1 1920, Articles divers (1924–1930). La Tour de Hölderlin (15 juillet 1929)
1nvahit. C’est une sorte de vieillard qui reparaît en Allemagne. Et durant trente années, ce pauvre corps abandonné vivra d
2au bord de l’eau, un peu au-dessous de la maison, en attendant [p. 355] l’heure d’ouverture. Il y a là une station de cano
3« Friedrich Hölderlin » à côté d’un « Hyperion ». En cherchant, je trouverais bien aussi un « Nietzsche » à fond plat. Des
4uestionne-t-il, méfiant — bon, bon, parce qu’il y en a qui viennent, n’est-ce pas, ils ne savent pas trop qui c’était… Alo
5Francfort, écrivait Bettina, car aussitôt l’on se met à raconter les choses les plus affreuses sur son compte, simplement p
6 on propose le couple à l’admiration des écoliers en promenade, et le guide désigne familièrement l’image d’une femme par
7s marronniers. À quatre heures, l’orchestre s’est mis à jouer des ringues charmantes, jazz et clarinette, chansons de Mai.
8que. Je n’aime pas les jeunes Doktors à lunettes, en costume de bain, qui pagayent vigoureusement, les dents serrées. (« W
9 il n’est revenu qu’un vieux corps radotant. — Qu’en pensez-vous, bonnes gens ?… Il a eu tort, sans doute. Tout le monde s
10e telle femme qui la confesse : « Celui qui entre en commerce trop étroit avec le ciel, les dieux le vouent au malheur. »
2 1924, Articles divers (1924–1930). M. de Montherlant, le sport et les Jésuites (9 février 1924)
11exceptionnellement compliquées, qui s’exprimaient en une langue plus compliquée encore et nuancée jusqu’à l’ennui. La guer
12naissance à la doctrine de M. de Montherlant, qui en est sortie toute formée et casquée pour la lutte de l’après-guerre. ⁂
13ns cette conception simpliste du monde, qui n’est en rien différente de celle de l’Action française ; remarquons toutefois
14therlant son admirable lyrisme de poète du stade. En un style d’une fermeté presque brutale parfois, un style de sportif,
15que je n’entends pas ? » — Mais plus que le corps en mouvement, c’est la domination de la raison sur ce corps qui est exal
16éral de la morale sportive : « la règle de rester en dedans de son action, application de l’immense axiome formulé par Hés
17« éthique du sport » tempérée de raison. Ce qu’on en peut retenir, c’est la méthode, car je crois qu’elle sert mieux la dé
18mieux la démocratie que l’Église romaine, quoi qu’en pense M. de Montherlant. Et voici, ô paradoxe, qu’il rejoint Kant, Ka
19 non plus seulement un homme de lettres. Un homme en qui s’équilibrent déjà l’enthousiasme d’une jeunesse saine et la rete
20s-le donc du salut des équipes avant le match : « En l’honneur d’Henry de Montherlant, hip, hip, hurrah ! » p. 63 a.
3 1924, Articles divers (1924–1930). Conférence de Conrad Meili sur « Les ismes dans la peinture moderne » (30 octobre 1924)
21. Mais leurs recherches n’ont pas été vaines. Ils en reviennent chargés de chefs-d’œuvre, et plus conscients de leurs moye
22 l’avènement d’un classicisme nouveau. M. Meili a mis en évidence cette courbe de la peinture moderne avec une netteté et u
23vènement d’un classicisme nouveau. M. Meili a mis en évidence cette courbe de la peinture moderne avec une netteté et un r
4 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (mars 1925)
24e que « … Nous sommes sûrs de ne pas nous tromper en nous inquiétant de faire, à notre place modeste, si peu que ce soit p
25i des seconds. C’est pour avoir contemplé Verdun, en tête à tête avec le génie de la mort. Mais alors, à quoi sert d’exalt
26 pour les vouloir éviter, et ces grandeurs pour n’en pas trop descendre ». N’est-ce pas une éclatante mise au point ? Et v
27 pas trop descendre ». N’est-ce pas une éclatante mise au point ? Et venant de l’auteur du Songe, d’un de ces hommes qui « d
28ît un doute, parfois : « On craint d’être injuste en décidant si… cette absence de haine ; cette épouvante, devant la guer
29qu’on parle de cette œuvre : je ne sais s’il faut en voir la raison dans la force de la personnalité révélée ou dans la no
30r de toute faiblesse, flamme d’une pureté si rare en notre siècle, qu’elle paraît parfois, lorsque la tourmente humaine ne
5 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Breton, Manifeste du surréalisme (juin 1925)
31a périr. C’est du moins ce que proclame M. Breton en un manifeste dont la pseudo-nouveauté nous retiendra moins que la sig
32se. Ces principes ? Ils se laissent hélas résumer en un court article de dictionnaire : « Surréalisme, n.m. Automatisme ps
33tionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute p
34ais savent admirablement parler. Ils érigent donc en doctrine leur impuissance. « Il n’y a pas de pensée hors les mots » (
35cifs intellectuels. Mais elle risque bien de nous en rendre un peu plus esclaves. Car depuis Freud — dont ils se réclament
36, les surréalistes trouvent à montrer leur talent en des jeux moins lassants. Dada, éclat de rire d’un désespoir exaspéré,
6 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Colin, Van Gogh (août 1925)
37oderne » est au moins le cinquième ouvrage publié en France sur Van Gogh, depuis 1922. Il contient pourtant des vues assez
38une telle manière que des conclusions critiques s’en dégagent avec évidence. Van Gogh fut une proie du génie. L’homme tel
39nous le peint Paul Colin, est peu intéressant. On en a connu bien d’autres de ces jeunes gens prétentieux et sincères qui
40 pour le tourmenter et le transfigurer. Vincent s’en effraie lui-même : « Il y a quelque chose au dedans de moi. Qu’est-ce
7 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Lucien Fabre, Le Tarramagnou (septembre 1929)
41cles sur Valéry, St John Perse. On le vit naguère en province liquider des stocks américains. Et ses romans, c’est aussi u
42le platitude est presque indispensable, mais il s’en permet d’autres qui le sont moins. On n’écrit pas un roman en trois v
43autres qui le sont moins. On n’écrit pas un roman en trois volumes sans y laisser des maladresses et des négligences. Mais
44res. Le sujet du Tarramagnou, c’est « la nouvelle mise en servitude du peuple rustique de France ». En effet — le phénomène
45Le sujet du Tarramagnou, c’est « la nouvelle mise en servitude du peuple rustique de France ». En effet — le phénomène n’e
46e jeter au-devant des troupes accourues, il meurt en clamant la paix. M. Fabre avait là les éléments d’un grand roman : au
47s personnages d’une belle richesse psychologique. En fermant le livre on a presque l’impression qu’il a réussi ce grand ro
8 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Les Appels de l’Orient (septembre 1929)
48a culture le péril n’existe que pour autant qu’on en parle, la vraie « question asiatique » étant une question politique.
49donner qu’une supériorité provisoire et qui porte en son principe le germe de sa destruction.) Il y a enfin ceux qui refon
50inent toutes ces opinions ; et ceux qui avouent n’en point avoir, sincérité trop rare… Presque toutes les réponses, conclu
51je pense, réunira tous les suffrages. Et chacun d’en tirer de nouvelles raisons de maudire l’Orient ou chercher la guériso
9 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Prévost, Tentative de solitude (septembre 1929)
52l » qu’a peint « par le dedans » M. Jean Prévost, en un saisissant raccourci psychologique. « Tout homme normal est fait d
53é par l’extérieur, — ce fou que nous portons tous en nous, — il [p. 1157] l’a isolé, incarné, nommé : Revert. Puis il l’a
54inée. Artificielle comme toute expérience, elle n’en est pas moins probante. Une œuvre d’art que ce petit livre ? C’est av
10 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Almanach 1925 (septembre 1925)
55 [p. 1162] Almanach 1925 (septembre 1925) g En 1886, lors de sa fondation, la nouvelle maison d’édition Fischer pass
11 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Otto Flake, Der Gute Weg (septembre 1929)
56llemagne nouvelle — et peut-être parce qu’il sait en sortir parfois — M. Otto Flake i a gardé son bon sens et son sang-fr
12 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ernest Seillière, Alexandre Vinet, historien de la pensée française (octobre 1929)
57 l’on songe au service que M. Seillière nous rend en réintroduisant dans l’actualité la plus brûlante les richesses intell
13 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Simone Téry, L’Île des bardes (décembre 1929)
58é de l’auteur à l’endroit de cette âme irlandaise en laquelle s’allient une fantaisie et un réalisme également lyriques.
14 1925, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hugh Walpole, La Cité secrète (décembre 1929)
59eau romantisme de ce chaos. Salmon a même tenté d’en écrire l’épopée dans Prikaz, cette traduction française de l’énorme c
60vée, quelques regards sur la foule suffisent pour en préciser les conséquences. C’est ainsi qu’interviennent les trois Ang
61revers de grandes qualités de réalisation d’idées en faits ou en situations dramatiques. Je donnerai tous les essais de M.
62andes qualités de réalisation d’idées en faits ou en situations dramatiques. Je donnerai tous les essais de M. de Voguë su
63cceptation, mais elle peut se muer instantanément en révolte. Aucun cadre logique ne détermine l’avenir le plus proche. Il
64gèrent de toute la force du trouble qu’ils créent en nous : Markovitch par exemple, ou Sémyonov, un cynique secrètement to
15 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Adieu, beau désordre… (mars 1926)
65 Adieu, beau désordre… (mars 1926) o L’époque s’en va très vite vers on ne sait quoi. On a mis le bonheur devant soi, da
66oque s’en va très vite vers on ne sait quoi. On a mis le bonheur devant soi, dans un progrès mal défini, et l’on court aprè
67rès sans fin. Même ceux qui ont perdu la croyance en un bonheur possible ou désirable subissent cette rage désespérée de c
68ra ce que je veux dire. Il faudrait balayer, — et mettre qui à la place ? Nos penseurs, nos écrivains ont perdu le sens social
69s. Il leur manque une certitude foncière, une foi en la valeur de l’action. C’est pourquoi ils ne peuvent prétendre à l’ac
70 par une même tempête. L’unité de notre temps est en profondeur : c’est une unité d’inquiétude. Barrès et Gide : ils ont c
71e révèle à la base de tous les problèmes modernes en littérature. Jacques Rivière s’y appliqua dans un de ses derniers art
72 Romantisme — et c’est plus que probable. Mais il en tirait une raison nouvelle de le condamner, et nous ne pouvons le sui
73vérité. Bornons-nous à noter le phénomène, puis à en suivre quelques conséquences. Connaissance intégrale et culture de s
74méthodique de nos facultés de plaisir : déjà nous en sommes à cultiver certaines douleurs, plaisirs rares ; et les dissona
75 place d’honneur dans des esthétiques construites en hâte à l’usage de sensibilités surmenées. Dégoût, parce que tout a ét
76ant et forcené gaspillage : la guerre. Certains s’en tiennent à leur dégoût et l’exploitent. Ainsi se légitime le surréali
77uellement isolé, commenté par ceux qui le portent en eux qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pa
78lé, commenté par ceux qui le portent en eux qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas de peindre
79qu’il en paraît plus incurable. Ces jeunes gens n’en finissent pas de peindre leur déséquilibre. Il serait temps de faire
80la personnalité. Toute tendance qu’ils découvrent en eux est non seulement légitime à leurs yeux, mais « tabou » ; et c’es
81 que de favoriser son expansion. — Mais je trouve en moi ordre et désordre, raison et folie, etc. Si je les cultive simult
82on y prend vite goût. [p. 316] Cela tourne alors en passion de détruire, en haine de toute stabilité, de toute forme. Att
83p. 316] Cela tourne alors en passion de détruire, en haine de toute stabilité, de toute forme. Attitude parfaitement folle
84 voient la suprême liberté. Le désir se précisait en moi de commettre enfin l’acte vraiment indéfendable de tout point de
85 vingt ans on nommait blasé. Rien n’était émoussé en nous, mais pouvions-nous faire abstraction du plan intellectuel sur l
86fois nous sommes spontanément portés à mentir. On en vient naturellement à considérer un certain immoralisme comme la seul
87» à sa vie, à ses sensations, à ses automatismes. En art, la fatigue est un des états les plus riches de visions nouvelles
88l’âme ; vouloir une foi… La morale de demain sera en réaction complète contre celle d’aujourd’hui, parce que nous sommes à
89misère. Pareils à ceux dont Vinet disait qu’ils s’en vont « épiant toutes les émotions de l’âme, et lui multipliant ses do
90motions de l’âme, et lui multipliant ses douleurs en les lui nommant », ils décrivent le tourment dont sortira peut-être u
91prenant à plein poing toutes ces petites misères, en compose d’un seul coup une grande misère, et par ce moyen nous met to
92seul coup une grande misère, et par ce moyen nous met tout d’abord en présence, non de nous-mêmes, mais de Dieu. » p. 31
16 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Jean Jouve, Paulina 1880 (avril 1926)
93me chaque soir un nouveau ciel. Il l’a transcrite en brèves notations lyriques suivant le rythme d’un songe, sans cesse br
17 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alix de Watteville, La Folie de l’espace (avril 1926)
94oles et de quelques autres plaisirs pour civils : mettez-le aux prises avec une petite cité patricienne dont il devra portrait
95plus généreuse que neuve, et qui eût gagné à être mise en action plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville p
96généreuse que neuve, et qui eût gagné à être mise en action plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville para
97 et qui eût gagné à être mise en action plutôt qu’en commentaires. Le talent de Mme de Watteville paraît mieux à l’aise da
18 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Wilfred Chopard, Spicilège ironique (mai 1926)
98une grâce un peu frileuse et se permet de bâiller en public. On connaît le danger… p. 661 r. « Wilfred Chopard  : S
19 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cocteau, Rappel à l’ordre (mai 1926)
99s le grabuge, qu’il aime pour les matériaux qu’on en peut tirer. L[e] malheur de Cocteau est qu’il se veuille poète. Il ne
100’il se veuille poète. Il ne l’est jamais moins qu’en vers. Sa plus incontestable réussite à ce jour est le Secret professi
101nouveauté de son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obscur et de la pénombre.
