1 1920, Articles divers (1924–1930). La Tour de Hölderlin (15 juillet 1929)
1uillet 1929) n « Je lui ai raconté qu’il habite une chaumière au bord d’un ruisseau, qu’il dort les portes ouvertes, et p
2i ai raconté qu’il habite une chaumière au bord d’un ruisseau, qu’il dort les portes ouvertes, et pendant des heures récit
3sseau, qu’il dort les portes ouvertes, et pendant des heures récite des odes grecques au murmure de l’eau ; la Princesse de
4les portes ouvertes, et pendant des heures récite des odes grecques au murmure de l’eau ; la Princesse de Homburg lui a fai
5eau ; la Princesse de Homburg lui a fait cadeau d’un piano dont il a coupé les cordes, mais pas toutes, en sorte que plusi
6s tant aller là-bas, cette folie m’apparaît comme une chose si douce et si grande… » 11 Et Bettina terminant sa lettre su
7 il est plus difficile de se faire comprendre par un sot que par un fou. » L’hiver dernier, m’occupant assez longuement d’
8fficile de se faire comprendre par un sot que par un fou. » L’hiver dernier, m’occupant assez longuement d’un des poètes a
9 » L’hiver dernier, m’occupant assez longuement d’un des poètes auxquels notre temps doit vouer l’attention la plus grave
10L’hiver dernier, m’occupant assez longuement d’un des poètes auxquels notre temps doit vouer l’attention la plus grave — ca
11i confinent peut-être à l’Esprit et dont certains des plus purs d’entre nous se préparent à tenter le climat, — j’avais rêv
12sard qui m’amène à Tubingue ne soit pas seulement un hasard… Hier, c’était la Pentecôte. La fête de la plus haute poésie.
13posée sur Hölderlin et qui l’a consumé… Digne ? — Un adolescent au visage de jeune fille qui rimait sagement des odes à la
14cent au visage de jeune fille qui rimait sagement des odes à la liberté… Et voici dans sa vie cette double venue de l’amour
15ète n’est peut-être que le lieu de sa poésie, — d’une poésie, l’on dirait, qui ne connaît pas son auteur. Qui parle par sa
16ui parle par sa bouche ? Il règne dans ses Hymnes une sérénité presque effrayante. Vient le temps où le sens de son monolog
17vieux Démon ! — je te rappelle — Ou bien envoie — un héros — Ou bien — la sagesse. » Mais le feu s’éteint — l’esprit souff
18x croit-on), est frappé d’insolation ; sa folie d’un coup l’envahit. C’est une sorte de vieillard qui reparaît en Allemagn
19’insolation ; sa folie d’un coup l’envahit. C’est une sorte de vieillard qui reparaît en Allemagne. Et durant trente années
20donné vivra dans la petite tour de Tubingue, chez un charpentier — vivra très doucement, inexplicablement, une vie monoton
21pentier — vivra très doucement, inexplicablement, une vie monotone de vieux maniaque. Le buisson ardent quitté par le feu s
22Ce qui fut Hölderlin signe maintenant Scardanelli des quatrains qu’il donne aux visiteurs venus pour contempler la victime
23 aux visiteurs venus pour contempler la victime d’un miracle. — C’était l’époque des amateurs de ruines. Je suis descendu
24mpler la victime d’un miracle. — C’était l’époque des amateurs de ruines. Je suis descendu au bord de l’eau, un peu au-dess
25urs de ruines. Je suis descendu au bord de l’eau, un peu au-dessous de la maison, en attendant [p. 355] l’heure d’ouvertur
26attendant [p. 355] l’heure d’ouverture. Il y a là une station de canots de louage où j’ai vite découvert un « Friedrich Höl
27tation de canots de louage où j’ai vite découvert un « Friedrich Hölderlin » à côté d’un « Hyperion ». En cherchant, je tr
28ite découvert un « Friedrich Hölderlin » à côté d’un « Hyperion ». En cherchant, je trouverais bien aussi un « Nietzsche »
29yperion ». En cherchant, je trouverais bien aussi un « Nietzsche » à fond plat. Des saules se penchent vers l’eau lente. S
30ouverais bien aussi un « Nietzsche » à fond plat. Des saules se penchent vers l’eau lente. Sur l’autre rive qui est celle d
31ers l’eau lente. Sur l’autre rive qui est celle d’une longue île, des étudiants au crâne rasé se promènent un roman jaune à
32 Sur l’autre rive qui est celle d’une longue île, des étudiants au crâne rasé se promènent un roman jaune à la main. L’un a
33gue île, des étudiants au crâne rasé se promènent un roman jaune à la main. L’un après l’autre, dans cette paresse de jour
34clochers de la ville sonnent deux heures. Allons. Un de ces corridors de vieille maison souabe, hauts et sombres, qui para
35nses s’ils n’étaient à demi encombrés d’armoires. Un couloir, la chambre. L’homme qui me conduit est le propriétaire actue
36onnaître ces portraits ? — (et comme je considère un ravissant médaillon de marbre) — Ça, c’est Diotima. » On rougirait à
37ses sur son compte, simplement parce qu’il a aimé une femme, pour écrire Hyperion, et pour les gens d’ici, aimer, c’est seu
38ier… » — Et puis plus tard on encadre les lettres des amants, on propose le couple à l’admiration des écoliers en promenade
39s des amants, on propose le couple à l’admiration des écoliers en promenade, et le guide désigne familièrement l’image d’un
40nade, et le guide désigne familièrement l’image d’une femme par le nom qu’elle portait au mystère de l’amour… Trois petites
41Trois petites fenêtres ornées de cactus miséreux, une pipe qui traîne sur l’appui ; le jardinet avec son banc et ses lilas
42Tout est familier, paisible au soleil. Il passait des heures à cette fenêtre, à marmotter. Vingt-sept ans dans cette chambr
43 l’eau et cette complainte de malade épuisé après un grand accès de fièvre… L’agrément de ce monde, je l’ai vécu. Les joi
44’existait pas, en face, ni les maisons. Il voyait des prairies et des collines basses, de l’autre côté de l’eau jaune et ve
45n face, ni les maisons. Il voyait des prairies et des collines basses, de l’autre côté de l’eau jaune et verte… Quel est do
46ent pas tant de visiteurs, et seulement de 2 à 4… Une rue étouffée entre des maisons pointues et les contreforts de l’Églis
47rs, et seulement de 2 à 4… Une rue étouffée entre des maisons pointues et les contreforts de l’Église du Chapitre : je vois
48e doucement dans cette calme Tubingue le secret d’une épouvantable mélancolie. Les étudiants le rencontrent, qui montent au
49ndes révérences…      La rumeur et le cliquetis d’une grande terrasse de café au bord du Neckar, sous les marronniers. À qu
50onniers. À quatre heures, l’orchestre s’est mis à jouer des ringues charmantes, jazz et clarinette, chansons de Mai. Les bate
51s. À quatre heures, l’orchestre s’est mis à jouer des ringues charmantes, jazz et clarinette, chansons de Mai. Les bateaux
52 »). J’aime les bateaux plats et incertains, avec des Daphnés dedans, qui ne savent pas bien ramer et qui lisent des magazi
53edans, qui ne savent pas bien ramer et qui lisent des magazines au fil de l’eau, ce qui est le comble des vacances. À une t
54s magazines au fil de l’eau, ce qui est le comble des vacances. À une table voisine, des adolescents balafrés font des sign
55il de l’eau, ce qui est le comble des vacances. À une table voisine, des adolescents balafrés font des signes énergiques à
56 est le comble des vacances. À une table voisine, des adolescents balafrés font des signes énergiques à une compagnie de ca
57 une table voisine, des adolescents balafrés font des signes énergiques à une compagnie de cavaliers qui passe devant la st
58adolescents balafrés font des signes énergiques à une compagnie de cavaliers qui passe devant la statue d’Eberhard le Barbu
59s qui passe devant la statue d’Eberhard le Barbu. Des bourgeois se rient contre par-dessus leurs chopes. « Gemütlichkeit ».
60où il a perdu son âme. Et puis il n’est revenu qu’un vieux corps radotant. — Qu’en pensez-vous, bonnes gens ?… Il a eu tor
61Pascal : le « Qui veut faire l’ange… » a autorisé des générations de « bourgeois cultivés » à faire la bête dès qu’il s’agi
62té est plus humaine, est plus divine, quand c’est une telle femme qui la confesse : « Celui qui entre en commerce trop étro
63e est tellement d’ailleurs… Faut-il donc que l’un des deux soit absurde, de ces mondes à mes yeux soudain simultanés ?…    
64e tragique de la facilité, c’est qu’elle n’est qu’un oubli. Et pourtant, comme elle paraît ici bien établie, triomphante,
65n, peut-être, seulement, quand l’amour leur donne une petite fièvre, — cette semaine de leur jeunesse où ils ont cru presse
66aire, par quel hasard, donne l’accord qui m’ouvre un vrai silence : déjà je leur échappe — je t’échappe ô douceur de vivre
2 1924, Articles divers (1924–1930). M. de Montherlant, le sport et les Jésuites (9 février 1924)
67ontherlant est considéré par plusieurs comme l’un des héritiers de Barrès. Le rapprochement est peut-être prématuré, tout a
68 œuvre, comme celle de Barrès, nous offre plus qu’un agrément purement littéraire : une leçon d’énergie. Il se pique de n’
69s offre plus qu’un agrément purement littéraire : une leçon d’énergie. Il se pique de n’avoir pas connu, jusqu’à ce jour au
70s, où les jeunes gens se faisaient, avec sérieux, des âmes exceptionnellement compliquées, qui s’exprimaient en une langue
71eptionnellement compliquées, qui s’exprimaient en une langue plus compliquée encore et nuancée jusqu’à l’ennui. La guerre a
72de se ressaisir, le sport prolongeant pour lui, d’une façon obsédante, le rythme de la guerre. Du moins a-t-il ainsi évité
73vons tous. Écœuré du désordre général, il cherche des remèdes, et nous tend les premiers qui lui tombent sous la main : le
74 de logique, admirablement masqués d’ailleurs par des façons cavalières un peu intimidantes. Toute une partie du Paradis à
75ment masqués d’ailleurs par des façons cavalières un peu intimidantes. Toute une partie du Paradis à l’ombre des épées 1
76 des façons cavalières un peu intimidantes. Toute une partie du Paradis à l’ombre des épées 1 , son dernier livre, est con
77timidantes. Toute une partie du Paradis à l’ombre des épées 1 , son dernier livre, est consacrée à « fondre dans une unité
78 son dernier livre, est consacrée à « fondre dans une unité supérieure » l’antinomie de l’esprit catholique et de l’esprit
79 Il me semble bien paradoxal de vouloir unir dans une même philosophie la morale jésuite, faite de règles et de contraintes
80berté et l’initiative individuelles, et la morale des sports anglais, morale qui veut former des hommes maîtres d’eux-mêmes
81morale des sports anglais, morale qui veut former des hommes maîtres d’eux-mêmes, c’est-à-dire libres. Et cela me semble d’
82lus paradoxal que M. de Montherlant est justement un des premiers Français qui ait compris que le but du sport n’est pas l
83 paradoxal que M. de Montherlant est justement un des premiers Français qui ait compris que le but du sport n’est pas la pe
84rales, et j’avoue bien volontiers qu’il n’est pas une opinion sur le monde à laquelle je ne préfère le monde ». Je préfère
85rlant son admirable lyrisme de poète du stade. En un style d’une fermeté presque brutale parfois, un style de sportif, mai
86dmirable lyrisme de poète du stade. En un style d’une fermeté presque brutale parfois, un style de sportif, mais qu’on sent
87n un style d’une fermeté presque brutale parfois, un style de sportif, mais qu’on sent humaniste et poète, un style à la f
88e de sportif, mais qu’on sent humaniste et poète, un style à la fois bref et chaud, imagé et réaliste, M. de Montherlant c
89rlant chante cette « violence ordonnée et calme » des « grands corps athlétiques ». Sur le stade au soleil se déploient les
90es, … cinq sur dix sont désignés… ». Voici passer un coureur : « À peine a-t-il touché la piste d’herbe, c’est une allégre
91: « À peine a-t-il touché la piste d’herbe, c’est une allégresse héroïque qu’infuse à son corps la douce matière. L’air et
92sée, est pleine du désir de l’air. Danse-t-il sur une musique que je n’entends pas ? » — Mais plus que le corps en mouvemen
93ion qui est le but véritable du sport. On accepte une règle ; on l’assimile, à tel point qu’elle n’est plus une entrave à l
94e ; on l’assimile, à tel point qu’elle n’est plus une entrave à la violence animale déchaînée dans le corps du joueur à la
95du joueur à la vue de la prairie rase où rebondit un ballon. Si l’on considère la vie sociale comme un jeu sérieux dont on
96un ballon. Si l’on considère la vie sociale comme un jeu sérieux dont on respecte les règles, non plus comme une lutte sau
97rieux dont on respecte les règles, non plus comme une lutte sauvage et déloyale, la morale d’équipe devient toute la morale
98mble (Montherlant insiste plutôt sur le sentiment des hiérarchies que sur celui de la solidarité, comme bien l’on pense). E
99tié est plus grande que le tout ». Le sport comme un apprentissage de la vie : tout servira plus tard : Ô garçons, il y a
100vie : tout servira plus tard : Ô garçons, il y a un brin du myrte civique tressé dans vos couronnes de laurier. Vous n’êt
101 taise votre mot de ralliement, paradis à l’ombre des épées. Rien de moins artificiellement moderne que ce lyrisme sobre e
102« La faiblesse est mère du combat. » C’est donc à un lacédémonisme renouvelé que nous conduirait cette « éthique du sport 
103 qu’il rejoint Kant, Kant qui écrit : « C’est sur des maximes, non sur la discipline, qu’il faut fonder la conduite des jeu
104 sur la discipline, qu’il faut fonder la conduite des jeunes gens : celle-ci empêche les abus, mais celles-là forment l’esp
105ant illustre sa propre pensée de cette citation d’un dominicain : « Formez des jeunes filles assez fortes pour pouvoir tou
106nsée de cette citation d’un dominicain : « Formez des jeunes filles assez fortes pour pouvoir tout lire, et il n’y aura plu
107man catholique. » C’est ce qu’on pourrait appeler une « morale constructive » : porter l’effort sur ce qui doit être, et ce
108ortive ou de la morale jésuite. Mais enfin, voici un homme, et non plus seulement un homme de lettres. Un homme en qui s’é
109Mais enfin, voici un homme, et non plus seulement un homme de lettres. Un homme en qui s’équilibrent déjà l’enthousiasme d
110homme, et non plus seulement un homme de lettres. Un homme en qui s’équilibrent déjà l’enthousiasme d’une jeunesse saine e
111 homme en qui s’équilibrent déjà l’enthousiasme d’une jeunesse saine et la retenue de l’âge mûr, cette « limitation » que l
112autre écrivain catholique. Et son lyrisme, encore un peu brutal, il saura le dompter, et atteindre au classicisme véritabl
113ter, et atteindre au classicisme véritable. Voici un constructeur, un entraîneur, et qui joue franc jeu. S’il faut lutter
114 au classicisme véritable. Voici un constructeur, un entraîneur, et qui joue franc jeu. S’il faut lutter contre lui, nous
115ble. Voici un constructeur, un entraîneur, et qui joue franc jeu. S’il faut lutter contre lui, nous savons qu’il observera l
116il observera les règles. Saluons-le donc du salut des équipes avant le match : « En l’honneur d’Henry de Montherlant, hip,
3 1924, Articles divers (1924–1930). Conférence de Conrad Meili sur « Les ismes dans la peinture moderne » (30 octobre 1924)
117r, dans la salle du Lyceum, M. Conrad Meili parla des écoles qui représentent la peinture française, des débuts du xixe si
118es écoles qui représentent la peinture française, des débuts du xixe siècle à nos jours. Partis du classicisme de David et
119es français ont accompli, durant le xixe siècle, une exploration merveilleuse dans les domaines du romantisme, du naturali
120e souvent le public), ils préparent l’avènement d’un classicisme nouveau. M. Meili a mis en évidence cette courbe de la pe
121évidence cette courbe de la peinture moderne avec une netteté et un relief remarquable. Les œuvres de cet artiste, qu’on a
122courbe de la peinture moderne avec une netteté et un relief remarquable. Les œuvres de cet artiste, qu’on a pu voir à la R
4 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925)
123 (mars 1925) a Henry de Montherlant, héritier d’une tradition chevaleresque, mène sa vie comme une ardente aventure. Les
124 d’une tradition chevaleresque, mène sa vie comme une ardente aventure. Les épisodes s’appellent : collège, guerre, sport…
125ns le Paradis je ne sais quel relent de barbarie, un assez malsain goût du sang. Tout cela s’est purifié dans le Chant fun
126Tout cela s’est purifié dans le Chant funèbre. Et une phrase telle que « … Nous sommes sûrs de ne pas nous tromper en nous
127modeste, si peu que ce soit pour la paix », c’est une affirmation [p. 381] qui d’un coup condamne beaucoup d’antérieures pr
128r la paix », c’est une affirmation [p. 381] qui d’un coup condamne beaucoup d’antérieures protestations belliqueuses. Il n
129ures protestations belliqueuses. Il nous montre « des Français qui pensent ces carnages inévitables, avec un bref soupir s’
130ançais qui pensent ces carnages inévitables, avec un bref soupir s’y résignent, puis tablent sur eux, et d’autres qui tien
131puis tablent sur eux, et d’autres qui tiennent qu’une telle attitude est responsable de ces carnages ». Naguère il était de
132t responsable de ces carnages ». Naguère il était des premiers ; il s’affirme aujourd’hui des seconds. C’est pour avoir con
133 il était des premiers ; il s’affirme aujourd’hui des seconds. C’est pour avoir contemplé Verdun, en tête à tête avec le gé
134 de la mort. Mais alors, à quoi sert d’exalter, d’une si émouvante sorte, les soldats déjà légendaires de Verdun, et ce « h
135« haut ton de vie » qu’ils trouvaient au front. D’une phrase, il justifie son livre : « Ranimons ces horreurs pour les voul
136eurs pour n’en pas trop descendre ». N’est-ce pas une éclatante mise au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces
137mise au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces hommes qui « descendirent » du front dans notre paix lassée, n
138u front dans notre paix lassée, ne prend-elle pas une pathétique signification ? Pourtant ici encore transparaît un doute,
139e signification ? Pourtant ici encore transparaît un doute, parfois : « On craint d’être injuste en décidant si… cette abs
140maintes reprises, dans cette œuvre d’affirmation, une telle inquiétude, un amer « à quoi bon » percèrent soudain… Mais Mont
141 cette œuvre d’affirmation, une telle inquiétude, un amer « à quoi bon » percèrent soudain… Mais Montherlant se redresse v
142 c’est autre chose que l’absence de guerre, c’est une paix que travaillerait le levain des vertus guerrières. « Il faut que
143uerre, c’est une paix que travaillerait le levain des vertus guerrières. « Il faut que la paix, ce soit vivre. » Par tout u
144 « Il faut que la paix, ce soit vivre. » Par tout un livre libéré de souvenirs héroïques, peut-être trop grands pour la pa
145 Toute son œuvre pourrait se définir : la lutte d’un tempérament avec la réalité. Tantôt c’est l’un qui veut plier l’autre
146is —, tantôt c’est l’autre qui impose son absolu. Une soumission au réel durement consentie, voilà ce que nous admirons dan
147ester digne de son rôle et vraiment le coryphée d’une génération casquée. Feu consumateur de toute faiblesse, flamme d’une
148uée. Feu consumateur de toute faiblesse, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle paraît parfois, lorsque la to
149e de Douaumont. Puis la vie l’exalte de nouveau d’un large vent de joie. p. 380 a. « Henry de Montherlant : Chant fun
5 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Breton, Manifeste du surréalisme (juin 1925)
150on, Manifeste du surréalisme (juin 1925) b Sous une « vague de rêves », la logique, dernier agent de liaison de nos espri
151érir. C’est du moins ce que proclame M. Breton en un manifeste dont la pseudo-nouveauté nous retiendra moins que la signif
152ns d’ingénieuses métaphores quiconque chercherait une idée là-dessous, — ne réussit pas toujours chez Breton à masquer la b
153 Ces principes ? Ils se laissent hélas résumer en un court article de dictionnaire : « Surréalisme, n.m. Automatisme psych
154e. » (p. 42). Le Surréalisme ne serait-il donc qu’une sorte de méthode des textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît q
155éalisme ne serait-il donc qu’une sorte de méthode des textes généralisée ? Point du tout ! Il paraît qu’il est la seule att
156ientes M. Breton peut-il préconiser l’existence d’une littérature fondée sur de tels principes ? Le Rêve est la seule matiè
157. Toute poésie est incommunicable, le poète étant un simple sténographe de ses rêves. Soit. De ces faits, je tire cette co
158re cette conclusion pratique : inutile de publier des poèmes. Éluard le comprenait, qui écrivit : « Quand les livres se lir
159livres se liront-ils d’eux-mêmes, sans le secours des lecteurs ? Quand les hommes se comprendront-ils individuellement ? »
160ront-ils individuellement ? » Que M. Breton donne des « recettes pour faire un poème » cette mystification est [p. 776] dan
161? » Que M. Breton donne des « recettes pour faire un poème » cette mystification est [p. 776] dans la logique de ses princ
162 me seraient-elles perceptibles que par le fait d’une fortuite coïncidence entre l’univers du poète et le mien ? Je compren
163étrables. Je crois même voir que M. Breton serait un très curieux poète s’il ne s’efforçait de donner raison aux 75 pages
164il voulut nous persuader que tout poème doit être une dictée non corrigée du Rêve. Je reconnais à chaque ligne de Poisson s
165 poétique » qui, avoue Rimbaud, entre encore pour une grande part dans l’« alchimie du verbe » ; et je ne puis m’empêcher d
166i scolaire ? À donner le change sur la pauvreté d’un art purement formel. Car c’est ici le tragique de cette mystification
167s. Plaisante ironie, si cette attitude n’était qu’une protestation contre nos poncifs intellectuels. Mais elle risque bien
168lectuels. Mais elle risque bien de nous en rendre un peu plus esclaves. Car depuis Freud — dont ils se réclament imprudemm
169ment, — on sait ce que c’est que la « liberté » d’un esprit pur de tout finalisme ! Surréalisme S.A., entreprise pour l’ex
170Dada S.A. Ce n’est pas ainsi que nous sortirons d’une anarchie dont les causes semblent avant tout morales. Les tendances e
171semblent avant tout morales. Les tendances encore un peu vagues d’un groupe tel que Philosophies laissent pressentir des r
172out morales. Les tendances encore un peu vagues d’un groupe tel que Philosophies laissent pressentir des révolutions plus
173n groupe tel que Philosophies laissent pressentir des révolutions plus réelles. On souhaite qu’après faillite faite, les su
174es surréalistes trouvent à montrer leur talent en des jeux moins lassants. Dada, éclat de rire d’un désespoir exaspéré, com
175en des jeux moins lassants. Dada, éclat de rire d’un désespoir exaspéré, commandait une certaine sympathie. L’agaçant, ave
176éclat de rire d’un désespoir exaspéré, commandait une certaine sympathie. L’agaçant, avec les surréalistes, c’est que — pou
177avec les surréalistes, c’est que — pour reprendre un mot de Cocteau — ils « embaument de vieilles anarchies ». L’ironie qu
178L’ironie qui sauva Dada du ridicule le cède ici à un ton de mage qui ne fera plus longtemps impression. C’est grand dommag
179: Aragon, Éluard. Sans oublier Breton, enchanteur des images qui peuplent les ténèbres. p. 775 b. « André Breton : Man
6 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Colin, Van Gogh (août 1925)
180août 1925) c Le nouveau volume de la collection des « Maîtres de l’art moderne » est au moins le cinquième ouvrage publié
181e sur Van Gogh, depuis 1922. Il contient pourtant des vues assez neuves. M. Colin s’est contenté de narrer les faits de la
182 de narrer les faits de la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions critiques s’en dégagent avec éviden
183e la vie de Vincent, mais d’une telle manière que des conclusions critiques s’en dégagent avec évidence. Van Gogh fut une p
184itiques s’en dégagent avec évidence. Van Gogh fut une proie du génie. L’homme tel que nous le peint Paul Colin, est peu int
185eunes gens prétentieux et sincères qui se croient une vocation, végètent dans des œuvres d’évangélisation, fondent des grou
186ncères qui se croient une vocation, végètent dans des œuvres d’évangélisation, fondent des groupes dissidents. Le miracle,
187égètent dans des œuvres d’évangélisation, fondent des groupes dissidents. Le miracle, c’est que le plus sauvage génie ait c
188racle, c’est que le plus sauvage génie ait choisi un être de cette espèce pour le tourmenter et le transfigurer. Vincent s
189llet. Mais son manque de talent ne le rebute pas. Une divine violence le travaille. Elle jaillira enfin, dans l’éblouisseme
190u jour où cette consomption frénétique terrassant un corps minable, il ne restera plus que les flammes, les soleils et aus
191x. Il faut louer Paul Colin de n’avoir rien caché des médiocrités de cette vie : les reproductions qui suivent sa courte bi
192ions qui suivent sa courte biographie fournissent un meilleur motif à l’admiration que tout le lyrisme dont on a voulu cha
193nous laisse à notre émotion devant le spectacle d’une œuvre qui ne dut rien à l’homme, d’une œuvre de pur génie. Vincent Va
194pectacle d’une œuvre qui ne dut rien à l’homme, d’une œuvre de pur génie. Vincent Van Gogh, génie sans talent. p. 1033
7 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Lucien Fabre, Le Tarramagnou (septembre 1929)
195, « Prix Goncourt », curieux homme. Il se livre à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livr
196 se livre à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articles sur Valé
197 à des travaux de précision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articles sur Valéry, St Jo
198récision : il calcule un plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articles sur Valéry, St John Perse. On le vit
199n plan, un poème. Il écrit un livre sur Einstein, des articles sur Valéry, St John Perse. On le vit naguère en province liq
200ohn Perse. On le vit naguère en province liquider des stocks américains. Et ses romans, c’est aussi une liquidation : les f
201des stocks américains. Et ses romans, c’est aussi une liquidation : les faits s’y pressent et s’y bousculent ; de temps à a
202s’y pressent et s’y bousculent ; de temps à autre une notation d’artiste ou de psychologue se glisse dans leur flot. Voilà
203ahi, passionné, contraint de suivre jusqu’au bout un roman de 500 pages comme Rabevel. Car si la liquidation des questions
204de 500 pages comme Rabevel. Car si la liquidation des questions traitées est rapide, elle est complète aussi. On s’étonne d
205 ce que Fabre, disciple de Valéry, puisse rédiger des romans si bouillonnants, si mal équarris. Certes, ce n’est pas lui qu
206 maître — : « La marquise sortit à cinq heures ». Une telle platitude est presque indispensable, mais il s’en permet d’autr
207permet d’autres qui le sont moins. On n’écrit pas un roman en trois volumes sans y laisser des maladresses et des négligen
208crit pas un roman en trois volumes sans y laisser des maladresses et des négligences. Mais on ne demande pas non plus au pu
209n trois volumes sans y laisser des maladresses et des négligences. Mais on ne demande pas non plus au puissant boxeur sur l
210sur le ring d’être bien peigné. Rabevel, c’était un portrait balzacien du brasseur d’affaires. Le sujet du Tarramagnou, c
211s paysans sont en train de redevenir serfs, serfs des syndicats et des capitalistes des villes. Mais dans une de ces provin
212 train de redevenir serfs, serfs des syndicats et des capitalistes des villes. Mais dans une de ces provinces du Midi où le
213ir serfs, serfs des syndicats et des capitalistes des villes. Mais dans une de ces provinces du Midi où le souvenir des lut
214ndicats et des capitalistes des villes. Mais dans une de ces provinces du Midi où le souvenir des luttes religieuses encore
215 dans une de ces provinces du Midi où le souvenir des luttes religieuses encore vivace fait que les paysans gardent une méf
216ieuses encore vivace fait que les paysans gardent une méfiance frondeuse vis-à-vis du gouvernement, le libérateur va se lev
217du gouvernement, le libérateur va se lever. C’est un descendant de Roland le Camisard, ce « Tarramagnou », ce « petit homm
218, ce « petit homme de la terre », qui va susciter un formidable mouvement de protestation contre les lois tyranniques. Le
219du but. Le Tarramagnou voit son œuvre sabotée par des meneurs ; il tente en vain de ressaisir les foules : déjà elles huent
220ent sa modération. Alors il va se jeter au-devant des troupes accourues, il meurt en clamant la paix. M. Fabre avait là les
221clamant la paix. M. Fabre avait là les éléments d’un grand roman : autour d’un [p. 1152] sujet de vaste envergure, et brûl
222avait là les éléments d’un grand roman : autour d’un [p. 1152] sujet de vaste envergure, et brûlant, une intrigue puissant
223n [p. 1152] sujet de vaste envergure, et brûlant, une intrigue puissante, des personnages d’une belle richesse psychologiqu
224te envergure, et brûlant, une intrigue puissante, des personnages d’une belle richesse psychologique. En fermant le livre o
225rûlant, une intrigue puissante, des personnages d’une belle richesse psychologique. En fermant le livre on a presque l’impr
226qu’il a réussi ce grand roman… Qu’y manque-t-il ? Un style ? L’absence de style, n’est-ce pas le meilleur style pour un ro
227nce de style, n’est-ce pas le meilleur style pour un romancier ? C’est plutôt, je crois, une certaine harmonie générale da
228style pour un romancier ? C’est plutôt, je crois, une certaine harmonie générale dans le récit et le ton, surtout dans la p
229n soit mal construit, au contraire. Mais le tissu des faits se relâche parfois, et les arêtes de la construction apparaisse
230œuvre d’ailleurs, il reste que le Tarramagnou est un livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste que Lucien Fabre a te
231reste que le Tarramagnou est un livre émouvant, d’une saine puissance. Il reste que Lucien Fabre a tenté, et en somme, réus
232te que Lucien Fabre a tenté, et en somme, réussi, une entreprise bien téméraire de nos jours : un roman à thèse aussi intel
233ssi, une entreprise bien téméraire de nos jours : un roman à thèse aussi intelligent que vivant. p. 1151 d. « Lucie
8 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Les Appels de l’Orient (septembre 1929)
234. La littérature de ces dernières années n’est qu’une forme de reportage international. L’Europe menant cette immense enquê
235énie, l’Europe d’aujourd’hui semble chercher dans une confrontation avec l’Orient, plutôt qu’une réelle connaissance de l’O
236r dans une confrontation avec l’Orient, plutôt qu’une réelle connaissance de l’Orient, une conscience d’elle-même. C’est pe
237t, plutôt qu’une réelle connaissance de l’Orient, une conscience d’elle-même. C’est peut-être pour provoquer cette confront
238uer cette confrontation seulement qu’on a imaginé un péril oriental, car il semble bien que dans le domaine de la culture
239n en parle, la vraie « question asiatique » étant une question politique. On peut prévoir que si le bouddhisme jouit un jou
240tique. On peut prévoir que si le bouddhisme jouit un jour d’un renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devr
241peut prévoir que si le bouddhisme jouit un jour d’un renouveau, c’est à quelques savants européens qu’il le devra, tandis
242es savants européens qu’il le devra, tandis que d’un mouvement inverse, le christianisme débarrassé de son déguisement gré
243. Ceci convenu, il faut reconnaître que l’enquête des Cahiers du Mois donne un fort intéressant tableau des multiples réact
244connaître que l’enquête des Cahiers du Mois donne un fort intéressant tableau des multiples réactions de l’Europe placée d
245Cahiers du Mois donne un fort intéressant tableau des multiples réactions de l’Europe placée devant le dilemme Orient-Occid
246. Car la plupart des enquêtés se font de l’Orient une représentation vague [p. 1153] et poétique. « Orient…, toi qui n’as q
247[p. 1153] et poétique. « Orient…, toi qui n’as qu’une valeur de symbole », a dit A. Breton. C’est de cet Orient qu’il s’agi
248» On confond Japon et Arabie, Indes et Chine sous une dénomination qui n’a de sens que par rapport à l’Europe. Il serait va
249 par rapport à l’Europe. Il serait vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extraordinaire diversité — peut-ê
250vain de tenter un classement parmi les réponses d’une extraordinaire diversité — peut-être trop nombreuses — qui composent
251onclusions tirées de points de vue semblables, qu’un esprit analytique et organisateur d’occidental se perdra ici dans un
252e et organisateur d’occidental se perdra ici dans un ensemble kaléidoscopique d’idées et de jugements contradictoires, et
253rs de l’écrivain. Énumérons pourtant quelques-uns des points de vue les plus riches ou les mieux définis. Pour Valéry, la s
254t la déplorent. Plusieurs jeunes songent que dans une Europe vieillie, les parfums puissants de l’Asie sauront encore éveil
255eiller de beaux rêves. Il y a ceux qui repoussent une Asie ignorante du thomisme et ceux qui pensent inévitable le choc de
256t inévitable le choc de deux mondes, et que seule une intime connaissance mutuelle l’adoucira. Il y a ceux qui à la suite d
257me, religion missionnaire, ne peut nous donner qu’une supériorité provisoire et qui porte en son principe le germe de sa de
258le défaut de n’être pas suffisamment motivées par des faits et des documents. Pour beaucoup, l’Orient n’est qu’un prétexte
259n’être pas suffisamment motivées par des faits et des documents. Pour beaucoup, l’Orient n’est qu’un prétexte à variations
260t des documents. Pour beaucoup, l’Orient n’est qu’un prétexte à variations sur le thème favori. M. Massis, par exemple, qu
261ri. M. Massis, par exemple, qui cependant produit un grand nombre de citations à l’appui de ses sophismes, ne se livre pas
262l’appui de ses sophismes, ne se livre pas moins à des déductions in abstracto qui le mènent à des conclusions de ce genre :
263ins à des déductions in abstracto qui le mènent à des conclusions de ce genre : si nous trouvons le moyen de « suppléer à l
264s le moyen de « suppléer à l’éducation historique des peuples chrétiens qui n’ont pas eu de Moyen Âge », nous pourrons amen
265 si étroitement particularisé pourtant, à l’usage des Latins…). Quant aux Orientalistes, qui, eux, apportent des documents,
266s…). Quant aux Orientalistes, qui, eux, apportent des documents, savent de quoi ils parlent, ils se récusent lorsqu’il s’ag
267nt, ils se récusent lorsqu’il s’agit de conclure. Un écrivain grec, M. Embiricos, a trouvé la formule qui définit ce que l
268l’Europe [p. 1154] « conscience du monde », entre une Amérique affolée de vitesse, édifiant ses gratte-ciels comme des tour
269folée de vitesse, édifiant ses gratte-ciels comme des tours de Babel, et une Asie immobile dans sa méditation éternelle.
270ant ses gratte-ciels comme des tours de Babel, et une Asie immobile dans sa méditation éternelle. p. 1152 e. « Les App
9 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929)
271929) f « Dès que nous sommes seuls, nous sommes des fous. Oui, le contrôle de nous-mêmes ne joue que soutenu par le contr
272ommes des fous. Oui, le contrôle de nous-mêmes ne joue que soutenu par le contrôle que les autres nous imposent », dit un hé
273r le contrôle que les autres nous imposent », dit un héros de Mauriac. C’est un « homme seul » qu’a peint « par le dedans 
274s nous imposent », dit un héros de Mauriac. C’est un « homme seul » qu’a peint « par le dedans » M. Jean Prévost, en un sa
275 qu’a peint « par le dedans » M. Jean Prévost, en un saisissant raccourci psychologique. « Tout homme normal est fait de p
276il l’a poussé impitoyablement dans sa recherche d’un absolu qui se trouve être le néant. Pour finir il « l’écrabouille ».
277ute expérience, elle n’en est pas moins probante. Une œuvre d’art que ce petit livre ? C’est avant tout une démonstration ;
278œuvre d’art que ce petit livre ? C’est avant tout une démonstration ; mais, puissante de sûreté et d’évidence, elle a cette
279évidence, elle a cette beauté froide et massive d’un théorème de Spinoza. Une ironie dure, la densité du style révèlent se
280eauté froide et massive d’un théorème de Spinoza. Une ironie dure, la densité du style révèlent seules l’écrivain ; et auss
10 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Almanach 1925 (septembre 1925)
281ï, Hauptmann et Maeterlinck. On trouve au tableau des auteurs édités depuis lors les grands noms de la littérature européen
282ittérature européenne d’avant-guerre mêlés à ceux des maîtres du renouveau idéaliste allemand et viennois, Hesse, Hofmannst
283 auteurs qui composent l’Almanach Fischer donnent une juste idée de ce que fut la littérature d’avant-garde entre 1900 et 1
284tre 1900 et 1910. Depuis, la maison paraît s’être un peu embourgeoisée… Disons plutôt que voici venu le temps de la moisso
285que voici venu le temps de la moisson, — le temps des éditions d’Œuvres complètes. p. 1162 g. « S. Fischer Verlag : Al
11 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Otto Flake, Der Gute Weg (septembre 1929)
286alité, du moins faut-il le louer d’avoir conservé une vision générale de notre temps et un évident besoin d’impartialité. S
287ir conservé une vision générale de notre temps et un évident besoin d’impartialité. Son art bénéficie de cette vision. Je
288es meilleurs arguments. Et peu à peu surgissent d’une accumulation de petites touches précises des types d’après-guerre d’u
289nt d’une accumulation de petites touches précises des types d’après-guerre d’une étrange vérité. Aux prises avec les problè
290tites touches précises des types d’après-guerre d’une étrange vérité. Aux prises avec les problèmes sociaux et le luxe le m
291 la Russie, vers le passé, vers l’Orient, tentant des amours nouvelles et les fuites les plus folles hors de la réalité, il
292s les plus folles hors de la réalité, ils forment un cortège pittoresque et désolant à celui qui, revenu de l’étranger dan
12 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929)
293Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue (septembre 1929) j M. Valéry Larbaud est vraiment un étonn
294eptembre 1929) j M. Valéry Larbaud est vraiment un étonnant esprit. Pour présenter au public français cette œuvre « d’im
295ndonner à l’émotion communicative de qui découvre un sommet ? Point. Précision, modération dans le jugement, humour léger,
296critique. Ce n’est que dans sa discrétion à louer une grande œuvre qu’on trouvera la mesure de son admiration et le gage de
297 que les Trois nouvelles exemplaires ne suscitent un intérêt très profond : elles nous transportent au cœur de préoccupati
298elles nous transportent au cœur de préoccupations des plus modernes, problème de la réalité littéraire, problème de la pers
299Prologue pourrait presque aussi bien être celui d’une pièce de Pirandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des trois
300irandello. N’annonce-t-il pas que les personnages des trois nouvelles « sont réels, très réels, de la réalité la plus intim
301tendu de la personnalité. Tandis que chez Unamuno une volonté d’action les possède, les exalte, les affole. Les plus beaux
302Gomez cynique et puissant de confiance en soi, qu’une volonté presque inhumaine torture et conduit au crime. Et s’ils s’imp
303r obsédante volonté. Car on imagine difficilement un art plus dépouillé de détail extérieur ou d’enjolivure. La lecture de
304’enjolivure. La lecture de ces trois tragédies, d’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantiques,
305 trois tragédies, d’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantiques, laisse la même impression de g
306’une classique sobriété mais d’une brutalité et d’une ironie romantiques, laisse la même impression de grandeur désolée qu’
307 laisse la même impression de grandeur désolée qu’un Greco. Mais il n’y a pas les couleurs, ni l’amère volupté des formes.
308ais il n’y a pas les couleurs, ni l’amère volupté des formes. Une sensation de barre d’acier sur la nuque. p. 1164 j
309 pas les couleurs, ni l’amère volupté des formes. Une sensation de barre d’acier sur la nuque. p. 1164 j. « Miguel d
13 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929)
310. M. Seillière cherchait dans l’époque romantique un témoin dont le jugement eut « l’autorité d’un verdict essentiellement
311que un témoin dont le jugement eut « l’autorité d’un verdict essentiellement chrétien sur le mysticisme naturiste ». Il ne
312erne champion. Pour ce qui concerne le Vinet juge des romantiques, il n’a pas eu trop de peine à l’annexer à son propre cor
313i il insiste sur le fait que Vinet se déclarait « un chrétien sans épithète ». Croit-il éluder [p. 1198] ainsi le protesta
314 Ne voit-il pas que rien n’est plus protestant qu’une telle attitude ? Mais ces réserves sont de peu d’importance si l’on s
315it trouvé. Mais sa position purement chrétienne — un mysticisme de cadre solidement moral, c’est-à-dire rationnel, dit M.
316ère — me paraît infiniment plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus réellement pro
317 plus forte que celle d’un Maurras ou que celle d’un Maritain. Son unité est plus réellement profonde, son point d’appui p
318ui plus central. Pour notre époque déchirée entre un thomisme et un nihilisme exaspérés, pour notre nouveau mal du siècle,
319. Pour notre époque déchirée entre un thomisme et un nihilisme exaspérés, pour notre nouveau mal du siècle, il n’est peut-
14 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Gravitations (décembre 1929)
320e la mer ? » « Quel est cet homme dont l’âme fait des signes solennels ? » Une voix lente aux méandres songeurs, une simpli
321et homme dont l’âme fait des signes solennels ? » Une voix lente aux méandres songeurs, une simplicité qui n’est pas famili
322lennels ? » Une voix lente aux méandres songeurs, une simplicité qui n’est pas familière. C’est bien la poésie d’une époque
323é qui n’est pas familière. C’est bien la poésie d’une époque tourmentée dans sa profondeur, mais qui se penche sans vertige
324notre temps ! Au-dessus de la trépidation immense des machines, un Saint-John-Perse, un Supervielle parlent avec des mots d
325Au-dessus de la trépidation immense des machines, un Saint-John-Perse, un Supervielle parlent avec des mots de tous les jo
326dation immense des machines, un Saint-John-Perse, un Supervielle parlent avec des mots de tous les jours aux vivants et au
327 un Saint-John-Perse, un Supervielle parlent avec des mots de tous les jours aux vivants et aux morts : Mère, je sais très
328… Cette chose haute à la voix grave qu’on appelle un père dans les maisons. » Comme Valéry, ce poète sait « des complicité
329dans les maisons. » Comme Valéry, ce poète sait « des complicités étranges pour assembler un sourire ». Comme Max Jacob il
330te sait « des complicités étranges pour assembler un sourire ». Comme Max Jacob il lui arrive de situer une anecdote purem
331ourire ». Comme Max Jacob il lui arrive de situer une anecdote purement poétique dans un monde qu’il s’est créé. Jamais ban
332ive de situer une anecdote purement poétique dans un monde qu’il s’est créé. Jamais banal, il est parfois facile : la desc
333le surréalisme l’ont enrichie d’images…). Je cite des noms : y a-t-il influence ou seulement co-génération ? Pour peu qu’il
334seulement co-génération ? Pour peu qu’ils sortent des cafés littéraires, nos poètes respirent le même air du temps. Leur or
335nent. Celui-ci vient à peine de quitter l’air dur des pampas. « Le voilà qui s’avance, foulant les hautes herbes du ciel. »
15 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929)
336 [p. 1567] Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929) m L’Irlande contemporaine offre un spectacle
337(décembre 1929) m L’Irlande contemporaine offre un spectacle bien passionnant : celui de la renaissance d’une littératur
338acle bien passionnant : celui de la renaissance d’une littérature nationale à la fois cause et effet de la libération polit
339ause, puisque pour mener à chef cette libération, un Yeats, un A.E., bien d’autres, ont su payer de leur personne. Effet,
340que pour mener à chef cette libération, un Yeats, un A.E., bien d’autres, ont su payer de leur personne. Effet, puisque l’
341yer de leur personne. Effet, puisque l’héroïsme d’une révolution en faveur du passé, révolution tout de même, ne pouvait pr
342, révolution tout de même, ne pouvait produire qu’une littérature très neuve de forme et traditionaliste d’inspiration, com
343et traditionaliste d’inspiration, comme fut celle des Yeats, Synge, Joyce même… Trois noms qui permettent, je crois, de par
344 Trois noms qui permettent, je crois, de parler d’un grand siècle littéraire irlandais ; ce que d’ailleurs Mlle Simone Tér
345admiration son sens critique de Parisienne. C’est une sympathie malicieuse qui anime ses amusants portraits et ses commenta
346es amusants portraits et ses commentaires parfois un peu copieux ; mais elle a la vertu de rendre contagieuse la curiosité
347oit de cette âme irlandaise en laquelle s’allient une fantaisie et un réalisme également lyriques. p. 1567 m. « Simo
348irlandaise en laquelle s’allient une fantaisie et un réalisme également lyriques. p. 1567 m. « Simone Téry : L'Île
16 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hugh Walpole, La Cité secrète (décembre 1929)
349le rôle de la mer océane avec ses écumeurs ? Déjà un Mac Orlan, un Kessel ont donné de beaux exemples du parti que peut ti
350mer océane avec ses écumeurs ? Déjà un Mac Orlan, un Kessel ont donné de beaux exemples du parti que peut tirer le nouveau
351ance du peuple fou. Belles étincelles échappées d’un brasier. Pour les causes de l’incendie, voir Dostoïevski. M. Walpole,
352bien. Quel sujet plus riche pouvait-on rêver pour un psychologue de la puissance de Walpole, que l’âme russe — cette âme r
353e ». M. Walpole, dont nous commençons aujourd’hui un roman bien différent, a [p. 1568] vu la Révolution sans romantisme, d
354ution sans romantisme, dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions de
355 dans le détail de la vie d’une ville. Il sait qu’un grand mouvement est la résultante de millions de petits. Voici naître
356llions de petits. Voici naître la révolution dans un cœur, puis dans une famille. Et une fois le grand bouleversement acco
357oici naître la révolution dans un cœur, puis dans une famille. Et une fois le grand bouleversement accompli dans la « Cite
358alpole leur a dévolu le soin d’entrer tantôt dans un foyer, tantôt dans une église, pour constater que la foule ne réagit
359e soin d’entrer tantôt dans un foyer, tantôt dans une église, pour constater que la foule ne réagit pas autrement que les i
360té secrète. Pour celle-ci par exemple (caché dans un réduit, Markovitch, l’idéaliste, surprend sa femme, la vertueuse Véra
361aliste, surprend sa femme, la vertueuse Véra avec un des Anglais) : Ils s’embrassaient comme des gens qui auraient eu fai
362ste, surprend sa femme, la vertueuse Véra avec un des Anglais) : Ils s’embrassaient comme des gens qui auraient eu faim to
363 avec un des Anglais) : Ils s’embrassaient comme des gens qui auraient eu faim toute leur vie… Markovitch, derrière sa vit
364 le moujik devant le bolchevik violant sa patrie. Une effroyable acceptation, mais elle peut se muer instantanément en révo
365ermine l’avenir le plus proche. Il n’y a pas même des forces endormies dans l’âme russe : mais des possibilités, à chaque i
366même des forces endormies dans l’âme russe : mais des possibilités, à chaque instant, d’explosion. Le géant russe est un en
367à chaque instant, d’explosion. Le géant russe est un enfant : va-t-il rire, va-t-il pleurer ? m’embrasser ou me tuer ? Il
368est encore ébahi du fracas, le juif survient avec une méthode simplifiée pour l’exploitation des ruines. On sait le reste.
369t avec une méthode simplifiée pour l’exploitation des ruines. On sait le reste. Tout cela, Walpole ne le dit pas. Mais ses
370nt en nous : Markovitch par exemple, ou Sémyonov, un cynique secrètement tourmenté qui enchantera M. Gide. p. 1567
17 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Adieu, beau désordre… (mars 1926)
371e sait quoi. On a mis le bonheur devant soi, dans un progrès mal défini, et l’on court après sans fin. Même ceux qui ont p
372 sans fin. Même ceux qui ont perdu la croyance en un bonheur possible ou désirable subissent cette rage désespérée de cour
373, catastrophe ou révélation, brusque échappée sur des pays nouveaux ou chute irrémédiable. Peut-être pouvons-nous choisir e
374able. Peut-être pouvons-nous choisir encore entre un ressaisissement profond et la ruine. Mais certes, il est temps qu’une
375profond et la ruine. Mais certes, il est temps qu’une lueur de conscience inquiète quelques chefs, montre à quelques meneur
376lques chefs, montre à quelques meneurs aveugles d’une société affolée et ridiculement opportuniste où mène la pente de notr
377a pente de notre civilisation. Meneurs et chefs : des économistes, [p. 312] des financiers, des industriels. Il y a encore
378ion. Meneurs et chefs : des économistes, [p. 312] des financiers, des industriels. Il y a encore les hommes politiques, mai
379chefs : des économistes, [p. 312] des financiers, des industriels. Il y a encore les hommes politiques, mais on a si souven
380vent l’impression qu’ils battent la mesure devant un orchestre qui, sans eux, jouerait aussi bien, aussi mal. Quant aux me
381tent la mesure devant un orchestre qui, sans eux, jouerait aussi bien, aussi mal. Quant aux meneurs de l’opinion publique, il es
382ait balayer. Je parle en général, sachant bien qu’un Romier, un Bainville, quelques autres, sont parmi les plus conscients
383. Je parle en général, sachant bien qu’un Romier, un Bainville, quelques autres, sont parmi les plus conscients de ce temp
384ions nouvelles. Toute la jeune littérature décrit un type d’homme profondément antisocial, glorifie une morale résolument
385un type d’homme profondément antisocial, glorifie une morale résolument anarchiste. Ceux qui s’essayent à l’action, c’est e
386st encore pour cultiver leur moi. Ils y cherchent un fortifiant, je ne sais quelle excitation, quelle révélation ou quel o
387xcitation, quelle révélation ou quel oubli. C’est un dilettantisme qu’ils ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque
388 ont peut-être appris dans Barrès. Il leur manque une certitude foncière, une foi en la valeur de l’action. C’est pourquoi
389ns Barrès. Il leur manque une certitude foncière, une foi en la valeur de l’action. C’est pourquoi ils ne peuvent prétendre
390Au cœur de la crise de notre civilisation, il y a un problème de morale à résoudre, une conscience individuelle à recréer.
