qu’un dégoût. J’ai cru que je pourrais me regarder sans rien toucher en m
484irs anciens ne me restitue qu’un dégoût. J’ai cru que je pourrais me regarder sans rien toucher en moi. En réalité, je n’as
485René Crevel, est la démonstration la plus cynique que je connaisse de ces ravages du sincérisme. Dans la solitude qu’il s’a
486se de ces ravages du sincérisme. Dans la solitude qu’il s’acharne à [p. 19] approfondir — il était venu y chercher quelque
487e comme raison d’une perpétuelle attente »), — ce que l’auteur découvre c’est ce « merveilleux contraire » de l’élan vital
488’est ce « merveilleux contraire » de l’élan vital qu’il nomme élan mortel — générateur de l’incurable tristesse qui rôde da
489ges du sincérisme. C’est plus exactement faillite qu’il faudrait. Faillite de toute introspection, en littérature et en mor
490 mon autoportrait moral : je me compose plus laid que nature. Faut-il conclure avec Gide : « L’analyse psychologique a perd
491pour moi tout intérêt du jour où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il imagine d’éprouver. » Non. Car à supposer qu
492u jour où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il imagine d’éprouver. » Non. Car à supposer que l’analyse nous crée,
493e qu’il imagine d’éprouver. » Non. Car à supposer que l’analyse nous crée, elle ne nous crée pas n’importe comment, mais se
494retrouve notre individualité. Elle nous crée tels que nous tendons à être (plutôt inférieurs, en vertu des remarques précéd
495me « un perpétuel effort pour créer son âme telle qu’elle est ». Il voyait dans cet effort sur soi le gage d’un enrichissem
496re. Cependant, n’est-ce pas lui-même qui ajoutait que l’homme sincère « en vient à ne plus pouvoir même souhaiter d’être di
497, le cas extrême d’un Crevel nous montre assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des l
498qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des limites assez étroites empiriquement fournies par l
499 les bénéfices sont maigres en regard des dangers que la sincérité du noli me tangere fait courir, tant dans le domaine lit
500gere fait courir, tant dans le domaine littéraire que dans celui de l’action. En littérature : refus de construire, de comp
501 La fonction de l’homme est aussi bien de croire que de constater. F. Raub. La sincérité obstinée d’un Rivière n’a plus
502rop sincère, pas sincère. Ou bien si l’on prétend que la sincérité est la recherche, puis l’acceptation de toute tendance d
503’acceptation de toute tendance du moi, je réponds que le mensonge est sincère aussi, qui révèle mon besoin de mentir. Il de
504ent 3 — mais jamais au point d’oublier la vérité qu’on désirait qu’ils cachent pour un moment. « L’art est un mensonge, ma
505amais au point d’oublier la vérité qu’on désirait qu’ils cachent pour un moment. « L’art est un mensonge, mais un bon artis
506essaire à la vie, n’est-ce pas être sincère aussi que de s’y prêter ? Or, il vous tire aussitôt de l’indétermination violen
507 vous tire aussitôt de l’indétermination violente qu’est la sincérité selon Rivière. La sincérité véritable vous pousse à f
508éritable vous pousse à faire le saut dans le vide qu’exige toute foi ; c’est la volonté de sincérité, c’est-à-dire une sinc
509retient de l’oser. [p. 22] Petite anthologie ou que le « style » est de l’homme même J’en étais à peu près à ce point de
510t de mes notes — à ce point de mon dégoût pour ce que beaucoup continuaient d’appeler sincérité et qui me devenait inintell
511ntion qui altérerait leur moi ; ils ne souhaitent que d’être leur propre témoin, intelligent mais immobile : ce sont les mê
512ale de M. Godeau serait définie par l’aspect seul qu’il souffrirait de garder lui-même à son propre regard. Ainsi la valeur
513ur morale d’un homme équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir sur lui-même. (Marcel Jouhandeau.) Ce qu
514’entretenir sur lui-même. (Marcel Jouhandeau.) Ce qu’on appelle une œuvre sincère est celle qui est douée d’assez de force
515olescence où l’on soupçonne pour la première fois que certains, peut-être, jouent leur vie. Rien ne paraît plus sinistre à
516s l’intensité d’un sentiment intime, ce moi idéal que j’appelle en chaque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une
517appelle en chaque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une analyse désolée s’imaginait retenir. Dès lors, ce n’est
518 chaque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une analyse désolée s’imaginait retenir. Dès lors, ce n’est pas lâcher
519s lors, ce n’est pas lâcher la proie pour l’ombre que de tendre vers ce modèle. Dirais-je que c’est ma sincérité d’y aller
520r l’ombre que de tendre vers ce modèle. Dirais-je que c’est ma sincérité d’y aller par les moyens les plus efficaces ? Mais
521rêtais bien quelques voiles à mon dégoût d’un moi que la vie me montrait si désespérément vrai, tyrannique, insuffisant. Ma
522sion particulière, ne pouvait non plus s’imaginer qu’elle en pût être privée. Alors, acquiesçant vivement à l’invite que je
523re privée. Alors, acquiesçant vivement à l’invite que je soupçonnais la plus riche d’inconnu, je m’élançais sur la voie qu’
524a plus riche d’inconnu, je m’élançais sur la voie qu’elle m’ouvrait, avec tant de rires amis, vers tout ce que momentanémen
525 m’ouvrait, avec tant de rires amis, vers tout ce que momentanément je choisissais de laisser — et des baisers à tous les v
526is de laisser — et des baisers à tous les vents — qu’il eût été loisible d’attribuer comme objet à ma jubilation, non pas c
527e portais, mais bien ces figurants de mon bonheur que je me conciliais pour des retours possibles. C’est ainsi que fidèle à
528onciliais pour des retours possibles. C’est ainsi que fidèle à soi-même au plus profond de l’être, on entretient comme une
529e. Mais c’est une honnêteté peut-être plus réelle que l’autre. Et l’on conçoit que ce constant et secret assujettissement a
530eut-être plus réelle que l’autre. Et l’on conçoit que ce constant et secret assujettissement au moi idéal exige une politiq
531timents plus subtile et, je pense, moins vulgaire que cette agilité offensive qu’on appelle dans la vie publique arrivisme,
532pense, moins vulgaire que cette agilité offensive qu’on appelle dans la vie publique arrivisme, et séduction dans les salon
533ocrisie envers soi-même une volonté — si profonde qu’elle n’a pas besoin de s’expliciter pour être efficace — qui m’interdi
534je ne veux plus souffrir. (Car il n’est peut-être qu’une espèce de souffrance véritablement insupportable, c’est celle qu’o
535uffrance véritablement insupportable, c’est celle qu’on tire de soi-même.) Hypocrisie, ce sourire des sphinx ; hypocrisie,
536risie, masque ambigu d’une liberté plus précieuse que toute certitude… Ô vérité, ma vérité, non pas ce que je suis, mais ce
537 toute certitude… Ô vérité, ma vérité, non pas ce que je suis, mais ce que de toute mon âme je veux être !… p. 13 b.
538érité, ma vérité, non pas ce que je suis, mais ce que de toute mon âme je veux être !… p. 13 b. « Paradoxe de la sinc
38 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927)
539an de Paris (janvier 1927) ab « Je n’admets pas qu’on reprenne mes paroles, qu’on me les oppose. Ce ne sont pas les terme
540b « Je n’admets pas qu’on reprenne mes paroles, qu’on me les oppose. Ce ne sont pas les termes d’un traité de paix. Entre
541nces pittoresques de ce petit livre. Quant à ceux que certaines envolées magnifiques et hagardes pourraient enthousiasmer i
542 et sans rire : « À mort ceux qui paraphrasent ce que je dis ». Il y a chez Aragon une folie de la persécution, qui se cher
543es sombres délires, des pages d’un lyrisme inouï. Que Louis Aragon ne se croie pas tenu de justifier ses visions par le moy
544ar le moyen d’une métaphysique aussi prétentieuse qu’incertaine. Son affaire, c’est l’amour, et certain désespoir vaste et
39 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Barbey, La Maladère (février 1927)
545rogressive et réciproque des conjoints. » On sait que Beyle appelait cristallisation une fièvre d’imagination qui orne de b
546le ne sait plus leur imposer de feindre encore ce que le cœur ne ressent plus, il suffit de quelques mois aux jeunes époux
547 l’un l’autre. Pourtant, jusqu’au bout, il semble qu’un mot, un geste décisif, ou certaine amitié de la saison suffirait à
548rfide qui les tourmente. Mais il faudrait d’abord qu’ils se soient délivrés d’eux-mêmes pour que ce mot, ce geste, soient p
549 geste, soient possibles. C’est d’Armande surtout qu’on les attendrait, plus franche d’allure. On ne sait ce qui la retient
550nt par un geste, une nuance du paysage, une image qu’on garde comme un pressentiment. Ce n’est qu’à force de discrétion dan
551mage qu’on garde comme un pressentiment. Ce n’est qu’à force de discrétion dans les moyens qu’il parvient à une certaine pu
552Ce n’est qu’à force de discrétion dans les moyens qu’il parvient à une certaine puissance de l’effet, aux dernières pages.
553 êtres dont la détresse est d’autant plus cruelle qu’elle est contenue sous des dehors trop polis. Une fois fermé le livre
554ie la justesse de son analyse pour n’évoquer plus que des visions où se condense le sentiment du récit. Dans le Cœur gros,
40 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Montclar (février 1927)
555Pourtalès, Montclar (février 1927) ad L’on aime que, pour certains hommes, écrire ne soit que le recensement passionné de
556on aime que, pour certains hommes, écrire ne soit que le recensement passionné de leur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatis
557 leur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatisfaction qu’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers de jeunesse auxquels i
558esse auxquels il ne tient guère, et l’on comprend que ce journal bientôt les rejoindra dans l’armoire aux souvenirs. Cette
559ire aux souvenirs. Cette façon de ne pas y tenir, qu’il manifeste en toute occasion de sa vie est peut-être ce qui nous le
560e complot de la commodité ». Mais plus voluptueux que philosophe, c’est à l’amour qu’il ira demander la souffrance indispen
561s plus voluptueux que philosophe, c’est à l’amour qu’il ira demander la souffrance indispensable au perfectionnement de son
562 indispensable au perfectionnement de son âme. Et qu’importe si les Allemands qui, fréquente sont ae , pour notre plaisir,
563ont ae , pour notre plaisir, un peu plus viennois que naturel s’il parle de choses d’art comme on fait dans Proust, si les
564 d’art comme on fait dans Proust, si les passions qu’il nous peint sont ici tant soit peu russes, et là, gidiennes. Il se c
565-dessus. Il se connaît avec une sorte de froideur que l’on dirait désintéressée si elle n’avait pour effet de souligner, pl
566sée si elle n’avait pour effet de souligner, plus que ses succès, certaines faiblesses qu’il recherche secrètement, parce q
567ligner, plus que ses succès, certaines faiblesses qu’il recherche secrètement, parce que de ces « ratages » naît le perpétu
568st la condition de son progrès moral. C’est ainsi qu’il consent, non sans une imperceptible satisfaction, l’aveu d’une fond
569’on finit. Et peut-être l’amour n’est-il possible qu’entre deux cœurs que l’épreuve du plaisir n’a pas exténués. Mais alors
570tre l’amour n’est-il possible qu’entre deux cœurs que l’épreuve du plaisir n’a pas exténués. Mais alors quelle avidité crue
571un peu sombre qui s’en dégage, sagesse qui veut « que nous appelions les âmes à la vie après seulement toutes les morts du
572nt toutes les morts du plaisir », car elle sait « qu’entre les êtres, le bonheur est un lien sans durée. Seule la souffranc
573e une arrière-pensée inquiète et un peu hautaine. Que la composition de cette réminiscence soit assez facile et « artiste »
574te espèce de modestie de l’allure est rare autant que sympathique, dans le temps que sévit l’inflation littéraire la plus r
575re est rare autant que sympathique, dans le temps que sévit l’inflation littéraire la plus ridicule. Pourtant, qu’elle ne l
576’inflation littéraire la plus ridicule. Pourtant, qu’elle ne laisse point oublier que ce livre d’une résonance si humaine,
577dicule. Pourtant, qu’elle ne laisse point oublier que ce livre d’une résonance si humaine, est mieux que charmant, — doulou
578ue ce livre d’une résonance si humaine, est mieux que charmant, — douloureux et désinvolte, glacé, passionné. p. 257
41 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927)
579 [p. 387] Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927) af M. Edmond Jaloux offre l’exemple rare
580 M. Edmond Jaloux offre l’exemple rare d’un homme que son évolution naturelle a rapproché, dans sa maturité, des jeunes gén
581ver les indices chez ses jeunes contemporains, et qu’il vient appuyer de son autorité de critique et surtout de son expérie
582nnages pour remercier ; (pouvait-il mieux trouver qu’un René Dubardeau pour cette ambassade). Parfois l’on se demande si l’
583é en face des personnages de Jaloux. Et peut-être que la comtesse Rezzovitch a rencontré M. Paul Morand, mais elle a dû le
584’aura pas été tentée de lui faire ces confidences qu’elle livre si facilement au héros plus confiant et secrètement incerta
585une femme qui incarne aussitôt à ses yeux tout ce qu’il attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra j
586[p. 388] sans les envoyer. Il apprend sa mort, et qu’elle l’aurait peut-être aimé. Enfin, divorcé, seul, il la revoit dans
587 un réalisme discret mais précis et le sens de ce qu’il y a en nous d’essentiel, de ce qui détermine nos actes avant que la
588t un système de valeurs lyriques et sentimentales que la raison ignore ou tyrannise aveuglément, car « nous avons dressé no
589p amer et celui du roman lyrique, par l’équilibre qu’il maintient entre ces deux inconscients : l’époque et l’être secret d
590l’époque et l’être secret du héros. Il sait mieux que quiconque aujourd’hui faire éclater dans un cadre très moderne où s’a
591t pas la fin ni le sens véritable, mais seulement qu’elles ont fait souffrir. Rendez-vous manqués, lettres perdues, aveux i
42 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927)
592re inquiétude (avril 1927) ag Il faut souhaiter que ce témoignage sur les générations nouvelles et leurs maîtres soit lu
593unit en lui à l’état de velléités contradictoires que son intelligence très nuancée maintient en une sorte d’instable équil
594 en une sorte d’instable équilibre, les tendances que ses contemporains ont poussées à l’extrême avec moins de prudence mai
595ui fait la grandeur et la misère de l’époque — et qu’il avoue préférer à une certitude trop vite atteinte, où sa jeunesse n
596ude trop vite atteinte, où sa jeunesse ne verrait qu’une abdication. Il décrit la « génération nouvelle » avec une intellig
597aigu d’analyse qui conduit à la dispersion autant qu’à l’approfondissement du moi, soif de tout et pourtant mépris de tout,
598re M. Rops a-t-il trop négligé le rôle extérieur, que je crois décisif, des conditions de la vie moderne.) Après avoir défi
599x jeunes gens d’aujourd’hui. Il [p. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait que différer notre inquiétude, tandis q
600. 564] constate que l’une (celle de Gide) ne fait que différer notre inquiétude, tandis que l’autre « ne ruine notre angois
601ude, tandis que l’autre « ne ruine notre angoisse qu’en y substituant ce qui ne vient que de Dieu : la Foi ». Acculée à la
602otre angoisse qu’en y substituant ce qui ne vient que de Dieu : la Foi ». Acculée à la rigueur d’un choix presque impossibl
603iment les deux termes d’un dilemme, l’une n’étant que le chemin qui mène à l’autre ? Car la foi naît de l’inquiétude autant
604 l’autre ? Car la foi naît de l’inquiétude autant que de la grâce, et régénère sans cesse l’inquiétude autant que la séréni
605grâce, et régénère sans cesse l’inquiétude autant que la sérénité… Au reste, n’est-elle pas de M. Rops lui-même, cette phra
43 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Lecache, Jacob (mai 1927)
606r, biblique, austère et probe, qui n’a d’ambition que pour ses enfants. Jacob, l’aîné se révolte. Sensualité, intelligence,
607dans son avidité de puissance. C’est par l’argent qu’on domine notre âge : il devient grand industriel, assure sa fortune a
608ût, le père ajoute : « Notre sang sera vainqueur… Qu’ils m’oublient, qu’ils me méprisent ! Je les vois régner. Je salue leu
609: « Notre sang sera vainqueur… Qu’ils m’oublient, qu’ils me méprisent ! Je les vois régner. Je salue leur Loi. » Le récit g
610orgueil : osez donc me condamner d’être plus fort que cette bourgeoisie fatiguée, et de suivre le destin que vous m’avez as
611ette bourgeoisie fatiguée, et de suivre le destin que vous m’avez assigné à force de m’humilier et de me craindre. » p. 
44 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, La Mort difficile (mai 1927)
612démasquer l’humain, et par l’acharnement angoissé qu’on y apporte, l’on en vient à une conception de la sincérité qui me pa
613vre l’individu pieds et poings liés à l’obsession qu’il voulait avouer pour s’en délivrer peut-être. Cette sincérité ne ser
614t-être. Cette sincérité ne serait-elle à son tour que le masque d’un goût du malheur ? Le sujet profond de ce roman, où l’o
615r, sa « maladie », c’est encore l’« élan mortel » que décrivait Mon Corps et Moi. Quand l’analyse féroce de Crevel fouille
616ce de ce tourment ou de ce sauvage égoïsme ; mais qu’elle s’acharne sur le détail dégoûtant et mesquin de certain milieu bo
45 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927)
617un élixir dont il voudrait bien nous faire croire que le diable [p. 694] est l’auteur. Beaucoup d’oiseaux volètent, se bala
618e « bien français » ; et le mot sang n’évoque ici qu’une tache de couleur, plus sentimental que cruel. « J’ai la beauté fac
619que ici qu’une tache de couleur, plus sentimental que cruel. « J’ai la beauté facile et c’est heureux. » Il y a aussi un ce
620aussi un certain tragique, mais au filet si acéré qu’on ne sent presque pas sa blessure. Mais c’est ici qu’il s’agit de ne
621n ne sent presque pas sa blessure. Mais c’est ici qu’il s’agit de ne pas confondre inexplicable avec incompréhensible.