102son théâtre et de l’art qu’il défend en peinture, en musique. Suppression du clair-obscur et de la pénombre. Ôter la pédal
20 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, Mon corps et moi (mai 1926)
103énération surréaliste. Mais tandis que la plupart en sont encore à des symboles équivoques et, quoi qu’ils en disent, « ar
104 encore à des symboles équivoques et, quoi qu’ils en disent, « artistiqués », — ils n’osent plus le mensonge de l’art, et
105acle que nous dévoile cyniquement René Crevel. Il en est peu de plus effrayants. Ah ! Seigneur, donnez-nous la force et l
21 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Le Corbusier, Urbanisme (juin 1926)
106et beau. Or « la grande ville, phénomène de force en mouvement, est aujourd’hui une catastrophe menaçante pour n’avoir pas
107mphlet dont l’argumentation serrée éclate parfois en boutades mordantes, en brèves fusées de lyrisme. C’est d’une verve pu
108tion serrée éclate parfois en boutades mordantes, en brèves fusées de lyrisme. C’est d’une verve puissante jusque dans la
109ne verve puissante jusque dans la statistique. On en sort convaincu ou bouleversé, enthousiasmé d’avoir trouvé la formule
110 soulignent de verdure l’horizontale des toitures en terrasses. Des perspectives régulières recoupées à 200 et 400 mètres
111germes de révolution. Déjà des ingénieurs se sont mis à calculer la réalisation de ce phénomène de haute poésie — la « vill
22 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Ramon Fernandez, Messages (juillet 1926)
112llet 1926) w Je ne crois pas exagéré de dire qu’en publiant ce recueil d’essais, M. Fernandez a donné la première œuvre
113nt différentes des lois de l’œuvre d’art, il ne s’en suit pas forcément que l’on doit nier toute communication directe ent
114ance personnelle. Après quoi il écrit : « II y a, en fait, deux manières de se connaître, à savoir se concevoir et s’essay
115ie de la « garantie des sentiments », où l’on est en droit de voir le germe d’un moralisme nouveau qui se fonderait solide
116 de ces essais : l’esthétique du roman. Fernandez en formule une théorie assez proche du cubisme littéraire, et qu’il sera
23 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jacques Spitz, La Croisière indécise (décembre 1926)
117indécise (décembre 1926) y L’auteur veut amuser en nous quelques idées graves en leur présentant les miroirs de personna
118’auteur veut amuser en nous quelques idées graves en leur présentant les miroirs de personnages cocasses à souhait, qui ma
24 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Alfred Colling, L’Iroquois (décembre 1926)
119endresse que ranime un soleil lointain va tourner en cruelle mélancolie. Pourquoi, Henri de Closain, quitter le domaine en
25 1926, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, La Tentation de l’Occident (décembre 1926)
120ent subordonnée à l’action ; notre individualisme en naît logiquement, et toutes nos catégories artificielles et nécessair
121leuse, puisqu’elle risque de ne laisser subsister en nous qu’un « étrange goût de la destruction et de l’anarchie, exempt
26 1926, Journal de Genève, articles (1926–1982). Le Dépaysement oriental (16 juillet 1926)
122Égypte, ses habitants, ses tombeaux et son passé, en curieux avide du secret dernier des choses, lucide, avec une sorte d’
123ul il sait l’être aujourd’hui sans que cela nuise en rien à un don de sympathie qui est parfois la plus subtile de ses rus
124ns lyrique auquel nous ont habitués les voyageurs en Orient, mais une suite de coups d’œil aigus sur l’âme orientale de l’
125est dans l’inquiétude qu’il nous inflige ». « Ils mettent leur âme en veilleuse, dit-il des rêveurs orientaux. De leur immense
126tude qu’il nous inflige ». « Ils mettent leur âme en veilleuse, dit-il des rêveurs orientaux. De leur immense paresse, jus
127ns fait une vertu. Eux, ils l’ont rendu facile et en ont fait un plaisir. » Et encore ceci que je trouve si juste : « Ce q
128s de M. de Traz — si tant est qu’on peut conclure en une matière si complexe — sont plutôt optimistes. Il ne paraît pas cr
129ations sur les ruines de la Haute-Égypte révèlent en de Traz un philosophe de l’histoire aux vues larges et pourtant réali
130près, mais sans jamais s’y perdre ou se confondre en elles, révèle sa personnalité peut-être mieux que ne le feraient une
27 1926, Articles divers (1924–1930). Conférence de René Guisan « Sur le Saint » (2 février 1926)
131. Primitivement, le Saint est un homme que Dieu a mis à part par grâce pour qu’il serve. Mais très vite on étend l’appellat
132s’agit d’adapter des traditions antiques au dogme en formation. Au Moyen Âge l’évolution se continue dans le même sens. On
133le seul médiateur à qui doit s’adresser le culte, en son cœur, du croyant. Le centre de gravité religieux est replacé en C
134oyant. Le centre de gravité religieux est replacé en Christ. — Comment l’Église catholique réagit-elle ? En codifiant l’ét
135rist. — Comment l’Église catholique réagit-elle ? En codifiant l’état de choses antérieur. Donc l’Église continue à faire
136t pour affirmer avec d’autant plus de force que « en situant tout le devoir chrétien dans l’accomplissement scrupuleux, jo
28 1926, Articles divers (1924–1930). Conférences d’Aubonne (7 avril 1926)
137 avec beaucoup d’intelligence l’avocat du diable, en montrant que tous les faits religieux admettent à côté de l’explicati
138choisir. M. le pasteur Bertrand de Lyon, répondit en exposant les exigences de l’Évangile en face de la pensée moderne, et
139 de la théologie moderne avec l’action religieuse en s’appuyant sur des expériences faites pendant le réveil de la Drôme,
140e, qui se trouva préciser bien des points laissés en suspens dans la première partie de la conférence. Puis M. A. Brémond,
141ie de la conférence. Puis M. A. Brémond, étudiant en théologie, présenta deux ouvriers de Paris, Clerville et Janson, dont
142re de la Mentalité prolétarienne. Brémond conclut en montrant la nécessité et les difficultés d’une action missionnaire da
143 tant pis. » Cinq conférences et autant de cultes en trois jours, cela peut paraître excessif à qui n’a pas connu l’atmosp
144 la gaieté la plus charmante. On y vit un ouvrier en maillot rouge assis entre un banquier et un philosophe au milieu d’un
29 1926, Articles divers (1924–1930). L’Atmosphère d’Aubonne : 22-25 mars 1926 (mai 1926)
145ne crois pas qu’il puisse se produire ailleurs qu’en terre romande. C’est l’esprit de liberté, tout simplement. Mais préci
146incre. Après les exposés de Janson, de Brémond, j’en sais plusieurs qui ont ainsi « lâché » pas mal de préjugés en matière
147ieurs qui ont ainsi « lâché » pas mal de préjugés en matières sociales. Mais ce qui est peut-être plus important, on eut l
148voix contradictoires d’un débat que tous menaient en eux-mêmes loyalement. Et ce désir d’arriver à quelque chose de défini
149on étrange d’une salle où les spectateurs étendus en pyjamas sur des paillasses attendraient en vain le lever d’un rideau
30 1926, Articles divers (1924–1930). Confession tendancieuse (mai 1926)
150euse : je me sentis nu, tout le monde devait voir en moi une tare que j’étais seul à ignorer, était-ce ma fatigue seulemen
151alte, et tout ce qui la dompte, tout ce qui sourd en moi de trop grand pour ma vie — toute ma joie ! » [p. 146] Ce n’étai
152e but de me rendre mieux apte à vivre pleinement. En priant, je m’arrête parfois, heureux : « J’ai donc la foi ? » Mais c’
153 et c’est le tout. S’il est une révélation, c’est en me rendant plus parfait que je lui préparerai les voies. Agir ? Sur m
154moi d’abord. Il ne faut plus que je respecte tout en moi. Je ne suis digne que par ce que je puis devenir. Se perfectionne
155s de l’expérience et d’un sentiment de convenance en quoi se composent le plaisir et la conscience de Mes limites. Je m’at
156’être dangereuse. (On donne corps à une faiblesse en la nommant ; or je ne veux plus de faiblesses 4 .) Et demain peut-êtr
157 Et demain peut-être, agir dans le monde, si je m’en suis d’abord rendu digne. L’époque nous veut, comme elle veut une con
158artie d’un ensemble social et dans la mesure où j’en dépends, je me dois de m’employer à sa sauvegarde ou à sa transformat
159 Reprendre l’offensive — au soir, je m’amuserai à mettre des étiquettes sur mes actes… Déjà je sens un sourire, — en songeant
160quettes sur mes actes… Déjà je sens un sourire, — en songeant à ces raisonnements que je me tiens — plisser un peu mes lèv
31 1926, Articles divers (1924–1930). Les Bestiaires, de Henry de Montherlant (10 juillet 1926)
161 impérieux au point qu’il faut que certaines voix en moi taisent leur protestation, étouffées par des forces qui se lèvent
162rde d’emblée avec ce qu’il y a de plus bondissant en nous ; en prise directe sur notre énergie physique. Partout rôdent de
163ée avec ce qu’il y a de plus bondissant en nous ; en prise directe sur notre énergie physique. Partout rôdent des présence
164 chats qui griffent et lèchent alternativement, « en vraies bêtes de désir ». Une intelligence si profonde de la vie anima
165s » 6 . Mais envers les taureaux cet amour tourne en adoration ou en une véritable horreur sacrée. Voici Alban devant une
166ers les taureaux cet amour tourne en adoration ou en une véritable horreur sacrée. Voici Alban devant une bête qu’il devra
167La violence même qui sourd dans son être intime l’en empêche, le préserve des états d’incertitude douloureux, où ces probl
168ou les soucis politiques, sociaux, etc., et il ne met de la gravité que dans les choses voluptueuses, je n’ai pas dit les c
169les. Le tragique de la vie ne lui échappe pas. Il en parle, il le chante avec pathétique. Mais c’est parce qu’il est poète
170lant est aux antipodes de ceux-là « qui cherchent en gémissant ». Mais cette personnalité dont il manifeste avec une magni
171forces créatrices, ne vaut-elle pas d’être élevée en témoignage pour notre exaltation ? Comme la vue des athlètes en actio
172pour notre exaltation ? Comme la vue des athlètes en action, un tel livre communique une puissance physique, un mouvement
32 1926, Articles divers (1924–1930). Soir de Florence (13 novembre 1926)
173es. De l’autre [p. 548] côté, c’est le vide, où s’en vont lentement les eaux et les lueurs, vers la mer. Sur le Lung’Arno
174ient au pas des Cascine. Vers sept heures, il n’y en eut presque plus. Nous étions seuls sur le pavé qui exhalait sa chale
175us parviennent au ras du fleuve sombre. Nul désir en nous de comprendre ce lamento. Le ciel est un silence qui s’impose à
176, et qui nous laisse gourds et faibles, caressant en nous la lâche volupté de sentir l’esprit se défaire et couler sans fi
177va peut-être composer tous les bruits de la ville en un chant immense. Il passe une possibilité de bonheur par personne et
33 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Avant-propos (décembre 1926)
178re nous-mêmes. Et, disons-le tout de suite, c’est en cela uniquement — être nous-mêmes — que consistera notre programme. S
179us dit, c’est à la fois notre but et notre excuse en publiant cette revue. Nous ne sommes pas « une revue littéraire de pl
34 1926, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Paradoxe de la sincérité (décembre 1926)
180tudes. Sincérité, le mal du siècle. Tout le monde en parle, et chacun s’en autorise pour excuser sa petite faiblesse origi
181al du siècle. Tout le monde en parle, et chacun s’en autorise pour excuser sa petite faiblesse originale : tant qu’à la fi
182a notion [p. 14] concrète de sincérité s’évanouit en mille définitions tendancieuses et contradictoires. Êtes-vous sincère
183dancieuses et contradictoires. Êtes-vous sincères en actes ou en pensées ; envers vous-mêmes ou quelque doctrine acceptée 
184t contradictoires. Êtes-vous sincères en actes ou en pensées ; envers vous-mêmes ou quelque doctrine acceptée ; envers vot
185ndre. ⁂ Qu’on imagine un personnage de tableau se mettre à décrire ce qu’il voit autour de lui — et l’étonnement indigné du sp
186ontanéité. C’est pourquoi Gide écrit ailleurs : « En chaque être, le pire instinct me paraissait le plus sincère. » La sin
187 sincère. » La sincérité spontanée, vertu moderne en qui renaît un mythe rousseauiste, inspire, explique un vaste domaine
188e au surréalisme. Tous les héros de roman se sont mis à gesticuler « gratuitement ». Et les critiques d’abord de s’indigner
189on veut donner à l’acte gratuit une valeur morale en disant qu’il révèle ce qu’il y a de plus secret dans la personnalité.
190’acte volontaire, ou mieux : intéressé, tandis qu’en littérature je défends l’acte gratuit, je réponds que la littérature
191littérature remplirait déjà suffisamment son rôle en se bornant à nous donner de nous-mêmes une connaissance plus intense
192 feuille blanche, je vais écrire ce que je trouve en moi (sentiments, idées, souvenirs, désirs, élans, hésitations, obscur
193 temps de le noter avant de partir. Ou bien je me mettrai à l’analyser plus longuement. Mais alors je le fausse, puisque je le
194uisque je le prive de la puissance de se délivrer en gestes, en conséquences matérielles. Ce n’est plus l’élan pur que je
195e prive de la puissance de se délivrer en gestes, en conséquences matérielles. Ce n’est plus l’élan pur que je décris : c’
196 — J’éprouve le besoin de faire le point : à quoi en suis-je, qui suis-je ? Je revois des actes accomplis, je revis plus o
197 qu’on ne saurait atteindre « la vérité sur soi » en se servant de la méthode indiquée dans le premier exemple. C’est un c
198e dans le premier exemple. C’est un cas limite, j’en conviens. Pourtant, n’est-ce pas le schéma de tout un genre littérair
199urbillonnant à l’intérieur. Un arrêt (l’auteur se met à se regarder vivre, le personnage à douter du sens de sa vie) et les
200cru que je pourrais me regarder sans rien toucher en moi. En réalité, je n’assiste pas à moi-même, mais à la destruction d
201 qu’il faudrait. Faillite de toute introspection, en littérature et en morale. Impossibilité de faire mon autoportrait mor
202aillite de toute introspection, en littérature et en morale. Impossibilité de faire mon autoportrait moral : je bouge tout
203e pas lui-même qui ajoutait que l’homme sincère « en vient à ne plus pouvoir même souhaiter d’être différent », ce qui est
204re assez ce qu’il faut [p. 20] penser 2 . Il ne s’en suit pas que contenue dans des limites assez étroites empiriquement f
205ontrôle efficace. Mais les bénéfices sont maigres en regard des dangers que la sincérité du noli me tangere fait courir, t
206le domaine littéraire que dans celui de l’action. En littérature : refus de construire, de composer ; impuissance à invent
207 Le cas des Faux-Monnayeurs le montre clairement. En morale : défaitisme quand il s’agit de gestes qui pourraient entraîne
208 obstinée d’un Rivière n’a plus rien de spontané. En quoi est-ce encore de la sincérité ? Trop sincère, pas sincère. Ou bi
209hologie ou que le « style » est de l’homme même J’en étais à peu près à ce point de mes notes — à ce point de mon dégoût p
210ure de cet âge. Mais il le faut dépasser.)   Si j’en crois l’intensité d’un sentiment intime, ce moi idéal que j’appelle e
211d’un sentiment intime, ce moi idéal que j’appelle en chaque minute de ma joie est plus réel que celui qu’une analyse désol
212ticulière, ne pouvait non plus s’imaginer qu’elle en pût être privée. Alors, acquiesçant vivement à l’invite que je soupço
213mplices d’un dessein logique, peut-être lointain, en quoi consiste l’unité la plus réelle de l’individu — en dehors du cor
2145] Constater une faiblesse, c’est toujours un peu en prendre son parti. La sincérité crée en nous un fait accompli. J’appe
215rs un peu en prendre son parti. La sincérité crée en nous un fait accompli. J’appelle hypocrisie envers soi-même une volon
35 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Louis Aragon, Le Paysan de Paris (janvier 1927)
216 la grande race des torrents ». Génie inégal s’il en fut, voici parmi trop de talents intéressants, un écrivain qui s’impo
217uer de la philosophie au lyrisme le plus échevelé en passant par la description réaliste ou imaginée d’une boîte de nuit,
36 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Montclar (février 1927)
218s. Cette façon de ne pas y tenir, qu’il manifeste en toute occasion de sa vie est peut-être ce qui nous le rend le plus sy
219ennes. Il se connaît assez pour savoir ce qui est en lui de l’homme même, ou de l’amateur distingué, — et ne peut pas nous
220’une telle vie, cette sagesse un peu sombre qui s’en dégage, sagesse qui veut « que nous appelions les âmes à la vie après
221ence soit assez facile et « artiste » on hésite à en faire reproche à l’auteur. Cette espèce de modestie de l’allure est r
37 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Ô toi que j’eusse aimée… (mars 1927)
222ine discrétion, cet air de rêverie d’un homme qui en sait long… Et, certes, il faut être un peu mage pour porter tant de r
223me discret mais précis et le sens de ce qu’il y a en nous d’essentiel, de ce qui détermine nos actes avant que la raison n
224raison à nous tromper sur tout ce qui est profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré ». M. Jaloux évite le
38 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Daniel-Rops, Notre inquiétude (avril 1927)
225ienter dans la crise moderne. M. Daniel Rops unit en lui à l’état de velléités contradictoires que son intelligence très n
226oires que son intelligence très nuancée maintient en une sorte d’instable équilibre, les tendances que ses contemporains o
227ar Gide ; admirant Maurras sans l’aimer ; saluant en Valéry une réussite unique mais presque inhumaine ; secrètement attir
228par cette solution universelle, la foi, il résume en lui cette inquiétude qui fait la grandeur et la misère de l’époque —
229, tandis que l’autre « ne ruine notre angoisse qu’en y substituant ce qui ne vient que de Dieu : la Foi ». Acculée à la ri
230le rester ? Ces deux solutions peuvent se résumer en deux mots : inquiétude ou foi. Dès lors sont-elles vraiment les deux
39 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Bernard Lecache, Jacob (mai 1927)
231olents, et dont le profond ricanement se prolonge en nous. Je crois entendre Jacob qui se retourne, méprisant : « Mais oui
40 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). René Crevel, La Mort difficile (mai 1927)
232 par l’acharnement angoissé qu’on y apporte, l’on en vient à une conception de la sincérité qui me paraît proprement inhum
233gs liés à l’obsession qu’il voulait avouer pour s’en délivrer peut-être. Cette sincérité ne serait-elle à son tour que le
234 profond de ce roman, où l’on voit comment Pierre en vient à sacrifier Diane, son apaisement, pour Arthur, sa « maladie »,
235uteur n’est pas encore détaché de la matière pour en tirer une œuvre d’art. La sincérité audacieuse mais sans bravade qui
41 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Paul Éluard, Capitale de la douleur (mai 1927)
236 lyre dont ils font grésiller l’accord, une patte en l’air, becquètent le cœur d’une femme qui va les étrangler doucement.