391isation, il y a un problème de morale à résoudre, une conscience individuelle à recréer. Nous y employer, pour l’heure, c’e
392 complaît à répéter que nous vivons dans le chaos des idées et des doctrines, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hor
393épéter que nous vivons dans le chaos des idées et des doctrines, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hors un certain
394s, et qu’il n’existe pas d’esprit du siècle, hors un certain « confusionnisme ». Mais sous les [p. 313] épaves de tous les
395[p. 313] épaves de tous les vieux bateaux, il y a une seule mer. Nos agitations contradictoires s’affrontent comme des vagu
396Nos agitations contradictoires s’affrontent comme des vagues soulevées par une même tempête. L’unité de notre temps est en
397oires s’affrontent comme des vagues soulevées par une même tempête. L’unité de notre temps est en profondeur : c’est une un
398 L’unité de notre temps est en profondeur : c’est une unité d’inquiétude. Barrès et Gide : ils ont construit des édifices t
399 d’inquiétude. Barrès et Gide : ils ont construit des édifices très différents de style, et dont les façades s’opposent ave
400çades s’opposent avec hostilité. Dans l’intérieur des deux maisons pourtant se débattent les mêmes brouilles de famille ent
401la libération du moi paraissent bien les ancêtres des nouvelles générations de héros de roman, lesquels sont tous éperdumen
402uels sont tous éperdument égoïstes. Égoïstes avec une profonde conviction ; par vertu. Ce qui n’a rien d’étonnant : ils ne
403r. On n’écrit plus pour s’amuser : ni pour amuser un public. Un livre est une action, une expérience. Et, le plus souvent,
404it plus pour s’amuser : ni pour amuser un public. Un livre est une action, une expérience. Et, le plus souvent, sur soi-mê
405s’amuser : ni pour amuser un public. Un livre est une action, une expérience. Et, le plus souvent, sur soi-même. On écrit p
406i pour amuser un public. Un livre est une action, une expérience. Et, le plus souvent, sur soi-même. On écrit pour cultiver
407 pour l’éprouver et le prémunir, pour y découvrir des possibilités neuves, — pour le libérer. Il n’est pas question de rech
408tion de rechercher ici les origines historiques d’une conception qui, de plus en plus, se révèle à la base de tous les prob
409en littérature. Jacques Rivière s’y appliqua dans un de ses derniers articles 2 . Il rendait responsable de tout le « mal
410e — et c’est plus que probable. Mais il en tirait une raison nouvelle de le condamner, et nous ne pouvons le suivre jusque-
411vons le suivre jusque-là : il est vain de dire qu’une époque s’est trompée, puisqu’elle seule permet la suivante qui peut-ê
412seule permet la suivante qui peut-être retrouvera une nouvelle face de la vérité. Bornons-nous à noter le phénomène, puis à
413et le monde : l’ennui est venu avant l’épuisement des combinaisons possibles. Exaltation méthodique de nos facultés de plai
414 les plus aiguës prennent la place d’honneur dans des esthétiques construites en hâte à l’usage de sensibilités surmenées.
415crée que contre quelque chose, contre soi, contre une difficulté.) Dégoût de la vie, dégoût du bonheur, dégoût de soi, — on
416 — on l’étend vite à la société entière. Dégoût d’une civilisation qui aboutit logiquement à cet épuisant et forcené gaspil
417lut n’est nulle part… » « Je comprends la révolte des autres et quelles prières cela fait à Dieu » disait Drieu La Rochelle
418ien se remettre à manger, tout de même nous avons un corps, et c’est très beau, Breton, de crier « Révolution toujours » —
419de crier « Révolution toujours » — tant qu’il y a des gens pour vous faire du pain ; et c’est très beau, Aragon, de ne plus
420otre ultimatum à Dieu. Mais, secouant son dégoût, un Montherlant s’abandonne au salut par la violence. Une sensualité moin
421Montherlant s’abandonne au salut par la violence. Une sensualité moins énervée lui permet de brutaliser quelque peu les « g
422es « grands problèmes », et le voilà reparti dans un égoïsme triomphant, pur du désir d’action qui empêtrait Barrès dans d
423, pur du désir d’action qui empêtrait Barrès dans des dilemmes où l’art trouvait mal sa nourriture. Drieu La Rochelle tente
424[p. 315] certains bas-fonds de l’âme où s’éveille un désenchantement qui l’amène au besoin d’une mystique. Et pour finir,
425veille un désenchantement qui l’amène au besoin d’une mystique. Et pour finir, l’un des derniers venus, Marcel Arland, — pl
426ène au besoin d’une mystique. Et pour finir, l’un des derniers venus, Marcel Arland, — plus jeune, il n’a pas fait la guerr
427 précoce, sans la brusquerie de ses aînés. Encore un qui s’est complu dans son dégoût ; mais jusqu’au point d’y percevoir
428 dégoût ; mais jusqu’au point d’y percevoir comme un appel du Dieu perdu. Il avoue enfin la cause secrète des inquiétudes
429el du Dieu perdu. Il avoue enfin la cause secrète des inquiétudes modernes : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais
430use secrète des inquiétudes modernes : la perte d’une foi. Il a besoin de Dieu, mais il attend en vain sa Révélation : « C’
431e regarder chercher, absorbant son attention dans une sincérité si voulue qu’elle va parfois à l’encontre de son dessein. ⁂
432éséquilibre. Il serait temps de faire la critique des méthodes et des façons de vivre autant que de penser qui les ont amen
433serait temps de faire la critique des méthodes et des façons de vivre autant que de penser qui les ont amenés aux positions
434 d’esquisser. Mais on trouve tout dans les livres des jeunes, dites-vous, le pire et le meilleur, toutes les vieilleries mo
435chée à chercher dans le seul moi les fondements d’une éthique. Presque tous sont hantés par la peur d’une morale qui « défo
436e éthique. Presque tous sont hantés par la peur d’une morale qui « déforme », qui mutile une tendance naturelle, qui élague
437 la peur d’une morale qui « déforme », qui mutile une tendance naturelle, qui élague, qui opère un choix parmi les éléments
438ile une tendance naturelle, qui élague, qui opère un choix parmi les éléments mêlés de la personnalité. Toute tendance qu’
439heureuses que nous avions jusqu’alors enviées, et une nuit, nous fîmes le procès de toutes les jouissances humaines. L’espè
440s toute vérité, nous étions dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au pr
441ue certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Cette lassitude facile à juger du dehors n’était pas ce qu’i
442t inutile et vain ? Je cite ces phrases, tirées d’un récit d’ailleurs admirable 4 , de Louis Aragon, pour marquer l’abouti
443, de Louis Aragon, pour marquer l’aboutissement d’une évolution qui a son origine dans l’œuvre de Gide. Entre les Nourritur
444aises, de révoltes plus ou moins complètes au gré des tempéraments. Le geste de Lafcadio généralisé : c’est le surréalisme.
445’est le surréalisme. De l’acte gratuit commis par un héros de roman, à la vie gratuite que prétendent mener les surréalist
446 les surréalistes, il n’a fallu que le temps pour une folie de s’emballer. La plupart des romans de jeunes qui se situent e
447Gide et Aragon nous montrent le même personnage : un être sans foi, à qui une sorte de « sincérité » interdit de commettre
448rent le même personnage : un être sans foi, à qui une sorte de « sincérité » interdit de commettre aucun acte volontaire et
449 que ce serait fausser quelque chose ; à la merci des circonstances extérieures qu’il méprise toutes également ; n’attendan
450nt rien que de ses impulsions et contemplant avec une lucidité parfois douloureuse ses propres actes dont il s’étonne mais
451qu’il se garde de juger 5 . Il y a véritablement une littérature de l’acte gratuit, qui restera caractéristique de notre é
452tre époque. [p. 317] Mais Gide est responsable d’une autre méthode de culture de soi, « d’intensification de la vie », et
453t le début de la Tentative amoureuse offrait déjà une singulière préfiguration : Certes ce ne seront ni les lois importunes
454tion : Certes ce ne seront ni les lois importunes des hommes, ni les craintes, ni la pudeur, ni le remords, ni le respect d
455je désire ; ni rien — rien que l’orgueil, sachant une chose si forte, de me sentir plus fort encore et de la vaincre. — Mai
456us fort encore et de la vaincre. — Mais la joie d’une si haute victoire — n’est pas si douce encore, n’est pas si bonne que
457es conduit ce mouvement de l’esprit qui n’utilise une borne que pour sauter plus loin. Ainsi, c’est par humilité qu’on reno
458 à mentir. On en vient naturellement à considérer un certain immoralisme comme la seule vertu digne d’une élite. Tel est l
459 certain immoralisme comme la seule vertu digne d’une élite. Tel est l’état d’esprit de la plupart de nos jeunes moralistes
460e intérêt 6 … » c’est proprement la perversion d’une vertu qui se brûle elle-même. Je ne vais point nier la fécondité psyc
461e ne vais point nier la fécondité psychologique d’une attitude par ailleurs si proche de certain mysticisme. Mais pousser u
462urs si proche de certain mysticisme. Mais pousser une vertu particulière jusqu’à ses dernières conséquences suppose qu’on a
463ères conséquences suppose qu’on ait perdu le sens des ensembles rationnels. Nous ne pensons plus par ensembles 7  : symptôm
464 : dégoût universel, désir de violences, gratuité des pensées et des actes, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas d’
465rsel, désir de violences, gratuité des pensées et des actes, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas d’une fatigue imm
466s, rêves éveillés, tout cela ne dérive-t-il pas d’une fatigue immense. Nous voyons se fausser le rythme des jours et des nu
467fatigue immense. Nous voyons se fausser le rythme des jours et des nuits [p. 318] à mesure que se développe une civilisatio
468se. Nous voyons se fausser le rythme des jours et des nuits [p. 318] à mesure que se développe une civilisation mécanicienn
469s et des nuits [p. 318] à mesure que se développe une civilisation mécanicienne. (Les machines n’ont pas besoin de sommeil.
470 n’ont pas besoin de sommeil.) La fatigue devient un des éléments les plus importants de notre psychologie. Images des sur
471ont pas besoin de sommeil.) La fatigue devient un des éléments les plus importants de notre psychologie. Images des surréal
472 les plus importants de notre psychologie. Images des surréalistes — ils l’indiquent eux-mêmes —, calembours, expression mé
473veux, saugrenu jusqu’au sadisme, trop lucide, est un amour de fatigués (Les Nuits, l’Europe galante, de Morand). La lucidi
474tions, à ses automatismes. En art, la fatigue est un des états les plus riches de visions nouvelles, et qui résiste le mie
475ns, à ses automatismes. En art, la fatigue est un des états les plus riches de visions nouvelles, et qui résiste le mieux à
476t ce qui servirait de frein à notre glissade vers des folies. ⁂ Recréer une conscience individuelle ; retrouver le sens soc
477frein à notre glissade vers des folies. ⁂ Recréer une conscience individuelle ; retrouver le sens social, le sens des ensem
478 individuelle ; retrouver le sens social, le sens des ensembles et des proportions ; rééduquer les instincts du corps et de
479etrouver le sens social, le sens des ensembles et des proportions ; rééduquer les instincts du corps et de l’âme ; vouloir
480quer les instincts du corps et de l’âme ; vouloir une foi… La morale de demain sera en réaction complète contre celle d’auj
481 libérer de l’universelle hypocrisie accompli par des générations qui ne lèguent aux suivantes que leur lassitude : sachons
482ue leur lassitude : sachons au contraire profiter des démonstrations par l’absurde de quelques problèmes moraux et littérai
483aucoup sacrifièrent leur jeunesse. (« Nous sommes une génération de cobayes » remarque Paul Morand.) Il faut agir, ou bien
484l Morand.) Il faut agir, ou bien être agi. Donner une conscience à l’époque, ou se défaire avec elle et dériver vers un Ori
485l’époque, ou se défaire avec elle et dériver vers un Orient d’oubli — (mais avant de s’y perdre, quelles révolutions, quel
486e la Société ; ils savent que pour lutter il faut des armes et ne méprisent pas la culture ; sans autre parti-pris que celu
487 se recueillent encore dans l’attente angoissée d’une révélation et dans la connaissance de leur misère. Pareils à ceux don
488 ils décrivent le tourment dont sortira peut-être une foi nouvelle ; mais qu’ils sachent, quand viendra le moment, détourne
489ourner les yeux de leur recherche pour contempler un absolu ; qu’ils osent se faire violence pour se hisser dans la lumièr
490es ces petites misères, en compose d’un seul coup une grande misère, et par ce moyen nous met tout d’abord en présence, non
18 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926)
491ean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926) p Au creux des couleurs assourdies d’un divan le soir, tandis que les fenêtres s’ouv
492vril 1926) p Au creux des couleurs assourdies d’un divan le soir, tandis que les fenêtres s’ouvraient vers le ciel de Fl
493orence… « Du sang, de la volupté et de la mort », un titre s’effaçait dans l’ombre. Jouve a rêvé une histoire de passion m
494», un titre s’effaçait dans l’ombre. Jouve a rêvé une histoire de passion mystique et de crime, intense et tragique comme u
495n mystique et de crime, intense et tragique comme un couchant d’automne, émouvante encore après tant d’autres, comme chaqu
496nte encore après tant d’autres, comme chaque soir un nouveau ciel. Il l’a transcrite en brèves notations lyriques suivant
497 en brèves notations lyriques suivant le rythme d’un songe, sans cesse brisé par les élans alternés ou confondus du désir
498dus du désir et de la prière. On sort lentement d’une chambre bleue qui est le mystère même, pour suivre la naissance et l’
499a rechute et le crime ; et l’étrange apaisement d’une vieillesse au soleil. Jouve semble avoir hésité entre plusieurs style
500ble avoir hésité entre plusieurs styles de roman. Un chapitre d’observation psychologique ironique et minutieuse, à la Ste
501 ironique et minutieuse, à la Stendhal, succède à des effusions haletantes ou à une relation [p. 531] cinématographique. Ma
502Stendhal, succède à des effusions haletantes ou à une relation [p. 531] cinématographique. Mais tout cela baigne dans le mê
503t cela baigne dans le même lyrisme et s’agite sur un fond sombre et riche de passions inconscientes qui donnent à tous les
504ssions inconscientes qui donnent à tous les actes une signification plus profonde. (Il serait aisé de montrer quel parti Jo
505erait aisé de montrer quel parti Jouve a su tirer des complexes de famille freudiens, ou d’analyses de démences mystiques ;
506ences mystiques ; mais tout cela est sublimé dans un monde poétique où il paraît inconvenant d’introduire le jargon de la
507us reconnaissons à la base de cette œuvre inégale des idées vieilles comme Rousseau sur les droits de la passion, — et dans
508elques chapitres inspirés presque littéralement d’une anecdote italienne de Stendhal ; si d’autre part l’évolution mystique
509rt l’évolution mystique de Paulina semble parfois un peu trop « classique » et prévue, l’originalité foncière du roman de
510purement lyrique, sa progression accordée à celle des événements inconscients. Certaines proses mystiques de Paulina au cou
511s poèmes de l’auteur de Tragiques et de Vous êtes des hommes. p. 530 p. « Pierre Jean Jouve : Paulina 1880 (NRF, Par
19 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926)
512Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926) q Un artiste de grand talent à qui la guerre a fait perdre le goût des thé
513rand talent à qui la guerre a fait perdre le goût des théories d’écoles et de quelques autres plaisirs pour civils : mettez
514 plaisirs pour civils : mettez-le aux prises avec une petite cité patricienne dont il devra portraiturer les gentilshommes
515 vieilles dames à principes. Voilà, n’est-ce pas, un amusant sujet de conte moral, avec ses personnages un peu conventionn
516musant sujet de conte moral, avec ses personnages un peu conventionnels et l’invraisemblance assez piquante de ses péripét
517péties. Quel dommage que l’auteur l’ait alourdi d’une idéologie, souvent plus généreuse que neuve, et qui eût gagné à être
518iption du milieu patricien que dans la création d’un caractère de grand peintre. Pourtant, malgré des longueurs, on ne lir
519d’un caractère de grand peintre. Pourtant, malgré des longueurs, on ne lira pas sans plaisir ce livre où l’on voit un homme
520on ne lira pas sans plaisir ce livre où l’on voit un homme appeler en vain le vent du large, parmi des gens qui craignent
521 un homme appeler en vain le vent du large, parmi des gens qui craignent de s’enrhumer. p. 531 q. « Alix de Watteville
20 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Wilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926)
522ilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926) r Un léger flirt avec la muse, parce que c’est dimanche, parce qu’il pleut
523ur charmant du Pédagogue et l’Amour — sourit avec une grâce un peu frileuse et se permet de bâiller en public. On connaît l
524t du Pédagogue et l’Amour — sourit avec une grâce un peu frileuse et se permet de bâiller en public. On connaît le danger…
21 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Cécile-Claire Rivier, L’Athée (mai 1926)
525) s C’est le récit de la découverte de Dieu par une jeune fille élevée dans l’athéisme. Invraisemblablement ignorante de
526 ans, Denise s’abandonne à « la vie », laquelle — un peu aidée par l’auteur — lui révèlera peu à peu le sens divin de la d
527divin de la destinée. Ce livre à thèse est plutôt une argumentation à coups d’exemples vivants qu’un véritable roman. La pr
528t une argumentation à coups d’exemples vivants qu’un véritable roman. La profusion souvent facile des incidents et le styl
529u’un véritable roman. La profusion souvent facile des incidents et le style volontairement sec permettent de suivre sans pa
530e suivre sans passion ni fatigue le développement un peu théorique mais intelligent d’un problème que l’on pressent trop c
531développement un peu théorique mais intelligent d’un problème que l’on pressent trop complètement résolu dès les premières
532 d’avoir posé courageusement. Dirai-je que l’abus des points d’exclamation — trait commun à presque toutes les femmes-auteu
533mmes-auteur, et qui plaît aux lectrices — m’agace un peu ? C’est une vétille. p. 661 s. « C.-C. Rivier : L’Athée (P
534 qui plaît aux lectrices — m’agace un peu ? C’est une vétille. p. 661 s. « C.-C. Rivier : L’Athée (Payot, Lausanne) 
22 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926)
535a recherche de l’ordre révèle simplement [p. 662] une volonté de construire jusque dans le grabuge, qu’il aime pour les mat
536pas, il compte. ») Six projecteurs convergent sur une machine luisante et tournante. L’esprit de Cocteau est une arme admir
537ne luisante et tournante. L’esprit de Cocteau est une arme admirable de précision, d’élégance mécanique et de rapidité. Il
23 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, Mon corps et moi (mai 1926)
538iste. Mais tandis que la plupart en sont encore à des symboles équivoques et, quoi qu’ils en disent, « artistiqués », — ils
539’a plus même la force de l’hypocrisie. Isolé dans un hôtel perdu, avec son corps qui se souvient — « mémoire, l’ennemie »
540s qui se souvient — « mémoire, l’ennemie » — avec une intelligence dont la triste profession est de détruire le désir qu’el
541s physiologiques dont la pauvreté le rejette dans une angoisse qu’il nomme « élan mortel ». Cette inversion de tout ce qui
542t créateur, voilà je pense le véritable désordre. Une intelligence parvenue au point où elle « ne semble avoir rien d’autre
543oir rien d’autre à faire que son propre procès », une [p. 663] intelligence qui se dégoûte, tel est le spectacle que nous
24 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Le Corbusier, Urbanisme (juin 1926)
544la nature. Il s’agit de créer à notre vie moderne un décor utile et beau. Or « la grande ville, phénomène de force en mouv
545 phénomène de force en mouvement, est aujourd’hui une catastrophe menaçante pour n’avoir pas été animée de l’esprit de géom
546 géométrie… Elle use et conduit lentement l’usure des milliers d’êtres humains ». Elle n’est plus adaptée aux conditions no
547l ou de repos, ni dans son plan ni dans le détail des rues. Congestion : « un cheval arrête 1 000 chevaux-vapeurs ». Et pou
548n plan ni dans le détail des rues. Congestion : « un cheval arrête 1 000 chevaux-vapeurs ». Et pourtant « la ville est une
549000 chevaux-vapeurs ». Et pourtant « la ville est une image puissante qui actionne notre esprit » après avoir été créée par
550me de l’Urbanisme se place au croisement [p. 798] des préoccupations esthétiques et sociales d’aujourd’hui. Pour résoudre l
551ect comme sous les autres, il nous faut mieux que des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et de la matière. Si Le Cor
552s autres, il nous faut mieux que des dictateurs : des Architectes, de l’esprit et de la matière. Si Le Corbusier réalise so
553meux discours aux édiles de Rome). Urbanisme est une étude technique et un pamphlet dont l’argumentation serrée éclate par
554s de Rome). Urbanisme est une étude technique et un pamphlet dont l’argumentation serrée éclate parfois en boutades morda
555s mordantes, en brèves fusées de lyrisme. C’est d’une verve puissante jusque dans la statistique. On en sort convaincu ou b
556nt d’aspirations modernes. Voici sans aucun doute un des livres les plus représentatifs de l’époque de Lénine, du fascisme
557d’aspirations modernes. Voici sans aucun doute un des livres les plus représentatifs de l’époque de Lénine, du fascisme, du
558 du fascisme, du ciment armé. « Notre monde comme un ossuaire est couvert des détritus d’époques mortes. Une tâche nous in
559armé. « Notre monde comme un ossuaire est couvert des détritus d’époques mortes. Une tâche nous incombe, construire le cadr
560suaire est couvert des détritus d’époques mortes. Une tâche nous incombe, construire le cadre de notre existence… construir
561s villes de notre temps ». Et je déplie ce plan d’une « ville contemporaine ». Pures géométries de verre et de ciment blanc
562-ciels de la Cité, au centre, s’espacent autour d’un aérodrome-gare circulaire, prismes perdus dans le silence de l’azur a
563rismes perdus dans le silence de l’azur au-dessus des rumeurs de la ville. Puis s’étendent les quartiers de résidence ; les
564us les étages soulignent de verdure l’horizontale des toitures en terrasses. Des perspectives régulières recoupées à 200 et
565 verdure l’horizontale des toitures en terrasses. Des perspectives régulières recoupées à 200 et 400 mètres par les plans f
566coupées à 200 et 400 mètres par les plans fuyants des rues immenses livrées au 100 à l’heure des autos. Les maisons habitée
567uyants des rues immenses livrées au 100 à l’heure des autos. Les maisons habitées ne sont plus que des enceintes transparen
568 des autos. Les maisons habitées ne sont plus que des enceintes transparentes, et minces en regard de leur hauteur, entoura
569hauteur, entourant de leurs multiples « redents » des terrains de jeux et des parcs, la nature annexée à la ville. « C’est
570urs multiples « redents » des terrains de jeux et des parcs, la nature annexée à la ville. « C’est un spectacle organisé pa
571 des parcs, la nature annexée à la ville. « C’est un spectacle organisé par l’Architecture avec les ressources de la plast
572eu de formes sous la lumière ». Cristallisation d’un rêve de joie et de raison où de grandes ordonnances élèvent leur chan
573 pour créer avec ses moyens matériels formidables des ensembles soumis aux lois de l’esprit et de la vie sociale, non plus
574lois de l’esprit et de la vie sociale, non plus à un opportunisme anarchique. Tirer des lignes droites, est le propre de l
575ale, non plus à un opportunisme anarchique. Tirer des lignes droites, est le propre de l’homme. Toutes les civilisations fo
576 Toutes les civilisations fortes l’ont osé. Créer un espace architectural lumineux à la place de nos cités congestionnées,
577ongestionnées, ce serait peut-être tuer au soleil des germes de révolution. Déjà des ingénieurs se sont mis à calculer la r
578tre tuer au soleil des germes de révolution. Déjà des ingénieurs se sont mis à calculer la réalisation de ce phénomène de h
579ène de haute poésie — la « ville contemporaine ». Un labeur précis et anonyme concourt obscurément à cette parfaite expres
25 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ramon Fernandez, Messages (juillet 1926)
580our lui faire acquérir droit de cité. Voici enfin un critique qui sait tirer une leçon constructive des expériences entrep
581t de cité. Voici enfin un critique qui sait tirer une leçon constructive des expériences entreprises par les générations pr
582un critique qui sait tirer une leçon constructive des expériences entreprises par les générations précédentes. Parce qu’ell
583s dans leurs recherches, il ne les condamne pas d’un « Jugement » sans issue sinon vers le passé catholique ; mais tenant
584, qui se trouve ainsi continuer leur œuvre, comme une découverte couronne une série d’expériences négatives. La critique de
585ntinuer leur œuvre, comme une découverte couronne une série d’expériences négatives. La critique de ces expériences négativ
586s lois de la vie sont essentiellement différentes des lois de l’œuvre d’art, il ne s’en suit pas forcément que l’on doit ni
587’œuvre et le moi, comme le fait M. Fernandez dans un essai sur l’Autobiographie [p. 125] et le Roman, dont pour ma part j
588rouver par exemple que l’œuvre d’art ne peut être un moyen de connaissance personnelle. Après quoi il écrit : « II y a, en
589essayer. » Fort bien, mais l’œuvre n’est-elle pas une façon particulière de s’essayer ? Je ne puis amorcer ici une discussi
590articulière de s’essayer ? Je ne puis amorcer ici une discussion de ces thèses subtiles, d’autant que la position de l’aute
591 et de l’art, ou s’il la condamne plutôt, à cause des confusions qu’il y décèle. Le meilleur morceau du livre est l’essai s
592eau du livre est l’essai sur Proust et sa théorie des « intermittences du cœur » dont Fernandez donne une critique décisive
593s « intermittences du cœur » dont Fernandez donne une critique décisive. Et c’est justement par opposition à la conception
594 qu’il définit sa propre théorie de la « garantie des sentiments », où l’on est en droit de voir le germe d’un moralisme no
595iments », où l’on est en droit de voir le germe d’un moralisme nouveau qui se fonderait solidement sur les données moderne
596 Pour nous prémunir contre le pouvoir d’analyse — une analyse qui retient les éléments de la personnalité moins le « princi
597a psychologie freudienne et proustienne a porté à un point si dangereux, il nous propose l’expérience d’un Newman, les exe
598oint si dangereux, il nous propose l’expérience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « pen
599 propose l’expérience d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « penser dans le train de l’act
600ence d’un Newman, les exemples d’un Meredith et d’un Stendhal, qui ont su « penser dans le train de l’action, faire de la
601sa véritable unité. Je me borne à signaler encore un thème qui revient dans la plupart de ces essais : l’esthétique du rom
602ais : l’esthétique du roman. Fernandez en formule une théorie assez proche du cubisme littéraire, et qu’il serait bien util
603ntir sous l’expression trop technique ou obscure, une richesse d’idées neuves et fortes, mais péniblement comprimées. Ce dé
604osophe aux littérateurs. Il manque à M. Fernandez un certain recul par rapport à ses idées, on le sent un peu gauche encor
605certain recul par rapport à ses idées, on le sent un peu gauche encore dans les positions conquises. Il n’empêche que son
606s conquises. Il n’empêche que son livre manifeste une belle unité de pensée, et qu’il propose quelques directions très nett
607quelques directions très nettes de synthèse. Avec une œuvre comme Plaisir des Sports de Jean Prévost, et les essais politiq
608 nettes de synthèse. Avec une œuvre comme Plaisir des Sports de Jean Prévost, et les essais politiques de Drieu la Rochelle
609t les premières contributions à l’établissement d’une éthique adaptée aux besoins modernes. p. 124 w. « Ramon Fernande
26 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Les Bestiaires (septembre 1926)
610ptembre 1926) x J’éprouve quelque gêne à porter un jugement littéraire sur ce nouveau tome des mémoires de Montherlant :
611porter un jugement littéraire sur ce nouveau tome des mémoires de Montherlant : dans ce récit plus encore que dans les œuvr
612ire que le livre vaut par son allure plus que par des qualités de composition ou de perfection formelle. Pour quelques-uns
613e de la Renaissance », pour quelques descriptions des prairies espagnoles pleines de simple grandeur, j’ai supporté mille f
614i supporté mille fastidieux détails techniques et des délires taurologiques avec lesquels, pour communier, il faudrait sans
615désinvolture. Elle est tonique comme le spectacle des athlètes. Et c’est elle avant tout que j’admire dans ces Bestiaires,
616ment dans les prairies célestes, pour avoir donné une grande gloire aux jeunes hommes ! » Mais ce jeune homme qui écrivit n
617ues et sobres, jetées de haut avec la nonchalance des vrais puissants, je compte qu’il saura fonder sa gloire future sur de
618je compte qu’il saura fonder sa gloire future sur des valeurs plus humaines. p. 397 x. « Henry de Montherlant : Les Be
27 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jacques Spitz, La Croisière indécise (décembre 1926)
619onnages cocasses à souhait, qui manifestent, avec un certain manque de conviction et des poses de mannequins, les tendance
620ifestent, avec un certain manque de conviction et des poses de mannequins, les tendances contradictoires d’un individu. C’e
621es de mannequins, les tendances contradictoires d’un individu. C’est pour traiter ce sujet pirandellien qu’on s’embarque d
622aiter ce sujet pirandellien qu’on s’embarque dans une croisière de vacances, qui finit par un naufrage dans la littérature,
623que dans une croisière de vacances, qui finit par un naufrage dans la littérature, le navire succombant sous les allégorie
624le livre soit réellement amusant, et qu’il trouve une sorte d’unité vivante dans le rythme des désirs jamais simultanés de
625l trouve une sorte d’unité vivante dans le rythme des désirs jamais simultanés de ses petits héros. M. Spitz cherche à fair
626nt l’on sourit : il faut bien croire qu’il y a là un talent, charmant, glacé, spirituellement « poétique ». p. 810 y.
28 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alfred Colling, L’Iroquois (décembre 1926)
627oquois (décembre 1926) z Ce roman a le charme d’un automne, une amertume enveloppée, une atmosphère trop claire où les c
628mbre 1926) z Ce roman a le charme d’un automne, une amertume enveloppée, une atmosphère trop claire où les cris se font u
629 le charme d’un automne, une amertume enveloppée, une atmosphère trop claire où les cris se font un peu aigres et les coule
630e, une atmosphère trop claire où les cris se font un peu aigres et les couleurs fluides. Toute la tendresse que ranime un
631s couleurs fluides. Toute la tendresse que ranime un soleil lointain va tourner en cruelle mélancolie. Pourquoi, Henri de
632 Henri de Closain, quitter le domaine enchanté où des [p. 811] amis très fins, précieux poètes, dissertent sur leurs fantai
633s souvenirs ; jusqu’au soir où la douleur nette d’un amour réveillé l’envahit. Et Closain rencontre, dans l’inévitable bar
634ls qui va l’entraîner avec son mauvais cœur, dans une aventure incertaine et douloureuse ; enfin Orpha, sa maîtresse, le fu
635ssion ironique qui lui convient, mais ici mêlée à une émotion plus grave, qui transparaît parfois et nous fait regretter qu
636eur ne se soit pas mieux abandonné à son sujet, d’un pathétique assez neuf. p. 810 z. « Alfred Colling : L’Iroquois
29 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926)
637, La Tentation de l’Occident (décembre 1926) aa Un Chinois écrit d’Europe à un Français qui lui répond de Chine. Nous so
638 (décembre 1926) aa Un Chinois écrit d’Europe à un Français qui lui répond de Chine. Nous sommes loin du ton des Lettres
639 qui lui répond de Chine. Nous sommes loin du ton des Lettres persanes : le Chinois s’étonne non sans quelque aigreur, et c
640étonne non sans quelque aigreur, et critique avec un mépris tranquille ; le Français riposte sans conviction, et sous sa d
641ste sans conviction, et sous sa défense on devine une détresse. C’est encore une vision de l’Occident qui naît de ce petit
642s sa défense on devine une détresse. C’est encore une vision de l’Occident qui naît de ce petit livre si dense, si inquiéta
643e, si inquiétant. Le Chinois voit dans l’Europe « une barbarie attentivement ordonnée, où l’idée de la civilisation et cell
644 passion apparaît dans notre ordre social « comme une adroite fêlure ». Notre morale est entièrement subordonnée à l’action
645tte confrontation, s’évanouit : c’est bien plutôt une unité supérieure de l’esprit humain que nous découvrons, et qui nous
646à quoi, grands dieux ? — nous prenons chaque jour une conscience plus claire de la vanité de nos buts, « capables d’agir ju
647qu’elle risque de ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la destruction et de l’anarchie, exempt de passion,
30 1926, Journal de Genève, articles (1926–1982). Le Dépaysement oriental (16 juillet 1926)
648illet 1926) a Il y a dans le monde intellectuel une « Question d’Orient » dont on ne peut plus méconnaître l’urgence. Des
649ent » dont on ne peut plus méconnaître l’urgence. Des prophètes — hindous à demi-européanisés ou germains désillusionnés —
650« crépuscule du monde occidental », et, au-dessus des ruines prochaines de nos cités mécaniciennes, ils rallument le mirage
651os cités mécaniciennes, ils rallument le mirage d’un Orient paradisiaque d’où nous viendraient une fois de plus la sagesse
652mière. De récentes enquêtes ont dénoncé certaines des confusions sur quoi se fondent ces poétiques espérances ou ces craint
653 de l’Europe, me paraît destiné à lever plusieurs des plus tenaces de ces confusions. M. de Traz a visité l’Égypte, ses hab
654 et son passé, en curieux avide du secret dernier des choses, lucide, avec une sorte d’acharnement, comme seul il sait l’êt
655 avide du secret dernier des choses, lucide, avec une sorte d’acharnement, comme seul il sait l’être aujourd’hui sans que c
656 l’être aujourd’hui sans que cela nuise en rien à un don de sympathie qui est parfois la plus subtile de ses ruses de psyc
657hapitres à la fois si concis et achevés, n’est ni un album de vues pittoresques, ni le journal plus ou moins lyrique auque
658l nous ont habitués les voyageurs en Orient, mais une suite de coups d’œil aigus sur l’âme orientale de l’islam, que nous l
659me orientale de l’islam, que nous l’avons lu avec un intérêt si soutenu et parfois — je pense à certaines pages sur Jérusa
660pages sur Jérusalem qui touchent particulièrement une sensibilité protestante — si passionné. Nul n’est moins oriental que
661tout leur prix. Elles ne nous renseignent pas sur une partie orientale de lui-même, comme c’est si souvent le cas, mais bie
662 meilleurs documents sur l’Orient sont les œuvres des Orientaux. L’intérêt d’un livre comme celui-ci est plus dans l’opposi
663Orient sont les œuvres des Orientaux. L’intérêt d’un livre comme celui-ci est plus dans l’opposition des deux mondes que d
664n livre comme celui-ci est plus dans l’opposition des deux mondes que dans la peinture elle-même de l’Orient. Tandis que s’
665z ne pouvait trouver mieux que lui-même. S’il dit des Égyptiens : « Le mensonge, autant qu’une politesse, leur paraît une b
666S’il dit des Égyptiens : « Le mensonge, autant qu’une politesse, leur paraît une beauté », c’est pour affirmer par contrast
667Le mensonge, autant qu’une politesse, leur paraît une beauté », c’est pour affirmer par contraste une « préférence irréduct
668t une beauté », c’est pour affirmer par contraste une « préférence irréductible pour le vrai ». Ce qui lui permet de voir p
669ge ». « Ils mettent leur âme en veilleuse, dit-il des rêveurs orientaux. De leur immense paresse, jusqu’à leur mysticisme,
670e paresse, jusqu’à leur mysticisme, partout c’est une démission qu’ils désirent. Du difficile oubli de soi-même nous avons
671t. Du difficile oubli de soi-même nous avons fait une vertu. Eux, ils l’ont rendu facile et en ont fait un plaisir. » Et en
672vertu. Eux, ils l’ont rendu facile et en ont fait un plaisir. » Et encore ceci que je trouve si juste : « Ce qui définit l
673e M. de Traz — si tant est qu’on peut conclure en une matière si complexe — sont plutôt optimistes. Il ne paraît pas croire
674sont plutôt optimistes. Il ne paraît pas croire à un péril oriental très pressant, ni surtout que nous ayons à chercher là
675r là-bas notre salut. « La seule leçon à attendre des musulmans, c’est que le spectacle de leur décadence nous enseigne com
676 manque pour parler comme j’aurais voulu le faire des deux autres parties du volume, d’une importance moins actuelle, mais
677ulu le faire des deux autres parties du volume, d’une importance moins actuelle, mais d’une qualité d’art peut-être supérie
678u volume, d’une importance moins actuelle, mais d’une qualité d’art peut-être supérieure. Les méditations sur les ruines de
679les ruines de la Haute-Égypte révèlent en de Traz un philosophe de l’histoire aux vues larges et pourtant réalistes, aux h
680ur édifier aucun système. Le livre se termine par un voyage à Jérusalem : le christianisme n’est-il pas le plus beau don d
681 plus beau don de l’Orient à l’Europe ? Il y a là des pages d’un accent très noble et courageux mêlé, parfois, d’une certai
682on de l’Orient à l’Europe ? Il y a là des pages d’un accent très noble et courageux mêlé, parfois, d’une certaine amertume
683n accent très noble et courageux mêlé, parfois, d’une certaine amertume, où de Traz quitte le ton mesuré qu’il s’impose d’o
684’impose d’ordinaire. Mais j’avoue que m’a parfois un peu gêné cette présence de la mort qu’il fait sentir partout aux lieu
685a personnalité peut-être mieux que ne le feraient une suite de pages lyriques toujours un peu stylisées. Il apparaît, ici,
686 le feraient une suite de pages lyriques toujours un peu stylisées. Il apparaît, ici, comme le type du voyageur intelligen
687 à ses origines pour garder dans ses dépaysements un point de vue fixe, d’où comparer et, parfois, juger ; préférant obsti
688à la légende le vrai, même amer, non par défaut d’un sens artistique dont plusieurs de ses morceaux attestent la délicates
31 1926, Articles divers (1924–1930). Conférence de René Guisan « Sur le Saint » (2 février 1926)
689philosophie, inaugura lundi soir à l’Aula, devant un très nombreux public, la série des conférences que nous promet le gro
690 l’Aula, devant un très nombreux public, la série des conférences que nous promet le groupe neuchâtelois des « Amis de la p
691onférences que nous promet le groupe neuchâtelois des « Amis de la pensée protestante ». M. Guisan avait choisi un sujet qu
692e la pensée protestante ». M. Guisan avait choisi un sujet qui permet de façon particulièrement frappante la comparaison d
693e façon particulièrement frappante la comparaison des points de vue catholique et protestant : la notion de « Saint » et so
694 la notion de « Saint » et son évolution au cours des siècles. Primitivement, le Saint est un homme que Dieu a mis à part p
695au cours des siècles. Primitivement, le Saint est un homme que Dieu a mis à part par grâce pour qu’il serve. Mais très vit
696 Le peuple, encore païen, voit dans la vénération des pèlerins pour les tombes de leurs saints une forme d’adoration de die
697tion des pèlerins pour les tombes de leurs saints une forme d’adoration de dieux protecteurs. Cette croyance se répand, fav
698preuve l’Église d’alors quand il s’agit d’adapter des traditions antiques au dogme en formation. Au Moyen Âge l’évolution s
699s le même sens. On spécialise les « compétences » des saints, ou de leurs reliques qui se multiplient prodigieusement. Alor
700 choses antérieur. Donc l’Église continue à faire des saints, tandis que ce terme n’a plus qu’un sens relatif pour nous pro
701faire des saints, tandis que ce terme n’a plus qu’un sens relatif pour nous protestants. Est-ce là nous juger ? Les cathol
702ère qui s’est sacrifiée aux siens, n’était-ce pas une sainte, comme ce missionnaire et cette diaconesse ? S’il n’y a pas de
703? S’il n’y a pas de saints protestants, il existe des saints dans le protestantisme. Mais il n’est pas de fin aux œuvres de
704nque pour louer comme il conviendrait la clarté d’un exposé solidement documenté, et le scrupule d’historien et de chrétie
705 ses conclusions cette sécurité dont trop souvent un brillant appareil dialectique ne sait produire que l’illusion. C’est
706e du fameux scrupule protestant, qui ne peut être un danger lorsqu’il n’est, comme ici, que la loyauté d’un esprit animé p
707nger lorsqu’il n’est, comme ici, que la loyauté d’un esprit animé par une foi agissante. p. 2 c. « Conférence Guisa
708, comme ici, que la loyauté d’un esprit animé par une foi agissante. p. 2 c. « Conférence Guisan », Suisse libérale,
32 1926, Articles divers (1924–1930). Conférences d’Aubonne (7 avril 1926)
709emps, et non plus à Sainte-Croix, mais à Aubonne. Un plein succès a répondu à cette innovation. Le sujet de la première pa
710 cette innovation. Le sujet de la première partie des conférences, les Objections des intellectuels au Dieu chrétien, fut i
711a première partie des conférences, les Objections des intellectuels au Dieu chrétien, fut introduit par M. Raymond de Sauss
712igieux admettent à côté de l’explication mystique une explication scientifique. C’est donc à la seule volonté de choisir. M
713ant de vigueur dialectique et de largeur d’idées. Une soirée consacrée à la Fédération vint interrompre les discussions phi
714ux travaux. Avec la conférence de M. Jean Cadier, un jeune pasteur français, on descendit — ou l’on monta suivant M. A. Lé
715oderne avec l’action religieuse en s’appuyant sur des expériences faites pendant le réveil de la Drôme, dont il est l’un de
716s pendant le réveil de la Drôme, dont il est l’un des artisans les plus actifs. Pour remplacer un travail promis par M. A.
717l’un des artisans les plus actifs. Pour remplacer un travail promis par M. A. Reymond malheureusement indisposé, M. Pierre
718nd malheureusement indisposé, M. Pierre Maury fit une causerie émouvante sur l’Évolution religieuse de Jacques Rivière, qui
719e de Jacques Rivière, qui se trouva préciser bien des points laissés en suspens dans la première partie de la conférence. P
720lut en montrant la nécessité et les difficultés d’une action missionnaire dans ces milieux, comme M. Terrisse l’avait fait
721s milieux d’ouvriers noirs au Cap. Sans toucher à des questions de partis, avec une passion contenue d’hommes qui ont vu, q
722Cap. Sans toucher à des questions de partis, avec une passion contenue d’hommes qui ont vu, qui ont souffert, et qui ne se
723que nos syndicats. Cercle vicieux, l’augmentation des salaires. Ce que nous voulons, c’est élever l’homme au-dessus de la p
724radante condition, et nous n’y arriverons que par un travail d’éducation lent et souvent dangereux. Vous, étudiants, venez
725l’usage de la parole, puis on va se dégourdir sur un ballon ou bien l’on poursuit hors du village une discussion toujours
726r un ballon ou bien l’on poursuit hors du village une discussion toujours trop courte. Et les repas réunissent tout le mond
727 monde dans la gaieté la plus charmante. On y vit un ouvrier en maillot rouge assis entre un banquier et un philosophe au
728 On y vit un ouvrier en maillot rouge assis entre un banquier et un philosophe au milieu d’une centaine d’étudiants et de
729vrier en maillot rouge assis entre un banquier et un philosophe au milieu d’une centaine d’étudiants et de professeurs sui
730is entre un banquier et un philosophe au milieu d’une centaine d’étudiants et de professeurs suisses et français. Miracle q
731 suisses et français. Miracle qui nous fit croire un instant à la fameuse devise de la Révolution. p. 2 d. « Confér
33 1926, Articles divers (1924–1930). L’Atmosphère d’Aubonne : 22-25 mars 1926 (mai 1926)
7321926 (mai 1926) e Cette conférence s’ouvrit par une bise qu’on peut bien dire du diable et se termina sous le plus beau s
733au soleil de printemps. Libre à qui veut d’y voir un symbole. On ne saurait exagérer l’importance des conditions météorolo
734r un symbole. On ne saurait exagérer l’importance des conditions météorologiques du succès d’une telle rencontre : tout all
735rtance des conditions météorologiques du succès d’une telle rencontre : tout alla froidement jusqu’à ce que la bise tombée
736nse, à Aubonne on se sent prêt à tout lâcher pour une vérité nouvelle, on tient moins à convaincre qu’à se convaincre. Aprè
737oi, qu’ils incarnaient les voix contradictoires d’un débat que tous menaient en eux-mêmes loyalement. Et ce désir d’arrive
738 ses lumineuses conquêtes sur le doute, le modèle des réponses désirées. Tout cela, c’est l’atmosphère de la chapelle où on
739ux et méditations. Dehors, on honore la liberté d’un culte moins platonique : n’est-ce pas Léo qui prétendit qu’on ne peut
740ne peut juger les Associations qu’à leur façon de jouer le volley-ball ? Le Casino offrit pendant quelques nuits la vision ét
741offrit pendant quelques nuits la vision étrange d’une salle où les spectateurs étendus en pyjamas sur des paillasses attend
742e salle où les spectateurs étendus en pyjamas sur des paillasses attendraient en vain le lever d’un rideau sur une pièce in
743ur des paillasses attendraient en vain le lever d’un rideau sur une pièce inexistante. Enfin le dernier soir, l’on vit app
744ses attendraient en vain le lever d’un rideau sur une pièce inexistante. Enfin le dernier soir, l’on vit apparaître un faki
745tante. Enfin le dernier soir, l’on vit apparaître un fakir… Il y eut aussi une assemblée délibérative en pleine forêt, où
746oir, l’on vit apparaître un fakir… Il y eut aussi une assemblée délibérative en pleine forêt, où Henriod debout sur un tron
747libérative en pleine forêt, où Henriod debout sur un tronc coupé n’eut pas trop de toute sa souplesse pour maintenir l’équ
748 de toute sa souplesse pour maintenir l’équilibre des discussions et de sa propre personne. Et il y eut encore un dîner trè
749ions et de sa propre personne. Et il y eut encore un dîner très démocratique pendant lequel le philosophe Abauzit chanta «
750bauzit chanta « les Crapauds » avec âme, appuyé d’une main sur l’épaule de Janson, et de l’autre dessinant dans l’air des p
751ule de Janson, et de l’autre dessinant dans l’air des phrases musicales. Après quoi Richardot, entrant par la fenêtre, vint
34 1926, Articles divers (1924–1930). Confession tendancieuse (mai 1926)
752 Écrire, pas plus que vivre, n’est de nos jours un art d’agrément. Nous sommes devenus si savants sur nous-mêmes, et si
753usés. Nous choisissons les idées comme on choisit un amour dont on est anxieux de prévoir l’influence, avant de s’y jeter,
754ce de soi, peur de subir l’empreinte imprévisible des choses. Amour de soi… Mais moi, qui suis-je ? Par ces trois mots comm
755ici, je tape du pied — ces désirs, ce corps… J’ai un passé à moi, un milieu, des amis, ce tic. Mais encore, tant d’autres
756pied — ces désirs, ce corps… J’ai un passé à moi, un milieu, des amis, ce tic. Mais encore, tant d’autres forces et tant d
757désirs, ce corps… J’ai un passé à moi, un milieu, des amis, ce tic. Mais encore, tant d’autres forces et tant d’autres faib
758utres désirs contradictoires ; au gré du temps, d’un sourire, d’un sommeil, tant de bonheurs ou de dégoûts étranges vienne
759ontradictoires ; au gré du temps, d’un sourire, d’un sommeil, tant de bonheurs ou de dégoûts étranges viennent m’habiter ;
760ndre qu’il n’est que le jeu de sauter follement d’une habitude dans une autre. Il ne me resta qu’une fatigue profonde ; je
761ue le jeu de sauter follement d’une habitude dans une autre. Il ne me resta qu’une fatigue profonde ; je devins si faible e
762 d’une habitude dans une autre. Il ne me resta qu’une fatigue profonde ; je devins si faible et démuni, livré aux regards d
763e devins si faible et démuni, livré aux regards d’une foule absurde, bienveillante, repue, — tous paraissaient détenir un s
764bienveillante, repue, — tous paraissaient détenir un secret très simple, et un peu narquois ils me considéraient avec une
765us paraissaient détenir un secret très simple, et un peu narquois ils me considéraient avec une pitié curieuse : je me sen
766ple, et un peu narquois ils me considéraient avec une pitié curieuse : je me sentis nu, tout le monde devait voir en moi un
767je me sentis nu, tout le monde devait voir en moi une tare que j’étais seul à ignorer, était-ce ma fatigue seulement qui me
768damentale que je préférais me leurrer à combattre des imperfections de détail dont je m’exagérais l’importance. Et c’est ai
769 que je progressais, jusqu’au jour où je m’avouai un trouble que je me refusai pourtant à nommer peur de rire. Cette amert
770plaisirs, cette envie de rire quand il m’arrivait un ennui, cette incapacité à jouir de mes victoires, à pleurer sur mes d
771me temps que je le découvrais, dans tout mon être une force aveugle de violence s’était levée. Ce fut elle qui m’entraîna s
772confiance sourde aux contradictions intimes exige un acte victorieux. Autour de cette brutalité s’organisaient brusquement
773s tant choyé. « Maintenant, m’écriai-je — c’était un des premiers jours du printemps — l’heure est venue de la violence. J
774ant choyé. « Maintenant, m’écriai-je — c’était un des premiers jours du printemps — l’heure est venue de la violence. Jeune
775vie — toute ma joie ! » [p. 146] Ce n’était plus une douleur rare que j’aimais dans ces brutalités, c’était ma liberté agi
776tés, c’était ma liberté agissante. J’allais plier des résistances à mon gré, agir sur les choses… Vers le soir, l’ardeur to
777? dans quel sens ? Provisoirement j’étais sauvé d’un désordre où l’on glisse vers la mort. L’important, c’est de ne pas se
778à la base. J’aurai garde de m’y perdre au début d’une recherche qui n’a que ce but de me rendre mieux apte à vivre pleineme
779eureux : « J’ai donc la foi ? » Mais c’est encore une question… Je crois qu’il ne faut pas attendre immobile dans sa prière
780 ne faut pas attendre immobile dans sa prière, qu’une révélation vienne chercher l’âme qui se sent misérable. Je ne recevra
781r l’âme qui se sent misérable. Je ne recevrai pas une foi, mais peut-être arriverai-je à la vouloir, et c’est le tout. S’il
782verai-je à la vouloir, et c’est le tout. S’il est une révélation, c’est en me rendant plus parfait que je lui préparerai le
783ur cela seul qu’ils sont naturels : la nature est un champ de luttes, de tendances vers la destruction et vers la construc
784rs la destruction et vers la construction ; c’est un mélange à doses égales de mort et de vie. Et c’est à l’intelligence d
785hoisir Mes instincts, ensuite, les éduquer, selon des lois établies par le concours de l’expérience et d’un sentiment de co
786ois établies par le concours de l’expérience et d’un sentiment de convenance en quoi se composent le plaisir et la conscie
787tionnement de l’esprit, puisqu’elle ne permet que des associations suivant les directions de moindre résistance. Mais je ne
788attre mes propres records. De ce lent effort naît une modestie que je m’enorgueillis un peu de connaître ; et de cette volo
789illis un peu de connaître ; et de cette volonté d’un meilleur moi, une certaine méfiance vis-à-vis de ma sincérité. La sin
790onnaître ; et de cette volonté d’un meilleur moi, une certaine méfiance vis-à-vis de ma sincérité. La sincérité m’apparaît
791 sincérité. La sincérité m’apparaît parfois comme un arrêt artificiel dans ma vie, une vue stupide sur mon état qui peut m
792ît parfois comme un arrêt artificiel dans ma vie, une vue stupide sur mon état qui peut m’être dangereuse. (On donne corps
793tat qui peut m’être dangereuse. (On donne corps à une faiblesse en la nommant ; or je ne veux plus de faiblesses 4 .) Et de
794 rendu digne. L’époque nous veut, comme elle veut une conscience. Je fais partie d’un ensemble social et dans la mesure où
795 comme elle veut une conscience. Je fais partie d’un ensemble social et dans la mesure où j’en dépends, je me dois de m’em
796sauvegarde ou à sa transformation. Mais il y faut une doctrine, me dit-on. L’avouerai-je, quand je médite sur une doctrine
797ne, me dit-on. L’avouerai-je, quand je médite sur une doctrine possible, sur une systématisation de mes petites certitudes
798e, quand je médite sur une doctrine possible, sur une systématisation de mes petites certitudes 5 , j’éprouve vite le senti
799tudes 5 , j’éprouve vite le sentiment d’être dans un débat étranger à ce véritable débat de ma vie : comment surmonter [p.