46 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927)
622 Entre ces deux tentations, cédant à l’une autant qu’à l’autre, Drieu s’examine. Encore un ? Non, enfin un. Tous les autres
623l s’examine jusqu’au ventre de sa mère et cognoit que dès lors il a esté corrompu et infect et adonné à mal » (Calvin). Le
624 de redressement où je distingue bien autre chose que les « éclats de l’impuissance ». Un plus délicat eut compris que cert
625s de l’impuissance ». Un plus délicat eut compris que certains des morceaux très divers qui composent ce livre sont bien ma
626’avoir échappé au surréalisme en tant qu’il n’est que le triomphe de la littérature sur la vie, mais d’avoir su en garder u
627 vitalité à notre civilisation, — et je sais bien que c’est là un des signes de sa décadence. Il y a du chirurgien chez ce
47 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927)
628é. Ah ! comme vous sauriez lui plaire, maintenant qu’une si triomphante tendresse vous possède ! Justement, voici Pierre Gi
629la donner. Alors pour vous venger, vous lui dites que, « d’abord », son livre n’est pas sérieux. Il sourit. Vous ajoutez qu
630 livre n’est pas sérieux. Il sourit. Vous ajoutez que le lyrisme des noms géographiques vous fatigue ; que c’est une vraie
631 le lyrisme des noms géographiques vous fatigue ; que c’est une vraie manie de nommer à tout propos d’Annunzio, Pola Negri,
632entôt vous vous calmez. Car il semble aujourd’hui que ce globe dans son voyage « est arrivé à un endroit de l’éther où il y
633l’éther où il y a du bonheur ». Vous reconnaissez que Pierre Girard est un peu responsable de cette douceur de vivre. Déjà
634niez plus sa drôlerie, son aisance. Vous accordez que s’il force un peu la dose de fantaisie, c’est plutôt par excès de fac
635 de fantaisie, c’est plutôt par excès de facilité que par recherche. Vous voilà même tenté de l’en féliciter. Bien plus, vo
636nuis nous seraient épargnés si nous ne regardions que les jambes des femmes » dit-il, pour vous apprendre ! — sans se doute
637 » dit-il, pour vous apprendre ! — sans se douter que rien ne saurait vous ravir autant que ses impertinences. À ce moment
638s se douter que rien ne saurait vous ravir autant que ses impertinences. À ce moment s’approche M. Piquedon de Buibuis, qui
48 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927)
639trois nouvelles n’ont guère de commun entre elles que la forme : ce sont de lentes réminiscences, des évocations intérieure
640à côté du corps de son ami suicidé pour une femme qu’ils ont aimé tous deux (L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le récit d’un é
641site rare par la justesse de l’observation autant que par la sympathie de l’auteur pour ses héros. Indulgence et regrets, u
642cat et d’une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvrerie ni vulgarité la grâce un peu trouble et l’
643et voici ce je ne sais quoi, ce délice furtif, ce que l’auteur lui-même appelle « cette vague poésie involontaire, intermit
644ontaire, intermittente, un peu émiettée, éventée, que je trouve dans une ancienne réalité ressuscitée… » Sachons gré à M. V
49 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Rainer Maria Rilke (décembre 1927)
645illeur Jaloux, de ce Jaloux qui sait parler mieux que personne des poètes scandinaves et des romantiques allemands parce qu
646avec eux ce goût du rêve préféré à la vie, — à ce qu’on appelle la vie. Jaloux, qui a rencontré plusieurs fois Rilke, trace
647ré plusieurs fois Rilke, trace de lui un portrait qu’on dirait, en peinture, très « interprété ». Non pas une photographie
648omme dans son œuvre, qui est peut-être plus vraie que le vrai, je veux dire, plus rilkienne que ne fut Rilke. Rilke y appar
649s vraie que le vrai, je veux dire, plus rilkienne que ne fut Rilke. Rilke y apparaît comme une de ces âmes mystiques et raf
650mme une de ces âmes mystiques et raffinées telles qu’on en découvre chez certaines femmes et l’on y voit une préciosité sen
651mplement une clairvoyance exceptionnelle, suivant que l’on juge au nom d’une science ou au nom de l’esprit. « Pour moi qui
652e ou au nom de l’esprit. « Pour moi qui aime plus que tout la poésie, écrit Jaloux, aussitôt que je vis Rilke, je compris q
653e plus que tout la poésie, écrit Jaloux, aussitôt que je vis Rilke, je compris que cet univers dont je rêvais n’était pas u
654rit Jaloux, aussitôt que je vis Rilke, je compris que cet univers dont je rêvais n’était pas un objet de songe mais d’expér
655e « expérience », je crois, ne peut être sensible qu’à des êtres pour qui elle est en somme inutile : parce qu’ils possèden
656es s’opère l’expérience. On ne prouve la religion qu’aux convertis — qui n’ont plus besoin de preuves. Il reste qu’un livre
657rtis — qui n’ont plus besoin de preuves. Il reste qu’un livre comme celui-ci tend un merveilleux piège sentimental à la rai
658eux piège sentimental à la raison raisonnante. Et qu’il nous mène un peu plus loin que la sempiternelle « stratégie littéra
659 raisonnante. Et qu’il nous mène un peu plus loin que la sempiternelle « stratégie littéraire », de gazetiers ; au cœur de
50 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Bopp, Interférences (décembre 1927)
660voir juste. Et quand son bonhomme se plaint de ce que son œuvre lui apparaît en même temps que « fatale », « si arbitraire
661», « si arbitraire et si facultative », je me dis qu’il n’en saurait être autrement tant qu’on se tient à cette attitude sc
662 je me dis qu’il n’en saurait être autrement tant qu’on se tient à cette attitude scientifique, vis-à-vis du phénomène litt
663 à la sécurité de cette sorte d’analyse, — encore que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu’il était de taille à affronter d’au
664lyse, — encore que Bopp ait prouvé dans son Amiel qu’il était de taille à affronter d’autres dédales ! Mais il a su mettre
665tres dédales ! Mais il a su mettre plus de choses qu’il n’y paraît d’abord dans ces 50 pages. Beaucoup sont excellentes et
51 1927, Articles divers (1924–1930). Conférence d’Edmond Esmonin sur « La révocation de l’Édit de Nantes » (16 février 1927)
666l’Édit de Nantes » (16 février 1927) i Le sujet que M. Esmonin, professeur à la Faculté des lettres de Grenoble, traita m
667n système préconçu. (Cette attitude est plus rare qu’on ne le croit, de nos jours.) M. Esmonin montra avec beaucoup de clar
668Louis XIV commit un des actes les plus vexatoires que l’histoire ait enregistrés. Après avoir fait un tableau de la France
669eur désir de gagner le ciel, persuadent Louis XIV que la Révocation serait une œuvre digne du Roy Soleil et capable de lui
670d’eux s’indigne, dans une lettre à Louvois, de ce que « les dragons ont été les meilleurs prédicateurs de notre Évangile ».
671utions contre ceux qui n’ont commis d’autre crime que de « déplaire au roi » vont reprendre de plus belle : la guerre civil
672ades. M. Esmonin s’abstient d’en faire un tableau qu’il suppose présent à l’esprit de ses auditeurs. Il termine en citant l
673histoire de la France. Déviation telle, en effet, que nous en sentons les conséquences de nos jours encore, ajoute M. Esmon
674urs encore, ajoute M. Esmonin. Et nous ne pouvons que nous réjouir de retrouver bientôt dans l’ouvrage qu’il va consacrer à
675 nous réjouir de retrouver bientôt dans l’ouvrage qu’il va consacrer à Louis XIV l’exposé si dénué de parti pris, si libre
52 1927, Articles divers (1924–1930). Jeunes artistes neuchâtelois (avril 1927)
676euchâtel va-t-elle redevenir le centre artistique qu’elle fut au siècle passé ? Allons-nous assister à un regroupement de s
677stion est peut-être prématurée. Mais le seul fait qu’elle se pose me paraît indiquer que l’un au moins des deux éléments né
678s le seul fait qu’elle se pose me paraît indiquer que l’un au moins des deux éléments nécessaires à ce regroupement existe 
679s modernes, et sont bien situés pour n’en prendre que le meilleur ; mais l’émulation, l’atmosphère de combat nécessaire au
680le peintre se trouve placé d’emblée en face de ce qu’on nomme le gros public. L’épreuve est pénible, énervante, souvent fat
681écration étrangère. Un jour en effet l’on apprend que tel tableau de jeune est « coté » chez un gros marchand. Aussitôt, le
682ouchants échos : « C’est avec un légitime orgueil que notre petit pays accueillera cette consécration bien méritée du talen
683 et fortune faite, tout le monde s’accorde à dire qu’on n’attendait pas moins du fils d’un tel père. « Voilà le train du mo
684ère. « Voilà le train du monde… » Je ne pense pas qu’il en faille gémir. Une certaine résistance est nécessaire pour que la
685s, sachons le reconnaître, il y a moins de malice que de paresse dans les jugements du public, et moins d’incompréhension q
686s jugements du public, et moins d’incompréhension que de timidité. ⁂ On ne m’en voudra pas de ne citer ni dates de naissanc
687aux crayons de fard. C’était un peu plus Blanchet que Barraud, plus Picasso que Matisse ; mais il y avait encore du flou, d
688it un peu plus Blanchet que Barraud, plus Picasso que Matisse ; mais il y avait encore du flou, des courbes complaisantes.
689À Marin, près Neuchâtel, dans cette petite maison qu’on reconnaissait entre trente pareilles, aux cactus qui ornaient les f
690rre, cette tête prisonnière qui regarde ailleurs… Qu’il sorte enfin et se mette à graver les scènes qu’il voit dans la peti
691Qu’il sorte enfin et se mette à graver les scènes qu’il voit dans la petite cité ouvrière, et c’est merveille de constater
692de la vie. La série de gravures sur bois colorées qu’il intitule la Cité est un petit chef-d’œuvre de réalisme stylisé. C’e
693licité précieuse », il sait la conférer à tout ce qu’il touche, qu’il décore une bannière, fabrique une poupée, compose une
694se », il sait la conférer à tout ce qu’il touche, qu’il décore une bannière, fabrique une poupée, compose une affiche ou un
695uvres. Et aussi ce brin de comique un peu bizarre qu’il glisse si souvent là où on l’attend le moins. Conrad Meili apporte
696leux, mais les autres sont soulagés. Et ne fût-ce qu’en prenant une initiative comme celle de Neuchâtel 1927 7 il aura bi
697tel en collaboration avec Paul Donzé. Qui eût cru que ce paysagiste plutôt impressionniste s’astreindrait jamais aux exigen
698pinceau la palpe, la presse, la réduit à la forme qu’il voit. Il y a de la sensualité dans l’écrasement de ses couleurs, un
699tout leur amour à la peinture pure. Je crois même que, Paul Donzé touché à son tour par la grâce décorative, il n’en reste
700à son tour par la grâce décorative, il n’en reste qu’un, du moins à Neuchâtel même : Eugène Bouvier. Ce garçon aux allures
701d’une ironie mélancolique et qui voient plus loin qu’on ne croit, mais il a toujours l’air de songer à la Hollande, sa seco
702ut-être se glisser dans l’atmosphère de l’œuvre ; que l’on consente en effet à telle déformation, et tout devient satisfais
703e sentiments ou d’état d’âme. Je ne verrais guère que Louis de Meuron, parmi ses aînés, dont on le puisse rapprocher, parce
704sent sur les toiles de Meuron. Il semble toujours qu’il peigne entre deux pluies. Il aime ces heures où ciel et onde se [p.
705 et onde se [p. 126] mêlent, et sait rendre mieux que personne la liquidité d’un lac, certaines atmosphères délavées et sou
706re à Rubens. Il fut un temps où l’on put craindre que Charles Humbert ne devînt le chef d’une école du gris-noir neurasthén
707araissaient dans les Voix (cette courageuse revue qu’il avait fondée avec J. P. Zimmermann) des dessins d’un dynamisme impé
708harmonies funèbres, comme un qui n’attendrait pas que l’enterrement s’éloigne pour entonner une chanson à boire. Et sa tech
709 Si la couleur n’est pas encore aussi plantureuse que les formes, il y a une belle richesse de lueurs sur une matière trait
710 d’une abondance très sûrement ordonnée. Je crois qu’on doit beaucoup attendre de ce tempérament qui fait jaillir en lui sa
711 qui semble se faire une volupté de la discipline qu’elle s’impose. Et voilà qui fait encore plus « Renaissance » : le cost
712e tient un livre ouvert, et ce n’est pas je pense qu’il le lise, mais il aime caresser la reliure qu’il doit avoir faite [p
713e qu’il le lise, mais il aime caresser la reliure qu’il doit avoir faite [p. 127] lui-même. Car il est artisan, dans le bea
714leurs, à encadrer des glaces. Et plaise aux dieux que les visages qui s’y reflèteront soient aussi beaux que ceux qu’il pei
715es visages qui s’y reflèteront soient aussi beaux que ceux qu’il peint ou modèle, le soir, à la lampe, en compagnie de sa f
716s qui s’y reflèteront soient aussi beaux que ceux qu’il peint ou modèle, le soir, à la lampe, en compagnie de sa femme (ell
717aussi, d’un œil regardant le sujet, de l’autre ce qu’en fait son mari). Et puis voici François Barraud, le plus jeune des f
718aissant un moment ce trésor du meilleur réalisme, que nous saurons désormais retrouver, allons errer un peu dans le royaume
719ivait son petit bonhomme de chemin sans se douter qu’il avait pris quelques années d’avance sur ses contemporains. Un jour
720 Les jeunes peintres. — Vous suivez la même route que nous ? À la bonne heure ! ». Et l’on repart bras dessus, bras dessous
721pte. Il a fait de la pâtisserie, mais on m’assure qu’il se nourrit de noix et d’oranges. Il administre une feuille religieu
722ieuse. Il déniche à Paris des tableaux mystérieux qu’il relègue dans son atelier, pêle-mêle avec les siens. Vous retournez
723sité, l’objet le plus banal se charge de mystère. Que va-t-il se passer là-dedans ? Et ces roses sont le signe de quel occu
724quel occulte prodige ? Intrigué, vous reprenez ce que vous pensiez n’être qu’une épure : c’est intitulé « nature morte ». P
725ntrigué, vous reprenez ce que vous pensiez n’être qu’une épure : c’est intitulé « nature morte ». Pourquoi pas naissance [p
726possibles sont des pièges à chimères. C’est ainsi qu’on fait une découverte. Attention qu’André Evard n’aille trouver une d
727 C’est ainsi qu’on fait une découverte. Attention qu’André Evard n’aille trouver une de ces machines à explorer l’au-delà.
728raditionnelle, d’un style pourtant assez large et que n’entravait pas son scrupule réaliste. ⁂ Mais voici dans son costume
729ra s’imposer. Léon Perrin a compris tout le parti qu’on pouvait tirer des principes cubistes dans un art dont la genèse mêm
730une décomposition primitive en plans. C’est ainsi qu’il atteint d’emblée dans ses statues à un beau style dépouillé et hard
731eur de rugby. C’était le poids de la pierre, plus que celui du corps de l’athlète ; l’œuvre n’atteignait pas encore pleinem
732e théorique. C’est dans la manière cubiste encore que Perrin décora naguère fort plaisamment une pendule de Ditisheim ; que
733guère fort plaisamment une pendule de Ditisheim ; que Vincent Vincent, peintre, romancier et critique d’art, compose des co
734res, des étoffes, d’une somptueuse fantaisie ; et qu’Alice Perrenoud combine de petits tableaux en papiers découpés, avec u
735qui, par le fait des circonstances peut-être plus que par de naturelles affinités, se trouvent former un mouvement actif dé
736ar leur objet et le domaine où elles se réalisent que celles de Le Corbusier 8 , Meili, Evard, Perrin, manifestent toutes u
737serait suffisamment atteint si nous n’avions fait qu’affirmer l’existence et la vitalité d’une jeune peinture originale dan
738alité d’une jeune peinture originale dans un pays qu’on s’est trop souvent plu à dire si âpre, prosaïque et d’une maigre vé
739’harmonie des lignes ; où la lumière éclaire plus qu’elle ne caresse ; où pourtant les hivers les plus durs réservent des d
53 1927, Articles divers (1924–1930). Dés ou la clef des champs (1927)
740afé est un lieu anonyme bien plus propice au rêve que ma chambre où m’attendent tous les soirs quand je rentre du bureau, l
741ci dans le jardin des songeries les plus étranges qu’appelle la musique. Je me gardai donc d’ouvrir le journal. Les Petites
742un pouvoir tyrannique sur mon esprit. [p. 98] Non que cela m’intéresse au fond : les faits-divers, rien de moins divers. Ma
743rtant la main à son gilet, il en retira trois dés qu’il jeta sur la table. Les yeux brillants, il compta. Une indécision pa
744onnue. Et je me refusais sans cesse aux questions qu’en moi-même posait ma raison effarée. L’étranger s’animait [p. 100] au
745in. Ce soir-là, une confiance me possédait, telle que je savais très clairement que je gagnerais à tout coup. L’étranger se
746me possédait, telle que je savais très clairement que je gagnerais à tout coup. L’étranger se mit à discourir. Et dans mon
747 parce que tu n’as pas beaucoup d’imagination, et que tu es un pauvre vaudevilliste qui use à tort et à travers de situatio
748à la corde pour les pendre, ha ha ha ! Tu pensais que j’allais me cramponner à cette espèce de bonheur qu’ils croient lié à
749 j’allais me cramponner à cette espèce de bonheur qu’ils croient lié à la possession, et que j’allais vivre aussi sur le do
750de bonheur qu’ils croient lié à la possession, et que j’allais vivre aussi sur le dogme l’argent-fait-le-bonheur. En somme,
751me l’argent-fait-le-bonheur. En somme, tu croyais que j’allais adhérer à l’idéologie socialiste, gros farceur, va. Quand je
752mmédiatement supérieure à la leur. Ils voudraient que leur vie garantît un 5 % régulier de plaisirs, [p. 102] avec assuranc
753 de leur impuissance à concevoir un autre bonheur que celui qu’ils ont reçu de papa-maman et l’Habitude, leur marraine aux
754mpuissance à concevoir un autre bonheur que celui qu’ils ont reçu de papa-maman et l’Habitude, leur marraine aux dents jaun
755cheval fou, mon beau Désir s’ébroue et part sitôt que je vais m’endormir, ah ! galope, caracole, éclabousse, ils n’y compre
756des soirs si doux aux amants quand ils n’ont plus que des baisers au goût d’adieu, et l’avenir où se mêlent incertaines, un
757e fumée, et la musique noyait mes pensées. Je vis qu’une femme était assise à notre table, en robe rouge, et très fardée. E
758t-être, [p. 104] je ne saurai jamais rien… (sinon qu’au lendemain je n’avais plus un sou). Je n’ai jamais revu l’étranger.
759e songe à ses paroles — ou peut-être n’étaient-ce que celles de mes folies ? Je me répète : paradoxes, mais cela ne suffit
54 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Billets aigres-doux (janvier 1927)
760aisers. L’amour est un alibi Nos lèvres sitôt que jointes, Ô dernier mensonge tu, Je m’enfuis vers d’autres rêves Où so
761els anges fous. L’horaire dicte un adieu, La mode qu’on rie des pleurs, Lors je baise votre main Comme on signe d’un faux n
55 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927)
762ns de chasse gardée du ci-devant soleil. C’est là qu’Urbain, premier du nom dans sa famille, laquelle n’avait compté jusqu’
763ts et un chapelier dont tous s’accordaient à dire qu’il ne péchait que par excès de bonne humeur printanière, Urbain donc,
764r dont tous s’accordaient à dire qu’il ne péchait que par excès de bonne humeur printanière, Urbain donc, premier mauvais g
765rbain ouvrit les yeux et ne vit rien. On rappelle que les étoiles s’étaient décrochées de leur poste dans l’éternité. « Éte
766ité judiciaire et française, dédaigna des avances que la perte de son sens de l’éternel rendait pourtant considérables, au
767vers le néant, retourna ses poches, ôta ses gants qu’il jeta, puis, après un grand coup de pied dans le vide symbolique des
768ide symbolique des systèmes, sortit, c’est-à-dire qu’il fit un pas dans une direction quelconque. L’étoile pleurait, sentim
56 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Lettre du survivant (février 1927)
769 » (Les journaux.) Mademoiselle, Il faut d’abord que je m’excuse : c’est un peu prétentieux de vous écrire au moment où je
770e au moment où je vais me suicider, d’autant plus que vous n’y croirez pas — et pourtant… Il faut aussi que je vous dise qu
771vous n’y croirez pas — et pourtant… Il faut aussi que je vous dise qu’il fait très froid dans ma chambre : le feu n’a pas p
772pas — et pourtant… Il faut aussi que je vous dise qu’il fait très froid dans ma chambre : le feu n’a pas pris, et d’ailleur
773isir, comme on dit, sans doute parce que c’est là que se nouent les douleurs les plus atrocement inutiles. La première fois
774 drame sur vos traits seulement ; l’écho n’en fut que plus douloureux dans mon cœur. Puis je vous ai oubliée. Puis je vous
775. Puis je vous ai revue, aux courses, et c’est là que j’ai découvert que vous existiez en moi, à certain désagrément que j’
776evue, aux courses, et c’est là que j’ai découvert que vous existiez en moi, à certain désagrément que j’eus de vous voir si
777t que vous existiez en moi, à certain désagrément que j’eus de vous voir si entourée… D’autres fois… je n’ai plus le courag
778èrent les miens plus d’une fois pendant une danse qu’il fit avec vous, mais vous les détourniez soudain comme pour vous arr
779e obsession secrètement attirante ; et je pensais que la force de mon désir était telle que vous en éprouviez vaguement la
780 je pensais que la force de mon désir était telle que vous en éprouviez vaguement la menace. Je dis menace, parce que mes a
781mes airs sombres vous effrayaient sans doute plus qu’ils ne vous attiraient. Mais, maintenant, je pense que ces regards cro
782ls ne vous attiraient. Mais, maintenant, je pense que ces regards croisés n’avaient aucune signification et que mon anxiété
783regards croisés n’avaient aucune signification et que mon anxiété seule leur prêtait quelque intention. Quand enfin l’orche
784douleurs. Même, je fus obligé de confier à un ami que j’en avais repris … Les archets jouaient sur mes nerfs. Le jazz marte
785t la nausée. Je rentrai seul. Voici quelques mots que j’écrivis à ma table en désordre où je venais de jeter mon col de smo
786ur l’orchestre pensif. Ton re gard est plus grand que le chant des violons. Aube dure ! En ma tête rôde ton souvenir, comme
787lui dire très vite quelques mots si bouleversants qu’avant le dernier étage… » Je délirais, bien sûr. Je m’imaginais que le
788er étage… » Je délirais, bien sûr. Je m’imaginais que les vendeuses me dévisageaient de plus en plus impudemment : je devai
789 je devais paraître si perdu. Chaque fois [p. 70] qu’un paquet de dix personnes s’engouffrait dans la cage rouge et or et s
790 me disais encore : Si je prends cet ascenseur et que je la croise en route dans l’ascenseur descendant… Il aurait fallu mo
791se pencher vers la vitre… Je montai. Il n’y avait que des dames. Personne ne parlait. La jeune femme qui s’était penchée vo
792issés, avides, implorants. Oh ! toutes les femmes que j’ai fait souffrir cette nuit d’un long regard de damné. À minuit, te
793 long regard de damné. À minuit, tellement épuisé que je mêlais à mes pensées des fragments de rêves et les personnages des
794a fraîcheur de la brume m’apaisa. Sur la promesse que je fis que je me sentais mieux, on me laissa rentrer seul. Je ne sais
795 de la brume m’apaisa. Sur la promesse que je fis que je me sentais mieux, on me laissa rentrer seul. Je ne sais comment j’
796er seul. Je ne sais comment j’y parvins. Je crois que j’ai marché plusieurs heures avant de retrouver ma rue. Il doit être
797s appels d’autos dans la ville, mais il me semble que toutes choses s’éloignent de moi vertigineusement, par cette aube inc
798e ne correspond à rien dans mon esprit. Peut-être que j’ai perdu la notion du temps. Je ne me souviens plus que de cette dé
799 perdu la notion du temps. Je ne me souviens plus que de cette déception insupportable et définitive de mon désir. Je ne vo
800. (Je le caresse, entre deux phrases.) Mais voici que ce geste de ma mort aussi me lasse, l’image que je m’en forme… Je ne
801i que ce geste de ma mort aussi me lasse, l’image que je m’en forme… Je ne comprends plus pourquoi je devrais me tuer, pour
802rquoi je devrais me tuer, pourquoi je souffre, ce que c’est que la souffrance, ce que c’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu,
803evrais me tuer, pourquoi je souffre, ce que c’est que la souffrance, ce que c’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a p
804oi je souffre, ce que c’est que la souffrance, ce que c’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a plus qu’un glissement g
805fre, ce que c’est que la souffrance, ce que c’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a plus qu’un glissement gris, sans
806’est que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a plus qu’un glissement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme : il n’y aurait
807plus qu’un glissement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme : il n’y aurait plus rien. p. 67 f. « Lettre du surviva
57 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Orphée sans charme (février 1927)
808 Et une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul symbole dans la pièce. » Ce qui me gêne pourtant,
809 ». Sa femme l’accuse de « vouloir faire admettre que la poésie consiste à écrire une phrase ». Et cette phrase, c’est un c
810e la mort. » Or, on découvre à la fin de la pièce que c’est une anagramme un peu ordurière. Ainsi les rêves publiés par les
811nsait à quelqu’un lorsqu’il écrivit certains vers qu’on peut lire plus haut : Les anges véritables qui connaissent les sig
812vant de se lancer sur la corde raide. Je suis sûr qu’il ne tombera pas. J’admire sans émoi. ⁂ Certes, les qualités scénique
813ue qui cerne le mystère d’un trait pur. Il semble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il voulait. Et pourtant cette
814l semble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il voulait. Et pourtant cette admirable machine ne m’inquiète guère :
815e admirable machine ne m’inquiète guère : je sais qu’elle le conduira où il veut, sans surprises. « Puisque ces mystères me
816’auteur : il l’a trop bien organisé. En somme, ce qu’il faut reprocher à Cocteau, c’est d’avoir réussi complètement une piè
817complètement une pièce, prouvant une fois de plus que l’atmosphère de l’« art pur » n’est pas respirable. Il ne manque rien
818al taillé, selon toutes les règles de l’art, mais que l’essence obtenue, si elle est de rose, est sans parfum.   (Tout de m
819verrais une preuve, pour mon compte, dans le fait que je ne sais parler de lui autrement que par métaphores.) p. 85 g.