42 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Drieu la Rochelle, La Suite dans les idées (mai 1927)
237s. Mais cette imperfection, s’il ne peut encore s’en tirer, du moins l’avoue-t-il avec une franchise qui la rend sympathiq
238ing, Ferrero, commencent à être prises au sérieux en France par quelques jeunes gens. Il faut louer Drieu d’avoir échappé
239phe de la littérature sur la vie, mais d’avoir su en garder une passion pour la pureté, un « jusqu’au boutisine » qui seul
240rurgien chez ce soldat devenu « scribe » et qui s’en exaspère. Souvent maladroit, incertain, brutal : mais faisons-lui con
43 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Girard, Connaissez mieux le cœur des femmes (juillet 1927)
241Quand vous avez fermé ce petit livre, vous partez en chantonnant le titre sur un air sentimental, bien décidé au fond, à r
242ité que par recherche. Vous voilà même tenté de l’en féliciter. Bien plus, vous découvrez dans ses fantoches une malicieus
44 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean-Louis Vaudoyer, Premières Amours (août 1927)
243 d’une si subtile convenance avec son objet qu’il en saisit sans mièvrerie ni vulgarité la grâce un peu trouble et l’insid
244es ailes intactes ; l’évocation toute nervalienne en sa nostalgie, de la jeune étrangère dont on rêve à quinze ans ; et vo
45 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Edmond Jaloux, Rainer Maria Rilke (décembre 1927)
245ois Rilke, trace de lui un portrait qu’on dirait, en peinture, très « interprété ». Non pas une photographie morale, mais
246e de ces âmes mystiques et raffinées telles qu’on en découvre chez certaines femmes et l’on y voit une préciosité sentimen
46 1927, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Bopp, Interférences (décembre 1927)
247arbitraire et si facultative », je me dis qu’il n’en saurait être autrement tant qu’on se tient à cette attitude scientifi
248aille à affronter d’autres dédales ! Mais il a su mettre plus de choses qu’il n’y paraît d’abord dans ces 50 pages. Beaucoup s
249les joyeuses révoltes de sa verve « interfèrent » en lui. Et aussi (presque imperceptible, mais ici décisive), une secrète
47 1927, Articles divers (1924–1930). Conférence d’Edmond Esmonin sur « La révocation de l’Édit de Nantes » (16 février 1927)
250r impartial. M. Lombard, recteur de l’Université, en introduisant le conférencier, a fait allusion aux divers points de vu
251la plus grande liberté à la plus grande tyrannie. En proclamant la liberté religieuse, Henry IV mettait le royaume à la tê
252ie. En proclamant la liberté religieuse, Henry IV mettait le royaume à la tête de la civilisation ; en interdisant aux réformés
253mettait le royaume à la tête de la civilisation ; en interdisant aux réformés d’exercer leur religion, mais en même temps
254guerre de Trente Ans, l’orateur expose comment on en vint à la Révocation. C’est d’abord l’influence du clergé, jaloux de
255er les erreurs de sa jeunesse. Le roi, « un niais en matière religieuse » au dire de sa belle-sœur, la princesse palatine,
256 succède aux dragonnades. M. Esmonin s’abstient d’en faire un tableau qu’il suppose présent à l’esprit de ses auditeurs. I
257e présent à l’esprit de ses auditeurs. Il termine en citant le jugement d’Albert Sorel, selon qui la date du 16 octobre 16
258de la France. Déviation telle, en effet, que nous en sentons les conséquences de nos jours encore, ajoute M. Esmonin. Et n
48 1927, Articles divers (1924–1930). Jeunes artistes neuchâtelois (avril 1927)
259nts les plus modernes, et sont bien situés pour n’en prendre que le meilleur ; mais l’émulation, l’atmosphère de combat né
260rvante, souvent fatale aux novateurs. Alors ils s’en vont à Paris, ou bien ils se retirent dans une solitude plus effectiv
261 Voilà le train du monde… » Je ne pense pas qu’il en faille gémir. Une certaine résistance est nécessaire pour que la forc
262oins d’incompréhension que de timidité. ⁂ On ne m’en voudra pas de ne citer ni dates de naissance, ni traits d’enfance gén
263r, qui a vingt-cinq ans, jusqu’à André Evard, qui en a près de cinquante, si les peintres dont nous allons parler méritent
264ui ornaient les fenêtres, dans une chambre peinte en bleu vif et ornée de surprenants batiks, il s’est livré pendant quelq
265ère qui regarde ailleurs… Qu’il sorte enfin et se mette à graver les scènes qu’il voit dans la petite cité ouvrière, et c’est
266ès volontaire, qui connaît ses ressources et sait en user avec la sobriété qui produit le maximum d’expression. Cette « si
267ndre à la voluptueuse rigueur latine, et qui tout en s’épurant dans des formes claires a su les renouveler. Il nous apport
268x, mais les autres sont soulagés. Et ne fût-ce qu’en prenant une initiative comme celle de Neuchâtel 1927 7 il aura bien
269t, Meili achève la décoration d’une salle d’hôtel en collaboration avec Paul Donzé. Qui eût cru que ce paysagiste plutôt i
270 ne pourrait pas se tromper plus. ⁂ À vrai dire j’en vois peu parmi les jeunes qui vouent tout leur amour à la peinture pu
271é touché à son tour par la grâce décorative, il n’en reste qu’un, du moins à Neuchâtel même : Eugène Bouvier. Ce garçon au
272 reparaitre… Charles Humbert ou comment on passe en cinq ans de Baudelaire à Rubens. Il fut un temps où l’on put craindre
273ucoup attendre de ce tempérament qui fait jaillir en lui sans cesse des possibilités imprévues. Il y a un côté « homme de
274Charles Humbert livré à sa fougue originale. Il y en a plus encore chez un Aurèle Barraud. Il suffit de le voir peint par
275d. Il suffit de le voir peint par lui-même pour s’en assurer. La tête large, aux yeux clairs et assurés, le cou robuste, l
276si, d’un œil regardant le sujet, de l’autre ce qu’en fait son mari). Et puis voici François Barraud, le plus jeune des frè
277er guide plus pittoresque. Celui-ci s’était égaré en avant, très en avant, sans s’en apercevoir, peut-être. Il suivait son
278ittoresque. Celui-ci s’était égaré en avant, très en avant, sans s’en apercevoir, peut-être. Il suivait son petit bonhomme
279-ci s’était égaré en avant, très en avant, sans s’en apercevoir, peut-être. Il suivait son petit bonhomme de chemin sans s
280 toile appuyée au mur, c’est un Renoir… Retournez-en une autre, ce doit être un dessin d’horlogerie, ou quelque plan d’une
281transparents, cellule de quelque palais de glaces en miniature, sorte de boîte à miracles où sous un éclairage très net, m
282rité il faut être sorcier ou artiste pour changer en instruments métaphysiques ces bonnes montres de précision de La Chaux
283lque sorte, supposant une décomposition primitive en plans. C’est ainsi qu’il atteint d’emblée dans ses statues à un beau
284 et qu’Alice Perrenoud combine de petits tableaux en papiers découpés, avec une ingéniosité délicieusement féminine, une é
285 129] Est-il possible, au sein de ce mouvement, d’en distinguer d’autres plus organiques ? D’une part il y a des préoccupa
286mation d’un groupe dont l’activité serait féconde en ce pays. D’autre part, des œuvres aussi différentes par leur objet et
49 1927, Articles divers (1924–1930). Dés ou la clef des champs (1927)
287ates, aux yeux clairs. Il déplia le journal et se mit à lire les pages d’annonces. On m’apporta une liqueur. Et quand j’eus
288d j’eus fini de boire, mes pensées plus rapides s’en allèrent un peu vers l’avenir et j’osai quelques rêves. C’était, je m
289 l’avenir et j’osai quelques rêves. C’était, je m’en souviens, une petite automobile qui roulait dans la banlieue printani
290journal. Soudain, portant la main à son gilet, il en retira trois dés qu’il jeta sur la table. Les yeux brillants, il comp
291ous remercie, Monsieur… Il saisit son journal. Il en parcourait rapidement les pages, la proie d’une agitation visible. Bi
292ue. Et je me refusais sans cesse aux questions qu’en moi-même posait ma raison effarée. L’étranger s’animait [p. 100] auss
293ement que je gagnerais à tout coup. L’étranger se mit à discourir. Et dans mon ivresse, ses paroles peignaient des tableaux
294ollement d’une destinée dans l’autre, de douleurs en ivresses avec la même joie, mon cheval fou, mon beau Désir s’ébroue e
295. Je vis qu’une femme était assise à notre table, en robe rouge, et très fardée. Elle jouait avec la rose. Les dés roulère
296ng rire. Elle me regardait et l’étranger aussi se mit à me regarder bizarrement et j’étais possédé de joies et de peurs. Il
297ement au-dessus des rues parcourues de longs cris en voyage. Je me sentis perdre pied délicieusement. Et de cette nuit peu
298 répète : paradoxes, mais cela ne suffit plus à m’en délivrer. Ma vie m’a repris, je ne suis pas heureux. Je sais très bie
50 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Billets aigres-doux (janvier 1927)
299nt, terreau qui fume… Et tu laisses, ô col roide, En souffrance mes baisers. L’amour est un alibi Nos lèvres sitôt que
51 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Conte métaphysique : L’individu atteint de strabisme (janvier 1927)
300… l’une, se décrochant sans plus d’hésitation, se mit à pérégriner dans les régions de chasse gardée du ci-devant soleil. C
301 Éternité désaffectée, c’est bien dommage, dit-il en s’étirant ; le printemps désormais rendra le ciel plus pâle, et nous
302tait dans l’axe de sa vie normale et s’approchait en faisant la roue — celle à qui sourit la Fortune. Urbain, fort d’une h
52 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Dans le Style (janvier 1927)
303aysage commercial. Terminus : Morand, s’éveillant en français, termine : … Irène. (Grasset, 1924… … y compris la Suède et
304nformation suivante : Mardi dernier a été célébré en l’église grecque de la rue Georges Bizet le mariage de M. Paul Morand
53 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Lettre du survivant (février 1927)
305ambre : le feu n’a pas pris, et d’ailleurs cela n’en vaut plus la peine. (Veuillez ne pas voir dans cette phrase quelque a
306uivi le drame sur vos traits seulement ; l’écho n’en fut que plus douloureux dans mon cœur. Puis je vous ai oubliée. Puis
307 et c’est là que j’ai découvert que vous existiez en moi, à certain désagrément que j’eus de vous voir si entourée… D’autr
308 amis, qui vous connaît 4 , de me présenter. Il m’en avait donné la promesse. Vos regards rencontrèrent les miens plus d’u
309is que la force de mon désir était telle que vous en éprouviez vaguement la menace. Je dis menace, parce que mes airs somb
310 me saisir et m’assis à l’écart. On me demandait, en passant, si j’étais malade. Je désignais d’un geste incertain quelque
311rs. Même, je fus obligé de confier à un ami que j’en avais repris … Les archets jouaient sur mes nerfs. Le jazz martelait
312eul. Voici quelques mots que j’écrivis à ma table en désordre où je venais de jeter mon col de smoking et un œillet, pauvr
313 plus grand que le chant des violons. Aube dure ! En ma tête rôde ton souvenir, comme une femme nue dans une chambre étroi
314rais parfois, du temps que j’ignorais vous aimer. En sortant du bal, au vestiaire, je vous avais entendue donner un rendez
315 : Si je prends cet ascenseur et que je la croise en route dans l’ascenseur descendant… Il aurait fallu monter, mais l’idé
316êt de la Place [p. 71] Saint-Michel, elle sortit, en me frôlant, sans me regarder. Je descendis derrière elle. Mais tout d
317ts de rêves et les personnages des affiches, tout en marchant sans fin dans les couloirs implacablement brillants, je me p
318upportable et définitive de mon désir. Je ne vous en accuse pas. À peine si je puis encore évoquer votre visage. Peut-être
319geste de ma mort aussi me lasse, l’image que je m’en forme… Je ne comprends plus pourquoi je devrais me tuer, pourquoi je
54 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Orphée sans charme (février 1927)
320 ; de ne pouvoir m’empêcher d’y songer sans cesse en lisant cette « tragédie » ; de ne pouvoir m’empêcher non plus de soup
321uvoir m’empêcher non plus de soupçonner Cocteau d’en avoir plus ou moins consciemment concerté la possibilité. Orphée, par
322. « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur », disait le photographe des Mariés. Dans Orphée,
323parfum.   (Tout de même, Cocteau est un poète : j’en verrais une preuve, pour mon compte, dans le fait que je ne sais parl
55 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’autre œil (février 1927)
324alculons qu’il s’agit de déranger 5 000 personnes en huit soirées, et de les occuper quatre heures durant… Mais la vision,
325hacun dans son for le plus intérieur, d’une fuite en auto, nous rassure provisoirement… Prosopopée, à propos d’une appar
326 impitoyable son flanc déjà meurtri, la suivaient en hurlant : « Bas-toi là, bas-toi là ! »… Est-il plus atroce spectacle
327esse jadis belle et diserte qui tombe au ruisseau en prononçant de séniles calembours… Pénétrés d’horreur, les Bellettrien
328utour d’un feu et le contemplent un certain temps en silence. « Well ! » dit enfin [p. 95] Dardel. Les autres n’en pensent
329« Well ! » dit enfin [p. 95] Dardel. Les autres n’en pensent pas moins. Quelquefois, Mossoul amène un scénario né entre de
330 entre deux cafés-nature, et presque sans qu’il s’en soit rendu compte. Clerc entrevoit un projet à deux faces. Lugin, qui
331ces, M. Grosclaude son fils Lucas Loukitch et une mise en scène fort ingénieuse qui permit à Mossoul de se perdre dans des j
332M. Grosclaude son fils Lucas Loukitch et une mise en scène fort ingénieuse qui permit à Mossoul de se perdre dans des jupo
56 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Entr’acte de René Clair, ou L’éloge du Miracle (mars 1927)
333Guy. Art classique : la mort d’Hyppolite se passe en coulisse. Mais Phèdre avoue tout « devant le cadavre encore tout chau
334des pressentiments clignent de l’œil. Des poupées en baudruche gonflent leur tête jusqu’à éclater, tandis que des villes p
335ur la corniche d’un gratte-ciel, d’où se [p. 125] met à descendre un petit bateau de papier, sur fond de boulevards et parm
336 Enfin le cercueil roule dans les marguerites, il en sort un chef d’orchestre dont la baguette éteint tous les personnages
337ttendent que le moment où ils pourront se pousser en disant : « C’que c’est cochon ! » Mais le moment ne vient pas, ils so
338le genre conte de fée, comme le Voyage imaginaire en montre (beaucoup trop à mon [p. 127] gré). Qu’une sorcière transforme
339p. 127] gré). Qu’une sorcière transforme un homme en chien, cela n’a rien d’étonnant au cinéma. C’est la photographie d’un
340aguette, pour moi qui chaque soir crée ma chambre en tournant un commutateur. Le vrai miracle du cinéma, c’est, par exempl
341étamorphose ; c’est un temps nouveau, et l’espace en relation se modifie pour maintenir je ne sais quelle harmonie… C’est
342ns un pays d’illuminations vertigineuses, et nous en sommes encore à nous frotter les yeux… Peut-être, quand nos regards p
57 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Louis Aragon, le beau prétexte (avril 1927)
343la doit m’anéantir. Hoffmann. I (Notes écrites en décembre 1925, au sortir d’une conférence sur le Salut de l’humanité.