800able débat de ma vie : comment surmonter [p. 148] un malaise sans cesse renaissant, comment m’adapter à l’existence que m’
801 fond de néant, je le comprends par éclairs, mais une secrète espérance m’emporte de nouveau, premier gage du divin… Repren
802dre l’offensive — au soir, je m’amuserai à mettre des étiquettes sur mes actes… Déjà je sens un sourire, — en songeant à ce
803mettre des étiquettes sur mes actes… Déjà je sens un sourire, — en songeant à ces raisonnements que je me tiens — plisser
804ant à ces raisonnements que je me tiens — plisser un peu mes lèvres, et s’affirmer à mesure que je le décris. Mais comme u
805 s’affirmer à mesure que je le décris. Mais comme un écho profond, une attirance aussi d’anciennes folies… Combat, oscilla
806ure que je le décris. Mais comme un écho profond, une attirance aussi d’anciennes folies… Combat, oscillations silencieuses
807mi-conscience. Joie, dégoût, lueurs éteintes dans une nuit froide. Les notes d’un chant qui voudrait s’élever. Puis enfin l
808lueurs éteintes dans une nuit froide. Les notes d’un chant qui voudrait s’élever. Puis enfin la marée de mes désirs. Qu’il
809nent battre ce corps triste, qu’ils l’emportent d’un flot fou ! Revenez, mes joies du large !… Tiens, j’écoute le vent ; j
810iens, j’écoute le vent ; je pense au monde. Chant des horizons, images qui s’éclairent… Je vais écrire autre chose que moi,
811 chose que moi, je vais m’oublier, me perdre dans une vie nouvelle : (Créer, c’est se surpasser). J’entends des phrases qu’
812nouvelle : (Créer, c’est se surpasser). J’entends des phrases qu’il ne faut pas encore comprendre, — tout est si fragile —
35 1926, Articles divers (1924–1930). Les Bestiaires, de Henry de Montherlant (10 juillet 1926)
813e violence et de volupté », je me sens envahi par un rythme impérieux au point qu’il faut que certaines voix en moi taisen
814x en moi taisent leur protestation, étouffées par des forces qui se lèvent. Car telle est la vertu de ce livre, qu’on l’épr
815d trop vivement pour le juger. L’auteur l’appelle un « poème solaire », l’éditeur un roman, parce que ça se vend mieux. Ce
816’auteur l’appelle un « poème solaire », l’éditeur un roman, parce que ça se vend mieux. Ce récit des premiers combats de t
817ur un roman, parce que ça se vend mieux. Ce récit des premiers combats de taureaux du jeune Montherlant est en réalité un n
818s de taureaux du jeune Montherlant est en réalité un nouveau tome de ses mémoires lyriques. Une œuvre d’une seule coulée,
819réalité un nouveau tome de ses mémoires lyriques. Une œuvre d’une seule coulée, presque sans intrigue, sans cette orchestra
820ouveau tome de ses mémoires lyriques. Une œuvre d’une seule coulée, presque sans intrigue, sans cette orchestration de thèm
821e thèmes qui faisait la richesse du Songe, mais d’une ligne plus ferme, d’une unité plus pure aussi. Le sujet était pérille
822richesse du Songe, mais d’une ligne plus ferme, d’une unité plus pure aussi. Le sujet était périlleux : si particulier, il
823et était périlleux : si particulier, il prêtait à des abus de pittoresque, de couleur locale, de détails techniques ou de f
824on le traite de naturaliste. Mais comment montrer des taureaux sans que cela sente un peu l’étable ? L’étonnant, c’est de v
825 comment montrer des taureaux sans que cela sente un peu l’étable ? L’étonnant, c’est de voir à quel point Montherlant res
826 peut atteindre à pareille intensité de réalisme. Une perpétuelle palpitation de vie anime ce livre et lui donne un rythme
827le palpitation de vie anime ce livre et lui donne un rythme tel qu’il s’accorde d’emblée avec ce qu’il y a de plus bondiss
828irecte sur notre énergie physique. Partout rôdent des présences animales. Tandis que sur la plaine s’élève le long beugleme
829ndis que sur la plaine s’élève le long beuglement des taureaux et le ohéohéohé des bouviers « comme un chant mystérieux ent
830e le long beuglement des taureaux et le ohéohéohé des bouviers « comme un chant mystérieux entendu au-dessus de la mer », i
831des taureaux et le ohéohéohé des bouviers « comme un chant mystérieux entendu au-dessus de la mer », il y a toujours dans
832tendu au-dessus de la mer », il y a toujours dans un coin du tableau des ruades, des chevaux qui partent tout droit, la tê
833la mer », il y a toujours dans un coin du tableau des ruades, des chevaux qui partent tout droit, la tête dressée, des vach
834 y a toujours dans un coin du tableau des ruades, des chevaux qui partent tout droit, la tête dressée, des vachettes qui se
835 chevaux qui partent tout droit, la tête dressée, des vachettes qui se mordillent et se frôlent amoureusement, des chiens «
836es qui se mordillent et se frôlent amoureusement, des chiens « qui vous faufilent des douceurs au bas des jambes », jusqu’à
837nt amoureusement, des chiens « qui vous faufilent des douceurs au bas des jambes », jusqu’à ces chats qui griffent et lèche
838s chiens « qui vous faufilent des douceurs au bas des jambes », jusqu’à ces chats qui griffent et lèchent alternativement,
839nt alternativement, « en vraies bêtes de désir ». Une intelligence si profonde de la vie animale suppose entre l’homme et l
840e la vie animale suppose entre l’homme et la bête une sympathie que Montherlant note à plusieurs reprises. C’est « par la d
841 les taureaux cet amour tourne en adoration ou en une véritable horreur sacrée. Voici Alban devant une bête qu’il devra com
842 une véritable horreur sacrée. Voici Alban devant une bête qu’il devra combattre le lendemain : « Salaud, cochon, saligaud
843aligaud ! » Il l’apostrophait ainsi tout bas, sur un ton révérenciel, et comme on déroule une litanie. Sous les grands cil
844 bas, sur un ton révérenciel, et comme on déroule une litanie. Sous les grands cils brillants, lustrés par la lumière desce
845cendante, les prunelles laiteuses du dieu avaient un reflet bleu clair, soudain inquiètes à l’approche de l’inconnu. Null
846nconnu. Nulle part mieux que dans la description des taureaux ne se manifeste ce passage du réalisme le plus hardi à un ly
847 manifeste ce passage du réalisme le plus hardi à un lyrisme plein de simple grandeur. Voici la mort du taureau dit « le M
848sa destinée. Quelques secondes encore elle cligna des yeux et on vit sa respiration. Puis ses pattes se tendirent peu à peu
849on. Puis ses pattes se tendirent peu à peu, comme un corps qu’on gonflerait à la pompe, tandis que dans cet agrandissement
850ent les articulations grinçaient, avec le bruit d’un câble de navire qu’on serre sur un treuil. Elle arriva avec emphase à
851vec le bruit d’un câble de navire qu’on serre sur un treuil. Elle arriva avec emphase à la cime de son spasme, comme l’hom
852erlant décolle de la réalité, c’est tout de suite une orgie d’évocations antiques, de rapprochements superstitieux, de gran
853, de grands symboles païens, et l’on se perd dans un syncrétisme effarant, où Mithra, Jésus, les taureaux et Alban confond
854es taureaux et Alban confondent leurs génies dans une sorte de cauchemar de soleil et de sang. On peut penser ce qu’on veut
855eut de ce paganisme exalté, tout ivre de la fumée des sacrifices sanglants. Pour ma part, je le trouve assez peu humain et
856je le trouve assez peu humain et comme obsédé par une idée de violence tonique certes, mais décidément un peu pauvre pour f
857 idée de violence tonique certes, mais décidément un peu pauvre pour fonder une religion. Mais ce n’est peut-être qu’un rê
858certes, mais décidément un peu pauvre pour fonder une religion. Mais ce n’est peut-être qu’un rêve de poète. Il y a un autr
859r fonder une religion. Mais ce n’est peut-être qu’un rêve de poète. Il y a un autre Montherlant, plutôt stoïcien, celui-là
860is ce n’est peut-être qu’un rêve de poète. Il y a un autre Montherlant, plutôt stoïcien, celui-là. Et c’est un moraliste d
861 Montherlant, plutôt stoïcien, celui-là. Et c’est un moraliste de grande race, qui peut nous mener à des hauteurs où devie
862n moraliste de grande race, qui peut nous mener à des hauteurs où devient naturel ce cri de sagesse orgueilleuse : « Qu’avo
863e sagesse orgueilleuse : « Qu’avons-nous besoin d’un autre amour que celui que nous donnons ? » ⁂ Il est impossible de ne
864 est impossible de ne voir dans les Bestiaires qu’une évocation de l’Espagne et du génie taurin. Ce qui perce à chaque page
865ue page, ce qui peu à peu obsède dans l’inflexion des phrases, ce qui s’élève en fin de compte de tous ces tableaux de viol
866ux de violence et de passion, c’est la présence d’un tempérament. À l’inverse de tant d’autres qui s’analysent sans fin, a
867nt sans fin, avant que d’être, Montherlant impose un tempérament lyrique d’une puissance contagieuse. Il y a là de quoi fa
868être, Montherlant impose un tempérament lyrique d’une puissance contagieuse. Il y a là de quoi faire oublier des défauts qu
869ance contagieuse. Il y a là de quoi faire oublier des défauts qui tueraient tout autre que lui. Certes, il ne soulève direc
870 que lui. Certes, il ne soulève directement aucun des grands problèmes de l’heure. La violence même qui sourd dans son être
871rd dans son être intime l’en empêche, le préserve des états d’incertitude douloureux, où ces problèmes viennent se poser à
872 le chant fini, il n’y pense plus. On comprend qu’une telle attitude agace des gens qui se soucient avant tout de trouver d
873nse plus. On comprend qu’une telle attitude agace des gens qui se soucient avant tout de trouver des réponses de l’intellig
874ce des gens qui se soucient avant tout de trouver des réponses de l’intelligence ou de la foi aux inquiétudes profondes de
875». Mais cette personnalité dont il manifeste avec une magnifique insolence les forces créatrices, ne vaut-elle pas d’être é
876n témoignage pour notre exaltation ? Comme la vue des athlètes en action, un tel livre communique une puissance physique, u
877exaltation ? Comme la vue des athlètes en action, un tel livre communique une puissance physique, un mouvement vers la vie
878e des athlètes en action, un tel livre communique une puissance physique, un mouvement vers la vie ardente qui peut entraîn
879, un tel livre communique une puissance physique, un mouvement vers la vie ardente qui peut entraîner l’âme dans un élan d
880vers la vie ardente qui peut entraîner l’âme dans un élan de grandeur. N’est-ce point une solution aussi ? Plutôt que d’ou
881er l’âme dans un élan de grandeur. N’est-ce point une solution aussi ? Plutôt que d’oublier de vivre à force d’y vouloir tr
882ue d’oublier de vivre à force d’y vouloir trouver un sens, ne vaudrait-il pas autant s’abandonner parfois à ces forces obs
883ligence de l’instinct universel et nous élèvent à une vie plus âpre et violemment contractée, par la grâce de l’éternel Dés
36 1926, Articles divers (1924–1930). Soir de Florence (13 novembre 1926)
884 [p. 547] Soir de Florence (13 novembre 1926) h Des cris mouraient vers les berges du fleuve jaune, entre les deux façade
885 derrière, elle devient plus secrète. Vers l’est, des collines fluides et roses. De l’autre [p. 548] côté, c’est le vide, o
886 trop vaste et nu, les voitures revenaient au pas des Cascine. Vers sept heures, il n’y en eut presque plus. Nous étions se
887euls sur le pavé qui exhalait sa chaleur, au long des quais sans bancs pour notre lassitude. Florence s’éloignait derrière
888romenade désertée. Sur les eaux, comme immobiles, des nuages rouges et le vert dur des berges : un malaise montait dans l’a
889comme immobiles, des nuages rouges et le vert dur des berges : un malaise montait dans l’air plus frais, avec l’odeur du li
890es, des nuages rouges et le vert dur des berges : un malaise montait dans l’air plus frais, avec l’odeur du limon. Nous ma
891nt du fleuve, parmi les dissonances mélancoliques des lumières et des odeurs, espérant entrer là-bas dans je ne sais quelle
892rmi les dissonances mélancoliques des lumières et des odeurs, espérant entrer là-bas dans je ne sais quelle harmonie plus r
893s où nous étions baignés nous promettait pourtant une connaissance plus intime de certaine tristesse. Seule une maison blan
894aissance plus intime de certaine tristesse. Seule une maison blanche est arrêtée tout près de l’eau. Mais ce n’est pas d’el
895hanson jamais entendue qui nous accompagne depuis un moment sur le chemin de l’autre rive. Il y a un homme debout à l’avan
896s un moment sur le chemin de l’autre rive. Il y a un homme debout à l’avant d’un char tiré par des bœufs blancs. Comme une
897 l’autre rive. Il y a un homme debout à l’avant d’un char tiré par des bœufs blancs. Comme une apparition. (Tu parlais de
898 y a un homme debout à l’avant d’un char tiré par des bœufs blancs. Comme une apparition. (Tu parlais de chromos, de romant
899’avant d’un char tiré par des bœufs blancs. Comme une apparition. (Tu parlais de chromos, de romantisme… nous voici dans un
900arlais de chromos, de romantisme… nous voici dans une réalité bien plus étrange.) Une atmosphère de triste volupté emplit n
901… nous voici dans une réalité bien plus étrange.) Une atmosphère de triste volupté emplit notre monde à ce chant. L’odeur d
902bœufs blancs, les roues peintes du char, l’Italie des poètes… Mais ce pays tout entier pâmé dans une beauté que saluent tan
903ie des poètes… Mais ce pays tout entier pâmé dans une beauté que saluent tant de souvenirs n’a d’autre nom que celui de l’i
904 Vivre ainsi simplement. Sans pensée, perdus dans un soir de n’importe où, un soir de la Nature… L’homme chante une plaint
905Sans pensée, perdus dans un soir de n’importe où, un soir de la Nature… L’homme chante une plainte inouïe de pureté. Deux
906’importe où, un soir de la Nature… L’homme chante une plainte inouïe de pureté. Deux phrases rapides ondulent dans l’air lo
907sir en nous de comprendre ce lamento. Le ciel est un silence qui s’impose à nos pensées. Ici la vie n’a presque plus de se
908 musiques sourdes. Penser serait sacrilège, comme une barre droite au travers d’un tableau. Nos yeux ont regardé longtemps
909it sacrilège, comme une barre droite au travers d’un tableau. Nos yeux ont regardé longtemps — où va l’âme durant ces minu
910ide, parfums à peine sensibles, bruissement vague des roseaux aux feuilles sèches… Puis la brume est venue comme une envie
911ux feuilles sèches… Puis la brume est venue comme une envie de sommeil. Une lampe dans la maison blanche nous a révélé proc
912is la brume est venue comme une envie de sommeil. Une lampe dans la maison blanche nous a révélé proche la nuit. Nous nous
913ières sur les champs sombres du ciel de l’est, et une façade parfaite répond encore au couchant. San Miniato sur sa colline
914ine. Derrière nous, les arbres se brouillent dans une buée sans couleurs, nous quittons un mystère à jamais impénétrable po
915illent dans une buée sans couleurs, nous quittons un mystère à jamais impénétrable pour l’homme, nous fuyons ces bords où
916pour l’homme, nous fuyons ces bords où conspirent des ombres informes et des harmonies troubles de parfums et de courbes co
917ns ces bords où conspirent des ombres informes et des harmonies troubles de parfums et de courbes compliquées. Nous secouon
918 parfums et de courbes compliquées. Nous secouons un sortilège pénétrant comme cette brume, une vie étrangère, une paix qu
919ecouons un sortilège pénétrant comme cette brume, une vie étrangère, une paix qui n’est pas humaine, et qui nous laisse gou
920e pénétrant comme cette brume, une vie étrangère, une paix qui n’est pas humaine, et qui nous laisse gourds et faibles, car
921entir l’esprit se défaire et couler sans fin vers un sommeil à l’odeur fade de fleuve, un sommeil de plante vaguement heur
922ans fin vers un sommeil à l’odeur fade de fleuve, un sommeil de plante vaguement heureuse d’être pliée au vent qui ne parl
923 à nos sens, fatigués de l’esprit qui les exerce, des voluptés plus faciles — pour infuser dans nos corps charmés d’un repo
924s faciles — pour infuser dans nos corps charmés d’un repos sans rêves une langueur dont on ne voudrait plus guérir… Mais n
925user dans nos corps charmés d’un repos sans rêves une langueur dont on ne voudrait plus guérir… Mais nous voyons la ville d
926debout dans ses lumières. Architectures ! langage des dieux, ô joies pour notre joie mesurées, courbes qu’épousent nos ferv
927açade élevée lumineuse sur le ciel fut le signe d’un équilibre retrouvé. Un grand pont de fer, près de nous, érigeait l’im
928sur le ciel fut le signe d’un équilibre retrouvé. Un grand pont de fer, près de nous, érigeait l’image de la lutte et des
929er, près de nous, érigeait l’image de la lutte et des forces humaines, et rendait sous des coups un son qui nous évoqua les
930 la lutte et des forces humaines, et rendait sous des coups un son qui nous évoqua les rumeurs de villes d’usines. Il y ava
931et des forces humaines, et rendait sous des coups un son qui nous évoqua les rumeurs de villes d’usines. Il y avait la vie
932les rumeurs de villes d’usines. Il y avait la vie des hommes pour demain, et il était beau d’y songer un peu avant de nous
933s hommes pour demain, et il était beau d’y songer un peu avant de nous abandonner à l’oubli luxueux des rues. Le long de l
934un peu avant de nous abandonner à l’oubli luxueux des rues. Le long de l’Arno, les façades sont jaunes et roses près de l’e
935 formes devinées dans l’espace nous environnent d’une obscure confiance. Livrons-nous aux jeux des hommes-qui-font-des-gest
936nt d’une obscure confiance. Livrons-nous aux jeux des hommes-qui-font-des-gestes. Les autos répètent sans fin les notes mêl
937s. Les autos répètent sans fin les notes mêlées d’une symphonie qui va peut-être composer tous les bruits de la ville en un
938peut-être composer tous les bruits de la ville en un chant immense. Il passe une possibilité de bonheur par personne et le
939 bruits de la ville en un chant immense. Il passe une possibilité de bonheur par personne et les devantures ne cherchent qu
940t qu’à vous plaire. Chaque ruelle croisée propose un mystère qu’on oublie pour celui des regards étrangers. Et voici la pl
941roisée propose un mystère qu’on oublie pour celui des regards étrangers. Et voici la place régulière, les galeries, les caf
942 qui pleure délicieusement jusque dans les gestes des passantes. Sous cette agitation aimable et monotone nous allons voir
943e et monotone nous allons voir courir l’arabesque des sentiments et le mouvement perpétuel de l’amour. Plaisir de se sentir
944tuel de l’amour. Plaisir de se sentir engagé dans un système d’ondes de forces qui tisse la nuit vibrante, intérêts, polit
945tiques, regards, musiques — cette vie rapide dans un décor qui est le rêve éternisé des plus voluptueuses intelligences —
946vie rapide dans un décor qui est le rêve éternisé des plus voluptueuses intelligences — tous les tableaux dans le noir des
947es intelligences — tous les tableaux dans le noir des musées ! — et si tu veux soudain le son grave de l’infini, pour être
37 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Avant-propos (décembre 1926)
948 [p. 3] Avant-propos (décembre 1926) a Une mauvaise humeur qui flotte dans l’air nous proposerait de débuter par
949 nous affirmer ou à refuser de nous affirmer avec une netteté qui a pu paraître parfois quelque peu impertinente. Le fait e
950ment encore à nous comprendre et de nous accorder une confiance sans laquelle nous ne saurions aller, et qui, nous [p. 4] v
951ndons pas qu’on prenne toutes nos obscurités pour des profondeurs. Et nous n’allons pas procéder à quelque sensationnelle r
952ns pas procéder à quelque sensationnelle révision des valeurs. Nous savons bien que nous ne faisons que passer, après tant
953ses…   Nous ne proposerons pas, lecteur bénévole, un exercice mensuel à votre faculté d’indulgence. Par contre, nous nous
954use en publiant cette revue. Nous ne sommes pas « une revue littéraire de plus » ; nous ne voulons pas être « l’expression
955 plus qu’on puisse dire, c’est que vous le saurez un peu mieux quand vous aurez lu nos huit numéros. Il faut que notre rev
956fleurs disparates, aux tiges divergentes, mais qu’un ruban rouge et vert lie par la grâce d’une volonté sans doute divine…
957mais qu’un ruban rouge et vert lie par la grâce d’une volonté sans doute divine… p. 3 a. « Avant-propos », Revue de Be
38 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Paradoxe de la sincérité (décembre 1926)
958e de la sincérité (décembre 1926) b Nous voyons un mythe prendre corps parmi les ruines de ce temps. Il fallait bien tir
959e ce temps. Il fallait bien tirer quelque vertu d’une anarchie dont on ne veut pas avouer qu’elle est plus nécessaire — pro
960de courage moral, nous avons élevé à la hauteur d’une vertu première — et qui légitime tous les dénis de morale à quoi nous
961e moins avouables, — la sincérité, masque fier et un peu douloureux des défaitismes les plus subtils comme des plus pures
962 — la sincérité, masque fier et un peu douloureux des défaitismes les plus subtils comme des plus pures et loyales inquiétu
963douloureux des défaitismes les plus subtils comme des plus pures et loyales inquiétudes. Sincérité, le mal du siècle. Tout
964oisir, volonté de tout conserver en soi ? Ou bien une attitude en quelque sorte scientifique, à la fois curieuse et désinté
965bé pour n’y plus rien comprendre. ⁂ Qu’on imagine un personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit autour de lui
966e, il faudrait pouvoir sauter hors de soi. Seule, une méthode d’observation et de déduction passablement sèche pourrait nou
967te opération idéale. En même temps, la froideur d’une telle méthode atténuerait dans une certaine mesure — parce que nécess
968aire — ce qu’il y a de déplaisant dans l’effort d’un esprit pour se dégager de confusions aussi perfides et si profondémen
969 calculés », écrit Gide. D’où l’on peut tirer par une sorte de passage à la limite que les faits justifient : sincérité = s
970 sincérité spontanée, vertu moderne en qui renaît un mythe rousseauiste, inspire, explique un vaste domaine de la littérat
971i renaît un mythe rousseauiste, inspire, explique un vaste domaine de la littérature contemporaine. Cette sorte-là de sinc
972fait est que ce geste symbolique a déclenché tout un mouvement littéraire, celui-là même qui aboutit naguère au surréalism
973 incongru du héros n’est jamais que le résultat d’un mécanisme inconscient, aussi révélateur du personnage que ses actions
974concertées. Rien n’est gratuit que relativement à un système restreint de références. [p. 16] Il résulte de semblables co
975té. D’autre part, on veut donner à l’acte gratuit une valeur morale en disant qu’il révèle ce qu’il y a de plus secret dans
976 a de plus secret dans la personnalité. Ce serait un moyen de connaissance plus intégrale de soi. Mais pour être moins pit
977ion réfléchie, aussi peu gratuite que possible, d’un Julien Sorel, est-elle moins révélatrice du fond de l’âme humaine ? Q
978on rôle en se bornant à nous donner de nous-mêmes une connaissance plus intense et plus émouvante ; mais la morale, plutôt
979r exemple. — Je m’assieds à mon bureau, je prends une feuille blanche, je vais écrire ce que je trouve en moi (sentiments,
980tions, obscurités, etc.). Supposons que j’éprouve un désir d’action vive, un élan vers certain but précis. [p. 17] Ou bie
981. Supposons que j’éprouve un désir d’action vive, un élan vers certain but précis. [p. 17] Ou bien j’aurais juste le temp
982s. Ce n’est plus l’élan pur que je décris : c’est un élan freiné dans mon esprit, c’est le frein lui-même, bientôt — par u
983on esprit, c’est le frein lui-même, bientôt — par un mouvement normal de l’attention — et fatalement c’est à la découverte
984attention — et fatalement c’est à la découverte d’une faiblesse que j’aboutis : ce quelque chose qui m’a retenu d’accomplir
985oint : à quoi en suis-je, qui suis-je ? Je revois des actes accomplis, je revis plus ou moins fortement des sentiments que
986actes accomplis, je revis plus ou moins fortement des sentiments que je crois avoir éprouvés à tel moment de mon passé. Par
987finies (telle sensation physique de bonheur, dans une rue au coucher du soleil, des phares d’automobiles étoilent le brouil
988ue de bonheur, dans une rue au coucher du soleil, des phares d’automobiles étoilent le brouillard, les visages se cachent d
989oilent le brouillard, les visages se cachent dans des fourrures, personne ne sait la richesse de ta vie…). J’écris ces chos
990hesse de ta vie…). J’écris ces choses. Puis, dans un ancien carnet de notes, je retrouve un être si différent. Les gestes
991Puis, dans un ancien carnet de notes, je retrouve un être si différent. Les gestes et les sentiments qui se proposaient à
992 où je me penchais sur mon passé. Ou, pour user d’une image plus précise, cette minute est baignée d’une lueur de tristesse
993ne image plus précise, cette minute est baignée d’une lueur de tristesse ou de sérénité qui métamorphose le paysage du pass
994e quelque chose, c’est bien le second. La qualité des souvenirs qu’il me livre me renseigne assez exactement, non sur mon p
995a méthode indiquée dans le premier exemple. C’est un cas limite, j’en conviens. Pourtant, n’est-ce pas le schéma de tout u
996onviens. Pourtant, n’est-ce pas le schéma de tout un genre littéraire moderne, cette espèce de confession romancée dont le
997 ces livres évoquent assez précisément la forme d’un entonnoir. La vie serait le liquide tourbillonnant à l’intérieur. Un
998e serait le liquide tourbillonnant à l’intérieur. Un arrêt (l’auteur se met à se regarder vivre, le personnage à douter du
999 et les forces centripètes l’emportent peu à peu, une aspiration vers le bas produit une agitation accélérée et folle, puis
1000ent peu à peu, une aspiration vers le bas produit une agitation accélérée et folle, puis tout finit dans un râle, brusqueme
1001gitation accélérée et folle, puis tout finit dans un râle, brusquement c’est le vide. Centre de soi, l’aspiration du néant
1002évocation de mes désirs anciens ne me restitue qu’un dégoût. J’ai cru que je pourrais me regarder sans rien toucher en moi
1003s à la destruction de moi-même. Par les fissures, un instant, j’ai pu soupçonner des profondeurs; mais déjà c’est le chaos
1004 Par les fissures, un instant, j’ai pu soupçonner des profondeurs; mais déjà c’est le chaos. Mon corps et moi, le livre si
1005purement (« cette curiosité donnée comme raison d’une perpétuelle attente »), — ce que l’auteur découvre c’est ce « merveil
1006dentes). Rivière définissait la sincérité comme « un perpétuel effort pour créer son âme telle qu’elle est ». Il voyait da
1007st ». Il voyait dans cet effort sur soi le gage d’un enrichissement, d’une consolidation de l’individu mais avant tout un
1008cet effort sur soi le gage d’un enrichissement, d’une consolidation de l’individu mais avant tout un moyen de se connaître.
1009d’une consolidation de l’individu mais avant tout un moyen de se connaître. Cependant, n’est-ce pas lui-même qui ajoutait
1010gée comme moyen de connaissance, le cas extrême d’un Crevel nous montre assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en
1011 penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des limites assez étroites empiriquement fournies par le sens de son inté
1012ement fournies par le sens de son intérêt propre, une analyse sincère ne puisse faire découvrir quelques richesses et ne se
1013ficace. Mais les bénéfices sont maigres en regard des dangers que la sincérité du noli me tangere fait courir, tant dans le
1014 c’est se porter à l’extrême pointe de soi, et, d’un élan, se dépasser ; c’est créer une différence. Pourquoi les romancie
1015 de soi, et, d’un élan, se dépasser ; c’est créer une différence. Pourquoi les romanciers modernes ont-ils tant de mal à cr
1016s romanciers modernes ont-ils tant de mal à créer des personnages ? C’est parce qu’une sorte de sincérité les retient d’imp
1017t de mal à créer des personnages ? C’est parce qu’une sorte de sincérité les retient d’imposer aux héros ce rythme volontai
1018imposer aux héros ce rythme volontaire par lequel un Balzac les fait vivre. Ce serait fausser quelque chose à leurs yeux.
1019serait fausser quelque chose à leurs yeux. Le cas des Faux-Monnayeurs le montre clairement. En morale : défaitisme quand il
1020uand il s’agit de gestes qui pourraient entraîner des effets imprévisibles, « réalisme » décourageant, et, bientôt, incapac
1021acité d’agir efficacement. (Il faut, pour sauter, une confiance dans l’élan qui échappe à toute analyse préalable et sans q
1022 de constater. F. Raub. La sincérité obstinée d’un Rivière n’a plus rien de spontané. En quoi est-ce encore de la sincér
1023lier la vérité qu’on désirait qu’ils cachent pour un moment. « L’art est un mensonge, mais un bon artiste n’est pas menteu
1024sirait qu’ils cachent pour un moment. « L’art est un mensonge, mais un bon artiste n’est pas menteur », dit Max Jacob. « Ê
1025ent pour un moment. « L’art est un mensonge, mais un bon artiste n’est pas menteur », dit Max Jacob. « Être sincère, c’est
1026foi ; c’est la volonté de sincérité, c’est-à-dire une sincérité tournée au vice, invertie, qui retient de l’oser. [p. 22]
1027eux. Au hasard de quelques lectures, je pris note des passages suivants (les paraphraser serait d’une ingratitude insigne —
1028e des passages suivants (les paraphraser serait d’une ingratitude insigne — ils marquent au reste fort bien les jalons de c
1029ême à son propre regard. Ainsi la valeur morale d’un homme équivalait-elle à l’illusion qu’il était capable d’entretenir s
1030r lui-même. (Marcel Jouhandeau.) Ce qu’on appelle une œuvre sincère est celle qui est douée d’assez de force pour donner de
1031r donner de la réalité à l’illusion. (Max Jacob.) Un rôle ? Oui. Mais si le personnage est maintenu jusqu’à la mort, il se
1032ne pour la première fois que certains, peut-être, jouent leur vie. Rien ne paraît plus sinistre à la sincérité presque pure de
1033 le faut dépasser.)   Si j’en crois l’intensité d’un sentiment intime, ce moi idéal que j’appelle en chaque minute de ma j
1034aque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une analyse désolée s’imaginait retenir. Dès lors, ce n’est pas lâcher la
1035isie consolante et libératrice. Mais tu m’offrais un visage un peu crispé, signe d’une ironie secrète et pour moi douloure
1036lante et libératrice. Mais tu m’offrais un visage un peu crispé, signe d’une ironie secrète et pour moi douloureuse encore
1037ais tu m’offrais un visage un peu crispé, signe d’une ironie secrète et pour moi douloureuse encore. Pitoyable, trop visibl
1038t, tu prêtais bien quelques voiles à mon dégoût d’un moi que la vie me montrait si désespérément vrai, tyrannique, insuffi
1039désespérément vrai, tyrannique, insuffisant. Mais un pli de ta lèvre, un peu sceptique, quand mon esprit partait dans le r
1040tyrannique, insuffisant. Mais un pli de ta lèvre, un peu sceptique, quand mon esprit partait dans le rêve d’un idéal de fo
1041ceptique, quand mon esprit partait dans le rêve d’un idéal de fortune, idole naïve de ma jeune angoisse… Je t’ai mieux aim
1042se… Je t’ai mieux aimée; d’autres soirs, alors qu’une [p. 24] symphonie de joies émanait de toute la vie : chaque chose pro
1043 émanait de toute la vie : chaque chose proposait une ferveur nouvelle, et chaque être un plus prenant sourire. Cependant q
1044se proposait une ferveur nouvelle, et chaque être un plus prenant sourire. Cependant que ma joie — un état de grâce, un am
1045 un plus prenant sourire. Cependant que ma joie — un état de grâce, un amour — ne pouvait se satisfaire de telle possessio
1046ourire. Cependant que ma joie — un état de grâce, un amour — ne pouvait se satisfaire de telle possession particulière, ne
1047 que momentanément je choisissais de laisser — et des baisers à tous les vents — qu’il eût été loisible d’attribuer comme o
1048igurants de mon bonheur que je me conciliais pour des retours possibles. C’est ainsi que fidèle à soi-même au plus profond
1049me au plus profond de l’être, on entretient comme une arrière-pensée sagace et obstinée l’assurance d’une continuité entre
1050e arrière-pensée sagace et obstinée l’assurance d’une continuité entre ses actions et ses désirs, un quant-à-soi qui ne gên
1051d’une continuité entre ses actions et ses désirs, un quant-à-soi qui ne gêne aucun geste, mais incline discrètement les dé
1052iscrètement les décisions et les rend complices d’un dessein logique, peut-être lointain, en quoi consiste l’unité la plus
1053 ! Voir l’heure à la pendule pendant l’étreinte d’un adieu et calculer rapidement le retour à une fidélité plus profonde.
1054nte d’un adieu et calculer rapidement le retour à une fidélité plus profonde. Fidélité à sa loi individuelle, quelles merve
1055s merveilleuses duperies cela suppose. Mais c’est une honnêteté peut-être plus réelle que l’autre. Et l’on conçoit que ce c
1056ant et secret assujettissement au moi idéal exige une politique des sentiments plus subtile et, je pense, moins vulgaire qu
1057assujettissement au moi idéal exige une politique des sentiments plus subtile et, je pense, moins vulgaire que cette agilit
1058 et séduction dans les salons. [p. 25] Constater une faiblesse, c’est toujours un peu en prendre son parti. La sincérité c
1059 [p. 25] Constater une faiblesse, c’est toujours un peu en prendre son parti. La sincérité crée en nous un fait accompli.
1060u en prendre son parti. La sincérité crée en nous un fait accompli. J’appelle hypocrisie envers soi-même une volonté — si
1061it accompli. J’appelle hypocrisie envers soi-même une volonté — si profonde qu’elle n’a pas besoin de s’expliciter pour êtr
1062ne veux plus souffrir. (Car il n’est peut-être qu’une espèce de souffrance véritablement insupportable, c’est celle qu’on t
1063e qu’on tire de soi-même.) Hypocrisie, ce sourire des sphinx ; hypocrisie, masque ambigu d’une liberté plus précieuse que t
1064 sourire des sphinx ; hypocrisie, masque ambigu d’une liberté plus précieuse que toute certitude… Ô vérité, ma vérité, non
39 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927)
1065 qu’on me les oppose. Ce ne sont pas les termes d’un traité de paix. Entre moi et vous, c’est la guerre. » Voilà pour les
1066nthousiasmer il leur réserve mieux encore : après une kyrielle d’injures qui ne font pas honneur à l’imagination d’autres f
1067 paraphrasent ce que je dis ». Il y a chez Aragon une folie de la persécution, qui se cherche partout des prétextes, et une
1068e folie de la persécution, qui se cherche partout des prétextes, et une passion farouche pour la liberté, qui font de cet o
1069écution, qui se cherche partout des prétextes, et une passion farouche pour la liberté, qui font de cet ombrageux personnag
1070 la liberté, qui font de cet ombrageux personnage une manière de Rousseau surréaliste. Devant cette ostentation de révolte,
1071e. Il le proclame « J’appartiens à la grande race des torrents ». Génie inégal s’il en fut, voici parmi trop de talents int
1072en fut, voici parmi trop de talents intéressants, un écrivain qui s’impose avec des qualités et des défauts pareillement é
1073lents intéressants, un écrivain qui s’impose avec des qualités et des défauts pareillement énormes. Il faut remonter loin d
1074ts, un écrivain qui s’impose avec des qualités et des défauts pareillement énormes. Il faut remonter loin dans notre littér
1075ous les records de l’image, ce qui nous vaut avec des bizarreries fatigantes et quelques sombres délires, des pages d’un ly
1076zarreries fatigantes et quelques sombres délires, des pages d’un lyrisme inouï. Que Louis Aragon ne se croie pas tenu de ju
1077tigantes et quelques sombres délires, des pages d’un lyrisme inouï. Que Louis Aragon ne se croie pas tenu de justifier ses
1078 pas tenu de justifier ses visions par le moyen d’une métaphysique aussi prétentieuse qu’incertaine. Son affaire, c’est l’a
1079ir vaste et profond comme l’époque. « Voulez-vous des douleurs, la mort ou des chansons ? » On a l’hallucination du décor d
1080 l’époque. « Voulez-vous des douleurs, la mort ou des chansons ? » On a l’hallucination du décor des capitales, créatrice d
1081ou des chansons ? » On a l’hallucination du décor des capitales, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une vérita
1082hallucination du décor des capitales, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une véritable « mythologie moderne »
1083, créatrice d’un merveilleux de chaque instant, d’une véritable « mythologie moderne ». Le Paysan de Paris est une suite de
1084le « mythologie moderne ». Le Paysan de Paris est une suite de promenades dont la composition n’est pas sans rappeler celle
1085dont la composition n’est pas sans rappeler celle des Nuits d’Octobre de Nerval ; forme qui permet à l’auteur de divaguer d
1086passant par la description réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le mei
1087ption réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur livre de l’aute
1088 imaginée d’une boîte de nuit, d’une devanture, d’un parc public. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur d’Anicet. C’e
1089vre de l’auteur d’Anicet. C’est pourtant [p. 124] un des plus significatifs du romantisme nouveau. J’ai nommé Rousseau, Ne
1090 de l’auteur d’Anicet. C’est pourtant [p. 124] un des plus significatifs du romantisme nouveau. J’ai nommé Rousseau, Nerval
1091. J’ai nommé Rousseau, Nerval Musset : mais voyez un Rousseau sans tendresse, un Nerval sans pudeur, un Musset ivre non pl
1092l Musset : mais voyez un Rousseau sans tendresse, un Nerval sans pudeur, un Musset ivre non plus de vin de France, mais d’
1093n Rousseau sans tendresse, un Nerval sans pudeur, un Musset ivre non plus de vin de France, mais d’alcools pleins de démon
40 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Barbey, La Maladère (février 1927)
1094e, la décristallisation progressive et réciproque des conjoints. » On sait que Beyle appelait cristallisation une fièvre d’
1095nts. » On sait que Beyle appelait cristallisation une fièvre d’imagination qui orne de beautés illusoires l’objet de l’amou
1096 de la Maladère pour se déprendre de leurs rêves. Un malentendu grandit entre eux dans leur isolement, inexplicable et mal
1097solement, inexplicable et mal avoué. L’on songe à une fatalité intérieure qui les ferait se meurtrir l’un l’autre. Pourtant
1098un l’autre. Pourtant, jusqu’au bout, il semble qu’un mot, un geste décisif, ou certaine amitié de la saison suffirait à di
1099re. Pourtant, jusqu’au bout, il semble qu’un mot, un geste décisif, ou certaine amitié de la saison suffirait à dissiper l
1100? son manque d’amour ? Pour Jacques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un défaitisme sentimental qui l’empêtre de r
1101acques, il souffre d’une incurable adolescence, d’un défaitisme sentimental qui l’empêtre de réticences, et le fait jouer
1102ntimental qui l’empêtre de réticences, et le fait jouer bien maladroitement son rôle d’homme… « Captif de sa propre jeunesse.
1103omme… « Captif de sa propre jeunesse. » C’est ici un autre sujet du roman, qui se mêle étroitement au premier… Mais combie
1104entions du récit et de les exprimer seulement par un geste, une nuance du paysage, une image qu’on garde comme un pressent
1105 récit et de les exprimer seulement par un geste, une nuance du paysage, une image qu’on garde comme un pressentiment. Ce n
1106er seulement par un geste, une nuance du paysage, une image qu’on garde comme un pressentiment. Ce n’est qu’à force de disc
1107ne nuance du paysage, une image qu’on garde comme un pressentiment. Ce n’est qu’à force de discrétion dans les moyens qu’i
1108ce de discrétion dans les moyens qu’il parvient à une certaine puissance de l’effet, aux dernières pages. Il règne dans la
1109t, aux dernières pages. Il règne dans la Maladère une étrange harmonie entre le climat des sentiments et celui des campagne
1110 la Maladère une étrange harmonie entre le climat des sentiments et celui des campagnes désolées où ils se développent. Pay
1111 harmonie entre le climat des sentiments et celui des campagnes désolées où ils se développent. Paysages tristes et sans vi
1112t d’autant plus cruelle qu’elle est contenue sous des dehors trop polis. Une fois fermé le livre de Barbey, on oublie la ju
1113a justesse de son analyse pour n’évoquer plus que des visions où se condense le sentiment du récit. Dans le Cœur gros, c’ét
1114le sentiment du récit. Dans le Cœur gros, c’était un parc avant l’orage, le rose sombre d’une joue brûlante et fraîche dan
1115, c’était un parc avant l’orage, le rose sombre d’une joue brûlante et fraîche dans le vent. Et dans la Maladère, un arbre
1116était un parc avant l’orage, le rose sombre d’une joue brûlante et fraîche dans le vent. Et dans la Maladère, un arbre coupé
1117nte et fraîche dans le vent. Et dans la Maladère, un arbre coupé découvrant le manoir perdu, des fumées sur un paysage d’h
1118adère, un arbre coupé découvrant le manoir perdu, des fumées sur un paysage d’hiver et soudain sous la lueur d’un incendie,
1119 coupé découvrant le manoir perdu, des fumées sur un paysage d’hiver et soudain sous la lueur d’un incendie, deux visages
1120sur un paysage d’hiver et soudain sous la lueur d’un incendie, deux visages tordus de passion. Cette fin est admirable, do
1121 brutalité si longtemps désirée délivre Jacques d’un passé obsédant, d’une jeunesse trop complaisante à son tourment. p
1122ps désirée délivre Jacques d’un passé obsédant, d’une jeunesse trop complaisante à son tourment. p. 256 ac. « Bernard
41 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Montclar (février 1927)
1123sement passionné de leur vie, ou l’aveu déguisé d’une insatisfaction qu’elle leur laisse. Montclar est l’auteur de vers de
1124ands qui, fréquente sont ae , pour notre plaisir, un peu plus viennois que naturel s’il parle de choses d’art comme on fai
1125ut pas nous tromper là-dessus. Il se connaît avec une sorte de froideur que l’on dirait désintéressée si elle n’avait pour
1126rogrès moral. C’est ainsi qu’il consent, non sans une imperceptible satisfaction, l’aveu d’une fondamentale indifférence du
1127non sans une imperceptible satisfaction, l’aveu d’une fondamentale indifférence du cœur qui contraste avec une vie voluptue
1128damentale indifférence du cœur qui contraste avec une vie voluptueuse et assez désordonnée. Pourtant, entre Montclar et Ame
1129désordonnée. Pourtant, entre Montclar et Ameline, un amour se noue, qui commence où souvent l’on finit. Et peut-être l’amo
1130ites blessures. Ce n’est pas le moins troublant d’une telle vie, cette sagesse un peu sombre qui s’en dégage, sagesse qui v
1131le moins troublant d’une telle vie, cette sagesse un peu sombre qui s’en dégage, sagesse qui veut « que nous appelions les
1132ar elle sait « qu’entre les êtres, le bonheur est un lien sans durée. Seule la souffrance ou de secrètes anomalies ont un
1133 Seule la souffrance ou de secrètes anomalies ont un pouvoir d’éternité. » Il est juste, ce me semble, d’insister sur ce q
1134sur ce qui forme dans le récit de cette vie comme une arrière-pensée inquiète et un peu hautaine. Que la composition de cet
1135de cette vie comme une arrière-pensée inquiète et un peu hautaine. Que la composition de cette réminiscence soit assez fac
1136t, qu’elle ne laisse point oublier que ce livre d’une résonance si humaine, est mieux que charmant, — douloureux et désinvo
42 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927)
1137927) af M. Edmond Jaloux offre l’exemple rare d’un homme que son évolution naturelle a rapproché, dans sa maturité, des
1138volution naturelle a rapproché, dans sa maturité, des jeunes générations, en sorte que l’espèce de romantisme à la Nerval a
1139tisme à la Nerval auquel il aboutit coïncide avec un mouvement dont lui-même s’est plu à relever les indices chez ses jeun
1140ent nos jeunes poètes cosmopolites, mais il garde une certaine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en sait long…
1141rde une certaine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu mage pour por
1142 homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu mage pour porter tant de richesses avec cette mélancolique grâce.
1143ux sont taillés comme ceux de Giraudoux, j’y vois un signe charmant d’amitié de l’aîné au plus jeune, lequel envoie l’un d
1144ges pour remercier ; (pouvait-il mieux trouver qu’un René Dubardeau pour cette ambassade). Parfois l’on se demande si l’Au
1145ncontré M. Paul Morand, mais elle a dû le trouver un peu froid, n’aura pas été tentée de lui faire ces confidences qu’elle
1146 Jérôme Parseval, journaliste parisien, rencontre une femme qui incarne aussitôt à ses yeux tout ce qu’il attend de l’amour
1147sitôt à ses yeux tout ce qu’il attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra jamais. Il aime encore sa
1148 tout ce qu’il attend de l’amour. Une confidence, un baiser, et il ne la reverra jamais. Il aime encore sa femme, « mais c
1149is. Il aime encore sa femme, « mais comme on aime une petite maison de province quand on a failli hériter de Chenonceaux ».