820ns le fait que je ne sais parler de lui autrement que par métaphores.) p. 85 g. « Orphée sans charme », Revue de Belle
58 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’autre œil (février 1927)
821e. Nous devons, nous pouvons faire quelque chose. Que diable ! nous ne sommes pas des imbéciles, nous ne sommes pas de ces
822ciles, nous ne sommes pas de ces gens qui croient que 2 et 2 font 22, et qui confondent Jérôme et Jean Tharaud ! » Il y a d
823esponsabilité s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s’agit de déranger 5 000 personnes en huit soirées, et de les occup
824 là, bas-toi là ! »… Est-il plus atroce spectacle que celui d’une maîtresse jadis belle et diserte qui tombe au ruisseau en
825n’a pas la foi. Topin, Mahomet désabusé, constate que jamais « la Montagne » ne saura venir au prophète, même s’il se nomme
826u mariage de nos veilles et de nos rêves », ainsi que le disait si poétiquement le programme.   Un peu d’histoire (erratum
827 à Mossoul de se perdre dans des jupons autrement que par métaphore. À la Chaux-de-Fonds, il y eut trente membres et cent d
828s’éteignit dans les neiges. Un jour, on s’aperçut que cette chose avait recommencé, qu’on appelle, sans doute par antiphras
829r, on s’aperçut que cette chose avait recommencé, qu’on appelle, sans doute par antiphrase, la vie. p. 94 h. « L’autr
59 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927)
830haud ». Affreux. Aussi : « Elle mourut. » On voit que cette bande est antérieure à l’époque du long baiser de conclusion. L
831ilm japonais : une historiette un peu plus banale que nature, très bien photographiée. C’est le film du type « Jeux de sole
832aisons obliques, montagnes russes. (J’ai regretté que René Clair ne nous donne pas la vision du mort.) Enfin le cercueil ro
833trop de plaisir. Mais [p. 126] je ne suis pas sûr que le plaisir du public fût de même essence que le nôtre. Les gens rient
834 sûr que le plaisir du public fût de même essence que le nôtre. Les gens rient à l’enterrement au ralenti, à l’éclatement d
835cinéma. Quand la danseuse paraît, ils n’attendent que le moment où ils pourront se pousser en disant : « C’que c’est cochon
836essous mais accueille le résultat avec la naïveté qu’il faut, approuve et dit : « C’est bien ça, c’est comme quand on rêve.
837ire en montre (beaucoup trop à mon [p. 127] gré). Qu’une sorcière transforme un homme en chien, cela n’a rien d’étonnant au
838 photographie d’une chose qui ne serait étonnante que dans le réel ; ce n’est pas encore un miracle de ciné. Et les fées pa
839s quelle harmonie… C’est une réalité aussi réelle que celle dont nous avons convenu et que nous pensions la seule possible.
840aussi réelle que celle dont nous avons convenu et que nous pensions la seule possible. Le monde « normal » nous apparaît al
841aît alors comme l’une seulement des mille figures que peut revêtir une substantia dont nos sens trop faibles — bornés encor
842e, non Madame, car alors quoi de plus surréaliste que le film 1905. Ce n’est peut-être qu’une question d’imagination ; il r
843 surréaliste que le film 1905. Ce n’est peut-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est u
844eut-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une aide puissante. Nous faisons nos premi
845urés sauront enfin gagner de vitesse les prodiges que déclenche René Clair, verrons-nous, pris par surprise dans l’explorat
60 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Louis Aragon, le beau prétexte (avril 1927)
846, le beau prétexte (avril 1927) j Ah ! je sens qu’une puissance étrangère s’est emparée de mon être et a saisi les corde
847 a saisi les cordes les plus secrètes de mon âme, qu’elle peut faire désormais vibrer à sa fantaisie, même si cela doit m’a
848 Il n’existe pas de théorie du salut. Il n’existe que des systèmes pour faire taire en nous l’appel vertigineux du Silence.
849ux, mais c’est pour détourner nos regards de cela qu’il faut bien nommer le Vide. Tant de séductions nous ont en vain tenté
850rtant si éprouvées par le repas dont vous sortez, que ces trois mots où se résume la défense de la loi sociale, patriotique
851vous rallumez votre cigare. Vous vous êtes assuré que la porte ferme bien sur l’infini. Rien à craindre de ce côté. Retourn
852et d’autres, à travers les déserts de la sainteté que hantent les fantômes adorables du désir, — quelques hommes [p. 133] y
853aibles s’efforcent — mais déjà c’est de plus loin qu’il les nargue. Il connaît enfin une solitude défendue de tous côtés pa
854neuses, de bravades et de faciles tricheries 8 — qu’ait connue l’esprit humain. Sens de l’Absolu, sens de la pureté ou fan
855 dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Nos jugeme
856est nulle part 9  ». Ultime affirmation d’une foi que plus rien ne peut duper. Depuis certaines paroles sur la Croix, il n’
857ine, et vous aurez beau rire, pharisiens, et dire qu’elle est née dans un café de Paris. « Je n’attends rien du monde, je n
858arbes. Je viens d’entendre la voix d’un mystique. Que si l’on vient nous empêtrer de dogmes bassement ingénieux : « Si j’es
859à la notion de Dieu, répond Aragon, je me révolte qu’elle puisse en aucun cas servir d’argument à un homme. » Voilà qui nou
860clues toutes grandeurs au profit de fuites lâches qu’on veut nommer renoncements ! Jouant tout sur une révélation possible,
861enne comment aimer un Dieu. Ce n’est pas à genoux qu’on attendra : pour que cela eût un sens, il faudrait être sûr de n’avo
862e encore Aragon, sinon qui ? — sa grandeur, c’est qu’il lui faut atteindre Dieu ou n’espérer plus aucun pardon. II Novemb
863ce. Et voici Aragon revêtu d’une dignité tragique qu’il trouverait sans doute un peu ridicule. C’est ainsi que l’on arrive
864rouverait sans doute un peu ridicule. C’est ainsi que l’on arrive à croire, pour un autre, que c’est arrivé, ajoutant foi,
865st ainsi que l’on arrive à croire, pour un autre, que c’est arrivé, ajoutant foi, dans tous les sens qu’admet ce terme, à d
866ue c’est arrivé, ajoutant foi, dans tous les sens qu’admet ce terme, à des exaltations que leur lyrisme rendait seules cont
867ous les sens qu’admet ce terme, à des exaltations que leur lyrisme rendait seules contagieuses. Comment, en effet, ne pas v
868ent, en effet, ne pas voir la part de littérature que renferme cette œuvre, et qui fait, en dépit des prétentions désoblige
869le pour le scandale qui a le mérite de n’être pas qu’un jeu littéraire. Mais enfin, c’est encore un Musset, seulement trans
870ts. » Une belle phrase, n’est-ce pas ? Je ne sais qu’un Montherlant qui pourrait l’oser dire comme Aragon sans ridicule. Et
871ait l’oser dire comme Aragon sans ridicule. Et ce que je prenais pour le ton prophétique, ne serait-ce pas plutôt une sorte
872 possible par sous-entendu. Pas plus « ailleurs » que sur ce « globe d’attente » comme dit Crevel. Pourtant, le plus irrévo
873rtant, le plus irrévocable désespoir n’est encore qu’un appel à la foi la plus haute.   [p. 137] 1er mai 1927. Mieux vaut
874137] 1er mai 1927. Mieux vaut pécher par ridicule que par scepticisme ; par excès que par défaut. L’enthousiasme trompe moi
875cher par ridicule que par scepticisme ; par excès que par défaut. L’enthousiasme trompe moins que le bon sens. Don Quichott
876excès que par défaut. L’enthousiasme trompe moins que le bon sens. Don Quichotte est tout de même moins misérable que Cléme
877s. Don Quichotte est tout de même moins misérable que Clément Vautel — et si ce nom revient sous ma plume, comme une mouche
878si ce nom revient sous ma plume, comme une mouche qu’on n’a jamais fini de chasser parce qu’elle n’a pas mérité du premier
879sser parce qu’elle n’a pas mérité du premier coup qu’on se donne la peine de l’écraser, — c’est qu’il symbolise tout cet ét
880oup qu’on se donne la peine de l’écraser, — c’est qu’il symbolise tout cet état d’esprit « bien Parisien » dont de récentes
881ibrairie montrèrent les ravages bien plus étendus qu’on n’osait le craindre 11 . Si dans un essai sur la sincérité j’ai sou
882 . Si dans un essai sur la sincérité j’ai soutenu qu’une introspection immobile ne retient rien de la réalité vivante ; si
883récuse ici certain sens critique dont on voudrait que soient justiciables les œuvres d’un écrivain, les démarches de sa pen
884é notre orgueilleuse raison à nous tromper sur ce qu’il y a de profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré. 
885 Le Sens Critique. — Il y a un certain temps déjà que nous ne nous sommes revus. Mais je suis vos travaux avec intérêt, et
886 je suis vos travaux avec intérêt, et il m’a paru que depuis quelque temps… enfin, comment dirais-je… je me suis dit que je
887e temps… enfin, comment dirais-je… je me suis dit que je pourrais, en quelque sorte, vous être de quelque utilité… Moi. — 
888op d’êtres et de choses à aimer, et vous savez ce que cela suppose. Comprenez-moi : submergés, absolument… Le Sens Critiqu
889’aurais en quelque manière la prétention… Moi. — Que voilà un singulier impertinent de votre part. (Le reconduisant :) Cro
890 ne peut rien faire sans vous. Mais n’oubliez pas que « l’artiste serait peu de chose s’il ne spéculait sur l’incertain »,
891ar enfin, elle est déesse. Mais entre leurs mains qu’est-elle devenue ? C’est bien leur faute si elle nous apparaît aujourd
892. » Alors la voix de Rimbard k à la cantonade : Qu’il vienne, qu’il vienne Le temps dont on s’éprenne ! [p. 140] Les œu
893oix de Rimbard k à la cantonade : Qu’il vienne, qu’il vienne Le temps dont on s’éprenne ! [p. 140] Les œuvres les plus
894en haine de l’époque 12 . Le reproche d’obscurité que l’on fait à la littérature moderne n’est qu’une manifestation de ce d
895rité que l’on fait à la littérature moderne n’est qu’une manifestation de ce divorce radical entre l’époque et les quelques
896tion à nous, dans tel domaine. Et c’est même ceci que je ne puis pardonner aux surréalistes : qu’ils aient voulu s’allier a
897 ceci que je ne puis pardonner aux surréalistes : qu’ils aient voulu s’allier aux dogmatiques d’extrême-gauche. Je ne dirai
898extrême-gauche. Je ne dirai pas, comme on a fait, que c’est très joli de crier merde pour Horace, Montaigne, Descartes, Sch
899une révolution en fonction du capitalisme. Est-ce que vraiment vous ne pouvez vous libérer de cette manie française, la pol
900nie française, la politique, et ne voyez-vous pas que c’est faire le jeu de vos ennemis de discuter avec eux dans leur lang
901ur langue et de crier rouge pour la simple raison qu’ils ont dit blanc ? Pensez-vous [p. 141] combattre cet esprit « bien f
902otre mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il inspire ? Alors que cette réaction même est ce qu’il y a de plus fr
903il inspire ? Alors que cette réaction même est ce qu’il y a de plus français ; que c’est elle qui donne au surréalisme ce p
904réaction même est ce qu’il y a de plus français ; que c’est elle qui donne au surréalisme ce petit côté jacobin si authenti
905 aurait trop à dire, et puis l’on croirait encore que je suis avec ceux qui traitent Aragon, Breton et leurs amis alternati
906s ont tort, envers et contre toutes les critiques qu’on pourrait leur adresser, parce que ces « maudits » ont la grâce, par
907 n’étaient pas des êtres, mais leurs abstractions que nous haïssions. Notre haine de certaine morale ne venait-elle pas de
908haine de certaine morale ne venait-elle pas de ce qu’en son nom l’on mesurait odieusement une sympathie humaine pour nous s
909magnifique perdition dans des choses plus grandes que nous. Nous nous connaissions dans les coins et nous mourions d’ennui
910 les aspects irrévocablement prévus de nous-mêmes que faisaient paraître les petits faits de nos longues journées. Nous aim
911olution ; parce que cette révolution ne demandait qu’à s’asseoir et que son siège était fait. Nous aimions la Révolution qu
912e cette révolution ne demandait qu’à s’asseoir et que son siège était fait. Nous aimions la Révolution qui nous perdrait co
913, la révolution-vice. Mais on ne vit, on ne meurt que de vices. ⁂ [p. 143] Ici le lecteur se rassure. « Il s’y retrouve. »
914lecteur se rassure. « Il s’y retrouve. » Il pense que c’est bien jeune. Et : encore un qui rue dans les brancards, c’est tr
915inconscience de ruminants ou neurasthénie, est-ce que vraiment vous vous êtes tellement amusés avec vos chers principes. [
916lerons vos langues aériennes. On n’acceptera plus que des valeurs de passion. Balayez ces douanes de l’esprit, proclamez le
61 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Quatre incidents (avril 1927)
917que de tels soupirs, d’ailleurs invraisemblables, qu’à leurs reflets se fussent évanouis des arcs-en-ciel de névroses dans
918ec maîtresse. École savait le mythe du voyage, et qu’on ne manque pas le train bleu d’un désir. Elle était donc venue. Il l
919 jusqu’au soleil toujours de face. Il ne vit plus que la foule des yeux bleus, son éblouissement. Soudain la voici, elle de
920ais. Il s’est trompé, ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âmes. Aussitôt i
921chéri, si j’aime la comtesse ? Mais tu es si laid que cela me donne encore plus de plaisir. » Le duc paya et s’enfuit en di
922s de plaisir. » Le duc paya et s’enfuit en disant que ce n’était pas lui. L’enterrement aura lieu sans suite. Suicide du
923évaporait aux caresses des flocons, plus perfides que des murmures d’adieu. Il tomba parmi les statues, dans l’amitié pensi
924ment vers le soleil du haut-lac. Justement, voici que tout va s’ouvrir, qu’un monde s’est ouvert devant lui. Et l’eau n’est
925 haut-lac. Justement, voici que tout va s’ouvrir, qu’un monde s’est ouvert devant lui. Et l’eau n’est pas moins somptueuse.
926 moi, qui regarde comme de l’autre bord, je songe qu’il est des visites à de certaines grandes dames où je préférais — et l
62 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Récit du pickpocket (fragment) (mai 1927)
927 m … et je jure par Mercure, dieu du commerce, qu’on m’a appris à voler. Aristophane (« Les Chevaliers »). Dès qu’on e
928 c’est un long adieu et le corps se fige à mesure que l’esprit s’établit sur ses positions. Or donc, j’avais vingt ans. Je
929 car ils aimaient en moi par-dessus tout la vertu que je leur devais. Pourtant, je ne détournai pas mes yeux des yeux [p. 1
930es yeux des yeux [p. 181] de cette femme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je l’embras
931 peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je l’embrassai si fort… En un quart d’heure, je connais
932 un quart d’heure, je connaissais l’amour dans ce qu’il a de plus étrangement prosaïque à la fois et bêtement heureux. Le l
933 partais dans une direction quelconque. Il advint que ce fut celle de l’Italie. La lumière, mon pays natal ! — Je vécus d’a
934 Je vécus d’articles sur la mode et la politique, que j’envoyais à divers journaux. Un jour, parcourant un quotidien de mon
935ans une chambre d’hôtel où l’on ne voyait d’abord qu’un bouquet transfiguré par la lumière et que reflétaient de nombreuses
936abord qu’un bouquet transfiguré par la lumière et que reflétaient de nombreuses glaces. Les fenêtres que j’ouvris firent to
937ue reflétaient de nombreuses glaces. Les fenêtres que j’ouvris firent tourner des soleils sur les parois claires. Du balcon
938e un avenir de bonheur fiévreux — celui justement que j’entrevoyais. » Quand elle se fut endormie, je me rhabillai. Je ne t
939e se fut endormie, je me rhabillai. Je ne trouvai que 100 francs dans son sac à main : c’était assez pour me permettre d’en
940— je découvris une nuit, au moment de m’endormir, que ma passion du vol n’était qu’une longue vengeance. Ne m’avait-on pas
941ment de m’endormir, que ma passion du vol n’était qu’une longue vengeance. Ne m’avait-on pas dérobé des années de joie au p
942des années de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait obscurément. Je sentais bien que le ressort secre
943s capitalistes et sans gendarmes. Je sais bien ce que vous me direz : Les millions que je pourrais leur soustraire ne compe
944 Je sais bien ce que vous me direz : Les millions que je pourrais leur soustraire ne compenseront jamais cette escroquerie
945ais être engagé, du plan moral avec l’économique, qu’une expression nouvelle, et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce
946le, et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce qu’ils appellent, ridiculement, les fondements mêmes de la société. » C’e
947est avec le produit du vol d’un tronc de chapelle que j’édifiai à mes parents un tombeau sur lequel je fis graver : Prêté —
948de ma vie de rat d’hôtel et de sleepings ; encore que… Bref, depuis quelques mois, je m’amuse à jouer le pickpocket. Cela p
949der au moindre vol. » J’ajouterai, cher Monsieur, que l’analyse psychologique n’est pas mon fort. Je me contente de quelque
950e me contente de quelques observations théoriques que je tiens pour vraies, et j’en vérifie les manifestations vivantes ave
951s le véritable intérêt de ma vie. C’est vous dire que seule une certaine caresse de l’événement naissant peut encore m’émou
952coup. Cela explique, m’a-t-on dit, le peu de goût que j’ai pour la poésie imprimée. » J’allais oublier de vous dire qu’on m
953 poésie imprimée. » J’allais oublier de vous dire qu’on me nomme Saint-Julien. Vous n’ignorez point que l’on considère ce s
954qu’on me nomme Saint-Julien. Vous n’ignorez point que l’on considère ce saint comme le patron des voyageurs… » Saint-Julien
955e, sur cette vie dont le récit n’avait pas laissé que de l’agacer en maint endroit. « Une chose avant tout me frappe — dit-
956 Car, enfin, si je suis ici à vous écouter, c’est que je cherche ce qu’on est convenu d’appeler — pardonnez la lourdeur de
957 suis ici à vous écouter, c’est que je cherche ce qu’on est convenu d’appeler — pardonnez la lourdeur de l’expression — une
958e [p. 185] votre conduite les conclusions morales qu’elle paraît impliquer, c’est ce caractère de, comment dirai-je…, de ju
959 quelqu’une de ces farces d’étudiants qui ne sont que la traduction en actes de jeux de mots plus ou moins cruels… » — Je v
960. Je ne saurais y répondre. Je pourrais vous dire que si vous me trouvez un peu potache, il n’est pas prouvé par là que le
961rouvez un peu potache, il n’est pas prouvé par là que le potache n’ait point raison. Mais justement je n’éprouve aucun dési
962ir d’avoir raison. Je sens aussi bien que vous ce que mes principes peuvent avoir de « bien jeune », de banal presque, et,
963t, pour quiconque est aussi profondément persuadé que moi de l’absurdité radicale de notre vie, la moindre farce, le moindr
964ertaines de mes plaisanteries la dérision secrète qu’elles masquent par caprice. ..........................................