344conférence sur le Salut de l’humanité.)   Ce soir en moi trépigne une rage. Sur quelles épaules jeter ce manteau de flamme
345ut. Il n’existe que des systèmes pour faire taire en nous l’appel vertigineux du Silence. On nous montre des Dieux, mais c
346vant morale qui protège votre paresse à concevoir en esprit. Ces trois mots vous ont délivré du plus absurde malaise, et v
347énètrent, et le goût de s’amuser ne renaîtra plus en eux. Ni même celui de souffrir. Le dernier rire d’Aragon, c’est l’écl
348 rien du monde, je n’attends rien de rien. » Riez-en donc, pantins officiels, et vous repus, et vous, dubitatives barbes.
349Dieu, répond Aragon, je me révolte qu’elle puisse en aucun cas servir d’argument à un homme. » Voilà qui nous fait oublier
350m’atteint au vif, c’est tout de même un désespoir en quoi je ne vais pas m’empêcher de reconnaître la voix secrète de notr
351raison à nous tromper sur ce qu’il y a de profond en nous, et elle ne manque guère à ce devoir sacré. » (Edmond Jaloux.)
352é. » (Edmond Jaloux.) [p. 138] Entre un monsieur en noir : Permettez-moi de me présenter… d’ailleurs une ancienne connais
353solument… Le Sens Critique. — Justement j’aurais en quelque manière la prétention… Moi. — Que voilà un singulier imperti
354z, voici un traité de métaphysique, vous lirez ça en attendant. Très bien fait. Excellente méthode ! (Sort le Sens Critiqu
355e promenoir, avec défense sous peine de mort de s’en écarter. Voilà bien leur désinvolture, car enfin, elle est déesse. Ma
356les plus significatives de ce siècle sont écrites en haine de l’époque 12 . Le reproche d’obscurité que l’on fait à la lit
357 gens qui ont fait, il y a 10 ans, une révolution en fonction du capitalisme. Est-ce que vraiment vous ne pouvez vous libé
358 » qui s’associe à tant d’objets de votre mépris, en prenant le contre-pied de tout ce qu’il inspire ? Alors que cette réa
359ment, si déplorablement français. Et puisque nous en sommes au surréalisme, ce produit parisien qui, comme tout ce qui est
360endra plus ! — morales américaines et hygiéniques en tous genres, instruction publique, situations acquises, sièges faits,
361ne de certaine morale ne venait-elle pas de ce qu’en son nom l’on mesurait odieusement une sympathie humaine pour nous san
362ou encore pour demander à qui, enfin, à quoi nous en voulons, et finalement nous écraser par l’évidence définitive de notr
58 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Quatre incidents (avril 1927)
363anique, le visage dans sa fourrure. Elle découvre en passant près de lui le sourire d’amitié mortel de tout ce qui n’arriv
364mmédiatement un fauteuil et un violon, pour qu’il en joue, au printemps, s’il savait … [p. 152] R.S.V.P. À Max-Marc-Jea
365a main et l’abattit d’un coup de revolver. Puis s’en fut avec un tact exquis, qui fut très remarqué. Le duc riait sous une
366encore plus de plaisir. » Le duc paya et s’enfuit en disant que ce n’était pas lui. L’enterrement aura lieu sans suite.
367désolés. [p. 153] Autre suicide ou la promenade en bateau À Grego More. Il disait : « Je suis né pour la mort. » Il fa
368is pas le suivre. On dit de ces phrases. Même, on en pleure. p. 151 l. « Quatre incidents », Revue de Belles-Lettres
59 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Récit du pickpocket (fragment) (mai 1927)
369 et c’était la joie de leur vie, car ils aimaient en moi par-dessus tout la vertu que je leur devais. Pourtant, je ne déto
370Un soir qu’elle pleurait, je l’embrassai si fort… En un quart d’heure, je connaissais l’amour dans ce qu’il a de plus étra
371ù je cherchais mon dernier papier, je lus mon nom en grosses lettres : c’était l’annonce du décès de mon père. » J’étais a
372leillée d’un café ; une brise passa, et une femme en robe bleue légère qui me regarda un instant, si doucement… Je me leva
373ur du tambour des bouffées de musique. » La femme en bleu dansait en regardant au plafond. Après deux tangos, nous montion
374s bouffées de musique. » La femme en bleu dansait en regardant au plafond. Après deux tangos, nous montions ensemble dans
375 grand port de la Méditerranée. Nous nous aimâmes en sifflotant encore par instants l’air de la dernière danse, mais nous
376s de joie au profit d’une [p. 183] vertu que tout en moi reniait obscurément. Je sentais bien que le ressort secret de la
377vations théoriques que je tiens pour vraies, et j’en vérifie les manifestations vivantes avec une prodigalité d’épreuves,
378 dont le récit n’avait pas laissé que de l’agacer en maint endroit. « Une chose avant tout me frappe — dit-il, lâchant tou
379 farces d’étudiants qui ne sont que la traduction en actes de jeux de mots plus ou moins cruels… » — Je vous entends, inte
380idité naturelle dont il paraissait lui-même gêné. En deux mots, vous ne me trouvez pas sérieux. Le reproche est grave. Je
60 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). La part du feu. Lettres sur le mépris de la littérature (juillet 1927)
381las ! soupirez-vous. Mais j’ai tué la littérature en moi, n’en parlez plus, j’en sors, je l’abandonne… Mais notre paysan,
382irez-vous. Mais j’ai tué la littérature en moi, n’en parlez plus, j’en sors, je l’abandonne… Mais notre paysan, rusé : — V
383ai tué la littérature en moi, n’en parlez plus, j’en sors, je l’abandonne… Mais notre paysan, rusé : — Vous l’abandonnez ?
384 poète au bar, le paradis n’est pas si cher. Il y en a aussi qui posent pour le Diable et ne se baignent que dans des béni
385e nu devant un public supposé dévot, et qui n’ose en croire sa pudeur, et qui doute enfin de l’impossibilité des miracles 
386iguës ? On vaincra jusqu’à sa gueule de bois pour en faire des poèmes. Alors je cherche les raisons de votre indignation,
387pter avec cette réalité de la littérature qui est en nous (dangereuse tant que vous voudrez). Mais ce refus n’est pas seul
388 sur elle. Images, pensées des autres, je vous ai mis un collier avec le nom du propriétaire ; tirez un peu sur la laisse,
389par-derrière. Une fois — et ce n’est pas que je m’en vante, — j’ai tué un amour naissant, à force de le crier sur les toit
390des états intérieurs qui sont parfois des actions en puissance 15 . Il faudrait des choses plus lourdes et plus irrésistib
391us irrésistibles, percutantes. Qui vous échappent en vous blessant. Des choses dures, amères comme un destin, comme le goû
392ais c’est à condition qu’on ne l’écrive pas, même en pensée. La poésie pure écrite est inconcevable : cela consisterait da
393qu’il deviendrait inutile de la publier. Et même, en passant à la limite, on peut imaginer que si elle était réalisée, on
394peut imaginer que si elle était réalisée, on ne s’en apercevrait pas. Je pressens encore dans vos poèmes les plus obscurs
395s importent. Vous le savez. Alors vous les lâchez en liberté, par haine de cette esthétique ou de ce sens social, — et voi
396n vice ? Peut-être. Ou une maladie ? Ce n’est pas en l’ignorant par attitude que vous la guérirez. Au contraire, il s’agit
397raire, il s’agit de l’envisager sans fièvre, pour en circonscrire les effets. J’avoue prendre à cette étude un intérêt bie
398uand il parle littérature, il a toujours l’air de mettre un peu les pieds dans le plat, de dire de ces choses qu’entre gens du
399er les signaux de l’angoisse sur quoi se fondent, en ces temps, nos amitiés miraculeuses.   Voici donc les seules révélati
400es sacrifices plus grands que les bienfaits que j’en escompte, il sera temps de songer sérieusement à m’en guérir. Vous me
401scompte, il sera temps de songer sérieusement à m’en guérir. Vous me demanderez « alors » ce que j’attends de ma vie. Je s
61 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les derniers jours (juillet 1927)
402librement et pour elle-même. Nous regrettons de n’en pouvoir citer, faute de place, que ces quelques phrases de Drieu : «
62 1927, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Adieu au lecteur (juillet 1927)
403in au central de Genève, fidèles à la tradition — en ceci au moins. Nous nous retirons : et ce n’est pas que nous ayons br
404vec ou sans sourire). Nous sommes à l’âge de nous en réjouir. On s’est beaucoup étonné de nous voir « si différents » de n
405éoccuper de prévoir les conséquences, puisqu’il n’en est aucune qui ne soit connue d’avance et stérilisée par la loi, les
406Nous sommes assez sages et assez fous pour ne pas en gémir et pour en accepter les conséquences. Et puis, de temps à autre
407 sages et assez fous pour ne pas en gémir et pour en accepter les conséquences. Et puis, de temps à autre, voici que nous
408le dernier disciple du Bienheureux Jean… Et puis, en voilà assez pour ranimer la curiosité des plus blasés. Lecteur, fais
63 1928, Foi et Vie, articles (1928–1977). Le péril Ford (février 1928)
409l suffit pourtant de regarder autour de nous et d’en croire nos yeux. I. L’homme qui a réussi Je prends Henry Ford comme
410arité universelle sont signe que l’époque a senti en lui son incarnation la plus parfaite. Qu’on ne m’accuse donc pas de c
411 qu’on sache au juste quelle dose d’« humour » il met dans l’expression), c’est la rencontre d’une locomotive routière. « D
412es indiquant le progrès de sa production, d’année en année. On pourrait ajouter à ces chiffres celui des milliards qu’il p
413 plus parfait aussi. Son succès sans précédent le met à l’abri de toutes les attaques, du point de vue technique. L’organis
414les abus des capitalistes. Du [p. 192] même coup, en supprimant l’esclavage financier de l’ouvrier, il supprime la princip
415dent. L’on ne pourra qu’y applaudir, semble-t-il, en souhaitant que les industriels européens s’en inspirent toujours plus
416il, en souhaitant que les industriels européens s’en inspirent toujours plus. Ford leur montre le chemin qu’ils seront bie
417Ford a ses idées, ou la philosophie de ceux qui n’en veulent pas Nous avons dit tout à l’heure quel fut le but de la vie d
418ce de sa passion froide et tenace. Il s’efforce d’en réaliser l’objet par ses propres moyens, à un exemplaire ; puis, il f
419e peut donner à l’homme d’action. Enfin, le voici en mesure de produire des quantités énormes d’autos. Seulement, pour pou
420tion, il faut créer la consommation. La réclame s’en charge. Par le procédé très simple de la répétition, on fait croire a
421Il est impressionné par la baisse, au point qu’il en oublie que cela ne l’intéresse plus réellement. Il croit qu’il va gag
422lus réellement. Il croit qu’il va gagner 5 francs en achetant 5 francs moins cher un objet que, sans cette baisse, il n’eû
423us profond, cette tromperie-là. Elle peut amener, en se généralisant, une sorte de suicide du genre humain, par perte de s
424 de loisirs. Or, l’industrie ne peut subsister qu’en progressant. Mais la nature humaine a des limites. Et le temps approc
425t très bien envahir un cerveau moderne au point d’en exclure toute considération de finalité. Mais cet aveuglement fondame
426, par ce moyen, de quoi vivre convenablement tout en restant maître de régler à sa guise le détail de sa vie privée. Cette
427 composent, au total, la grande Liberté idéale et mettent de l’huile dans les rouages de la vie quotidienne. Cette Liberté idé
428ur, aujourd’hui, c’est de démontrer que les idées mises en pratique chez nous ne concernent pas particulièrement les autos et
429jourd’hui, c’est de démontrer que les idées mises en pratique chez nous ne concernent pas particulièrement les autos et le
430rement les autos et les tracteurs, mais composent en quelque manière, un code universel ! » Réjouissons-nous… Mais, commen
431 la production matérielle et vers la richesse qui en est le fruit. On ne saurait mieux dire. Mais il faudrait en tirer de
432ruit. On ne saurait mieux dire. Mais il faudrait en tirer des conséquences, alors que Ford passe outre et se remet à disc
433plus rudimentaire. Le phénomène n’est pas nouveau en Occident, mais il est ici tragiquement aigu. Est-ce notre pensée qui,
434Esprit. C’est déjà un fait d’expérience. Et qui n’en pourrait citer un exemple individuel ? Nous savons assez en quel mépr
435t citer un exemple individuel ? Nous savons assez en quel mépris l’homme d’affaires à l’américaine tient les choses de l’E
436 du sens de l’âme se nomme bon sens américain. On en fait quelque chose de jovial et d’alerte, quelque chose de très sympa
437e très sympathique et pas dangereux du tout. On n’en fait pas une philosophie. Mais, sans qu’on s’en doute, cela en prend
438n’en fait pas une philosophie. Mais, sans qu’on s’en doute, cela en prend la place. Les facultés de l’âme, inutilisées, s’
439ne philosophie. Mais, sans qu’on s’en doute, cela en prend la place. Les facultés de l’âme, inutilisées, s’atrophient. Pou