1150ène Rezzovitch s’idéalise et gagne la puissance d’une merveilleuse obsession. II lui écrit de longues lettres, [p. 388] san
1151tre aimé. Enfin, divorcé, seul, il la revoit dans une vision prestigieuse et désolée… M. Jaloux a trouvé là un sujet qui co
1152on prestigieuse et désolée… M. Jaloux a trouvé là un sujet qui convient admirablement à son art, où s’unissent aujourd’hui
1153dmirablement à son art, où s’unissent aujourd’hui un réalisme discret mais précis et le sens de ce qu’il y a en nous d’ess
1154sions à nous-mêmes inavoués, rêves éveillés. Tout un système de valeurs lyriques et sentimentales que la raison ignore ou
1155e à ce devoir sacré ». M. Jaloux évite le péril d’un réalisme trop amer et celui du roman lyrique, par l’équilibre qu’il m
1156ieux que quiconque aujourd’hui faire éclater dans un cadre très moderne où s’agitent des personnages spirituellement dessi
1157e éclater dans un cadre très moderne où s’agitent des personnages spirituellement dessinés un de ces drames tout intérieurs
1158’agitent des personnages spirituellement dessinés un de ces drames tout intérieurs dont il dit : « Personne ne peut juger
1159il dit : « Personne ne peut juger du drame qui se joue entre deux êtres, personne, pas même eux ». Dans ce roman, comme dans
1160même eux ». Dans ce roman, comme dans l’Âge d’or, un désenchantement profond prend le masque d’une aimable mélancolie. C’e
1161’or, un désenchantement profond prend le masque d’une aimable mélancolie. C’est la sourde tristesse des choses qui vous éch
1162une aimable mélancolie. C’est la sourde tristesse des choses qui vous échappent, des amours impossibles, des histoires dont
1163a sourde tristesse des choses qui vous échappent, des amours impossibles, des histoires dont on ne sait pas la fin ni le se
1164hoses qui vous échappent, des amours impossibles, des histoires dont on ne sait pas la fin ni le sens véritable, mais seule
1165, lettres perdues, aveux incompris, et peut-être, un quiproquo de destinées… Le tragique du peut-être ; (comme dans l’une
1166ées… Le tragique du peut-être ; (comme dans l’une des dernières phrases de Sylvie : « Là était le bonheur, peut-être… »). M
1167irituel, fantaisiste — (cette touche pour peindre un personnage épisodique : « Il confondait la rose et la pivoine, l’oran
1168 la rose et la pivoine, l’orange et l’ananas… »). Une telle œuvre, dense, sans obscurité, riche et décantée, profonde et dé
43 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927)
1169es que son intelligence très nuancée maintient en une sorte d’instable équilibre, les tendances que ses contemporains ont p
1170admirant Maurras sans l’aimer ; saluant en Valéry une réussite unique mais presque inhumaine ; secrètement attiré par les t
1171 par les thèses extrémistes mais non dépourvues d’une sombre grandeur, des surréalistes, et en même temps par cette solutio
1172mistes mais non dépourvues d’une sombre grandeur, des surréalistes, et en même temps par cette solution universelle, la foi
1173la misère de l’époque — et qu’il avoue préférer à une certitude trop vite atteinte, où sa jeunesse ne verrait qu’une abdica
1174 trop vite atteinte, où sa jeunesse ne verrait qu’une abdication. Il décrit la « génération nouvelle » avec une intelligent
1175cation. Il décrit la « génération nouvelle » avec une intelligente sympathie et un sens rare des directions générales. « Ha
1176ion nouvelle » avec une intelligente sympathie et un sens rare des directions générales. « Hamlétisme », pouvoir aigu d’an
1177» avec une intelligente sympathie et un sens rare des directions générales. « Hamlétisme », pouvoir aigu d’analyse qui cond
1178f de tout et pourtant mépris de tout, procédant d’un goût de l’absolu à la fois mystique et anarchique : ce sont bien les
1179 négligé le rôle extérieur, que je crois décisif, des conditions de la vie moderne.) Après avoir défini quelques « position
1180nt que de Dieu : la Foi ». Acculée à la rigueur d’un choix presque impossible, notre incertitude paraît sans remède. Mais,
1181el Rops n’a-t-il pas cédé à la tentation de créer des dilemmes irréductibles, suprême et inconsciente ruse d’un inquiet qui
1182mes irréductibles, suprême et inconsciente ruse d’un inquiet qui veut le rester ? Ces deux solutions peuvent se résumer en
1183i. Dès lors sont-elles vraiment les deux termes d’un dilemme, l’une n’étant que le chemin qui mène à l’autre ? Car la foi
44 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Lecache, Jacob (mai 1927)
1184689] Bernard Lecache, Jacob (mai 1927) ah Voici un livre dur et sans grâces, qui ne manque pas d’une beauté assez brutal
1185 un livre dur et sans grâces, qui ne manque pas d’une beauté assez brutale, pour nous choquer et s’imposer pourtant. M. Lec
1186urtant. M. Lecache présente le problème juif avec une obstination à ne rien cacher qui le mène profond. Une famille juive d
1187obstination à ne rien cacher qui le mène profond. Une famille juive dans le Marais. Le père est un tailleur, biblique, aust
1188nd. Une famille juive dans le Marais. Le père est un tailleur, biblique, austère et probe, qui n’a d’ambition que pour ses
1189oresque dans la description du milieu juif, prend une âpre rapidité avec l’ascension de Jacob et ses luttes. On pardonne bo
45 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, La Mort difficile (mai 1927)
1190difficile (mai 1927) ai Le jeu de tout dire est une des plus tragiques inventions de l’inquiétude actuelle. Sous couleur
1191icile (mai 1927) ai Le jeu de tout dire est une des plus tragiques inventions de l’inquiétude actuelle. Sous couleur de d
1192rnement angoissé qu’on y apporte, l’on en vient à une conception de la sincérité qui me paraît proprement inhumaine. Tout d
1193humaine. Tout dire, vraiment ? C’est l’exigence d’une détresse cachée ; elle fait bientôt considérer toute joie comme illus
1194ncérité ne serait-elle à son tour que le masque d’un goût du malheur ? Le sujet profond de ce roman, où l’on voit comment
1195st pas encore détaché de la matière pour en tirer une œuvre d’art. La sincérité audacieuse mais sans bravade qui donne à ce
1196tes et d’expressions toutes faites qui trahissent une écriture hâtive. Mais il y a dans l’œuvre de René Crevel un sens de l
1197e hâtive. Mais il y a dans l’œuvre de René Crevel un sens de la douleur et un sérieux humain qui forcent la sympathie.
1198s l’œuvre de René Crevel un sens de la douleur et un sérieux humain qui forcent la sympathie. p. 690 ai. « René Creve
46 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927)
1199e plus séduisant, le plus dangereusement gracieux des noctambules. Rêves éveillés, entre deux gorgées d’un élixir dont il v
1200noctambules. Rêves éveillés, entre deux gorgées d’un élixir dont il voudrait bien nous faire croire que le diable [p. 694]
1201nt au bord des verres, se posent sur les cordes d’une lyre dont ils font grésiller l’accord, une patte en l’air, becquètent
1202rdes d’une lyre dont ils font grésiller l’accord, une patte en l’air, becquètent le cœur d’une femme qui va les étrangler d
1203’accord, une patte en l’air, becquètent le cœur d’une femme qui va les étrangler doucement. Ces vers sont de jolies flèches
1204 bien français » ; et le mot sang n’évoque ici qu’une tache de couleur, plus sentimental que cruel. « J’ai la beauté facile
1205la beauté facile et c’est heureux. » Il y a aussi un certain tragique, mais au filet si acéré qu’on ne sent presque pas sa
47 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927)
1206’une autant qu’à l’autre, Drieu s’examine. Encore un ? Non, enfin un. Tous les autres y ont apporté de secrètes complaisan
1207 l’autre, Drieu s’examine. Encore un ? Non, enfin un. Tous les autres y ont apporté de secrètes complaisances, ou une arri
1208utres y ont apporté de secrètes complaisances, ou une arrière-pensée d’apologie, ou même simplement un besoin d’être aimés
1209une arrière-pensée d’apologie, ou même simplement un besoin d’être aimés qui faussaient leurs voix pour les rendre plus to
1210ndre plus touchantes. Celui-ci bat sa coulpe avec une saine rudesse. « Il s’examine jusqu’au ventre de sa mère et cognoit q
1211alvin). Le tableau n’est pas beau, mais on y sent une « patte » qui révèle encore dans le fond quelque chose de solide, d’a
1212 autre chose que les « éclats de l’impuissance ». Un plus délicat eut compris que certains des morceaux très divers qui co
1213sance ». Un plus délicat eut compris que certains des morceaux très divers qui composent ce livre sont bien mauvais, à côté
1214eut encore s’en tirer, du moins l’avoue-t-il avec une franchise qui la rend sympathique. Et puis, tout de même, on est bien
1215 de rencontrer chez les jeunes écrivains français un homme qui ait à ce point le sens de l’époque, une vision si claire et
1216 un homme qui ait à ce point le sens de l’époque, une vision si claire et si tragique de la civilisation d’Occident. Les qu
1217ns capitales posées ailleurs depuis longtemps par des maîtres comme Keyserling, Ferrero, commencent à être prises au sérieu
1218littérature sur la vie, mais d’avoir su en garder une passion pour la pureté, un « jusqu’au boutisine » qui seul peut redon
1219 d’avoir su en garder une passion pour la pureté, un « jusqu’au boutisine » qui seul peut redonner quelque vitalité à notr
1220otre civilisation, — et je sais bien que c’est là un des signes de sa décadence. Il y a du chirurgien chez ce soldat deven
1221e civilisation, — et je sais bien que c’est là un des signes de sa décadence. Il y a du chirurgien chez ce soldat devenu « 
1222rtain, brutal : mais faisons-lui confiance, voici un homme d’aujourd’hui, presque sans pose, et décidé à mépriser le bluff
48 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927)
1223 [p. 114] Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927) am Quand vous avez fermé ce petit livre, vous
1224it livre, vous partez en chantonnant le titre sur un air sentimental, bien décidé au fond, à retrouver Patsy, l’Irlandaise
1225ympathique Paterne. Sous le fallacieux prétexte d’une flânerie de saison, vous vous attardez aux terrasses des cafés. Peut-
1226nerie de saison, vous vous attardez aux terrasses des cafés. Peut-être va-t-elle revenir avec son Johannes laqué. Ah ! comm
1227Ah ! comme vous sauriez lui plaire, maintenant qu’une si triomphante tendresse vous possède ! Justement, voici Pierre Girar
1228s sérieux. Il sourit. Vous ajoutez que le lyrisme des noms géographiques vous fatigue ; que c’est une vraie manie de nommer
1229e des noms géographiques vous fatigue ; que c’est une vraie manie de nommer à tout propos d’Annunzio, Pola Negri, Charly Cl
1230sants ». Pierre Girard n’écoute plus : il pense à des Vénézuéliennes ou à Gérard de Nerval. Bientôt vous vous calmez. Car i
1231d’hui que ce globe dans son voyage « est arrivé à un endroit de l’éther où il y a du bonheur ». Vous reconnaissez que Pier
1232onheur ». Vous reconnaissez que Pierre Girard est un peu responsable de cette douceur de vivre. Déjà vous ne niez plus sa
1233ôlerie, son aisance. Vous accordez que s’il force un peu la dose de fantaisie, c’est plutôt par excès de facilité que par
1234ter. Bien plus, vous découvrez dans ses fantoches une malicieuse et fine psychologie. Mais à ce mot, son visage s’assombrit
1235sychologie. Mais à ce mot, son visage s’assombrit un peu. « Tous nos ennuis nous seraient épargnés si nous ne regardions q
1236ent épargnés si nous ne regardions que les jambes des femmes » dit-il, pour vous apprendre ! — sans se douter que rien ne s
1237s lu ce livre ? Ah ! sans hésiter, je vous ferais un devoir de ce plaisir. Un devoir !… Car hélas, l’on n’est pas impunéme
1238 hésiter, je vous ferais un devoir de ce plaisir. Un devoir !… Car hélas, l’on n’est pas impunément concitoyen de cet oncl
1239out cela est sans importance, car voici « l’heure des petits arbres pourpres, l’heure où dans les bibliothèques désertes gl
1240l’heure où dans les bibliothèques désertes glisse un grand souffle oblique plein de fraîcheur et de pardon. » p. 114
49 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927)
1241s que la forme : ce sont de lentes réminiscences, des évocations intérieures, — et dans l’abandon de leurs méandres, peu à
1242dres, peu à peu, se précisent les circonstances d’une aventure ancienne. Entre hier et demain : Une femme « encore jeune »
1243 d’une aventure ancienne. Entre hier et demain : Une femme « encore jeune » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’u
1244demain : Une femme « encore jeune » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un homme
1245ne » se souvient d’un danseur de ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un homme médite à côté du corps de son a
1246ses vingt ans, d’une aventure qui aurait pu être… Un homme médite à côté du corps de son ami suicidé pour une femme qu’ils
1247me médite à côté du corps de son ami suicidé pour une femme qu’ils ont aimé tous deux (L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le ré
1248s deux (L’Amie du Mort.) Ou bien c’est le récit d’un été de vacances, quand les premières inquiétudes du désir viennent tr
1249ler de ravissantes amours d’adolescents. Et c’est Un vieil été. Cette nouvelle, très supérieure aux deux autres, est une r
1250te nouvelle, très supérieure aux deux autres, est une réussite rare par la justesse de l’observation autant que par la symp
1251e l’auteur pour ses héros. Indulgence et regrets, un ton qui permet le tact dans la hardiesse. On reste ravi de tant d’adr
1252a hardiesse. On reste ravi de tant d’adresse sous un air de facilité qui serait presque de la nonchalance. M. Vaudoyer res
1253audoyer ressuscite ces adolescences [p. 245] avec une tendre minutie, avec une sorte d’amoureuse application du souvenir, d
1254olescences [p. 245] avec une tendre minutie, avec une sorte d’amoureuse application du souvenir, d’une séduction certaine.
1255 une sorte d’amoureuse application du souvenir, d’une séduction certaine. C’est un art de détails ; mais si délicat et d’un
1256tion du souvenir, d’une séduction certaine. C’est un art de détails ; mais si délicat et d’une si subtile convenance avec
1257e. C’est un art de détails ; mais si délicat et d’une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvrerie n
1258il en saisit sans mièvrerie ni vulgarité la grâce un peu trouble et l’insidieuse mélancolie. Un détail piqué adroitement,
1259 grâce un peu trouble et l’insidieuse mélancolie. Un détail piqué adroitement, papillon dont frémissent encore les ailes i
1260« cette vague poésie involontaire, intermittente, un peu émiettée, éventée, que je trouve dans une ancienne réalité ressus
1261nte, un peu émiettée, éventée, que je trouve dans une ancienne réalité ressuscitée… » Sachons gré à M. Vaudoyer d’avoir su
1262é à M. Vaudoyer d’avoir su donner à ces œuvrettes une si exquise humanité : par lui le « charme » reprend quelques droits.
50 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Rainer Maria Rilke (décembre 1927)
1263er l’excellent petit livre d’Edmond Jaloux. C’est un recueil de divers articles et essais, dont certains — le Message de R
1264, de ce Jaloux qui sait parler mieux que personne des poètes scandinaves et des romantiques allemands parce qu’il partage a
1265rler mieux que personne des poètes scandinaves et des romantiques allemands parce qu’il partage avec eux ce goût du rêve pr
1266ui a rencontré plusieurs fois Rilke, trace de lui un portrait qu’on dirait, en peinture, très « interprété ». Non pas une
1267dirait, en peinture, très « interprété ». Non pas une photographie morale, mais une sorte de synthèse de l’homme et de l’ho
1268terprété ». Non pas une photographie morale, mais une sorte de synthèse de l’homme et de l’homme dans son œuvre, qui est pe
1269ilkienne que ne fut Rilke. Rilke y apparaît comme une de ces âmes mystiques et raffinées telles qu’on en découvre chez cert
1270 en découvre chez certaines femmes et l’on y voit une préciosité sentimentale qui touche à la névrose ou bien simplement un
1271entale qui touche à la névrose ou bien simplement une clairvoyance exceptionnelle, suivant que l’on juge au nom d’une scien
1272ce exceptionnelle, suivant que l’on juge au nom d’une science ou au nom de l’esprit. « Pour moi qui aime plus que tout la p
1273ompris que cet univers dont je rêvais n’était pas un objet de songe mais d’expérience ». Mais une telle « expérience », je
1274t pas un objet de songe mais d’expérience ». Mais une telle « expérience », je crois, ne peut être sensible qu’à des êtres
1275xpérience », je crois, ne peut être sensible qu’à des êtres pour qui elle est en somme inutile : parce qu’ils possèdent déj
1276dent déjà, au moins [p. 788] obscurément, le sens des réalités sur lesquelles s’opère l’expérience. On ne prouve la religio
1277s — qui n’ont plus besoin de preuves. Il reste qu’un livre comme celui-ci tend un merveilleux piège sentimental à la raiso
1278preuves. Il reste qu’un livre comme celui-ci tend un merveilleux piège sentimental à la raison raisonnante. Et qu’il nous
1279ental à la raison raisonnante. Et qu’il nous mène un peu plus loin que la sempiternelle « stratégie littéraire », de gazet
51 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Bopp, Interférences (décembre 1927)
128091] Léon Bopp, Interférences (décembre 1927) ap Un jeune auteur raconte dans une lettre à une amie comment il a écrit, s
1281(décembre 1927) ap Un jeune auteur raconte dans une lettre à une amie comment il a écrit, sur commande, une Promenade dan
12827) ap Un jeune auteur raconte dans une lettre à une amie comment il a écrit, sur commande, une Promenade dans le Midi. Ré
1283ttre à une amie comment il a écrit, sur commande, une Promenade dans le Midi. Récit alerte et familier (un brin pédant et u
1284Promenade dans le Midi. Récit alerte et familier (un brin pédant et un brin vulgaire par endroits, mais pour rire), des di
1285Midi. Récit alerte et familier (un brin pédant et un brin vulgaire par endroits, mais pour rire), des difficultés, hésitat
1286t un brin vulgaire par endroits, mais pour rire), des difficultés, hésitations, paresses, rêves, réactions physiques, etc.,
1287êves, réactions physiques, etc., qui accompagnent une création littéraire. Bien sûr, c’est cela, le malaise d’écrire. Bopp
1288verve, et pas embarrassé du tout pour vous lâcher un beau pavé mathématique au milieu d’une effusion « lyrique », histoire
1289vous lâcher un beau pavé mathématique au milieu d’une effusion « lyrique », histoire de n’avoir pas l’air dupe. Mais il a d
1290 », histoire de n’avoir pas l’air dupe. Mais il a des façons parfois bien désobligeantes de voir juste. Et quand son bonhom
1291littéraire. La « Promenade » du héros de Bopp est une sorte de pensum. Cela rend peut-être moins convaincantes certaines de
1292aucoup sont excellentes et leur facilité même est une réussite. Léon Bopp, c’est le combat d’un tempérament avec l’esprit d
1293me est une réussite. Léon Bopp, c’est le combat d’un tempérament avec l’esprit de géométrie. Un scientisme assez insolent
1294mbat d’un tempérament avec l’esprit de géométrie. Un scientisme assez insolent et les joyeuses révoltes de sa verve « inte
1295aussi (presque imperceptible, mais ici décisive), une secrète complaisance à se regarder vivre qui est bien d’aujourd’hui —
52 1927, Articles divers (1924–1930). Conférence d’Edmond Esmonin sur « La révocation de l’Édit de Nantes » (16 février 1927)
1296 Le sujet que M. Esmonin, professeur à la Faculté des lettres de Grenoble, traita mardi soir à la Grande salle des Conféren
1297 de Grenoble, traita mardi soir à la Grande salle des Conférences, devant un très bel auditoire, est un des plus passionnan
1298di soir à la Grande salle des Conférences, devant un très bel auditoire, est un des plus passionnants et des plus controve
1299es Conférences, devant un très bel auditoire, est un des plus passionnants et des plus controversés de l’histoire. L’un de
1300Conférences, devant un très bel auditoire, est un des plus passionnants et des plus controversés de l’histoire. L’un de ceu
1301ès bel auditoire, est un des plus passionnants et des plus controversés de l’histoire. L’un de ceux, aussi, où il est le pl
1302 causes et les effets vérifiables, et non d’après un système préconçu. (Cette attitude est plus rare qu’on ne le croit, de
1303n même temps de quitter le pays, Louis XIV commit un des actes les plus vexatoires que l’histoire ait enregistrés. Après a
1304ême temps de quitter le pays, Louis XIV commit un des actes les plus vexatoires que l’histoire ait enregistrés. Après avoir
1305 que l’histoire ait enregistrés. Après avoir fait un tableau de la France de l’Édit, victorieuse dans la guerre de Trente
1306re ; puis ce sont les conseillers intimes du roi, un jésuite, le Père Lachaise, un archevêque libertin, Harlay de Champval
1307ers intimes du roi, un jésuite, le Père Lachaise, un archevêque libertin, Harlay de Champvallon, et surtout Madame de Main
1308el, persuadent Louis XIV que la Révocation serait une œuvre digne du Roy Soleil et capable de lui faire pardonner les erreu
1309e pardonner les erreurs de sa jeunesse. Le roi, « un niais en matière religieuse » au dire de sa belle-sœur, la princesse
1310 les statistiques faussées peuvent faire croire à une très forte diminution du nombre des protestants. Aussi ne s’effraye-t
1311aire croire à une très forte diminution du nombre des protestants. Aussi ne s’effraye-t-on pas trop, au début, de l’émigrat
1312’effraye-t-on pas trop, au début, de l’émigration des fidèles qui suivent leurs pasteurs proscrits. On espère bien converti
1313. Mais bientôt l’on voit la France se dépeupler ; des industries sont presque anéanties ; les conséquences funestes de l’ac
1314sion d’Augsbourg) et surtout morales : car malgré des félicitations arrachées par Louis XIV au pape, les catholiques sont l
1315à louer la Révocation. L’un d’eux s’indigne, dans une lettre à Louvois, de ce que « les dragons ont été les meilleurs prédi
1316aux dragonnades. M. Esmonin s’abstient d’en faire un tableau qu’il suppose présent à l’esprit de ses auditeurs. Il termine
1317orel, selon qui la date du 16 octobre 1685 marque une déviation dans l’histoire de la France. Déviation telle, en effet, qu
1318IV l’exposé si dénué de parti pris, si libre et d’une si élégante science du sympathique professeur de Grenoble. p. 8
53 1927, Articles divers (1924–1930). Jeunes artistes neuchâtelois (avril 1927)
1319elle fut au siècle passé ? Allons-nous assister à un regroupement de ses forces créatrices ? La question est peut-être pré
1320elle se pose me paraît indiquer que l’un au moins des deux éléments nécessaires à ce regroupement existe : il y a de jeunes
1321ingulier. Nos artistes, en effet, n’ignorent rien des courants les plus modernes, et sont bien situés pour n’en prendre que
1322 mesure. Ainsi risquent de s’établir autour d’eux des mœurs un peu bourgeoises dont je ne vais pas faire le procès, mais qu
1323insi risquent de s’établir autour d’eux des mœurs un peu bourgeoises dont je ne vais pas faire le procès, mais qui expliqu
1324procès, mais qui expliquent, me semble-t-il, pour une part, la dispersion des efforts artistiques. Tout ce monde d’amateurs
1325ent, me semble-t-il, pour une part, la dispersion des efforts artistiques. Tout ce monde d’amateurs de découvertes, de snob
1326rdinales, et qui forme ailleurs le premier public des jeunes artistes, n’existant pas ici, le peintre se trouve placé d’emb
1327s s’en vont à Paris, ou bien ils se retirent dans une solitude plus effective, quitte à nous revenir munis du passeport ind
1328à nous revenir munis du passeport indispensable d’une consécration étrangère. Un jour en effet l’on apprend que tel tableau
1329eport indispensable d’une consécration étrangère. Un jour en effet l’on apprend que tel tableau de jeune est « coté » chez
1330pprend que tel tableau de jeune est « coté » chez un gros marchand. Aussitôt, les feuilles locales retentissent de touchan
1331es retentissent de touchants échos : « C’est avec un légitime orgueil que notre petit pays accueillera cette consécration
1332llera cette consécration bien méritée du talent d’un de ses enfants… » Car le fils prodigue, s’il rentre au foyer dans une
1333» Car le fils prodigue, s’il rentre au foyer dans une Rolls-Royce et fortune faite, tout le monde s’accorde à dire qu’on n’
1334orde à dire qu’on n’attendait pas moins du fils d’un tel père. « Voilà le train du monde… » Je ne pense pas qu’il en faill
1335u monde… » Je ne pense pas qu’il en faille gémir. Une certaine résistance est nécessaire pour que la force se développe. N’
1336ns, auxquels pourtant nos circonstances confèrent une actualité toujours vive. D’ailleurs, sachons le reconnaître, il y a m
1337à l’histoire comme la peinture à la photographie. Une œuvre d’art est un merveilleux foyer de contagion contre lequel je ne
1338a peinture à la photographie. Une œuvre d’art est un merveilleux foyer de contagion contre lequel je ne saurais me prémuni
1339 de ces appareils à jugements garantis qui posent un critique d’art diplômé. Premier péché contre l’histoire : au seuil d’
1340ômé. Premier péché contre l’histoire : au seuil d’un article consacré aux jeunes artistes neuchâtelois, je vous présente C
1341stes neuchâtelois, je vous présente Conrad Meili, un Zurichois qui nous arriva de Genève il y a de cela cinq ou six ans. I
1342il y a de cela cinq ou six ans. Il peignait alors des natures mortes, de petits paysages, il dessinait des nus aux crayons
1343 natures mortes, de petits paysages, il dessinait des nus aux crayons de fard. C’était un peu plus Blanchet que Barraud, pl
1344il dessinait des nus aux crayons de fard. C’était un peu plus Blanchet que Barraud, plus Picasso que Matisse ; mais il y a
1345sso que Matisse ; mais il y avait encore du flou, des courbes complaisantes. Meili est devenu [p. 124] plus net, plus cruel
1346illes, aux cactus qui ornaient les fenêtres, dans une chambre peinte en bleu vif et ornée de surprenants batiks, il s’est l
1347 batiks, il s’est livré pendant quelques années à des recherches un peu théoriques et abstraites. De cette époque datent de
1348st livré pendant quelques années à des recherches un peu théoriques et abstraites. De cette époque datent des toiles comme
1349 théoriques et abstraites. De cette époque datent des toiles comme le Souvenir de l’Évêché. Décors et personnages semblent
1350nir de l’Évêché. Décors et personnages semblent d’une matière idéale. Tout est lisse et parfait. Trop parfait seulement. Il
1351ces espaces définis par quelques plans ne tue pas un certain mystère. Cette cour sans issue, cette tulipe bizarre, cette t
1352ombien l’épuration rigoriste de sa technique sert une vision aigüe de la vie. La série de gravures sur bois colorées qu’il
1353ures sur bois colorées qu’il intitule la Cité est un petit chef-d’œuvre de réalisme stylisé. C’est d’un art très volontair
1354n petit chef-d’œuvre de réalisme stylisé. C’est d’un art très volontaire, qui connaît ses ressources et sait en user avec
1355 la conférer à tout ce qu’il touche, qu’il décore une bannière, fabrique une poupée, compose une affiche ou une mosaïque, c
1356qu’il touche, qu’il décore une bannière, fabrique une poupée, compose une affiche ou une mosaïque, c’est elle qui permettra
1357décore une bannière, fabrique une poupée, compose une affiche ou une mosaïque, c’est elle qui permettra de reconnaître une
1358ière, fabrique une poupée, compose une affiche ou une mosaïque, c’est elle qui permettra de reconnaître une de ses œuvres.
1359mosaïque, c’est elle qui permettra de reconnaître une de ses œuvres. Et aussi ce brin de comique un peu bizarre qu’il gliss
1360re une de ses œuvres. Et aussi ce brin de comique un peu bizarre qu’il glisse si souvent là où on l’attend le moins. Conra
1361l’attend le moins. Conrad Meili apporte chez nous une inspiration neuve, d’origine germanique, mais qui a choisi de s’astre
1362use rigueur latine, et qui tout en s’épurant dans des formes claires a su les renouveler. Il nous apporte aussi cet élément
1363i manque trop souvent au Neuchâtelois. S’il casse des vitres, ce n’est pas seulement pour le plaisir, mais plutôt par amour
1364 autres sont soulagés. Et ne fût-ce qu’en prenant une initiative comme celle de Neuchâtel 1927 7 il aura bien mérité sa p
1365elois. Actuellement, Meili achève la décoration d’une salle d’hôtel en collaboration avec Paul Donzé. Qui eût cru que ce pa
1366 de ceux pour qui la peinture consiste à habiller une idée. Voyez son portrait de Meili : il ne prend pas le sujet par l’in
1367et par l’intérieur, mais il taille ce visage dans une pâte riche et un peu lourde, son pinceau la palpe, la presse, la rédu
1368, mais il taille ce visage dans une pâte riche et un peu lourde, son pinceau la palpe, la presse, la réduit à la forme qu’
1369 la sensualité dans l’écrasement de ses couleurs, une sensualité qui sait se faire délicate quand du haut de San Miniato ou
1370San Miniato ou de Fiesole, il peint Florence avec des roses et des jaunes jamais mièvres, sous l’œil méfiant des fascistes
1371u de Fiesole, il peint Florence avec des roses et des jaunes jamais mièvres, sous l’œil méfiant des fascistes qui le prenne
1372 et des jaunes jamais mièvres, sous l’œil méfiant des fascistes qui le prennent pour un agitateur russe, à cause de sa chev
1373 l’œil méfiant des fascistes qui le prennent pour un agitateur russe, à cause de sa chevelure, sans doute ! On ne pourrait
1374on tour par la grâce décorative, il n’en reste qu’un, du moins à Neuchâtel même : Eugène Bouvier. Ce garçon aux allures di
1375garçon aux allures discrètes promène sur le monde des yeux de Japonais d’une ironie mélancolique et qui voient plus loin qu
1376rètes promène sur le monde des yeux de Japonais d’une ironie mélancolique et qui voient plus loin qu’on ne croit, mais il a
1377chose de nouveau dans la peinture neuchâteloise : un lyrisme un peu amer, d’une tristesse qui ne s’affiche pas, mais s’ins
1378uveau dans la peinture neuchâteloise : un lyrisme un peu amer, d’une tristesse qui ne s’affiche pas, mais s’insinue dans t
1379einture neuchâteloise : un lyrisme un peu amer, d’une tristesse qui ne s’affiche pas, mais s’insinue dans toute sa palette,
1380 ne sais quoi qu’on cherche en vain chez beaucoup des meilleurs de nos artistes. Mais n’allez pas croire à des grâces facil
1381lleurs de nos artistes. Mais n’allez pas croire à des grâces faciles ou sentimentales. Il y a une sorte d’aristocratique di
1382ire à des grâces faciles ou sentimentales. Il y a une sorte d’aristocratique dissimulation dans l’œuvre de Bouvier. Sa tech
1383s. Ce qui d’abord vous prend et vous retient dans un tableau de Bouvier, c’est toujours une sorte de dissonance, un défaut
1384etient dans un tableau de Bouvier, c’est toujours une sorte de dissonance, un défaut par où l’on va peut-être se glisser da
1385 Bouvier, c’est toujours une sorte de dissonance, un défaut par où l’on va peut-être se glisser dans l’atmosphère de l’œuv
1386. Ce lyrique, ce mystique exige pour être compris une complicité de sentiments ou d’état d’âme. Je ne verrais guère que Lou
1387és, dont on le puisse rapprocher, parce qu’il est un des rares peintres de ce pays pour qui la couleur existe avant tout.
1388 dont on le puisse rapprocher, parce qu’il est un des rares peintres de ce pays pour qui la couleur existe avant tout. Mais
1389la nostalgie de Bouvier l’entraîne à mille lieues des jardins de sourires qui s’épanouissent sur les toiles de Meuron. Il s
1390 et sait rendre mieux que personne la liquidité d’un lac, certaines atmosphères délavées et sourdes. « Temps couvert, calm
1391tant l’impression, à voir ses dernières toiles, d’une plus grande certitude intérieure. Les visages sont plus calmes, les c
1392 passe en cinq ans de Baudelaire à Rubens. Il fut un temps où l’on put craindre que Charles Humbert ne devînt le chef d’un
1393 craindre que Charles Humbert ne devînt le chef d’une école du gris-noir neurasthénique. Il peignait des natures mortes qui
1394ne école du gris-noir neurasthénique. Il peignait des natures mortes qui décidément l’étaient, à faire froid dans le dos ;
1395nt l’étaient, à faire froid dans le dos ; ou bien des scènes d’une bizarre fantaisie, un mélange de Rops et d’Ensor ; pensa
1396 à faire froid dans le dos ; ou bien des scènes d’une bizarre fantaisie, un mélange de Rops et d’Ensor ; pensait-on… Déjà i
1397dos ; ou bien des scènes d’une bizarre fantaisie, un mélange de Rops et d’Ensor ; pensait-on… Déjà il avait des disciples
1398ge de Rops et d’Ensor ; pensait-on… Déjà il avait des disciples (Madeleine Woog, G. H. Dessoulavy)… Mais déjà paraissaient
1399e revue qu’il avait fondée avec J. P. Zimmermann) des dessins d’un dynamisme impétueux révélant un tempérament très rassura
1400avait fondée avec J. P. Zimmermann) des dessins d’un dynamisme impétueux révélant un tempérament très rassurant. C’était,
1401nn) des dessins d’un dynamisme impétueux révélant un tempérament très rassurant. C’était, je crois, le vrai Humbert qui co
1402umbert qui commençait à s’affirmer. Puis il y eut une période intermédiaire, un peu pénible. Dans des bouquets d’une opulen
1403ffirmer. Puis il y eut une période intermédiaire, un peu pénible. Dans des bouquets d’une opulence assez désordonnée, des
1404t une période intermédiaire, un peu pénible. Dans des bouquets d’une opulence assez désordonnée, des rouges trop violents é
1405ntermédiaire, un peu pénible. Dans des bouquets d’une opulence assez désordonnée, des rouges trop violents éclataient avec
1406ns des bouquets d’une opulence assez désordonnée, des rouges trop violents éclataient avec un certain mauvais goût au milie
1407rdonnée, des rouges trop violents éclataient avec un certain mauvais goût au milieu d’harmonies funèbres, comme un qui n’a
1408auvais goût au milieu d’harmonies funèbres, comme un qui n’attendrait pas que l’enterrement s’éloigne pour entonner une ch
1409ait pas que l’enterrement s’éloigne pour entonner une chanson à boire. Et sa technique auparavant volontairement maigre se
1410ême. Il atteint son équilibre et sa maîtrise avec une toile comme le Potier. Si la couleur n’est pas encore aussi plantureu
1411s encore aussi plantureuse que les formes, il y a une belle richesse de lueurs sur une matière traitée largement et d’une a
1412s formes, il y a une belle richesse de lueurs sur une matière traitée largement et d’une abondance très sûrement ordonnée.
1413 de lueurs sur une matière traitée largement et d’une abondance très sûrement ordonnée. Je crois qu’on doit beaucoup attend
1414ce tempérament qui fait jaillir en lui sans cesse des possibilités imprévues. Il y a un côté « homme de la Renaissance » ch
1415lui sans cesse des possibilités imprévues. Il y a un côté « homme de la Renaissance » chez un Charles Humbert livré à sa f
1416. Il y a un côté « homme de la Renaissance » chez un Charles Humbert livré à sa fougue originale. Il y en a plus encore ch
1417à sa fougue originale. Il y en a plus encore chez un Aurèle Barraud. Il suffit de le voir peint par lui-même pour s’en ass
1418ux clairs et assurés, le cou robuste, les mains d’un si beau dessin, qui ont du poids et nulle lourdeur, tout cela communi
1419 du poids et nulle lourdeur, tout cela communique une impression de puissance domptée et qui semble se faire une volupté de
1420ssion de puissance domptée et qui semble se faire une volupté de la discipline qu’elle s’impose. Et voilà qui fait encore p
1421 plus « Renaissance » : le costume est drapé avec un soin minutieux, mais une grande mèche insolente retombe devant le vis
1422le costume est drapé avec un soin minutieux, mais une grande mèche insolente retombe devant le visage. Aurèle tient un livr
1423 insolente retombe devant le visage. Aurèle tient un livre ouvert, et ce n’est pas je pense qu’il le lise, mais il aime ca
1424les Barraud, qui lui, passe ses journées à vendre des couleurs, à encadrer des glaces. Et plaise aux dieux que les visages
1425se ses journées à vendre des couleurs, à encadrer des glaces. Et plaise aux dieux que les visages qui s’y reflèteront soien
1426pe, en compagnie de sa femme (elle peint aussi, d’un œil regardant le sujet, de l’autre ce qu’en fait son mari). Et puis v
1427i). Et puis voici François Barraud, le plus jeune des frères. Il vient apporter des dessins qui ressemblent beaucoup aux pe
1428raud, le plus jeune des frères. Il vient apporter des dessins qui ressemblent beaucoup aux petites huiles de Charles, moins
1429ce l’expression. Décidément ces trois frères sont une école. Délaissant un moment ce trésor du meilleur réalisme, que nous
1430ément ces trois frères sont une école. Délaissant un moment ce trésor du meilleur réalisme, que nous saurons désormais ret
1431ue nous saurons désormais retrouver, allons errer un peu dans le royaume d’Utopie. André Evard va nous y introduire, et no
1432s quelques années d’avance sur ses contemporains. Un jour les jeunes le rattrapent. Salutations, présentations : « André E
1433s dessus, bras dessous. Et l’on apprend peu à peu des choses bien curieuses sur son compte. Il a fait de la pâtisserie, mai
1434il se nourrit de noix et d’oranges. Il administre une feuille religieuse. Il déniche à Paris des tableaux mystérieux qu’il
1435nistre une feuille religieuse. Il déniche à Paris des tableaux mystérieux qu’il relègue dans son atelier, pêle-mêle avec le
1436atelier, pêle-mêle avec les siens. Vous retournez une toile appuyée au mur, c’est un Renoir… Retournez-en une autre, ce doi
1437s. Vous retournez une toile appuyée au mur, c’est un Renoir… Retournez-en une autre, ce doit être un dessin d’horlogerie,
1438ile appuyée au mur, c’est un Renoir… Retournez-en une autre, ce doit être un dessin d’horlogerie, ou quelque plan d’une mac
1439t un Renoir… Retournez-en une autre, ce doit être un dessin d’horlogerie, ou quelque plan d’une machine à mouvement perpét
1440it être un dessin d’horlogerie, ou quelque plan d’une machine à mouvement perpétuel. Une autre encore : cette fois-ci c’est
1441quelque plan d’une machine à mouvement perpétuel. Une autre encore : cette fois-ci c’est un Evard : des roses noires sur un
1442perpétuel. Une autre encore : cette fois-ci c’est un Evard : des roses noires sur une table, dans un espace bizarrement lu
1443Une autre encore : cette fois-ci c’est un Evard : des roses noires sur une table, dans un espace bizarrement lumineux où se
1444tte fois-ci c’est un Evard : des roses noires sur une table, dans un espace bizarrement lumineux où se coupent des plans tr
1445t un Evard : des roses noires sur une table, dans un espace bizarrement lumineux où se coupent des plans transparents, cel
1446dans un espace bizarrement lumineux où se coupent des plans transparents, cellule de quelque palais de glaces en miniature,
1447s en miniature, sorte de boîte à miracles où sous un éclairage très net, mais inusité, l’objet le plus banal se charge de
1448igué, vous reprenez ce que vous pensiez n’être qu’une épure : c’est intitulé « nature morte ». Pourquoi pas naissance [p. 1
1449nature morte ». Pourquoi pas naissance [p. 128] d’un songe ? C’est en effet un rêve de précision qui s’incarne dans ces mo
1450as naissance [p. 128] d’un songe ? C’est en effet un rêve de précision qui s’incarne dans ces motifs géométriques, pour le
1451lles songeries ! Ces horlogeries impossibles sont des pièges à chimères. C’est ainsi qu’on fait une découverte. Attention q
1452ont des pièges à chimères. C’est ainsi qu’on fait une découverte. Attention qu’André Evard n’aille trouver une de ces machi
1453ouverte. Attention qu’André Evard n’aille trouver une de ces machines à explorer l’au-delà. En vérité il faut être sorcier
1454ir pu donner toute sa mesure. Il a laissé surtout des dessins, d’une sûreté un peu traditionnelle, d’un style pourtant asse
1455ute sa mesure. Il a laissé surtout des dessins, d’une sûreté un peu traditionnelle, d’un style pourtant assez large et que
1456re. Il a laissé surtout des dessins, d’une sûreté un peu traditionnelle, d’un style pourtant assez large et que n’entravai
1457es dessins, d’une sûreté un peu traditionnelle, d’un style pourtant assez large et que n’entravait pas son scrupule réalis
1458ci dans son costume d’aviateur, retour de Vienne, un sculpteur qui saura s’imposer. Léon Perrin a compris tout le parti qu
1459errin a compris tout le parti qu’on pouvait tirer des principes cubistes dans un art dont la genèse même est cubiste en que
1460i qu’on pouvait tirer des principes cubistes dans un art dont la genèse même est cubiste en quelque sorte, supposant une d
1461nèse même est cubiste en quelque sorte, supposant une décomposition primitive en plans. C’est ainsi qu’il atteint d’emblée
1462t ainsi qu’il atteint d’emblée dans ses statues à un beau style dépouillé et hardi. Mais il y avait quelque lourdeur dans
1463é et hardi. Mais il y avait quelque lourdeur dans des morceaux comme le Joueur de rugby. C’était le poids de la pierre, plu
1464pre. Depuis, Léon Perrin semble avoir évolué vers une plus grande harmonie de lignes. Je pense surtout à ses bas-reliefs du
1465 surtout à ses bas-reliefs du BIT où se manifeste un heureux équilibre entre le réalisme imposé par les sujets et un style
1466ilibre entre le réalisme imposé par les sujets et un style qui sait rester ample, d’une simplicité non dépourvue de puissa
1467r les sujets et un style qui sait rester ample, d’une simplicité non dépourvue de puissance. Une fois de plus l’on peut adm
1468encore que Perrin décora naguère fort plaisamment une pendule de Ditisheim ; que Vincent Vincent, peintre, romancier et cri
1469nt, peintre, romancier et critique d’art, compose des coussins, des couvertures de livres, des étoffes, d’une somptueuse fa
1470omancier et critique d’art, compose des coussins, des couvertures de livres, des étoffes, d’une somptueuse fantaisie ; et q
1471 compose des coussins, des couvertures de livres, des étoffes, d’une somptueuse fantaisie ; et qu’Alice Perrenoud combine d
1472ussins, des couvertures de livres, des étoffes, d’une somptueuse fantaisie ; et qu’Alice Perrenoud combine de petits tablea
1473bine de petits tableaux en papiers découpés, avec une ingéniosité délicieusement féminine, une élégance aiguë. Notre revue
1474és, avec une ingéniosité délicieusement féminine, une élégance aiguë. Notre revue n’est certes pas complète. Mais elle a du
1475plète. Mais elle a du moins l’avantage de grouper des artistes qui, par le fait des circonstances peut-être plus que par de
1476avantage de grouper des artistes qui, par le fait des circonstances peut-être plus que par de naturelles affinités, se trou
1477e par de naturelles affinités, se trouvent former un mouvement actif déjà, et dont Neuchâtel 1927 sera la première manifes
1478guer d’autres plus organiques ? D’une part il y a des préoccupations décoratives qui pourraient aboutir peut-être à la form
1479qui pourraient aboutir peut-être à la formation d’un groupe dont l’activité serait féconde en ce pays. D’autre part, des œ
1480activité serait féconde en ce pays. D’autre part, des œuvres aussi différentes par leur objet et le domaine où elles se réa
1481sier 8 , Meili, Evard, Perrin, manifestent toutes une recherche de la simplicité savante et de la perfection du métier, un
1482simplicité savante et de la perfection du métier, un goût pour la construction rigoureuse qui sont des éléments peut-être
1483 un goût pour la construction rigoureuse qui sont des éléments peut-être insuffisants pour caractériser une école, mais qui
1484éléments peut-être insuffisants pour caractériser une école, mais qui révèlent tout de même une orientation générale vers u
1485tériser une école, mais qui révèlent tout de même une orientation générale vers une sorte de classicisme moderne dont les f
1486vèlent tout de même une orientation générale vers une sorte de classicisme moderne dont les frères Barraud ne seraient pas
1487ne seraient pas très éloignés par d’autres côtés. Un avenir peut-être proche dira dans quelle mesure de tels groupements c
1488quelle mesure de tels groupements correspondent à une réalité artistique. Pour aujourd’hui, notre but serait suffisamment a
1489ons fait qu’affirmer l’existence et la vitalité d’une jeune peinture originale dans un pays qu’on s’est trop souvent plu à
1490t la vitalité d’une jeune peinture originale dans un pays qu’on s’est trop souvent plu à dire si âpre, prosaïque et d’une
1491t trop souvent plu à dire si âpre, prosaïque et d’une maigre végétation artistique. Pays où l’on préfère la netteté utile à
1492ays où l’on préfère la netteté utile à l’harmonie des lignes ; où la lumière éclaire plus qu’elle ne caresse ; où pourtant
1493 ; où pourtant les hivers les plus durs réservent des douceurs secrètes. p. 123 j. « Jeunes artistes neuchâtelois »,
54 1927, Articles divers (1924–1930). Dés ou la clef des champs (1927)
1494 [p. 97] Dés ou la clef des champs (1927) k « On sent l’absurdité d’un semblable système. » M
1495ef des champs (1927) k « On sent l’absurdité d’un semblable système. » Musset. Une rose et un journal oubliés sur le
1496t l’absurdité d’un semblable système. » Musset. Une rose et un journal oubliés sur le marbre vulgaire d’une table de café
1497é d’un semblable système. » Musset. Une rose et un journal oubliés sur le marbre vulgaire d’une table de café. Je venais
1498se et un journal oubliés sur le marbre vulgaire d’une table de café. Je venais de m’asseoir et de commander une consommatio
1499e de café. Je venais de m’asseoir et de commander une consommation. Comme d’habitude, un peu après six heures. J’étais seul
1500 de commander une consommation. Comme d’habitude, un peu après six heures. J’étais seul. Le café est un lieu anonyme bien
1501n peu après six heures. J’étais seul. Le café est un lieu anonyme bien plus propice au rêve que ma chambre où m’attendent
1502u bureau, les gages insupportablement familiers d’une vie honnête de type courant. Pour dix sous et le prétexte d’un apéro,
1503e de type courant. Pour dix sous et le prétexte d’un apéro, on entre ici dans le jardin des songeries les plus étranges qu
1504 prétexte d’un apéro, on entre ici dans le jardin des songeries les plus étranges qu’appelle la musique. Je me gardai donc
1505nc d’ouvrir le journal. Les Petites nouvelles ont un pouvoir tyrannique sur mon esprit. [p. 98] Non que cela m’intéresse a
1506s divers. Mais je suis pris dans l’absurde réseau des lignes, et cette mécanique me restitue chaque fois un peu plus de las
1507ignes, et cette mécanique me restitue chaque fois un peu plus de lassitude, un peu plus d’ennui. J’essayai donc de rêver.