63 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conseils à la jeunesse (mai 1927)
965Bertrand. Est-ce vraiment aux romantiques de 1830 que ces reproches s’adressent, ou bien plutôt — vous alliez le dire — aux
966 ou deux petits phénomènes sociaux de notre temps que cette méthode ne suffirait pas [p. 187] à supprimer. Or, ils nous par
967s ». — Citez-m’en de ces phénomènes ! — Mon Dieu, que dire… Il y aurait, par exemple, ce fait du triomphe de la Machine ; c
968, merci du conseil, Monsieur Y. Z., de ce conseil que vous avouez modestement n’être pas inédit. Mais point n’est besoin de
969t n’est besoin de rappeler Candide : nous pensons que bien avant Voltaire il y avait des autruches pour enseigner cette mét
64 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927)
970roman : c’est trop agréable. Vous dites d’un goût qu’on aurait pour Nietzsche : que c’est de la littérature. Alors, quelque
971ous dites d’un goût qu’on aurait pour Nietzsche : que c’est de la littérature. Alors, quelque paysan du Danube survenant :
972peu grosse, n’est-ce pas ? D’autres prennent soin que leurs sincérités gardent au moins l’excuse d’une audace qu’ils escomp
973sincérités gardent au moins l’excuse d’une audace qu’ils escomptent scandaleuse. Mais voici un bar où je vous suis. Vous y
974aussi qui posent pour le Diable et ne se baignent que dans des bénitiers : on voit trop qu’ils trouvent ça pittoresque. Et
975se baignent que dans des bénitiers : on voit trop qu’ils trouvent ça pittoresque. Et le plaisir d’être nu devant un public
976Littérateur, va ! qui ne pouvez pas même admettre que la simplicité est simple simplement. La bouche brûlée d’alcools, vous
977 révèle le littérateur. Nous ne pouvons pas faire que nous n’ayons rien lu. Vous refusez de compter avec cette réalité de l
978e la littérature qui est en nous (dangereuse tant que vous voudrez). Mais ce refus n’est pas seulement comme vous pensez, d
979imiter le mal. Je vous vois envahi par des démons que vous prétendez m’interdire de nommer. Mais moi je partage avec certai
980nom du propriétaire ; tirez un peu sur la laisse, que j’éprouve la fermeté de ma main. Je vous tiens. Je sais où vous êtes.
981rprendre par-derrière. Une fois — et ce n’est pas que je m’en vante, — j’ai tué un amour naissant, à force de le crier sur
982ux, simulacres de vie, qui sont à la vraie vie ce que le flirt est à l’amour. [p. 234] II Sur l’insuffisance de la littér
983ature On reconnaît un écrivain, aujourd’hui, à ce qu’il ne tolère pas qu’on lui parle littérature. Mais il y a des mépris q
984n écrivain, aujourd’hui, à ce qu’il ne tolère pas qu’on lui parle littérature. Mais il y a des mépris qui sont de sournoise
985mour. Tel qui raille l’Église et les curés, c’est qu’il se fait une très haute idée de la religion. Ainsi, de la littératur
986 ses réalisations actuelles donne la mesure de ce que vous attendez d’elle. Pour dire le fond de ma pensée, je crois ce mép
987cette attente également exagérés. Vous savez bien que nous cherchons autre chose que la littérature. Que la littérature nou
988s. Vous savez bien que nous cherchons autre chose que la littérature. Que la littérature nous est un moyen seulement d’atte
989ue nous cherchons autre chose que la littérature. Que la littérature nous est un moyen seulement d’atteindre et de préparer
990vous renversent. Des présences tellement intenses que tout se fond catastrophiquement dans l’infini de la seconde. Des peur
991i de la seconde. Des peurs sans cause, plus vides que la mort. Toutes ces choses mystiques, c’est-à-dire réelles, c’est-à-d
992s, c’est-à-dire réelles, c’est-à-dire agissantes, que nulle poésie même ne peut dire, parce que rien de ce qui nous importe
993ablement n’est [p. 235] dicible. (Depuis le temps qu’on sait que la lettre tue ce qu’elle prétend exprimer ; depuis le temp
994est [p. 235] dicible. (Depuis le temps qu’on sait que la lettre tue ce qu’elle prétend exprimer ; depuis le temps qu’on l’o
995 (Depuis le temps qu’on sait que la lettre tue ce qu’elle prétend exprimer ; depuis le temps qu’on l’oublie.) Vous me direz
996tue ce qu’elle prétend exprimer ; depuis le temps qu’on l’oublie.) Vous me direz que la poésie, l’état poétique, est notre
997 ; depuis le temps qu’on l’oublie.) Vous me direz que la poésie, l’état poétique, est notre seul moyen de connaissance conc
998issance concrète du monde. Mais c’est à condition qu’on ne l’écrive pas, même en pensée. La poésie pure écrite est inconcev
999ndividuelle. Elle serait tellement incommunicable qu’il deviendrait inutile de la publier. Et même, en passant à la limite,
1000Et même, en passant à la limite, on peut imaginer que si elle était réalisée, on ne s’en apercevrait pas. Je pressens encor
1001cette esthétique ou de ce sens social, — et voilà qu’ils perdent même la problématique utilité de liaison qui était leur ex
1002ait leur excuse dernière. Avouons-le : rien de ce qu’on peut exprimer n’a d’importance véritable. Alors, cessons de nous ba
1003crivain, est un besoin organique, un peu anormal, que l’on satisfait dans certains états de crise afin de retrouver son équ
1004maladie ? Ce n’est pas en l’ignorant par attitude que vous la guérirez. Au contraire, il s’agit de l’envisager sans fièvre,
1005n ridicule écrasant : mais rien n’est plus facile que d’y échapper. III Sur l’utilité de la littérature Montherlant me pa
1006peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre gens du métier l’on a convenu de passer sous silence. C’est asse
1007 pas à ce toréador ses familiarités avec une Muse qu’ils n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la dernière mo
1008de savantes séductions. On sait bien, d’ailleurs, qu’elle les entretient. Bande de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse
1009 entretient. Bande de gigolos de la littérature ! Qu’on puisse vivre de ça, [p. 237] je ne l’ai pas encore avalé. On m’affi
1010p. 237] je ne l’ai pas encore avalé. On m’affirme que je n’y échapperai pas plus qu’un autre : et qu’un beau soir il faille
1011e que je n’y échapperai pas plus qu’un autre : et qu’un beau soir il faille écrire pour vivre, possible ; mais, pour sûr, j
1012mais vivre pour écrire 16 . De tous les prétextes que l’on a pu avancer pour légitimer l’activité littéraire, le plus satis
1013oursuivre une quête de l’esprit. Et vous savez ce qu’elle nous vaut : les mépris, les haines douloureuses ou grossières de
1014 de tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent y voir que révoltes contre leurs morales, ou menaces pour leurs instables certit
1015Quand bien même elle n’aurait plus d’autre excuse que celle-là, la littérature mériterait d’exister : qu’elle soit le langa
1016e celle-là, la littérature mériterait d’exister : qu’elle soit le langage chiffré de notre inquiétude et de nos naissantes
1017miraculeuses.   Voici donc les seules révélations que j’attende de la littérature : que celle des autres m’aide à prendre c
1018les révélations que j’attende de la littérature : que celle des autres m’aide à prendre conscience de [p. 238] moi-même ; q
1019’aide à prendre conscience de [p. 238] moi-même ; que la mienne m’aide à découvrir quelques êtres par le monde… Il ne s’agi
1020er quelque bien pour ma vie. Le jour où les soins qu’elle exige me coûteront des sacrifices plus grands que les bienfaits q
1021lle exige me coûteront des sacrifices plus grands que les bienfaits que j’en escompte, il sera temps de songer sérieusement
1022ront des sacrifices plus grands que les bienfaits que j’en escompte, il sera temps de songer sérieusement à m’en guérir. Vo
1023nt à m’en guérir. Vous me demanderez « alors » ce que j’attends de ma vie. Je serais tenté de vous répondre, comme ce sympa
1024répondre, comme ce sympathique Philippe Soupault, que « ceci, c’est une autre histoire, une autre belle histoire, une autre
1025 servir, une citation.) Mais non, cher ami, voici qu’une envie me prend de vous conter un peu cette histoire. Seulement, al
65 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les derniers jours (juillet 1927)
1026regrettons de n’en pouvoir citer, faute de place, que ces quelques phrases de Drieu : « On voit déjà éclater dans les sing
1027later dans les singuliers mouvements de sympathie qu’a provoqués l’infortune de l’Action française la fraternité qui existe
66 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Adieu au lecteur (juillet 1927)
1028ci au moins. Nous nous retirons : et ce n’est pas que nous ayons brûlé toutes nos cartouches. Ni que l’indignation provoqué
1029as que nous ayons brûlé toutes nos cartouches. Ni que l’indignation provoquée sur tous les bancs par certains de nos articl
1030 souciez vraiment trop peu des conséquences de ce que vous écrivez ! ») [p. 257] En définitive, il semble que certains n’a
1031s écrivez ! ») [p. 257] En définitive, il semble que certains n’attendent de nous que d’innocentes farces — ou bien de ces
1032itive, il semble que certains n’attendent de nous que d’innocentes farces — ou bien de ces affirmations dont en vérité l’on
1033stifs. Il y a des gens qui n’ont pas encore admis que jeunesse = révolution Tous les malentendus viennent de là. Nous somme
1034es conséquences. Et puis, de temps à autre, voici que nous parvient un signe d’amitié qui ne trompe pas. Deux ou trois mots
1035trompe pas. Deux ou trois mots, on s’est compris. Que pouvions-nous espérer d’autre ? Il y eut quelques découvertes qui nou
1036un an dans une direction absolument imprévisible. Que nous apportera le Central de Genève ? Tout est possible : la guerre e
67 1928, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le péril Ford (février 1928)
10379] Le péril Ford (février 1928) a On a trop dit que notre époque est chaotique. Je crois bien, au contraire, que l’histoi
1038poque est chaotique. Je crois bien, au contraire, que l’histoire n’a pas connu de période où les directions d’une civilisat
1039 du temps y concourent obscurément ; et, pour peu que cela continue, pour peu que la bourgeoisie intellectuelle persiste à
1040rément ; et, pour peu que cela continue, pour peu que la bourgeoisie intellectuelle persiste à jouer l’autruche aux yeux cl
1041 de cette organisation toute-puissante n’est plus qu’une question de quelques années. Mais peut-être est-il temps encore. I
1042onnée par l’Esprit. À l’heure de toucher aux buts que sa civilisation poursuit depuis près de deux siècles, l’Occidental es
1043 d’un étrange malaise. Il soupçonne, par éclairs, qu’il y avait peut-être dans ces buts une absurdité fondamentale. L’infai
1044 peur de certaines évidences, on préfère affirmer que tout est incompréhensible. L’homme moderne recule devant l’évidence d
1045ochaine de sa civilisation. Il répugne à admettre qu’une époque entière ait pu se tromper, et se tromper mortellement. Il s
1046illeur, parce que personne ne s’est approché plus que lui du type idéal de l’industriel et du capitaliste. Le succès immens
1047s livres 1 , sa popularité universelle sont signe que l’époque a senti en lui son incarnation la plus parfaite. Qu’on ne m’
1048 a senti en lui son incarnation la plus parfaite. Qu’on ne m’accuse donc pas de caricaturer l’objet de ma critique pour fac
1049ciliter l’accusation : je prends pour la juger ce que l’époque m’offre de mieux réussi. Voici la vie de Ford, telle qu’il l
1050ffre de mieux réussi. Voici la vie de Ford, telle qu’il la raconte dans Ma Vie et mon Œuvre. Il naît fils de paysan. Il pas
1051jouer avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à présent », dit‑il. Le plus mémorable événement de ces
1052urrait ajouter à ces chiffres celui des milliards qu’il possède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résulta
1053fres celui des milliards qu’il possède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résultat secondaire de son activ
1054ède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résultat secondaire de son activité. Le but de sa vie n’a jamais ét
1055ant industriel du monde ; le plus riche, au point qu’il peut parler d’égal à égal avec beaucoup d’États ; le plus parfait a
1056s salaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouvriers semblent bien apporter une solution définitive
1057 du surmenage et du paupérisme. C’est un résultat qu’on n’a pas le droit humainement de sous-estimer. Les griefs que les so
1058 le droit humainement de sous-estimer. Les griefs que les socialistes font aux capitalistes européens ne sauraient l’attein
1059té, de propreté. Si l’on ajoute à cela le plaisir qu’on éprouve toujours au récit de succès mirobolants, et le charme un pe
1060d et des livres qui les répandent. L’on ne pourra qu’y applaudir, semble-t-il, en souhaitant que les industriels européens
1061pourra qu’y applaudir, semble-t-il, en souhaitant que les industriels européens s’en inspirent toujours plus. Ford leur mon
1062spirent toujours plus. Ford leur montre le chemin qu’ils seront bien obligés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’i
1063obligés de prendre tôt ou tard. Il est préférable qu’ils s’y engagent dès aujourd’hui résolument, pendant qu’il reste quelq
1064éussi. Mais à quoi ? C’est la plus grave question qu’on puisse poser à notre temps. II. M. Ford a ses idées, ou la philos
1065d, sa « grande et constante ambition ». Il semble que toute sa carrière — pensée, méthode, technique — [p. 193] soit condit
1066 production, avec cette netteté et cette décision qu’une passion contenue peut donner à l’homme d’action. Enfin, le voici e
1067 simple de la répétition, on fait croire aux gens qu’ils ne peuvent plus vivre heureux sans auto. Voilà l’affaire lancée. L
1068e donne libre cours. Il ne s’agit plus maintenant que de lui donner une apparence d’utilité publique. À chaque page de ses
1069hrase qui n’a l’air de rien : « Nul ne contestera que, si l’on abaisse suffisamment les prix, on ne trouve toujours des cli
1070les prix, on ne trouve toujours des clients, quel que soit l’état du marché. » Il semble que cela soit tout à l’avantage du
1071ents, quel que soit l’état du marché. » Il semble que cela soit tout à l’avantage du client. Mais cherchons un peu les caus
1072ent de prix — la concurrence n’étant bien entendu qu’une cause accessoire. Dire que l’état du marché est tel que le client
1073’étant bien entendu qu’une cause accessoire. Dire que l’état du marché est tel que le client n’achète plus, cela signifie p
1074use accessoire. Dire que l’état du marché est tel que le client n’achète plus, cela signifie parfois que la marchandise est
1075ue le client n’achète plus, cela signifie parfois que la marchandise est momentanément trop chère ; mais surtout que le bes
1076ndise est momentanément trop chère ; mais surtout que le besoin qu’on a de tel objet est satisfait ou a disparu. Il semble
1077ntanément trop chère ; mais surtout que le besoin qu’on a de tel objet est satisfait ou a disparu. Il semble alors que [p. 