440 avec une maladresse de barbare. [p. 199] IV. « En être » ou ne pas en être Une fois qu’on a compris à quel point le for
441 de barbare. [p. 199] IV. « En être » ou ne pas en être Une fois qu’on a compris à quel point le fordisme et l’Esprit so
442mpatibles, le monde moderne impose ce dilemme : « en être » ou ne pas en être, c’est-à-dire se soumettre à la technique et
443moderne impose ce dilemme : « en être » ou ne pas en être, c’est-à-dire se soumettre à la technique et s’abrutir spirituel
444nique bien huilée, au mouvement si régulier qu’il en devient insensible et que la fatigue semble disparaître, l’homme s’ab
445u sourd à cette harmonie universelle, incapable d’en comprendre les correspondances divines et humaines, insensible même à
446elles, et par là même, avec les surnaturelles. Il en ressent une vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met d’a
447vague [p. 200] et intermittente détresse, — qu’il met d’ailleurs sur le compte de sa fatigue. Neurasthénie. La conquête du
448rise ou le subit, mais, jusque dans son repos, il en est l’esclave. Pour s’être exclu lui-même de l’ordre de la nature, il
449té dont nous ne sommes plus dignes. Nous perdons, en l’acquérant, par l’effort de l’acquérir, les forces mêmes qui nous la
450 des exigences effectives ; et ces exigences sont en contradiction avec celles que le développement de la technique impose
451rit : fortunes oisives ou misères sans espoir. On en rencontre encore parmi les jeunes gens, jusqu’au jour où, comme on di
452attitude réactionnaire qui consisterait à vouloir en revenir à la période préindustrielle soit autre chose qu’une échappat
453a solution : l’existence du dilemme. Second pas : en poser les termes avec netteté et courage. Pour le reste, je pense que
64 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Marguerite Allotte de la Fuye, Jules Verne, sa vie, son œuvre (juin 1928)
454vertissant et spirituel. Pourquoi ne veut-on voir en Jules Verne qu’un précurseur ? Jules Verne est un créateur, dont les
455vers desquels ils respiraient l’air du monde ». N’en ferons-nous pas autant, emprisonnés que nous sommes dans une civilisa
65 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Aragon, Traité du style (août 1928)
456s d’échecs simultanément, et c’est naturel : je m’en avoue plus éloigné et m’en sais plus dépourvu si possible. Je ne dema
457t c’est naturel : je m’en avoue plus éloigné et m’en sais plus dépourvu si possible. Je ne demande aux écrivains que des r
458phes ». Mais donner l’air bête à ceux qui le sont en créant une belle œuvre serait, par exemple, plus efficace. Aragon se
66 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Pierre Naville, La Révolution et les intellectuels (novembre 1928)
459lement vers l’action, c’est-à-dire, — nous sommes en France — vers la politique. Or ces ennemis de toute littérature voien
460a dans une époque où les valeurs de l’esprit sont en pratique universellement méprisées. Mais les surréalistes ont leur re
461nt de gesticulations, de gros mots et de discours en très beau style contre un monde très laid dont ils n’ont pas encore r
67 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Malraux, Les Conquérants (décembre 1928)
462e 1928) au Ce récit de la révolution cantonaise en 1925 nous place au nœud du monde moderne : on y voit s’affronter en q
463 au nœud du monde moderne : on y voit s’affronter en quelques hommes d’action les forces caractéristiques du temps — argen
464 Chine qui s’éveille au sein même de la lutte qui met aux prises l’Europe et le monde du Pacifique. On retrouvera ici beauc
465 et poétique. Mais cette fois tout est concrétisé en hommes, en meurtres, en décrets. Qu’il décrive la vie intense et inst
466e. Mais cette fois tout est concrétisé en hommes, en meurtres, en décrets. Qu’il décrive la vie intense et instable des ac
467 fois tout est concrétisé en hommes, en meurtres, en décrets. Qu’il décrive la vie intense et instable des acteurs du dram
468l me semble que je lutte contre l’absurde humain, en faisant ce que je fais ici… » L’évasion dans l’action — révolutionnai
469s forces déterminantes de l’heure, à les exprimer en un tel drame, et voici André Malraux au premier rang des romanciers c
68 1928, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Guy de Pourtalès, Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi (décembre 1928)
470 de musique… » Barrès cherchait dans ses châteaux en Espagne lamentablement réalisés les témoignages de l’éthique de cet «
69 1928, Articles divers (1924–1930). Un soir à Vienne avec Gérard (24 mars 1928)
471soir entre deux airs anglais le Beau Danube bleu, en commémoration polie d’un passé imaginaire, ou peut-être pour essayer
472Vienne tout occupée à ressembler à l’idée qu’on s’en fait. Le Ring, trop large, ouvert au vent glacial, crée autour du cen
473e nom lorsque je m’assis dans l’ombre du théâtre, en retard, un peu ennuyé de me trouver à côté d’une place vide : la joli
474nsi je m’abandonne au rêve d’un monde que suscite en moi seul peut-être cette plainte heureuse des violons. Le diable sort
475 de la jeune fille si transparente : la mort même en devient moins brutale. Elle rôde ici comme une tristesse amoureuse. E
476es décisions de la vie quotidienne. Gérard tenait en laisse le fameux homard enrubanné. « Cela vexe les Viennois, me dit-i
477de me moquer de leurs petits chiens musclés… Je n’en suis pas fâché. »      Il y avait peu de monde dans les rues. Des jeu
478 savez, je n’ai aimé qu’une femme — au plus deux, en y réfléchissant bien, mais peut-être était-ce la même sous deux attri
479uaient cet amour, c’était parce que je découvrais en elles de secrètes ressemblances, qui pour d’autres paraissaient purem
480ait qu’un regard, un certain regard, mais j’ai su en retrouver la sensation jusque dans les choses — et c’est cela seul qu
481arinthie. Gérard lui paya quelques œillets rouges en lui expliquant qu’elle devait les donner à la première jolie femme qu
482otto », et qu’avec mes amis nous devions baptiser en style viennois « Mehlspeis-Schlagobers » 10 . Heureusement qu’au Moul
483et de cors anglais jouant la Marche de Tannhäuser en tango, un Balkanique très lisse nous délivra de notre conquête pour l
484tre venu. — Certes, je comprends que l’Europe est en décadence quand je la regarde s’amuser. Je vois se perdre ce sens des
485s femmes aussi ravissantes que celle-là qui danse en robe mauve, avec tant de gravité et de détachement. Je viens souvent
486ent baguées de ces courtiers alourdis de “Knödl”. En Orient on en ferait une chose extrêmement précieuse, qu’on n’approche
487e ces courtiers alourdis de “Knödl”. En Orient on en ferait une chose extrêmement précieuse, qu’on n’approcherait qu’avec
488seoir auprès de nous. Gérard songeait, muet, et n’en buvait pas moins. « Pourquoi vous ne dites rien ? » fit-elle d’un ton
489mes filets dans l’eau des nuits, et quelquefois j’en ramène des animaux aux yeux bizarres où je sais lire les signes. » Co
490une et sa moitié d’ombre. Et parce que tout revit en un instant dans cette vision, il connaît enfin la substance véritable
491: le vrai drame de son destin est ailleurs. Il se met à m’expliquer des signes, des généalogies étourdissantes qui commence
492t à des dieux et finissent aux pierres précieuses en passant par toutes les formes animales. Pour lui, les choses n’ont d’
493une Vie simultanée de Gérard, qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules de
494anée de Gérard, qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des trompes d’au
495rd, qui tiendrait toute en une heure, en un lieu, en une vision. »      Nous sortîmes. Seules des trompes d’autos s’appela
496se à son homard, qui semblait d’ailleurs endormi. En passant par la Freyung, nous vîmes un palais aux fenêtres illuminées.
497t, le homard se réveilla. Gérard m’expliqua qu’il en était ainsi chaque nuit, que l’animal devenait nerveux et que depuis
498x et que depuis quelques semaines, il avait dû le mettre au caviar. Il en demanda donc une petite portion et la fit prendre au
499ues semaines, il avait dû le mettre au caviar. Il en demanda donc une petite portion et la fit prendre au homard avec tout
500 pied sur l’autre dans de la neige fondante, tout en croquant une de ces saucisses à la moutarde qu’on appelle ici « Frank
501 » et ailleurs « Wienerli ». Soudain les autos se mirent à ronfler. Par le grand escalier, au fond de la cour du palais, desce
502es cavaliers. Tout cela s’empila dans des autos ; en dix minutes, il n’y eut plus personne, la place s’éteignit. Mais Géra
503ent, à la sortie des invités, sur une femme qui s’en allait toute seule vers une auto à l’écart des autres. Une femme aux
504à l’écart des autres. Une femme aux cheveux noirs en bandeaux, au teint pâle, l’air d’autrefois. Il avait murmuré : Marie
70 1928, Articles divers (1924–1930). Miroirs, ou Comment on perd Eurydice et soi-même » (décembre 1928
505D’ailleurs on ne lui doit rien, n’est-ce pas ? Il en tombe d’accord ; accepte d’attendre comme un enfant sage que le monde
506ndre comme un enfant sage que le monde lui donne, en son temps, sa petite part. On lui a expliqué qu’il fallait la mériter
507. En d’autres termes, on lui conseille de rentrer en lui-même. « Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre » comme p
508ssi bien par celle des miroirs. C’est pourquoi il en installe un sur sa table de travail, de façon à pouvoir s’y surprendr
509d’autres hiatus de ce genre, qui l’intriguent à n’en pas finir. Quand il est très fatigué, il veut voir encore cette fatig
510 dans son regard : appuyé sur lui-même il se perd en méditations éléates. Le sommeil l’en délivre. Au matin il court se vo
511e il se perd en méditations éléates. Le sommeil l’en délivre. Au matin il court se voir : il est laid. Lâchement il se pre
512ourt se voir : il est laid. Lâchement il se prend en pitié. Ces séances lui font du mal, l’énervent, mais l’aveu qu’il en
513es lui font du mal, l’énervent, mais l’aveu qu’il en consent l’attache plus secrètement à son aventure.      Nous vivons d
514ue pas, on offre à Stéphane sa tête, son portrait en pied. Il se voit dans l’acte de se raser, de se baigner ; son image d
515s’épuise dans une perspective de reflets qui vont en diminuant vertigineusement et l’égarent dans sa nuit. Je saute quelqu
516décrire l’aspect psychologique d’une aventure qui en a bien d’autres, d’aspects. Il est bon que le lecteur dérisoirement t
71 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Avant-propos
517une bonne fois.   Il ne faut pas songer à décrire en 50 petites pages tous les méfaits de l’instruction publique. C’est à
518c l’ironie tranquille du bon sens bafoué et qui s’en moque, décrit la stupidité de l’enseignement tel qu’il est pratiqué d
519 toutes les haines. Je serai méchant, parce que j’en ai gros sur le cœur. D’ailleurs, ce petit écrit ne peut servir à rien
520es dans cet attentat à l’intégrité humaine qu’est en fait l’esprit démocratique. Là-dessus, ces messieurs se lamentent, la
521, on la renvoie, même si l’on n’est pas capable d’en faire soi-même une meilleure. Mais j’aperçois là-bas, vautré derrière
522 plus beau… Oh ! oh ! oh ! il va parler, de grâce mettez-lui les mains sur la bouche ! Donnez-lui sa choucroute, tapez-lui dan
523cette sorte. Et je tiens à les classer par avance en deux catégories dont je vais régler le compte sommairement. Cela n’em
524 droit de juger ces faits ; 2° qu’ils ne peuvent, en vertu même de leur scepticisme quant à la valeur réformatrice des idé
525se livrent à ces excès de langage. Je les renvoie en corps au chapitre 5 où je traiterai de cet aspect du problème que l’o
72 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 1. Mes prisons
526c des ennemis et des alliés imaginaires, des jeux en cachette, odeurs de peaux, comme dans un rêve, des matins de dimanche
527les tours de carrousel, les chemins dans la forêt en automne, des jeux, des feuillages, des rêveries, des recoins, une lon
528s les bras maternels, ou bien dans ces promenades en tenant la forte main du père qui fait de longs pas réguliers… L’École
529notre enfance. À cinq ans, j’avais appris à lire, en cachette avec ma sœur aînée. L’année suivante, on me mit à l’école, p
530hette avec ma sœur aînée. L’année suivante, on me mit à l’école, parce que c’est la loi. La première classe fut agréable :
531mière classe fut agréable : j’alignais des bâtons en rêvant à je ne sais quoi, j’étais délicieusement seul parmi ces petit
532’étais délicieusement seul parmi ces petits êtres en tabliers bleus qui alignaient leurs bâtons en rêvant à leur manière.