1508me restitue chaque fois un peu plus de lassitude, un peu plus d’ennui. J’essayai donc de rêver. Mais cette rose oubliée me
1509rêver. Mais cette rose oubliée me gênait : perdre une rose pour le plaisir ! (Et je ne pensais même pas, alors : une si bel
1510 le plaisir ! (Et je ne pensais même pas, alors : une si belle rose.) Le tambour livra un homme élégant et tragique, qui se
1511pas, alors : une si belle rose.) Le tambour livra un homme élégant et tragique, qui se tint un moment immobile, cherchant
1512r livra un homme élégant et tragique, qui se tint un moment immobile, cherchant une table, puis s’avança lentement vers la
1513agique, qui se tint un moment immobile, cherchant une table, puis s’avança lentement vers la mienne et s’assit sans paraîtr
1514 vers la mienne et s’assit sans paraître me voir. Une grande figure aux joues mates, aux yeux clairs. Il déplia le journal
1515 se mit à lire les pages d’annonces. On m’apporta une liqueur. Et quand j’eus fini de boire, mes pensées plus rapides s’en
1516 de boire, mes pensées plus rapides s’en allèrent un peu vers l’avenir et j’osai quelques rêves. C’était, je m’en souviens
1517j’osai quelques rêves. C’était, je m’en souviens, une petite automobile qui roulait dans la banlieue printanière ; des soup
1518mobile qui roulait dans la banlieue printanière ; des soupers d’amis dans notre modeste salle à manger ; des jaquettes de c
1519oupers d’amis dans notre modeste salle à manger ; des jaquettes de couleur pour ma femme… [p. 99] Mais l’homme avait posé s
1520jeta sur la table. Les yeux brillants, il compta. Une indécision parut sur ses traits. Puis il reprit les dés brusquement,
1521 il reprit les dés brusquement, et me fixant avec un léger sourire : — Jouez ! ordonna-t-il. La surprise vainquit ma timid
1522usquement, et me fixant avec un léger sourire : — Jouez ! ordonna-t-il. La surprise vainquit ma timidité, je pris les dés et
1523tai sans hésiter. Il compta de nouveau, puis avec une légère exaltation : — Vous avez gagné, c’est admirable, ah ! mon Dieu
1524Il en parcourait rapidement les pages, la proie d’une agitation visible. Bientôt il m’offrit de jouer un moment. Nous fixâm
1525e d’une agitation visible. Bientôt il m’offrit de jouer un moment. Nous fixâmes comme enjeu nos consommations. Je gagnai. Il
1526e agitation visible. Bientôt il m’offrit de jouer un moment. Nous fixâmes comme enjeu nos consommations. Je gagnai. Il dem
1527me enjeu nos consommations. Je gagnai. Il demanda des portos. Je les gagnai et je les bus. D’autres encore. Ma tête commenç
1528vaguement. Les couleurs du bar me remplissaient d’une joie inconnue. Et je me refusais sans cesse aux questions qu’en moi-m
1529on effarée. L’étranger s’animait [p. 100] aussi : une fièvre faisait s’épanouir sur son visage je ne sais quel plaisir crue
1530son visage je ne sais quel plaisir cruel. C’était un jeu très simple où l’esprit libre de calculs se tend ardemment vers l
1531de calculs se tend ardemment vers la conclusion d’un hasard qui opère au commandement de la main. Ce soir-là, une confianc
1532qui opère au commandement de la main. Ce soir-là, une confiance me possédait, telle que je savais très clairement que je ga
1533urir. Et dans mon ivresse, ses paroles peignaient des tableaux mouvants où je me voyais figurer comme une sorte de « person
1534s tableaux mouvants où je me voyais figurer comme une sorte de « personnage aux dés ». Ce furent d’abord des images décousu
1535orte de « personnage aux dés ». Ce furent d’abord des images décousues de sa vie, brillantes ou misérables, passionnées. Ma
1536ut seul, avec tes airs pessimistes. De nouveau, d’un coup de dés, je bouscule tous tes calculs, ha ! tu te disais : le voi
1537ilà riche, le voilà classé, le voilà prêt à faire des bassesses pour durer, et tu te réjouissais, [p. 101] parce que tu n’a
1538 tu n’as pas beaucoup d’imagination, et que tu es un pauvre vaudevilliste qui use à tort et à travers de situations complè
1539 la gagner 9 , et leur façon inexplicable de lier des valeurs morales aux cours de bourse. « Heureux quoique pauvre » comme
1540e à la leur. Ils voudraient que leur vie garantît un 5 % régulier de plaisirs, [p. 102] avec assurance contre faillites mo
1541ls ont inventé les caisses d’épargne, monuments d’une bassesse morale inconcevable, temples de leurs paresses et de leurs l
1542és, glorification de leur impuissance à concevoir un autre bonheur que celui qu’ils ont reçu de papa-maman et l’Habitude,
1543st toujours à qui perd gagne ! Sauter follement d’une destinée dans l’autre, de douleurs en ivresses avec la même joie, mon
1544ils me jugent et leurs cris indignés qui couvrent une angoisse. Ça les dérange terriblement, sauf un ou deux qui s’imaginen
1545t une angoisse. Ça les dérange terriblement, sauf un ou deux qui s’imaginent gagner à mes dépens, témoin ce brave homme qu
1546 aux yeux las pleins de rêves, la misère qui fait des soirs si doux aux amants quand ils n’ont plus que des baisers au goût
1547soirs si doux aux amants quand ils n’ont plus que des baisers au goût d’adieu, et l’avenir où se mêlent incertaines, une te
1548ût d’adieu, et l’avenir où se mêlent incertaines, une tendresse éperdue et la mort. » Il ferma les yeux sur des visions. Le
1549resse éperdue et la mort. » Il ferma les yeux sur des visions. Les lustres doraient un brouillard de fumée, et la musique n
1550ma les yeux sur des visions. Les lustres doraient un brouillard de fumée, et la musique noyait mes pensées. Je vis qu’une
1551umée, et la musique noyait mes pensées. Je vis qu’une femme était assise à notre table, en robe rouge, et très fardée. Elle
1552 notre table, en robe rouge, et très fardée. Elle jouait avec la rose. Les dés roulèrent, pour un dernier enjeu. Alors la femm
1553Elle jouait avec la rose. Les dés roulèrent, pour un dernier enjeu. Alors la femme lança sur la table cette rose qui s’eff
1554tte rose qui s’effeuilla sur les dés, et partit d’un long rire. Elle me regardait et l’étranger aussi se mit à me regarder
1555r, traverser le café dans la musique et la rumeur des clients. Dehors les réclames lumineuses dialoguaient follement au-des
1556lames lumineuses dialoguaient follement au-dessus des rues parcourues de longs cris en voyage. Je me sentis perdre pied dél
1557mais rien… (sinon qu’au lendemain je n’avais plus un sou). Je n’ai jamais revu l’étranger. Quelquefois je songe à ses paro
1558ie… Ah ! plus amère, plus amère encore, saurai-je un jour te désirer, te haïr… p. 97 k. « Dés ou la clef des champs
55 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Billets aigres-doux (janvier 1927)
1559e aux amours perdues Sur le mont gris pâlissants Des bouquets de vagues brumes. Insulter ta beauté froide ? Oui, mais à qu
1560 roide, En souffrance mes baisers. L’amour est un alibi Nos lèvres sitôt que jointes, Ô dernier mensonge tu, Je m’enfu
1561ves Où sourient quels anges fous. L’horaire dicte un adieu, La mode qu’on rie des pleurs, Lors je baise votre main Comme o
1562fous. L’horaire dicte un adieu, La mode qu’on rie des pleurs, Lors je baise votre main Comme on signe d’un faux nom. p
1563pleurs, Lors je baise votre main Comme on signe d’un faux nom. p. 40 c. « Billets aigres-doux », Revue de Belles-Le
56 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927)
1564me le démiurge venait de peser sur le commutateur des étoiles… l’une, se décrochant sans plus d’hésitation, se mit à pérégr
1565 compté jusqu’alors que d’authentiques avocats et un chapelier dont tous s’accordaient à dire qu’il ne péchait que par exc
1566rintanière, Urbain donc, premier mauvais garçon d’une race entre toutes bénie — par qui ? elle était anticléricale, on ne s
1567diquement dissimulé. Vers 1 heure, elle éclaira d’une rose caresse lumineuse la chevelure rouge d’Urbain, et son nez, leque
1568s le souvenir les vent-coulis de la mort. Garçon, un café, un ! » Mais l’étoile chantait dans l’axe de sa vie normale et s
1569enir les vent-coulis de la mort. Garçon, un café, un ! » Mais l’étoile chantait dans l’axe de sa vie normale et s’approcha
1570e — celle à qui sourit la Fortune. Urbain, fort d’une hérédité judiciaire et française, dédaigna des avances que la perte d
1571 d’une hérédité judiciaire et française, dédaigna des avances que la perte de son sens de l’éternel rendait pourtant consid
1572ses poches, ôta ses gants qu’il jeta, puis, après un grand coup de pied dans le vide symbolique des systèmes, sortit, c’es
1573rès un grand coup de pied dans le vide symbolique des systèmes, sortit, c’est-à-dire qu’il fit un pas dans une direction qu
1574ique des systèmes, sortit, c’est-à-dire qu’il fit un pas dans une direction quelconque. L’étoile pleurait, sentimentale.
1575tèmes, sortit, c’est-à-dire qu’il fit un pas dans une direction quelconque. L’étoile pleurait, sentimentale. p. 54 d
57 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Dans le Style (janvier 1927)
1576 Dans le Style (janvier 1927) e Nous recevons d’un Bellettrien facétieux cet « Hommage à Paul Morand » : Billet circul
1577res, aux tire-l’œil. Lors : Lewis, sifflant comme un fusil automatique, fait balle au cerveau du poète qui meurt de sommei
1578e tunnel sous la Manche escamoté, le train dépose des complets rigides contenant des Anglais fragiles. L’aube tire un écran
1579é, le train dépose des complets rigides contenant des Anglais fragiles. L’aube tire un écran de pluies sur le paysage comme
1580gides contenant des Anglais fragiles. L’aube tire un écran de pluies sur le paysage commercial. Terminus : Morand, s’éveil
58 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Lettre du survivant (février 1927)
1581moiselle, Il faut d’abord que je m’excuse : c’est un peu prétentieux de vous écrire au moment où je vais me suicider, d’au
1582.) Je vous ai rencontrée quatre ou cinq fois dans des lieux de plaisir, comme on dit, sans doute parce que c’est là que se
1583 avant-hier, à ce bal. [p. 68] J’avais demandé à un de mes amis, qui vous connaît 4 , de me présenter. Il m’en avait donn
1584s rencontrèrent les miens plus d’une fois pendant une danse qu’il fit avec vous, mais vous les détourniez soudain comme pou
1585les détourniez soudain comme pour vous arracher à une obsession secrètement attirante ; et je pensais que la force de mon d
1586 je me trouvais tout près de vous. Mon ami me fit un signe discret, et déjà il se préparait à vous rendre attentive à ma p
1587heur me paralysa. Je venais d’entrevoir l’image d’un couple heureux et banal, votre sourire répondant au mien, comme on vo
1588re répondant au mien, comme on voit au dénouement des films populaires et sur des cartes postales illustrées. Déjà la foule
1589on voit au dénouement des films populaires et sur des cartes postales illustrées. Déjà la foule des danseurs nous séparait,
1590sur des cartes postales illustrées. Déjà la foule des danseurs nous séparait, mon ami se détournait, un peu vexé ; vous dis
1591es danseurs nous séparait, mon ami se détournait, un peu vexé ; vous disparaissiez au milieu d’un cortège de rires empress
1592ait, un peu vexé ; vous disparaissiez au milieu d’un cortège de rires empressés. Une autre danse reprenait. Je sentis une
1593issiez au milieu d’un cortège de rires empressés. Une autre danse reprenait. Je sentis une invincible lassitude me saisir e
1594s empressés. Une autre danse reprenait. Je sentis une invincible lassitude me saisir et m’assis à l’écart. On me demandait,
1595it, en passant, si j’étais malade. Je désignais d’un geste incertain quelques bouteilles de champagne vides ; car on pardo
1596taines douleurs. Même, je fus obligé de confier à un ami que j’en avais repris … Les archets jouaient sur mes nerfs. Le ja
1597fier à un ami que j’en avais repris … Les archets jouaient sur mes nerfs. Le jazz martelait mon désespoir. Désespoir étroit, ces
1598s géantes aux pensées, [p. 69] le ciel trop bas d’un rêve sans issue, pesant comme l’envie d’un sommeil sans fin… J’avais
1599 bas d’un rêve sans issue, pesant comme l’envie d’un sommeil sans fin… J’avais soif, mais la seule vue d’un liquide me sou
1600mmeil sans fin… J’avais soif, mais la seule vue d’un liquide me soulevait le cœur. L’aube parut. On éteignit toutes les la
1601dans l’ombre livide, aux cris fêlés et déchirants des saxophones. Sortie dans un matin sourd, frileux, qui avait la nausée.
1602s fêlés et déchirants des saxophones. Sortie dans un matin sourd, frileux, qui avait la nausée. Je rentrai seul. Voici que
1603ordre où je venais de jeter mon col de smoking et un œillet, pauvre gentillesse d’une autre femme dont le seul défaut fut
1604col de smoking et un œillet, pauvre gentillesse d’une autre femme dont le seul défaut fut de m’aimer… (Froid aux genoux, od
1605e pensif. Ton re gard est plus grand que le chant des violons. Aube dure ! En ma tête rôde ton souvenir, comme une femme nu
1606. Aube dure ! En ma tête rôde ton souvenir, comme une femme nue dans une chambre étroite…   J’ai dormi quelques heures, d’
1607 tête rôde ton souvenir, comme une femme nue dans une chambre étroite…   J’ai dormi quelques heures, d’un sommeil triste,
1608chambre étroite…   J’ai dormi quelques heures, d’un sommeil triste, tout enfiévré par la crainte du réveil. Puis je suis
1609 bal, au vestiaire, je vous avais entendue donner un rendez-vous au thé du Printemps. J’ai rôdé dans la joie féminine des
1610thé du Printemps. J’ai rôdé dans la joie féminine des grands magasins, n’osant pas repasser trop souvent devant les ascense
1611 devais paraître si perdu. Chaque fois [p. 70] qu’un paquet de dix personnes s’engouffrait dans la cage rouge et or et s’é
1612ans la cage rouge et or et s’élevait, j’éprouvais un petit arrachement, comme précisément un enfant qui monte pour la prem
1613éprouvais un petit arrachement, comme précisément un enfant qui monte pour la première fois… Je me disais encore : Si je p
1614en face de votre bel ami laqué, souriante… Enfin, un peu après 6 heures, je suis sorti. Il y avait beaucoup de monde dans
1615 partout. Chaque visage de femme révélait soudain un trait de votre visage. Il aurait fallu courir après celle-là qui vena
1616prochain autobus, — si rapide : déjà les lumières des boulevards glissaient des reflets sur l’asphalte mouillé. Les pieds d
1617ide : déjà les lumières des boulevards glissaient des reflets sur l’asphalte mouillé. Les pieds dans l’eau, les jambes fati
1618ces élans réticents, maladroits, contradictoires… Un autobus de luxe s’était arrêté tout près de moi. Je vis un visage à l
1619s de luxe s’était arrêté tout près de moi. Je vis un visage à l’intérieur se pencher vers la vitre… Je montai. Il n’y avai
1620encher vers la vitre… Je montai. Il n’y avait que des dames. Personne ne parlait. La jeune femme qui s’était penchée vous r
1621ais je n’osais presque pas la regarder, à cause d’une incertitude qui redonnait tout son empire à ma timidité. Peut-être ét
1622r. Je descendis derrière elle. Mais tout de suite des parapluies la dérobèrent à mes yeux. Une bouche de métro m’attira. Le
1623de suite des parapluies la dérobèrent à mes yeux. Une bouche de métro m’attira. Les rames s’arrêtaient avec un sifflement p
1624he de métro m’attira. Les rames s’arrêtaient avec un sifflement particulièrement doux pour ma fatigue, et ces gens pressés
1625vait contracter mon visage. Je promenais sur tous des regards angoissés, avides, implorants. Oh ! toutes les femmes que j’a
1626es les femmes que j’ai fait souffrir cette nuit d’un long regard de damné. À minuit, tellement épuisé que je mêlais à mes
1627uit, tellement épuisé que je mêlais à mes pensées des fragments de rêves et les personnages des affiches, tout en marchant
1628pensées des fragments de rêves et les personnages des affiches, tout en marchant sans fin dans les couloirs implacablement
1629ar bribes de phrases incohérentes. Je voyais avec une sombre joie les employés et les voyageurs s’inquiéter. Bientôt on m’e
1630s s’inquiéter. Bientôt on m’entraîna de force sur un trottoir roulant qui me remonta dans la rue. La fraîcheur de la brume
1631t que ma vie, ma mort. Mon Dieu, il n’y a plus qu’un glissement gris, sans fin… Il faudrait que je dorme : il n’y aurait p
59 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Orphée sans charme (février 1927)
1632 par l’auteur », écrivait Cocteau dans la préface des Mariés de la Tour Eiffel. Et une note d’Orphée précise : « Inutile de
1633 dans la préface des Mariés de la Tour Eiffel. Et une note d’Orphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul sym
1634rphée précise : « Inutile de dire qu’il n’y a pas un seul symbole dans la pièce. » Ce qui me gêne pourtant, c’est d’y déco
1635certé la possibilité. Orphée, par exemple, serait un poète surréaliste. « Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir
1636ple, serait un poète surréaliste. « Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages
1637 Il faut jeter une bombe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchissent l’air. » Il pré
1638mbe, dit-il, il faut obtenir un scandale. Il faut un de ces orages qui rafraîchissent l’air. » Il prétend « traquer l’inco
1639ir faire admettre que la poésie consiste à écrire une phrase ». Et cette phrase, c’est un cheval savant qui la lui a dictée
1640ste à écrire une phrase ». Et cette phrase, c’est un cheval savant qui la lui a dictée : « Madame Eurydice Reviendra Des E
1641Eurydice Reviendra Des Enfers. » — « Ce n’est pas une phrase, s’écrie-t-il, c’est un poème, un poème du rêve, une fleur du
1642 — « Ce n’est pas une phrase, s’écrie-t-il, c’est un poème, un poème du rêve, une fleur du fond de la mort. » Or, on décou
1643est pas une phrase, s’écrie-t-il, c’est un poème, un poème du rêve, une fleur du fond de la mort. » Or, on découvre à la f
1644, s’écrie-t-il, c’est un poème, un poème du rêve, une fleur du fond de la mort. » Or, on découvre à la fin de la pièce que
1645 » Or, on découvre à la fin de la pièce que c’est une anagramme un peu ordurière. Ainsi les rêves publiés par les surréalis
1646uvre à la fin de la pièce que c’est une anagramme un peu ordurière. Ainsi les rêves publiés par les surréalistes, donnés à
1647pourrais poursuivre le jeu. Et puis, il y a aussi des sortes de calembours… [p. 86] Art chrétien, a-t-on dit 5 . Certes, c
1648tes, cette pièce n’est pas dépourvue de certaines des qualités qui, selon Max Jacob, permettraient seules de taxer de chrét
1649acob, permettraient seules de taxer de chrétienne une œuvre d’art. Mais, d’autre part, cette équivoque des symboles, cette
1650 œuvre d’art. Mais, d’autre part, cette équivoque des symboles, cette simplicité à chausse-trappes, cette habileté surtout.
1651l’auteur du Secret professionnel et de la préface des Mariés — principes dont l’énoncé brillant et définitif restera l’un d
1652 dont l’énoncé brillant et définitif restera l’un des titres les plus authentiques de Cocteau. Précision et relief du dialo
1653ion et relief du dialogue, ingénieuse utilisation des expressions courantes, maximum de « situation » des personnages obten
1654s expressions courantes, maximum de « situation » des personnages obtenu avec un minimum de répliques ; enfin, un style par
1655imum de « situation » des personnages obtenu avec un minimum de répliques ; enfin, un style parfaitement pauvre dans le dé
1656ages obtenu avec un minimum de répliques ; enfin, un style parfaitement pauvre dans le détail, un vrai style de théâtre, d
1657fin, un style parfaitement pauvre dans le détail, un vrai style de théâtre, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d
1658auvre dans le détail, un vrai style de théâtre, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d’une familiarité [p. 87] dram
1659e, d’une netteté qui pourtant n’est pas maigre, d’une familiarité [p. 87] dramatique qui cerne le mystère d’un trait pur. I
1660liarité [p. 87] dramatique qui cerne le mystère d’un trait pur. Il semble que Cocteau ait réalisé là exactement ce qu’il v
1661d’en être l’organisateur », disait le photographe des Mariés. Dans Orphée, le mystère ne peut plus dépasser l’auteur : il l
1662cher à Cocteau, c’est d’avoir réussi complètement une pièce, prouvant une fois de plus que l’atmosphère de l’« art pur » n’
1663ie. Parce qu’une fois de plus, Cocteau a comprimé des pétales de roses dans du cristal taillé, selon toutes les règles de l
1664se, est sans parfum.   (Tout de même, Cocteau est un poète : j’en verrais une preuve, pour mon compte, dans le fait que je
1665Tout de même, Cocteau est un poète : j’en verrais une preuve, pour mon compte, dans le fait que je ne sais parler de lui au
60 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’autre œil (février 1927)
16667) h Décembre L’époque s’ouvre où l’on attend un miracle pour la fin de la semaine. « Messieurs, disait Dardel, y a pa
1667re quelque chose. Que diable ! nous ne sommes pas des imbéciles, nous ne sommes pas de ces gens qui croient que 2 et 2 font
1668 qui confondent Jérôme et Jean Tharaud ! » Il y a des soirs où tout ça semble idiot. Il y a des soirs où une idée de la res
1669 Il y a des soirs où tout ça semble idiot. Il y a des soirs où une idée de la responsabilité s’empare de nous. Et nous calc
1670oirs où tout ça semble idiot. Il y a des soirs où une idée de la responsabilité s’empare de nous. Et nous calculons qu’il s
1671evue par chacun dans son for le plus intérieur, d’une fuite en auto, nous rassure provisoirement… Prosopopée, à propos d’
1672 rassure provisoirement… Prosopopée, à propos d’une apparition La vieille Monture 6 un soir nous apparut, lugubrement f
1673 à propos d’une apparition La vieille Monture 6 un soir nous apparut, lugubrement fardée, l’haleine mauvaise, édentée et
1674 l’haleine mauvaise, édentée et tâchant à prendre un accent anglais d’un comique assez macabre. Ses derniers sectateurs, d
1675 édentée et tâchant à prendre un accent anglais d’un comique assez macabre. Ses derniers sectateurs, désignant d’un doigt
1676sez macabre. Ses derniers sectateurs, désignant d’un doigt impitoyable son flanc déjà meurtri, la suivaient en hurlant : «
1677 là ! »… Est-il plus atroce spectacle que celui d’une maîtresse jadis belle et diserte qui tombe au ruisseau en prononçant
1678orreur, les Bellettriens avaient fui. Au détour d’une ivresse, ils rencontrèrent une créature évadée d’anciens rêves qui ha
1679t fui. Au détour d’une ivresse, ils rencontrèrent une créature évadée d’anciens rêves qui hantait les limbes depuis un an d
1680dée d’anciens rêves qui hantait les limbes depuis un an déjà. Ils ne tardèrent pas à reconnaître Cinématoma. Naissance d
1681rable monstre. Ils se réunissent parfois autour d’un feu et le contemplent un certain temps en silence. « Well ! » dit enf
1682nissent parfois autour d’un feu et le contemplent un certain temps en silence. « Well ! » dit enfin [p. 95] Dardel. Les au
1683’en pensent pas moins. Quelquefois, Mossoul amène un scénario né entre deux cafés-nature, et presque sans qu’il s’en soit
1684ans qu’il s’en soit rendu compte. Clerc entrevoit un projet à deux faces. Lugin, qui est théologien, et de la Tchaux, n’a
1685u milieu de ce paludesque et stérile consistoire, une idée de génie vint s’asseoir certaine nuit. Elle parla par la bouche
1686dans la langue de Lugin : « Le rideau se lève sur un miroir qui occupe toute la largeur de la scène. Titre : Socrate et Na
1687largeur de la scène. Titre : Socrate et Narcisse, un acte à grande figuration. » Enfin l’on joua aux petits dés le sort de
1688rcisse, un acte à grande figuration. » Enfin l’on joua aux petits dés le sort de notre parade — et l’on gagna. Enthousiasmé,
1689fin de négocier la vente de cette martingale avec des surréalistes hétérodoxes. Il revint juste à temps pour assister à la
1690si que le disait si poétiquement le programme.   Un peu d’histoire (erratum de la chronique de Mossoul). Belles-Lettres
1691atum de la chronique de Mossoul). Belles-Lettres joua l’Inspecteur de Gogol à l’époque où le Cuirassé Potemkine était inter
1692ine était interdit à l’écran. Pitoëff avait prêté un accent, Mme d’Assilva deux actrices, M. Grosclaude son fils Lucas Lou
1693ctrices, M. Grosclaude son fils Lucas Loukitch et une mise en scène fort ingénieuse qui permit à Mossoul de se perdre dans
1694ingénieuse qui permit à Mossoul de se perdre dans des jupons autrement que par métaphore. À la Chaux-de-Fonds, il y eut tre
1695de Bec-de-Gaz, lequel s’éteignit dans les neiges. Un jour, on s’aperçut que cette chose avait recommencé, qu’on appelle, s
61 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927)
1696Max Jacob. Ce soir-là, le programme comprenait : un film d’avant-guerre ; un film japonais ; Entr’acte et le Voyage imagi
1697e programme comprenait : un film d’avant-guerre ; un film japonais ; Entr’acte et le Voyage imaginaire, de René Clair. La
1698ort de Phèdre (environ 1905) : quelques acteurs d’une troupe de province s’agitent incompréhensiblement dans un décor très
1699e de province s’agitent incompréhensiblement dans un décor très pauvre, légèrement coloré. Le principe est simple : « Je v
1700 par trois ou quatre claques sur la poitrine ; et une crise intérieure par un court accès de danse de Saint-Guy. Art classi
1701ues sur la poitrine ; et une crise intérieure par un court accès de danse de Saint-Guy. Art classique : la mort d’Hyppolit
1702 du long baiser de conclusion. Le film japonais : une historiette un peu plus banale que nature, très bien photographiée. C
1703de conclusion. Le film japonais : une historiette un peu plus banale que nature, très bien photographiée. C’est le film du
1704complets variés, ça fait toujours plaisir de voir des gens bien habillés. » Soudain éclate Entr’acte (1925). « Une étude su
1705en habillés. » Soudain éclate Entr’acte (1925). « Une étude sur le Monde des Rêves ». Rondes de cheminées dans le ciel où d
1706éclate Entr’acte (1925). « Une étude sur le Monde des Rêves ». Rondes de cheminées dans le ciel où des pressentiments clign
1707 des Rêves ». Rondes de cheminées dans le ciel où des pressentiments clignent de l’œil. Des poupées en baudruche gonflent l
1708 le ciel où des pressentiments clignent de l’œil. Des poupées en baudruche gonflent leur tête jusqu’à éclater, tandis que d
1709he gonflent leur tête jusqu’à éclater, tandis que des villes passent au fond à toute vitesse. Rigueur voluptueuse d’une col
1710nt au fond à toute vitesse. Rigueur voluptueuse d’une colonnade, puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gratt
1711itesse. Rigueur voluptueuse d’une colonnade, puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p.
1712puis un jeu d’échec serré, mais sur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de papi
1713’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de papier, sur fond de boulevards et parmi les toits flo
1714se de phares d’auto, les 100 000 yeux de la nuit. Des imprécisions rapides. Un chasseur, toujours sur son toit ; il tire su
171500 000 yeux de la nuit. Des imprécisions rapides. Un chasseur, toujours sur son toit ; il tire sur l’œuf d’où naît une col
1716ujours sur son toit ; il tire sur l’œuf d’où naît une colombe. Chasse. Mais un papillon éclatant qui battait de l’aile un d
1717ire sur l’œuf d’où naît une colombe. Chasse. Mais un papillon éclatant qui battait de l’aile un dixième de seconde, par in
1718, par intermittences, se pose enfin sur l’écran : une danseuse sur une plaque de verre, vue par-dessous. Quelques miracles
1719ces, se pose enfin sur l’écran : une danseuse sur une plaque de verre, vue par-dessous. Quelques miracles qui suivent sont
1720e leurs arabesques à trois dimensions mêlées avec une lenteur et une perfection dont une brève vue verticale donne la clé…
1721ues à trois dimensions mêlées avec une lenteur et une perfection dont une brève vue verticale donne la clé… Un enterrement
1722ns mêlées avec une lenteur et une perfection dont une brève vue verticale donne la clé… Un enterrement bourgeois, mais le c
1723ection dont une brève vue verticale donne la clé… Un enterrement bourgeois, mais le corbillard est traîné par un dromadair
1724ment bourgeois, mais le corbillard est traîné par un dromadaire, d’ailleurs dételé. Les amis affligés mangent les couronne
1725 lents, solennels. Ils revoient la danseuse, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de
1726Ils revoient la danseuse, font une ronde autour d’une Tour Eiffel de bois de la taille de l’Obélisque de la Concorde, puis
1727e la Concorde, puis enfilent les Champs-Élysées à une allure grandissante, bientôt vertigineuse, poursuivant le corbillard.
1728e cercueil roule dans les marguerites, il en sort un chef d’orchestre dont la baguette éteint tous les personnages et lui-
1729raînement dans le domaine du merveilleux moderne. Un peu plus et nous demandions grâce de trop de plaisir. Mais [p. 126] j
1730 rient à l’enterrement au ralenti, à l’éclatement des têtes de poupées, à la conclusion. Ce n’est pas le bon rire de cinéma
1731 ne vient pas, ils sont déçus. Enfin, mon voisin, un agent, murmure : « On va tous devenir fous ! » — « Hé ! lui dis-je, s
1732t : « C’est bien ça, c’est comme quand on rêve. » Un des défauts d’Entr’acte, c’est la fantaisie recherchée de certaines s
1733 « C’est bien ça, c’est comme quand on rêve. » Un des défauts d’Entr’acte, c’est la fantaisie recherchée de certaines scène
1734le monde où le cinéma doit nous « transplanter », un certain naturel est de rigueur ; toute bizarrerie détourne du véritab
1735 de pareils défauts sont presque inévitables dans une production de début, et Entr’acte mérite d’être ainsi qualifié : c’es
1736-être le premier film où l’on a fait du ciné avec des moyens proprement cinégraphiques. Ici le geste pictural remplace le g
1737 le geste pictural remplace le geste de l’acteur. Un mouvement ne souligne pas, il exprime, et se suffit. Mais comme pour
1738cesse envie de crier : « Trop de gestes ! » C’est une question d’épuration des moyens. Rendre le plus par le moins, c’est l
1739Trop de gestes ! » C’est une question d’épuration des moyens. Rendre le plus par le moins, c’est le fait d’un art à sa matu
1740ens. Rendre le plus par le moins, c’est le fait d’un art à sa maturité. Mais ce sont là critiques de style. D’ores et déjà
1741éjà, il faut admirer dans les films de René Clair un sens du miracle assez bouleversant. Et je ne parle pas du miracle gen
1742 en montre (beaucoup trop à mon [p. 127] gré). Qu’une sorcière transforme un homme en chien, cela n’a rien d’étonnant au ci
1743p à mon [p. 127] gré). Qu’une sorcière transforme un homme en chien, cela n’a rien d’étonnant au cinéma. C’est la photogra
1744ien d’étonnant au cinéma. C’est la photographie d’une chose qui ne serait étonnante que dans le réel ; ce n’est pas encore
1745 étonnante que dans le réel ; ce n’est pas encore un miracle de ciné. Et les fées paraissent vieux jeu avec leur baguette,
1746r moi qui chaque soir crée ma chambre en tournant un commutateur. Le vrai miracle du cinéma, c’est, par exemple, l’éclosio
1747racle du cinéma, c’est, par exemple, l’éclosion d’une rose, un homme qui court au ralenti, certaines coïncidences de mouvem
1748inéma, c’est, par exemple, l’éclosion d’une rose, un homme qui court au ralenti, certaines coïncidences de mouvements… C’e
1749enti, certaines coïncidences de mouvements… C’est une réalité quotidienne dans une lumière qui la métamorphose ; c’est un t
1750de mouvements… C’est une réalité quotidienne dans une lumière qui la métamorphose ; c’est un temps nouveau, et l’espace en
1751enne dans une lumière qui la métamorphose ; c’est un temps nouveau, et l’espace en relation se modifie pour maintenir je n
1752 pour maintenir je ne sais quelle harmonie… C’est une réalité aussi réelle que celle dont nous avons convenu et que nous pe
1753ormal » nous apparaît alors comme l’une seulement des mille figures que peut revêtir une substantia dont nos sens trop faib
1754’une seulement des mille figures que peut revêtir une substantia dont nos sens trop faibles — bornés encore par des habitud
1755ia dont nos sens trop faibles — bornés encore par des habitudes nées des nécessités sociales — nous empêchent de découvrir
1756op faibles — bornés encore par des habitudes nées des nécessités sociales — nous empêchent de découvrir la richesse immédia
1757rréaliste que le film 1905. Ce n’est peut-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une
1758-être qu’une question d’imagination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une aide puissante. Nous faisons nos premier
1759ination ; il reste qu’un film comme Entr’acte est une aide puissante. Nous faisons nos premiers pas, étourdis, dans un pays
1760te. Nous faisons nos premiers pas, étourdis, dans un pays d’illuminations vertigineuses, et nous en sommes encore à nous f
1761nous, pris par surprise dans l’exploration ivre d’un projecteur, des signes fatidiques, le visage d’un ange. p. 124 i
1762surprise dans l’exploration ivre d’un projecteur, des signes fatidiques, le visage d’un ange. p. 124 i. « Entr’acte de
1763un projecteur, des signes fatidiques, le visage d’un ange. p. 124 i. « Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle
62 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Louis Aragon, le beau prétexte (avril 1927)
1764e beau prétexte (avril 1927) j Ah ! je sens qu’une puissance étrangère s’est emparée de mon être et a saisi les cordes l
1765 I (Notes écrites en décembre 1925, au sortir d’une conférence sur le Salut de l’humanité.)   Ce soir en moi trépigne une
1766e Salut de l’humanité.)   Ce soir en moi trépigne une rage. Sur quelles épaules jeter ce manteau de flammes, puis à qui déd
1767révolte ? Aragon sarcastique se tient là-bas dans un rayon échappé des Enfers — auxquels je crois encore, et pas seulement
1768sarcastique se tient là-bas dans un rayon échappé des Enfers — auxquels je crois encore, et pas seulement pour le pittoresq
1769n’existe pas de théorie du salut. Il n’existe que des systèmes pour faire taire en nous l’appel vertigineux du Silence. On
1770us l’appel vertigineux du Silence. On nous montre des Dieux, mais c’est pour détourner nos regards de cela qu’il faut bien
1771més, les vices enlacés aux vertus, c’est [p. 132] un ricanement splendide comme un éclat de rire de condamné à mort et à l
1772tus, c’est [p. 132] un ricanement splendide comme un éclat de rire de condamné à mort et à l’éternité. Le Diable avait pri
1773amné à mort et à l’éternité. Le Diable avait pris des avocats dont les plaidoyers, tissus des mensonges les plus beaux et d
1774vait pris des avocats dont les plaidoyers, tissus des mensonges les plus beaux et des plus mélodieuses palinodies, font enc
1775laidoyers, tissus des mensonges les plus beaux et des plus mélodieuses palinodies, font encore rêver les anges écœurés d’az
1776font encore rêver les anges écœurés d’azur. Alors un juron mélodramatique, d’une voix torturée, hurle au Pape et au Diable
1777 écœurés d’azur. Alors un juron mélodramatique, d’une voix torturée, hurle au Pape et au Diable un anathème sanglant. Louis
1778, d’une voix torturée, hurle au Pape et au Diable un anathème sanglant. Louis Aragon, avocat de l’infini, annonce l’entrée
1779e l’éternelle anarchiste, la Poésie.   On dit : « Des mots ! » au lieu de « Je ne comprends pas ». On dit : « Je ne compren
1780us avez dit : « C’est incompréhensible ! » — avec une indignation où j’admire une pointe d’ironie vraiment supérieure. Car
1781réhensible ! » — avec une indignation où j’admire une pointe d’ironie vraiment supérieure. Car rien ne pouvait mieux excite
1782 c’est l’éclat de sa joie brusque d’être seul sur un faux sommet vers quoi des faibles s’efforcent — mais déjà c’est de pl
1783 brusque d’être seul sur un faux sommet vers quoi des faibles s’efforcent — mais déjà c’est de plus loin qu’il les nargue.
1784t de plus loin qu’il les nargue. Il connaît enfin une solitude défendue de tous côtés par ses rires scandaleux, quelques « 
1785ris de l’honneur, le mot de Cambronne prodigué et des phrases d’un fascinant éclat : « Ô grand Rêve, au matin pâle des édif
1786ur, le mot de Cambronne prodigué et des phrases d’un fascinant éclat : « Ô grand Rêve, au matin pâle des édifices, ne quit
1787n fascinant éclat : « Ô grand Rêve, au matin pâle des édifices, ne quitte plus, attiré par les premiers sophismes de l’auro
1788traits purs et labiles à l’immobilité miraculeuse des statues 7 . » Il s’agit bien de critique littéraire! Nous sommes ici
1789ritique littéraire! Nous sommes ici en présence d’une des tentatives de libération les plus violentes et belles — malgré ta
1790que littéraire! Nous sommes ici en présence d’une des tentatives de libération les plus violentes et belles — malgré tant d
1791compromis :   « Nous étions dominés par le sens d’une réalité morale absolue que certains d’entre nous eussent acheté au pr
1792ue certains d’entre nous eussent acheté au prix d’un martyre… Nos jugements se rendaient sans cesse à l’échelle de l’infin
1793us naissons à quelque chose qui imite la vie dans une époque d’inconcevables compromissions où triomphe sous tous les dégui
1794sme le plus pauvre auquel se soit jamais abaissée une civilisation. Mais nous sommes encore quelques-uns à jouer nos dernie
1795ilisation. Mais nous sommes encore quelques-uns à jouer nos derniers atouts sur notre salut. Nous courons enfin l’Aventure. «
1796 nous n’est nulle part 9  ». Ultime affirmation d’une foi que plus rien ne peut duper. Depuis certaines paroles sur la Croi
1797au rire, pharisiens, et dire qu’elle est née dans un café de Paris. « Je n’attends rien du monde, je n’attends rien de rie
1798dubitatives barbes. Je viens d’entendre la voix d’un mystique. Que si l’on vient nous empêtrer de dogmes bassement ingénie
1799rer de dogmes bassement ingénieux : « Si j’essaye un instant de m’élever à la notion de Dieu, répond Aragon, je me révolte
1800e qu’elle puisse en aucun cas servir d’argument à un homme. » Voilà qui nous fait oublier certaines morales d’extrême moye
1801de fuites lâches qu’on veut nommer renoncements ! Jouant tout sur une révélation possible, ou la naissance d’un prophète qui r
1802 qu’on veut nommer renoncements ! Jouant tout sur une révélation possible, ou la naissance d’un prophète qui rapprenne comm
1803ut sur une révélation possible, ou la naissance d’un prophète qui rapprenne comment aimer un Dieu. Ce n’est pas à genoux q
1804issance d’un prophète qui rapprenne comment aimer un Dieu. Ce n’est pas à genoux qu’on attendra : pour que cela eût un sen
1805t pas à genoux qu’on attendra : pour que cela eût un sens, il faudrait être sûr de n’avoir pas la tête en bas par rapport
1806eptant les messages égarés de l’infini… [p. 135] Un tel homme, — est-ce encore Aragon, sinon qui ? — sa grandeur, c’est q
1807 viens de retrouver quelques pages écrites il y a un an, tel soir de colère où le thermomètre eût indiqué 39° selon toute
1808lon toute vraisemblance. Et voici Aragon revêtu d’une dignité tragique qu’il trouverait sans doute un peu ridicule. C’est a
1809’une dignité tragique qu’il trouverait sans doute un peu ridicule. C’est ainsi que l’on arrive à croire, pour un autre, qu
1810icule. C’est ainsi que l’on arrive à croire, pour un autre, que c’est arrivé, ajoutant foi, dans tous les sens qu’admet ce
1811tant foi, dans tous les sens qu’admet ce terme, à des exaltations que leur lyrisme rendait seules contagieuses. Comment, en
1812estable « séduction ». Pour un peu, je découvrais une manière de prophète un brin janséniste chez ce poète. Aujourd’hui, je
1813our un peu, je découvrais une manière de prophète un brin janséniste chez ce poète. Aujourd’hui, je le verrais plutôt comm
1814ce poète. Aujourd’hui, je le verrais plutôt comme un Musset 10 plus véritablement désespéré. Un Musset moins frivole et p
1815comme un Musset 10 plus véritablement désespéré. Un Musset moins frivole et plus pervers, moins sentimental et plus sensu
1816 plus cinglant. Au lieu de vin doux, on nous sert des cocktails (un Musset triple-sec). Au lieu du cynisme verbeux 1830, un
1817 Au lieu de vin doux, on nous sert des cocktails (un Musset triple-sec). Au lieu du cynisme verbeux 1830, une théorie du s
1818set triple-sec). Au lieu du cynisme verbeux 1830, une théorie du scandale pour le scandale qui a le mérite de n’être pas qu
1819pour le scandale qui a le mérite de n’être pas qu’un jeu littéraire. Mais enfin, c’est encore un Musset, seulement transpo
1820as qu’un jeu littéraire. Mais enfin, c’est encore un Musset, seulement transposé dans notre siècle et chez qui tout est de
1821us acerbe, plus profond. En somme, et avant tout, un écrivain, un bel écrivain, comme on dit. Et qui sait tirer un admirab
1822us profond. En somme, et avant tout, un écrivain, un bel écrivain, comme on dit. Et qui sait tirer un admirable parti litt
1823 un bel écrivain, comme on dit. Et qui sait tirer un admirable parti littéraire de son tempérament vif, insolent et ombrag
1824brageux. [p. 136] « J’appartiens à la grande race des torrents. » Une belle phrase, n’est-ce pas ? Je ne sais qu’un Monther
1825] « J’appartiens à la grande race des torrents. » Une belle phrase, n’est-ce pas ? Je ne sais qu’un Montherlant qui pourrai
1826 » Une belle phrase, n’est-ce pas ? Je ne sais qu’un Montherlant qui pourrait l’oser dire comme Aragon sans ridicule. Et c
1827 pour le ton prophétique, ne serait-ce pas plutôt une sorte de donquichottisme assez fréquent dans les cafés littéraires et
1828rait le premier à s’amuser ?   Février 1927. Relu Une vague de rêves et la préface de Libertinage. Sous une certaine rhétor
1829vague de rêves et la préface de Libertinage. Sous une certaine rhétorique — mais la plus belle, — ce qui tressaille et m’at
1830ressaille et m’atteint au vif, c’est tout de même un désespoir en quoi je ne vais pas m’empêcher de reconnaître la voix se
1831e vivre. Désespoir métaphysique. Je me souviens d’une phrase de Vinet — laissons s’esclaffer du rapprochement les auteurs d
1832ement les auteurs de manuels de littérature — : « Un mysticisme creux et affamé est le contrecoup du christianisme dans le
1833gauche, — nulle part sur cette terre où l’orgueil des hommes croit pouvoir nous le désigner, veut nous l’imposer pour quell
1834nt, le plus irrévocable désespoir n’est encore qu’un appel à la foi la plus haute.   [p. 137] 1er mai 1927. Mieux vaut pé
1835autel — et si ce nom revient sous ma plume, comme une mouche qu’on n’a jamais fini de chasser parce qu’elle n’a pas mérité
1836us étendus qu’on n’osait le craindre 11 . Si dans un essai sur la sincérité j’ai soutenu qu’une introspection immobile ne
1837Si dans un essai sur la sincérité j’ai soutenu qu’une introspection immobile ne retient rien de la réalité vivante ; si je
1838etient rien de la réalité vivante ; si je dénie à des incrédules le droit à parler des choses de la foi comme étant d’un or
1839 ; si je dénie à des incrédules le droit à parler des choses de la foi comme étant d’un ordre qui leur échappe ; de même je
1840droit à parler des choses de la foi comme étant d’un ordre qui leur échappe ; de même je récuse ici certain sens critique
1841 on voudrait que soient justiciables les œuvres d’un écrivain, les démarches de sa pensée, ses délires, ses visions. Un cr
1842démarches de sa pensée, ses délires, ses visions. Un critique qui n’épouse pas le rythme d’une œuvre, mais s’avance à sa r
1843visions. Un critique qui n’épouse pas le rythme d’une œuvre, mais s’avance à sa rencontre armé de l’appareil à frigorifier
1844il à frigorifier de sa raison, est destiné à dire des bêtises. Cf. certaines remarques — pas toutes — de novembre 1926.   2
1845 devoir sacré. » (Edmond Jaloux.) [p. 138] Entre un monsieur en noir : Permettez-moi de me présenter… d’ailleurs une anci
1846 noir : Permettez-moi de me présenter… d’ailleurs une ancienne connaissance… le Sens Critique. Moi (gêné)… Rougemont. Le
1847oi (gêné)… Rougemont. Le Sens Critique. — Il y a un certain temps déjà que nous ne nous sommes revus. Mais je suis vos tr
1848 quelque manière la prétention… Moi. — Que voilà un singulier impertinent de votre part. (Le reconduisant :) Croyez, Mons
1849 chose s’il ne spéculait sur l’incertain », c’est un académicien qui l’a dit. Voulez-vous me faire quelque chose là-dessus
1850a Revue ? Mais plus tard, plus tard. Tenez, voici un traité de métaphysique, vous lirez ça en attendant. Très bien fait. E
1851ait. Excellente méthode ! (Sort le Sens Critique, un peu bousculé.) Moi. — Vous disiez, ma vie ? La Muse (mais oui, la M
1852 La Muse (mais oui, la Muse, sortant de derrière un rideau). — J’attends votre plaisir… [p. 139] III Il y a des gens qu
1853 — J’attends votre plaisir… [p. 139] III Il y a des gens qui croient avoir tout dit quand ils ont montré à l’origine de t
1854ont montré à l’origine de telle doctrine mystique une exaltation nerveuse ou des troubles organiques. Ils opposent à ces « 
1855elle doctrine mystique une exaltation nerveuse ou des troubles organiques. Ils opposent à ces « délires » les thèses rassur
1856mne pas et la santé et la raison. Il s’est trouvé des Maurras et autres « héritiers de la grande tradition gréco-latine » p
1857eur faute si elle nous apparaît aujourd’hui comme une vieille courtisane assagie, parfois dévote, phraseuse, sèche, d’humeu
1858 d’humeur acariâtre et réactionnaire. Vous tracez des frontières géographiques à la raison ? Eh bien, c’est vous qui l’aure
1859é que l’on fait à la littérature moderne n’est qu’une manifestation de ce divorce radical entre l’époque et les quelques ce
1860u. Mais alors, Aragon, pourquoi se faire marchand des œuvres complètes de Karl Marx ? Si vous ne dites pas aussi merde pour
1861au nom de l’esprit, on ne va pas s’acoquiner avec des gens qui ont fait, il y a 10 ans, une révolution en fonction du capit
1862quiner avec des gens qui ont fait, il y a 10 ans, une révolution en fonction du capitalisme. Est-ce que vraiment vous ne po
1863ents. Et puis surtout, l’heure est venue de clore des discussions énervantes où s’épuise vainement une dialectique dont l’o
1864 des discussions énervantes où s’épuise vainement une dialectique dont l’objet fuit sans cesse par la quatrième dimension.
1865ommunicable secret de l’invention.   Il nous faut des entrepreneurs de tempêtes. Un grand principe de violence commandait
1866n.   Il nous faut des entrepreneurs de tempêtes. Un grand principe de violence commandait à nos mœurs. … et nous portant
1867a limite de nos forces, notre joie parmi vous fut une très grande joie. St J. Perse. Nous appelions une Révolution perpétu
1868ne très grande joie. St J. Perse. Nous appelions une Révolution perpétuelle une perpétuelle insurrection contre tout ce qu
1869Perse. Nous appelions une Révolution perpétuelle une perpétuelle insurrection contre tout ce qui prétendait nous empêcher
1870a sénilité, etc., etc. Et certes ce n’étaient pas des êtres, mais leurs abstractions que nous haïssions. Notre haine de cer
1871pas de ce qu’en son nom l’on mesurait odieusement une sympathie humaine pour nous sans prix ? Mais nous avions besoin de ré
1872tait devenu synonyme de magnifique perdition dans des choses plus grandes que nous. Nous nous connaissions dans les coins e
1873us perdrait corps et biens dans sa grandeur comme une femme merveilleuse nous perdrait corps et âme dans l’ivresse amoureus
1874 cette femme à travers toutes les femmes. C’était un vice, la révolution-vice. Mais on ne vit, on ne meurt que de vices. ⁂
1875uve. » Il pense que c’est bien jeune. Et : encore un qui rue dans les brancards, c’est très bellettrien. Un disque de gram
1876i rue dans les brancards, c’est très bellettrien. Un disque de gramo comme par hasard nasille : Nous avons tous fait ça P
1877, n’est-ce pas ? Et puis l’aiguille divague vers des souvenirs, quand nous allions tous deux, ces bonnes farces, et aussi
1878s tous deux, ces bonnes farces, et aussi pourtant des histoires de copains qui ont mal tourné, on pensait bien, ah ! cette
1879on pensait bien, ah ! cette jeunesse, mais voyons des affaires plus sérieuses. Et tout est dit. Ah ! c’est vrai, il allait
1880alisme ? — Baptisé il y a cinq ou six ans et mort des suites. Quand cesserez-vous de nous faire la jambe, pardon escuses, a
1881hème à condamnations par contumace. Il y a encore des gens pour qui les limites de l’anarchie sont : chanter l’Internationa
1882ternationale dans les rues, faire la noce, écrire un livre de tendances très modernes. Et des gens pour se gausser quand n
1883e, écrire un livre de tendances très modernes. Et des gens pour se gausser quand nous écrivons Révolution, et nous offrir u
1884er quand nous écrivons Révolution, et nous offrir un billet (simple course) pour Moscou, ou encore pour demander à qui, en
1885tive de notre absurdité. Car l’homme « s’est fait une vérité changeante et toujours évidente, de laquelle il se demande vai
1886 plus combattre, c’est l’épanouissement violent d’une immense fleur palpitante au parfum de passions, c’est une atmosphère
1887nse fleur palpitante au parfum de passions, c’est une atmosphère toute chargée d’éclairs qui nous atteignent sans cesse au
1888 n’allez pas nous toucher, nous sommes dangereux. Un orage de tendresse va crever sur le monde. Aigles d’amours, oiseaux d
1889ns vos langues aériennes. On n’acceptera plus que des valeurs de passion. Balayez ces douanes de l’esprit, proclamez le gra
1890amez le grand Libre-Échange, voici déjà s’avancer des prodiges à cette invite la plus persuasive : nous sommes prêts à les
63 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Quatre incidents (avril 1927)
1891 l La maîtresse d’École Au printemps pur comme une joue, École errait, École suivait une femme dans les rues tant soit p
1892 La maîtresse d’École Au printemps pur comme une joue, École errait, École suivait une femme dans les rues tant soit peu mé
1893s pur comme une joue, École errait, École suivait une femme dans les rues tant soit peu métaphysiques d’une capitale de mes
1894femme dans les rues tant soit peu métaphysiques d’une capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels so
1895iques d’une capitale de mes songes. On exigeait d’une saison de marque de tels soupirs, d’ailleurs invraisemblables, qu’à l
1896emblables, qu’à leurs reflets se fussent évanouis des arcs-en-ciel de névroses dans tous les poèmes où détresse rimait avec
1897du voyage, et qu’on ne manque pas le train bleu d’un désir. Elle était donc venue. Il la suivait entre les devantures qui
1898eil toujours de face. Il ne vit plus que la foule des yeux bleus, son éblouissement. Soudain la voici, elle descend à sa re
1899, elle descend à sa rencontre parmi les éclairs d’un luxe mécanique, le visage dans sa fourrure. Elle découvre en passant
1900t trompé, ce n’est pas elle. Il pensa que c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âmes. Aussitôt il téléphone
1901 c’était un ange, de ceux qui vont à la recherche des âmes. Aussitôt il téléphone à ceux du paradis : « Qui va à la chasse
1902us nous comprenons. » On lui offrit immédiatement un fauteuil et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait
1903ons. » On lui offrit immédiatement un fauteuil et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait … [p. 152] R.