1078semble alors que [p. 194] l’industriel n’ait plus qu’à plier bagage. Mais c’est ici que Ford montre le bout de l’oreille, e
1079riel n’ait plus qu’à plier bagage. Mais c’est ici que Ford montre le bout de l’oreille, et que son but réel est la producti
1080’est ici que Ford montre le bout de l’oreille, et que son but réel est la production pour elle-même, non pas le plaisir ou
1081paru, la production devant se maintenir, il n’y a qu’une solution : recréer le besoin. Pour cela, on abaisse les prix. Le c
1082ison. Il est impressionné par la baisse, au point qu’il en oublie que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il v
1083ressionné par la baisse, au point qu’il en oublie que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va gagner 5 franc
1084que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va gagner 5 francs en achetant 5 francs moins cher un objet que, sa
10855 francs en achetant 5 francs moins cher un objet que, sans cette baisse, il n’eût pas acheté du tout. Autrement dit, il es
1086préméditée. Et le scandale, à mon sens, n’est pas que l’industriel ait forcé (psychologiquement) le client à faire une dépe
1087t à faire une dépense superflue ; le scandale est qu’il l’ait trompé sur ses véritables besoins. Car cela va bien plus prof
1088ulé « Le grand paradoxe du monde moderne » 3 , ce qu’il y a de profondément anti-humain dans la conception fordienne de l’o
1089l est déterminé par la réclame, les produits Ford qu’il faut user, etc. Il a pour but véritable [p. 195] d’augmenter la con
1090 et de loisirs. Or, l’industrie ne peut subsister qu’en progressant. Mais la nature humaine a des limites. Et le temps appr
1091l’avenir de son effort. Pour mon compte, je crois que l’idée fixe de produire peut très bien envahir un cerveau moderne au
1092rouages, n’est-ce pas charmant et prometteur ? Et que dire de cette admirable simplification : « Sur quoi repose la société
1093te notre gloire est dans nos œuvres, dans le prix que nous payons à la terre la satisfaction de nos besoins. » — Ford se mo
1094d se moque de la philosophie. Il ne peut empêcher que son attitude ne porte un nom philosophique : c’est au plus pur, au pl
1095ue : c’est au plus pur, au plus naïf matérialiste que nous avons affaire ici. Et ses prétentions « idéalistes » n’y changer
1096r, le salut par l’auto. Philosophie réclame. « Ce que j’ai à cœur, aujourd’hui, c’est de démontrer que les idées mises en p
1097 que j’ai à cœur, aujourd’hui, c’est de démontrer que les idées mises en pratique chez nous ne concernent pas particulièrem
1098sel ! » Réjouissons-nous… Mais, comment expliquer que des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne »
1099ent résolu… Mais nous nous absorbons trop dans ce que nous faisons et ne pensons pas assez aux raisons que nous avons de le
1100 nous faisons et ne pensons pas assez aux raisons que nous avons de le faire. Tout notre système de concurrence, tout notre
1101iscuter des points de technique. Il n’a pas senti qu’il touchait là le nœud vital du problème moderne. D’ailleurs, les idée
1102 même la plus perfectionnée mérite les sacrifices qu’elle exige de l’homme moderne. Paradoxes plus ou moins intéressés, opt
1103n du gros public : telle est l’idéologie de celui que M. Cambon, dans sa préface, égale aux plus grands esprits de tous les
1104plus grands esprits de tous les temps. On me dira que Ford a mieux à faire que de philosopher. Je le veux. Mais si j’insist
1105us les temps. On me dira que Ford a mieux à faire que de philosopher. Je le veux. Mais si j’insiste un peu sur ses « idées 
1106 c’est pour souligner ce hiatus étrange : l’homme qu’on pourrait appeler le plus actif du monde, l’un de ceux qui influent
1107 erreur de la bourgeoisie moderne c’est de croire que les choses pourront aller ainsi longtemps encore. On se refuse à l’id
1108 refuse à l’idée d’une catastrophe, pourtant plus que probable, par crainte de se voir obligé à la révision des valeurs, la
1109leurs, la plus difficile et la plus grave : celle qu’on ne peut faire qu’au nom de l’Esprit et de ses exigences. Mais le « 
1110cile et la plus grave : celle qu’on ne peut faire qu’au nom de l’Esprit et de ses exigences. Mais le « rien de nouveau sous
1111 pour l’Esprit. Si l’Esprit nous abandonne, c’est que nous avons voulu tenter sans lui une aventure que nous pensions gratu
1112que nous avons voulu tenter sans lui une aventure que nous pensions gratuite : nous avons cherché le bonheur dans le dévelo
1113p. 198] matériel, avec l’arrière-pensée sournoise que, si cela ratait, on gardait toutes les autres chances. J’accorderai q
1114n gardait toutes les autres chances. J’accorderai que le progrès matériel n’est pas mauvais en soi. Mais par l’importance q
1115l n’est pas mauvais en soi. Mais par l’importance qu’il a prise dans notre vie, il détourne la civilisation de son but véri
1116l’âme, inutilisées, s’atrophient. Pourvu, dit-on, que subsiste le peu de morale nécessaire aux affaires, tout ira bien. (On
1117nécessaire aux affaires, tout ira bien. (On pense que les formes de la morale peuvent exister sans leur substance religieus
1118e mécanique bien huilée, au mouvement si régulier qu’il en devient insensible et que la fatigue semble disparaître, l’homme
1119vement si régulier qu’il en devient insensible et que la fatigue semble disparaître, l’homme s’abandonne à des lois géométr
1120fres d’horlogerie calculé une fois pour toutes et qu’il sent immuable comme la mort le restitue au monde vers 5 heures du s
1121ait oublier jusqu’à l’existence, et à une liberté qu’il s’empresse d’aliéner au profit de plaisirs tarifés, soumis plus sub
1122 plaisirs tarifés, soumis plus subtilement encore que son travail aux lois d’une offre et d’une demande sans rapport avec s
1123t une vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met d’ailleurs sur le compte de sa fatigue. Neurasthénie. La conquê
1124a laissé oublier les valeurs de l’esprit au point qu’il n’éprouve plus même cette carence ; seulement, peu à peu, il découv
1125cette carence ; seulement, peu à peu, il découvre qu’il s’ennuie profondément ; fatigué de trop de satisfactions matérielle
11269 heures : vraiment, il ne lui manque plus rien — que l’envie. Mauvais travail. Il a perdu le sens religieux, cosmique, de
1127ttribuer sa véritable valeur. Il sent obscurément que son travail est antinaturel. Il le méprise ou le subit, mais, jusque
1128re de la nature, il est condamné à ne plus saisir que des rapports abstraits entre les choses. Il ne comprend presque plus
1129e. Or, la technique a révélé des exigences telles que l’Esprit ne peut les supporter. Il abandonne donc la place, mais c’es
1130] 2° Accepter l’esprit, et ses conditions. Je dis que les êtres encore doués de quelque sensibilité spirituelle deviennent
1131t ces exigences sont en contradiction avec celles que le développement de la technique impose au monde moderne. Ces êtres,
1132âce ? un peu de cette connaissance active de Dieu que nos savants nomment mysticisme et considèrent comme un « cas » très s
1133de faire grain de sable. Ils se réfugient dans ce qu’on pourrait appeler les classes privilégiées de l’esprit : fortunes oi
1134on », dit l’Écriture. ⁂ [p. 202] Je ne pense pas qu’une attitude réactionnaire qui consisterait à vouloir en revenir à la
1135nir à la période préindustrielle soit autre chose qu’une échappatoire utopique. Nous avons mieux à faire, il n’est plus tem
1136 avec netteté et courage. Pour le reste, je pense que c’est une question de foi. p. 189 a. « Le péril Ford », Foi et
68 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Princesse Bibesco, Catherine-Paris (janvier 1928)
1137 pur ; la tournée des cours de l’Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polonais, grand seigneur médi
1138e qui étonnent de la part d’une femme aussi femme que l’auteur du Perroquet Vert. Mais là-dessus, le roman repart dans une
1139elles, malicieuses ou poétiques ; et ce n’est pas qu’il ne s’y glisse quelque préciosité ou quelques « pointes » faciles ma
1140 même ne manque pas de naturel… On peut regretter que ce livre ne réalise pas une synthèse plus organique du roman et des m
1141 des mémoires. Mais si son début permet de croire que le Perroquet Vert ne restera pas une réussite isolée dans l’œuvre pur
69 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Marguerite Allotte de la Fuye, Jules Verne, sa vie, son œuvre (juin 1928)
1142(juin 1928) ar Livre passionnant pour tous ceux que Jules Verne passionne. Pour les autres, divertissant et spirituel. Po
1143pirituel. Pourquoi ne veut-on voir en Jules Verne qu’un précurseur ? Jules Verne est un créateur, dont les inventions se su
1144vent se perdre. Et c’est bien sa plus grande ruse que d’avoir emprunté le véhicule à la mode pour conduire des millions de
1145umis la science à la poésie. Et l’on ne veut voir que jolis livres d’étrennes dans les œuvres du plus grand créateur de myt
1146t comparable à celle du cinéma ! Claretie raconte que les détenus des maisons de correction se jetaient sur ces volumes « a
1147monde ». N’en ferons-nous pas autant, emprisonnés que nous sommes dans une civilisation qui, selon l’expression de Jules Ve
1148pes d’une conception de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est s
1149clut un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est styliste ni psychologue ? Laisserons-nous Jules Verne aux enf
1150s-nous Jules Verne aux enfants ? J’allais oublier que la littérature enfantine est le dernier bateau. Pour ce coup, voilà q
1151oilà qui ne m’empêchera pas d’y monter, il suffit que cet obsédant capitaine Nemo soit à bord, je soupçonne que ce bateau n
1152obsédant capitaine Nemo soit à bord, je soupçonne que ce bateau n’est autre que La Liberté. p. 768 ar. « M. Allotte De
1153it à bord, je soupçonne que ce bateau n’est autre que La Liberté. p. 768 ar. « M. Allotte De La Fuye : Jules Verne, sa
70 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Aragon, Traité du style (août 1928)
1154dépourvu si possible. Je ne demande aux écrivains que des révélations, ou mieux, qu’ils les favorisent par leurs écrits. Ar
1155ande aux écrivains que des révélations, ou mieux, qu’ils les favorisent par leurs écrits. Aragon, qui a le sens de l’amour,
1156les qui méritent de l’être. Et l’on voit bien ici qu’Aragon dépasse ces surréalistes, ces orthodoxes de l’absurde confondu
1157 doute son rôle. Il le tient magnifiquement. Mais qu’on nous laisse chercher plus loin, dans ce silence où l’on accède à de
71 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Naville, La Révolution et les intellectuels (novembre 1928)
1158justement détesté, mais dont ils participent plus qu’ils ne le croient. Certes il était urgent de faire la critique de « ce
1159oin et de prendre une connaissance positive de ce qu’il y a sous cette réalité. Il est certain que s’ils avaient le courage
1160e ce qu’il y a sous cette réalité. Il est certain que s’ils avaient le courage de se soumettre au concret de l’esprit, ils
1161mettre au concret de l’esprit, ils comprendraient que le « service dans le temple » s’accommode mal de tant de gesticulatio
72 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, Les Conquérants (décembre 1928)
1162u Pacifique. On retrouvera ici beaucoup des idées que la Tentation de l’Occident exprimait sous une forme abstraite et poét
1163st concrétisé en hommes, en meurtres, en décrets. Qu’il décrive la vie intense et instable des acteurs du drame, l’aspect q
1164ées. Il est surtout la description d’une angoisse que le nihilisme de M. Malraux veut sans issues : l’angoisse que fait naî
1165lisme de M. Malraux veut sans issues : l’angoisse que fait naître au cœur du monde contemporain l’absurdité de ses ambition
1166le au nom de l’auteur, je pense) : « Il me semble que je lutte contre l’absurde humain, en faisant ce que je fais ici… » L’
1167e je lutte contre l’absurde humain, en faisant ce que je fais ici… » L’évasion dans l’action — révolutionnaire ou autre — r
1168a Révolution… tout ce qui n’est pas elle est pire qu’elle… » Expérience faite, l’absurde retrouve ses droits. C’est ainsi q
1169faite, l’absurde retrouve ses droits. C’est ainsi que, masqué par l’enchaînement passionnant de [p. 1548] l’action, il se d
1170nt quelque chose de trop aigu, de dangereux. Mais qu’elles s’appliquent à distinguer les forces déterminantes de l’heure, à
73 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi (décembre 1928)
1171is II exalte et déçoit l’imagination. On comprend que ce doux-amer ait séduit Barrès, mais ne l’ait point trompé : « Avec s
1172oint trop demander à une existence bien indécise, que son échec même ne relève pas, et qui tire sa grandeur de celle du déc
1173ourrit Louis II n’est ni aussi pure ni aussi rare qu’on voudrait l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a p
1174ni aussi rare qu’on voudrait l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image
1175it l’imaginer. Il reste qu’il a voulu la vivre et qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d’un romantisme assez mor
1176ens d’action puissants : s’il les a gâchés, c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet
1177s, c’est qu’il a eu peur, et s’il a eu peur c’est qu’il n’a pas su aimer. Le sujet de Liszt et de Chopin, c’était l’amour,
1178l’illusion ». Sachons gré à M. de Pourtalès de ce qu’il préfère parler d’illusion là où nos psychiatres proposeraient de mo
74 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Le Prince Menteur (décembre 1928)
1179Français par ces évocations et l’espèce de fièvre qu’il y apporte. Mais plusieurs incidents éveillent les soupçons du « pet
1180nts éveillent les soupçons du « petit bourgeois » qu’il a choisi comme public, et brusquement le mot éclate : menteur. Fein
1181ui doit expliquer sa mort et qui est aussi fausse que le reste. Ce mensonge qui va jusqu’à la mort, inclusivement, n’étonne
1182cas méritait d’être exposé. Je regrette seulement que Daniel-Rops se soit borné à une courte nouvelle, d’ailleurs assez den
1183thologique. Il y a dans ce culte de la mythomanie qu’on a vu sévir parmi certains milieux d’avant-garde une confusion assez
1184ion pour tous les poètes. Le désir de « plus vrai que le vrai » surexcité par l’insolence d’une psychologie qui rabaisse to
1185conduire à préférer un mensonge qui n’est, hélas, qu’une déformation de cette réalité détestée. Le mythomane brouille les c
1186artes mais reste dans le jeu. Jusque dans la ruse que ses mensonges exigent, il se reconnaît tributaire de la « vérité trop
75 1928, Articles divers (1924–1930). Un soir à Vienne avec Gérard (24 mars 1928)
1187ennois avaient fui dans les opérettes de Strauss, qu’on ne trouve plus nulle part. Dans les dancings, un peuple de fêtards
1188our essayer de se prendre encore au rêve de valse qu’on était venu chercher parce que cela vaudrait bien d’autres stupéfian
1189t cette Vienne tout occupée à ressembler à l’idée qu’on s’en fait. Le Ring, trop large, ouvert au vent glacial, crée autour
1190ants pour qu’on la sentît déserte ne me proposait qu’une frileuse nostalgie. Mais qui fallait-il accuser de cette duperie,
1191inon moi-même, me dis-je bientôt. Car je professe qu’un désir vraiment pur parvient toujours à créer son objet, de même qu’
1192pense généralement le contraire. Il est très vrai que les notions réaliste et idéaliste du monde ne sont séparées que par u
1193s réaliste et idéaliste du monde ne sont séparées que par un léger décalage dans la chronologie de nos sentiments et de nos
1194 actes. Donc, n’ayant pas renoncé à certaine idée que j’avais d’un romantisme viennois, je fus conduit, par une sorte de co
1195it le souvenir de Gérard de Nerval. Mais je pense que je n’avais même pas prononcé intérieurement ce nom lorsque je m’assis
1196 trouver à côté d’une place vide : la jolie femme qu’on attend dans ces circonstances, une fois de plus manquait le rendez-
1197stances, une fois de plus manquait le rendez-vous que j’avais demandé au hasard d’arranger. Mais le thème de la Barcarolle
1198ilitaire, ainsi je m’abandonne au rêve d’un monde que suscite en moi seul peut-être cette plainte heureuse des violons. Le
1199surnaturelle. Et tout cela chanté dans une langue que je comprends mal. Je me penche vers un voisin pour lui demander je ne
1200ans doute évadé dans son rêve, beaucoup plus loin que moi, il n’entend pas ma question. L’envie me prend d’aller le rejoind
1201ci comme une tristesse amoureuse. Elle n’est plus que l’approche d’une grandeur où se perdraient nos amours terrestres dans
1202autres plus beaux peut-être, mais inconnus. Voilà que la forme blanche, sous un brusque faisceau de lumière m’apparaît avec
1203e voix, à côté de moi, c’est une chose singulière que le pouvoir de cette musique. Voici que vous êtes tout près de compren
1204singulière que le pouvoir de cette musique. Voici que vous êtes tout près de comprendre… Mon voisin avait parlé tout haut ;
1205seul à l’avoir entendu ? — C’est, me répondit-il, que seul vous venez d’atteindre au monde des êtres véritables. Nous nous
1206, pâle dans son collier de barbe noire. Je sentis que je l’avais déjà reconnu. Il portait une cape bleu sombre, à la mode d
1207e des amis qui se connaissent depuis si longtemps qu’un échange tacite suffit aux petites décisions de la vie quotidienne.
1208 a peur de l’étreinte… C’est d’ailleurs une chose que je comprends assez bien, ajouta-t-il, mais pour d’autres raisons qu’e
1209sez bien, ajouta-t-il, mais pour d’autres raisons qu’eux, probablement… À ce moment, comme nous traversions une rue sillonn
1210ance ne se pose plus. Vous le savez, je n’ai aimé qu’une femme — au plus deux, en y réfléchissant bien, mais peut-être étai
1211, dès qu’on aime… Oh ! cette femme ! elle n’était qu’un regard, un certain regard, mais j’ai su en retrouver la sensation j
1212 je bavarde, je philosophe, et vous allez me dire que c’est trop facile pour un homme retiré du monde depuis si longtemps.
1213ui paya quelques œillets rouges en lui expliquant qu’elle devait les donner à la première jolie femme qui passerait seule.
1214er le temps de regarder autour d’elle ; l’intérêt que nous ne sûmes pas dissimuler nous trahit ; elle finit donc par accept
1215tes bien gentils, messieurs ! » Il n’y avait plus qu’à lui prendre chacun un bras, une femme pour deux hommes — et ce fut b
1216e sont presque toutes dans cette ville, — du type que Gérard et Théo nommaient « biondo et grassotto », et qu’avec mes amis
1217ard et Théo nommaient « biondo et grassotto », et qu’avec mes amis nous devions baptiser en style viennois « Mehlspeis-Schl
1218nnois « Mehlspeis-Schlagobers » 10 . Heureusement qu’au Moulin-Rouge, souterrain où nous nous engouffrâmes dans un grand br
1219la durée des danses. Gérard bâillait : « Voilà ce que c’est que de prendre des femmes au hasard, disait-il. Je sens très bi
1220es danses. Gérard bâillait : « Voilà ce que c’est que de prendre des femmes au hasard, disait-il. Je sens très bien que nou
1221 lieux de plaisir — autre façon de parler. On dit que j’ai vécu d’illusions, avouez que les miennes étaient de meilleure qu
1222 parler. On dit que j’ai vécu d’illusions, avouez que les miennes étaient de meilleure qualité : car c’est une pauvre illus
1223meilleure qualité : car c’est une pauvre illusion que le plaisir qu’on vient chercher ici avec le premier être venu. — Cert
1224té : car c’est une pauvre illusion que le plaisir qu’on vient chercher ici avec le premier être venu. — Certes, je comprend
1225avec le premier être venu. — Certes, je comprends que l’Europe est en décadence quand je la regarde s’amuser. Je vois se pe
1226 Ces citadins blasés s’amusent plus grossièrement que des barbares, ils s’imaginent pouvoir faire une place dans leur vie a
1227istributeurs automatiques de plaisir. Autant dire que ceux qui les fréquentent ne savent plus ce que c’est que le plaisir.
1228re que ceux qui les fréquentent ne savent plus ce que c’est que le plaisir. Ils prennent au hasard des liqueurs qui n’ont p
1229x qui les fréquentent ne savent plus ce que c’est que le plaisir. Ils prennent au hasard des liqueurs qui n’ont pas été pré
1230sère est de voir ici des femmes aussi ravissantes que celle-là qui danse en robe mauve, avec tant de gravité et de détachem
1231a, parce que cela lui va. Mais comme c’est odieux qu’une créature aussi parfaite soit touchée par les mains outrageusement
1232ent on en ferait une chose extrêmement précieuse, qu’on n’approcherait qu’avec un sentiment religieux de la beauté. Mais je
1233chose extrêmement précieuse, qu’on n’approcherait qu’avec un sentiment religieux de la beauté. Mais je crois que l’Orient e
1234n sentiment religieux de la beauté. Mais je crois que l’Orient est devenu fou. Il ne comprend plus rien. » Des bugles agoni
1235’ouïe de cette phrase célèbre. Ensuite, je pensai qu’il arrive aux meilleurs de se répéter, et que c’était la première fois
1236nsai qu’il arrive aux meilleurs de se répéter, et que c’était la première fois de la soirée que Gérard « faisait du Gérard 
1237ter, et que c’était la première fois de la soirée que Gérard « faisait du Gérard ». Les cocktails du Moulin-Rouge avaient p
1238 aquarium de rêves, discourt et décrit les images qu’il y découvre. Il y a les ailes du Moulin-Rouge, qui sont les bras de
1239eurs illusions, — illusions des formes passagères que nous croyons seules réelles, illusions des reflets qui ne livrent que
1240les réelles, illusions des reflets qui ne livrent que le côté terrestre des choses dont l’autre moitié sera toujours cachée
1241chose d’éternel. Tous les drames du monde ne sont que décors mouvants dans la lueur bariolée des sentiments, ils ne sont qu
1242ans la lueur bariolée des sentiments, ils ne sont que reflets, épisodes, symboles : le vrai drame de son destin est ailleur
1243es animales. Pour lui, les choses n’ont d’intérêt que par les rapports qu’il leur devine avec la réalité extra-terrestre. I
1244, les choses n’ont d’intérêt que par les rapports qu’il leur devine avec la réalité extra-terrestre. Il m’enseigne que la p
1245ne avec la réalité extra-terrestre. Il m’enseigne que la passion seule, par la souffrance qu’elle entraîne, nous révèle le
1246’enseigne que la passion seule, par la souffrance qu’elle entraîne, nous révèle le sens réel de nos vies, et peu à peu, de
1247conte de ces superstitions qui ne sont enfantines que pour nos savants retombés en pleine barbarie spirituelle. Il plaisant
1248pleine barbarie spirituelle. Il plaisante. Il dit que la vie ressemble surtout à un film où les épisodes s’appellent par le
1249sume celte vie entière et fait allusion à tout ce qu’il y a sous le soleil, et même ailleurs. Croyez-moi, ce qu’il faudrait
1250 sous le soleil, et même ailleurs. Croyez-moi, ce qu’il faudrait écrire, c’est une Vie simultanée de Gérard, qui tiendrait
1251de gaz sans manchon qui éclairait la boutique, et que le vent menaçait d’éteindre à chaque instant, le homard se réveilla.
1252instant, le homard se réveilla. Gérard m’expliqua qu’il en était ainsi chaque nuit, que l’animal devenait nerveux et que de
1253rard m’expliqua qu’il en était ainsi chaque nuit, que l’animal devenait nerveux et que depuis quelques semaines, il avait d
1254nsi chaque nuit, que l’animal devenait nerveux et que depuis quelques semaines, il avait dû le mettre au caviar. Il en dema
1255ut en croquant une de ces saucisses à la moutarde qu’on appelle ici « Frankfurter » et ailleurs « Wienerli ». Soudain les a
1256eyel. Quand la place se fut apaisée, je m’aperçus que j’étais seul. Une dernière auto, extraordinairement silencieuse, abso
76 1928, Articles divers (1924–1930). Miroirs, ou Comment on perd Eurydice et soi-même » (décembre 1928
1257st-il trop impatient, demande-t-il aux êtres plus qu’ils ne peuvent donner… D’ailleurs on ne lui doit rien, n’est-ce pas ?
1258’accord ; accepte d’attendre comme un enfant sage que le monde lui donne, en son temps, sa petite part. On lui a expliqué q
1259, en son temps, sa petite part. On lui a expliqué qu’il fallait la mériter et tâcher de devenir quelqu’un. En d’autres term
1260as encore quelqu’un, Stéphane cherche à savoir ce qu’il est. C’est une autre manie de sa génération. Mais là encore il se s
1261re froidement ne pas exister. Non : il a remarqué que l’époque peut être définie par l’abondance des autobiographies, mais
1262 séances lui font du mal, l’énervent, mais l’aveu qu’il en consent l’attache plus secrètement à son aventure.      Nous viv
1263e coiffeur. Déjà, c’est avec une sorte d’angoisse qu’il la recherche. Il veut se voir tel qu’il est parmi les autres. Mais
1264’angoisse qu’il la recherche. Il veut se voir tel qu’il est parmi les autres. Mais s’il lui arrive de prendre son image pou
1265 et si profondément différent de cette apparence, qu’il doute de sa réalité.      Le mystère de voir ses yeux l’épouvante.