533res en tabliers bleus qui alignaient leurs bâtons en rêvant à leur manière. Un jour cela m’ennuya. Sachant lire, je ne pen
534Quand venait mon tour, je savais rarement où l’on en était. Cela m’attira des reproches acides, et naturellement, la phras
535ité. [p. 15] Mais pour être rentrée, ma colère n’en fut que plus malfaisante. L’école me rendit au monde, vers l’âge de d
536ge de dix-huit ans, crispé et méfiant, sans cesse en garde contre moi-même à cause des autres desquels il ne fallait pas d
5372 font 4, ou : tous les hommes doivent être égaux en tout. Deux fois deux quatre, c’est stérile, mais ça ne fait de mal à
538r à cette idée. Je tenais cette clef et n’osais m’en servir craignant peut-être des découvertes qui eussent ruiné trop de
539st-ce vrai que tous les hommes doivent être égaux en tout ? Et la première réponse fut : Il faut que ce soit vrai, pour qu
540ût se dégager de leur empire. Mais on avait brisé en nous ces ressorts de la révolte et de la libération d’une personnalit
541ion morale pour, une fois matériellement délivré, en supporter longtemps encore l’action. Je n’eus pas plus tôt découvert
73 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 2. Description du monstre
542couvrir la seule fraternité véritable. Mais c’est en caserne aussi que je devais retrouver les instituteurs. Ceux-là n’ava
543 le plus, et ils auraient souvent l’occasion de s’en douter s’ils étaient sensibles aux finesses de l’ironie paysanne. Mai
544bles aux finesses de l’ironie paysanne. Mais je n’en dirai pas plus, de peur de m’échauffer inutilement. Si l’on me poussa
545teurs antimilitaristes qui signent des manifestes en mauvais français — et je ferais de la peine à d’excellents garçons. R
546témoigne de la même maladresse professionnelle. J’en connais un qui avait coutume de dire à une classe de garçons de 10 à
547t les méthodes. Simple remarque, pendant que nous en sommes aux instituteurs : ils sortent tous de la même classe sociale,
548ait de Numa Droz attirait les mouches ? (Le verre en était toujours jaune.) Je n’ai ni le droit ni l’envie de dire du mal
549ils sont déjà démodés. On dit que le style 1880 n’en est pas un : mais l’absence de style est encore un style : c’est même
74 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 3. Anatomie du monstre
550fiste n’est pas toujours l’esprit de vérité, il s’en faut. Or je ne suis pas de ceux qui subordonnent la vérité à la tranq
551rit. b) plan d’études. On a divisé l’enseignement en branches bien distinctes. On attribue à chacune un certain nombre d’h
552 d’un crayon et d’une règle (pour diviser la page en casiers rectangulaires, bien proprement). Évidemment, il est préférab
553les noms des sciences élémentaires. Mais il n’est en aucune façon nécessaire de connaître la psychologie des enfants, ni m
554rit de ces enfants… — Mais on nous paye, et ils n’en meurent pas. [p. 25] 3.b. Les examens Ce sont en principe des « con
555n meurent pas. [p. 25] 3.b. Les examens Ce sont en principe des « contrôles » comparables à ceux que l’on établit lors d
556de divers maîtres primaires et secondaires. Ils n’en sont pas moins devenus le but même de l’instruction ; la fin qui just
557ue : tous les enfants doivent à tout instant être en mesure 1° d’ingurgiter la même quantité de « matière » ; 2° d’en rend
558ingurgiter la même quantité de « matière » ; 2° d’en rendre compte de la même façon, dans le même temps. Contentons-nous d
559cative des choses n’apparaît qu’à celui qui entre en commerce intime avec elles. On apprend plus de deux que de mille, dit
560Mais, s’il est des disciplines qui renforcent, il en est d’autres qui amoindrissent. La discipline scolaire consiste à fai
561sociales de l’élève. « Une classe est une société en miniature. » Ceci est une énorme bourde. Juxtaposez trente enfants su
562 d’école, vous n’aurez [p. 30] rien qui ressemble en quoi que ce soit à aucun état social existant. Ce qui est vrai, c’est
563isme, concurrence sournoise, admiration des forts en gueule, — tout cela qui deviendra plus tard socialisme ou morgue bour
564nt négative. Elle consiste à persécuter ceux qui, en quelque manière que ce soit, voudraient se « distinguer ». (Le mépris
565nt se « distinguer ». (Le mépris que notre peuple met dans cette expression !) Pour moi, ce que je retire de plus évident d
566à l’usage du peuple souverain qui ne manque pas d’en être flatté. Et puis, quelle est cette préparation à la vie qui comme
567 d’ailleurs ne peut être qu’à l’avantage des gens en place, vieille histoire. On m’objectera sans doute quelques « brillan
568t » les hommes d’avenir. Un jour on voit s’étaler en première page des illustrés la face épanouie quoique énergique d’un d
569e la force et l’originalité de leur jugement sont en raison inverse du nombre d’années d’instruction publique qu’ils ont s
570t qu’accidentellement avec ceux du bon sens. Je m’en tiendrai là, renonçant pour [p. 34] cette fois à démontrer, ce qui se
75 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 4. L’illusion réformiste
571ntendu, tout cela a été dit. (Un peu autrement, j’en conviens). On n’a pas attendu ma colère pour entreprendre ce travail
572rendre ce travail de démolition. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir l’abondante littérature publiée sur le « prob
573irés de l’observation des enfants, c’est-à-dire : en contradiction sur toute la ligne avec l’enseignement officiel. Les pr
574 rationnelle pour apprendre aux bambins à marcher en décomposant les mouvements avec l’aide d’un métronome pédagogique. De
575es analyses de textes absurdes où l’on soulignait en rouge tous les mots en « al », tous les verbes déponents ; désormais
576bsurdes où l’on soulignait en rouge tous les mots en « al », tous les verbes déponents ; désormais l’étude des verbes acti
577 des verbes actifs sera active aussi, un élève se mettra à marcher dans le couloir en s’écriant : je marche, ou : j’arpente ;
578ssi, un élève se mettra à marcher dans le couloir en s’écriant : je marche, ou : j’arpente ; un autre restera assis, en af
579 marche, ou : j’arpente ; un autre restera assis, en affirmant : je siège ; un troisième lèvera la main, et dira : je lève
580mant : je sors ! ne traduise incontinent ce verbe en action et ne disparaisse à tout jamais dans les campagnes, tirant le
581. Elle prétend donner plus de liberté aux enfants en leur rendant le travail amusant, en leur laissant la possibilité de t
582é aux enfants en leur rendant le travail amusant, en leur laissant la possibilité de trouver par eux-mêmes ce qu’ils doive
583ment les sources mêmes de sa liberté. « Instruire en amusant » peut être la formule d’une tromperie subtile et plus grave
584e pas à se développer… Prenez un enfant de 6 ans… Mettez ensemble trois enfants… Je reconnais que les buts de l’école nouvelle
585s qui dépose une semence spirituelle. Qui sait ?… En attendant, puisqu’il faut attendre, je salue ces jeunes gens qui appl
586e qu’on leur avait confié, c’était la fabrication en série de petits démocrates conscients et organisés. Je crains que ce
587’il y ait là cependant une possibilité pratique d’en sortir, je ne le nie pas. Mais du point de vue de la vérité, force no
76 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 5. La machine à fabriquer des électeurs
588n moins flagrante, dans ses suites normales. Je n’en veux pas d’autre preuve que l’état grotesquement arriéré de notre ins
589de fabriquer des électeurs (si possible radicaux, en tout cas démocrates). Je me souviens d’un dessin humoristique publié
590). Je me souviens d’un dessin humoristique publié en 1914, représentant l’œuvre de Kitchener : une machine qui absorbait d
591s ? Ce serait de l’art pour l’art. On ne peut pas en demander tant aux gouvernements. La réforme scolaire, politiquement,
592qui me dresse contre l’École. Mes arguments ne se mettent en branle qu’après coup. Et quand vous les démoliriez tous, ma rage n
593resse contre l’École. Mes arguments ne se mettent en branle qu’après coup. Et quand vous les démoliriez tous, ma rage n’en
594oup. Et quand vous les démoliriez tous, ma rage n’en serait pas moins légitime. Je lui donne raison par définition. Après
595if pour tout ce qu’il y a d’authentiquement noble en chaque homme. Si les fils du peuple souffrent moins d’un tel régime,
77 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 6. La trahison de l’instruction publique
596tés de belles catastrophes. Je suis de ceux qui s’en réjouissent mauvaisement. (« C’est bien fait. C’était trop laid ».) À
597ceux qui s’y livrent. Je ne veux pas me poser ici en défenseur des vertus patriarcales. Mais je m’adresse aux démocrates c
598 à cette organisation. Or il semble bien que nous en soyons-là, s’il faut en croire les signes de révolte qui apparaissent
599r il semble bien que nous en soyons-là, s’il faut en croire les signes de révolte qui apparaissent de toutes parts. Mais l
78 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). 7. L’instruction publique contre le progrès
600vous aimez les idées généreuses, n’est-ce pas ? J’en étais sûr. Cependant j’ai peur que mon progrès ne soit pas le vôtre,
601enté un instrument de progrès : encore faut-il le mettre en marche. Et où le conduire ? Il y a beaucoup de routes, mais vous n
602 instrument de progrès : encore faut-il le mettre en marche. Et où le conduire ? Il y a beaucoup de routes, mais vous n’ai
603 1880 et depuis lors n’a guère bougé. Le moteur n’en continue pas moins de consommer, ronfler et de tout empester. Et peu
604e connue et qui ridiculise à coup sûr sa victime. En fait de farces, vous allez feindre de trouver bien bonne celle-ci : j
605e et de grandeur que ce mot comporte — quelles qu’en soient d’ailleurs les réalisations —, par des hiérarchies rond-de-cui
606dire, est un ramassis de lieux communs. Mais il s’en faut, hélas, de beaucoup pour que la majorité des électeurs les consi
607rtera toutes ces statistiques et ces journaux, il en restera toujours assez pour allumer des feux de joie, etc. Bon. Suppo
608stitue un programme si riche qu’il est superflu d’en formuler une seconde. Laissons ce [p. 55] soin, à des générations plu
609e nie l’être sous toutes ses formes, traduit tout en relations et veut rendre toutes relations conscientes, c’est-à-dire,
610 des instituteurs. On me demande encore ce que je mettrais à la place. Et parce que je ne propose rien de bien précis, on triomp
79 1929, Les Méfaits de l’instruction publique (1972). Appendice. Utopie
611re qu’à une forte équipe d’idéalistes pratiques d’en faire sortir le beau miracle d’une civilisation aux ordres de l’Espri
612l est dans l’ordre qu’elle beugle longuement tout en le suivant. Que faire, diront les gens de bonne volonté dont mon imag
613rop d’invraisemblance de petites réformes. Mais j’en ai assez dit pour éviter ce malentendu : je ne crois pas à la possibi
614veut s’instruire et on lui bourre le crâne pour l’en empêcher. Il s’agit de lui faire [p. 61] comprendre que l’école est l
615mortes. Une technique spirituelle. Et puis, qu’il en fasse ce qu’il voudra. Les Orientaux appellent Yoga cette culture des
616l’Occident comprenait cette vérité élémentaire et en tirait des conclusions immédiates, non seulement il serait sauvé du d
617ouvrerait la domination du monde  16 et non plus en barbare cette fois-ci. Ce qui l’empêche de comprendre, ici encore, c’
618us ne sommes pas aux Indes, je vous jure que je m’en doute. Mais l’Occidental aussi pratique son Yoga à lui : toutes les f
619une grande intensité avec un minimum de moyens. J’en citerai deux exemples : la discipline jésuite et le drill militaire.
620ariser l’enseignement ou transformer les collèges en couvent. Tant pis. Le drill offre un exemple d’éducation efficace. L’
621cace. L’armée de milices suisses fait des soldats en moins de trois mois. Si l’école appliquait en les transposant des mét
622ats en moins de trois mois. Si l’école appliquait en les transposant des méthodes de concentration analogues, même dans la
623 de travail. Si chaque matin l’enfant parvenait à mettre sa pensée au garde-à-vous durant quelques instants, il s’épargnerait
624meilleure mémoire, une sensibilité plus aiguisée. En tout cas, c’est à cultiver ces facultés atrophiées que devrait s’empl
625aut mieux que le nombre parce qu’elle le contient en puissance. Et c’est pourquoi l’aristocratie de l’esprit est nécessair
626est nécessaire au bien public. Certains proposent en rougissant de leur hardiesse quelque chose comme l’instruction privée
627e du conseil de la paroisse, et… » — Il semble qu’en attaquant ses idées et leurs réalisations on ait porté atteinte à la
80 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Sherwood Anderson, Mon père et moi et Je suis un homme (janvier 1929)
628u entraîne tout un branle-bas d’évocations hautes en couleur, de rêves, de visages, tandis que ç[à] et là s’ouvrent des pe
629utres placeraient le couplet humanitariste, lui s’en va dans un rêve, ou dans un autre souvenir. Qui parmi nous sait encor
630 émouvant : « À cette époque je croyais fortement en l’existence d’une espèce de secrète et à peu près universelle conspir
631 que moi aussi je me secouerais, et que nous nous en irions bras dessus, bras dessous en riant de nous-mêmes et de tout le
632que nous nous en irions bras dessus, bras dessous en riant de nous-mêmes et de tout le reste, nous amusant comme des fous 
81 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jules Supervielle, Saisir (juin 1929)
633es est comme une initiation au silence. Il faut s’en approcher avec une douceur patiente, et le laisser créer en nous son
634er avec une douceur patiente, et le laisser créer en nous son silence particulier avant d’entendre les signes [p. 763] qu’
635te des Gravitations est ici descendu plus profond en soi-même ; son art y gagne en densité, en émotion. Des mots simples,
636scendu plus profond en soi-même ; son art y gagne en densité, en émotion. Des mots simples, mais chacun dans sa mûre saveu
637profond en soi-même ; son art y gagne en densité, en émotion. Des mots simples, mais chacun dans sa mûre saveur ; une phra
82 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Jean Cassou, La Clef des songes (août 1929)
638eur d’oies, le gueux Joseph qui parle à son chien en mourant, une fille qui chante et des enfants surtout, dès le début, p
639eurs qui signifient plus de désespoir qu’ils ne s’en doutent… C’est un dévergondage sentimental, plein de malices et d’env
640] air dangereux et tendre que prennent les hommes en liberté. Mais ils ne sont jamais méchants, et seulement aux dernières
83 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). André Rolland de Renéville, Rimbaud le voyant (août 1929)
641sabelle Rimbaud ? Si Claudel s’est montré partial en faisant de Rimbaud, « mystique à l’état sauvage », un catholique qui
84 1929, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Julien Benda, La Fin de l’Éternel (novembre 1929)
642s tous désormais de répondre pour nous-mêmes à sa mise en demeure. Je suis loin de partager toutes les idées de M. Benda, su
643s désormais de répondre pour nous-mêmes à sa mise en demeure. Je suis loin de partager toutes les idées de M. Benda, sur l
644, et ils seront confondus. Car il y a un sophiste en M. Benda, un polémiste qui joue de la raison ratiocinante tout comme
645ui ne s’entend définir et classer choses et idées en catégories « rationnelles », c’est-à-dire fausses mais claires, qui l
646 l’impossible. Et quand bien même elle croirait n’en avoir plus besoin. Cet extrémisme de la pensée intemporelle, en butte
647besoin. Cet extrémisme de la pensée intemporelle, en butte aux sarcasmes des extrémistes de droite et de gauche, n’en appa
648rcasmes des extrémistes de droite et de gauche, n’en apparaît que plus pur. « Noms de clowns qui me viennent l’esprit : Ju
85 1929, Journal de Genève, articles (1926–1982). Panorama de Budapest (23 mai 1929)
649mai 1929) b Passer de Vienne à Budapest, c’est, en six heures d’express, changer totalement d’atmosphère, passer de la l
650s l’une et l’autre de ces capitales suffit à vous en donner la sensation : ce que vous pourrez voir durant le reste de vot
651Hofburg… Mais les nouvelles de l’Opéra aussi sont en grosses lettres, et tout cela finira bien par s’arranger, comme au de
652nouvelle de temps à autre, à lire des potins tout en essuyant une moustache de crème fouettée ? Budapest : une vague de mu
653femmes aux voix agréablement rauques… Sortez pour en suivre une, arrêtez-vous à ses côtés devant cet étalage pour admirer
654lancs : il représente l’ancienne Hongrie découpée en blanc sur fond noir et portant, en cœur noir, la nouvelle… « Savez-vo
655ngrie découpée en blanc sur fond noir et portant, en cœur noir, la nouvelle… « Savez-vous qu’on nous a pris les deux tiers
656 les femmes), encombrée de piétons qui traversent en tous sens, évitant vivement les trams qui sonnent avec frénésie et le
657ne énorme maison de pierre brune, puis une banque en style hongrois, façade aux grandes lignes verticales, peinturlurée de
658 quatre énormes ponts de fer. Contre leurs piles, en hiver, viennent se briser avec un fracas sourd les îlots de glace qui
659e la montagne de pierre de St-Gellert. Elle tombe en hautes falaises dans le Danube, froide et nue, mais dans son flanc un
660nt et ses gardes blancs aux casques d’or s’avance en proue, dominant superbement cette ville désordonnée. Derrière, ce son
661 l’entrée d’un des archiducs. Car ce peuple, seul en Europe, attend le retour d’un roi. Et vous voici transporté dans un b
662as » qui deviennent tourbillonnantes et finissent en chutes ivres sur des divans couverts de coussins Rothermere et Grande
86 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). « Belles-Lettres, c’est la clé des champs… » (janvier 1929)
663-Lettres est une liberté. Une rude épreuve : on n’en sort que pour mourir ou pour entrer en religion : rond de cuir ou poè
664uve : on n’en sort que pour mourir ou pour entrer en religion : rond de cuir ou poète (au sens le plus large de ces mots.)