1904diatement un fauteuil et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait … [p. 152] R.S.V.P. À Max-Marc-Jean Jac
1905p. 152] R.S.V.P. À Max-Marc-Jean Jacob Reymond. Une étoile à la boutonnière, le marquis pénétra dans le salon de la duche
1906 de la duchesse, lui baisa la main et l’abattit d’un coup de revolver. Puis s’en fut avec un tact exquis, qui fut très rem
1907abattit d’un coup de revolver. Puis s’en fut avec un tact exquis, qui fut très remarqué. Le duc riait sous une table, comp
1908 exquis, qui fut très remarqué. Le duc riait sous une table, complètement ivre, et Bettina lui disait à l’oreille : « Mon c
1909au matin. Il neigeait dans les rues sourdes comme un songe de son enfance. Aux fenêtres du palais s’étoilèrent des halos.
1910 son enfance. Aux fenêtres du palais s’étoilèrent des halos. Le jour tendre paraissait sous l’égide de la mort. Il vit des
1911tendre paraissait sous l’égide de la mort. Il vit des fleurs de son enfance, une églantine, quelques roses, un sourire qui
1912ide de la mort. Il vit des fleurs de son enfance, une églantine, quelques roses, un sourire qui perce le cœur sur les glace
1913rs de son enfance, une églantine, quelques roses, un sourire qui perce le cœur sur les glaces du passé. Cet abandon aux fu
1914s du passé. Cet abandon aux fuyantes chansons, et des violons déchirants dans sa tête… Mais le sommeil s’évaporait aux care
1915sa tête… Mais le sommeil s’évaporait aux caresses des flocons, plus perfides que des murmures d’adieu. Il tomba parmi les s
1916orait aux caresses des flocons, plus perfides que des murmures d’adieu. Il tomba parmi les statues, dans l’amitié pensive d
1917Il tomba parmi les statues, dans l’amitié pensive des jardins. Une fenêtre s’était ouverte et des accords échappés tombaien
1918i les statues, dans l’amitié pensive des jardins. Une fenêtre s’était ouverte et des accords échappés tombaient, les ailes
1919nsive des jardins. Une fenêtre s’était ouverte et des accords échappés tombaient, les ailes coupées. Puis le silence se rep
1920u pour que s’ouvre ce cœur de l’après-midi, comme un camélia de tendre orgueil. Il respire déjà l’odeur merveilleuse des o
1921dre orgueil. Il respire déjà l’odeur merveilleuse des objets et des êtres véritables. Un bateau ne glisse pas plus doucemen
1922l respire déjà l’odeur merveilleuse des objets et des êtres véritables. Un bateau ne glisse pas plus doucement vers le sole
1923 merveilleuse des objets et des êtres véritables. Un bateau ne glisse pas plus doucement vers le soleil du haut-lac. Juste
1924ut-lac. Justement, voici que tout va s’ouvrir, qu’un monde s’est ouvert devant lui. Et l’eau n’est pas moins somptueuse. E
1925somptueuse. Et bien sûr, je n’ai pas bougé. C’est une question d’amitié. Pourtant je suis seul dès cette heure, et mes amis
1926je suis seul dès cette heure, et mes amis fuiront un lâche. Parce que je reviens seul. Mais moi, qui regarde comme de l’au
1927regarde comme de l’autre bord, je songe qu’il est des visites à de certaines grandes dames où je préférais — et lui aussi —
64 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Récit du pickpocket (fragment) (mai 1927)
1928evaliers »). Dès qu’on eut déposé devant Isidore un malaga et une eau minérale devant son étrange convive, celui-ci prit
1929 Dès qu’on eut déposé devant Isidore un malaga et une eau minérale devant son étrange convive, celui-ci prit la parole sans
1930maintient cinq ans, dix ans au plus. Après, c’est un long adieu et le corps se fige à mesure que l’esprit s’établit sur se
1931normalement bon. L’idée, par exemple, d’étrangler un chat pour le plaisir me répugnait. Je détestais de peiner quelque êtr
1932 méprisais trop sincèrement. » Vers cette époque, une femme me regarda longuement. » Mes parents me savaient vierge et c’ét
1933ur devais. Pourtant, je ne détournai pas mes yeux des yeux [p. 181] de cette femme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de
1934emme, de peur qu’elle ne souffrît à cause de moi. Un soir qu’elle pleurait, je l’embrassai si fort… En un quart d’heure, j
1935soir qu’elle pleurait, je l’embrassai si fort… En un quart d’heure, je connaissais l’amour dans ce qu’il a de plus étrange
1936it tout. Il effleura mon front de ses lèvres sans une parole quand je vins lui souhaiter le bonsoir. Le lendemain, ses chev
1937 avaient légèrement blanchi. Il me regardait avec une terreur ou je crus distinguer je ne sais quelle déchirante nostalgie.
1938vait vieux, maintenant. » Je songeais justement à un sourire de mon amie quand il voulut m’adresser la parole après un sil
1939n amie quand il voulut m’adresser la parole après un silence vertigineux. Il vit mon sourire et pleura. Alors une rage s’e
1940 vertigineux. Il vit mon sourire et pleura. Alors une rage s’empara de mon corps tout entier, je criai un juron, claquai la
1941 rage s’empara de mon corps tout entier, je criai un juron, claquai la porte et courus dans ma chambre. Une demi-heure plu
1942uron, claquai la porte et courus dans ma chambre. Une demi-heure plus tard, j’étais à la gare, j’écrivais un mot d’adieu à
1943mi-heure plus tard, j’étais à la gare, j’écrivais un mot d’adieu à ma maîtresse d’une nuit et je partais dans une directio
1944 gare, j’écrivais un mot d’adieu à ma maîtresse d’une nuit et je partais dans une direction quelconque. Il advint que ce fu
1945dieu à ma maîtresse d’une nuit et je partais dans une direction quelconque. Il advint que ce fut celle de l’Italie. La lumi
1946t la politique, que j’envoyais à divers journaux. Un jour, parcourant un quotidien de mon pays où je cherchais mon dernier
1947j’envoyais à divers journaux. Un jour, parcourant un quotidien de mon pays où je cherchais mon dernier papier, je lus mon
1948père. » J’étais assis à la terrasse ensoleillée d’un café ; une brise passa, et une femme en robe bleue légère qui me rega
1949étais assis à la terrasse ensoleillée d’un café ; une brise passa, et une femme en robe bleue légère qui me regarda un inst
1950rasse ensoleillée d’un café ; une brise passa, et une femme en robe bleue légère qui me regarda un instant, si doucement… J
1951 et une femme en robe bleue légère qui me regarda un instant, si doucement… Je me levai sans payer, je partis [p. 182] par
1952evai sans payer, je partis [p. 182] par les rues, une joie violente commençait à m’envahir, contre laquelle je luttais obsc
1953t je ne pus me tenir de chantonner. J’entrai dans un établissement luxueux d’où sortaient à chaque tour du tambour des bou
1954t luxueux d’où sortaient à chaque tour du tambour des bouffées de musique. » La femme en bleu dansait en regardant au plafo
1955d. Après deux tangos, nous montions ensemble dans une chambre d’hôtel où l’on ne voyait d’abord qu’un bouquet transfiguré p
1956 une chambre d’hôtel où l’on ne voyait d’abord qu’un bouquet transfiguré par la lumière et que reflétaient de nombreuses g
1957 glaces. Les fenêtres que j’ouvris firent tourner des soleils sur les parois claires. Du balcon, on voyait la mer, des bate
1958 les parois claires. Du balcon, on voyait la mer, des bateaux, des nuages, une avenue et ses autos rouges, tout un couchant
1959laires. Du balcon, on voyait la mer, des bateaux, des nuages, une avenue et ses autos rouges, tout un couchant de grand por
1960alcon, on voyait la mer, des bateaux, des nuages, une avenue et ses autos rouges, tout un couchant de grand port de la Médi
1961 des nuages, une avenue et ses autos rouges, tout un couchant de grand port de la Méditerranée. Nous nous aimâmes en siffl
1962à cause du soir trop limpide et trop vaste, comme un avenir de bonheur fiévreux — celui justement que j’entrevoyais. » Qua
1963 je vécus, comme vous me voyez vivre encore, dans un état de sincérité perpétuelle envers tous mes élans, accueillant avec
1964rpétuelle envers tous mes élans, accueillant avec un enthousiasme juvénile, c’est-à-dire cynique, toutes les offres du has
1965 de prendre conscience de soi-même — je découvris une nuit, au moment de m’endormir, que ma passion du vol n’était qu’une l
1966t de m’endormir, que ma passion du vol n’était qu’une longue vengeance. Ne m’avait-on pas dérobé des années de joie au prof
1967qu’une longue vengeance. Ne m’avait-on pas dérobé des années de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait
1968vait-on pas dérobé des années de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait obscurément. Je sentais bien q
1969vertu dans laquelle on m’avait emprisonné c’était un bas opportunisme social, résultante des paresses accumulées de tous l
1970né c’était un bas opportunisme social, résultante des paresses accumulées de tous les cerveaux bourgeois incapables de conc
1971us les cerveaux bourgeois incapables de concevoir un monde sans vieilles filles, sans capitalistes et sans gendarmes. Je s
1972 être engagé, du plan moral avec l’économique, qu’une expression nouvelle, et non dénuée d’ironie, de mon mépris pour ce qu
1973s de la société. » C’est avec le produit du vol d’un tronc de chapelle que j’édifiai à mes parents un tombeau sur lequel j
1974’un tronc de chapelle que j’édifiai à mes parents un tombeau sur lequel je fis graver : Prêté — rendu, pour la gloire de l
1975— rendu, pour la gloire de l’Église. (Ici, il but une gorgée et prit un temps.) » Je vous fais grâce, poursuivit-il, de la
1976oire de l’Église. (Ici, il but une gorgée et prit un temps.) » Je vous fais grâce, poursuivit-il, de la chronique de ma vi
1977ore que… Bref, depuis quelques mois, je m’amuse à jouer le pickpocket. Cela permet, avec un minimum d’adresse, de découvrir c
1978 m’amuse à jouer le pickpocket. Cela permet, avec un minimum d’adresse, de découvrir certaines personnalités sous un jour
1979dresse, de découvrir certaines personnalités sous un jour assez particulier, très souvent ignoré d’elles-mêmes auparavant,
1980en… Le goût de la propriété étant à mon sens l’un des plus vulgaires et des plus généralement répandus, j’ai vite fait de c
1981riété étant à mon sens l’un des plus vulgaires et des plus généralement répandus, j’ai vite fait de classer mon monde d’apr
1982 et j’en vérifie les manifestations vivantes avec une prodigalité d’épreuves, contre-épreuves, variantes et enjolivures où
1983able intérêt de ma vie. C’est vous dire que seule une certaine caresse de l’événement naissant peut encore m’émouvoir. C’es
1984’événement naissant peut encore m’émouvoir. C’est un plaisir de chaque minute auquel succède immédiatement le sommeil. Je
1985point que l’on considère ce saint comme le patron des voyageurs… » Saint-Julien parut satisfait de cette dernière plaisante
1986tit alors que la bienséance l’obligeait à émettre une opinion, même la plus générale et la moins compromettante, sur cette
1987it pas laissé que de l’agacer en maint endroit. « Une chose avant tout me frappe — dit-il, lâchant tout de suite ses compli
1988 bavures, sans réticences ; elle m’apparaît comme un divertissement perpétuel et dénué d’inquiétude. Et cela n’est pas san
1989appeler — pardonnez la lourdeur de l’expression — une règle de vie. Mais, je vous l’avouerai, ce qui me retient de tirer de
1990la sincérité tournait vite à l’agressif — effet d’une timidité naturelle dont il paraissait lui-même gêné. En deux mots, vo
1991dre. Je pourrais vous dire que si vous me trouvez un peu potache, il n’est pas prouvé par là que le potache n’ait point ra
1992dre geste convenu dans le genre « révolté » prend une saveur de raillerie assez amère. Et peut-être apprendrez-vous à décou
65 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conseils à la jeunesse (mai 1927)
1993à la jeunesse (mai 1927) n « On a reproché bien des choses aux romantiques : le goût du suicide, l’habitude de boire et d
1994à la base de la société même. »   Ceci est tiré d’un livre récent sur Aloysius Bertrand. Est-ce vraiment aux romantiques d
1995donnerions peut-être raison à M. Y. Z., qui, dans un petit article du Journal de Genève sur « La maladie du siècle », écri
1996ve sur « La maladie du siècle », écrit : « Plante des pommes de terre, jeune homme ! Quand tu seras au bout de la 20e ligne
1997 Genève parlait naguère, tu mangeras avec appétit une poule au riz arrosée d’un savoureux “demi” de Lavaux. » Seulement, il
1998 mangeras avec appétit une poule au riz arrosée d’un savoureux “demi” de Lavaux. » Seulement, il y a tout de même un ou de
1999demi” de Lavaux. » Seulement, il y a tout de même un ou deux petits phénomènes sociaux de notre temps que cette méthode ne
2000ous paraissent entraîner assez naturellement chez des jeunes « et qui pensent » ce goût de l’évasion caractéristique de tou
2001t de la sacro-sainte Raison utilitaire au service des sacro-saints Principes au nom desquels tout se ligue aujourd’hui pour
2002: nous pensons que bien avant Voltaire il y avait des autruches pour enseigner cette méthode à leurs petits. Le « satisfait
2003ette méthode à leurs petits. Le « satisfait » est un être inadmissible aujourd’hui. À plus forte raison, le satisfait arti
66 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927)
2004 cite tel auteur dont nous fîmes notre nourriture une saison de naguère, voilà le rictus de votre bouche, une injure de pyt
2005ison de naguère, voilà le rictus de votre bouche, une injure de pythie. Vous dites de ce conte : c’est trop écrit. Vous dit
2006s de ce roman : c’est trop agréable. Vous dites d’un goût qu’on aurait pour Nietzsche : que c’est de la littérature. Alors
2007oi : j’ai lu ça quelque part. Voyez ma franchise. Un peu grosse, n’est-ce pas ? D’autres prennent soin que leurs sincérité
2008 que leurs sincérités gardent au moins l’excuse d’une audace qu’ils escomptent scandaleuse. Mais voici un bar où je vous su
2009 audace qu’ils escomptent scandaleuse. Mais voici un bar où je vous suis. Vous y entrez plein de mépris pour Paul Morand p
2010es le [p. 232] charme de ces lieux. Vous composez un cocktail en guise de métaphore, avec une pensée tendre pour un ami po
2011 composez un cocktail en guise de métaphore, avec une pensée tendre pour un ami poète. « L’autre jour au Grand Écart… » dit
2012n guise de métaphore, avec une pensée tendre pour un ami poète. « L’autre jour au Grand Écart… » dit quelqu’un. À ce coup,
2013ambronne : hommage à Louis Aragon. Ce cristal est une citation de Valéry, cette œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 .
2014e citation de Valéry, cette œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l
2015te œillade se souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l’ivresse naissante se glis
2016 souvient d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l’ivresse naissante se glisse un poème o
2017d’un vers d’Éluard 14 . Et des phrases, des cris, des mots. Au défaut de l’ivresse naissante se glisse un poème où vous aim
2018 mots. Au défaut de l’ivresse naissante se glisse un poème où vous aimiez à la folie votre douleur. Narcisse1 se contemple
2019r de son monocle. Au petit matin, il se noie dans un verre à liqueur. Poisson dans l’eau, plumes dans le vent, poète au ba
2020 posent pour le Diable et ne se baignent que dans des bénitiers : on voit trop qu’ils trouvent ça pittoresque. Et le plaisi
2021nt ça pittoresque. Et le plaisir d’être nu devant un public supposé dévot, et qui n’ose en croire sa pudeur, et qui doute
2022 sa pudeur, et qui doute enfin de l’impossibilité des miracles ! Quelles voluptés plus subtiles et plus aiguës ? On vaincra
2023n vaincra jusqu’à sa gueule de bois pour en faire des poèmes. Alors je cherche les raisons de votre indignation, quand il m
2024 raisons de votre indignation, quand il m’échappe une citation. Seraient-ce les guillemets qui vous choquent ?   La vie ! —
2025a bouche brûlée d’alcools, vous découvrez à l’eau un goût étrange. L’eau est incolore, inodore et sans saveur. Mais fraîch
2026otre mépris pour le pittoresque, vous témoignez d’un goût du bizarre qui révèle le littérateur. Nous ne pouvons pas faire
2027ce refus n’est pas seulement comme vous pensez, d’une ingratitude salutaire, c’est refus de limiter le mal. Je vous vois en
2028 refus de limiter le mal. Je vous vois envahi par des démons que vous prétendez m’interdire de nommer. Mais moi je partage
2029e avec certains Orientaux cette croyance : nommer une chose, c’est avoir puissance sur elle. Images, pensées des autres, je
2030, c’est avoir puissance sur elle. Images, pensées des autres, je vous ai mis un collier avec le nom du propriétaire ; tirez
2031 elle. Images, pensées des autres, je vous ai mis un collier avec le nom du propriétaire ; tirez un peu sur la laisse, que
2032is un collier avec le nom du propriétaire ; tirez un peu sur la laisse, que j’éprouve la fermeté de ma main. Je vous tiens
2033s — et ce n’est pas que je m’en vante, — j’ai tué un amour naissant, à force de le crier sur les toits. Ainsi, parler litt
2034Sur l’insuffisance de la littérature On reconnaît un écrivain, aujourd’hui, à ce qu’il ne tolère pas qu’on lui parle litté
2035lère pas qu’on lui parle littérature. Mais il y a des mépris qui sont de sournoises déclarations d’amour. Tel qui raille l’
2036raille l’Église et les curés, c’est qu’il se fait une très haute idée de la religion. Ainsi, de la littérature : votre mépr
2037e que la littérature. Que la littérature nous est un moyen seulement d’atteindre et de préparer d’autres choses, d’autres
2038de préparer d’autres choses, d’autres actions, ou des états intérieurs qui sont parfois des actions en puissance 15 . Il fa
2039actions, ou des états intérieurs qui sont parfois des actions en puissance 15 . Il faudrait des choses plus lourdes et plus
2040parfois des actions en puissance 15 . Il faudrait des choses plus lourdes et plus irrésistibles, percutantes. Qui vous écha
2041percutantes. Qui vous échappent en vous blessant. Des choses dures, amères comme un destin, comme le goût d’une pierre rêch
2042 en vous blessant. Des choses dures, amères comme un destin, comme le goût d’une pierre rêche sur ta langue et grinçante s
2043es dures, amères comme un destin, comme le goût d’une pierre rêche sur ta langue et grinçante sous ta dent. Des souplesses
2044re rêche sur ta langue et grinçante sous ta dent. Des souplesses qui se retournent brusquement et vous renversent. Des prés
2045qui se retournent brusquement et vous renversent. Des présences tellement intenses que tout se fond catastrophiquement dans
2046d catastrophiquement dans l’infini de la seconde. Des peurs sans cause, plus vides que la mort. Toutes ces choses mystiques
2047 pressens encore dans vos poèmes les plus obscurs des allusions furtives à certains états de la réalité. Mais plus les mots
2048ats de la réalité. Mais plus les mots se plient à des exigences sémantiques — dont on connaît la portée sociale, — mariant
2049 — mariant l’utile à l’agréable selon les rites d’une esthétique ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signifier
2050 l’agréable selon les rites d’une esthétique ou d’une autre, plus ils perdent leur pouvoir de signifier les choses qui nous
2051e véritable. Alors, cessons de nous battre contre des moulins à vent. La littérature, considérée du point de vue de la psyc
2052point de vue de la psychologie de l’écrivain, est un besoin organique, un peu anormal, que l’on satisfait dans certains ét
2053ychologie de l’écrivain, est un besoin organique, un peu anormal, que l’on satisfait dans certains états de crise afin de
2054 quelque plaisir, plus rarement, de quoi se payer un petit voyage. C’est l’aveu d’une faiblesse secrète. Et c’est une réac
2055 de quoi se payer un petit voyage. C’est l’aveu d’une faiblesse secrète. Et c’est une réaction de défense. On cherche un mo
2056e. C’est l’aveu d’une faiblesse secrète. Et c’est une réaction de défense. On cherche un mot, une phrase, pour tuer une [p.
2057ète. Et c’est une réaction de défense. On cherche un mot, une phrase, pour tuer une [p. 236] réalité dont la connaissance
2058c’est une réaction de défense. On cherche un mot, une phrase, pour tuer une [p. 236] réalité dont la connaissance devient d
2059défense. On cherche un mot, une phrase, pour tuer une [p. 236] réalité dont la connaissance devient douloureuse et troublan
2060e connaissance véritable du monde.) Littérature : un vice ? Peut-être. Ou une maladie ? Ce n’est pas en l’ignorant par att
2061 du monde.) Littérature : un vice ? Peut-être. Ou une maladie ? Ce n’est pas en l’ignorant par attitude que vous la guérire
2062nscrire les effets. J’avoue prendre à cette étude un intérêt bien vif. Et cela fournit un merveilleux sujet de conversatio
2063 cette étude un intérêt bien vif. Et cela fournit un merveilleux sujet de conversation, au café. Dans un salon, par contre
2064 merveilleux sujet de conversation, au café. Dans un salon, par contre, c’est d’un ridicule écrasant : mais rien n’est plu
2065tion, au café. Dans un salon, par contre, c’est d’un ridicule écrasant : mais rien n’est plus facile que d’y échapper. I
2066ntherlant me paraît être le moins « littératuré » des écrivains d’aujourd’hui. Quand il parle littérature, il a toujours l’
2067 parle littérature, il a toujours l’air de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre gens du mé
2068ous silence. C’est assez drôle de voir le malaise des chers confrères. Ils ne pardonnent pas à ce toréador ses familiarités
2069ardonnent pas à ce toréador ses familiarités avec une Muse qu’ils n’ont pas coutume d’aborder sans le mot de passe de la de
2070é. On m’affirme que je n’y échapperai pas plus qu’un autre : et qu’un beau soir il faille écrire pour vivre, possible ; ma
2071ue je n’y échapperai pas plus qu’un autre : et qu’un beau soir il faille écrire pour vivre, possible ; mais, pour sûr, jam
2072reton qui l’a exprimé : « On publie pour chercher des hommes, et rien de plus. » Chercher des hommes ! Ah ! cher ami, nous
2073 chercher des hommes, et rien de plus. » Chercher des hommes ! Ah ! cher ami, nous ne sommes pas tant, n’est-ce pas, à pour
2074us ne sommes pas tant, n’est-ce pas, à poursuivre une quête de l’esprit. Et vous savez ce qu’elle nous vaut : les mépris, l
2075pour leurs instables certitudes, et qui nous font un péché de notre acceptation des réalités spirituelles parce qu’elles t
2076s, et qui nous font un péché de notre acceptation des réalités spirituelles parce qu’elles troublent leurs bureaucratiques
2077tions que j’attende de la littérature : que celle des autres m’aide à prendre conscience de [p. 238] moi-même ; que la mien
2078s’agit plus de mépris ni d’adoration. J’ai défini une « maladie » dont je parviens à tirer quelque bien pour ma vie. Le jou
2079. Le jour où les soins qu’elle exige me coûteront des sacrifices plus grands que les bienfaits que j’en escompte, il sera t
2080 sympathique Philippe Soupault, que « ceci, c’est une autre histoire, une autre belle histoire, une autre très belle histoi
2081e Soupault, que « ceci, c’est une autre histoire, une autre belle histoire, une autre très belle histoire ». (Et vous verri
2082est une autre histoire, une autre belle histoire, une autre très belle histoire ». (Et vous verriez à quoi cela peut servir
2083oire ». (Et vous verriez à quoi cela peut servir, une citation.) Mais non, cher ami, voici qu’une envie me prend de vous co
2084rvir, une citation.) Mais non, cher ami, voici qu’une envie me prend de vous conter un peu cette histoire. Seulement, allon
2085r ami, voici qu’une envie me prend de vous conter un peu cette histoire. Seulement, allons ailleurs ; il y a trop de monde
67 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les derniers jours (juillet 1927)
2086unisme. Tous ceux-là travaillent à l’achèvement d’un certain monde moderne, merveilleuse mécanique sévère et dénuée de tou
2087évère et dénuée de tout secours de l’Esprit. Mais un jour viendra où les hommes se révolteront contre le joug atrocement p
2088révolteront contre le joug atrocement positiviste des Maurras et des Mussolini, des Lénine et des Ford. Alors les hommes hu
2089tre le joug atrocement positiviste des Maurras et des Mussolini, des Lénine et des Ford. Alors les hommes hurleront un affr
2090ocement positiviste des Maurras et des Mussolini, des Lénine et des Ford. Alors les hommes hurleront un affreux besoin myst
2091viste des Maurras et des Mussolini, des Lénine et des Ford. Alors les hommes hurleront un affreux besoin mystique. Vous rév
2092es Lénine et des Ford. Alors les hommes hurleront un affreux besoin mystique. Vous réveillerez-vous pour les désaltérer, d
68 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Adieu au lecteur (juillet 1927)
2093rme candeur de trouver ça naturel. On nous a fait des reproches contradictoires. Nous les additionnons : ils s’annulent. Il
2094mots sur la paradoxale situation intellectuelle d’une revue d’étudiants comme la nôtre. D’un côté, en effet, on s’accorde p
2095ctuelle d’une revue d’étudiants comme la nôtre. D’un côté, en effet, on s’accorde pour trouver légèrement ridicule un jeun
2096et, on s’accorde pour trouver légèrement ridicule un jeune homme qui recherche activement la Sagesse (« Ça n’est pas de vo
2097 de votre âge ! ») ; de l’autre, on se scandalise des « énormités » qui peuvent échapper à un jeune homme moins grave et qu
2098andalise des « énormités » qui peuvent échapper à un jeune homme moins grave et qui manifeste franchement sa jeunesse. (« 
2099 jeunesse. (« Vous vous souciez vraiment trop peu des conséquences de ce que vous écrivez ! ») [p. 257] En définitive, il
2100r troublé quelques bonnes petites somnolences par des cris intempestifs. Il y a des gens qui n’ont pas encore admis que jeu
2101tes somnolences par des cris intempestifs. Il y a des gens qui n’ont pas encore admis que jeunesse = révolution Tous les ma
2102t puis, de temps à autre, voici que nous parvient un signe d’amitié qui ne trompe pas. Deux ou trois mots, on s’est compri
2103nève et son mystère. Car chaque année, renaissant des décombres où s’anéantirent l’honneur et la fortune de ses derniers ré
2104iers rédacteurs, notre Revue-phénix s’élance avec une ardeur rajeunie d’un an dans une direction absolument imprévisible. Q
2105 Revue-phénix s’élance avec une ardeur rajeunie d’un an dans une direction absolument imprévisible. Que nous apportera le
2106ix s’élance avec une ardeur rajeunie d’un an dans une direction absolument imprévisible. Que nous apportera le Central de G
2107la tradition, l’anarchie, l’ironie, le sentiment, un réveil des vieux, Maurras, Lounatcharsky, la SdN, et même Edmond Gill
2108on, l’anarchie, l’ironie, le sentiment, un réveil des vieux, Maurras, Lounatcharsky, la SdN, et même Edmond Gillard, et mêm
2109SdN, et même Edmond Gillard, et même, et surtout, un miracle. Et puis, ils ont des vieux un peu là, du grand Arthur-Alfred
2110et même, et surtout, un miracle. Et puis, ils ont des vieux un peu là, du grand Arthur-Alfred-Albert [p. 258] au non moins
2111t surtout, un miracle. Et puis, ils ont des vieux un peu là, du grand Arthur-Alfred-Albert [p. 258] au non moins grand Tan
2112Et puis, en voilà assez pour ranimer la curiosité des plus blasés. Lecteur, fais confiance au Central de Genève. Souviens-t
69 1928, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le péril Ford (février 1928)
2113oire n’a pas connu de période où les directions d’une civilisation apparaissent plus nettement. Un certain ordre s’élabore,
2114s d’une civilisation apparaissent plus nettement. Un certain ordre s’élabore, ou, pour mieux dire, une organisation généra
2115 Un certain ordre s’élabore, ou, pour mieux dire, une organisation générale de la vie mondiale. Toutes les forces du temps
2116 peu que la bourgeoisie intellectuelle persiste à jouer l’autruche aux yeux clos, l’avènement de cette organisation toute-pui
2117 cette organisation toute-puissante n’est plus qu’une question de quelques années. Mais peut-être est-il temps encore. Ici
2118i et là, quelques cris s’élèvent dans le désert d’une époque déjà presque abandonnée par l’Esprit. À l’heure de toucher aux
2119is près de deux siècles, l’Occidental est saisi d’un étrange malaise. Il soupçonne, par éclairs, qu’il y avait peut-être d
2120ar éclairs, qu’il y avait peut-être dans ces buts une absurdité fondamentale. L’infaillible progrès aurait-il fait fausse r
2121ntraîne l’Occident ? Cris dans le désert. Déserts des villes fiévreuses où le fracas des machines couvre déjà la plainte hu
2122ésert. Déserts des villes fiévreuses où le fracas des machines couvre déjà la plainte humaine. Il y a ceux qui pleurent le
2123 passé et ceux qui prophétisent, ceux qui jettent une imprécation stérile et magnifique contre l’époque et ceux qui cherche
2124ent à l’oublier dans le rêve, dans l’utopie, dans une belle doctrine… Il faudrait d’abord prendre conscience du péril. Nous
2125ous ne tentons rien d’autre ici. [p. 190] Il y a une lâcheté, croyons-nous, dans cette complaisance générale à proclamer l
2126aine de sa civilisation. Il répugne à admettre qu’une époque entière ait pu se tromper, et se tromper mortellement. Il suff
2127. L’homme qui a réussi Je prends Henry Ford comme un symbole du monde moderne, et le meilleur, parce que personne ne s’est
2128e. Il naît fils de paysan. Il passe son enfance à jouer avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à prése
2129fils de paysan. Il passe son enfance à jouer avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à présent », dit
2130 enfance à jouer avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à présent », dit‑il. Le plus mémorable événe
2131avec des outils, « et c’est avec des outils qu’il joue encore à présent », dit‑il. Le plus mémorable événement de ces années
2132» il met dans l’expression), c’est la rencontre d’une locomotive routière. « Depuis l’instant où, enfant [p. 191] de douze
2133 grande et constante ambition a été de construire une bonne machine routière. » Les étapes de sa jeunesse sont : la constru
2134es étapes de sa jeunesse sont : la construction d’un moteur à vapeur, puis d’un moteur à explosion, enfin d’une première a
2135nt : la construction d’un moteur à vapeur, puis d’un moteur à explosion, enfin d’une première automobile fabriquée, à temp
2136nicien chez Edison. Il fonde tôt après la Société des automobiles Ford, « et commence à réaliser son rêve, le type unique d
2137que d’automobile utilitaire » 2 . Dès lors, c’est une suite de chiffres indiquant le progrès de sa production, d’année en a
2138n année. On pourrait ajouter à ces chiffres celui des milliards qu’il possède, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui
2139, ou plutôt qu’il gère, mais ce n’est pour lui qu’un résultat secondaire de son activité. Le but de sa vie n’a jamais été
2140t de vue technique. L’organisation de ses usines, des salaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouv
2141ique. L’organisation de ses usines, des salaires, des conditions de travail et de repos qu’il offre à ses ouvriers semblent
2142qu’il offre à ses ouvriers semblent bien apporter une solution définitive aux problèmes du surmenage et du paupérisme. C’es
2143ux problèmes du surmenage et du paupérisme. C’est un résultat qu’on n’a pas le droit humainement de sous-estimer. Les grie
2144. Au contraire, il a résolu la question sociale d’une façon qui ne devrait pas déplaire aux doctrinaires de gauche, lesquel
2145squels ont coutume de promettre à leurs électeurs une organisation complète du monde, seule méthode capable d’empêcher les
2146 monde, seule méthode capable d’empêcher les abus des capitalistes. Du [p. 192] même coup, en supprimant l’esclavage financ
2147Il se dégage de la lecture de Ma Vie et mon Œuvre une impression de netteté, de solidité, de propreté. Si l’on ajoute à cel
2148ours au récit de succès mirobolants, et le charme un peu facile mais fort goûté du grand public, de l’humour américain, l’
2149l’on comprendra sans peine la popularité mondiale des « idées » d’Henry Ford et des livres qui les répandent. L’on ne pourr
2150popularité mondiale des « idées » d’Henry Ford et des livres qui les répandent. L’on ne pourra qu’y applaudir, semble-t-il,
2151il. « Se fordiser ou mourir », écrivait récemment un économiste. Ford, perfection de l’industriel, offre au monde moderne
2152 193] soit conditionnée jusque dans le détail par une idée fixe primitive. Considérons-la sous cet angle. Il y a d’abord la
2153e d’en réaliser l’objet par ses propres moyens, à un exemplaire ; puis, il fonde une usine pour multiplier les réalisation
2154 propres moyens, à un exemplaire ; puis, il fonde une usine pour multiplier les réalisations. Bientôt, élargissant son ambi
2155oduction, avec cette netteté et cette décision qu’une passion contenue peut donner à l’homme d’action. Enfin, le voici en m
2156e d’action. Enfin, le voici en mesure de produire des quantités énormes d’autos. Seulement, pour pouvoir continuer, il faut
2157s. Il ne s’agit plus maintenant que de lui donner une apparence d’utilité publique. À chaque page de ses livres, on pourrai
2158isse suffisamment les prix, on ne trouve toujours des clients, quel que soit l’état du marché. » Il semble que cela soit to
2159 soit tout à l’avantage du client. Mais cherchons un peu les causes réelles de cet abaissement de prix — la concurrence n’
2160 de prix — la concurrence n’étant bien entendu qu’une cause accessoire. Dire que l’état du marché est tel que le client n’a
2161u, la production devant se maintenir, il n’y a qu’une solution : recréer le besoin. Pour cela, on abaisse les prix. Le clie
2162a gagner 5 francs en achetant 5 francs moins cher un objet que, sans cette baisse, il n’eût pas acheté du tout. Autrement
2163l ait forcé (psychologiquement) le client à faire une dépense superflue ; le scandale est qu’il l’ait trompé sur ses vérita
2164omperie-là. Elle peut amener, en se généralisant, une sorte de suicide du genre humain, par perte de son instinct de préser
2165ir. M. Guglielmo Ferrero a fort bien montré, dans un article intitulé « Le grand paradoxe du monde moderne » 3 , ce qu’il
2166uris ; si Ford relâche les ouvriers et leur donne une apparence de liberté, c’est pour mieux les prendre dans son engrenage
2167ister qu’en progressant. Mais la nature humaine a des limites. Et le temps approche où elles seront atteintes. On peut se d
2168se demander jusqu’à quel point Ford est conscient des buts et de l’avenir de son effort. Pour mon compte, je crois que l’id
2169ue l’idée fixe de produire peut très bien envahir un cerveau moderne au point d’en exclure toute considération de finalité
2170alité capitaliste américaine. Voici, par exemple, une définition de la liberté : La liberté consiste à travailler pendant
2171ie. Il ne peut empêcher que son attitude ne porte un nom philosophique : c’est au plus pur, au plus naïf matérialiste que
2172éalistes » n’y changeront rien. D’ailleurs, voici des déclarations plus nettes [p. 196] encore : « Je ne considère pas les
2173 considère pas les machines Ford simplement comme des machines. J’y vois la réalisation concrète d’une théorie qui tend à f
2174 des machines. J’y vois la réalisation concrète d’une théorie qui tend à faire de ce monde un séjour meilleur pour les homm
2175ncrète d’une théorie qui tend à faire de ce monde un séjour meilleur pour les hommes. » C’est le bonheur, le salut par l’a
2176les tracteurs, mais composent en quelque manière, un code universel ! » Réjouissons-nous… Mais, comment expliquer que des
2177! » Réjouissons-nous… Mais, comment expliquer que des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne », ap
2178r que des centaines de milliers de lecteurs, dans une Europe « chrétienne », applaudissent sans réserve aux thèses de cet o
2179et orgueilleux et naïf messianisme matérialiste ? Un seul doute effleure Ford vers la fin de son livre : Le problème de l
2180 ne saurait mieux dire. Mais il faudrait en tirer des conséquences, alors que Ford passe outre et se remet à discuter des p
2181alors que Ford passe outre et se remet à discuter des points de technique. Il n’a pas senti qu’il touchait là le nœud vital
2182ssianisme de la machine, méconnaissance glorieuse des forces spirituelles, le tout [p. 197] agrémenté d’humour et exposé av
2183e tout [p. 197] agrémenté d’humour et exposé avec un simplisme qui emporte à coup sûr l’adhésion du gros public : telle es
2184que de philosopher. Je le veux. Mais si j’insiste un peu sur ses « idées », c’est pour souligner ce hiatus étrange : l’hom
2185r ainsi longtemps encore. On se refuse à l’idée d’une catastrophe, pourtant plus que probable, par crainte de se voir oblig
2186able, par crainte de se voir obligé à la révision des valeurs, la plus difficile et la plus grave : celle qu’on ne peut fai
2187us le soleil » derrière lequel on se réfugie avec une paresse et une légèreté inouïes, c’est le signe d’une complicité avec
2188derrière lequel on se réfugie avec une paresse et une légèreté inouïes, c’est le signe d’une complicité avec un état de cho
2189paresse et une légèreté inouïes, c’est le signe d’une complicité avec un état de choses funeste pour l’Esprit. Si l’Esprit
2190eté inouïes, c’est le signe d’une complicité avec un état de choses funeste pour l’Esprit. Si l’Esprit nous abandonne, c’e
2191donne, c’est que nous avons voulu tenter sans lui une aventure que nous pensions gratuite : nous avons cherché le bonheur d
2192ire les peuples. Ainsi, détournant de l’essentiel une grande part des forces humaines, il travaille contre l’Esprit. Rien n
2193 Ainsi, détournant de l’essentiel une grande part des forces humaines, il travaille contre l’Esprit. Rien n’est gratuit. No
2194éritable, la connaissance de l’Esprit. C’est déjà un fait d’expérience. Et qui n’en pourrait citer un exemple individuel ?
2195 un fait d’expérience. Et qui n’en pourrait citer un exemple individuel ? Nous savons assez en quel mépris l’homme d’affai
2196rs, on tranche les grandes questions humaines est une des manifestations les plus frappantes de notre régression. Cette per
2197on tranche les grandes questions humaines est une des manifestations les plus frappantes de notre régression. Cette perte d
2198thique et pas dangereux du tout. On n’en fait pas une philosophie. Mais, sans qu’on s’en doute, cela en prend la place. Les
2199.) L’homme moderne manie les choses de l’âme avec une maladresse de barbare. [p. 199] IV. « En être » ou ne pas en être U
2200tre à l’Esprit, et tomber presque fatalement dans un anarchisme stérile. 1° Accepter la technique et ses conditions. Dans
2201fatigue semble disparaître, l’homme s’abandonne à des lois géométriques. Un jeu de chiffres d’horlogerie calculé une fois p
2202tre, l’homme s’abandonne à des lois géométriques. Un jeu de chiffres d’horlogerie calculé une fois pour toutes et qu’il se
2203 au monde vers 5 heures du soir, dans la détresse des dernières sirènes. Au monde, c’est-à-dire à une nature dont l’usine l
2204e des dernières sirènes. Au monde, c’est-à-dire à une nature dont l’usine lui a fait oublier jusqu’à l’existence, et à une
2205sine lui a fait oublier jusqu’à l’existence, et à une liberté qu’il s’empresse d’aliéner au profit de plaisirs tarifés, sou
2206lus subtilement encore que son travail aux lois d’une offre et d’une demande sans rapport avec ses désirs réels, et dont il
2207 encore que son travail aux lois d’une offre et d’une demande sans rapport avec ses désirs réels, et dont il subit docileme
2208la s’appelle encore vivre. Mais l’homme qui était un membre vivant dans le corps de la Nature, lié par les liens les plus
2209chéance, abandonné à la lutte tragique et absurde des lois économiques et des exigences les plus rudimentaires de son corps
2210lutte tragique et absurde des lois économiques et des exigences les plus rudimentaires de son corps. Il a perdu le contact
2211ar là même, avec les surnaturelles. Il en ressent une vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met d’ailleurs sur
2212ir inventé ou compris par soi-même, la liberté et une certaine durée normale et capricieuse dans le plaisir, la conscience
2213ains et divins. Mauvais loisirs. Ford lui a donné une auto pour admirer la nature entre 17 et 19 heures : vraiment, il ne l
2214e la nature, il est condamné à ne plus saisir que des rapports abstraits entre les choses. Il ne comprend presque plus rien
2215tal a prétendu maîtriser la matière et parvenir à une liberté plus haute. Or, la technique a révélé des exigences telles qu
2216une liberté plus haute. Or, la technique a révélé des exigences telles que l’Esprit ne peut les supporter. Il abandonne don
2217ir de notre liberté. La victoire mécanicienne est une victoire à la Pyrrhus. Elle nous donne une liberté dont nous ne somme
2218ne est une victoire à la Pyrrhus. Elle nous donne une liberté dont nous ne sommes plus dignes. Nous perdons, en l’acquérant
2219iennent par le seul fait de rester eux-mêmes dans un monde fordisé, des anarchistes. Car l’Esprit n’est pas un luxe, n’est
2220l fait de rester eux-mêmes dans un monde fordisé, des anarchistes. Car l’Esprit n’est pas un luxe, n’est pas une faculté de
2221 fordisé, des anarchistes. Car l’Esprit n’est pas un luxe, n’est pas une faculté destinée à amuser nos moments de loisir,
2222histes. Car l’Esprit n’est pas un luxe, n’est pas une faculté destinée à amuser nos moments de loisir, il a des exigences e
2223lté destinée à amuser nos moments de loisir, il a des exigences effectives ; et ces exigences sont en contradiction avec ce
2224a technique impose au monde moderne. Ces êtres, d’une espèce de plus en plus rare, qui savent encore quelque chose de la vi
2225elque chose de la vie profonde, qui voient encore des vérités invisibles, qui gardent, par quelle grâce ? un peu de cette c
2226s savants nomment mysticisme et considèrent comme un « cas » très spécial, — on les écarte des engrenages où ils risquerai
2227nt comme un « cas » très spécial, — on les écarte des engrenages où ils risqueraient de faire grain de sable. Ils se réfugi
2228he de Ford réduira l’Esprit à devenir l’apanage d’une sorte de franc-maçonnerie de quelques centaines d’individus. Et cette
2229», dit l’Écriture. ⁂ [p. 202] Je ne pense pas qu’une attitude réactionnaire qui consisterait à vouloir en revenir à la pér
2230 à la période préindustrielle soit autre chose qu’une échappatoire utopique. Nous avons mieux à faire, il n’est plus temps
2231l n’est plus temps de se désintéresser simplement des buts — si bas soient-ils — d’une civilisation sous le poids de laquel
2232esser simplement des buts — si bas soient-ils — d’une civilisation sous le poids de laquelle nous risquons de périr. Il se
2233quelle nous risquons de périr. Il se prépare déjà des révoltes terribles 4 , celles d’un mysticisme exaspéré, devenu presqu
2234 prépare déjà des révoltes terribles 4 , celles d’un mysticisme exaspéré, devenu presque fou dans sa prison. Les intellect
2235ns sa prison. Les intellectuels d’aujourd’hui ont une tâche pressante : chercher s’il est possible d’échapper au fatal dile
2236eté et courage. Pour le reste, je pense que c’est une question de foi. p. 189 a. « Le péril Ford », Foi et Vie, Paris
70 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Princesse Bibesco, Catherine-Paris (janvier 1928)
2237ibesco, Catherine-Paris (janvier 1928) aq C’est un livre sympathique ; et il vaut la peine de le dire car la chose n’est
2238premiers chapitres de Catherine-Paris cette magie des sensations et des rêves de l’enfance et cette féminité du sentiment,
2239 de Catherine-Paris cette magie des sensations et des rêves de l’enfance et cette féminité du sentiment, du tour de pensée
2240pensée même, qui faisaient déjà du Perroquet Vert un petit chef-d’œuvre de poésie proprement romanesque, naissant des situ
2241d’œuvre de poésie proprement romanesque, naissant des situations mêmes et non de dissertations lyriques à leur propos. Mais
2242e [p. 122] la princesse, le témoin intelligent et un peu ironique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette es
2243incesse, le témoin intelligent et un peu ironique des cours d’Europe à la veille de la guerre. De cette espèce de collabora
2244e Catherine à Paris est du roman pur ; la tournée des cours de l’Europe centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un com
2245rope centrale, qu’elle subit comme jeune épouse d’un comte polonais, grand seigneur médiatisé, vaguement prétendant au trô
2246ment prétendant au trône de Pologne, est plutôt d’un mémorialiste. Madame Bibesco y montre beaucoup de liberté d’esprit, u
2247me Bibesco y montre beaucoup de liberté d’esprit, une pénétration de jugement et une ironie assez amère qui étonnent de la
2248 liberté d’esprit, une pénétration de jugement et une ironie assez amère qui étonnent de la part d’une femme aussi femme qu
2249 une ironie assez amère qui étonnent de la part d’une femme aussi femme que l’auteur du Perroquet Vert. Mais là-dessus, le
2250s une troisième action (l’amour de Catherine pour un aviateur français) assez peu intéressante à vrai dire, parce qu’elle
2251llances de la technique du roman sont sauvées par un style brillant, plein de trouvailles spirituelles, malicieuses ou poé
2252el… On peut regretter que ce livre ne réalise pas une synthèse plus organique du roman et des mémoires. Mais si son début p
2253alise pas une synthèse plus organique du roman et des mémoires. Mais si son début permet de croire que le Perroquet Vert ne
2254et de croire que le Perroquet Vert ne restera pas une réussite isolée dans l’œuvre purement romanesque de la princesse Bibe
2255sse Bibesco, Catherine-Paris annonce par ailleurs un mémorialiste captivant, dans la tradition d’un Ligne par exemple.
2256rs un mémorialiste captivant, dans la tradition d’un Ligne par exemple. p. 121 aq. « Princesse Bibesco : Catherine-
71 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Marguerite Allotte de la Fuye, Jules Verne, sa vie, son œuvre (juin 1928)
2257ituel. Pourquoi ne veut-on voir en Jules Verne qu’un précurseur ? Jules Verne est un créateur, dont les inventions se suff
2258en Jules Verne qu’un précurseur ? Jules Verne est un créateur, dont les inventions se suffisent et suffisent à notre joie.
2259ptiques. Il a aimé la science parce qu’elle ouvre des perspectives d’évasion — où seuls les poètes savent se perdre. Et c’e
2260voir emprunté le véhicule à la mode pour conduire des millions de lecteurs dans un monde purement fantaisiste où les équati
2261 mode pour conduire des millions de lecteurs dans un monde purement fantaisiste où les équations tyranniques deviennent de
2262ellement dans la lune, ou bien descendent au fond des mers adorer la Liberté et jouer de l’orgue sous les yeux de poulpes g
2263 descendent au fond des mers adorer la Liberté et jouer de l’orgue sous les yeux de poulpes géants. Jules Verne a véritableme
2264elle du cinéma ! Claretie raconte que les détenus des maisons de correction se jetaient sur ces volumes « au travers desque
2265nous pas autant, emprisonnés que nous sommes dans une civilisation qui, selon l’expression de Jules Verne désabusé « emprun
2266ion de Jules Verne désabusé « emprunte l’aspect d’une nécessité » (et dans la bouche de ce libertaire, cela constituait un
2267dans la bouche de ce libertaire, cela constituait un jugement !) [p. 769] Serons-nous longtemps encore dupes d’une concep
2268!) [p. 769] Serons-nous longtemps encore dupes d’une conception de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus
2269ption de la littérature si pédante qu’elle exclut un de nos plus grands conteurs sous prétexte qu’il n’est styliste ni psy
72 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Aragon, Traité du style (août 1928)
2270urvu si possible. Je ne demande aux écrivains que des révélations, ou mieux, qu’ils les favorisent par leurs écrits. Aragon
2271t beaucoup de choses vraies (belles). Il est même un des très rares parmi les jeunes qui ait vraiment donné quelque chose.