1266uvante. Il y cherche une révélation et n’y trouve que le désir d’une révélation. Peut-on s’hypnotiser avec son propre regar
1267hypnotiser avec son propre regard ? Il n’y a plus que cette incantation à soi-même qui pourrait lui rendre la certitude d’ê
1268avoir voulu se constater. Va-t-il découvrir aussi qu’on ne comprend que ce qu’on dépasse ? Et qu’il faut sortir de soi pour
1269stater. Va-t-il découvrir aussi qu’on ne comprend que ce qu’on dépasse ? Et qu’il faut sortir de soi pour se voir ? [p. 40
1270 Va-t-il découvrir aussi qu’on ne comprend que ce qu’on dépasse ? Et qu’il faut sortir de soi pour se voir ? [p. 40] Il y
1271aussi qu’on ne comprend que ce qu’on dépasse ? Et qu’il faut sortir de soi pour se voir ? [p. 40] Il y a dans l’homme mode
1272de vérifier qui n’est plus légitime dès l’instant qu’il se traduit par la négation de l’invérifiable. Stéphane n’a pas eu c
1273ité est un acte de foi : Stéphane ne sait plus ce qu’il est. Semblablement, il ne sait plus aimer. (Ces jeunes gens ne veul
1274ure qui en a bien d’autres, d’aspects. Il est bon que le lecteur dérisoirement troublé par la crainte de n’avoir pas saisi
1275vante aux considérations précédentes lui échappe, qu’il y voie une de ces marques. Stéphane a oublié jusqu’au mot de prière
1276 visage me cache tous les miroirs » — à une femme qu’il aimait. p. 37 m. « Miroirs, ou Comment on perd Eurydice et soi
77 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Avant-propos
1277as les enfants, d’Henri Roorda. Le premier montre que la science apprise à l’école appauvrit l’homme de tout ce que son ign
1278ce apprise à l’école appauvrit l’homme de tout ce que son ignorance respectait, et ne lui donne à la place que des laideurs
1279 ignorance respectait, et ne lui donne à la place que des laideurs et de la prétention. L’autre, avec l’ironie tranquille d
1280 moque, décrit la stupidité de l’enseignement tel qu’il est pratiqué dans nos collèges. Mon dessein est assez différent, mo
1281n socialiste, qui a été établi par coup de force, que les libéraux ont admis, conformément à leurs maximes, et toléré malgr
1282me donner ce droit bien inutile. Pourtant je sais qu’à droite comme à gauche, ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, ceu
1283u’à droite comme à gauche, ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui refusent d’être complices dans cet attentat à
1284complices dans cet attentat à l’intégrité humaine qu’est en fait l’esprit démocratique. Là-dessus, ces messieurs se lamente
1285e forme politique. Je me contente de vitupérer ce que je vois, qui est laid. Quand la soupe est brûlée, on la renvoie, même
1286rousse ses manches. Il s’apprête à cracher sur ce que je dirai de plus beau… Oh ! oh ! oh ! il va parler, de grâce mettez-l
1287ici-même ; mais — gain de temps — je n’aurai plus qu’à renvoyer aux lettres A ou B, selon. A. Réponses du type : on ne peut
1288 ceux qui croient aux faits. Je leur réponds : 1° qu’ils ne peuvent me dénier le droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne pe
1289euvent me dénier le droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne peuvent, en vertu même de leur scepticisme quant à la valeur ré
1290, m’accuser de faire une critique dangereuse ; 3° que néanmoins je crois à l’efficace de certaines utopies. (Les religions,
1291pitre 5 où je traiterai de cet aspect du problème que l’on peut appeler la question de droit. Certains, en effet, tirent to
1292rité sans égards aux dérangements, même violents, que cela ne manque jamais de provoquer, je me propose de marquer ici la d
78 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 1. Mes prisons
1293ttendrissent sur leurs souvenirs de classe. C’est qu’ils les confondent avec ceux de leur enfance et les font indûment part
1294Voyez Péguy, quand il essaye de nous faire croire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâche des instituteurs : Faire de
1295e tapissier par le prix du mètre courant. Encore que je prenne les sentiments trop au sérieux pour faire ici du sentiment,
1296s’emmêlent… Et c’est cela l’enfance insouciante ? Qu’est-ce qui ressemble plus au souci quotidien des grandes personnes ? M
1297et le monsieur qui racontait gravement des choses qu’on ne comprend pas, la prière du soir pour qu’il fasse beau demain, Mi
1298 un peu divine, baignée d’une très vague angoisse que l’on fuyait avec des bonheurs fous dans les bras maternels, ou bien d
1299ers… L’École, dans ce concert de souvenirs, n’est qu’une [p. 14] dissonance douloureuse.  3 Deux angoisses dominent mon en
1300chante, ce souci qui renaît chaque jour, je pense que tout cela tient trop de place dans notre enfance. À cinq ans, j’avais
1301s, et naturellement, la phrase sacrée : « Il faut que tous fassent la même chose ici ! » Dans la suite, on se chargea d’ill
1302p. 15] Mais pour être rentrée, ma colère n’en fut que plus malfaisante. L’école me rendit au monde, vers l’âge de dix-huit
1303ètes pour nous faire comprendre avec enthousiasme que ces vérités-là n’ont aucune importance.) Quant à l’autre « évidence »
1304 aucune importance.) Quant à l’autre « évidence » que je viens de citer, je découvris un jour qu’elle contient la cause dét
1305nce » que je viens de citer, je découvris un jour qu’elle contient la cause déterminante de notre malaise. Il me fallut un
1306certitudes apprises. Enfin j’ouvris, c’est-à-dire que je me posais la question : est-ce vrai que tous les hommes doivent êt
1307à-dire que je me posais la question : est-ce vrai que tous les hommes doivent être égaux en tout ? Et la première réponse f
1308ux en tout ? Et la première réponse fut : Il faut que ce soit vrai, pour que la démocratie prospère et étende ses conquêtes
1309n de la règle de trois, aussi profondément certes qu’un Voltaire le fut par les Jésuites : du moins ceux-ci lui laissèrent-
1310u’à les mettre en doute : mais un jour je compris que ce n’étaient que des principes. Et ce fut ma seconde découverte : ce
1311 doute : mais un jour je compris que ce n’étaient que des principes. Et ce fut ma seconde découverte : ce monde simplifié,
1312 acquis le respect des statistiques. Nous savions que les miracles ne trompent que les illettrés, mais qu’il convient de s’
1313tiques. Nous savions que les miracles ne trompent que les illettrés, mais qu’il convient de s’incliner devant les miracles
1314 les miracles ne trompent que les illettrés, mais qu’il convient de s’incliner devant les miracles de la science appliquée.
1315ncrédulité et le bien-être matériel. Nous savions qu’un fils d’ouvrier est l’égal d’un petit Dauphin — et même nous ne pouv
1316 et même nous ne pouvions nous empêcher de croire que le petit ouvrier est bien plus malin. Nous savions un tas de choses d
1317sservissement de l’esprit et ces mythes stériles, que je les rendis responsables de ma perte de contact avec les réalités l
79 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 2. Description du monstre
1318ls avaient changé ! On s’entendait d’autant mieux qu’on était devenu plus différents. Car ces différences sont les première
1319fraternité véritable. Mais c’est en caserne aussi que je devais retrouver les instituteurs. Ceux-là n’avaient pas bougé. Et
1320de l’école. Rien ne ressemble plus à un bon élève qu’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de contin
1321 de solution de continuité, la différence n’était qu’une question d’âge, non d’expérience vécue. Ce que je vais dire est sa
1322qu’une question d’âge, non d’expérience vécue. Ce que je vais dire est sans doute injuste et faux dans un très grand nombre
1323odique des hommes et son mépris pour les paysans. Qu’il soit officier ou troupier, on le reconnaît à une façon pédante d’êt
1324e responsable, cela se voit de loin. Il faut dire que ce ridicule n’échappe pas à ceux qu’ils méprisent le plus, et ils aur
1325Il faut dire que ce ridicule n’échappe pas à ceux qu’ils méprisent le plus, et ils auraient souvent l’occasion de s’en dout
1326inutilement. Si l’on me poussait un peu, je crois que je m’oublierais au point d’insinuer que les instituteurs galonnés cau
1327 je crois que je m’oublierais au point d’insinuer que les instituteurs galonnés causent autant de tort à l’armée que les in
1328tuteurs galonnés causent autant de tort à l’armée que les instituteurs antimilitaristes qui signent des manifestes en mauva
1329 classe sociale, de la petite bourgeoisie. Est-ce que l’esprit [p. 20] petit-bourgeois qui imprègne l’enseignement primaire
1330s-bourgeois. Ils sont au moins aussi sympathiques que n’importe quelle autre classe de la société. Mais l’esprit petit-bour
1331’esprit petit-bourgeois pris abstraitement et tel qu’il se manifeste dans l’école primaire est un véritable virus de mesqui
1332mesquinerie, et devrait être soigné au même titre que certaines autres maladies dites « sociales ». Je reviendrai peut-être
1333peut-être sur ce point. Pour l’instant je ne veux que décrire l’école telle qu’on la voit. Après les personnes, le décor. L
1334ur l’instant je ne veux que décrire l’école telle qu’on la voit. Après les personnes, le décor. La laideur des « collèges »
1335is scolaires » symbolise d’une façon frappante ce qu’il y a de schématique et de monotone dans la conception démocratique d
1336ait pourtant un refuge pour [p. 21] l’imagination que ces initiales, ces signes, ces devises… —, les estampes piquées, Numa
1337it années de votre vie, citoyens ! Et vous pensez que c’est un grand progrès sur la Nature. Quelle peut bien être la vertu
1338lieu, moral et matériel ? L’école publique, telle que nous la voyons est semblable à tous ces monuments « de la mauvaise ép
1339 ni à l’utilité, et ils sont déjà démodés. On dit que le style 1880 n’en est pas un : mais l’absence de style est encore un
80 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 3. Anatomie du monstre
1340s puisqu’elles me sont absolument personnelles et qu’elles ont la valeur d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps q
1341 d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps que je fasse passer un petit examen aux principes de cette institution pa
1342 aveuglante : cela tient pour une bonne part à ce que ces personnes ont les yeux faibles. Il serait plus juste de dire que
1343nt les yeux faibles. Il serait plus juste de dire que la passion n’a qu’une clairvoyance intéressée : mais celle-là est la
1344. Il serait plus juste de dire que la passion n’a qu’une clairvoyance intéressée : mais celle-là est la plus vive. Enfin, j
1345à est la plus vive. Enfin, je tiens à reconnaître qu’ici je ne cherche point l’équité. Pas plus que vous, qui défendez de p
1346 Pas plus que vous, qui défendez de parti pris ce que j’attaque. L’esprit d’équité, avec son préjugé pacifiste n’est pas to
1347sur les bras. L’écheveau est tellement embrouillé que déjà plusieurs proposent de trancher le nœud. Je me bornerai à l’exam
1348les plus généraux de l’instruction publique, ceux que n’atteignent dans leur principe ni les réformes de détail ni les moda
1349cessaire à tout citoyen, dans une vue aussi large que simplifiée. Remarquons qu’il suffit pour établir ce programme de disp
1350ns une vue aussi large que simplifiée. Remarquons qu’il suffit pour établir ce programme de disposer d’une ou deux feuilles
1351ces dont on écrit le nom dans les casiers. Est-ce que l’étude du trapézoïde est particulièrement indiquée pour préparer les
1352seuse et saugrenue, — naïve. Le bon sens voudrait que l’on tînt compte des possibilités d’adaptation de l’enfant ; de la va
1353 ; enfin des rythmes naturels de l’esprit humain, qu’il se trouve que le Créateur n’a point accordés à l’actuelle division
1354hmes naturels de l’esprit humain, qu’il se trouve que le Créateur n’a point accordés à l’actuelle division horaire des jour
1355ionnaires responsables, vous savez par expérience que nous ne comprenons pas la plaisanterie et que notre temps est précieu
1356nce que nous ne comprenons pas la plaisanterie et que notre temps est précieux. D’ailleurs, les enfants ne se plaignent pas
1357 en principe des « contrôles » comparables à ceux que l’on établit lors des grandes épreuves cyclistes. Les participants du
1358« fournies » par le prévenu (l’élève examiné) n’a qu’un lointain rapport avec la qualité et la quantité des efforts « fourn
1359hologie de l’enfant dont je disais tout à l’heure que la connaissance n’est pas exigée de ceux qui établissent les programm
1360calibre, car à la vérité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l’État, voyons
1361 dans le même temps. Contentons-nous de remarquer que ce principe est à la base du système ; qui repose donc sur une tranqu
1362ises de cette épaisseur, mais il faut reconnaître que jamais on n’avait songé à leur donner une extension universelle et un
1363e et un caractère obligatoire. L’école exige donc que les meilleurs ralentissent et que les plus faibles se forcent. Elle n
1364cole exige donc que les meilleurs ralentissent et que les plus faibles se forcent. Elle ne convient donc qu’aux médiocres,
1365es plus faibles se forcent. Elle ne convient donc qu’aux médiocres, dont elle assure le triomphe. L’école s’attaque impitoy
1366 Mais ils se fâchent tout rouge quand on leur dit que la Suisse est caractérisée, aux yeux de l’étranger impartial, par sa
1367ltats actuels d’une science. Le bon sens voudrait qu’on étudie d’abord la science dans sa réalité, puis qu’on se réfère au
1368n étudie d’abord la science dans sa réalité, puis qu’on se réfère au résumé comme à un aide-mémoire. Mais l’école veut qu’o
1369résumé comme à un aide-mémoire. Mais l’école veut qu’on commence par apprendre le résumé. D’ailleurs elle s’arrête là. Les
1370ent. Or la valeur éducative des choses n’apparaît qu’à celui qui entre en commerce intime avec elles. On apprend plus de de
1371mmerce intime avec elles. On apprend plus de deux que de mille, dit un sage oriental dont j’ai oublié le nom. Une autre con
1372ié le nom. Une autre conséquence du gavage, c’est qu’on ne peut laisser aux élèves le temps qu’il faut pour assimiler ce qu
1373, c’est qu’on ne peut laisser aux élèves le temps qu’il faut pour assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher
1374 aux élèves le temps qu’il faut pour assimiler ce qu’ils apprennent. Ils sont forcés de gâcher leur travail. Or ce travail
1375 forcés de gâcher leur travail. Or ce travail n’a qu’une valeur éducatrice : s’il n’est pas modèle, il est absurde. Mais où
1376absurde. Mais où sont à l’école les modèles de ce qu’on nommait autrefois la belle ouvrage ? On va supprimer les leçons de
1377 de calligraphie. 3.e. La discipline On conçoit que la réalisation d’un programme entièrement contre nature exige une dis
1378t muets 6 heures par jour durant 8 ans. Il paraît que cela facilite le travail du maître. Il se peut. Tout dépend de ce qu’
1379 travail du maître. Il se peut. Tout dépend de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légitimer l’é
1380dépend de ce qu’on attend de ce travail. Je doute qu’il soit de nature à légitimer l’énormité de l’effort [p. 29] qu’on dem
1381nature à légitimer l’énormité de l’effort [p. 29] qu’on demande à ces petits. Là encore, il y a une exagération absurde, un
1382ne généralisation si schématique et superficielle que la discipline perd tout son sens éducatif et n’est plus qu’une entrav
1383cipline perd tout son sens éducatif et n’est plus qu’une entrave énervante, un système de vexations mesquines, propres à ét
1384ne école de Démocratie. Ils insistent sur le fait que les leçons d’instruction civique sont insuffisantes pour former le pe
1385uffisantes pour former le petit citoyen : il faut que l’enseignement tout entier soit occasion de développer les vertus soc
1386ucun état social existant. Ce qui est vrai, c’est que le fait, absolument nouveau dans l’Histoire, que l’on oblige les enfa
1387 que le fait, absolument nouveau dans l’Histoire, que l’on oblige les enfants à vivre ensemble dès l’âge de cinq ans, favor
1388arisme. La culture de l’esprit démocratique telle qu’elle est comprise par les instituteurs — et elle ne peut être comprise
1389onsiste à persécuter ceux qui, en quelque manière que ce soit, voudraient se « distinguer ». (Le mépris que notre peuple me
1390ce soit, voudraient se « distinguer ». (Le mépris que notre peuple met dans cette expression !) Pour moi, ce que je retire
1391 peuple met dans cette expression !) Pour moi, ce que je retire de plus évident de mon expérience scolaire, c’est une gross
1392 mon expérience scolaire, c’est une grosse vérité que le bon sens m’eût par ailleurs fait voir : il n’y a pas d’égalité rée
1393oir : il n’y a pas d’égalité réelle possible tant que la loi est la même pour tous. Je ne parle pas des manuels d’histoire,
1394uels d’histoire, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent une image mensongère de l’ancienne Suisse, à l’usage du pe
1395 3.g. L’idéal du bon élève Le bon sens voudrait que le bon élève soit celui qui sait utiliser pour son profit humain la p
1396n la petite somme de connaissances indispensables qu’on lui donne à l’école. (Cet argent de poche, ni plus ni moins). Ou en
1397t argent de poche, ni plus ni moins). Ou encore : que le bon élève soit celui qui supporte le mieux le traitement scolaire 
1398il est même tout contraire. On ne peut pas exiger qu’il soit tout de noblesse, de vertu et de grandeur. Mais on peut s’éton
1399tu et de grandeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que ridicule et mesquinerie. Il y a là une préméditation de m
1400ndeur. Mais on peut s’étonner de voir qu’il n’est que ridicule et mesquinerie. Il y a là une préméditation de médiocrité qu
1401inerie. Il y a là une préméditation de médiocrité que je ne puis m’empêcher de trouver suspecte. [p. 32] Le bon élève est
1402e des petits morceaux de vouate. » Il est évident que Sylvie est supérieure à Victoria dans la mesure où l’invention est su
1403 élève est aussi l’élève discipliné. L’école veut que partout la valeur cède le pas à la règle. Elle cherche à développer c
1404les ou d’impuissants, qui d’ailleurs ne peut être qu’à l’avantage des gens en place, vieille histoire. On m’objectera sans
1405ion d’un grand nombre de régents, ne laissent pas que d’être assez spéciales. Il arrive en effet que nos petits futurs gran
1406as que d’être assez spéciales. Il arrive en effet que nos petits futurs grands citoyens ayant accompli de « fortes études p
1407uie quoique énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifice administratif. Et c’est
1408classes d’un collège ont été frappés de constater que la force et l’originalité de leur jugement sont en raison inverse du
1409inverse du nombre d’années d’instruction publique qu’ils ont subies. 3.h. Le dilemme J’ai indiqué que les principes de l’
1410qu’ils ont subies. 3.h. Le dilemme J’ai indiqué que les principes de l’instruction publique ne coïncident qu’accidentelle
1411principes de l’instruction publique ne coïncident qu’accidentellement avec ceux du bon sens. Je m’en tiendrai là, renonçant
141234] cette fois à démontrer, ce qui serait facile, qu’ils constituent une inversion méthodique de toutes les lois divines et
1413ment du peuple. D’autre part, il est aisé de voir que tous ces principes dérivent nécessairement du fait que l’école est pu
1414ous ces principes dérivent nécessairement du fait que l’école est publique, obligatoire, et soumise au contrôle de l’État.