665core une « essence ». Celle de Belles-Lettres est en agréable odeur à l’Éternel et à Satan pareillement. Et ceux qu’elle e
666atan pareillement. Et ceux qu’elle enivre entrent en état de grâce ou de blasphème, selon. Mais ce qui importe d’abord, n’
87 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Souvenirs d’enfance et de jeunesse, par Philippe Godet (avril 1929)
667sourire par la clientèle des librairies romandes, en mal de cadeaux de Noël ou de première communion. Parmi les compatriot
668n y exciter un esprit critique fort alerte. Jugez-en à la façon dont il parle de « ses quelques succès, si disproportionné
669l. Le contraire de la poésie, bien sûr. Mais on n’en demande pas tant dans les familles. Et qu’importe si la perspective m
670 tout cela manque de chair. Et de rêve. Est-ce qu’en ce temps-là on ne se nourrissait vraiment que de petits mots d’esprit
88 1929, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). L’ordre social. Le Libéralisme. L’inspiration (novembre 1929)
671s qui donnent des rhumes à ton grand-père et sont en scandale aux meilleurs esprits ? Voici que tu t’apprêtes visiblement
672 persécuté à cause de ses ailes, mais celui qui n’en a pas sera méprisé parce qu’il n’en a pas. [p. 26] Le libéralisme
673s celui qui n’en a pas sera méprisé parce qu’il n’en a pas. [p. 26] Le libéralisme Seigneur ! clamaient-ils, combien co
674aima l’héroïne, mais sans espoir. Il lui écrivit, en sortant de là, dans une crèmerie pleine de couples à la mode. Mais en
675ns une crèmerie pleine de couples à la mode. Mais en écrivant il pensait à une femme blonde assise près de lui. Ayant dema
676ans résultat —, il écrivit une adresse réelle, et mit la lettre dans la première boîte venue. Le lendemain, il reçut une ré
677er ami, mais bien excusable de la part d’un poète en état, sans doute, d’inspiration. Je trouve dans une enveloppe qu’hier
678 conclut : « L’inspiration est le nom qu’on donne en poésie à une suite de malentendus heureusement enchaînés. » Cette his
89 1930, Foi et Vie, articles (1928–1977). « Pour un humanisme nouveau » [Réponse à une enquête] (1930)
679que son génie parvient à composer les deux périls en une résultante qui est la civilisation. Appelons humanisme l’art de c
680mposante matérielle vient de l’emporter. Elle est en passe de gauchir notre civilisation à tel point que l’homme, affolé,
681mystique a la même extension que l’humanité. On n’en saurait dire autant de notre raison. Les faits mystiques — qu’on les
682re raison. Les faits mystiques — qu’on les prenne en l’état brut où notre pensée le plus souvent les a laissés — sont au m
683il existe d’autres facultés capables d’équilibrer en nous l’esprit de géométrie. J’imagine une méthode, une façon d’appréh
684e la poésie, ce sens du Réel. Je vois se composer en cette méthode — peut-être séculairement — ce que la « rationalisation
685 des rêves. Et je ne vois rien d’autre. Quoiqu’il en soit d’ailleurs du contenu d’un nouvel humanisme, il est assez aisé d
686perdu son ascendant. D’ailleurs son pouvoir, s’il en eut, ne s’étendit guère au-delà des limites du monde roman. Le type d
687e sorte de commun dénominateur… (Le christianisme en connaît un, depuis toujours : il le nomme péché.) Tous les modèles qu
688 qu’en tant qu’il « passe l’homme » et participe, en esprit, d’un ordre transcendental. Un seul fut parfaitement Homme : c
689 qu’irions-nous lui demander de plus, s’il laisse en blanc la place de Dieu. Mais où trouver les lévites assez purs pour g
90 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Henri Michaux, Mes propriétés (mars 1930)
690i-même : il semble au contraire qu’Henry Michaux, en se cantonnant franchement dans ses propriétés, y découvre sans cesse
691invente des animaux dont la complexité ne le cède en rien à celle de l’introspection la plus poussée. Il invente aussi des
692ion la plus poussée. Il invente aussi des mots et en fait de courts poèmes d’une divertissante et parfois émouvante bizarr
693e pareille sécurité dans l’insolite, ce qu’il y a en nous à la fois de plus « problématique » et de plus quotidien. p. 
91 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Kikou Yamata, Saisons suisses (mars 1930)
694« gris et ardent sous le soleil caché », ou bien, en un printemps liquide et glacé, balançant parmi les roseaux d’une baie
695a vallée du jeune Rhin ou les pentes de Chésières en les parant d’une grâce malicieuse et sensuelle dont nos yeux helvètes
92 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Léon Pierre-Quint, Le Comte de Lautréamont et Dieu (septembre 1930)
696il composa vers sa vingtième année un vaste poème en prose intitulé Les Chants de Maldoror. De 1870 jusqu’à la guerre son
697 audacieux que les autres, M. Pierre-Quint montre en quoi cette révolte est puérile et insuffisante. Une fois de plus, l’i
698uint, malgré la liberté d’esprit dont il témoigne en maint endroit, se soit laissé quelque peu impressionner par le fanati
699pés. M. Gide déclarait naguère qu’il fallait voir en Lautréamont « le maître des écluses pour la littérature de demain ».
93 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Voyage en Hongrie I (octobre 1930)
700 [p. 409] Voyage en Hongrie I (octobre 1930) bh à Albert Gyergyai. [p. 405] 1. Le do
701 a juste autant de vieilles dames et de ministres en retraite que de fauteuils. Et on me regarde. J’ai beau feindre l’inté
702e plus singulier pour ce château sur la rive, ils en ont tant vu ! Ils aiment mieux me faire honte de mon visage gris ; le
703phrase que Richard Strauss m’aura jamais adressée en cette vie : « Bonsoir, Monsieur, je suis fatigué, je vais au lit… » C
704ends rien d’ailleurs ; tout à ma chance hongroise en ce premier réveil — délivré. Chez moi je suis la proie de l’angoisse
705 Venue. Dans le silence de l’adoration comblée, j’en sortirais de ces objets sans nom, inutilisables, bouleversants de per
706 fêtes populaires, au fond des boutiques de vieux en province, dans les combles d’un château prussien où tissaient d’incro
707ntrerons notre Hongrie, ou tout au moins ce qu’il en reste. Sur quoi l’on m’entraîna dans un musée sans sièges. Le Musée d
708 y rôdions, un soir étouffant, vous m’avez montré en passant des murs brunis qui rougeoyaient au sommet du Rozsadomb — la
709assé un grand pont vibrant et nous sommes rentrés en Europe. Mais dès le lendemain, m’échappant du programme, il a bien fa
710re, une cour vide ; on prend le sentier qui monte en zigzag à travers des jardins dont les arbustes sèchent, vers une espè
711ce de grande villa baroque assez décrépite, décor en pierre brune peu solide, rongé de petites roses cramoisies. On longe
712ce, ou bannière, avec des caractères turcs brodés en or. L’histoire de Gül-Baba est racontée sur un papier jauni encadré e
713dernier héros musulman qui ait fait parler de lui en Hongrie. Il s’appelait en vérité Kehi-Baba, ce qui signifie le Prophè
714fie le Prophète Chauve. Les Hongrois, par erreur, en ont fait Gül-Baba, ce qui signifie le Père des Roses. Moyennant cette
715 naturalisation il continue de protéger la ville (en collaboration avec saint Gellert, dont la statue colossale, sur un ro
716s. Alors que dans ce domaine, plus visiblement qu’en tout autre, un non-conformisme intransigeant serait la seule conduite
717 m’égare, laissons-là ces moutons. 5. Café amer En Hongrie l’on est assailli par le pittoresque, mais il s’agit de le dé
718n’a rien d’étrange, si l’on songe que nous sommes en Hongrie. Et ce n’est pas que je trouve ce raisonnement fin, encore qu
719 longe trois des parois, la quatrième est occupée en partie par le comptoir (un écriteau porte simplement ce tarif : 5 pen
720un écriteau porte simplement ce tarif : 5 pengö), en partie par un poêle immense, à plusieurs étages et marches. Deux ou t
721 la banquette, quelques bougres isolés produisent en silence cette fumée, les yeux à terre, dans l’attente. Nous sommes as
722ulaire et regardent tristement les lumières. Il y en a aussi qui se réchauffent sur les degrés du poêle, celles-là ne chan
723e », renonçant à écrire d’abord les chapitres qui en ont envie, puis ceux qui en auront envie : car cela m’inciterait à ch
724ord les chapitres qui en ont envie, puis ceux qui en auront envie : car cela m’inciterait à chercher [p. 413] après coup d
725e mentir, si fort tenté que l’on cède à coup sûr, en se persuadant que c’est pour des raisons techniques. (Est-ce que cela
726le voyage du Sujet à la recherche de son Objet, — en passant par la Hongrie. — Mais puisqu’enfin nous y voici, en cette Ho
727par la Hongrie. — Mais puisqu’enfin nous y voici, en cette Hongrie… Le tombeau de Gül-Baba est symboliquement vide. Quant
728que insolite l’étrangeté de son éclat. Alors je m’en vais oublier le But de mon voyage, — qui est sa cause. Je vais feindr
729 qu’on a consenti de ne pas trouver sur l’heure. (En petit et intéressé, ce geste s’appelle coquetterie ; en grand et grat
730it et intéressé, ce geste s’appelle coquetterie ; en grand et gratuit, sacrifice.) … feuilletons un peu ma Hongrie. [p. 4
731ns un peu ma Hongrie. [p. 414] 7. Les magnats en taxis [p. 414] La place Saint-Georges, à Bude, est une place vraime
732armes. À ce salut, les quelques députés bourgeois en redingote ne répondent que du bout des doigts, crainte, sans doute, d
733e, tout seul, un archiduc. On salue profondément, en silence (cliquetis des rangées de décorations sur l’uniforme kaki, et
734orme kaki, et du sabre balancé). Une auto encore, en retard le Président du Conseil, maigre, jaune et rigide dans son cost
735e noir et or. Si le comte Bethlen venait à la SDN en tenue de magnat, beaucoup de gens comprendraient mieux sa politique.
736me de la plupart des États de l’Europe se formule en revendications d’hommes d’affaires. Ce qu’on prétend défendre, c’est
737nd défendre, c’est son droit, ses intérêts. Mais, en Hongrie, le nationalisme est une passion toute nue, qui exprime l’êtr
738s populations des régions perdues étaient parfois en majorité roumaines ou slovaques, la minorité hongroise y comptait cep
739 » qui autorisèrent ce chaos. Il lui reste sa foi en la grandeur éternelle de la Hongrie — intemporelle, n’ayant cure des
740Hongrois n’ont pas perdu le sentiment qu’ils sont en scandale au monde moderne. Voilà ce qu’on ne dit pas dans les dépêche
741entiel 13 . Rien n’est grave, que le sentiment, — en politique comme ailleurs. Songez à ce qui forme l’opinion, cet ensemb
742’étalait le sourire optimiste de Lord Rothermere, en soie blanche sur fond noir. Quelques articles favorables à la Hongrie
743é aux devantures des magasins de mode, et son nom en lettres géantes sur une montagne chauve, voisine de Budapest, témoign
744lique qu’efficace. Et sans lendemain. Ce mélange, en toutes choses, d’enfantillage et de grandeur, d’imaginations absurdes
745sier sauvage, derrière la maison, un peintre tout en blanc arrive par les vignes, ah ! qu’il fait beau temps, l’horizon es
746agine, tout a de belles couleurs, le poète sourit en lui-même, il y a une enfance dans l’air…   (À suivre…)   p. 409
94 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Hölderlin, La Mort d’Empédocle et Poèmes de la folie (octobre 1930)
747 est de demain plutôt, — tout comme Nietzsche qui en fut obsédé. Empédocle est de ces mythes tels qu’il n’est peut-être pa
748tels qu’il n’est peut-être pas donné à une race d’en créer plus d’un, c’est-à-dire de s’en libérer. Ainsi la France conçut
749 une race d’en créer plus d’un, c’est-à-dire de s’en libérer. Ainsi la France conçut l’homme rationnel ; Empédocle, au con
750 naissant ; il est la vibration même d’une pensée en travail de mythes, sur lesquels, bientôt après, [p. 533] s’exercera l
751que de Hölderlin, c’est qu’il parviendra de moins en moins à « réfléchir » sa création. De là sa folie, qu’il pressent. Et
752d’aujourd’hui ; ce sont les harmoniques éveillées en lui par la voix de Hölderlin qui ont dû l’inciter à l’acte recréateur
753labes de valeur rythmique équivalente. Quoi qu’il en soit, et tels qu’ils nous sont ici livrés, ces fragments sont capable
754ue de la pensée. « Insensé, — penses-tu de figure en figure — voir l’âme ? — Tu iras dans les flammes. » Quant aux documen
95 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Voyage en Hongrie II (novembre 1930)
755 [p. 577] Voyage en Hongrie II (novembre 1930) bj 11. Le retour d’Esztergóm Il faut se
756 Tout ce qui est de la terre renonce à s’affirmer en détails précis, se masse dans une confusion de violet sombre, et par
757chaque soir plus infime, à cause de l’éloignement en nous-mêmes. À l’entrée d’un tunnel tu vois que la veilleuse brûle tou
758ession. L’Objet Inconnu, — quand je pense à ce qu’en imagineraient les autres, si je leur en parlais… Il leur suffirait de
759e à ce qu’en imagineraient les autres, si je leur en parlais… Il leur suffirait de l’image d’un bibelot d’une sorte bizarr
760se rythmique. Je les vois frapper le sol du talon en levant un bras, la main à la nuque ; frapper le sol de [p. 579] l’aut
761 nuque ; frapper le sol de [p. 579] l’autre talon en changeant de main ; saisir la danseuse sous les bras (elle pose alors
762billonner, pousser de grands cris ; tourbillonner en sens inverse ; frapper des talons toujours plus vite, mains à la nuqu
763, mains à la hanche, mains à la danseuse ; partir en martelant le parquet jusqu’à produire un roulement continu, marteler
764e un roulement continu, marteler encore plus vite en tourbillonnant, choir enfin dans une vaste culbute sur les divans où
765seuses secouent leurs cheveux et tendent les bras en riant pour qu’on les relève. Elles : des Vénitiennes aux yeux de plai
766n pas désordonnés, et des gestes tendres des bras en balançant vivement la tête. Quand elles parlent, la voix un peu rauqu
767endre que de s’abandonner d’une certaine manière. En France, chacun parle pour son compte, paraphe son épigramme, jette so
768n’observe rien. Il y a des femmes si belles qu’on en ferme les yeux. Quel style dans la liberté ! Il n’y a plus qu’ici qu’
769n aime l’ivresse comme un art. Et qu’on soigne sa mise en scène, qu’on sauvegarde sa qualité. Ailleurs, on la laisse traîner
770e l’ivresse comme un art. Et qu’on soigne sa mise en scène, qu’on sauvegarde sa qualité. Ailleurs, on la laisse traîner da
771passer d’une forme dans d’autres, — et c’est même en ce passage qu’elle consiste — ô Danses ! avènement de l’âme aux geste
772’âme aux gestes ! Vous voici, longs coups d’ailes en silence au-dessus du gouffre. Je vole sur place, mais tout se met à f
773essus du gouffre. Je vole sur place, mais tout se met à fuir, alors il faut voler plus vite pour rattraper ces apparences a
774oute la frénésie d’un grand souffle qui se serait mis à tourbillonner sur place. 14. L’amour en Hongrie (généralités) Les
775rait mis à tourbillonner sur place. 14. L’amour en Hongrie (généralités) Les Allemands aiment les femmes comme ils aimen
776 ou intellectuels. Les Français aiment par goût d’en bien parler. Les Suisses aiment avec une bonne ou une mauvaise consci
777ples qui savent être à la fois cocasses et fades. En Italie… Mais l’amour hongrois t’emportera dans une inénarrable confus
778 sens de la musique, conserve quelque espoir de t’en tirer. Sinon… je t’envierais presque. Celui qui part pour la Hongrie
779 pour la Hongrie sans talisman, s’il a du cœur, n’en revient plus. 15. La plaine et la musique L’ouverture de Stravinsky
780 est pas encore répandue. Il y a peu de bourgeois en Hongrie. Il y a de petits nobles déclassés, des juifs, des paysans, d
781s cigognes, dont Andersen assure qu’elles parlent en égyptien, « car c’est la langue qu’elles apprennent de leurs mères ».