2272eaucoup de choses vraies (belles). Il est même un des très rares parmi les jeunes qui ait vraiment donné quelque chose. C’e
2273livre, malgré son premier chapitre, variation sur un mot bien français et ses applications faciles à cent célébrités local
2274the, traité de clown, cela ne va pas loin.) C’est une belle rage (ô combien partagée !) vainement passée (quitte à renaître
2275ement passée (quitte à renaître heureusement) sur des gens qui ne m’intéressent pas ou bien qui ne sont pas atteints par ce
2276is donner l’air bête à ceux qui le sont en créant une belle œuvre serait, par exemple, plus efficace. Aragon se retourne sa
2277rcher plus loin, dans ce silence où l’on accède à des objets qui enfin valent le respect. p. 1034 as. « Aragon : Trait
73 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Naville, La Révolution et les intellectuels (novembre 1928)
2278lectuels (novembre 1928) at Les derniers écrits des surréalistes débattent la question de savoir s’ils vont se taire ou n
2279nt trop littérateurs. Rien d’étonnant à cela dans une époque où les valeurs de l’esprit sont en pratique universellement mé
2280leur défense de l’esprit s’est bornée jusqu’ici à une rhétorique très brillante contre un état de choses justement détesté,
2281 jusqu’ici à une rhétorique très brillante contre un état de choses justement détesté, mais dont ils participent plus qu’i
2282 Mais à condition d’aller plus loin et de prendre une connaissance positive de ce qu’il y a sous cette réalité. Il est cert
2283ros mots et de discours en très beau style contre un monde très laid dont ils n’ont pas encore renoncé à chatouiller le sn
74 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, Les Conquérants (décembre 1928)
2284organisation et le sabotage. On y découvre le jeu des tempéraments qui fait opter ces chefs pour l’une ou l’autre de ces at
2285es représentent deux manières de sentir l’unité d’une époque obsédée d’action.) Autour de ces individus — chinois nationali
2286le monde du Pacifique. On retrouvera ici beaucoup des idées que la Tentation de l’Occident exprimait sous une forme abstrai
2287ées que la Tentation de l’Occident exprimait sous une forme abstraite et poétique. Mais cette fois tout est concrétisé en h
2288décrets. Qu’il décrive la vie intense et instable des acteurs du drame, l’aspect quotidien et mystérieux d’une révolution d
2289eurs du drame, l’aspect quotidien et mystérieux d’une révolution de rues, ou la palpitation inquiétante des villes chinoise
2290révolution de rues, ou la palpitation inquiétante des villes chinoises, Malraux fait preuve d’un art du détail où se révèle
2291tante des villes chinoises, Malraux fait preuve d’un art du détail où se révèle le vrai romancier. On serait parfois tenté
2292oute aussi plus sensible. Et il ne se borne pas à des effets pittoresques : ce récit coloré et précis, admirablement object
2293ement objectif, est aussi, mais à coups de faits, une discussion d’idées. Il est surtout la description d’une angoisse que
2294scussion d’idées. Il est surtout la description d’une angoisse que le nihilisme de M. Malraux veut sans issues : l’angoisse
2295t de [p. 1548] l’action, il se dégage de ce roman un désespoir sec, sans grimace. Cette intelligence et cette sensibilité
2296orces déterminantes de l’heure, à les exprimer en un tel drame, et voici André Malraux au premier rang des romanciers cont
2297tel drame, et voici André Malraux au premier rang des romanciers contemporains. p. 1547 au. « André Malraux : Les Co
75 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi (décembre 1928)
2298c son beau regard de rêve, — lit-on dans l’Ennemi des Lois — son expression amoureuse du silence et cet ensemble idéal d’ét
2299tre réfractaire ». N’est-ce point trop demander à une existence bien indécise, que son échec même ne relève pas, et qui tir
2300 « prince de l’illusion et de la solitude ». Mais un prince rêveur n’est pas forcément prince du rêve ; et par ailleurs ce
2301qu’il l’a pu, étant roi. Il offre ainsi l’image d’un romantisme assez morose ; mais à grande échelle. M. de Pourtalès a su
2302 aux nuances assez troubles du personnage central une résonance plus profonde. Louis II, ce chimérique, disposait par hasar
2303absence d’amour, par refus de souffrir. Mais chez un être raffiné, la peur d’étreindre aboutit à l’amour de soi dans « l’i
2304oindre habileté du biographe. D’ailleurs, réussir un livre attrayant sur une vie manquée n’était pas un problème aisé : Gu
2305raphe. D’ailleurs, réussir un livre attrayant sur une vie manquée n’était pas un problème aisé : Guy de Pourtalès l’a résol
2306n livre attrayant sur une vie manquée n’était pas un problème aisé : Guy de Pourtalès l’a résolu d’une façon fort adroite
2307 un problème aisé : Guy de Pourtalès l’a résolu d’une façon fort adroite mais non moins franche. p. 1549 av. « Guy de
76 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Le Prince Menteur (décembre 1928)
2308e Prince Menteur (décembre 1928) aw Au hasard d’une rencontre, l’auteur de ce récit se lie avec un inconnu qui se dit pri
2309d’une rencontre, l’auteur de ce récit se lie avec un inconnu qui se dit prince russe et entretient autour de sa vie le plu
2310i disparaît, néanmoins. Enfin, le Français reçoit une lettre trouvée sur le corps de son ami suicidé, pathétique confession
2311egrette seulement que Daniel-Rops se soit borné à une courte nouvelle, d’ailleurs assez dense, et dont le mérite est d’être
2312oit bien que l’épithète de mythomane n’épuise pas une question dont l’importance dépasse celle du cas pathologique. Il y a
2313n a vu sévir parmi certains milieux d’avant-garde une confusion assez tragique, parce qu’elle constitue une tentation pour
2314confusion assez tragique, parce qu’elle constitue une tentation pour tous les poètes. Le désir de « plus vrai que le vrai »
2315us vrai que le vrai » surexcité par l’insolence d’une psychologie qui rabaisse tout, peut conduire à préférer un mensonge q
2316logie qui rabaisse tout, peut conduire à préférer un mensonge qui n’est, hélas, qu’une déformation de cette réalité détest
2317duire à préférer un mensonge qui n’est, hélas, qu’une déformation de cette réalité détestée. Le mythomane brouille les cart
77 1928, Articles divers (1924–1930). Un soir à Vienne avec Gérard (24 mars 1928)
2318 [p. 105] Un soir à Vienne avec Gérard (24 mars 1928) l À Pierre Jeanneret et à
2319’on ne trouve plus nulle part. Dans les dancings, un peuple de fêtards modérés, Juifs et ressortissants de la Petite-Enten
2320ais le Beau Danube bleu, en commémoration polie d’un passé imaginaire, ou peut-être pour essayer de se prendre encore au r
2321que cela vaudrait bien d’autres stupéfiants. Mais un tour de tourniquet anéantissait cette Vienne tout occupée à ressemble
2322u vent glacial, crée autour du centre de la ville une insécurité qui fait songer à la Russie et au sifflement des balles pe
2323rité qui fait songer à la Russie et au sifflement des balles perdues d’une révolution. Sept heures du soir : le moment étai
2324à la Russie et au sifflement des balles perdues d’une révolution. Sept heures du soir : le moment était venu d’arrêter le p
2325s pour qu’on la sentît déserte ne me proposait qu’une frileuse nostalgie. Mais qui fallait-il accuser de cette duperie, qui
2326n moi-même, me dis-je bientôt. Car je professe qu’un désir vraiment pur parvient toujours à créer son objet, de même qu’at
2327 de même qu’atteignant certain degré d’intensité, un état d’âme crée une situation qui l’exprime — bien qu’on pense généra
2328ant certain degré d’intensité, un état d’âme crée une situation qui l’exprime — bien qu’on pense généralement le contraire.
2329te et idéaliste du monde ne sont séparées que par un léger décalage dans la chronologie de nos sentiments et de nos actes.
2330n’ayant pas renoncé à certaine idée que j’avais d’un romantisme viennois, je fus conduit, par une sorte de compromis senti
2331ais d’un romantisme viennois, je fus conduit, par une sorte de compromis sentimental, à l’Opéra où l’on donnait les Contes
2332ue je m’assis dans l’ombre du théâtre, en retard, un peu ennuyé de me trouver à côté d’une place vide : la jolie femme qu’
2333, en retard, un peu ennuyé de me trouver à côté d’une place vide : la jolie femme qu’on attend dans ces circonstances, une
2334re — ainsi d’autres deviennent patriotes au son d’une fanfare militaire, ainsi je m’abandonne au rêve d’un monde que suscit
2335fanfare militaire, ainsi je m’abandonne au rêve d’un monde que suscite en moi seul peut-être cette plainte heureuse des vi
2336cite en moi seul peut-être cette plainte heureuse des violons. Le diable sort des parois, noir et blanc, la ravissante héro
2337ette plainte heureuse des violons. Le diable sort des parois, noir et blanc, la ravissante héroïne est à son piano, c’est u
2338anc, la ravissante héroïne est à son piano, c’est un duo des ténèbres et de la pureté où vibrent par instants les accords
2339 ravissante héroïne est à son piano, c’est un duo des ténèbres et de la pureté où vibrent par instants les accords d’une ha
2340e la pureté où vibrent par instants les accords d’une harmonie surnaturelle. Et tout cela chanté dans une langue que je com
2341e harmonie surnaturelle. Et tout cela chanté dans une langue que je comprends mal. Je me penche vers un voisin pour lui dem
2342ne langue que je comprends mal. Je me penche vers un voisin pour lui demander je ne sais plus quoi. Mais sans doute évadé
2343ejoindre. Me voici tout abandonné à l’évocation d’un amour tragiquement mêlé à des forces inconnues et menaçantes. Mais la
2344onné à l’évocation d’un amour tragiquement mêlé à des forces inconnues et menaçantes. Mais la musique est si légère, la voi
2345ême en devient moins brutale. Elle rôde ici comme une tristesse amoureuse. Elle n’est plus que l’approche d’une grandeur où
2346tesse amoureuse. Elle n’est plus que l’approche d’une grandeur où se perdraient nos amours terrestres dans d’imprévisibles
2347, mais inconnus. Voilà que la forme blanche, sous un brusque faisceau de lumière m’apparaît avec le visage même de mon amo
2348eau qui m’appelles et qui vas me quitter… — C’est une chose singulière, prononce une voix, à côté de moi, c’est une chose s
2349e quitter… — C’est une chose singulière, prononce une voix, à côté de moi, c’est une chose singulière que le pouvoir de cet
2350ngulière, prononce une voix, à côté de moi, c’est une chose singulière que le pouvoir de cette musique. Voici que vous êtes
2351ndit-il, que seul vous venez d’atteindre au monde des êtres véritables. Nous nous rencontrons. Vous me voyez parce que vous
2352mprendre. Le faisceau de lumière quitta la scène, un reflet balaya le parterre, le visage de mon voisin m’apparut, pâle da
2353Je sentis que je l’avais déjà reconnu. Il portait une cape bleu sombre, à la mode de 1830, qui, à la rigueur, pouvait passe
2354e de 1830, qui, à la rigueur, pouvait passer pour une élégance très moderne. Il n’y avait dans toute sa personne [p. 106] r
2355al et moi, sans nous être rien dit d’autre, comme des amis qui se connaissent depuis si longtemps qu’un échange tacite suff
2356es amis qui se connaissent depuis si longtemps qu’un échange tacite suffit aux petites décisions de la vie quotidienne. Gé
2357xe les Viennois, me dit-il, parce qu’ils y voient une façon de me moquer de leurs petits chiens musclés… Je n’en suis pas f
2358hé. »      Il y avait peu de monde dans les rues. Des jeunes gens avec une femme à chaque bras, l’air de ne pas trop s’amus
2359 peu de monde dans les rues. Des jeunes gens avec une femme à chaque bras, l’air de ne pas trop s’amuser. — Ceci du moins n
2360malgré les apparences, cette vie sentimentale est une des seules réalités qui correspondent encore à l’image classique de V
2361ré les apparences, cette vie sentimentale est une des seules réalités qui correspondent encore à l’image classique de Vienn
2362épourvu d’ironie, mais non pas de légèreté. C’est une sorte d’inconstance folâtre qui cache une incapacité définitive à se
2363. C’est une sorte d’inconstance folâtre qui cache une incapacité définitive à se passionner pour quoi que ce soit. Cette vi
2364 caresses, a peur de l’étreinte… C’est d’ailleurs une chose que je comprends assez bien, ajouta-t-il, mais pour d’autres ra
2365probablement… À ce moment, comme nous traversions une rue sillonnée de taxis rapides, le homard refusa obstinément de progr
2366le homard avait rougi : il conserva toute la nuit une magnifique couleur orangée. Gérard semblait habitué à ces sortes de s
2367de l’inconstance viennoise. Gérard l’attribuait à une certaine anémie des sentiments, à un manque de caractère aussi. La fi
2368nnoise. Gérard l’attribuait à une certaine anémie des sentiments, à un manque de caractère aussi. La fidélité véritable est
2369ttribuait à une certaine anémie des sentiments, à un manque de caractère aussi. La fidélité véritable est une œuvre d’art
2370que de caractère aussi. La fidélité véritable est une œuvre d’art qui demande un long effort, et les Viennois sont, par nat
2371idélité véritable est une œuvre d’art qui demande un long effort, et les Viennois sont, par nature et par attitude, des ge
2372et les Viennois sont, par nature et par attitude, des gens fatigués. — Pour moi, dit Gérard, je situe l’amour dans un monde
2373és. — Pour moi, dit Gérard, je situe l’amour dans un monde où la question fidélité ou inconstance ne se pose plus. Vous le
2374e ne se pose plus. Vous le savez, je n’ai aimé qu’une femme — au plus deux, en y réfléchissant bien, mais peut-être était-c
2375ts différents. Toutes les femmes qui m’ont retenu un instant, c’était parce qu’elles évoquaient cet amour, c’était parce q
2376ès qu’on aime… Oh ! cette femme ! elle n’était qu’un regard, un certain regard, mais j’ai su en retrouver la sensation jus
2377me… Oh ! cette femme ! elle n’était qu’un regard, un certain regard, mais j’ai su en retrouver la sensation jusque dans le
2378ue dans les choses — et c’est cela seul qui donna un sens au monde. — Mais je bavarde, je philosophe, et vous allez me dir
2379 et vous allez me dire que c’est trop facile pour un homme retiré du monde depuis si longtemps. Livrons-nous plutôt à une
2380 monde depuis si longtemps. Livrons-nous plutôt à une petite malice dont l’idée me vient à la vue de cette vendeuse de fleu
2381euse de fleurs. C’était la petite bossue qui vend des roses et des œillets dans la rue de Carinthie. Gérard lui paya quelqu
2382s. C’était la petite bossue qui vend des roses et des œillets dans la rue de Carinthie. Gérard lui paya quelques œillets ro
2383 passerait seule. Nous nous arrêtâmes non loin, à une devanture de robes de soie, nous amusant à imaginer les corps précieu
2384précieux qui les revêtiraient. Vint à pas pressés une jeune femme, chapeau rouge et manteau de fourrure brune, inévitableme
2385 elle finit donc par accepter et vint à nous avec un sourire du type le plus courant : « Vous êtes bien gentils, messieurs
2386urs ! » Il n’y avait plus qu’à lui prendre chacun un bras, une femme pour deux hommes — et ce fut bien dans cette anecdote
2387l n’y avait plus qu’à lui prendre chacun un bras, une femme pour deux hommes — et ce fut bien dans cette anecdote dont Géra
2388-Rouge, souterrain où nous nous engouffrâmes dans un grand bruit de saxophones et de cors anglais jouant la Marche de Tann
2389s un grand bruit de saxophones et de cors anglais jouant la Marche de Tannhäuser en tango, un Balkanique très lisse nous déliv
2390 anglais jouant la Marche de Tannhäuser en tango, un Balkanique très lisse nous délivra de notre conquête pour la durée de
2391isse nous délivra de notre conquête pour la durée des danses. Gérard bâillait : « Voilà ce que c’est que de prendre des fem
2392rd bâillait : « Voilà ce que c’est que de prendre des femmes au hasard, disait-il. Je sens très bien que nous allons nous e
2393ntez peut-être de cette pêche miraculeuse — c’est une façon de parler — à laquelle on [p. 107] se livre dans ces lieux de p
2394 miennes étaient de meilleure qualité : car c’est une pauvre illusion que le plaisir qu’on vient chercher ici avec le premi
2395je la regarde s’amuser. Je vois se perdre ce sens des correspondances secrètes et spontanées du plaisir qui seules faisaien
2396 citadins blasés s’amusent plus grossièrement que des barbares, ils s’imaginent pouvoir faire une place dans leur vie aux “
2397t que des barbares, ils s’imaginent pouvoir faire une place dans leur vie aux “divertissements” entre 10 heures du soir et
2398ures du matin, moyennant tant de schillings, dans un décor banal et imposé, avec des femmes qui élargissent des sourires à
2399e schillings, dans un décor banal et imposé, avec des femmes qui élargissent des sourires à la mesure de votre générosité.
2400 banal et imposé, avec des femmes qui élargissent des sourires à la mesure de votre générosité. Vos boîtes de nuit sont des
2401sure de votre générosité. Vos boîtes de nuit sont des sortes de distributeurs automatiques de plaisir. Autant dire que ceux
2402 que c’est que le plaisir. Ils prennent au hasard des liqueurs qui n’ont pas été préparées pour leur soif. Ils ne savent pl
2403 Ce sont vos contemporains livrés à la démocratie des plaisirs achetés au détail dans une foire éclatante de faux luxe. La
2404la démocratie des plaisirs achetés au détail dans une foire éclatante de faux luxe. La misère est de voir ici des femmes au
2405éclatante de faux luxe. La misère est de voir ici des femmes aussi ravissantes que celle-là qui danse en robe mauve, avec t
2406parce que cela lui va. Mais comme c’est odieux qu’une créature aussi parfaite soit touchée par les mains outrageusement bag
2407tiers alourdis de “Knödl”. En Orient on en ferait une chose extrêmement précieuse, qu’on n’approcherait qu’avec un sentimen
2408trêmement précieuse, qu’on n’approcherait qu’avec un sentiment religieux de la beauté. Mais je crois que l’Orient est deve
2409rient est devenu fou. Il ne comprend plus rien. » Des bugles agonisaient, aux dernières mesures d’un tango. Notre encombran
2410» Des bugles agonisaient, aux dernières mesures d’un tango. Notre encombrante conquête revint s’asseoir auprès de nous. Gé
2411ins. « Pourquoi vous ne dites rien ? » fit-elle d’un ton de reproche, évidemment scandalisée par cette atteinte aux lois d
2412us conventionnel qui soit. Gérard la regarda avec une certaine pitié : « Chère enfant, dit-il doucement, pauvre colombe dép
2413ra. » La pauvre fille ne comprenant pas, il y eut un moment pénible, comme toujours lorsqu’un peu de simple humanité vient
2414orsqu’un peu de simple humanité vient interrompre une comédie aux attitudes convenues et donner l’air bête aux acteurs. Pui
2415sités grossières de la part des garçons. « Encore une proie inutile lâchée pour l’ombre, dit Gérard d’un ton rêveur et mali
2416e proie inutile lâchée pour l’ombre, dit Gérard d’un ton rêveur et malicieux. Mais l’ombre de cette ville illusoire est la
2417s but. Vous savez, je lance mes filets dans l’eau des nuits, et quelquefois j’en ramène des animaux aux yeux bizarres où je
2418 dans l’eau des nuits, et quelquefois j’en ramène des animaux aux yeux bizarres où je sais lire les signes. » Comme je ne r
2419 notre sang. Nos pensées devenaient légères comme des ballons. La rumeur de Vienne baignait nos corps fatigués jusqu’à l’in
2420sibilité et l’Illusion étendait sur toutes choses une aile d’ombre flatteuse aux caprices redoutables. Cette nuit-là nous r
2421ices redoutables. Cette nuit-là nous rencontrâmes des anges au coin des ruelles, des oiseaux nous parlèrent, bientôt dissou
2422Cette nuit-là nous rencontrâmes des anges au coin des ruelles, des oiseaux nous parlèrent, bientôt dissous dans le vent. To
2423 nous rencontrâmes des anges au coin des ruelles, des oiseaux nous parlèrent, bientôt dissous dans le vent. Tout était refl
2424tait reflet, passages, allusions. Plus tard, dans un petit bar laqué de noir jusqu’à mi-hauteur, puis couvert de glaces qu
2425à caissons dorés, l’étendent indéfiniment — c’est un ciel suspendu assez bas sur nos têtes. Lumière orangée, tamisée ; un
2426sez bas sur nos têtes. Lumière orangée, tamisée ; un piano dissimulé joue très doucement. Nous sommes assis autour d’une p
2427es. Lumière orangée, tamisée ; un piano dissimulé joue très doucement. Nous sommes assis autour d’une petite table lumineuse
2428é joue très doucement. Nous sommes assis autour d’une petite table lumineuse, verdâtre, et Gérard, penché sur cet aquarium
2429enne, mais dans le lointain, Aurélia lui répond d’un regard pareil. Des visages naissent [p. 108] comme des étoiles dans u
2430 lointain, Aurélia lui répond d’un regard pareil. Des visages naissent [p. 108] comme des étoiles dans un halo, comme les c
2431egard pareil. Des visages naissent [p. 108] comme des étoiles dans un halo, comme les couleurs sous les paupières, s’élargi
2432 visages naissent [p. 108] comme des étoiles dans un halo, comme les couleurs sous les paupières, s’élargissent, se fonden
2433s’élargissent, se fondent, se superposent. Cinéma des sentiments qui montre vivantes dans la même minute toutes les incarna
2434tes dans la même minute toutes les incarnations d’un amour dont l’être éternel apparaît peu à peu, à travers la simultanéi
2435ltanéité de ses manifestations. Gérard parle avec une liberté magnifique et angoissante. Il mêle tout dans le temps et l’es
2436e songes avec toutes leurs illusions, — illusions des formes passagères que nous croyons seules réelles, illusions des refl
2437agères que nous croyons seules réelles, illusions des reflets qui ne livrent que le côté terrestre des choses dont l’autre
2438 des reflets qui ne livrent que le côté terrestre des choses dont l’autre moitié sera toujours cachée, ainsi la lune et sa
2439 et sa moitié d’ombre. Et parce que tout revit en un instant dans cette vision, il connaît enfin la substance véritable et
2440e sont que décors mouvants dans la lueur bariolée des sentiments, ils ne sont que reflets, épisodes, symboles : le vrai dra
2441 son destin est ailleurs. Il se met à m’expliquer des signes, des généalogies étourdissantes qui commencent à des dieux et
2442est ailleurs. Il se met à m’expliquer des signes, des généalogies étourdissantes qui commencent à des dieux et finissent au
2443, des généalogies étourdissantes qui commencent à des dieux et finissent aux pierres précieuses en passant par toutes les f
2444 plaisante. Il dit que la vie ressemble surtout à un film où les épisodes s’appellent par le simple jeu des images, se voi
2445ilm où les épisodes s’appellent par le simple jeu des images, se voient par transparence au travers de l’autre. Il dit : « 
2446es correspondances, chaque geste, chaque minute d’une vie résume celte vie entière et fait allusion à tout ce qu’il y a sou
2447eurs. Croyez-moi, ce qu’il faudrait écrire, c’est une Vie simultanée de Gérard, qui tiendrait toute en une heure, en un lie
2448 Vie simultanée de Gérard, qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des tr
2449e de Gérard, qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des trompes d’autos
2450 qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des trompes d’autos s’appelaient
2451lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des trompes d’autos s’appelaient dans la nuit froide. Gérard ne disait pr
2452rs endormi. En passant par la Freyung, nous vîmes un palais aux fenêtres illuminées. Des autos attendaient devant le porch
2453ng, nous vîmes un palais aux fenêtres illuminées. Des autos attendaient devant le porche grand ouvert. Les chauffeurs faisa
2454a neige fraîche ou s’accoudaient à la banquette d’une boutique à « Würstel » où nous nous arrêtâmes. Au léger sifflement du
2455 avait dû le mettre au caviar. Il en demanda donc une petite portion et la fit prendre au homard avec toutes sortes de soin
2456tes sortes de soins. Les chauffeurs regardaient d’un œil las, trop las pour s’étonner. Transi, je me balançais d’un pied s
2457rop las pour s’étonner. Transi, je me balançais d’un pied sur l’autre dans de la neige fondante, tout en croquant une de c
2458autre dans de la neige fondante, tout en croquant une de ces saucisses à la moutarde qu’on appelle ici « Frankfurter » et a
2459 cour du palais, descendaient les invités du bal. Des femmes sans chapeau couraient vers les voitures, les hommes s’inclina
2460 vers les voitures, les hommes s’inclinaient pour des baise-mains silencieux et mécaniques. Je reconnus des princes aux fac
2461baise-mains silencieux et mécaniques. Je reconnus des princes aux faces maigres qui ressemblaient terriblement à d’anciens
2462ressemblaient terriblement à d’anciens Habsbourg, des comtes athlétiques et la silhouette échassière de la jeune duchesse d
2463t le manteau de velours rose laissait découvertes des jambes extrêmement hautes tandis que sa tête frisée jetait des insole
2464trêmement hautes tandis que sa tête frisée jetait des insolences sur les chapeaux noirs de ses cavaliers. Tout cela s’empil
2465x noirs de ses cavaliers. Tout cela s’empila dans des autos ; en dix minutes, il n’y eut plus personne, la place s’éteignit
2466Ses yeux s’étaient fixés intensément, à la sortie des invités, sur une femme qui s’en allait toute seule vers une auto à l’
2467t fixés intensément, à la sortie des invités, sur une femme qui s’en allait toute seule vers une auto à l’écart des autres.
2468s, sur une femme qui s’en allait toute seule vers une auto à l’écart des autres. Une femme aux cheveux noirs en bandeaux, a
2469i s’en allait toute seule vers une auto à l’écart des autres. Une femme aux cheveux noirs en bandeaux, au teint pâle, l’air
2470t toute seule vers une auto à l’écart des autres. Une femme aux cheveux noirs en bandeaux, au teint pâle, l’air d’autrefois
2471ce se fut apaisée, je m’aperçus que j’étais seul. Une dernière auto, extraordinairement silencieuse, absolument silencieuse
2472nt baissés. Déjà on criait les journaux du matin, des triporteurs passèrent à toute vitesse, m’éclaboussant de neige et de
78 1928, Articles divers (1924–1930). Miroirs, ou Comment on perd Eurydice et soi-même » (décembre 1928
2473? Il en tombe d’accord ; accepte d’attendre comme un enfant sage que le monde lui donne, en son temps, sa petite part. On
2474 en soi, n’ayant plus où se prendre » comme parle un de nos classiques. Repoussé par le monde parce qu’il n’est pas encore
2475un, Stéphane cherche à savoir ce qu’il est. C’est une autre manie de sa génération. Mais là encore il se singularise : [p. 
2476p. 38] il n’écrit pas de livre pour y pourchasser un moi qui feint toujours de se cacher derrière le feuillet suivant, ent
2477ué que l’époque peut être définie par l’abondance des autobiographies, mais aussi bien par celle des miroirs. C’est pourquo
2478ce des autobiographies, mais aussi bien par celle des miroirs. C’est pourquoi il en installe un sur sa table de travail, de
2479 celle des miroirs. C’est pourquoi il en installe un sur sa table de travail, de façon à pouvoir s’y surprendre à tout ins
2480— ne tarde pas à devenir obsédant. Stéphane passe des heures entières à se regarder dans les yeux. Il varie sur son visage
2481les jeux de lumière et de sentiments. Il découvre une sorte de rire au coin de sa bouche dans les moments de pire décourage
2482secrètement à son aventure.      Nous vivons dans un décor flamboyant de glaces. À chaque pas, on offre à Stéphane sa tête
2483face de lui par l’ascenseur, elle le suit au long des trottoirs, il l’aperçoit entre des souliers, des [p. 39] étiquettes,
2484e suit au long des trottoirs, il l’aperçoit entre des souliers, des [p. 39] étiquettes, des poupées ; elle le précède au re
2485 des trottoirs, il l’aperçoit entre des souliers, des [p. 39] étiquettes, des poupées ; elle le précède au restaurant, le n
2486rçoit entre des souliers, des [p. 39] étiquettes, des poupées ; elle le précède au restaurant, le nargue brièvement au pass
2487de au restaurant, le nargue brièvement au passage des autos, le ridiculise chez le coiffeur. Déjà, c’est avec une sorte d’a
2488 le ridiculise chez le coiffeur. Déjà, c’est avec une sorte d’angoisse qu’il la recherche. Il veut se voir tel qu’il est pa
2489ystère de voir ses yeux l’épouvante. Il y cherche une révélation et n’y trouve que le désir d’une révélation. Peut-on s’hyp
2490erche une révélation et n’y trouve que le désir d’une révélation. Peut-on s’hypnotiser avec son propre regard ? Il n’y a pl
2491rendre la certitude d’être. Mais il s’épuise dans une perspective de reflets qui vont en diminuant vertigineusement et l’ég
2492rstitions. Enfin cette expérience folle le mène à une découverte sur les sept sens de laquelle il convient de méditer : la
2493nt de méditer : la personne se dissout dans l’eau des miroirs.      Stéphane est en train de se perdre pour avoir voulu se
2494ur se voir ? [p. 40] Il y a dans l’homme moderne un besoin de vérifier qui n’est plus légitime dès l’instant qu’il se tra
2495hane n’a pas eu confiance. Or la personnalité est un acte de foi : Stéphane ne sait plus ce qu’il est. Semblablement, il n
2496raie, se borne à décrire l’aspect psychologique d’une aventure qui en a bien d’autres, d’aspects. Il est bon que le lecteur
2497 crainte de n’avoir pas saisi le sens véritable d’un texte, trouve parfois de cette incompréhension des marques certaines.
2498un texte, trouve parfois de cette incompréhension des marques certaines. Si le rapport intime qui unit la phrase suivante a
2499sidérations précédentes lui échappe, qu’il y voie une de ces marques. Stéphane a oublié jusqu’au mot de prière.      Orphée
2500. À chaque regard dans notre miroir, nous perdons une Eurydice. Les miroirs sont peut-être la mort. La mort absolue, celle
2501tre la mort. La mort absolue, celle qui n’est pas une vie nouvelle. La mort dans la transparence glaciale de l’évidence. [
2502 la transparence glaciale de l’évidence. [p. 41] Un jour, à propos de rien, Stéphane pense avec fièvre : « Il faudrait br
2503ais en vérité. Peut-être te reconnaîtrais-tu sous un autre visage. Car oublier son visage, ne serait-ce pas devenir un cen
2504 Car oublier son visage, ne serait-ce pas devenir un centre de pur esprit ? » C’est un premier filet d’eau vive qui perce
2505st pourquoi il fait peur à certaines femmes.      Un soir, après quelques alcools et un échange de pensées au même titre a
2506s femmes.      Un soir, après quelques alcools et un échange de pensées au même titre avec une amie d’une beauté de plus e
2507cools et un échange de pensées au même titre avec une amie d’une beauté de plus en plus frappante, il croit saisir dans un
2508 échange de pensées au même titre avec une amie d’une beauté de plus en plus frappante, il croit saisir dans un regard de c
2509é de plus en plus frappante, il croit saisir dans un regard de cette femme l’écho de ce qui serait lui. Déjà il se perd da
2510l se perd dans ces yeux, mais comme on meurt dans une naissance. Stéphane naît à l’amour et à lui-même conjointement. Plusi
2511uis !… Je ne sais plus… mais je suis ! » [p. 42] Un peu plus tard, ce fut un jour de grand soleil sur toutes les verrerie
2512ais je suis ! » [p. 42] Un peu plus tard, ce fut un jour de grand soleil sur toutes les verreries de la capitale. Les fen
2513it : « Ton visage me cache tous les miroirs » — à une femme qu’il aimait. p. 37 m. « Miroirs, ou Comment on perd Euryd
79 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Avant-propos
2514orance respectait, et ne lui donne à la place que des laideurs et de la prétention. L’autre, avec l’ironie tranquille du bo
2515ilosophique et point du tout technique. J’apporte un témoignage personnel, une réaction de tempérament. Je marque d’autre
2516out technique. J’apporte un témoignage personnel, une réaction de tempérament. Je marque d’autre part la nécessité de tout
2517s à qui forcément, je ressemble. Nous vivons sous un régime radical à sécrétion socialiste, qui a été établi par coup de f
2518peut servir à rien. — Alors ? — Justement. Il est un reproche auquel je compte ne pas échapper : celui de naïveté. Définit
2519aïf dans le monde moderne : individu qui soutient des idées qui ne rapportent rien. En effet, je ne représente aucun parti,
2520 tout se confond miraculeusement, gémir n’est pas un argument. Je demande le droit de démolir. Et me l’accorde aussitôt. S
2521. Sans conditions. Mon rôle n’est pas de proposer une nouvelle forme politique. Je me contente de vitupérer ce que je vois,
2522ême si l’on n’est pas capable d’en faire soi-même une meilleure. Mais j’aperçois là-bas, vautré derrière son bock, le Citoy
2523 tapez-lui dans le dos, amenez-lui le Guguss  2 , des bretzels, sa petite amie, au secours ! Car j’ai encore deux mots à di
2524ecours ! Car j’ai encore deux mots à dire. Dès qu’une voix s’élève pour mettre en doute l’excellence du principe de l’instr
2525crie sur tous les bancs : « Alors, vous êtes pour un retour à la barbarie ? » Si ce réflexe indique un mépris vraiment exa
2526un retour à la barbarie ? » Si ce réflexe indique un mépris vraiment exagéré pour la jugeotte de l’adversaire ou s’il trad
2527: on ne peut pas aller contre l’époque, vous êtes un pauvre utopiste, etc. Ce sont les positivistes qui parlent ainsi, ceu
2528e leur scepticisme quant à la valeur réformatrice des idées, m’accuser de faire une critique dangereuse ; 3° que néanmoins
2529valeur réformatrice des idées, m’accuser de faire une critique dangereuse ; 3° que néanmoins je crois à l’efficace de certa
2530apoléonienne, la Russie d’après Karl Marx, le vol des frères Wright, et tout bêtement, c’est le cas de le dire : l’instruct
2531dernier. [p. 11] B. Réponses du type : vous êtes un rétrograde, un infâme réactionnaire, etc. Ce sont les partisans d’une
25321] B. Réponses du type : vous êtes un rétrograde, un infâme réactionnaire, etc. Ce sont les partisans d’une démocratie pro
2533nfâme réactionnaire, etc. Ce sont les partisans d’une démocratie progressiste et tolérante qui se livrent à ces excès de la
80 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 1. Mes prisons
2534 [p. 12] 1. Mes prisons Il existe des gens qui s’attendrissent sur leurs souvenirs de classe. C’est qu’ils
2535roire qu’ « il n’y a rien au-dessus » de la tâche des instituteurs : Faire de ces belles analyses logiques, et grammatical
2536eusement séparer les calculs du raisonnement, par une barre verticale, et où il y avait toujours des robinets qui coulaient
2537ar une barre verticale, et où il y avait toujours des robinets qui coulaient pour emplir ou pour vider un bassin (et souven
2538 robinets qui coulaient pour emplir ou pour vider un bassin (et souvent les deux), (pour emplir et vider ensemble), (drôle
2539après combien d’heures…) ; et il y avait toujours des appartements à meubler. Et on multipliait le tapissier par le prix du
2540 cette fantaisie. Mais ce qui fait très bien dans un Cahier de la quinzaine, ça faisait de mauvaises notes dans nos carnet
2541auvaises notes dans nos carnets hebdomadaires, et une semonce à nous gâter toute une journée. Une journée d’enfant gâtée. E
2542 hebdomadaires, et une semonce à nous gâter toute une journée. Une journée d’enfant gâtée. Et d’ailleurs, multiplier le tap
2543s, et une semonce à nous gâter toute une journée. Une journée d’enfant gâtée. Et d’ailleurs, multiplier le tapissier par [p
2544er par [p. 13] le prix du mètre courant n’est pas une fantaisie pour ce petit être qui s’énerve, qui embrouille les règles,
2545t qui recommence à gratter son ardoise où sèchent des traînées de craie grise, où les chiffres trop gros s’emmêlent… Et c’e
2546? Qu’est-ce qui ressemble plus au souci quotidien des grandes personnes ? Mais l’enfance est ailleurs. Je revois ce fond de
2547leurs. Je revois ce fond de jardin où l’on trouve des cloportes dans la toile mouillée d’une tente d’Indiens, des petites g
2548’on trouve des cloportes dans la toile mouillée d’une tente d’Indiens, des petites guerres mystérieuses, avec des ennemis e
2549tes dans la toile mouillée d’une tente d’Indiens, des petites guerres mystérieuses, avec des ennemis et des alliés imaginai
2550d’Indiens, des petites guerres mystérieuses, avec des ennemis et des alliés imaginaires, des jeux en cachette, odeurs de pe
2551petites guerres mystérieuses, avec des ennemis et des alliés imaginaires, des jeux en cachette, odeurs de peaux, comme dans
2552uses, avec des ennemis et des alliés imaginaires, des jeux en cachette, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de
2553des jeux en cachette, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de dimanche sonores et tout propres, la cuiller d’hu
2554en cachette, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de dimanche sonores et tout propres, la cuiller d’huile de foi
2555 le repas, et le monsieur qui racontait gravement des choses qu’on ne comprend pas, la prière du soir pour qu’il fasse beau
2556 qu’il fasse beau demain, Michel Strogoff et Rémy un fils de vaincus, les tours de carrousel, les chemins dans la forêt en
2557 carrousel, les chemins dans la forêt en automne, des jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une longue aventure
2558, les chemins dans la forêt en automne, des jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une longue aventure sérieuse e
2559ns la forêt en automne, des jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une longue aventure sérieuse et incertaine, un
2560 automne, des jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une longue aventure sérieuse et incertaine, un peu sale et u
2561 jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une longue aventure sérieuse et incertaine, un peu sale et un peu divine,
2562oins, une longue aventure sérieuse et incertaine, un peu sale et un peu divine, baignée d’une très vague angoisse que l’on
2563e aventure sérieuse et incertaine, un peu sale et un peu divine, baignée d’une très vague angoisse que l’on fuyait avec de
2564certaine, un peu sale et un peu divine, baignée d’une très vague angoisse que l’on fuyait avec des bonheurs fous dans les b
2565ée d’une très vague angoisse que l’on fuyait avec des bonheurs fous dans les bras maternels, ou bien dans ces promenades en
2566… L’École, dans ce concert de souvenirs, n’est qu’une [p. 14] dissonance douloureuse.  3 Deux angoisses dominent mon enfan
2567fance : les séances chez le dentiste et l’horaire des leçons. Ce malaise inavouable, cette règle méchante, ce souci qui ren
2568loi. La première classe fut agréable : j’alignais des bâtons en rêvant à je ne sais quoi, j’étais délicieusement seul parmi
2569alignaient leurs bâtons en rêvant à leur manière. Un jour cela m’ennuya. Sachant lire, je ne pensais pas devoir suivre syl
2570voir suivre syllabe après syllabe les ânonnements des élèves qui déchiffraient les premières phrases exemplaires. (J’aimais
2571e savais rarement où l’on en était. Cela m’attira des reproches acides, et naturellement, la phrase sacrée : « Il faut que
2572iant, sans cesse en garde contre moi-même à cause des autres desquels il ne fallait pas différer, profondément hypocrite do
2573et de plus, toutes choses égales d’ailleurs, dans un certain domaine, c’est vrai. (Il y a encore des poètes pour nous fair
2574ns un certain domaine, c’est vrai. (Il y a encore des poètes pour nous faire comprendre avec enthousiasme que ces vérités-l
2575 « évidence » que je viens de citer, je découvris un jour qu’elle contient la cause déterminante de notre malaise. Il me f
2576cause déterminante de notre malaise. Il me fallut un certain temps pour m’habituer à cette idée. Je tenais cette clef et n
2577e clef et n’osais m’en servir craignant peut-être des découvertes qui eussent ruiné trop de certitudes apprises. Enfin j’ou
2578 Numa Droz, par l’esprit petit-bourgeois, qui est une [p. 16] généralisation de l’avarice, et par les dogmes démocratiques,
2579varice, et par les dogmes démocratiques, qui sont une généralisation de la règle de trois, aussi profondément certes qu’un
2580e la règle de trois, aussi profondément certes qu’un Voltaire le fut par les Jésuites : du moins ceux-ci lui laissèrent-il
2581 ces ressorts de la révolte et de la libération d’une personnalité : l’imagination, le sens de l’arbitraire et le sens de l
2582 sens de l’arbitraire et le sens de la relativité des décrets humains. Le prix de mes souffrances était donc ce conformisme
2583 tout de suite jusqu’à les mettre en doute : mais un jour je compris que ce n’étaient que des principes. Et ce fut ma seco
2584te : mais un jour je compris que ce n’étaient que des principes. Et ce fut ma seconde découverte : ce monde simplifié, si é
2585, si évident, si parfaitement soumis aux règles d’une arithmétique élémentaire, ce monde dont la Démocratie apparaissait co
2586t le seul pour lequel on nous préparait — c’était un système d’abstractions primaires, c’était le rêve raisonnablement org
2587imaires, c’était le rêve raisonnablement organisé des esprits moyens, prosaïques et rassis qui tiennent aujourd’hui les cha
2588nent aujourd’hui les charges de l’État, piliers d’un régime dont ils sont les seuls à s’accommoder parce qu’ils l’ont étab
2589es » comme celles qui touchent à [p. 17] l’action des étoiles par exemple. Mais nous avions acquis le respect des statistiq
2590s par exemple. Mais nous avions acquis le respect des statistiques. Nous savions que les miracles ne trompent que les illet
2591édulité et le bien-être matériel. Nous savions qu’un fils d’ouvrier est l’égal d’un petit Dauphin — et même nous ne pouvio
2592l. Nous savions qu’un fils d’ouvrier est l’égal d’un petit Dauphin — et même nous ne pouvions nous empêcher de croire que
2593le part ailleurs. Nous arrivions dans la vie avec des mentions honorables et une inconcevable gaucherie, c’est-à-dire avec
2594vions dans la vie avec des mentions honorables et une inconcevable gaucherie, c’est-à-dire avec des titres pour mépriser to
2595 et une inconcevable gaucherie, c’est-à-dire avec des titres pour mépriser toute valeur simplement humaine, et une honte se
2596pour mépriser toute valeur simplement humaine, et une honte secrète qui exaspérait ce mépris et le rendait agressif. Mais m
81 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 2. Description du monstre
2597amais sortis de l’école. Rien ne ressemble plus à un bon élève qu’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solu
2598l’école. Rien ne ressemble plus à un bon élève qu’un instituteur : de l’un à l’autre, il n’y a pas de solution de continui
2599 solution de continuité, la différence n’était qu’une question d’âge, non d’expérience vécue. Ce que je vais dire est sans
2600 je vais dire est sans doute injuste et faux dans un très grand nombre de cas, mais pourquoi ai-je envie de le dire ? L’in
2601ut être défini par son incompréhension méthodique des hommes et son mépris pour les paysans. Qu’il soit officier ou troupie
2602u’il soit officier ou troupier, on le reconnaît à une façon pédante d’être consciencieux, à une façon blessante d’être supé
2603nnaît à une façon pédante d’être consciencieux, à une façon blessante d’être supérieur, à une façon livresque d’expliquer l
2604ncieux, à une façon blessante d’être supérieur, à une façon livresque d’expliquer les choses, à une façon théorique de [p. 
2605, à une façon livresque d’expliquer les choses, à une façon théorique de [p. 19] juger les êtres. Ces distributeurs automat
2606a petite bière. Ils ont conscience d’appartenir à une élite responsable, cela se voit de loin. Il faut dire que ce ridicule
2607r de m’échauffer inutilement. Si l’on me poussait un peu, je crois que je m’oublierais au point d’insinuer que les institu
2608que les instituteurs antimilitaristes qui signent des manifestes en mauvais français — et je ferais de la peine à d’excelle
2609 la même maladresse professionnelle. J’en connais un qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à 11 ans : « 
2610elle. J’en connais un qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à 11 ans : « J’ai bien su mater les quarante
2611magine à quoi peut mener l’enseignement donné par des êtres qui brouillent à ce point les méthodes. Simple remarque, pendan
2612prègne l’enseignement primaire constitue l’apport des instituteurs, ou bien préexiste-t-il dans les principes mêmes de l’Éc
2613e.) Je n’ai ni le droit ni l’envie de dire du mal des petits-bourgeois. Ils sont au moins aussi sympathiques que n’importe
2614 tel qu’il se manifeste dans l’école primaire est un véritable virus de mesquinerie, et devrait être soigné au même titre
2615a voit. Après les personnes, le décor. La laideur des « collèges » n’est pas accidentelle. C’est celle-même du régime. L’ar
2616hitecture de nos « palais scolaires » symbolise d’une façon frappante ce qu’il y a de schématique et de monotone dans la co
2617ntrons, c’est pire encore. Beaucoup d’enfants ont un frisson de dégoût au moment de passer la porte, au son de la cloche :
2618urinoirs qui imprègne les corridors et les habits des écoliers empeste encore mes souvenirs. Et la poussière dans l’air, l’
2619 l’air, l’encre sur les tables — c’était pourtant un refuge pour [p. 21] l’imagination que ces initiales, ces signes, ces
2620de votre vie, citoyens ! Et vous pensez que c’est un grand progrès sur la Nature. Quelle peut bien être la vertu éducatric
2621ture. Quelle peut bien être la vertu éducatrice d’un tel milieu, moral et matériel ? L’école publique, telle que nous la v
2622jà démodés. On dit que le style 1880 n’en est pas un : mais l’absence de style est encore un style : c’est même le pire.
2623n est pas un : mais l’absence de style est encore un style : c’est même le pire.
82 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 3. Anatomie du monstre
2624solument personnelles et qu’elles ont la valeur d’un témoignage, ni plus ni moins — il est temps que je fasse passer un pe
2625 plus ni moins — il est temps que je fasse passer un petit examen aux principes de cette institution passionnément détesté
2626l serait plus juste de dire que la passion n’a qu’une clairvoyance intéressée : mais celle-là est la plus vive. Enfin, je t
2627nsiste à repousser la difficulté dans l’avenir, d’une ou [p. 23] deux générations. Pendant ce temps elle s’aggrave, et nous
2628nt de trancher le nœud. Je me bornerai à l’examen des caractères les plus généraux de l’instruction publique, ceux que n’at
2629ratiques. 3.a. Le programme a) l’horaire : c’est un cadre, ou plutôt un moule, dans lequel on verse les matières les plus
2630rogramme a) l’horaire : c’est un cadre, ou plutôt un moule, dans lequel on verse les matières les plus hétéroclites, sans
2631es disciplines se succèdent sans transition, dans un ordre absolument fortuit, de manière à prévenir toute concentration d
2632n branches bien distinctes. On attribue à chacune un certain nombre d’heures par semaines, au jugé. On s’arrange pour fair
2633eviennent obligatoires. La somme et l’arrangement des parties doivent être identiques pour tous les écoliers. Ce plan régit
2634a science [p. 24] nécessaire à tout citoyen, dans une vue aussi large que simplifiée. Remarquons qu’il suffit pour établir
2635il suffit pour établir ce programme de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser
2636e de disposer d’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers rectangulaires
2637’une ou deux feuilles de papier, d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers rectangulaires, bien propremen
2638mment, il est préférable de savoir aussi les noms des sciences élémentaires. Mais il n’est en aucune façon nécessaire de co
2639cune façon nécessaire de connaître la psychologie des enfants, ni même le contenu des sciences dont on écrit le nom dans le
2640re la psychologie des enfants, ni même le contenu des sciences dont on écrit le nom dans les casiers. Est-ce que l’étude du
2641ticulièrement indiquée pour préparer les élèves à une composition française ? Question oiseuse et saugrenue, — naïve. Le bo
2642 naïve. Le bon sens voudrait que l’on tînt compte des possibilités d’adaptation de l’enfant ; de la valeur fort inégale de
2643fort inégale de ces disciplines ; de la diversité des besoins ; enfin des rythmes naturels de l’esprit humain, qu’il se tro
2644disciplines ; de la diversité des besoins ; enfin des rythmes naturels de l’esprit humain, qu’il se trouve que le Créateur
2645 n’a point accordés à l’actuelle division horaire des journées… Monsieur, répondent les fonctionnaires responsables, vous s
2646s. [p. 25] 3.b. Les examens Ce sont en principe des « contrôles » comparables à ceux que l’on établit lors des grandes ép
2647trôles » comparables à ceux que l’on établit lors des grandes épreuves cyclistes. Les participants du Tour de Science doive
2648re ont à refaire l’étape. On obtient par ce moyen un peloton homogène, facile à surveiller. Mais en matière de sport, la t
2649 elle est de règle. Car la qualité et la quantité des réponses « fournies » par le prévenu (l’élève examiné) n’a qu’un loin
2650ournies » par le prévenu (l’élève examiné) n’a qu’un lointain rapport avec la qualité et la quantité des efforts « fournis
2651n lointain rapport avec la qualité et la quantité des efforts « fournis » au cours du trimestre. Ce phénomène déconcertant
2652-vous pas honte de vous faire rappeler sans cesse des vérités aussi élémentaires. 3.c. L’égalitarisme des connaissances D
2653vérités aussi élémentaires. 3.c. L’égalitarisme des connaissances De l’existence des programmes, qui est un fait, et de l
2654. L’égalitarisme des connaissances De l’existence des programmes, qui est un fait, et de l’existence de la Démocratie, qui
2655naissances De l’existence des programmes, qui est un fait, et de l’existence de la Démocratie, qui est une prétention (rés
2656fait, et de l’existence de la Démocratie, qui est une prétention (réservons le mot d’idéal), découle cette exigence théoriq
2657pe est à la base du système ; qui repose donc sur une tranquille méconnaissance de la nature humaine. L’histoire enregistre
2658 de la nature humaine. L’histoire enregistre bien une ou deux autres bêtises de cette épaisseur, mais il faut reconnaître q
2659nnaître que jamais on n’avait songé à leur donner une extension universelle et un caractère obligatoire. L’école exige donc
2660 songé à leur donner une extension universelle et un caractère obligatoire. L’école exige donc que les meilleurs ralentiss
2661 à ce crime quotidien, et se félicitent du régime des lumières et des compteurs à gaz. Mais ils se fâchent tout rouge quand
2662idien, et se félicitent du régime des lumières et des compteurs à gaz. Mais ils se fâchent tout rouge quand on leur dit que
2663 impartial, par sa culture intensive et extensive des veaux et des médiocres. 3.d. Le gavage Moyen de réaliser les précéd
2664ar sa culture intensive et extensive des veaux et des médiocres. 3.d. Le gavage Moyen de réaliser les précédents. Plus ou
2665n instrument le plus parfait s’appelle le manuel. Un bon manuel est un résumé clair et portatif des résultats actuels d’un
2666us parfait s’appelle le manuel. Un bon manuel est un résumé clair et portatif des résultats actuels d’une science. Le bon
2667el. Un bon manuel est un résumé clair et portatif des résultats actuels d’une science. Le bon sens voudrait qu’on étudie d’
2668 résumé clair et portatif des résultats actuels d’une science. Le bon sens voudrait qu’on étudie d’abord la science dans sa
2669a réalité, puis qu’on se réfère au résumé comme à un aide-mémoire. Mais l’école veut qu’on commence par apprendre le résum
2670avec ce dont ils traitent. Or la valeur éducative des choses n’apparaît qu’à celui qui entre en commerce intime avec elles.