81 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 4. L’illusion réformiste
1415 principe de l’instruction publique. Les réformes qu’ils ont proposées jusqu’ici sont en général judicieuses, dictées par l
1416édantisme inhérent à toute science. On a constaté que l’école actuelle est fondée sur une remarquable ignorance de la psych
1417a voulu apporter de la science. Mais c’est un art qu’il faudrait. Sinon l’on retombera dans des absurdités. [p. 36] On a c
1418conception du pratique prévaut, il est à craindre que l’école nouvelle n’apporte bientôt sa méthode rationnelle pour appren
1419 dira : je lève la main, — au lieu de demander ce qu’on croit. Tout porte à craindre qu’à la faveur du tumulte l’un ou l’au
1420de demander ce qu’on croit. Tout porte à craindre qu’à la faveur du tumulte l’un ou l’autre proclamant : je sors ! ne tradu
1421rcice ; car il ne manque à ce système, avouez-le, que [p. 37] juste la spontanéité nécessaire pour que ça ne soit pas une l
1422issant la possibilité de trouver par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’une liberté méthodiquement or
1423r par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’une liberté méthodiquement organisée ? En réalité, cet amuse
1424mêmes ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’une liberté méthodiquement organisée ? En réalité, cet amusement a pou
1425ose plus de résultats, on les fait trouver. Notez que cela revient au même, sauf que par la méthode nouvelle, on atteint un
1426ait trouver. Notez que cela revient au même, sauf que par la méthode nouvelle, on atteint un enfant plus profondément, on s
1427 la formule d’une tromperie subtile et plus grave que la brutalité primaire, parce qu’elle n’excite pas de réaction vive de
1428ive de la part des écoliers. Enfin, je n’aime pas qu’on traite le gosse comme un organisme dont il s’agit d’obtenir le rend
1429 ans… Mettez ensemble trois enfants… Je reconnais que les buts de l’école nouvelle sont honnêtement scientifiques, et désin
1430oi, je voudrais l’enfant tout court. Or il paraît que c’est très dangereux. Néanmoins, je soupçonne dans tous ces mouvement
1431n un jour l’atteindre au cœur, et je vois tout ce que cela entraînerait, dans une ruine d’où renaîtrait peut-être l’humanit
1432r faire [p. 39] remarquer d’autant plus librement qu’ils trahissent le destin profond de l’instruction publique, qu’ils tra
1433sent le destin profond de l’instruction publique, qu’ils trahissent leur mission officielle. Ils éduquent de futurs anarchi
1434uquent de futurs anarchistes  8 , bravo ! Mais ce qu’on leur avait confié, c’était la fabrication en série de petits démocr
1435its démocrates conscients et organisés. Je crains que ce malentendu ne soit décidément trop gros pour échapper plus longtem
1436 Je le crains, dis-je ; car le monde ne progresse qu’à la faveur de malentendus (si tant est qu’il progresse.) L’école nouv
1437gresse qu’à la faveur de malentendus (si tant est qu’il progresse.) L’école nouvelle n’échappe à l’absurdité primaire qu’à
1438L’école nouvelle n’échappe à l’absurdité primaire qu’à la faveur d’une équivoque. Cette équivoque frappe tout essai de réfo
1439ue. Cette équivoque frappe tout essai de réforme. Qu’il y ait là cependant une possibilité pratique d’en sortir, je ne le n
1440e vue de la vérité, force nous est de reconnaître que notre dilemme subsiste dans son intégrité et son urgence. p. 35
82 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 5. La machine à fabriquer des électeurs
1441de fait de l’instruction publique. Je crois aussi qu’on ne peut réformer l’absurde. Je demande seulement qu’on m’explique p
1442 ne peut réformer l’absurde. Je demande seulement qu’on m’explique pourquoi il triomphe et se perpétue ; de quel droit il n
1443ner l’une c’est faire pleurer l’autre. Écouter ce que dit l’une, c’est savoir ce que l’autre pense. Elles ne mourront qu’en
1444’autre. Écouter ce que dit l’une, c’est savoir ce que l’autre pense. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une orai
1445st savoir ce que l’autre pense. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entends qu’on ne me co
1446pense. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entends qu’on ne me conteste pas cette thèse. E
1447le. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entends qu’on ne me conteste pas cette thèse. Elle est glorifiée dans tous les ba
1448t des idéologies enivrées. D’ailleurs, cette idée que j’ai l’honneur de partager avec mes adversaires se trouve correspondr
1449r eux si rare. Un fait simple, par exemple, c’est que la Démocratie sans l’instruction publique est pratiquement irréalisab
1450n certain nombre de vérités tellement évidentes — que cela n’irait pas sans quelque indécence. Et d’abord, il faut pouvoir
1451pour qu’on n’ait pas le temps de se rendre compte que tout cela est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps d’écouter la nat
1452ète par toutes ses voix, d’un milliard de façons, que c’est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps de découvrir la Liberté 
1453l’a embrassée une fois, une seule fois, sait bien que tout le reste est absurde. [p. 42] Et voilà pour les sœurs siamoises
1454e. Mais ce n’est de la part de notre Institutrice qu’un rendu. Car dans ce monde-là « tout se paye » comme ils disent avec
1455dide et mal dissimulée. Certes je ne prétends pas que les créateurs de l’instruction publique aient pleine conscience de ce
1456nstruction publique aient pleine conscience de ce qu’ils faisaient — et je les excuse pour autant  10 . Je dis simplement c
1457dis simplement ceci : leur œuvre n’a été possible que parce qu’elle était liée aux intérêts de la démocratie. Car il faut b
1458de la démocratie. Car il faut bien se représenter qu’elle n’était encore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il n
1459résenter qu’elle n’était encore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il ne serait guère plus fou de proposer aujou
1460 ne serait guère plus fou de proposer aujourd’hui qu’on répande universellement et obligatoirement l’art du saxophone ou de
1461t du saxophone ou de la balalaïka. Soyez certains qu’il ne manque à cette plaisanterie, pour prendre corps, que l’appui int
1462 manque à cette plaisanterie, pour prendre corps, que l’appui intéressé d’un groupement politico-financier. Et il y aurait
1463 des députés pour célébrer les bienfaits sociaux, que dis-je, la valeur hautement moralisatrice de ces glapissants entonnoi
1464 suites normales. Je n’en veux pas d’autre preuve que l’état grotesquement arriéré de notre instrument de progrès par excel
1465nstrument de progrès par excellence. Car il n’est qu’une explication [p. 43] vraisemblable de cette incurie : l’école, sous
1466age inappréciable sur le cerveau naturel explique que les autorités compétentes n’aient point hésité à l’adopter, malgré se
1467, politiquement, n’est pas rentable. Il est clair que si le but principal de l’instruction publique était d’éduquer le peup
1468ssée, les gouvernements seraient un peu plus fous qu’on n’ose les imaginer de ne pas [p. 44] entreprendre sur l’heure une v
1469ttrape l’époque… Mais les gouvernements savent ce qu’ils font. Tout se tient, comme vous dites, sans doute pour m’ôter l’en
1470e gens qui font confiance à leur sensibilité plus qu’aux idées des autres. Or, c’est une révolte de ma sensibilité qui me d
1471re l’École. Mes arguments ne se mettent en branle qu’après coup. Et quand vous les démoliriez tous, ma rage n’en serait pas
1472t les idéologies politiques, et peu m’importerait que l’École soit une machine à fabriquer de la démocratie — si je ne sent
1473enture des valeurs d’âme auxquelles je tiens plus qu’à tout. Ma haine de la démocratie est l’aboutissement de l’évolution d
1474he nécessaire  11 . On ne manquera pas d’insinuer qu’à l’origine de tout ceci il y a surtout de la [p. 45] nervosité, de pe
1475je participais de l’écoeurant optimisme bourgeois que je m’accommodais d’un régime nocif pour tout ce qu’il y a d’authentiq
1476e je m’accommodais d’un régime nocif pour tout ce qu’il y a d’authentiquement noble en chaque homme. Si les fils du peuple
1477 du peuple souffrent moins d’un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aussi sensible. Mais attend
1478printanière. Il n’y a pas de révolution véritable que de la sensibilité. (Le jour où l’on culbutera ces Messieurs de leurs
83 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 6. La trahison de l’instruction publique
1479 crime contre la civilisation. Elle ne croit plus qu’au péché contre les lois sociales, eh bien ! elle apprendra que le seu
1480ontre les lois sociales, eh bien ! elle apprendra que le seul péché qui n’a pas de pardon, c’est le péché contre l’Esprit.
1481rdon, c’est le péché contre l’Esprit. Aujourd’hui qu’il suffit d’un peu de bon sens et d’information pour jouer au prophète
1482tion. Le culte des valeurs désintéressées ne peut que diminuer le « rendement » quantitatif de ceux qui s’y livrent. Je ne
1483extrême modération. Ceci fait, constatez avec moi que la famille était encore un milieu naturel, donc normatif. Le collège
1484st un milieu anti-naturel, et les normes sociales qu’on prétend y substituer à celles de la famille sont falsifiées. Non se
1485ison — mais encore elle tend à développer tout ce qu’il y a de spécifiquement malfaisant dans l’esprit moderne. C’est sa fa
1486! On parle sans cesse de ses besoins. Il est vrai qu’elle est anormalement insatiable… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout b
1487lle est anormalement insatiable… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout besoin d’une purge violente qui chasse ce ver solitaire
1488aire du matérialisme. Et quand on m’aura démontré que les besoins de l’époque exigent une organisation à outrance du monde,
1489ne organisation à outrance du monde, je répondrai que dans la mesure où cette exigence est satisfaite naît un nouveau besoi
1490e des esclaves du mot. Il est clair, par exemple, que seules les victimes de l’instruction helvétique sont capables d’absor
1491nt de travaux forcés. L’école donne à l’enfant ce qu’il faut pour se résigner à l’état de citoyen bagnard auquel il est pro
1492d’ennui, c’est-à-dire de [p. 49] démoralisation — qu’on se le dise ! —, puissance de crétinisation lente, standardisation d
1493relles (je ne fais le procès de la bêtise humaine qu’en tant qu’elle est cultivée par l’État), l’École, après avoir entraîn
1494 l’y enferme et l’y laisse crever de faim. Par ce qu’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle enseigne à connaî
1495faim. Par ce qu’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle enseigne à connaître, elle constitue la plus grande fo
1496e qu’elle enseigne à ignorer bien plus que par ce qu’elle enseigne à connaître, elle constitue la plus grande force anti-re
1497aire, arrive trop tard. Elle sème dans un terrain que l’instituteur a méthodiquement desséché.  
84 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 7. L’instruction publique contre le progrès
1498e progrès Un beau titre. Et qui a meilleure façon que le reste, pensez-vous. Il faut avouer qu’avec ce je ne sais quoi de d
1499e façon que le reste, pensez-vous. Il faut avouer qu’avec ce je ne sais quoi de déclamatoire, de… journalistique, de bedonn
1500’est-ce pas ? J’en étais sûr. Cependant j’ai peur que mon progrès ne soit pas le vôtre, et même que sa nature ne l’entraîne
1501eur que mon progrès ne soit pas le vôtre, et même que sa nature ne l’entraîne dans une direction tout opposée. C’est très m
1502 de tout empester. Et peu à peu le public perçoit que « l’instrument de progrès » n’est qu’un camouflage à l’abri duquel on
1503lic perçoit que « l’instrument de progrès » n’est qu’un camouflage à l’abri duquel on distille du radicalisme intégral. On
1504ille du radicalisme intégral. On me fera observer que beaucoup des servants de la machine sont socialistes ou conservateurs
1505es questions aussi bien que les réponses. J’avoue que je trouve ça très fort : avoir obtenu un conformisme de la curiosité.
1506btenu un conformisme de la curiosité. Il est vrai qu’il ne fallait pas moins pour assurer la sécurité d’un régime établi da
1507ndre de trouver bien bonne celle-ci : je prétends que l’instruction publique est une puissance conservatrice. — Pas moins !
1508eut se conserver des siècles encore… Or si je dis que l’École est contre le progrès, c’est que le progrès consiste à dépass
1509i je dis que l’École est contre le progrès, c’est que le progrès consiste à dépasser la Démocratie. Et cette thèse ne va pa
1510suite, préparer le terrain pour les jeux nouveaux que l’humanité de demain ne peut manquer de s’inventer. Je ne puis m’empê
1511dans cet amour de la destruction et de l’anarchie que les génies destructeurs de ce temps ont inspiré à beaucoup d’entre no
1512emps ont inspiré à beaucoup d’entre nous — encore que peu l’avouent. Car détruire, déblayer, et faire des signes dans le vi
1513tiquer le présent au nom du passé ne signifie pas que l’on désire un retour au passé. Mais la considération de régimes anci
1514 anciens peut nous amener à constater, sans plus, que notre soi-disant progrès social correspond à un recul humain. Par exe
1515à un recul humain. Par exemple, est-ce un progrès que d’avoir remplacé les hiérarchies de tradition, avec tout le vaste arr
1516ut le vaste arrière-fond de poésie et de grandeur que ce mot comporte — quelles qu’en soient d’ailleurs les réalisations —,
1517ésie et de grandeur que ce mot comporte — quelles qu’en soient d’ailleurs les réalisations —, par des hiérarchies rond-de-c
1518rai pas pour battu quand on m’aura fait remarquer que la plupart des intellectuels se sont convertis depuis longtemps à ces
1519mps à ces idées anti-démocratiques : il est temps qu’elles débordent ce cercle étroit et distingué. Il y a de grands balaya
1520ïveté non moins énorme d’esquisser ici la réponse que je lui réserve ? L’instruction publique est la forme la plus commune
1521la notion de démocratie, vous trouverez bien vite qu’elle repose sur des postulats rationalistes. En vérité, démocratie et
1522es. En vérité, démocratie et rationalisme ne sont que deux aspects, l’un politique, l’autre intellectuel, d’une même mental
1523pée au xviiie dans l’aristocratie qui n’y voyait qu’un jeu. Durant tout le xixe elle est descendue dans la bourgeoisie et
1524nos utopies et les empêche de devenir autre chose que des utopies. Il s’agit donc en premier lieu de le démasquer et de le
1525te première tâche constitue un programme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à
1526l tue les existences particulières, ou bien c’est qu’elles sont déjà mortes. Mais le temps vient où elles renaîtront à une
1527tour de l’instinct d’intégrer la raison. Je crois que nous approchons de ce temps. Et que le véritable progrès veut qu’on s
1528son. Je crois que nous approchons de ce temps. Et que le véritable progrès veut qu’on s’attaque à tout ce qui entrave cet a
1529ons de ce temps. Et que le véritable progrès veut qu’on s’attaque à tout ce qui entrave cet avènement. C’est pourquoi je ré
1530adicale des instituteurs. On me demande encore ce que je mettrais à la place. Et parce que je ne propose rien de bien préci
1531ulu vous voir demander à un sujet de Louis XIV ce qu’il concevait à la place de la [p. 56] royauté absolue. Il eût fallu ce
1532, à la veille de la Révolution, soupçonnaient-ils que la république qu’ils appelaient serait livrée cent ans plus tard à pe
1533a Révolution, soupçonnaient-ils que la république qu’ils appelaient serait livrée cent ans plus tard à peine à la folie dém
1534 de cette similitude les possibilités formidables que nous réserve le siècle à venir, et vous commencerez à comprendre que
1535 siècle à venir, et vous commencerez à comprendre que votre scepticisme à l’endroit de la forme sociale que nous appelons s
1536votre scepticisme à l’endroit de la forme sociale que nous appelons sans la connaître et qui s’élabore déjà secrètement, qu
1537s la connaître et qui s’élabore déjà secrètement, que ce mépris et ce scepticisme sont d’un ridicule écrasant, sous lequel
85 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Appendice. Utopie
1538endice. Utopie Un os à la meute. (Et figurez-vous que j’ai la ferme intention de vous faire rigoler, si cela peut vous rass
1539e nouvelle attitude de l’âme. Ceci revient à dire que seule une grande vague de l’imagination collective peut désensabler l
1540cidental. Un nouvel état d’esprit : voilà bien ce que l’École empêche même de concevoir. Elle cultive ce qu’il y a d’anti-i
1541’École empêche même de concevoir. Elle cultive ce qu’il y a d’anti-irrationnel dans la nature de l’homme. Elle punit froide
1542es seront matériellement catastrophiques pour peu que cela continue. Qu’on ne s’y trompe pas : le sens technique qui tient
1543ement catastrophiques pour peu que cela continue. Qu’on ne s’y trompe pas : le sens technique qui tient lieu d’imagination
1544promet des grabuges inouïs. Il ne tient peut-être qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en faire sortir le beau mi
1545lisation aux ordres de l’Esprit. Mais il faudrait que dès maintenant se constituent ces élites et cela ne se peut que si le
1546nant se constituent ces élites et cela ne se peut que si les tenants de l’ordre spirituel retrouvent le courage d’être, mal
1547ise espèce, un anarchiste embrigadé. L’anarchiste que j’aime est simplement un homme libre qui a une foi (ou un amour) et q
1548lors !… Je vois à votre mine stupidement rassurée que vous vous dites : c’est tout à fait moi ! — Détrompez-vous. Vous ne s
1549fait moi ! — Détrompez-vous. Vous ne savez pas ce que c’est que libre ou consacré.) L’utopiste, c’est l’inventeur. Les sots
1550 — Détrompez-vous. Vous ne savez pas ce que c’est que libre ou consacré.) L’utopiste, c’est l’inventeur. Les sots vont répé
1551opiste, c’est l’inventeur. Les sots vont répétant que c’est un être qui ignore le réel. C’est justement parce qu’il le conn
1552éel. C’est justement parce qu’il le connaît mieux qu’eux qu’il y a vu des fissures et des possibilités nouvelles. Tenir com
1553est justement parce qu’il le connaît mieux qu’eux qu’il y a vu des fissures et des possibilités nouvelles. Tenir compte du
1554s’avachirait totalement. Mais il est dans l’ordre qu’elle beugle longuement tout en le suivant. Que faire, diront les gens
1555dre qu’elle beugle longuement tout en le suivant. Que faire, diront les gens de bonne volonté dont mon imagination romantiq
1556t mon imagination romantique suppose l’existence. Que faire ? Voir et penser juste d’abord. Simplement. Ensuite, soutenir c
1557e plus dangereusement plat qui soit. (Il est plus que plat : il est creux.) Si beaucoup de personnes répondent oui, cela fi
1558 publique mène le monde, paraît-il. À ce propos : que les journalistes s’engagent désormais à ne publier plus un seul artic
1559 pour l’instruction publique. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent à propos de n’importe quoi, comme on sait, et ils auraient
1560 racheter bien des choses. Ce n’est rien de moins qu’une rédemption du journalisme, ce que je propose-là. Et c’est ainsi qu
1561ien de moins qu’une rédemption du journalisme, ce que je propose-là. Et c’est ainsi qu’on peut imaginer sans trop d’invrais
1562journalisme, ce que je propose-là. Et c’est ainsi qu’on peut imaginer sans trop d’invraisemblance de petites réformes. Mais
1563té d’une réforme suffisante. C’est une révolution qu’il faut. Alors, supprimer les écoles, raser les collèges, renvoyer les
1564pêcher. Il s’agit de lui faire [p. 61] comprendre que l’école est le plus gros obstacle à sa culture. Et c’est cela, prépar
1565n imaginer ? L’école devrait donner à l’enfant ce que son entourage ne peut plus lui donner : des modèles de pensées. Un en
1566ances mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les Orientaux appellent Yoga cette cultur
1567technique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les Orientaux appellent Yoga cette culture des facultés phy
1568résulte d’une concentration, dans quelque domaine que ce soit. Si l’Occident comprenait cette vérité élémentaire et en tira
1569 cela. Nous ne sommes pas aux Indes, je vous jure que je m’en doute. Mais l’Occidental aussi pratique son Yoga à lui : tout
1570dans le plan physique, aux exercices élémentaires que l’on exige d’un initié. Le fameux arrêt de la pensée dont on sait l’i
1571bsolue. L’un et l’autre de ces exercices montrent que le candidat possède une énergie suffisante pour aller plus loin, — et
1572rporel, le Yoga est un drill de l’esprit. Je sais que ces deux mots sont bien dangereux et impopulaires. Tout comme ce qu’i
1573ont bien dangereux et impopulaires. Tout comme ce qu’ils désignent d’ailleurs. Tant mieux. Il y a beaucoup de gens qui ne p
1574es on l’applique généralement. Ces gens-là diront que je veux [p. 63] militariser l’enseignement ou transformer les collège
1575agités ; la nature par exemple. Je ne demande pas qu’on nous enseigne le goût de la nature. Mais qu’on nous laisse le temps
1576as qu’on nous enseigne le goût de la nature. Mais qu’on nous laisse le temps de la regarder. De faire connaissance. Je ne s
1577issance. Je ne sais s’il est très exagéré de dire que tout homme gagnerait à posséder une plus grande puissance intellectue
1578out cas, c’est à cultiver ces facultés atrophiées que devrait s’employer l’école. Nous avons vu qu’elle préfère les étouffe
1579ées que devrait s’employer l’école. Nous avons vu qu’elle préfère les étouffer. Cependant, je ne crois pas qu’il soit bon q
1580 préfère les étouffer. Cependant, je ne crois pas qu’il soit bon que tous [p. 64] progressent de la même manière. Dans un s
1581ouffer. Cependant, je ne crois pas qu’il soit bon que tous [p. 64] progressent de la même manière. Dans un système de cultu
1582ient du même coup ; car sur ce plan elles ne font que traduire la diversité des besoins individuels. Méditez un peu ces tru
1583On apprend plus d’une chose longuement contemplée que de mille aperçues au passage. Ab uno disce omnes. Une minute de conce
1584ion intense dégage dans l’individu plus d’énergie que des heures d’exercices gémissants. De même, le bien supérieur de quel
1585n supérieur de quelques-uns est plus utile à tous que le bien médiocre de beaucoup. La valeur vaut mieux que le nombre parc
1586e bien médiocre de beaucoup. La valeur vaut mieux que le nombre parce qu’elle le contient en puissance. Et c’est pourquoi l