782ime ces sœurs des Tziganes ! Les Tziganes vinrent en Europe conduits par le noir Duc d’Égypte ; aussi les nomma-t-on gypsi
783laine qui s’agrandit pendant des heures ? — Ce qu’en raconte la musique — tu vas l’entendre à toutes les terrasses de Debr
784que par sa musique j’étais aux marches de l’Asie. En sortant du concert, j’ai erré aux terrasses des hôtels, dans le grand
785avardage des Tziganes. Qu’est-ce qu’ils regardent en jouant ? Qu’est-ce qu’ils écoutent au-delà de leur musique — car auss
786x montagnes russes, mais voici que le petit train en rumeur depuis un moment ne redescend plus : il gouverne avec une vert
787 rêve au matin s’élude, — et leur musique seule s’en souvient. Trésor si pur qu’on ne doit même pas savoir qu’on le possèd
788 les eaux fades du Balaton. Ces eaux, je crois, s’en vont à la Mer Noire, et je n’en connais pas les fées, c’est pourquoi
789eaux, je crois, s’en vont à la Mer Noire, et je n’en connais pas les fées, c’est pourquoi je nageais à brasses prudentes a
790 s’y plonger ; et ensuite, s’il vous a paru beau, en faire le tour, mais voilà qui est affaire de pur caprice, tandis que
791on irait ensemble à Tihany, — elle a l’air d’être en Italie sur sa presqu’île, — par cet instable bateau-mouche qui naguèr
792ir, comme un tendre souvenir de voyage, et partir en croyant qu’ici la vie a parfois moins de hargne… Déjà je suis repris
793m’éveille dans les faubourgs de Budapest, cheveux en désordre, pantalon plissé, et cet abruti de contrôleur qui rit et me
794te hurlante bousculade sur place qu’est un voyage en express. Mais je ne trouvais pas la pente de mon esprit, et tout en l
795e ne trouvais pas la pente de mon esprit, et tout en le parcourant avec une soif qui annonçait le désert, je traçais des p
796. Je composais un traité des voyages : les titres en étaient de Sénèque ou de Swift, et je voyais très bien ce qu’en eusse
797Sénèque ou de Swift, et je voyais très bien ce qu’en eussent tiré Sterne ou Goethe, mais, semblable à Gérard de Nerval, je
798endarmerie et les fakirs débordés. L’hypocrisie s’en tire avec une volte-face.) Quelle heure est-il ? La lune se tient ass
799 t’éveilles dans une lueur jaune, ne sachant plus en quel endroit du temps tu vis, — c’en est fait, toutes choses ont revê
800voir ! La vie est presque partout la même… — Mais en voyage on la regarde mieux. — La vie… (une sorte de cauchemar de la p
801teint, le corps se plie, fait demi-tour et puis s’en va. Rien, rien à déclarer, quelle tristesse. Mais qu’a-t-on jamais pu
802« déclarer » d’important ? Je ne sais plus parler en vers et la prose n’indique que les choses les plus évidentes. C’est b
803deux mots suffiraient-ils à l’indiquer quand je m’en parle ? Tout en donnant le change à celles de mes pensées qui exigent
804aient-ils à l’indiquer quand je m’en parle ? Tout en donnant le change à celles de mes pensées qui exigent des apparences
805 amour égoïste, comme un être dont on a besoin et en qui l’on chérit surtout ce dont on manque : touchantes annexions, pie
806tre de soleil couchant. J’y suis venu par hasard, en flânant ; je me suis sans doute perdu et pourtant je n’éprouve qu’une
807 que jamais plus je ne la reverrai, cette lumière en ce lieu, secrète et familière. Songeant à cette minute et à d’autres
808Songeant à cette minute et à d’autres semblables, en voyage, je me dis que c’est de là que j’ai tiré le sentiment d’absurd
809 miracle imminent… ou moins encore : l’image, née en rêve, d’une plaine, d’un couchant plus grandiose au ciel et sur la te
810t endroit, ni même par lui, — mais à cet endroit, en ce temps… Qui sait si tu ne l’as pas reçue ? Une qualité, une tendres
811it rien de commun avec ce que tu sais de toi-même en cette vie ? Mais le voir, ce serait mourir dans la totalité du monde,
96 1930, Bibliothèque universelle et Revue de Genève, articles (1925–1930). Charles Du Bos, Approximations, 4ᵉ série (novembre 1930)
812s cherché rien d’autre que d’approcher mon sujet, en m’identifiant d’aussi près qu’il m’était possible, non seulement au p
813 dans une classe internationale — comme on dirait en style sportif — c’est l’aisance avec laquelle il aborde un Pater, un
814enquête suppose une Weltanschauung correspondante en profondeur. Il la possède. On peut dire de sa critique qu’elle pose l
815nant un nom à chaque problème, l’« hypostasiant » en quelque mesure, elle risque de nous laisser l’image d’un auteur plus
97 1930, Articles divers (1924–1930). Au sujet « d’un certain esprit français » (1er mai 1930)
816médiocrité spécifiquement française — et nul ne s’en déclare gêné, me semble-t-il…      3. Si nous jetons sur les lettres
817he ; des philosophes sans pente ni grandeur ; (Je mets au concours ce problème, d’ailleurs insoluble : « Peut-on discerner a
818» comme dit M. Gabriel Marcel, présente Nietzsche en Nouveau Messie, comme dit Annie Besant. Et c’est charmant, disent les
819(Vraiment le jeu est trop facile. Allez donc vous mettre en colère contre l’insignifiance ! On ne nous laisse même plus la col
820nt le jeu est trop facile. Allez donc vous mettre en colère contre l’insignifiance ! On ne nous laisse même plus la colère
821ec des pamphlets qu’on la lui rend ? Je le trouve en tout cas bien tonique, celui que Beausire et Simond viennent d’écrire
822      5. La critique est aisée, répètent ceux qui en ont peur, ceux-là mêmes, bien sûr, qui, sous prétexte de sa difficult
823 outrances dans tout ceci. Mais je voudrais que s’en offusquent ceux-là seuls que l’outrancière habileté contemporaine écœ
824s et aussi peu tragiques que possible. « Il n’y a en eux aucun silence, aucune interrogation, aucune volonté supérieure de
825e domination et de puissance… On ne se pose plus, en France, de questions qui dépassent un certain plan. C’est mal vu. » O
826r ce qu’ils ne peuvent résoudre sur-le-champ. Ils mettent en jeu des systèmes de valeurs plus ramifiés, plus organiques. Ils ne
827ils ne peuvent résoudre sur-le-champ. Ils mettent en jeu des systèmes de valeurs plus ramifiés, plus organiques. Ils ne so
828rescents. Voyez Bertram, Gundolf, Rudolf Kassner… En France, hélas ! une logique verbale et le clair génie que l’on sait s
829uilibre, le trouvent bien vite, comme de juste, s’en lassent, cherchent alors un déséquilibre, s’en effraient, repartent v
830 s’en lassent, cherchent alors un déséquilibre, s’en effraient, repartent vers la foi et s’arrêtent chez un éditeur. Cela
831eries du Lido : bien décidé à ne rien acheter qui mette en péril le budget mensuel. Ô sens de la mesure ! (Mais où les audace
832du Lido : bien décidé à ne rien acheter qui mette en péril le budget mensuel. Ô sens de la mesure ! (Mais où les audaces s
833ute sa volonté, telle inéluctablement qu’elle est en Dieu — et soit qu’il sache ou qu’il ignore que la grâce seule permet
98 1930, Articles divers (1924–1930). « Vos fantômes ne sont pas les miens… » [Réponse à l’enquête « Les vrais fantômes »] (juillet 1930)
834t une variation dans mes relations avec le monde. En quoi cette première question est assez indiscrète.      II Il y aurai
835r la basse pègre du monde spirituel. Ce n’est pas en détraquant nos sens ou notre raison, ce n’est pas en nous efforçant d
836détraquant nos sens ou notre raison, ce n’est pas en nous efforçant de délirer que nous atteindrons une réalité supérieure
837ous atteindrons une réalité supérieure, mais bien en surpassant nos sens par notre intelligence, celle-ci à son tour par u
99 1930, Revue de Belles-Lettres, articles (1926–1968). Les soirées du Brambilla-club (mai 1930)
838 Brambilla-club (mai 1930) v Aux Albert Béguin en souvenir de l’ombrelle rouge de Versailles. Paris la nuit oublie par
839, et la France c’est la Chambre des Députés, je n’en veux pas démordre, et la Légion d’honneur — je vous la laisse, la Lég
840 [p. 161] luxure ? Quand je vais à pied, j’oublie en chemin les meilleures phrases que j’avais préparées pour subjuguer me
841 les personnes qui ont dit, ne fût-ce qu’une fois en leur vie : « J’ai horreur de la sentimentalité ».) Nous voici donc en
842 horreur de la sentimentalité ».) Nous voici donc en taxi, « nous deux le fantôme » comme on disait au village où je suis
843Le pittoresque. D’abord je crains que la notion n’en soit toute relative aux modes de « vie » bourgeois ; et puis la, comé
844la naissance d’un visage dans ma mémoire (d’heure en heure ces yeux plus vivants…) De là, je le suppose, une certaine misa
845) De là, je le suppose, une certaine misanthropie en germe : les êtres changent trop vite, je n’ai pas le temps de me lais
846llustrer à ses propres yeux l’Humanité. [p. 163] En passant, relevons un sophisme à la mode, qui vient trébucher dans les
847 que le style à la pensée. Il arrive qu’on parle, en art culinaire, du style d’un rôti, et en cuisine littéraire, de pense
848n parle, en art culinaire, du style d’un rôti, et en cuisine littéraire, de pensers mis à toutes sauces. Si M. Thibaudet c
849e d’un rôti, et en cuisine littéraire, de pensers mis à toutes sauces. Si M. Thibaudet connaissait l’hôte de céans, il prop
850 proposerait cette formule du plat idéal : Du Bos en sauce Marthaler. Mais ne parlons pas de mangeaille : c’est tout de su
851ues Chenevière pourrait très bien être là, puisqu’en ma voisine, je reconnais la Jeune fille de neige. On la sent prête à
852à. [p. 165] Si vous enlevez Georges Petit, égaré, en ayant soin d’ajouter ceux que j’oublie, vous obtiendrez le chiffre ex
853a de son petit miracle. Jaloux et Dick conversent en danois. Quatre anciens Bellettriens célèbrent les rites du Sapin vert
854 Sapin vert. À ce moment apparaît Charles Du Bos, en kimono de soie « capstan ». Il ouvre une de ces parenthèses dont il a
855où il habitait alors, abandonnant sa femme, et se mit à errer dans les campagnes, en quête de l’inspiration qui le fuyait.
856t sa femme, et se mit à errer dans les campagnes, en quête de l’inspiration qui le fuyait. Il buvait, rêvait, dormait sous
857offmann. Mais il s’agit de les vivre plutôt que d’en parler vous voyez bien que j’ai quitté cette table écroulée, dans la
858ons, sous les bouteilles, — et les lampes meurent en jetant une longue flamme. À Venise, sous le brouillard qui cachait le
859s, une nuit d’hiver, je chantonnais la Barcarolle en descendant le Grand Canal, — c’est une romance assez déchirante, à mi
860u d’Aldébaran. On joue Rose de Tannenbourg, drame en 15 tableaux, un prologue et une conclusion. Le carton des armures son
861ue nature avec sa large face mangée par une barbe en crin de cheval du diable. L’héroïne est belle [p. 167] comme une ball
862ses larmes le seuil de la prison paternelle, tout en coulant un clin d’œil assassin vers le parterre agité de passions con
863n chien qui bougonne. La petite maison du colonel en retraite a des fenêtres basses, mais défendues par des rosiers sauvag
864se passe actuellement dans un hôtel tragi-comique en cinq étages et un prologue ou vestibule, plein de bruits de lavabos e
865 à Paris. Bientôt… [p. 168] Mais il est temps de mettre à ces fariboles un terme 19 . J’ai du solide à équarrir. Et auparavan
866ant, j’aimerais lire un peu. Mes auteurs ? Goethe en tout temps ; Rodolphe Toepffer (admiré par Goethe) ou Jérôme Cardan (
100 1931, Foi et Vie, articles (1928–1977). André Malraux, La Voie royale (février 1931)
867peu plus d’expérience humaine qu’on n’a coutume d’en attendre aujourd’hui d’un jeune écrivain. Son premier roman, Les Conq
868s Conquérants, décrivait la révolution communiste en Chine, et la figure centrale de Garine, anarchiste par goût de l’expé
869ne Français a décidé d’aller fouiller les temples en ruines de la Voie Royale d’Angkor : il compte y découvrir des bas-rel
870onversations, fait parfois penser à ces gens — on en rencontre dans les affaires — qui se donnent une espèce d’autorité en
871s affaires — qui se donnent une espèce d’autorité en ne parlant jamais que par allusions et mots couverts. Il intimide un
872s obéissait son action. C’est peut-être qu’il n’y en a pas. Perken, comme Garine, est de ces êtres qui agissent par désesp
873plus profonde et intime adhésion. Nous avons tous en nous de quoi composer un semblable personnage, plus vrai que nous-mêm