2671 elles. On apprend plus de deux que de mille, dit un sage oriental dont j’ai oublié le nom. Une autre conséquence du gavag
2672le, dit un sage oriental dont j’ai oublié le nom. Une autre conséquence du gavage, c’est qu’on ne peut laisser aux élèves l
2673rcés de gâcher leur travail. Or ce travail n’a qu’une valeur éducatrice : s’il n’est pas modèle, il est absurde. Mais où so
2674.e. La discipline On conçoit que la réalisation d’un programme entièrement contre nature exige une discipline sévère. D’où
2675on d’un programme entièrement contre nature exige une discipline sévère. D’où notre conception pénitentiaire de l’école. Ma
2676nception pénitentiaire de l’école. Mais, s’il est des disciplines qui renforcent, il en est d’autres qui amoindrissent. La
267729] qu’on demande à ces petits. Là encore, il y a une exagération absurde, une généralisation si schématique et superficiel
2678etits. Là encore, il y a une exagération absurde, une généralisation si schématique et superficielle que la discipline perd
2679line perd tout son sens éducatif et n’est plus qu’une entrave énervante, un système de vexations mesquines, propres à étouf
2680 éducatif et n’est plus qu’une entrave énervante, un système de vexations mesquines, propres à étouffer toute spontanéité
2681quines, propres à étouffer toute spontanéité chez un peuple qui vraiment ne péchait point par l’excès de cette vertu. La d
2682xcès de cette vertu. La discipline primaire forme des gobeurs et des inertes, fournit des moutons aux partis et prédispose
2683ertu. La discipline primaire forme des gobeurs et des inertes, fournit des moutons aux partis et prédispose les citoyens su
2684rimaire forme des gobeurs et des inertes, fournit des moutons aux partis et prédispose les citoyens suisses à prendre au sé
2685, petites crottes noires et blanches qui marquent un peu partout le passage de l’État, et dont la vue permet à ceux qui to
2686’accord sur ce point : l’école primaire doit être une école de Démocratie. Ils insistent sur le fait que les leçons d’instr
2687n de développer les vertus sociales de l’élève. « Une classe est une société en miniature. » Ceci est une énorme bourde. Ju
2688 les vertus sociales de l’élève. « Une classe est une société en miniature. » Ceci est une énorme bourde. Juxtaposez trente
2689e classe est une société en miniature. » Ceci est une énorme bourde. Juxtaposez trente enfants sur les bancs d’une salle d’
2690bourde. Juxtaposez trente enfants sur les bancs d’une salle d’école, vous n’aurez [p. 30] rien qui ressemble en quoi que ce
2691té, panurgisme, concurrence sournoise, admiration des forts en gueule, — tout cela qui deviendra plus tard socialisme ou mo
2692de plus évident de mon expérience scolaire, c’est une grosse vérité que le bon sens m’eût par ailleurs fait voir : il n’y a
2693que la loi est la même pour tous. Je ne parle pas des manuels d’histoire, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent u
2694, dont il est aujourd’hui démontré qu’ils donnent une image mensongère de l’ancienne Suisse, à l’usage du peuple souverain
2695 perfectionnement civique qui assure l’écrasement des plus délicats par les plus vulgaires ? 3.g. L’idéal du bon élève Le
2696u’il n’est que ridicule et mesquinerie. Il y a là une préméditation de médiocrité que je ne puis m’empêcher de trouver susp
2697 graphes… graphes… Enfoncés, les perroquets. Dans une composition sur La Neige, Victoria, 10 ans, écrit : « C’est l’hiver.
2698pour avoir trouvé : « Quand il neige, c’est comme des petits morceaux de vouate. » Il est évident que Sylvie est supérieure
2699st supérieure à l’imitation. Mais Victoria montre une âme docile, un rassurant défaut d’esprit critique, tandis que Sylvie
2700l’imitation. Mais Victoria montre une âme docile, un rassurant défaut d’esprit critique, tandis que Sylvie appartient mani
2701lle cherche à développer chez nos petits Helvètes un légalisme écoeurant  6 , un conformisme d’imbéciles ou d’impuissants,
2702z nos petits Helvètes un légalisme écoeurant  6 , un conformisme d’imbéciles ou d’impuissants, qui d’ailleurs ne peut être
2703ants, qui d’ailleurs ne peut être qu’à l’avantage des gens en place, vieille histoire. On m’objectera sans doute quelques «
2704ur avoir enivré l’espoir et enflammé l’ambition d’un grand nombre de régents, ne laissent pas que d’être assez spéciales.
2705promission sociale établie) et cueilli au passage un grade universitaire, prennent leur essor de chérubins du parti au cou
2706tations, où se « baptisent » les hommes d’avenir. Un jour on voit s’étaler en première page des illustrés la face épanouie
2707avenir. Un jour on voit s’étaler en première page des illustrés la face épanouie quoique énergique d’un de ces coqs de vill
2708es illustrés la face épanouie quoique énergique d’un de ces coqs de village qu’on vient de jucher sur la flèche de l’édifi
2709’édifice administratif. Et c’est ce qui s’appelle une belle carrière. Mais ces brillants météores ne troublent pas beaucoup
2710de comparer les bons élèves de diverses classes d’un collège ont été frappés de constater que la force et l’originalité de
2711montrer, ce qui serait facile, qu’ils constituent une inversion méthodique de toutes les lois divines et humaines. C’est-à-
2712utes les lois divines et humaines. C’est-à-dire : une méthode d’abâtardissement du peuple. D’autre part, il est aisé de voi
2713contre le régime. Il y a là, dirait M. Prudhomme, un bien grave dilemme.   p. 27 4. Ce ne sont pas seulement les mei
83 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 4. L’illusion réformiste
2714on réformiste Bien entendu, tout cela a été dit. (Un peu autrement, j’en conviens). On n’a pas attendu ma colère pour entr
2715établissement où l’on s’efforce d’enseigner selon des principes tirés de l’observation des enfants, c’est-à-dire : en contr
2716eigner selon des principes tirés de l’observation des enfants, c’est-à-dire : en contradiction sur toute la ligne avec l’en
2717On a constaté que l’école actuelle est fondée sur une remarquable ignorance de la psychologie infantile. Où il y avait non-
2718ce, on a voulu apporter de la science. Mais c’est un art qu’il faudrait. Sinon l’on retombera dans des absurdités. [p. 36
2719 un art qu’il faudrait. Sinon l’on retombera dans des absurdités. [p. 36] On a créé par exemple des « jardins d’enfants »
2720ns des absurdités. [p. 36] On a créé par exemple des « jardins d’enfants » où l’on apprend à des élèves âgés de trois à qu
2721emple des « jardins d’enfants » où l’on apprend à des élèves âgés de trois à quatre ans à lacer leurs souliers ; et cela s’
2722fants, et réciter par cœur et à rebours, les noms des rues et places de leur ville, comme s’ils étaient tous destinés à la
2723rcher en décomposant les mouvements avec l’aide d’un métronome pédagogique. De même, sous le louable prétexte d’école acti
2724 », tous les verbes déponents ; désormais l’étude des verbes actifs sera active aussi, un élève se mettra à marcher dans le
2725mais l’étude des verbes actifs sera active aussi, un élève se mettra à marcher dans le couloir en s’écriant : je marche, o
2726ouloir en s’écriant : je marche, ou : j’arpente ; un autre restera assis, en affirmant : je siège ; un troisième lèvera la
2727la spontanéité nécessaire pour que ça ne soit pas une lourde farce. Ces exagérations ne sont pas bien graves, parce qu’elle
2728comiques précisément. Je ferai à l’école nouvelle un reproche d’une autre nature. Elle prétend donner plus de liberté aux
2729sément. Je ferai à l’école nouvelle un reproche d’une autre nature. Elle prétend donner plus de liberté aux enfants en leur
2730es ce qu’ils doivent apprendre. Mais qu’est-ce qu’une liberté méthodiquement organisée ? En réalité, cet amusement a pour s
2731t a pour seul but de faire avaler la pilule amère des connaissances. On songe à M. Ford, qui donne à ses ouvriers un second
2732ême, sauf que par la méthode nouvelle, on atteint un enfant plus profondément, on se glisse à l’intérieur de son esprit, l
2733. « Instruire en amusant » peut être la formule d’une tromperie subtile et plus grave que la brutalité primaire, parce qu’e
2734 Enfin, je n’aime pas qu’on traite le gosse comme un organisme dont il s’agit d’obtenir le rendement le plus élevé. On cul
2735 plus élevé. On cultive les petits d’hommes comme des plantes de serre dans ces jardins d’enfants. On [p. 38] y parle de « 
2736 [p. 38] y parle de « l’enfant » comme on parle d’un produit chimique : On remarque chez l’enfant… Dans ce milieu l’enfant
2737ieu l’enfant ne tarde pas à se développer… Prenez un enfant de 6 ans… Mettez ensemble trois enfants… Je reconnais que les
2738 Néanmoins, je soupçonne dans tous ces mouvements des possibilités lointaines qui sont pour me plaire ; un grignotement du
2739possibilités lointaines qui sont pour me plaire ; un grignotement du système officiel qui pourrait bien un jour l’atteindr
2740rignotement du système officiel qui pourrait bien un jour l’atteindre au cœur, et je vois tout ce que cela entraînerait, d
2741r, et je vois tout ce que cela entraînerait, dans une ruine d’où renaîtrait peut-être l’humanité… Je songe à un enseignemen
2742 d’où renaîtrait peut-être l’humanité… Je songe à un enseignement sans école. Je songe au maître antique, dont toute la pe
2743e au maître antique, dont toute la personne était un enseignement, et qui n’avait pas des élèves, mais des disciples. Celu
2744ersonne était un enseignement, et qui n’avait pas des élèves, mais des disciples. Celui-là seul favorise le développement d
2745enseignement, et qui n’avait pas des élèves, mais des disciples. Celui-là seul favorise le développement des individus, qui
2746isciples. Celui-là seul favorise le développement des individus, qui ne cherche pas un rendement mais qui dépose une semenc
2747e développement des individus, qui ne cherche pas un rendement mais qui dépose une semence spirituelle. Qui sait ?… En att
2748, qui ne cherche pas un rendement mais qui dépose une semence spirituelle. Qui sait ?… En attendant, puisqu’il faut attendr
2749ur les principes de l’école libre, qui se moquent des programmes et dont les classes sont de vraies foires ; ils ont toute
2750our échapper plus longtemps à MM. les Inspecteurs des Écoles. Je le crains, dis-je ; car le monde ne progresse qu’à la fave
2751n’échappe à l’absurdité primaire qu’à la faveur d’une équivoque. Cette équivoque frappe tout essai de réforme. Qu’il y ait
2752e tout essai de réforme. Qu’il y ait là cependant une possibilité pratique d’en sortir, je ne le nie pas. Mais du point de
84 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 5. La machine à fabriquer des électeurs
2753 [p. 40] 5. La machine à fabriquer des électeurs Je crois à l’absurdité de fait de l’instruction publique. J
2754nt nées en même temps. Elles ont crû et embelli d’un même mouvement. Morigéner l’une c’est faire pleurer l’autre. Écouter
2755se. Elles ne mourront qu’ensemble. Il n’y aura qu’une oraison. Laïque. J’entends qu’on ne me conteste pas cette thèse. Elle
2756st glorifiée dans tous les banquets officiels par des orateurs émus et il y aurait une insigne hypocrisie à feindre de ne p
2757ts officiels par des orateurs émus et il y aurait une insigne hypocrisie à feindre de ne plus la reconnaître, une fois diss
2758e plus la reconnaître, une fois dissipée la fumée des civets, des cigares et des idéologies enivrées. D’ailleurs, cette idé
2759connaître, une fois dissipée la fumée des civets, des cigares et des idéologies enivrées. D’ailleurs, cette idée que j’ai l
2760fois dissipée la fumée des civets, des cigares et des idéologies enivrées. D’ailleurs, cette idée que j’ai l’honneur de par
2761ger avec mes adversaires se trouve correspondre à des faits patents et simples ; il serait [p. 41] vraiment dommage de priv
2762p. 41] vraiment dommage de priver ces Messieurs d’une aubaine pour eux si rare. Un fait simple, par exemple, c’est que la D
2763ver ces Messieurs d’une aubaine pour eux si rare. Un fait simple, par exemple, c’est que la Démocratie sans l’instruction
2764te, sinon je me verrai contraint de lui expliquer un certain nombre de vérités tellement évidentes — que cela n’irait pas
2765ur qu’on sache à quoi cela rime. Ensuite, il faut une discipline sévère dès l’enfance pour façonner des contribuables inoff
2766une discipline sévère dès l’enfance pour façonner des contribuables inoffensifs. Enfin, il faut un nombre considérable de l
2767ner des contribuables inoffensifs. Enfin, il faut un nombre considérable de leçons, et le plus longtemps possible, pour qu
2768outer la nature qui répète par toutes ses voix, d’un milliard de façons, que c’est absurde. Pour qu’on n’ait pas le temps
2769  9 , parce que celui qui l’a embrassée une fois, une seule fois, sait bien que tout le reste est absurde. [p. 42] Et voil
2770Mais ce n’est de la part de notre Institutrice qu’un rendu. Car dans ce monde-là « tout se paye » comme ils disent avec un
2771e monde-là « tout se paye » comme ils disent avec une satisfaction sordide et mal dissimulée. Certes je ne prétends pas que
2772enter qu’elle n’était encore au xviiie siècle qu’une utopie de partisans. Il ne serait guère plus fou de proposer aujourd’
2773erie, pour prendre corps, que l’appui intéressé d’un groupement politico-financier. Et il y aurait bien vite des députés p
2774ment politico-financier. Et il y aurait bien vite des députés pour célébrer les bienfaits sociaux, que dis-je, la valeur ha
2775nstitution, se manifeste encore de nos jours et d’une façon non moins flagrante, dans ses suites normales. Je n’en veux pas
2776rument de progrès par excellence. Car il n’est qu’une explication [p. 43] vraisemblable de cette incurie : l’école, sous sa
2777on rôle politique et social, qui est de fabriquer des électeurs (si possible radicaux, en tout cas démocrates). Je me souvi
2778dicaux, en tout cas démocrates). Je me souviens d’un dessin humoristique publié en 1914, représentant l’œuvre de Kitchener
2779blié en 1914, représentant l’œuvre de Kitchener : une machine qui absorbait des gentlemen et rendait des tommies. La machin
2780 l’œuvre de Kitchener : une machine qui absorbait des gentlemen et rendait des tommies. La machine scolaire, elle, dévore d
2781ne machine qui absorbait des gentlemen et rendait des tommies. La machine scolaire, elle, dévore des enfants tout vifs et r
2782it des tommies. La machine scolaire, elle, dévore des enfants tout vifs et rend des citoyens à l’œil torve. Durant l’opérat
2783laire, elle, dévore des enfants tout vifs et rend des citoyens à l’œil torve. Durant l’opération, tous les crânes ont été d
2784on, tous les crânes ont été décervelés et dotés d’une petite mécanique à quatre sous qui suffit à régler désormais l’automa
2785ratés assez fréquents. Maintenant je vous demande un peu quel intérêt il y aurait à perfectionner l’instrument, à l’adapte
2786’instruction publique était d’éduquer le peuple d’une façon désintéressée, les gouvernements seraient un peu plus fous qu’o
2787e façon désintéressée, les gouvernements seraient un peu plus fous qu’on n’ose les imaginer de ne pas [p. 44] entreprendre
2788aginer de ne pas [p. 44] entreprendre sur l’heure une véritable révolution scolaire ; car il ne faudrait pas moins pour que
2789nt confiance à leur sensibilité plus qu’aux idées des autres. Or, c’est une révolte de ma sensibilité qui me dresse contre
2790nsibilité plus qu’aux idées des autres. Or, c’est une révolte de ma sensibilité qui me dresse contre l’École. Mes arguments
2791politiques, et peu m’importerait que l’École soit une machine à fabriquer de la démocratie — si je ne sentais menacées dans
2792e — si je ne sentais menacées dans cette aventure des valeurs d’âme auxquelles je tiens plus qu’à tout. Ma haine de la démo
2793eurant optimisme bourgeois que je m’accommodais d’un régime nocif pour tout ce qu’il y a d’authentiquement noble en chaque
2794ue homme. Si les fils du peuple souffrent moins d’un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aussi
2795un tel régime, c’est qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une connaissance aussi sensible. Mais attendez, si quelques-uns allaient
2796ssieurs de leurs sièges, ils comprendront le sens des images.) p. 41 9. J’emploie ce mot au sens fort, au sens enivr
85 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 6. La trahison de l’instruction publique
2797de l’instruction publique (Ici, le procureur prit un ton plus grave).   L’école s’est vendue à des intérêts politiques. C’
2798prit un ton plus grave).   L’école s’est vendue à des intérêts politiques. C’était là, nous venons de le voir, son unique m
2799unique moyen de parvenir. Elle participe donc sur une vaste échelle à cette « Trahison des clercs » décrite par M. Julien B
2800ipe donc sur une vaste échelle à cette « Trahison des clercs » décrite par M. Julien Benda. Notre époque paiera cher ce cri
2801suffit d’un peu de bon sens et d’information pour jouer au prophète, on nous promet de tous côtés de belles catastrophes. Je
2802ants à l’Église et à la famille. L’Église donnait des valeurs idéalistes, la famille des valeurs réalistes, sans lesquelles
2803Église donnait des valeurs idéalistes, la famille des valeurs réalistes, sans lesquelles le monde [p. 47] s’enfonce de son
2804poids dans l’abrutissement ou se laisse prendre à des théories non point fumeuses, comme le veut le cliché, mais schématiqu
2805ne peut pas être idéaliste : car elle deviendrait un danger pour le désordre établi. L’idéalisme est forcément révolutionn
2806i. L’idéalisme est forcément révolutionnaire dans un monde organisé pour la production. Le culte des valeurs désintéressée
2807ns un monde organisé pour la production. Le culte des valeurs désintéressées ne peut que diminuer le « rendement » quantita
2808livrent. Je ne veux pas me poser ici en défenseur des vertus patriarcales. Mais je m’adresse aux démocrates convaincus, par
2809je m’adresse aux démocrates convaincus, partisans des « lumières » et qui pourtant s’indignent de voir la morale actuelle s
2810t, constatez avec moi que la famille était encore un milieu naturel, donc normatif. Le collège au contraire est un milieu
2811turel, donc normatif. Le collège au contraire est un milieu anti-naturel, et les normes sociales qu’on prétend y substitue
2812 pas le pôle idéaliste nécessaire à l’équilibre d’une civilisation, — et c’est l’aspect négatif de sa trahison — mais encor
2813able… Je [p. 48] crois qu’elle a surtout besoin d’une purge violente qui chasse ce ver solitaire du matérialisme. Et quand
2814aura démontré que les besoins de l’époque exigent une organisation à outrance du monde, je répondrai que dans la mesure où
2815s la mesure où cette exigence est satisfaite naît un nouveau besoin qui est précisément d’échapper à cette organisation. O
2816outes parts. Mais l’école empoisonne les germes d’une renaissance de l’esprit dont elle devrait être la mère. Elle favorise
2817 l’incompréhension brutale de la nature, la haine des supériorités naturelles, l’habitude de l’ersatz et du travail bâclé.
2818rnir son contrepoison. Au contraire, elle prépare des esclaves du mot. Il est clair, par exemple, que seules les victimes d
2819de tirs fédéraux. On a comparé le monde moderne à un vaste établissement de travaux forcés. L’école donne à l’enfant ce qu
2820’école primaire, arrive trop tard. Elle sème dans un terrain que l’instituteur a méthodiquement desséché.  
86 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 7. L’instruction publique contre le progrès
2821. 50] 7. L’instruction publique contre le progrès Un beau titre. Et qui a meilleure façon que le reste, pensez-vous. Il fa
2822… journalistique, de bedonnant creux, cela vous a un petit air démocratique, hé ! hé !… et d’ailleurs, vous aimez les idée
2823e vôtre, et même que sa nature ne l’entraîne dans une direction tout opposée. C’est très malin d’avoir inventé un instrumen
2824on tout opposée. C’est très malin d’avoir inventé un instrument de progrès : encore faut-il le mettre en marche. Et où le
2825 perçoit que « l’instrument de progrès » n’est qu’un camouflage à l’abri duquel on distille du radicalisme intégral. On me
2826alisme intégral. On me fera observer que beaucoup des servants de la machine sont socialistes ou conservateurs : voilà qui
2827 change pas le rendement, j’imagine, ni la nature des produits excrétés. [p. 51] On forme nos gosses, dès l’âge de six ans
2828 ils n’aient appris par cœur la réponse. Regardez un écolier préparer ses devoirs, c’est frappant : il apprend les questio
2829J’avoue que je trouve ça très fort : avoir obtenu un conformisme de la curiosité. Il est vrai qu’il ne fallait pas moins p
2830l ne fallait pas moins pour assurer la sécurité d’un régime établi dans des fauteuils ; car un peuple d’électeurs fantaisi
2831 pour assurer la sécurité d’un régime établi dans des fauteuils ; car un peuple d’électeurs fantaisistes serait parfois ten
2832urité d’un régime établi dans des fauteuils ; car un peuple d’électeurs fantaisistes serait parfois tenté de retirer brusq
2833e-ci : je prétends que l’instruction publique est une puissance conservatrice. — Pas moins ! Elle est destinée à légitimer
2834vifient. L’École se contente d’être figée. Est-ce un frein ? Même pas. C’est plutôt une vase où s’enlise notre civilisatio
2835e figée. Est-ce un frein ? Même pas. C’est plutôt une vase où s’enlise notre civilisation ; et où la Démocratie peut se con
2836ilisation ; et où la Démocratie peut se conserver des siècles encore… Or si je dis que l’École est contre le progrès, c’est
2837 point de le dire, avec ce sens du cliché qui est un hommage à vos maîtres respectés. La Démocratie, par le moyen de l’ins
2838quer de s’inventer. Je ne puis m’empêcher de voir une intention providentielle dans cet amour de la destruction et de l’ana
2839e peu l’avouent. Car détruire, déblayer, et faire des signes dans le vide à des hasards gros de dangers, c’est peut-être à
2840ire, déblayer, et faire des signes dans le vide à des hasards gros de dangers, c’est peut-être à quoi notre génération devr
2841t au nom du passé ne signifie pas que l’on désire un retour au passé. Mais la considération de régimes anciens peut nous a
2842 que notre soi-disant progrès social correspond à un recul humain. Par exemple, est-ce un progrès que d’avoir remplacé les
2843correspond à un recul humain. Par exemple, est-ce un progrès que d’avoir remplacé les hiérarchies de tradition, avec tout
2844s qu’en soient d’ailleurs les réalisations —, par des hiérarchies rond-de-cuiresques dont l’origine est [p. 53] un pis-alle
2845ies rond-de-cuiresques dont l’origine est [p. 53] un pis-aller, dont la méthode est le tirage au flanc lucratif, dont l’es
2846armée de pédantisme, et je ne parle pas du décor, des odeurs, de la poussière, des petites habitudes sordides et de cette m
2847 parle pas du décor, des odeurs, de la poussière, des petites habitudes sordides et de cette matière rarement « hygiénique 
2848e ? Réponse ? Petits étourdis. Réponse non, c’est un recul. Cette critique du fonctionnarisme, vous alliez le dire, est un
2849ique du fonctionnarisme, vous alliez le dire, est un ramassis de lieux communs. Mais il s’en faut, hélas, de beaucoup pour
2850’en faut, hélas, de beaucoup pour que la majorité des électeurs les considèrent comme tels. Et je ne me tiendrai pas pour b
2851et distingué. Il y a de grands balayages à faire, un grand courant d’air à créer qui emportera toutes ces statistiques et
2852urnaux, il en restera toujours assez pour allumer des feux de joie, etc. Bon. Supposons tout cela fait. Respirons. Mais déj
2853uis les dernières pestes noires). Si vous creusez un peu la notion de démocratie, vous trouverez bien vite qu’elle repose
2854atie, vous trouverez bien vite qu’elle repose sur des postulats rationalistes. En vérité, démocratie et rationalisme ne son
2855 aspects, l’un politique, l’autre intellectuel, d’une même mentalité. Elle s’est développée au xviiie dans l’aristocratie
2856 au xviiie dans l’aristocratie qui n’y voyait qu’un jeu. Durant tout le xixe elle est descendue dans la bourgeoisie et d
2857ourgeoisie et dans le peuple ; elle y est devenue une tyrannie. Avant il y avait la Raison et les sentiments. Maintenant il
2858utopies et les empêche de devenir autre chose que des utopies. Il s’agit donc en premier lieu de le démasquer et de le pour
2859de notre vie. Mais cette première tâche constitue un programme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Lais
2860ogramme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à des générations plus libres d’im
2861formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à des générations plus libres d’imaginer, bénéficiant de notre colère jacob
2862vel être. Notre époque serait le deuxième temps d’une de ces triades. Son rationalisme nie l’être sous toutes ses formes, t
2863mortes. Mais le temps vient où elles renaîtront à une vie nouvelle et plus complète, à un degré supérieur d’inconscience, s
2864renaîtront à une vie nouvelle et plus complète, à un degré supérieur d’inconscience, si je puis dire. Alors ce sera au tou
2865e réclame l’expulsion de la congrégation radicale des instituteurs. On me demande encore ce que je mettrais à la place. Et
2866rossièrement. J’aurais voulu vous voir demander à un sujet de Louis XIV ce qu’il concevait à la place de la [p. 56] royaut
2867e la [p. 56] royauté absolue. Il eût fallu certes une imagination prodigieuse au dit sujet pour se représenter même très va
2868crètement, que ce mépris et ce scepticisme sont d’un ridicule écrasant, sous lequel vous ne tarderez pas à périr.   p.
87 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Appendice. Utopie
2869 [p. 57] Appendice. Utopie Un os à la meute. (Et figurez-vous que j’ai la ferme intention de vous f
2870morale.) La question est de savoir si nous serons des hommes de chair et d’esprit, ou des pantins articulés. (Qui tiendra l
2871i nous serons des hommes de chair et d’esprit, ou des pantins articulés. (Qui tiendra les ficelles, peu importe.) Les écono
28723 les mieux informés de ce temps s’accordent sur un point : le salut de l’Europe est lié à la naissance d’une nouvelle at
2873t : le salut de l’Europe est lié à la naissance d’une nouvelle attitude de l’âme. Ceci revient à dire que seule une grande
2874 attitude de l’âme. Ceci revient à dire que seule une grande vague de l’imagination collective peut désensabler le vieux ba
2875tive peut désensabler le vieux bateau occidental. Un nouvel état d’esprit : voilà bien ce que l’École empêche même de conc
2876usons le plus clair de nos forces — le Poète dira un mot, ou bien fera un acte, et ces peuples de somnambules s’éveilleron
2877e nos forces — le Poète dira un mot, ou bien fera un acte, et ces peuples de somnambules s’éveilleront du cauchemar où les
2878rage universel, instruction publique. Cela promet des grabuges inouïs. Il ne tient peut-être qu’à une forte équipe d’idéali
2879t des grabuges inouïs. Il ne tient peut-être qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en faire sortir le beau miracle
2880tes pratiques d’en faire sortir le beau miracle d’une civilisation aux ordres de l’Esprit. Mais il faudrait que dès mainten
2881trouvent le courage d’être, malgré les mots  14 , des anarchistes et des utopistes. J’appelle anarchiste, tout ce qui est v
2882 d’être, malgré les mots  14 , des anarchistes et des utopistes. J’appelle anarchiste, tout ce qui est violemment et intégr
2883iolemment et intégralement humain. L’anarchie est un degré [p. 59] d’intensité dans la vie, non pas un parti. Tout extrémi
2884un degré [p. 59] d’intensité dans la vie, non pas un parti. Tout extrémiste, de droite comme de gauche, se trouve être dan
2885e gauche, se trouve être dans une certaine mesure un anarchiste s’il défend son opinion de toutes ses forces. Mais c’est u
2886fend son opinion de toutes ses forces. Mais c’est un anarchiste de la mauvaise espèce, un anarchiste embrigadé. L’anarchis
2887. Mais c’est un anarchiste de la mauvaise espèce, un anarchiste embrigadé. L’anarchiste que j’aime est simplement un homme
2888embrigadé. L’anarchiste que j’aime est simplement un homme libre qui a une foi (ou un amour) et qui s’y consacre. (Mais al
2889te que j’aime est simplement un homme libre qui a une foi (ou un amour) et qui s’y consacre. (Mais alors !… Je vois à votre
2890e est simplement un homme libre qui a une foi (ou un amour) et qui s’y consacre. (Mais alors !… Je vois à votre mine stupi
2891est l’inventeur. Les sots vont répétant que c’est un être qui ignore le réel. C’est justement parce qu’il le connaît mieux
2892 parce qu’il le connaît mieux qu’eux qu’il y a vu des fissures et des possibilités nouvelles. Tenir compte du réel ne signi
2893connaît mieux qu’eux qu’il y a vu des fissures et des possibilités nouvelles. Tenir compte du réel ne signifie pas s’y soum
2894utopiste est celui qui ne se résigne à aucun état des choses. Il est pour le « mieux » contre le « bien ». Sans lui l’human
2895de personnes répondent oui, cela finira par créer un courant d’opinion. Et l’opinion publique mène le monde, paraît-il. À
2896urnalistes s’engagent désormais à ne publier plus un seul article de fond où ne perce leur mépris pour l’instruction publi
2897t, et ils auraient là l’occasion de racheter bien des choses. Ce n’est rien de moins qu’une rédemption du journalisme, ce q
2898cheter bien des choses. Ce n’est rien de moins qu’une rédemption du journalisme, ce que je propose-là. Et c’est ainsi qu’on
2899e malentendu : je ne crois pas à la possibilité d’une réforme suffisante. C’est une révolution qu’il faut. Alors, supprimer
2900 à la possibilité d’une réforme suffisante. C’est une révolution qu’il faut. Alors, supprimer les écoles, raser les collège
2901faim d’instruction  15 , et se croirait lésé dans un de ses droits fondamentaux. Le peuple veut s’instruire et on lui bour
2902nt ce que son entourage ne peut plus lui donner : des modèles de pensées. Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme
2903ne peut plus lui donner : des modèles de pensées. Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaissances mortes
2904e pensées. Un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaissances mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu
2905rit, au lieu d’une somme de connaissances mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les O
2906oudra. Les Orientaux appellent Yoga cette culture des facultés physiques, intellectuelles et mystiques. Toute leur force vi
2907a concentration. En vérité, toute force résulte d’une concentration, dans quelque domaine que ce soit. Si l’Occident compre
2908 comprenait cette vérité élémentaire et en tirait des conclusions immédiates, non seulement il serait sauvé du désastre, ma
2909de comprendre, ici encore, c’est la peur scolaire des mots. Ce terme hindou agace, trouble ou fait sourire les étriqués. On
2910n me dit : [p. 62] vous ne voyez tout de même pas une classe de gamins répétant la syllabe sacrée Aûm ou se livrant à des e
2911ns répétant la syllabe sacrée Aûm ou se livrant à des exercices de contrôle de la respiration. Il ne s’agit nullement de ce
2912n Yoga à lui : toutes les fois qu’il veut obtenir une grande intensité avec un minimum de moyens. J’en citerai deux exemple
2913fois qu’il veut obtenir une grande intensité avec un minimum de moyens. J’en citerai deux exemples : la discipline jésuite
2914ique, aux exercices élémentaires que l’on exige d’un initié. Le fameux arrêt de la pensée dont on sait l’importance primor
2915d au garde-à-vous ! par quoi l’on impose au corps une immobilité absolue. L’un et l’autre de ces exercices montrent que le
2916de ces exercices montrent que le candidat possède une énergie suffisante pour aller plus loin, — et en même temps constitue
2917r aller plus loin, — et en même temps constituent des sources d’énergie nouvelle. Le parallèle peut être poussé dans les dé
2918ut être poussé dans les détails. Il s’agit bien d’un geste identique, exécuté dans deux plans différents. Le drill est un
2919 exécuté dans deux plans différents. Le drill est un Yoga corporel, le Yoga est un drill de l’esprit. Je sais que ces deux
2920rents. Le drill est un Yoga corporel, le Yoga est un drill de l’esprit. Je sais que ces deux mots sont bien dangereux et i
2921l y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas séparer une méthode des fins auxquelles on l’applique généralement. Ces gens-là d
2922up de gens qui ne peuvent pas séparer une méthode des fins auxquelles on l’applique généralement. Ces gens-là diront que je
2923les collèges en couvent. Tant pis. Le drill offre un exemple d’éducation efficace. L’armée de milices suisses fait des sol
2924ucation efficace. L’armée de milices suisses fait des soldats en moins de trois mois. Si l’école appliquait en les transpos
2925is mois. Si l’école appliquait en les transposant des méthodes de concentration analogues, même dans la mesure sans doute f
2926ême dans la mesure sans doute faible où la nature des enfants le supporte, on économiserait plusieurs semestres de travail.
2927à de quoi se tordre. Car tout cela nous donnerait des années de liberté, en même temps qu’un peu de calme. Ces années de li
2928agéré de dire que tout homme gagnerait à posséder une plus grande puissance intellectuelle, une meilleure mémoire, une sens
2929osséder une plus grande puissance intellectuelle, une meilleure mémoire, une sensibilité plus aiguisée. En tout cas, c’est
2930 puissance intellectuelle, une meilleure mémoire, une sensibilité plus aiguisée. En tout cas, c’est à cultiver ces facultés
2931tous [p. 64] progressent de la même manière. Dans un système de culture spirituelle, les différences s’accuseraient, mais
2932r ce plan elles ne font que traduire la diversité des besoins individuels. Méditez un peu ces truismes : On apprend plus d’
2933ire la diversité des besoins individuels. Méditez un peu ces truismes : On apprend plus d’une chose longuement contemplée
2934. Méditez un peu ces truismes : On apprend plus d’une chose longuement contemplée que de mille aperçues au passage. Ab uno
2935de mille aperçues au passage. Ab uno disce omnes. Une minute de concentration intense dégage dans l’individu plus d’énergie
2936intense dégage dans l’individu plus d’énergie que des heures d’exercices gémissants. De même, le bien supérieur de quelques
2937en. Cela se fera sans vous. Déjà revient le temps des mages : ils comprennent les théories d’Einstein, ils composent de la
2938in, ils composent de la poésie pure, ils mesurent des sensibilités secondes et tout un arc-en-ciel de sentiments dont les a
2939e, ils mesurent des sensibilités secondes et tout un arc-en-ciel de sentiments dont les accords imitent la blancheur éclat
2940tante de l’amour… Que dirons-nous ?… Par la force des choses et de l’Esprit, l’homme sera-t-il sauvé de sa folie démocratiq
2941 est toujours tenté d’attribuer à ses adversaires des intentions noires et consciemment criminelles. Ce travers a été dével
2942et contrôle n’importe quoi, il faut bien inventer des dessous pour redonner quelque saveur à ses jugements. C’est pourquoi
2943ements. C’est pourquoi l’on ne peut plus attaquer un fonctionnaire dans ses activités publiques sans que des personnes bie
2944nctionnaire dans ses activités publiques sans que des personnes bien intentionnées viennent vous dire : « Mais Monsieur, M.
2945onsieur, M. Machin que vous attaquez est pourtant un très brave homme, il fait partie du conseil de la paroisse, et… » — I
2946up de mal, mais ils sont les premières victimes d’un système qu’ils propagent et qui les fait vivre. La question se compli
2947tes, mais sont-ils dans la même mesure conscients des fins qu’on assigne à leur activité ? Un peu de rigueur dans la pensée
2948peu de rigueur dans la pensée empêcherait souvent des catastrophes que beaucoup de rigueur morale ne saurait même pas prévo
2949La culture de notre force de pensée nous rendrait une liberté sans laquelle nos efforts resteront vains pour instaurer cett
2950leur sens et toute leur efficace que dans [p. 66] un système religieux. Pour quiconque a une foi et la conscience de cette
2951ns [p. 66] un système religieux. Pour quiconque a une foi et la conscience de cette foi, il n’est d’enseignement véritable
2952fessionnelles enrayent et faussent tout. Imaginez une culture spirituelle indépendante de toute destination religieuse part
2953estination religieuse particulière. On peut faire des haltères et rester pacifiste. NOTE C Vous parlez de la grande vulgari
88 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Sherwood Anderson, Mon père et moi et Je suis un homme (janvier 1929)
295423] Sherwood Anderson, Mon père et moi et Je suis un homme (janvier 1929) ax Le critique se sent désarmé et légèrement a
2955e se sent désarmé et légèrement absurde en face d’un récit comme celui d’Anderson : voici un homme qui raconte sa vie avec
2956en face d’un récit comme celui d’Anderson : voici un homme qui raconte sa vie avec une émouvante simplicité et il faudrait
2957Anderson : voici un homme qui raconte sa vie avec une émouvante simplicité et il faudrait avoir la grossièreté de lui répon
2958l faudrait avoir la grossièreté de lui répondre d’un air connaisseur que c’est bien composé. J’avoue prendre cette autobio
2959né du passage où il rappelle qu’il écrit la vie d’un homme de lettres. En réalité, on ne le voit pas encore apparaître sou
2960aspect dans ces deux premiers tomes, où il décrit des scènes de son enfance et de sa jeunesse comme ouvrier. L’art d’Anders
2961nnant d’apparente simplicité. Le récit s’avance à une allure libre et tranquille, anglo-saxonne et peu à peu entraîne tout
2962nquille, anglo-saxonne et peu à peu entraîne tout un branle-bas d’évocations hautes en couleur, de rêves, de visages, tand
2963êves, de visages, tandis que ç[à] et là s’ouvrent des perspectives saisissantes sur l’époque. Anderson est avant tout un po
2964aisissantes sur l’époque. Anderson est avant tout un poète, un homme qui aime inventer et que cela console des nécessités
2965s sur l’époque. Anderson est avant tout un poète, un homme qui aime inventer et que cela console des nécessités modernes,
2966e, un homme qui aime inventer et que cela console des nécessités modernes, dégradantes. Cet amour de l’invention romanesque
2967 amour de l’invention romanesque considérée comme une revanche de la poésie — mais à Chicago on doit appeler ça du bluff —
2968bluff — fait de lui sans doute le plus méridional des conteurs américains. Avec cela, un réalisme, plein de verdeur et souv
2969us méridional des conteurs américains. Avec cela, un réalisme, plein de verdeur et souvent d’amertume. Mais là où d’autres
2970raient le couplet humanitariste, lui s’en va dans un rêve, ou dans un autre souvenir. Qui parmi nous sait encore parler de
2971 humanitariste, lui s’en va dans un rêve, ou dans un autre souvenir. Qui parmi nous sait encore parler de sa mère avec cet
2972avec cette virile et religieuse tendresse ? C’est un Chinois, c’est un Américain qui viennent nous rapprendre que les sour
2973et religieuse tendresse ? C’est un Chinois, c’est un Américain qui viennent nous rapprendre que les sources de la poésie s
2974ources de la poésie sont dans notre maison. Voici un de ces passages où il sait être, avec sa verve doucement comique, si
2975ette époque je croyais fortement en l’existence d’une espèce de secrète et à peu près universelle conspiration pour insiste
2976conspiration pour insister sur la laideur. “C’est une frasque de gosses à laquelle nous nous livrons, voilà tout, moi et le
2977 les autres”, me disais-je parfois, et il y avait des moments où j’arrivais presque à me convaincre que si je m’approchais
2978que si je m’approchais tout à coup par derrière d’un homme ou d’une femme quelconque, et disais “houu !” il ou elle se sec
2979prochais tout à coup par derrière d’un homme ou d’une femme quelconque, et disais “houu !” il ou elle se secouerait enfin,
2980ous-mêmes et de tout le reste, nous amusant comme des fous ». Mais non, on ne le secouera pas, ce cauchemar, ce monde moder
2981on, ce monde où l’on ne sait plus créer avec joie des formes belles, ce monde qui devient impuissant. Impossible d’évoquer
2982onde qui devient impuissant. Impossible d’évoquer un personnage précis pour lui faire endosser le blâme, mais comme l’homm
2983sa fin logique, ne pourrait-il pas être considéré un jour comme le grand tueur de son époque ? Rendre impuissant c’est à c
2984 de l’élever à la présidence de la République. Qu’un tel acte serait adéquat ! Tamerlan, dont la spécialité était l’assass
89 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Saisir (juin 1929)
2985uin 1929) ay Ce petit livre de poèmes est comme une initiation au silence. Il faut s’en approcher avec une douceur patien
2986nitiation au silence. Il faut s’en approcher avec une douceur patiente, et le laisser créer en nous son silence particulier
2987’entendre les signes [p. 763] qu’il nous propose. Une telle poésie n’offre aux sens que peu d’images (à peine quelques « mo
2988fs », objets usuels et usés, sur la nuance mate d’un paravent chinois). Ce qu’elle décrit, ce sont des perceptions de l’âm
2989’un paravent chinois). Ce qu’elle décrit, ce sont des perceptions de l’âme plus que de l’esprit ou des sens. « Reste immobi
2990 des perceptions de l’âme plus que de l’esprit ou des sens. « Reste immobile et sache attendre que ton cœur se détache de t
2991che attendre que ton cœur se détache de toi comme une lourde pierre. » Le corps, que l’âme quitte, redevient minéral, statu
2992oses dont elle s’est dégagée et qu’elle voit dans une autre lumière : « Tout semblait vivre au fond d’un insistant regard. 
2993e autre lumière : « Tout semblait vivre au fond d’un insistant regard. » Le poète des Gravitations est ici descendu plus p
2994t vivre au fond d’un insistant regard. » Le poète des Gravitations est ici descendu plus profond en soi-même ; son art y ga
2995oi-même ; son art y gagne en densité, en émotion. Des mots simples, mais chacun dans sa mûre saveur ; une phrase naturellem
2996s mots simples, mais chacun dans sa mûre saveur ; une phrase naturellement grave ; une voix douce et virile ; et quel beau
2997sa mûre saveur ; une phrase naturellement grave ; une voix douce et virile ; et quel beau titre ! « Saisir » n’est-ce point
2998» ? Mais le plus émouvant, c’est ici l’approche d’un silence partout pressenti, qui s’impose, qui apaise le vain débat de
2999« Car l’on pense beaucoup trop haut, et cela fait un vacarme terrible. » p. 762 ay. « Jules Supervielle : Saisir (NRF
90 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cassou, La Clef des songes (août 1929)
3000 [p. 248] Jean Cassou, La Clef des songes (août 1929) az Après cet austère Pays qui n’est à personne p
3001Pays qui n’est à personne paru l’année dernière — un livre assez troublant et qu’on a trop peu remarqué —, Jean Cassou rev
3002 son romantisme, à notre cher romantisme. La Clef des songes est de nouveau une dérive fantaisiste dans ce monde un peu plu
3003her romantisme. La Clef des songes est de nouveau une dérive fantaisiste dans ce monde un peu plus léger, un peu plus profo
3004t de nouveau une dérive fantaisiste dans ce monde un peu plus léger, un peu plus profond que le vrai, où l’Éloge de la fol
3005rive fantaisiste dans ce monde un peu plus léger, un peu plus profond que le vrai, où l’Éloge de la folie nous entraînait
3006e son Pierangelo dans la vie. Le hasard, complice des poètes, lui fait rencontrer des êtres bizarres avec lesquels il n’hés
3007 hasard, complice des poètes, lui fait rencontrer des êtres bizarres avec lesquels il n’hésite pas à faire un bout de chemi
3008es bizarres avec lesquels il n’hésite pas à faire un bout de chemin, Hans le gardeur d’oies, le gueux Joseph qui parle à s
3009le gueux Joseph qui parle à son chien en mourant, une fille qui chante et des enfants surtout, dès le début, puis plus tard
3010e à son chien en mourant, une fille qui chante et des enfants surtout, dès le début, puis plus tard encore, dans les songes
3011 le début, puis plus tard encore, dans les songes des grandes personnes, — puis tous se perdent, comme des souvenirs, et l’
3012 grandes personnes, — puis tous se perdent, comme des souvenirs, et l’on retrouve un peu plus loin d’autres souvenirs attri
3013se perdent, comme des souvenirs, et l’on retrouve un peu plus loin d’autres souvenirs attristés par le temps, des visages
3014s loin d’autres souvenirs attristés par le temps, des visages qui ne sont plus tout à fait les mêmes, des bonheurs qui sign
3015s visages qui ne sont plus tout à fait les mêmes, des bonheurs qui signifient plus de désespoir qu’ils ne s’en doutent… C’e
3016t plus de désespoir qu’ils ne s’en doutent… C’est un dévergondage sentimental, plein de malices et d’envies de pleurer. Qu
3017el dommage qu’il s’égare parfois dans les maisons des grands bourgeois, où tout, soudain, devient plus terne. Mais bien vit
3018tout, soudain, devient plus terne. Mais bien vite un intermède bouffon, impossible et d’une désopilante poésie nous replon
3019s bien vite un intermède bouffon, impossible et d’une désopilante poésie nous replonge dans une atmosphère autre, où les pe
3020le et d’une désopilante poésie nous replonge dans une atmosphère autre, où les personnages ont cet air un peu ivre et capab
3021 atmosphère autre, où les personnages ont cet air un peu ivre et capable de n’importe quoi, cet [p. 249] air dangereux et
3022hants, et seulement aux dernières pages du livre, un peu amers… On voudrait un livre de Cassou qui ne serait fait que de c
3023rnières pages du livre, un peu amers… On voudrait un livre de Cassou qui ne serait fait que de ces intermèdes ; pur de tou
3024u’invention, qui inventerait sa vérité. Ce serait un de ces miracles de liberté dont nous avons besoin pour croire que le
3025 besoin pour croire que le monde actuel n’est pas un cas désespéré. Mais voici déjà dans l’œuvre de Jean Cassou, et singul
3026faits ». Car il y a toujours assez de vérité dans une histoire où il y a de la poésie. p. 248 az. « Jean Cassou : La C
91 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Rolland de Renéville, Rimbaud le voyant (août 1929)
3027 de Rimbaud, l’on s’étonne qu’il ait fallu plus d’un demi-siècle pour qu’une telle interprétation voie le jour. Cela pourr
3028nne qu’il ait fallu plus d’un demi-siècle pour qu’une telle interprétation voie le jour. Cela pourrait donner lieu à de mél
3029 l’un de ces signes qui de toutes parts annoncent une rentrée de l’âme dans la littérature la plus spirituelle du monde. La
3030auteur de cet essai — la voyance de Rimbaud — est une de ces évidences qu’il est bon de proposer à la réflexion de notre te
3031our faite honte à ceux qui sont encore capables d’une telle honte, de leur indifférence à l’endroit de l’être le plus monst
3032par le truchement de la poésie française. — Livre un peu didactique, trop attentif à sa propre démarche, mais inspiré par
3033] Regrettons seulement qu’il n’élargisse pas plus une question aussi centrale — qui est, si l’on veut, la question d’Orient
3034aisant de Rimbaud, « mystique à l’état sauvage », un catholique qui s’ignore, il n’est pas plus admissible d’inférer du mé
3035élation évangélique. Je ne vois là que l’indice d’une confusion bien française, hélas. p. 250 ba. « André Rolland de R
92 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Julien Benda, La Fin de l’Éternel (novembre 1929)
3036n’est plus l’heure de venir prendre position dans un débat où les voix les mieux écoutées ont dit ce qu’elles avaient à di
3037e cette revue connaissent la thèse de la Trahison des Clercs 11 , thèse dont la Fin de l’Éternel ne fait que reprendre la
3038a trahit à son tour quand il tire argument contre une thèse de M. Marcel de