1587ccords imitent la blancheur éclatante de l’amour… Que dirons-nous ?… Par la force des choses et de l’Esprit, l’homme sera-t
1588sses de parlements et autres potinières ne vivent que de semblables accusations. Du moment que n’importe qui juge et contrô
1589e vivent que de semblables accusations. Du moment que n’importe qui juge et contrôle n’importe quoi, il faut bien inventer
1590s viennent vous dire : « Mais Monsieur, M. Machin que vous attaquez est pourtant un très brave homme, il fait partie du con
1591rtie du conseil de la paroisse, et… » — Il semble qu’en attaquant ses idées et leurs réalisations on ait porté atteinte à l
1592mais ils sont les premières victimes d’un système qu’ils propagent et qui les fait vivre. La question se complique dès que
1593 sont-ils dans la même mesure conscients des fins qu’on assigne à leur activité ? Un peu de rigueur dans la pensée empêcher
1594ns la pensée empêcherait souvent des catastrophes que beaucoup de rigueur morale ne saurait même pas prévoir. NOTE B La cul
1595prendraient tout leur sens et toute leur efficace que dans [p. 66] un système religieux. Pour quiconque a une foi et la con
1596e de cette foi, il n’est d’enseignement véritable que religieux. Mais les questions confessionnelles enrayent et faussent t
86 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Sherwood Anderson, Mon père et moi et Je suis un homme (janvier 1929)
1597 grossièreté de lui répondre d’un air connaisseur que c’est bien composé. J’avoue prendre cette autobiographie tellement au
1598prendre cette autobiographie tellement au sérieux que j’ai été bien étonné du passage où il rappelle qu’il écrit la vie d’u
1599ue j’ai été bien étonné du passage où il rappelle qu’il écrit la vie d’un homme de lettres. En réalité, on ne le voit pas e
1600vant tout un poète, un homme qui aime inventer et que cela console des nécessités modernes, dégradantes. Cet amour de l’inv
1601, c’est un Américain qui viennent nous rapprendre que les sources de la poésie sont dans notre maison. Voici un de ces pass
1602des moments où j’arrivais presque à me convaincre que si je m’approchais tout à coup par derrière d’un homme ou d’une femme
1603t disais “houu !” il ou elle se secouerait enfin, que moi aussi je me secouerais, et que nous nous en irions bras dessus, b
1604ouerait enfin, que moi aussi je me secouerais, et que nous nous en irions bras dessus, bras dessous en riant de nous-mêmes
1605moderne, [p. 124] ce monde de fous qui n’ont plus que leur raison, ce monde où l’on ne sait plus créer avec joie des formes
1606mme nommé Ford, de Détroit, a contribué davantage que n’importe quel autre de mon temps à faire aboutir la standardization
1607rle de l’élever à la présidence de la République. Qu’un tel acte serait adéquat ! Tamerlan, dont la spécialité était l’assa
1608 humain, mais qui raconte dans son autobiographie que son désir constant était que tous les hommes vivant sous lui conserva
1609s son autobiographie que son désir constant était que tous les hommes vivant sous lui conservassent la virilité et le respe
87 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Saisir (juin 1929)
1610 particulier avant d’entendre les signes [p. 763] qu’il nous propose. Une telle poésie n’offre aux sens que peu d’images (à
1611l nous propose. Une telle poésie n’offre aux sens que peu d’images (à peine quelques « motifs », objets usuels et usés, sur
1612és, sur la nuance mate d’un paravent chinois). Ce qu’elle décrit, ce sont des perceptions de l’âme plus que de l’esprit ou
1613lle décrit, ce sont des perceptions de l’âme plus que de l’esprit ou des sens. « Reste immobile et sache attendre que ton c
1614t ou des sens. « Reste immobile et sache attendre que ton cœur se détache de toi comme une lourde pierre. » Le corps, que l
1615tache de toi comme une lourde pierre. » Le corps, que l’âme quitte, redevient minéral, statue dans le silence « aux yeux ge
1616eur réalité les choses dont elle s’est dégagée et qu’elle voit dans une autre lumière : « Tout semblait vivre au fond d’un
88 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cassou, La Clef des songes (août 1929)
1617ru l’année dernière — un livre assez troublant et qu’on a trop peu remarqué —, Jean Cassou revient à son romantisme, à notr
1618s ce monde un peu plus léger, un peu plus profond que le vrai, où l’Éloge de la folie nous entraînait naguère. Jean Cassou
1619es, des bonheurs qui signifient plus de désespoir qu’ils ne s’en doutent… C’est un dévergondage sentimental, plein de malic
1620n de malices et d’envies de pleurer. Quel dommage qu’il s’égare parfois dans les maisons des grands bourgeois, où tout, sou
1621mporte quoi, cet [p. 249] air dangereux et tendre que prennent les hommes en liberté. Mais ils ne sont jamais méchants, et
1622On voudrait un livre de Cassou qui ne serait fait que de ces intermèdes ; pur de tout souci de vraisemblance extérieure ; q
1623souci de vraisemblance extérieure ; qui ne serait qu’invention, qui inventerait sa vérité. Ce serait un de ces miracles de
1624les de liberté dont nous avons besoin pour croire que le monde actuel n’est pas un cas désespéré. Mais voici déjà dans l’œu
89 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Rolland de Renéville, Rimbaud le voyant (août 1929)
1625 1929) ba À lire ce petit livre et le parallèle qu’il établit entre la Yoga bb telle que l’enseignaient les Upanishads e
1626e parallèle qu’il établit entre la Yoga bb telle que l’enseignaient les Upanishads et la tentative poétique de Rimbaud, l’
1627t la tentative poétique de Rimbaud, l’on s’étonne qu’il ait fallu plus d’un demi-siècle pour qu’une telle interprétation vo
1628ittérature la plus spirituelle du monde. La thèse que défend l’auteur de cet essai — la voyance de Rimbaud — est une de ces
1629 la voyance de Rimbaud — est une de ces évidences qu’il est bon de proposer à la réflexion de notre temps, ne fût-ce que po
1630proposer à la réflexion de notre temps, ne fût-ce que pour faite honte à ceux qui sont encore capables d’une telle honte, d
1631démarche, mais inspiré par cet enthousiasme sacré que requiert l’œuvre de Rimbaud. [p. 251] Regrettons seulement qu’il n’él
1632l’œuvre de Rimbaud. [p. 251] Regrettons seulement qu’il n’élargisse pas plus une question aussi centrale — qui est, si l’on
1633ris pour la révélation évangélique. Je ne vois là que l’indice d’une confusion bien française, hélas. p. 250 ba. « And
90 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Julien Benda, La Fin de l’Éternel (novembre 1929)
1634n débat où les voix les mieux écoutées ont dit ce qu’elles avaient à dire. Et d’autre part, les lecteurs de cette revue con
1635ercs 11 , thèse dont la Fin de l’Éternel ne fait que reprendre la défense contre ses adversaires de tous bords. Je voudrai
1636ù je me sens bien plus près de M. Gabriel Marcel, qu’il attaque. (M. Benda trahit à son tour quand il tire argument contre
1637tire argument contre une thèse de M. Marcel de ce qu’elle « mène loin… dans l’ordre moral ». Et quand cela serait ! dirons-
1638pas.) D’autre part, de plus impertinents [p. 639] que moi ne manqueront pas de faire observer que la « fin de l’éternel »,
1639 639] que moi ne manqueront pas de faire observer que la « fin de l’éternel », la chute de l’idée dans la matière, est un p
1640 matière, est un phénomène exactement aussi vieux que le monde. Mais M. Benda distinguera, et ils seront confondus. Car il
1641s le contraire de la Raison de Spinoza. Nul mieux que lui ne s’entend définir et classer choses et idées en catégories « ra
1642non de la difficulté elle-même. Mais pour gênante que soit souvent son adresse de logicien, elle ne doit pas nous masquer l
1643ement, la gloire de M. Benda sera d’avoir soutenu que l’humanité a besoin qu’on lui demande l’impossible. Et quand bien mêm
1644enda sera d’avoir soutenu que l’humanité a besoin qu’on lui demande l’impossible. Et quand bien même elle croirait n’en avo
1645extrémistes de droite et de gauche, n’en apparaît que plus pur. « Noms de clowns qui me viennent l’esprit : Julien Benda… »
1646en Benda… », écrit Aragon. Et Daudet nous apprend que « le petit Benda est un fameux serin ». Mais ces affirmations sont ex
1647n ». Mais ces affirmations sont exactement celles qu’il fallait attendre de ces auteurs. Ce qu’on ne viendra pas disputer à
1648 celles qu’il fallait attendre de ces auteurs. Ce qu’on ne viendra pas disputer à M. Benda, c’est son dur amour de la vérit
1649 quelque chose, où rien plus n’est tenu pour vrai que relativement à un rendement. Rien, pas même la religion. p. 638
91 1929, Journal de Genève, articles (1926–1982). Panorama de Budapest (23 mai 1929)
1650pitales suffit à vous en donner la sensation : ce que vous pourrez voir durant le reste de votre séjour ne fera que confirm
1651rrez voir durant le reste de votre séjour ne fera que confirmer cette première impression. Vienne : assis sur les banquette
1652t des cafés débordants de crème, avec une apathie qu’aucun orchestre ne vient troubler, aucune voix haute, aucune couleur v
1653une voix haute, aucune couleur vive. Les journaux qu’ils lisent annoncent chaque jour quelque catastrophe imminente, une ré
1654 après-midi entières devant les deux verres d’eau que le garçon renouvelle de temps à autre, à lire des potins tout en essu
1655 portant, en cœur noir, la nouvelle… « Savez-vous qu’on nous a pris les deux tiers de notre pays ?… Non, non, jamais ! » La
1656eige (une boue ocre, épaisse, on envie les bottes que portent les femmes), encombrée de piétons qui traversent en tous sens
1657 idylles démodées… Rentrons dans la ville un soir qu’elle s’amuse. Vous avez dîné au paprika chez des gens qui vous ont reç
1658c’est leur formule de salutation — vous constatez que cette profusion de liqueurs légères facilite singulièrement les rappo
92 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). « Belles-Lettres, c’est la clé des champs… » (janvier 1929)
1659. Belles-Lettres n’est compréhensible et légitime que dans la mesure où la poésie est compréhensible et légitime. 4. Je sui
1660’est besoin de formuler cette ivresse ; autrement que par des cris. 5. Avec toutes les erreurs et turpitudes que cela compo
1661es cris. 5. Avec toutes les erreurs et turpitudes que cela comporte, Belles-Lettres est une liberté. Une rude épreuve : on
1662 est une liberté. Une rude épreuve : on n’en sort que pour mourir ou pour entrer en religion : rond de cuir ou poète (au se
1663on. Car ils ont vu, et s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils sont foncièrement mauvais.) 6. Peu de choses dans le monde moderne
1664deur à l’Éternel et à Satan pareillement. Et ceux qu’elle enivre entrent en état de grâce ou de blasphème, selon. Mais ce q
93 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Prison. Ailleurs. Étoile de jour (mars 1929)
1665s Prison Prisonnier de la nuit mais plus libre qu’un ange prisonnier dans ta tête mais libre comme avant cette naissance
1666es des mains de mon amour écloses voyageuses ah ! que d’aucun retour vous ne laissiez le gage aux plaintes de mon cœur il e
1667ntes de mon cœur il est d’autres rivages où mieux qu’ici l’on meurt. [p. 170] Étoile de jour Il naissait à son destin d
94 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Souvenirs d’enfance et de jeunesse, par Philippe Godet (avril 1929)
1668onvaincu l’on a répété dans une ballade fameuse « Que voulez-vous, je suis bourgeois ! », l’on peut se permettre quelques m
1669, quelques jeux d’esprit ou de méchanceté, assuré que l’on est désormais d’être absous avec le sourire par la clientèle des
1670a l’un des rares qui ont réussi à se connaître et que cela n’a point stérilisé : sa nature, il est vrai, s’y prêtait, peu c
1671-delà ». C’est le comble de l’économie bourgeoise que cette administration exacte d’un petit capital. Le contraire de la po
1672is on n’en demande pas tant dans les familles. Et qu’importe si la perspective manque souvent à ces récits : ce n’est point
1673nt à ces récits : ce n’est point un paysage d’âme qu’on y cherche, mais l’anecdote bien tournée, des noms connus. Tout est
1674mme tout cela manque de chair. Et de rêve. Est-ce qu’en ce temps-là on ne se nourrissait vraiment que de petits mots d’espr
1675e qu’en ce temps-là on ne se nourrissait vraiment que de petits mots d’esprit et de malices ? Noisettes et cornichons ?
95 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’ordre social. Le Libéralisme. L’inspiration (novembre 1929)
1676et sont en scandale aux meilleurs esprits ? Voici que tu t’apprêtes visiblement à t’envoler, laissant des parents inconsola
1677stre. Mais à partir de ce jour, on lui fit sentir qu’il était devenu beaucoup moins intéressant. ⁂ Celui qui a des ailes s
1678amaient-ils, combien complexes sont les problèmes que vous proposez à notre bonne volonté gémissante ! Dieu, dans sa pitié,
1679aient la Démocratie outragée, les autres disaient qu’il n’y a plus de morale, et ces jeunes gens ont une façon de trancher
1680rancher les questions qui vous désarme. Craignant qu’on ne lui fît un mauvais parti, l’ange trouva son salut dans un subter
1681 trouva son salut dans un subterfuge : il insinua qu’il parlait au nom d’une secte orientale. Aussitôt la discussion de rep
1682oute, d’inspiration. Je trouve dans une enveloppe qu’hier vous m’adressâtes une déclaration d’amour destinée à une femme bl
1683t suivre. Alexandrine un jour m’a laissé entendre qu’elle vous aime. Elle attend votre lettre depuis des mois. Je pense que
1684lle attend votre lettre depuis des mois. Je pense que ces lignes vous trouveront réunis. Avec ma bénédiction, je suis votre
1685manuscrit et conclut : « L’inspiration est le nom qu’on donne en poésie à une suite de malentendus heureusement enchaînés. 
96 1930, Foi et Vie, articles (1928–1977). « Pour un humanisme nouveau » [Réponse à une enquête] (1930)
1686, également démesurées, l’homme ne peut subsister qu’en tant que son génie parvient à composer les deux périls en une résul
1687n passe de gauchir notre civilisation à tel point que l’homme, affolé, soudain, doute s’il est encore maître de la redresse
1688ute s’il est encore maître de la redresser. C’est qu’il n’y a plus d’humanisme, s’il subsiste des humanités. L’humanisme es
1689demande la tête de la métaphysique. Elle n’entend que ses intérêts. Elle eut naguère des insolences d’affranchi, dont les p
1690 plus de mal à prouver la liberté humaine ? C’est que l’on s’est trop bien assimilé les [p. 243] tours de la pensée scienti
1691e. Cherchant des lois, la science ne peut trouver que des déterminismes. Soumettre l’esprit à ses méthodes, c’est en réalit
1692ériel ; c’est se condamner donc à ne l’apercevoir que dans ses servitudes 5 . Aussi la critique du matérialisme entreprise
1693 vie : s’agit-il d’enrayer la science ? Non, mais que l’esprit qui l’a créée, la surpasse 7 . Seul un parti pris constant e
1694stique. L’expérience mystique a la même extension que l’humanité. On n’en saurait dire autant de notre raison. Les faits my
1695ire autant de notre raison. Les faits mystiques — qu’on les prenne en l’état brut où notre pensée le plus souvent les a lai
1696les a laissés — sont au moins aussi « objectifs » que les faits physiques élaborés par la science. Mais, participant de not
1697ntérieure à n’importe quel dogme. Je ne crois pas qu’il existe d’autres facultés capables d’équilibrer en nous l’esprit de
1698r en cette méthode — peut-être séculairement — ce que la « rationalisation » aura laissé de Raison à l’Occident, avec certa
1699nimé l’humanisme de nos humanités. Il est certain qu’il a perdu son ascendant. D’ailleurs son pouvoir, s’il en eut, ne s’ét
1700rmaniques, où son prestige ne le cède aujourd’hui qu’à l’idéal anglo-saxon du gentleman. Le rabais est notable. On solde. A
1701voici l’Américain à rendement maximum. Et comptez que l’on poussera plus avant la dégradation de cette idole qu’est l’Homme
1702poussera plus avant la dégradation de cette idole qu’est l’Homme pour l’homme. Toute décadence invente un syncrétisme. Rome
1703s toujours : il le nomme péché.) Tous les modèles que l’homme se propose ont ceci d’insuffisant : qu’ils peuvent être attei
1704s que l’homme se propose ont ceci d’insuffisant : qu’ils peuvent être atteints. Mais ce qui parfait la stature de l’homme,
1705r — indéfiniment. L’homme ne se comprend lui-même qu’en tant qu’il « passe l’homme » et participe, en esprit, d’un ordre tr
1706it un dieu. N’attendons pas d’un nouvel humanisme qu’il nous [p. 245] désigne un but, ni même une direction : il y réussira
1707 véritablement homme, c’est avoir accès au divin. Que sert de parler d’humanisme « chrétien » ? L’humanisme est de l’homme,
1708out humanisme véritable conduit « au seuil » : et qu’irions-nous lui demander de plus, s’il laisse en blanc la place de Die
97 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henri Michaux, Mes propriétés (mars 1930)
1709x, le goût des esprits singuliers, si vous croyez que c’est par l’extrême pointe du singulier que l’esprit pénètre dans la
1710royez que c’est par l’extrême pointe du singulier que l’esprit pénètre dans la poésie, vous lirez Mes Propriétés. Il se peu
1711 la poésie, vous lirez Mes Propriétés. Il se peut que vous les trouviez médiocrement riantes, au premier coup d’œil, assez
1712r coup d’œil, assez dénuées de ces effets faciles qu’on aime à ménager dans un jardin à la française. Mais vous ne tarderez
1713 française. Mais vous ne tarderez pas à remarquer que tout, ici, est original, indigène, tant l’allure des sentiers qui vou
1714anquillement aux points de vue les plus cocasses, que la forme des fleurs, que les animaux qui circulent. Un auteur qui n’i
1715e vue les plus cocasses, que la forme des fleurs, que les animaux qui circulent. Un auteur qui n’imite personne court bient
1716que de s’imiter soi-même : il semble au contraire qu’Henry Michaux, en se cantonnant franchement dans ses propriétés, y déc
1717uvelles sources. Il défriche et il fabrique, soit qu’il se décrive comme un lieu de miracles le plus souvent malencontreux,
1718ieu de miracles le plus souvent malencontreux, ou qu’il invente des animaux dont la complexité ne le cède en rien à celle d
1719Cependant je préfère ses proses : il y a ici plus qu’une manière et qu’un ton, il y a une vision du monde véritablement neu
1720re ses proses : il y a ici plus qu’une manière et qu’un ton, il y a une vision du monde véritablement neuve, dans laquelle
1721ât avec une pareille sécurité dans l’insolite, ce qu’il y a en nous à la fois de plus « problématique » et de plus quotidie
98 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Kikou Yamata, Saisons suisses (mars 1930)
1722 à épouser tout le sensible d’un paysage pour peu qu’elle y découvre une secrète parenté de l’âme. Kikou Yamata peint la Su
1723al dans les beaux volumes pleins de ces paysages, que dans ses dessins, dont Kikou Yamata a dit ailleurs la précision curie
1724rable maîtrise de sa technique ! Et qui eût pensé qu’avec un jeu de noirs et de gris l’on pût recréer toute la ferveur d’un
99 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Jullien du Breuil, Kate (avril 1930)
1725multiplient — vient, à mon sens, de quelque chose qu’ils expriment sans doute inconsciemment et qui n’est rien de moins qu’
1726s doute inconsciemment et qui n’est rien de moins qu’une conception nouvelle de l’amour-passion : il apparaît ici sous la f
1727u pas mal de littérature. Et c’est à un tel amour qu’on va demander sa revanche contre la mesquinerie morale du milieu… Étr
1728e la mesquinerie morale du milieu… Étrange misère que celle d’une génération qui, après tant de sarcasmes contre l’enfer bo
1729ontre l’enfer bourgeois, n’a trouvé d’autre salut que l’abandon à quelques obsessions sexuelles. Qui viendra rendre le sens
100 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Pierre-Quint, Le Comte de Lautréamont et Dieu (septembre 1930)
1730g On ne sait presque rien de Lautréamont, sinon qu’il s’appelait Isidore Ducasse et qu’il composa vers sa vingtième année
1731éamont, sinon qu’il s’appelait Isidore Ducasse et qu’il composa vers sa vingtième année un vaste poème en prose intitulé Le
1732sme. M. Pierre-Quint vient d’écrire sur ce poète, qu’on a traité de fou et d’ange, un essai remarquable de netteté et souve
1733t, d’indépendance. Il dégage le sujet de l’épopée qu’est Maldoror — la révolte de l’homme contre son Créateur — et il analy
1734rincipaux thèmes de l’œuvre avec une intelligence que l’on rencontre bien rarement dans les essais consacrés jusqu’ici à Du
1735 certaine littérature moderne n’a fait, en somme, que reprendre, quitte à les parodier, les grands thèmes du romantisme. Ma
1736poussés à un paroxysme verbal qui induit à croire qu’il les sentait moins profondément que ses devanciers. Son sadisme n’es
1737uit à croire qu’il les sentait moins profondément que ses devanciers. Son sadisme n’est pas beaucoup plus « horrible » que
1738 Son sadisme n’est pas beaucoup plus « horrible » que celui des rêveries de certaines pubertés ; quant à l’amour, Maldoror
1739un chapitre excellent et peut-être plus audacieux que les autres, M. Pierre-Quint montre en quoi cette révolte est puérile
1740intelligence apporte la solution d’une hypocrisie que la révolte rend moins sympathique, certes, mais plus réellement dange
1741mais plus réellement dangereuse. On sent bien ici que le critique a dominé son sujet. Mais pourquoi se refuse-t-il à tirer
1742irer de ces remarques fort justes les conclusions qu’elles [p. 400] nécessitent ? Celle-ci, entre autres, que Lautréamont n
1743es [p. 400] nécessitent ? Celle-ci, entre autres, que Lautréamont ne va pas à la cheville de Rimbaud. (Ce n’est pas avec un
1744 de Rimbaud. (Ce n’est pas avec un Dieu pour rire que Rimbaud est aux prises, et il n’a cure de cette littérature que Ducas
1745t aux prises, et il n’a cure de cette littérature que Ducasse s’épuise à parodier.) Il semble qu’ici M. Pierre-Quint, malgr
1746ature que Ducasse s’épuise à parodier.) Il semble qu’ici M. Pierre-Quint, malgré la liberté d’esprit dont il témoigne en ma
1747es disciples et imitateurs du « comte ». D’autres que lui s’y sont trompés. M. Gide déclarait naguère qu’il fallait voir en
1748e lui s’y sont trompés. M. Gide déclarait naguère qu’il fallait voir en Lautréamont « le maître des écluses pour la littéra
1749 hâtive à une « jeunesse » déjà démodée… Je crois que la jeunesse d’aujourd’hui s’éloigne plutôt de la grandiloquence « ant
1750 Elle demande une pensée forte et orientée plutôt que ces éclats de voix sarcastiques, émouvants comme 93, mais où certaine